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Tamao à Jun
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Madame,
Vous nous feriez un plaisir indicible si vous acceptiez de souper chez moi, ce soir. J'ai avec moi Hana, Seyrarm et Reoseb, et nous nous sentirions de trop parmi ces enfants, Anna et moi, si vous ne veniez pas égayer notre soirée par votre charmante présence. Amenez-nous aussi votre frère, ou nous aurons beaucoup trop de dames à cette tablée.
Vous semblez par ailleurs avoir une merveilleuse influence sur Seyrarm. Je ne voulais pas croire qu'elle soit si dissipée qu'Anna me l'avait écrit, mais je dois avouer, à présent que je la connais mieux, qu'on a rarement vu jeune fille plus étourdie. Non pas que son naturel soit mauvais, mais enfin, ses manières sont presque frustres, et ses humeurs si changeantes qu'on en a la tête tournée. Au fond c'est une enfant bien gentille, à qui il manque de connaître les usages du monde. Lorsque vous parlez, elle vous écoute gracieusement, et suit vos conseils. Je ne sais comment vous êtes parvenue à vous hisser si haut dans ses bonnes grâces, mais Anna et moi vous sommes reconnaissantes de l'attention que vous lui portez. Cette petite a grand besoin d'une amie assez avisée pour tenir le rôle de grande sœur, puisque Anna a l'honneur d'avoir reçu celui de mère adoptive : un grand bonheur pour elle, mais qui, je le crains, la place aux yeux de Seyrarm dans la catégorie des maîtres et des censeurs.
Il faudrait encore lui trouver un répétiteur pour les quelques temps qu'elle passera ici. Si jamais il vous venait un nom en tête, vous qui connaissez tant de monde, je serais ravie de l'entendre.
Jusqu'à tout à l'heure,
Tamao
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De l'hôtel de F***, ce 17 Mai 17**
