Bonsoir bonsoir ! Je suis désolée d'updater avec autant de retard. Je suis partie en voyage pendant trois semaines et demie (en Ecosse et puis à Rome) et j'ai repris le boulot tout de suite après être rentrée. J'ai eu du mal à me replonger dans la fanfic et ce chapitre m'a pris beaucoup de temps (insatisfaction, stress de plus savoir écrire, peur d'aller trop vite...). Bref, j'ai fait de mon mieux, j'espère que ça va pas à toute allure. Il restera certainement deux chapitres + un épilogue.
Sachez que le twist final est médité depuis le tout début de la fic. :)
En tout cas, merci encore pour vos petits mots doux. Je remercie tout particulièrement Hakuronchu dont la review m'a énormément motivée et remonté le moral.
Résumé : Le dernier jour des vacances de la Toussaint, le portrait de Severus jeune rend visite par mégarde au portrait de Snape Directeur, à qui il tient un discours niaiseux. Mcgonagall convoque Harry le soir-même, il promet que son amitié avec Malfoy n'a rien de dangereuse pour Poudlard. Harry bassine Hermione pour essayer de savoir dans quelle librairie elle a acheté Une Histoire de la Soumission, sans y parvenir. Il finit par demander son aide à Malfoy. Malfoy envoie une liste de librairies à Harry. Pendant la semaine, Ron s'inquiète du rapprochement inattendu de Malfoy et Hermione ; Harry admet être attiré par les hommes plus âgés. Le samedi matin, il part sous la pluie à la recherche de la librairie. Il finit par entrer dans une petite librairie d'occasion, La librairie des âmes, construite comme un labyrinthe. Chaque pile de livres est surmontée d'une étiquette indiquant le nom du vendeur. Soudain, quelqu'un lui pose une étrange question...
Bonne lecture. Je suis très heureuse d'être de retour !
UNE HISTOIRE DE LA SOUMISSION
Chapitre 10 : Des doigts de chair et de fumée
- Vous cherchez quelqu'un en particulier, jeune homme ?
Dès qu'il entendit la voix derrière lui, Harry se retourna d'un coup, prêt à dégainer sa baguette. Si celui qui venait de le surprendre avait l'air hostile, nul doute qu'il ne ferait pas long feu, face à un Sectusempra bien lancé.
Le Gryffondor au sang un peu trop chaud se retrouva nez à nez avec un bonhomme de la même corpulence que son Oncle Vernon – plus large que haut – mais à l'air plutôt sympathique. Non, Hary rectifia mentalement, après avoir rapidement étudié le visage de l'inconnu, ce dernier paraissait moins sympathique qu'inoffensif.
Il avait un sourire tranquille et les yeux presque fermés. Harry ne put s'empêcher de voir en lui une sorte de caricature discount de Papa Noël avant l'heure.
Il y avait pourtant derrière ce visage affable quelque chose d'étrange, d'innommable, qui mettait Harry un peu mal-à-l'aise.
Vigilance constante, pensa le Survivant, même s'il décida de laisser pour l'instant sa baguette dans son fourreau. D'un côté, l'homme n'avait pas l'air de venir en ennemi ; de l'autre, il s'était approché bien trop silencieusement pour n'être qu'un sorcier ordinaire.
Cet homme cachait quelque chose. Harry ne se sentirait en confiance qu'après l'avoir éventré et vérifié la couleur de ses organes. Peut-être que son foie était noir de vice ou sa ratte rongée par la malveillance. Peut-être que son sang était caillé et ses veines vides, et ses intestins repliés sur eux-mêmes comme une gigantesque murène. Pour l'instant, impossible de savoir.
- Ho, il n'y a pas lieu de vous inquiéter, jeune homme, dit l'inconnu, comme s'il avait senti la nervosité de son interlocuteur. Je ne suis qu'un humble libraire. Vous êtes ici chez moi.
Harry ne répondit pas. Il se contenta de détailler le propriétaire de La Librairie des âmes de bas en haut et de gauche à droite, à la recherche du petit détail qui le dérangeait, sans réussir à le trouver. Il n'arrivait pas à mettre un nom sur la raison de son malaise, mais réel malaise il y avait.
xXx
- Si vous ne cherchez personne en particulier, je vous laisse parcourir mon modeste labyrinthe, finit par dire le libraire, avant de disparaître entre les rayons, comme un fantôme qui s'éteint.
Son départ avait été si rapide qu'on aurait dit qu'il s'était simplement évanoui dans les airs ou qu'il avait traversé une étagère. On n'entendait même pas l'écho de ses pas.
Mais Harry avait suffisamment fréquenté les fantômes de Poudlard pour en reconnaître un au premier coup d'œil. Et le libraire était un homme de chair, d'os et de sang, mais qui avait bien quelque chose de translucide.
C'était comme si tout lui passait au travers et qu'il passait lui-même au travers de tout – mais pas littéralement. Un peu comme une vitre, un miroir ou la banquise. Un homme qui a déjà fait un pas dans un autre monde.
Après un instant perdu dans ses pensées, à se tourmenter sur la nature du libraire, Harry revint à la réalité. Il était de nouveau seul, entouré de kilomètres d'ouvrages ayant appartenu à « Ginette, départ à l'étranger ».
Et il n'avait absolument aucune idée de ce qu'il devait faire maintenant.
Même lui, grand idéaliste, courageux Gryffondor, savait pertinemment qu'il serait vain de fouiner dans les rayons sans savoir qui chercher, avec le seul espoir de tomber par hasard sur le vendeur, sur la pile de livres qui lui offriraient des réponses.
xXx
Pourtant, il y avait bien quelqu'un, tout près, qui pourrait l'aider. Le libraire, en lui demandant qui il cherchait, n'avait-il pas sous-entendu connaître les noms de toutes les personnes qui lui avaient vendus des livres ? Peut-être qu'il pourrait-il l'aider à trouver le précédent propriétaire d'Une Histoire de la Soumission !
Bien sûr, il fallait pour cela que Hermione ait acheté le mystérieux grimoire dans cette librairie-là, ce qui n'était absolument pas un fait certain.
Pourtant, comparée aux quatre précédentes, celle-ci dégageait assurément une aura singulière. Harry sentait que les livres autour de lui s'agitaient, impatients d'être caressés par de nouvelles mains, de raconter leurs histoires secrètes. Une Histoire de la Soumission était un grimoire gorgé de magie et de mystères, il ne pouvait qu'avoir appartenu à ce lieu.
Il ne s'agissait pas que de livres, songea Harry, quand il parcourut des yeux une pile de bouquins de Droit Constitutionnel Magique qui lui évoquèrent tout de suite Percy Weasley. Cette boutique vendait tout autre chose : l'âme des lecteurs, en quelque sorte.
Des livres en disent long sur leur propriétaire, comme si son âme, d'une certaine manière, se cachait entre leurs pages. Mouvante, fuyante, elle est tour à tour conte pour petits sorciers, précis d'histoire ou roman d'Aurors, se dévoilant dans des phrases soulignées, des passages annotés ou même des coins discrètement cornés.
Qui, avant Hermione, avait possédé Une Histoire de la Soumission ? Pourquoi l'avait-il revendu ? Est-ce qu'en retrouvant la pile qui lui était consacrée, Harry en apprendrait un peu plus sur le livre ?
- Où êtes-vous ? cria Harry. Je cherche quelqu'un finalement ! Ou plutôt, un livre !
xXx
Le libraire réapparut en face de lui, avec son allure de spectre. Harry n'arrivait toujours pas à déterminer s'il pouvait lui faire confiance ou non mais il n'avait pas vraiment le choix. Après tout, si quelqu'un était à même de l'aider, ça ne pouvait qu'être lui, même si l'homme lui rappelait désagréablement Ollivander et son étrange regard.
- Bien sûr, jeune homme, je suis tout ouïe.
- Et bien, une de mes amies a acheté un livre, cet été, et je pense que...
Harry donna au libraire toutes les informations qu'il jugeait utiles pour retrouver le nom du précédent propriétaire d'Une Histoire de la Soumission.
Le livre datait du Xe ou XIe siècle, n'avait ni nom d'auteur, ni d'éditeur, ni de date de parution. Il avait peut-être été écrit par un Professeur de Poudlard, ou même par un des quatre fondateurs. il recelait vraisemblablement de grands pouvoirs magiques mais Hermione ne l'avait pas acheté bien cher.
- Il faut que vous sachiez jeune homme, qu'à la Libraire des âmes, un acheteur doit au minimum prendre trois livres d'une étagère. Sinon, comment pourrait-il prétendre toucher à l'âme du propriétaire précédent ? De la même façon, un vendeur doit se séparer au minimum de la moitié de ses livres. La plupart, en réalité, les revendent tous...
Harry écouta patiemment le sorcier lui expliquer le fonctionnement de sa boutique. Il trouvait le système aussi intéressant que déprimant. Si les bouquins d'un homme renfermaient bien son âme, comme l'affirmait le libraire, pourquoi la vendre ? Pourquoi l'entreposer là et la laisser se faire diviser en petits tronçons, qui passeraient dans les mains d'inconnus ?
- C'est là la beauté du geste, jeune homme, répondit simplement le libraire. Disons que je récupère des âmes désespérées pour leur offrir une nouvelle chance. Peut-être que l'acheteur comprendra la détresse du propriétaire précédent de son livre... Peut-être qu'il soulagera sa peine, en plongeant dans son âme... Nous y sommes.
Harry faillit gémir de frustration. Ils étaient arrivés devant un pan entier de mur, recouvert de livres – il y avait toutefois quelques trous, par-ci par-là – mais la petite étiquette tout en haut, indiquait, avec une netteté cruelle « Inconnu, avril 1998 »
xXx
- Le livre dont vous me parliez, jeune homme, provient de cette étagère. Je ne saurai me tromper.
- Il est impossible de savoir l'identité du vendeur, j'imagine ? demanda Harry avec frustration. Vous ne vous rappelez pas de son visage ?
Se dire que le grimoire avait réellement été là, entre L'Encyclopédie des herbes médicinales couramment utilisées au XVIe siècle et Les grandes Potions contemporaines et leurs dérivés, sans savoir qui avait bien plus le vendre, c'était on ne peut plus énervant.
Le libraire eut un sourire qui donna la chair de poule à Harry.
- Je ne vois pas avec les yeux, jeune homme.
Harry comprit tout à coup ce qui le dérangeait tant chez le sorcier. Le libraire était aveugle. Comment n'avait-il pas pu s'en rendre compte plus tôt ?
Les paupières du sorciers se déplissèrent, dévoilant des yeux laiteux et opaques, comme deux étoiles mortes remontées à la surface. Harry se détourna, gêné. Il se sentait comme en présence d'Aragog.
Toutefois, savoir que le libraire était aveugle lui permit de comprendre pourquoi il n'avait pas semblé le reconnaître lui, le célèbre Harry Potter. Harry détestait qu'on l'interpelle, qu'on veuille à tout prix lui serrer la main ou lui arracher une mèche de cheveux, mais il ne pouvait s'empêcher de s'y attendre.
Sa célébrité, il la portait comme un poète qui se dit maudit : un homme qui veut que ses plus beaux poèmes ne soient pas lus mais qui pourtant souffre de pas être reconnu par ses pairs.
Sans sa maladie oculaire, le libraire l'aurait sûrement accueilli d'une tout autre façon... Ou peut-être bien que l'homme ne s'intéressait pas aux célébrités et qu'il ne collectionnait que les âmes en perdition.
xXx
- Vous... hésita le Gryffondor. Comment faites-vous pour vous repérer ? Et les noms sur les étiquettes ? Enfin, et les livres, comment faites vous pour les li...
- Jeune homme, l'interrompit le libraire. je vends des morceaux d'âme. Parfois, ce ne sont pas les mots d'un livre qui sont le plus important, l'objet lui-même dégage quelque chose de... magique, dirais-je. Je touche une reliure et je sens palpiter l'âme d'un vieillard solitaire ou celle d'un enfant malade.
- Vous m'avez bien entendu entrer, non ? Comment saviez-vous que j'étais un homme ?
- J'aimais lire, dit l'homme avec regret, comme s'il n'avait pas entendu Harry. Maintenant, j'aime les livres.
Harry ne posa pas d'autres questions, car il se rappela combien c'était un acte impoli. Il resta quelques instants pensif, se demandant si le sorcier aveugle avait recours à un sortilège comme Hominum Revelio, qui lui indiquait l'arrivée d'un acheteur ou d'un vendeur ou si, tout simplement, il ressentait la présence des fluides magiques qui entouraient chaque sorcier.
En réalité, il était possible qu'être aveugle soit la condition pour voir les âmes. N'avait-il pas dit qu'il ne voyait pas « avec les yeux » ?
Sans prévenir, le libraire s'effaça dans une allée, avec la discrétion d'un homme qui ne voit pas et donc croit être lui-même invisible. Harry se retrouva tout seul devant les livres qu'un inconnu avait revendus en avril dernier.
Qu'est-ce qui avait pu pousser Hermione, parmi toutes les étagères, à se diriger vers celle-ci ? Et maintenant que Harry avait découvert le fonctionnement de la boutique – l'achat et la vente d'une âme dans du papier –, pourquoi avait-elle précisément choisi Une Histoire de la Soumission ?
Contrairement à ce qu'elle avait prétendu en Septembre, ça ne pouvait pas être le fruit du hasard. Elle était trop intelligente pour s'emparer sans réflexion, sans intention, d'un bout d'âme inconnue. Elle avait du se sentir attirée par cette étagère.
Bien plus que Harry, elle aimait les livres.
xXx
Harry se mit alors à feuilleter plusieurs grimoires au hasard, sans savoir réellement ce qu'il y cherchait. Certains ne comportaient aucune trace de leur ancien propriétaire, et leurs reliures craquaient, comme neuves. D'autres semblaient plus anciens et avaient certainement déjà appartenu à quelqu'un d'autre, traversant les générations et survivant aux hommes.
Par exemple, ce vieux livre de contes, à la couverture terne, avait du être déposé par des mains de mourant dans celles d'un enfant qui, à son tour, l'avait cédé, arrivé à l'âge adulte, à un autre enfant et ainsi de suite jusqu'à atterrir sur cette étagère, revendu par un sorcier sans cœur.
Harry ouvrit le livre de contes, comme pour vérifier son hypothèse, et trouva en effet, à la première page, une liste de noms, chacun écrit d'une plume encore malhabile.
Les premiers étaient presque effacés, mais il réussit à lire : Jane, Fulibert, Noctus, Mandie, Anastasia, Jo, Raven, Georges et... Severus.
Harry lâcha le livre de contes, comme foudroyé. Il pensait que cela ferait un écho de dingue dans la petite boutique mais il semblait que les livres absorbaient tous les sons. Le bruit calfeutré n'en sembla que plus lugubre.
Il ramassa le livre tombé ouvert sur la moquette, espérant vaguement avoir mal lu la première fois, et que le dernier nom était en fait « Severin » ou « Savaran » ou encore « Cyanure ». Après tout, il était fatigué, trempé et myope, il y avait quand même une chance que...
Mais les petits caractères appliqués criaient bien, maladroitement, « Severus ».
Harry referma le livre et le rangea soigneusement sur son étagère. Severus était un nom courant. Enfin, ce n'était pas un prénom unique. Il y avait, dans le monde, certainement plein de marmots qui avaient la malchance de s'appeler Severus.
Lui-même avait songé à donner ce prénom à un de ses propres enfants, s'il devait en avoir. Ce qui était moins sûr, depuis qu'il avait rompu avec Ginny et développé sa folle obsession pour Snape.
Snape... Etait-il possible que ces livres... ? C'était trop gros, une telle coïncidence...
xXx
Harry se mit alors à éplucher les autres ouvrages avec bien plus d'attention, les balançant sans vergogne à ses pieds quand il n'y trouvait rien de satisfaisant. Parfois, une note lui rappelait l'écriture acerbe du Prince de Sang-Mêlé. De temps à autre, une page cornée témoignant de l'intérêt du lecteur pour une Potion appartenant à la Magie Noire.
Mais ce ne fut qu'au bout de vingt minutes de recherche que Harry découvrit la preuve ultime qu'Une Histoire de la Soumission avait appartenu, à un moment donné, à Severus Snape.
A l'intérieur d'un livre de Potions de cinquième année, une petite phrase indiquait :
« Ce livre appartient au Prince de Sang-Mêlé ».
Harry faillit rire du grotesque de la situation.
Pourquoi est-ce que tout, absolument tout, le ramenait à Snape ?
Et pourquoi, pourtant, dès qu'il croyait l'atteindre, dès qu'il le croyait à portée de main, son ancien Maître de Potions était toujours inaccessible, comme une flamme dans une lanterne, ou le vent dans les arbres ?
Harry ferma les yeux, exaspéré, prêt à repartir sans rien acheter et rentrer au château en boudant, s'apitoyant sur son sort, quand, soudain, Snape lui apparut.
xXx
Le défunt Snape n'avait pas la substance épaisse d'un corps ni l'imprécision d'une hallucination. Il se situait dans un curieux entre-deux, se déplaçant entre les rangées avec le flou d'un fantôme, caressant les livres avec des doigts de chair et de fumée.
Harry essaya d'attirer son attention, – enfin, Snape était là, dans ce monde-ci, à quelques centimètres de lui ! –, mais le Maître de Potions ne lui prêta aucune attention. C'était comme s'il ne le voyait pas.
En réalité, il ne semblait pas déambuler au hasard, car ses pas le ramenaient toujours au même endroit. Harry s'approcha, désormais certain que tous les deux ne pouvaient interagir, car il se trouvait dans la même situation que s'il avait plongé dans une Pensine. Il ne savait pas pourquoi, mais il avait sous les yeux le Snape qui venait de revendre ses livres, en avril dernier.
Il observa le souvenir enfoncer la main entre deux livres, dans la noirceur d'un trou.
Le souvenir errant cherchait Une Histoire de la Soumission. Son visage marqué et triste se tordait encore plus quand sa main se resserrait sur une absence. Ses yeux sombres semblaient mourir, quand ils se posaient sur cet espace vide, insultant, entre deux autres livres dont il n'avait que faire.
Après cinq minutes pesantes, Snape s'éloigna, ses pieds vaporeux ne soulevant aucune poussière derrière eux.
xXx
Il fallait que Harry parle à Hermione. Cette histoire était trop complexe, trop étrange, pour qu'il continue à cacher son amour fou pour Snape. Qu'est-ce qu'était le ridicule d'être tombé amoureux d'un mort contre la possibilité d'apporter la paix à une âme qui, visiblement, était toujours à la recherche d'elle-même ? Il pensait enfin avoir compris le mystère...
Harry murmura un remerciement dans le vide sans chercher à savoir si le libraire était bien dans le coin ou pas. Il sortit de la boutique et transplana.
xXxxXxxXx
Hermione respira fort. Le souffle de Ron sur son cou, elle adorait ça. C'était si... bon. Le sorcier lui lécha tendrement l'oreille, en mordilla le lobe, avec une sorte de grognement qui signifiait à la fois « Hermione, tu es magnifique », « Hermione, je t'aime » et « Hermione, j'ai envie de toi ».
La jeune femme le serra encore plus fort dans ses bras, avant de le regarder très sérieusement dans les yeux.
- Ron... dit-elle. Ron, j'ai tellement envie de...
- Hermione, Ron ? Je sais que vous êtes là !
Les deux amoureux échangèrent un regard de frustration intersidérale. Ils aimaient leur meilleur ami, ils adoraient passer du temps ensemble tous les trois mais parfois, sincèrement, Harry n'avait aucun sens du tact.
Il avait du les repérer grâce à la Carte du Maraudeur. En voyant leurs deux noms presque superposés dans un minuscule cagibi, n'aurait-il pas pu comprendre qu'ils étaient occupés ?
- Ne bouge pas, chuchota Hermione à Ron. Je vais voir ce qu'il nous veut.
La sorcière ouvrit la porte et se glissa hors du placard, car des deux Gryffondors, elle était la plus décemment vêtue.
- Harry, comment vas-t... Tu es trempé ! s'exclama-t-elle.
- Qu'est-ce qu'il a ? grogna Ron, à l'intérieur du placard où lui et Hermione s'étaient réfugiés un quart d'heure plus tôt, pour échanger quelques baisers mouillés et certainement d'autres fluides intimes, si Harry ne les avait pas barbarement interrompus.
- Désolé de vous déranger en pleine... discussion, dit Harry, avec un air très peu désolé, mais j'ai besoin de vous parler. Tout de suite.
- Attends-nous deux minutes, d'accord ? soupira Hermione et elle lui claqua la porte au nez.
xXx
Harry attendit impatiemment que ses deux amis renfilent leurs vêtements à la va-vite, s'amusant néanmoins des soupirs d'exaspération que Ron poussait, des bruissements de tissu malmené et des chuchotements calfeutrés.
S'il ne s'était pas agi de Snape, si ce qu'il pensait avoir découvert n'était pas en train de lui nouer les tripes en un amas de stress, il aurait sagement attendu dans la Salle Commune que ses deux amis reviennent échevelés et disposés à l'écouter. Mais c'était une urgence, une urgence qui ne pouvait tolérer de passer après un rendez-vous placard.
Quand le couple sortit enfin du cagibi d'amour, Harry ne fit aucune remarque sur les joues rouges de Hermione et la ceinture défaite de Ron. Ni sur la bosse qui déformait encore le pantalon de son ami.
Il espérait seulement que les soupçons de Ron – il avait passé la semaine à le tanner sur une improbable attirance de Hermione pour Malfoy – s'étaient dissipés dans les vapeurs amoureuses du placard.
De toute façon, Malfoy était bien trop amoureux de son propre reflet pour songer à courtiser quelqu'un qui ne lui témoignerait pas une adoration ridicule, comme Pansy Parkinson, par exemple.
Avant de se mettre en marche, Harry surprit, gêné, un dernier regard gourmand de sa meilleure amie posé sur le postérieur de Ron. Non, en définitive, Hermione était folle de son petit ami.
Le Survivant se dépêcha. Avec soulagement, il entendit les petits pas pressés de Hermione derrière lui, ainsi que le bruit plus lourd de ceux de Ron.
xXx
- Bon, qu'est-ce qu'il se passe ? demanda finalement Ron avec un semblant de désinvolture.
Le couple avait enfin rattrapé Harry. Ron marchait à grands pas à côté de son meilleur ami et avait passé au moins mille fois une main dans ses cheveux, pour essayer de les recoiffer.
Une de ses mèches n'arrêtait pas de rebiquer, comme pour mimer son érection qui avait du mal à retomber.
Hermione, elle, trottinait devant eux, avec une étrange démarche. Harry ne comprit pas ce qu'il lui arrivait – c'est dire combien sa connaissance de la nature féminine était limitée – mais Ron eut malgré lui un sourire amusé.
Le rouquin s'imaginait l'état de la culotte de sa copine, qui devait la gêner. Il visualisait sans mal le coton humide lui coller désagréablement aux fesses, imbibé de salive et de liquide vaginal.
Comme il aurait aimé que, en plus de ces deux fluides, la culotte soit trempée de sperme !
- Allons nous asseoir quelque part, dit simplement Harry, en désignant une porte donnant sur le Parc.
- Harry, tu es fou ? s'écria Hermione. On est en Novembre ! Enfin, regarde la tête que tire le Saule Cogneur !
Harry, à travers la fenêtre, jeta un rapide coup d'œil au Saule Cogneur. L'arbre était nu et immobile, presque crispé. Son manque de feuilles ne signifiait rien car il n'en portait jamais, même en plein été mais, effectivement, son immobilité était un signe de grand froid.
Il semblait qu'un oiseau stupide se soit posé sur une de ses branches et que ses pattes y soient restées collées par le gel. Harry se demanda s'il était mort et si, au Printemps, quand le Saule sortirait de sa transe hivernale et agiterait ses bras d'arbre, un cadavre d'oiseau gelé tomberait au sol. Peut-être que les deux pattes cassées resteraient accrochées absurdement à l'arbre.
- Bon, et bien, asseyons-nous là, décida-t-il, en désignant le creux de la fenêtre.
xXx
Il posa ses fesses sur un rebord et tenta un sourire encourageant. Ses deux amis ne semblèrent pas trouver le lieu propice à une discussion longue et privée, mais ils consentirent à se caler sur les pierres froides et dures, en attente.
- Je suis attiré par Snape, affirma Harry.
Il avait admis ce fait depuis tellement longtemps qu'il fut même surpris que ses amis en soient choqués. C'était tellement évident qu'il s'était presque attendu à ce que Ron et Hermione haussent des épaules, lui disent « Merci pour rien », et retournent batifoler dans leurs planques passionnelles.
Pour lui, ce n'était plus là quelque chose de nouveau mais un trait structurant de sa personnalité. Il était attiré par Snape de la même façon qu'il détestait les brocolis : c'était comme ça, il avait l'impression d'avoir toujours vécu avec. Au pire, son amour pour Snape et son dégoût pour les insultants légumes verts ne feraient qu'augmenter avec le temps mais jamais, jamais, cela ne pourrait muter en de l'indifférence.
- Il est... commença Ron.
- Il n'y a rien à faire, dit Harry avec lucidité et impatience, car il voulait vite passer à autre chose.
Il n'était pas là pour discuter de son amour secret et morbide mais de la théorie indépédente qui s'était formée, dans un coin de son crâne, doucement, portée par ses questionnements sans réponse sur Snape. Depuis la rentrée, depuis qu'il pensait à Snape sans cesse, il essayait de percer le mystère épais autour du personnage.
Il pensait avoir enfin assez d'éléments pour en parler de façon cohérente. Même s'il n'était pas tombé amoureux de Snape, sa théorie serait valable – elle ne le concernait pas lui, Harry Potter, mais bien Severus Snape. Il aurait besoin de l'aide de Hermione pour mettre tout ça à plat. Peut-être que c'était dingue. C'était dingue.
Mais n'était-ce pas déjà totalement absurde d'être tombé amoureux d'un mort ?
xXx
- Je sais qu'il est mort, continua Harry, et que l'image que j'ai de lui est totalement biaisée par tout ce qu'il s'est passé ces derniers temps, mais...
- Attends, et qu'est-ce qu'il s'est passé ? le coupa Ron. Comme tu dis, il est mort. Il ne peut rien se passer, non ?
- Laisse-moi parler, okay ?
Ron allait protester mais Hermione posa une main sur sa cuisse, comme pour lui intimer de laisser Harry s'exprimer. Elle savait, ou plutôt soupçonnait, que le Survivant n'avait pas laissé tomber son intérêt pour Snape mais que s'il venait leur en parler, c'était qu'il y avait quelque chose d'autre.
En l'empêchant de lire Une Histoire de la Soumission, elle avait pensé que cela suffirait, que la curiosité de son ami mourrait, car rien ne viendrait la raviver.
Après tout, Snape n'était plus de ce monde et l'unique lien que Harry pouvait avoir avec lui était celui ténu, fantasque, des souvenirs.
Mais visiblement, Harry avait trouvé un moyen de rappeler sans cesse à lui Snape, Snape qui n'était plus, Snape qui avait autant de présence désormais qu'un ami imaginaire qui n'a jamais existé.
- Il s'est passé des choses, Ron. Il y a eu des événements. Je crois que j'ai... au travers de différents médiums, réussi à contacter Snape. A lui parler. Je vais paraître frappé, mais je suis sûr qu'il est encore là, quelque part, dit précipitamment Harry. Son portrait, Hermione, son portrait en tant que Directeur, il est bien plus vif que n'importe lequel d'autre ! Et même son portrait de lui, jeune, au Manoir Malfoy, et bien...
- Il y a un portrait de lui chez les Malfoy ? demanda Ron, ahuri. Et tu lui as parlé ?
- Ron, s'il-te-plaît, laisse-le finir, fit Hermione.
Son regard était très sérieux.
Est-ce que Harry avait découvert... ? Est-ce qu'il soupçonnait ce qu'elle craignait qu'il ne soupçonne ?
xXx
- Merci Hermione, grogna le Survivant. Je disais, son portrait jeune, quand on lui a dit que j'étais le fils de Lily, il s'est comme réveillé. Un portrait peint dans un certain état devrait rester figé dans une seule attitude, c'est ce que tu m'as dit Ron, non ?
- Heu, à quelle occasion ?
- On avait parlé du Chevalier du Catogan et de son... appareil génital. Bref. En tout cas, le fait est que le portrait de Severus jeune a réagi comme une personne réelle. Et tu m'as bien dit que, normalement, les portraits n'étaient pas capables d'apprendre de nouvelles choses, non ?
- En quelque sorte, ouais...
- Et bien lui, au lieu de rester figé dans sa mémoire, il a compris que le temps avait passé ! Il est même allé voir son portrait de Directeur, pour lui parler ! Pour lui raconter que je ressemblais plus à ma mère qu'à mon père, pour le remercier de m'avoir protégé... Cette attitude...
- Harry, dit Ron, d'un ton effrayé. Tu n'as pas dit au portrait qu'il était mort, n'est-ce pas ?
- De quoi ?
- Réponds-moi. Tu ne lui as rien dit sur sa mort, hein ?
- Heu, je crois pas... Pourquoi ?
Ron avait l'air paniqué.
- Si tu révèles à un portrait comment son modèle est mort, il se fane. Un portrait mime la vie, je te l'ai déjà dit. Il pense vivre, même s'il sait qu'il est un portrait. Il fait tout comme les êtres vivants. Alors, s'il apprend que son modèle est mort, et surtout, comment il est mort, il va tenter d'imiter cela. Il va essayer de mourir. Mais comme un portrait ne peut pas mourir, il va...
xXx
Mais Harry était déjà parti en courant, laissant ses deux amis en plan.
Ils étaient samedi après-midi, avec un peu de chance, elle ne serait pas dans son bureau. Avec un peu de chance, le mot de passe n'avait pas déjà changé. Vite... Quand est-ce qu'il avait vu le portrait de Directeur de Snape pour la dernière fois, déjà ? Pendant les vacances... Est-ce que c'était mercredi ou jeudi dernier ? Cela faisait dans tous les cas plus d'une semaine... Combien fallait-il de temps pour qu'un portrait meurt ? Une semaine ? Un mois ? Un cycle lunaire ?
Est-ce qu'il avait dit au portrait de Snape jeune ou au portrait de Snape vieux qu'ils étaient morts ? Il ne se rappelait plus. Mais Harry devait vérifier, il devait aller voir, s'assurer qu'il n'avait pas, encore une fois, déclenché la mort d'un résidu de Snape.
Les souvenirs légués par Snape avant sa mort, laissés à l'abandon dans la Pensine de Dumbledore.
Le corps de Snape, pourrissant dans la Cabane Hanté.
Le Manuel du Prince de Sang-Mêlé, réduit en poussière.
Une Histoire de la Soumission, plus jamais utilisable.
Le souvenir errant de Snape dans la Librairie des Âmes, à la recherche de lui-même.
Il fallait à tout prix que les deux portraits soient encore intacts. Harry ne pourrait supporter de perdre une fois de plus Severus...
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- Folco Epsilon ! cria Harry devant la gargouille qui gardait le bureau de la Directrice.
Rien ne se passa.
- Falcon Yes Alone ! tenta-t-il.
Il fallut trois minutes à Harry pour qu'il se rappelle enfin du nom du premier Animagus recensé de l'Histoire :
- Falco Aesalon, finit-il par dire, sans y croire.
La gargouille ricana et dévoila l'escalier en colimaçon qui menait en haut de la tour. Même si l'escalier allait relativement vite, Harry ne pouvait s'empêcher de trépigner.
Il ne prit même pas la peine de toquer. Il déboula dans le bureau avec une urgence qu'il n'avait pas ressentie depuis la fin de la guerre. C'était comme se retrouver de nouveau dans l'angoisse causée par le fait de savoir que, derrière les portes du château, à quelques kilomètres ou à l'autre bout du monde, Lord Voldemort attendait son heure.
Il eut soudain l'impression d'avoir quinze ou seize ans et d'avoir fait un atroce cauchemar impliquant Nagini, des Mangemorts ou le Seigneur des Ténèbres lui-même. C'était comme s'il n'y avait que Dumbledore qui pourrait faire quelque chose et qu'il devait absolument lui raconter ce qu'il avait vu, pour sauver le monde.
Mais Albus Dumbledore n'était ni assis dans son luxueux fauteuil à moulures dorées ni penché sur le perchoir de Fumseck. De toute façon, remarqua Harry avec amertume, le perchoir du phénix n'était nulle part car l'oiseau, à la mort de son vieil ami, avait chanté pour lui une dernière fois puis s'était envolé.
Peut-être que le chagrin avait empêché Fumseck de ressusciter et qu'il n'était désormais plus que des cendres éparpillées dans le terrier d'un renard mort, dans une ruche abandonnée ou dans un étang puant.
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Mcgonagall n'était pas là. Harry en fut heureux. Il n'aurait pas à expliquer son intrusion malpolie, du moins, pas tout de suite. Et puis, cela signifiait que la Directrice s'était accordé un peu de repos. Et Merlin savait combien elle en avait besoin.
- Harry, bonjour. Comment vas-tu aujourd'hui ? demanda le portrait de Dumbledore avec un clin d'œil qui n'avait pas lieu d'être.
- Je vais bien merci, répondit le garçon avec automatisme. Comment va Snape ? Est-il là ?
Le Gryffondor observa tous les tableaux autour de lui, se maudissant de ne pas avoir retenu l'emplacement de celui qui l'intéressait. Et s'il était déjà mort ? Et s'il était trop tard ?
Est-ce que le château engloutissait les tableaux désertés, pour les recycler en torches ou compost ?
- Prends donc un biscuit au gingembre, lui intima le portrait de Dumbledore.
Harry jeta un regard dubitatif à la boîte à biscuits en fer, posée sur le bureau.
- La boîte est fermée, remarqua-t-il piteusement.
- Et bien tu n'as qu'à l'ouvrir.
- Je ne pense pas que le Professeur Mcgonagall sera très contente.
- Au contraire, elle sera ravie. Elle en propose toujours et personne n'en prend jamais. Parfois, les hommes ont besoin que quelqu'un ouvre leurs coffres, même quand ils sont fermés. Ça les soulage.
Harry examina la boîte, qui était très ordinaire. Il l'ouvrit d'une main légèrement tremblante et s'empara d'un biscuit.
Il croqua expérimentalement dedans, car il ne se rappelait pas avoir déjà mangé un biscuit au gingembre. Ça avait un goût typiquement écossais. Il ne comprenait pas en quoi un biscuit au gingembre l'aiderait à savoir si le portrait de Snape était encore en vie.
- Est-ce que ça va mieux ? lui demanda Albus Dumbledore.
- Absolument pas, répondit Harry.
Il ajouta très vite :
- Monsieur.
xXx
- Oh, tu n'as pas à être si poli, dit le portrait, même s'il sembla content. Je ne suis pas un être humain. Si je me vexe, c'est pour de faux. Tu ferais bien d'en profiter pour m'insulter, d'ailleurs, me traiter de tous les noms, comme tu as certainement du vouloir le faire l'an dernier, n'est-ce pas ?
Harry accorda trois secondes à son esprit pour se remémorer le nombre de fois où il avait maudit le nom de Dumbledore, quand Ron, Hermione et lui erraient de forêts en forêts, de falaises en falaises, sans savoir que faire ni même pourquoi ils étaient là.
- Je n'en ai pas très envie. Est-ce que Snape est là ? redemanda Harry, exaspéré.
- Le Professeur Snape s'est absenté, l'informa finalement Phineas Nigellus Black. Un peu de respect pour tes aînés, jeune homme. Je n'ai pas beaucoup apprécié la manière dont tes amis et toi m'avaient trimballé, l'hiver dernier...
- Il est donc toujours en vie ! s'exclama Harry.
Il n'avait pas tué le portrait. Le portrait était sain et sauf. Maintenant qu'il y repensait plus calmement, il ne se rappelait pas avoir évoqué la mort de Snape avec lui. Et encore moins avec le portrait de Severus jeune.
- Harry, j'espère que tu te rappelles du Miroir de Risèd, dit soudain Dumbledore d'un air grave.
- Bien sûr, murmura le Gryffondor.
Tout lui semblait sans importance, maintenant qu'il était certain que le portrait du Directeur était sain et sauf !
- Les portraits ne font que nier la prise d'âge ou la mort d'une personne. Ils sont figés dans le temps mais ne le figent pas. Rappelle-toi bien que tu ne converses actuellement qu'avec un bout de toile. Fais attention à tes souvenirs, mais encore plus à tes illusions.
Sur ces paroles sinistres, Dumbledore ferma les yeux. Harry posa son biscuit à moitié grignoté sur la table, pensif.
xXx
- Professeur Dumbledore ? finit-il par dire.
- Oui, Harry ?
- J'aurai voulu savoir ce que vous pouviez me dire des Horcruxes ?
Voilà ! Hou, ce fut laborieux ! Tant d'intrigues à résoudre en essayant que ça ne soit pas tiré par les cheveux... Bref, j'espère que ça vous plait toujours, love sur vous. Et merci d'avance pour les reviews parce que comme on dit : les reviews c'est chou !
