Wakfu: New Adventure !

Chapitre 10

- Je n'en reviens pas que vous ayez tout ramené… déclara Jenry Hones Senior le souffle court.

Il n'avait pas pu détacher ses quatre yeux des rouleaux poussiéreux depuis que Latissa en avait rapporté un plein panier.

- Ça m'a mis la pression, vous, les énigmes, la porte qui se refermait, se justifia-t-elle. Là au moins, on pourra prendre le temps de chercher le parchemin qui nous concerne.

- Comme quoi avoir une cervelle de Iop n'a pas que des inconvénients, résonna la voix bourrue de Nasyap.

- Ah tiens, 'y avait longtemps, soupira la gardienne de Shushu sans relever l'insulte.

Toute l'équipe déroula chacun un volume et en parcourut les écrits à la va-vite, ne sachant pas vraiment ce qu'ils cherchaient. Ce fut Ruel qui tomba sur le seul et unique indice de tout le panier. Sur le vieux papier étaient dessinés dix symboles représentant les classes du Monde des Douze lorsqu'il était encore le Monde des Dix, disposés en cercle.

- Là, regardez, on dirait Rubi, s'écria Pinpin en gloussant.

- Tu trouves, questionna Latissa, mitigée.

- Où ça ? demanda Ruel, qui commençait à s'inquiéter pour sa vue.

Après réflexions, il semblait que seuls les membres de la classe était en mesure de lire ce qui les concernait sur le parchemin. Ainsi, le dessin représentant l'épée reliquaire du Dieu Iop n'apparaîssait qu'aux yeux de Tristepin et de Latissa.

- Cela signifie qu'il va falloir consulter un membre de chaque classe, fit observer Kyrel

- Il faudrait demander à l'Homme du Lac, mais...

Latissa leva les yeux au ciel, comprenant la fin de la phrase de Mordan. Si l'émissaire ne répondait pas aux appels de la jeune femme, ils ne pouvaient pas non plus prévoir quand celui-ci lui apparaîtrait. Elle soupira et se laissa tomber dans un siège, lasse.

- S'il ne s'est pas empalé, on peut espérer qu'il apparaîtra sous peu, dit-elle d'une voix laconique.

Apercevant les regards interrogateurs de ses compagnons, elle leur rapporta sa brève apparition qui lui avait permis de ne pas se faire embrocher elle-même sur les pics. Hélas, plus la Iop se remémorait la scène, plus il lui semblait évident que son émissaire divin était blessé. Il se passerait encore pas mal de jours avant qu'il ne reparaîsse… Elle devrait donc se débrouiller seule. "Comme d'habitude, en fait" constata-t-elle, nullement inquiète.

- Je ne savais pas que les émissaires divins pouvaient aussi être blessé, releva Mordan avec son flegme habituel.

- Moi non plus, répliqua la chevalière en se redressant. Mais je sais ce que j'ai vu.

- Je n'en doute pas une seconde…

Ils se concentrèrent sur le parchemin, mettant fin à la conversation mais ce détail dérangeait la Iop qui se promit d'interroger son guide sur le sujet. La porte de la salle s'ouvrit sur les deux membres de la Confrérie manquantes, les mains pleines de sacs et de boîtes.

- Ah, vous avez trouvez ce que vous cherchiez à ce que je vois, constata Amalia avant d'ajouter: il faut trop que je vous montre: j'ai acheté une robe magnifique, et pas trop chère en plus, et elle est faite en…

Pendant que la Princesse Sadida narrait son épopée fantastique dans les boutiques d'Astrub, Latissa ne put se retenir de penser qu'elle avait plus d'une fois frôler la mort au même instant où Amalia devait être en train essayer des vêtements… Emportée dans un tourbillon philographique… philophobique… Bref, assez loin dans ses pensées, elle constata que le même temps s'écoulait partout sur la Terre et dans le Krosmoz, et que le temps conventionnelle, qui faisait tourner les aiguilles était en fait faux… Elle eut soudain le tournis, et apercevant la Crâ qui lui sourirait, elle se rappela que Willow avait confié une missive à la garde Crâ et lui demanda ce qu'il en était.

- Nous avons croisé Derek dans le centre d'Astrub, commença Eva. Longue histoire. Je lui ai donc donné la lettre et nous avons appris que la Convention se déroulait à l'étage du Bibliotemple. Il doit nous remettre la réponse pour sa fille car il va s'attarder dans la région.

- Will va être déçue, fit remarquer Latissa. D'ailleurs, je lui ai promis que j'irai présenter mes hommages à Pillo.

Amalia et Eva sourirent d'un air mauvais. Les garçons les regardèrent, inquiets et intrigués et les suivirent en silence alors qu'elles sortaient de la petite salle d'étude pour monter à l'étage où se déroulait la convention sur les orbes magiques à laquelle participaient Derek, la mère de Willow et ses assistants. Eva leur montra discrètement Derek qui se tenait dans un coin de la pièce en grande conversation avec certains de ses confrères. C'était un Enutrof dans la force de l'âge, aux manières bourrus mais l'air respectable. A quelques kamètres, un autre groupe se démarquait par ses individus aux regards mauvais dont un déplut immédiatement aux nouveaux arrivants. Il était chétif et repoussant, les cheveux gras, le dos voûté et les yeux fuyants. Il sembla les remarquer et s'avança vers eux, suivi de près par ses partisans. Se plantant devant eux, un de ses yeux les détailla avec une moue dédaigneuse.

- Vous n'avez rien à faire ici, cracha-t-il. Ceci est une colloque privée !

- Nous sommes au courant, répondit aimablement Mordan en inclinant élégamment la tête.

- Et vous devez être Pillo Destrouss, je suppose, ajouta Eva.

Le rival du père de Willow bomba le torse avec fierté, provoquant des rires difficilement étouffés de Pinpin, Ruel et Modan qui se soutenaient comme ils pouvaient, un main plaquée sur leurs bouches.

- En chair et en os, susurra-t-il en s'inclinant gauchement. C'est un réel plaisir de constater qu'il y a quelques représentantes de la gente féminine cultivées. A présent, je vais devoir vous demander de vous retirer. Cet étage est réservé à la Confrérie des Fouilleurs. Peut-être pourrions-nous reprendre cette agréable conversation plus tard.

- A vrai dire, il en est hors de question, lui répondit Amalia en mettant ses mains sur ses hanches. Vous écouter est une véritable torture et ce n'est sûrement pas pour un individu aussi déplaisant que vous que nous sommes venus ici. A présent, si vous voulez bien nous excuser…

Des cris scandalisés s'élevèrent parmi ses assistants tandis que les convives se retenaient difficilement de conserver une expression détachée. Latissa ne fut pas moins déçu que si elle avait elle-même pris la parole. Amalia dépassa le professeur sans un regard pour lui, les yeux enflammés par la colère et la joie malsaine qu'elle avait éprouvée en le mouchant ainsi devant tous ses collègues. Elle alla droit sur Derek qui avait suivi la scène avec un sourire hilare et le salua d'un gracieux hochement de tête.

- Pardonnez-moi pour cette entrée assez mouvementée, Maître Derek, déclara-t-elle. Je tenais simplement à vous assurer de mon soutien ainsi que celui du peuple Sadida pour vos opérations à venir.

- C'est un grand honneur et je vous en remercie, Princesse Amalia Sheran Sharm, répondit-il en mettant un genoux à terre pour lui faire un baisemain.

Des cris fusèrent dans la salle à l'annonce du titre de la jeune femme qui lui sourit avec reconnaissance.

- Nous tenions à remercier personnellement celui qui a veillé si précieusement sur Willow, déclara Mordan un ton plus bas en faisant un révérence parfaite.

- C'est à moi de vous remercier pour ce que vous faites pour elle, répondit-il en se relevant. Dans sa lettre, Willow a pris soin de vous détailler, chacun à votre tour et je dois dire que je suis agréablement surpris. Mais si vous voulez bien, nous reprendrons cette conversation ce soir. Je vous invite à la Taverne de Brutas.

Les deux Confréries se retirèrent et retournèrent voir Jenry Hones Sr. Celui-ci était entouré de toutes sortes de documents en rapport avec les parchemins. Lorsqu'il les vit approcher, il releva ses yeux pleins d'étoiles pour remercier encore une fois Latissa d'avoir ramené tous ces parchemins d'une valeur inestimable.

- Princesse Amalia, je tiens à vous offrir ceci pour vous exprimer ma gratitude, déclara-t-il d'un ton solennel et plein de respect.

- Il s'agissait d'un volume concernant le peuple des Sadida à l'ère des Dofus. Amalia s'en saisit, un drôle d'air sur le visage. Kyrel s'approcha d'elle et lui posa une main sur l'épaule. Elle le remercia de son soutient d'un regard avant de prendre la parole.

- Il est peut-être temps pour moi de rentrer au Royaume Sadida et de remplir mes devoirs.

Tout le monde accusa le coup, mais aucun ne protesta, compréhensif. C'était tout de même la Princesse de tout un royaume, elle ne pouvait pas vraiment s'absenter autant de temps.