Le crépuscule infini de l'humanité
X – Un nouveau capitaine, un nouveau vaisseau
" Même si la route est sinueuse, elle fait toujours aller de l'avant" Proverbe chinois
Personnages du chapitre
L'équipage de l'Étoile de Deneb
Harlock : Commandant en
Second du croiseur de IIème classe "Étoile de
Deneb"
Eustache Aimé De
Saint Eymet : Capitaine du croiseur "Étoile de Deneb",
Français
Valentina Žvotia :
Chef mécanicien adjoint, Tchèque
Miles Prower (dit 'clef
anglaise') : Chef mécanicien, Anglais
Hans Wittelsbach :
Officier artilleur, Allemand
Mimee : Jurassienne
survivante, s'est invitée sur l'Étoile de Deneb
Autres personnages
Warius Zéro :
Nouveau Commandant en chef de la flotte de l'Union Terrestre
Maetel : Passagère
du Galaxy Express 999
Râ Andromeda
Prométhium : Reine de Râmétale, souveraine de
l'Empire Mécanique
La cène
Journal d'informations locales : Le nouvel Etat major a procédé à des nominations à des postes de commandant de vaisseaux. Les divisions d'élite du Colonel primus Smith ont pris leurs positions sur Pluton et son satellite Charon. L'artillerie de défense spatiale de la Terre a été placée en alerte. Le "Karyu" est arrivé en cale sèche et tout l'arsenal de la mer de la Sérénité s'efforce de le réparer dans les plus brefs délais…
Tous les officiers se tenaient debout, en grande tenue, dans le carré dans un silence pesant. Le capitaine de Saint Eymet avait convoqué tout son Etat-major, car il voulait annoncer des décisions importantes et faire une petite fête, malgré l'ambiance lourde.
Comme au premier jour, Harlock remit avec répugnance son grand uniforme, qu'il avait omis de jeter dans le vide sidéral. Néanmoins, il refusa de changer ses barrettes de lieutenant qui ne correspondaient plus à son grade actuel.
Je ne vais quand même pas leur faire ce plaisir, se dit-il. Déjà, ils devraient être contents que je n'aie pas brûlé toutes des vieilles frusques…
En fixant le lieutenant Valentina Zvotia du regard, Harlock crut revenir un instant le jour de son embarquement sur son premier vaisseau. Ce souvenir lui paraissait si flou, si lointain maintenant. Une longue période de guerre avait bien changé son caractère, et les charmes slaves de la jeune mécanicienne ne lui faisaient plus autant d'effet, surtout depuis l'arrivée de Mimee…
Seul au milieu de cette assemblée, silencieuse, le capitaine regarda un instant la jurassienne, qui venait de finir ses dernières bouteilles favorites. Elle ne joua pas de la harpe, ce jour-là.
- Merci à tous d'être venus, je vous ai réuni pour vous faire part d'importants changements suite aux remaniements du haut Etat-major. Harlock, tu es promu capitaine primus et tu prendras le commandement du vaisseau 'L'ombre de la mort', actuellement en achèvement sur les forges sélénites.
Harlock regarda avec satisfaction la petite lettre à en-tête, avec des barrettes neuves de capitaine de la flotte de l'Union Terrestre. Elle était signée par un certain Warius Zéro en personne…
Enfin, se dit-il… Enfin…
- Valentina, tu vas assister les forces de défenses terrestres à Bratislava, en tant que chef d'atelier d'entretien de chars anti-gravité. Hans, tu es désigné officier opération sur le vaisseau 'Kagéro'…
La liste s'égrenait, propulsant tous ces anciens à des postes divers, mais ailleurs que sur l'Etoile de Deneb.
- Et Miles Prower ? Où
est-il ? demanda avec un air inquiet le capitaine
- Aux machines, comme
d'habitude, plaisanta Valentina Žvotia, son adjointe.
Un officier, avec une tenue strictement non réglementaire rentra bruyamment dans la salle avec un air sombre :
- VALENTINA ! Ca ne se
fait pas, de laisser une canalisation de classe F démontée
! La prochaine fois, tu prendras ma clé à plasma dans
la figure. J'ai du finir moi-même TON travail. 'Sorry
captain', fit l'anglais en s'inclinant devant le capitaine de Saint
Eymet.
- Avez-vous tout
terminé, chef ? demanda le capitaine avec une petite voix.
- 'Aye aye, Sir'
- Votre mutation,
'chef'. Vous allez me manquer. Bonne chance sur le 'Karyu'
- Merci. Bonne chance à
vous capitaine…
Valentina, impeccablement coiffée et fardée, décida d'engager la conversation avec Harlock, bien qu'il devienne de plus en plus froid et déterminé depuis quelques temps.
- Bravo Harlock, tu as
enfin ce que tu voulais tant. Es-tu content au moins, capitaine
?
- Depuis le temps que
j'attendais çà…
- Tu es toujours aussi
prétentieux, décidemment.
- Je vais enfin pouvoir
montrer ce que je sais faire.
- J'espère que
tu seras à la hauteur, car l'avenir de l'humanité
n'est pas très brillant en ce moment. Tu sais, Harlock,
j'aurais… bien voulu qu'on fasse quelque chose ensemble, un jour
hors du travail.
- Je crains que cette
occasion ne vienne pas dans l'immédiat.
- Au moins, sur Terre,
je verrai à nouveau des fleurs. Je ne me souviens même
pas du parfum des roses, ma préférée…
La conversation s'orienta vers des sujets plus légers, et tout le monde essayait de profiter au maximum d'un des derniers cocktails donnés par le capitaine. En fait, Harlock ne se souvenait que de celui de son arrivée. Son aversion pour toute forme de cérémonie était vraiment très puissante et il avait fait le maximum pour éviter tout le protocole, avec succès.
Personne ne remarqua vraiment que le capitaine se retira discrètement et Mimee qui fit de même peu après.
L'Etoile de Deneb empruntait un couloir warp discret et rapide pour retourner sur Terre, de toute urgence. Les restes de la flotte de l'Union Terrestre se rassemblaient pour une contre-attaque désespérée aux alentours de Mars. L'avantage numérique des mécanoïdes s'élevait maintenant à 5 contre 1.
Le cuisinier, un japonais de pure souche, compara cette navrante situation à celle des forces de l'antique Empire Japonais sur Iwo-Jima. Il fit remarquer à juste titre que les terriens correspondaient plus au côté 'japonais' dans cette comparaison.
Mimee et le Sénateur
Le capitaine de Saint Eymet avait pris sa décision depuis longtemps déjà. Cette idée était née un jour, avait grandi, changé, mais plus le temps avançait, plus cette solution lui semblait honorable.
Seul dans son bureau, il se leva et souleva le vieux drapeau de la région fédérale de Luxembourg Wallonie accroché au mur. Il recouvrait en partie le portrait officiel de la Présidente, mais celui-ci était plus vieux que les autres. Elle était plus belle et souriante, à cette époque. Ce drapeau fut un de ces petits cadeaux que les couples sans histoires se font habituellement quand aucun nuage ne vient assombrir leur avenir.
Quelqu'un frappa à la porte, interrompant un des ces instants de solitude que le capitaine appréciait.
- Si c'est toi Harlock,
reviens plus tard. Je ne suis pas d'humeur !
- Ce n'est pas Harlock,
fit une voix féminine.
- Mimee ? Hum…
entrez…
La jurassienne, toujours magnifique et mystérieuse dans sa robe bleue avec ses yeux jaunes, entra et s'assit sur un fauteuil désigné par le capitaine.
- Voulez-vous trinquer
? J'ai ici quelques bouteilles qui ont échappé par
miracle à votre soif irrépressible.
- Avec plaisir,
capitaine. J'aimerais… vous parler.
- Mais, je vous en
prie, dit-il en remplissant deux verres.
Mimee inclina légèrement la tête de côté et ses yeux jaunes se mirent à briller.
- Pourquoi
renvoyez-vous tout le monde de ce vaisseau ? Sans équipage,
votre vaisseau ne sera plus bon à rien.
- Mimee, dit le
capitaine avec un air grave, vous savez tout comme moi que cette
guerre est perdue. Je ne veux pas qu'il y ait encore des morts.
Harlock, Valentina et tous les autres ne méritent pas de
mourir dans une attaque suicide.
- Pourtant, Harlock va
prendre le commandement du plus puissant vaisseau de l'Union,
meilleur probablement que votre fameux 'Karyu'.
- Exact, mais
connaissant Harlock, il va suivre sa propre voie et ne mourra pas
dans cette attaque stupide. Je pense même qu'il jouera un
grand rôle après…
La jurassienne admira un instant le vieil homme politique, qui semblait mieux lire l'avenir que les meilleurs psychers de l'univers.
- Harlock voudra
défendre la liberté des humains à tout prix,
même s'il doit devenir un hors-la-loi. Il sera haït,
incompris, pourchassé, mais un tel héros ne pourra
jamais être vaincu, même par l'armada de Prométhium.
C'est ce que les mécanoïdes ne peuvent pas comprendre
avec leur esprit synthétique.
- Vous forcez le
Destin, capitaine. Mais je ne comprends pas quel but vous
poursuivez.
- Je n'ai plus rien à
espérer dans ce monde. Je ne reconnais plus la femme que
j'aimais, mes amis sont tous morts.
Le capitaine se leva et montra quelques une de ses vieilles photographies à Mimee. La jurassienne, inconsciemment, utilisa ses pouvoirs de lecture des pensées pour savoir ce que le capitaine ressentait au plus profond de son âme. Il la laissa faire…
Au bout de quelques secondes, Mimee eut un geste de recul et ses yeux s'ouvrirent grand. Elle était terrorisée.
- Je vous avais prévenu
un jour que mes pensées et autres souvenirs vous feraient
peur, remarqua le capitaine.
- Quelle tristesse…
Je … plains cette infortunée Maetel.
- Ne dites pas un mot
de cela à Harlock. Il est capable de tenter quelque chose de
stupide.
- Mais, pour vous,
capitaine, croyez-vous que ce soit la bonne solution ?
- Je n'en sais
fichtrement rien. Mais au moins, je donnerai à Harlock sa
chance. A lui de la saisir.
- Merci de m'avoir fait
confiance, Capitaine. Entre nous, vous valez bien mieux que la
Présidente de votre Union Terrestre.
Le capitaine ne sut pas vraiment comment s'il devait considérer cette remarque comme un compliment. Dans le doute, autant bien le prendre.
L'Etoile de Deneb sortit du couloir warp à proximité de Vénus, au milieu d'une cohue indescriptible. Des vaisseaux civils emplissaient tout l'espace environnant et le petit croiseur dut entamer un slalom spatial permanent.
L'avancée des humanoïdes faisaient fuir les habitants du système sol, qui quittaient en masse leurs planètes pour chercher refuge dans les lointains mondes de la bordure. Ici encore, les plus fortunés se payaient le luxe de déménager des cargos entiers alors que les plus pauvres s'entassaient dans les rares ferrys encore en activité.
Mimee restait assise, alors que le capitaine observait à travers un hublot le navrant spectacle offert par des civils apeurés.
- Mimee, nous allons bientôt nous dire adieu. Mais j'aimerais vous faire un petit cadeau.
Le capitaine ouvrit un coffre blindé en adiantum et sortit deux vieilles bouteilles poussiéreuses, avec des étiquettes illisibles. L'une était de taille standard, mais l'autre était minuscule. Il les donna avec une grande révérence à la jurassienne.
- Ceci est la dernière
bouteille d'alcool de Râmétale qui doit exister dans ce
monde. C'est un vin de goradves, une plante désormais éteinte
avec la mécanisation. Je la gardais précieusement pour
une occasion spéciale, qui ne s'est jamais présentée.
Gardez-là, et trinquez avec Harlock à ma mémoire,
fit-il en donnant la grande bouteille.
- Merci, capitaine,
j'apprécie votre geste.
- Et ceci est très
spécial. C'est… de l'eau-de-vie dite d'Altaï,
spécialité de votre planète Jura. J'ai eu
énormément de mal à la trouver encore pleine.
Mais acceptez-la en guise de remerciement de vos services.
- Capitaine, je ne
sais… comment vous remercier, fit la jurassienne en pleurant.
- Ne la buvez pas en
cachette, c'est tout ! plaisanta le vieux militaire.
Mimee rougit un peu en pensant aux dizaines de bouteilles qu'elle avait englouties lors de son périple à bord de l'Etoile de Déneb. La petite fiole était, avec la harpe de Mimee, l'un des deux objets de sa planète natale Jura qui existait encore.
L'ordinateur du bureau indiqua que quelqu'un désirait parler au capitaine. Mimee se leva et salua le capitaine avant de partir.
Communication cryptée
classe III.
Emettrice : Maetel.
Localisation : Cabine
de transmissions du galaxy express 999.
Relais de la planète
Heavy Melder.
Le choix cornélien de Maetel
Son frêle visage emplissait du communicateur holographique. Avec son éternelle toque de fourrure noire, Maetel avait pleuré, même si sa pudeur lui avait commandé de sécher ses larmes avant de décrocher le téléphone holographique. Emeraldas lui avait surement parlé des intentions Prométhium, malgré son habituelle réserve quant au dialogue entre deux personnes humaines civilisées.
- Ici, Maetel, vous…
vouliez me parler de toute urgence, je crois.
- Je pense
qu'Emeraldas, ta sœur, t'a fait part de ce qui se passe ici et sur
Râmétale.
- Effectivement…
répondit-elle en baissant la tête.
- L'Union Terrestre
tiendra 15 jours, peut-être trois semaines. Mais ensuite, ce
sera l'occupation puis la robotisation forcée.
- Que puis-je faire
alors ? Ai-je le choix ?
- Je ne peux pas vous
forcer la main, Maetel. Mais Prométhium en a après
vous, et elle a mis l'univers en guerre pour vous voir monter sur le
trône de Râmétale.
Maetel se leva et s'éloigna quelque peu de l'écran. Sa beauté troublante, irréelle certains diraient, contrastait vivement avec ses habits de fourrure noire.
- Savez-vous pourquoi
je porte ces vêtements de deuil tous les jours ? Ma mère
est morte. J'essaye de m'en souvenir à ma manière.
C'est ainsi.
- Je sais que Yayoi
Yukino n'est plus. Mais elle est devenue Râ Androméda
Prométhium, et elle veut que vous deveniez reine à
votre tour.
- Je… ne sais pas. Je
ne sais plus…
Maetel se mit à pleurer. Elle était bien jeune pour affronter un tel destin, la vie était parfois cruelle et cynique.
- Maetel, je sais que
nos choix sont limités, mais vous ne serez pas seule dans
votre lutte contre Prométhium. Je fais en sorte que vous ne
le soyez pas. Feignez d'accepter son offre, cela permettra de gagner
du temps et peut-être découvrir le point faible de
cette reine maléfique.
- Snif… je ne veux
pas affronter encore ma mère…
- Maetel, l'avenir de
ce qui reste de l'humanité est dans vos mains. Quelque soit
votre décision, je me battrais pour l'Union Terrestre jusqu'à
mon dernier souffle. Je dois vous laissez réfléchir.
"Si vous estimez que votre choix est le bon, alors ayez
confiance il le sera". De Saint Eymet, Terminé.
Maetel sécha une nouvelle fois ses larmes avec son petit mouchoir et pensa à cette dernière phrase prononcée par l'officier terrien. Son père, autant qu'elle puisse s'en souvenir, lui disait exactement la même chose dans les moments difficiles.
Sa petite valise faisait office de compagnon de voyage. Nombreuses sont les personnes curieuses qui ont essayé de l'ouvrir pour en inspecter le contenu. Toutes sont mortes désormais.
Elle prit sa valise et l'ouvrit, en faisant attention de ne pas être épiée ou gênée par des regards indiscrets. Son petit communicateur spécial n'avait jamais servi, mais il était relié à Râmétale. Une fois en marche, une voix métallique se voulant rassurante interpella Maetel :
- Maetel, chère
enfant ? Est-ce toi ? fit la voix.
- Oui, mère.
- Maetel, depuis le
temps que je te cherche. Reviens-moi mon enfant, prends ma place sur
le trône. Ton ère est venue, la mienne doit s'achever.
- Mère, pourquoi
avoir déclenché cette guerre ? Elle a fait tant de
victimes, tant de dégâts...
- Je te cherchais
Maetel et ces lâches humains te cachaient.
- Non, mère,
vous faites erreur. J'avais décidé de me cacher.
- J'en suis très
surprise Maetel. Je… me rends compte que certains choix ont causé
un grand tort pour notre peuple. Je voudrais que tu répares
ces erreurs. Toi seule peux le faire…
Un regret ou remord de Prométhium paraissait toujours suspect. Un robot, après tout, n'éprouve plus les sentiments humains. Prométhium aurait-elle des restes de son âme de mère ?
- Vous rendez-vous
compte de tout le mal, toutes les destructions que vous avez causés
?
- Oui, mon enfant.
Maetel sentait que son cœur était à l'étroit dans sa poitrine. Une partie d'elle-même voulait croire au repentir de Prométhium, mais son petit côté Emeraldas lui commandait de rejeter cette offre.
L'Union Terrestre disparaitra dans 3 semaines au mieux…
- Mère, cessez
cette guerre inutile. Je vous en prie, laissez les humains en paix.
- Reviens près
de moi et je ferais ce que tu veux, Maetel.
- Comment croire en
votre parole ?
- Dis-moi simplement
que tu vas me revenir…
Maetel serra fort son petit pendentif puis regarda le vide spatial. Elle savait, au fond d'elle-même, que la fuite n'était pas la solution qu'elle cherchait comme remède à son mal de vivre. Affronter et vaincre sa mère semblaient plus utile.
- Pardonnez-moi, père,
murmura-t-elle. Mère, je suis d'accord pour revenir sur
Râmétale. Je prendrais votre succession sur le trône.
- J'en suis ravie,
chère Maetel. Je vais donner l'ordre à mes troupes de
cessez l'attaque de la Terre.
- Je suis sur le Galaxy
Express 999, je poursuis mon voyage jusqu'à vous.
Prométhium coupa la communication, puis eu un sourire mesquin. Les communications avec le système sol étaient désastreuses depuis la guerre. Rien d'étonnant à ce que l'ordre mette un peu de temps à arriver à destination. Quel dommage, le cessez-le-feu arrivera juste après l'invasion de la Terre…
Dans le train, à nouveau seule, Maetel commençait à réaliser les conséquences de ses actes.
- Au moins, j'aurais sauvé quelques vies. Emeraldas, pardonne-moi aussi, mais je devais le faire. J'espère pouvoir trouver un moyen de faire cesser ce cauchemar.
L'ombre de la Mort décolle
L'Etoile de Deneb n'était plus qu'une coquille vide après son alunissage. L'équipage fut dissous, dispersé, seul le vieux capitaine voulait rester sur son vaisseau. Les adieux furent brefs, comme Harlock les aimait.
L'Arsenal de le Lune était en ébullition. Partout où Harlock courait, il voyait des soldats surexcités, occupés à installer partout où ils le pouvaient des défenses improvisées. La brutalité et la rapidité de la progression avait surpris tout le monde, y compris les nouveaux chefs.
Mimee l'accompagnait au milieu de cette ruche, sa harpe soigneusement emmitouflée à la main. Dans la panique ambiante personne ne faisait attention à une jurassienne perdue.
- C'est celui-là ! Il part dans peu de temps.
Les deux compagnons montèrent dans l'un des derniers trains pour l'arsenal de la mer moscovite encore en service. Une espèce ce contrôleur tenta de les arrêter, mais Harlock montra le précieux sésame de son capitaine. Ils passèrent sans encombre le filtrage.
- Ce train va
directement à la mer moscovite. Nous devons faire vite ! cria
Harlock.
- Oui, mais que
voulez-vous faire avec ce vaisseau ? demanda Mimee.
- Je verrais cela plus
tard.
Le voyage durait, malgré les buildings et autres paysages défilant à toute allure. Au bout d'une heure, Harlock et Mimee reconnurent la gare de la mer moscovite où ils s'étaient déjà égarés une fois auparavant.
Tochiro Oyama attendait nerveusement sur le quai, seul avec sa tenue fripée de mécanicien. Le même insigne de mécanicien que Valentina, mais des étoiles argentées ornaient son col. Avec plus d'assiduité à l'académie, le capitaine de l'ombre de la mort aurait reconnu un ingénieur en chef de 2ème classe.
- Enfin, vous voilà
! Je vous attendais et… Harlock ? Que fais-tu là ?
- Je suis le nouveau
capitaine de l'ombre de la mort.
- Ah… ok. Je ne
pensais pas que tu aurais ce plaisir, mais bon je suis content et…
Un bruit sinistre, glaçant le sang de Mimee et même d'Harlock se fit entendre. Ce sifflement rauque, d'abord grave puis de plus en plus aigue. Un signal qui avait précédé la destruction de Jura, un son lugubre.
- Les sirènes
d'alertes! Les humanoïdes attaquent ! Au vaisseau ! cria
Tochiro.
- Mimee ? Mimee cesse
de rêver ! Il faut partir… ajouta Harlock.
- Comme sur Jura, le
feu du ciel brulera la terre, les océans, la vie… murmura
Mimee.
Harlock prit la main de la jurassienne qui semblait perdue dans ses pensées et courra après Tochiro, qui ouvrait le passage tant bien que mal. Quelques éclairs et flashs lumineux déchiraient parfois l'obscurité, suivis longtemps après de tristes détonations. Le grand bombardement avait commencé, accompagné de répliques des canons au sol. L'arsenal de la mer de la Sérénité, de l'autre côté de l'astre, semblait visé d'abord.
L'ombre de la mort était impressionnante, majestueuse, silencieuse dans le noir du dock. Tochiro avait dépensé son énergie sans compter pour accomplir ce chef-d'œuvre, mais il expliqua à Harlock que le design ne lui semblait pas parfait et qu'un jour il lui faudrait construire quelque chose de mieux. En attendant, il avait aussi bien qu'il le pouvait avec le peu disponible.
A bord, Harlock installa Mimee, encore sous le choc, dans ce qui devait être la cabine du capitaine. Tochiro accompagna Harlock dans la salle de commandes, où un curieux personnage jouait bruyamment avec un avion, au milieu de quelques membres d'équipages désœuvrés.
- Le capitaine en
passerelle ! cria, Tochiro à l'attention du petit joueur
bruyant.
- Oh, pas la peine de
crier comme cela. J'aurais pu laisser tomber ma maquette. Un si bel
avion !
- Je suis Harlock,
nouveau capitaine de l'ombre de la mort. Qui êtes-vous ?
- Ben capt'ain, je suis
Kyo Yattaran, votre second je crois et voici tout l'équipage
au grand complet.
Harlock inspecta avec une curiosité visible son 'équipage'. Parfois, son ancienne hiérarchie lui avait reproché le laxisme de ses tenues, mais là c'était le bouquet. Des pirates auraient eu de meilleurs uniformes.
- Je t'ai sélectionné un équipage à ta mesure ! lui avait dit l'ancien sénateur de Saint Eymet en lui confiant son commandement.
Tochiro troqua son vieil uniforme et mit un grand manteau brun sans formes, avec un chapeau élimé brun.
- Désolé,
mais l'uniforme me serrait un peu. Sans vouloir te commander,
Harlock, la Lune est au milieu d'un bombardement, et il ne faut pas
trainer ici !
- Bien, se dit Harlock
à la barre, tout le monde à son poste. 'Ombre de la
Mort', décollage !
- Au fait, Harlock,
j'ai préparé un appareillage en catastrophe et…
- Plus tard, Tochiro.
Il faut se sortir de ce guêpier le plus vite possible !
- Tous systèmes
de navigation opérationnels. Moteurs à pleine
puissance, annonça Yattaran aux commandes manuelles. J'ai un
message urgent cap'tain ! Je l'affiche.
Communication du commandant Warius Zéro : les forces de défenses sur Pluton et Charon ont été anéanties et le satellite Titan a été attaqué. La flotte tentera une contre-attaque au niveau de l'orbite 28, secteur 22 dans 72 heures. Rassemblement de la flotte sur orbite géostationnaire en attendant.
