Disclaimer : MFB ne m'appartient pas.

Et voilà le dernier chapitre. Désolée d'avoir mis si longtemps à le poster. L'épilogue sera posté ce week-end, avec deux OS bonus. Bonne lecture.


Chapitre 10 : Traquer Doji


Ginga suivait Kyoya de près tandis qu'il courait au milieu du hangar. Les silhouettes imposantes des hélicoptères se succédaient de chaque côté de l'immense salle. Derrière eux, des chocs métalliques et des cris indiquaient que les combats faisaient rage. Ginga résistait difficilement à l'envie de se retourner pour voir comment ils se déroulaient mais Kyoya et lui avaient une priorité : retrouver Doji. Il ne devait s'en détourner sous aucun prétexte.

Ils atteignirent le fond du hangar. Kyoya s'immobilisa. Ginga en fut surpris mais il l'imita. Un mur se dressait face à eux. Il avait cru que Kyoya savait où il allait. Il aurait dû se douter qu'il n'avait pas de destination précise en tête : il n'était jamais venu ici auparavant et, même s'ils avaient été séparé un moment, il n'avait pas pu avoir le temps d'explorer le complexe de la Nébuleuse Noire en détail.

D'un mouvement brusque, Kyoya prit son lanceur et y enclencha sa toupie. Ginga posa une main sur son poignet. Il reçut en réponse un regard agacé.

- Il vaut mieux qu'on cherche où Doji se cache sans faire s'effondrer le mur sur nous.

Kyoya plissa le nez. Ça ne lui posait pas de problème, évidemment. Ginga secoua la tête. Pourquoi avait-il cru que c'était une bonne idée de sous-entendre qu'il devait agir raisonnablement ?

- Kyoya.

Son compagnon soupira mais il abaissa son lanceur et Leone.

- On fait quoi alors ?

Ginga promena son regard autour d'eux. Ils n'avaient pas beaucoup d'options à disposition. Il aperçut une porte dessinée dans un mur. Il l'indiqua à Kyoya. Elle devait mener à Doji. Il ne ferait jamais autant de chemin qu'eux pour pouvoir monter à bord d'un hélicoptère et partir – fuir – quand il le voulait. Il avait forcément un accès direct au hangar.

Kyoya esquissa un hochement de tête. Il laissa Ginga le dépasser et prendre la tête de leur marche. Le rouquin atteignit la porte. Il prit une profonde inspiration, se préparant au pire, et l'ouvrit avec précaution. Il arriva dans un couloir et, de l'autre côté, se trouvait une autre porte. Ginga l'ouvrit à son tour et entra dans une pièce qui n'avait rien d'extraordinaire hormis qu'elle était entièrement vide. Ginga avança précautionneusement. Ses pas résonnaient entre les murs. Kyoya marqua un temps d'arrêt sur le seuil. Il balaya la salle du regard sans faire mine de le suivre. Il attendait certainement qu'un piège se déclenche. Et il le laissait seul à sa merci sans le moindre remord. Sympa.

- Doji n'est pas là, commenta-t-il.

Il y eut un chuintement. Kyoya fit un pas en arrière. Le mur se referma entre eux. Ginga se figea. Il l'entendit distinctement s'indigner de l'autre côté. Au moins, il allait bien.

- C'est une blague ?!

Il regarda tout autour de lui. Il n'y avait aucune issue. Le pan de mur qui le séparait de Kyoya était en tous points identique aux autres. Impossible de deviner qu'il soutenait l'encadrement d'une porte avant.

- Il doit y avoir une autre porte, lança Ginga. Je vais essayer de la trouver.

Il s'approcha de l'un des murs. Il le tâtonna mais il était lisse, sans défaut. Il n'y avait rien de ce côté-là. Il examina le deuxième mur. Il en était à la moitié quand Kyoya s'écria :

- Bouge !

Avant qu'il ait pu dire quoi que ce soit, Kyoya envoya Leone contre le mur. Ginga se décala de quelques pas, espérant ne pas se trouver sur sa trajectoire, et protégea instinctivement ses yeux de on bras. Kyoya manquait vraiment de patience des fois.

Il attendit. Il baissa le bras et se tourna vers le mur que Kyoya essayait de détruire. Ses sourcils se froncèrent. Quelque chose n'allait pas. Il entendait Leone s'acharner contre le mur mais il ne semblait subir aucun dommage. Il arrivait à endurer le choc.

Il pensa distraitement que ce serait un super matériau pour construire des stadiums.

- C'est pas vrai ! s'énerva Kyoya.

La force de frappe de Leone doubla. Pourtant le mur continuait de tenir. Ginga recula jusqu'à se trouver dans un angle de la pièce. Il prit son lanceur, l'arma et envoya Pegasus prêter main-forte à Leone. Sa toupie percuta le mur de l'autre côté de son rival de toujours. Il ne pourrait pas résister à leurs forces combinées. Personne ne le pouvait.

Avec un cri guerrier, il encouragea Pegasus. Des craquements résonnèrent. Des fissures firent leur apparition autour du point d'impact des toupies et s'étendirent par à-coups jusqu'à se déployer sur la totalité du mur. Redoublant leurs efforts, les toupies s'y enfoncèrent peu à peu. Au prix d'un effort supplémentaire, elles parvinrent à passer au travers. Des morceaux de murs s'effondrèrent. Leone se réceptionna juste aux pieds de Ginga, lui prouvant qu'il avait bien fait de s'écarter. Elle tournait avec rage. L'agacement de Kyoya était tangible à travers elle.

- Salut Leone.

Il contourna la toupie furieuse puis passa par l'ouverture qu'ils avaient créée. Kyoya faisait la moue.

- On aurait mieux fait de commencer par là, marmonna-t-il.

Ginga opina. Il ne pouvait pas lui donner tort.

Ils progressèrent dans le couloir. Il y avait d'autres portes que Ginga ouvrit sans prendre le risuqe d'entrer dans les pièces. Le dernier piège était plutôt gentillet, pas le genre habituel de Doji. C'était pour l'inciter à baisser la garde afin de le piéger plus facilement. Et plus définitivement.

Ils avancèrent sans trouver de trace de Doji. À croire qu'il s'était volatilisé. Ginga savait qu'il n'en était rien : Doji avait cru sa destruction proche. Il était forcément resté dans les parages pour assister à sa fin et accomplir la vengeance à laquelle il tenait tant.

Il ouvrit une énième porte. Sa surprise ne dura qu'un instant.

- Je ne pensais pas que tu arriverais jusque-là, déclara Doji.

Les poings de Ginga se serrèrent. Il entra dans la salle, suivi par Kyoya qui empoignait déjà son lanceur.

- Ah oui ? Alors pourquoi tu as préparé autant de pièges si tu pensais que le premier suffirait à nous vaincre ?

Doji sourit avec méchanceté.

- Je me doutais que ce ne serait pas suffisant. Je commence à avoir l'habitude de t'affronter. Mais je vais faire tout mon possible pour te détruire cette fois.

Un câble jaillit. Ginga et Kyoya s'écartèrent l'un de l'autre d'un bond. Il frappa l'endroit exact où ils se tenaient plus tôt. Il se releva comme un fouet, prêt à frapper de nouveau, laissant une zébrure sur le carrelage. Doji les regarda l'un après l'autre. Son sourire s'accentua quand ses yeux se posèrent sur Kyoya.

- Tu es si gentil de me donner des idées. De me les apporter sur un plateau même.

Ginga sentit son sang se glacer. Il ne sous-entendait tout de même pas... ? Kyoya se redressa et le défia du regard.

- Tu veux dire quoi là ?

Le câble frappa dans sa direction. Ginga tressaillit. Kyoya recula d'un bond. Il avait esquivé à temps. Il n'avait rien.

Ginga se tourna vers Doji, les poings serrés.

- Arrête ça Doji !

Son ennemi se contenta de rire. Il grogna.

- Pegasus !

Le spectre de sa toupie apparut. Le pégase d'un blanc immaculé se dessina dans les airs, incroyablement lumineux dans la pénombre qui les entourait. Il portait une armure d'argent qui reflétait chaque étincelle de lumière. On ne voyait que lui. Il savait déjà ce que son blader comptait lui demander. Il se tourna vers Kyoya et battit des ailes.

- Je n'ai pas besoin d'aide ! s'agaça Kyoya. Occupe-toi plutôt de Doji si tu ne veux pas que je m'en charge à ta place !

Ginga hésita un instant. Il voulait l'aider mais Kyoya avait raison : il pouvait gérer et il avait une tâche importante à accomplir.

À contrecœur, il se retourna vers Doji qui le surplombait. Pegasus hennit, frappa le sol de ses sabots avant de se placer à ses côtés.

- Leone !

Apercevant du coin de l'œil le spectre du lion s'étirer devant son compagnon, Ginga se détendit. Ça irait maintenant.

- À nous deux Doji.

- Tu ne comptes pas l'aider ?

Le doute ne teintait plus une parcelle de Ginga.

- Tu ne sais pas ce qu'est la confiance. Tu ne pourrais pas comprendre.

Le galop de Pegasus résonna. Il prit de l'élan, fit le tour de Ginga et se précipita vers Doji. D'un coup de sabots, il décolla du sol. Doji grimaça.

- Tu ne crois pas que je vais te laisser faire ?

Il appuya sur un bouton. Le monde se mit à trembler.

- Qu'est-ce que... ?

Doji éclata de rire. Il disparut d'un coup. Pegasus frappa le mur juste à l'endroit où il se tenait avant. Ginga voulut le rejoindre pour voir où il avait disparu. Il commençait à escalader quand un grand bruit l'immobilisa. Il regarda tout autour de lui. Kyoya faisait de même, confirmant son impression. Son inquiétude monta d'un cran. Il y eut un craquement. Il vacilla... ou plutôt le sol vacilla sous ses pieds. Manquant de perdre l'équilibre, il quitta son perchoir d'un bond et se réceptionna sur le sol qui tremblait.

Les murs s'effritaient. Tout s'effondrait autour d'eux. Ginga grimaça. C'était une blague, non ? Il ne pouvait pas croire que Doji ait prévu autant de pièges cette fois.

- Viens, ordonna-t-il à Kyoya.

Il reprit l'escalade des meubles et regarda l'endroit où Doji avait fui. Ça ressemblait à un puits sans fond, obscur et insondable. Ça n'avait rien de réconfortant mais il n'avait pas le choix. Il fit un signe de tête à Kyoya et fit mine de descendre.

- Attends.

Il se décala. Il trouvait que la situation était un peu trop critique pour faire preuve de patience – Kyoya ne se gênait pas pour foncer dans le tas d'habitude. Le vert se posta au bord du trou. Il tenait son lanceur et Leone. Il propulsa sa toupie. Le sifflement devint de plus en plus léger jusqu'à disparaître. Kyoya attendit un peu. Ginga sentait ses nerfs à fleur de peau – ils étaient en danger de mort ! – mais il faisait suffisamment confiance à Kyoya pour parvenir à ignorer la salle qui s'effondrait autour d'eux. Il avait un plan. Ses plans étaient souvent excellents et il n'y avait aucune raison que celui-ci soit différent.

Ses yeux se plissèrent.

- Danse endiablée des Crocs du Vent, souffla-t-il.

Il recula d'un pas. Une tornade dansante jaillit dans le tunnel. Il y eut un grand fracas en bas. Et un cri. Le sourire de Kyoya devint féroce.

- Bien joué, commenta Ginga, admiratif.

- Il est pris au piège. On va le cueillir ?

Ginga opina.

- On devrait le prendre en tenaille.

Kyoya le couva du regard.

- Excellente méthode de chasse. Séparons-nous.

Bien que le plan ne plaisait pas trop à Ginga – même si c'était lui qu'il l'avait proposé – il se sépara de Kyoya. Il sortit de la salle, traversa un tas de couloirs et trouva enfin des escaliers qui descendaient. Il les prit, espérant que Kyoya ait eu autant de chance – quoique, le connaissant, il avait peut-être juste sauté dans le puits.

Il se sentit mal. Pourquoi il sortait avec ce type déjà ?

Il arriva dans un sous-sol. Les recherches se prévoyaient plus facile que les fois précédentes puisque la majorité du complexe était effondrée. Peut-être qu'avec quelques déblayages, ils pourraient retrouver des indices sur les plans précis de la Nébuleuse Noire.

Il entra dans une salle aux ordinateurs. Il regretta une fois de plus que Madoka ne soit pas là, avec eux. Elle se serait révélée utile dans ces circonstances.

Il trouva une clé USB. Elle ne contenait sans doute aucune information utile mais il la prit quand même. On ne savait jamais. Peut-être qu'il y aurait quelque chose d'intéressant. Ce serait dommage de passer à côté.

Il alla dans un couloir adjacent. Des pas résonnaient dans le couloir. Il se tendit mais la cadence lui parut familière. Kyoya. Il se précipita vers lui. Ses cheveux et ses vêtements étaient un peu plus ébouriffés et froissés que d'ordinaire. Ginga ne posa aucune question. Il se doutait pourquoi et il n'avait pas vraiment envie d'en avoir la confirmation.

C'était un véritable danger public.

- Alors ?

Kyoya secoua la tête.

- Il y avait juste quelques morceaux de son armure métallique, marmonna-t-il.

- Ça a dû le ralentir.

- Il est encore pire qu'un cafard.

Ginga ne pouvait pas lui donner tort.

Ensemble, ils remontèrent les couloirs et suivirent sa piste. Effectivement, des éclats de métal parsemaient le chemin que Doji avait pris. Kyoya lui avait porté un grand coup.

Mais ça n'avait pas suffi pour l'obliger à s'arrêter.

Ils montèrent une volée de marches, puis une autre.

- Comment il fait ?

Ginga n'en avait aucune idée. Il avait réussi à prendre beaucoup d'avance sur eux malgré sa blessure.

Ginga s'immobilisa. Il entendit le raclement du métal. Il fit signe à Kyoya de ne faire aucun bruit. Kyoya esquissa un hochement de tête. Ensemble, ils redescendirent une volée de marches sur la pointe des pieds. Ils n'avaient pas remarqué en passant devant la première fois mais il y avait un couloir dans l'ombre. Ils s'y faufilèrent. Le raclement du métal se fit bien plus fort. De plus en plus alors qu'ils s'en approchaient. Une respiration haletante s'ajouta au bruit ambiant. Ginga continua d'avancer. Un éclat de métal attira son regard. Ses yeux s'habituèrent à la pénombre. Doji se traînait lamentablement sur le sol. Si ça avait été quelqu'un d'autre, Ginga aurait certainement ressenti de la pitié. Mais c'était Doji. Il le dépassa et lui coupa la route. Doji releva la tête vers lui. Il voulut faire demi-tour mais Kyoya lui bloquait l'autre partie du chemin.

- C'est fini, déclara Ginga.

- Jamais. Jamais je ne me laisserai battre par... des gamins comme vous... ignares...

- Tu n'es pas en position de nous insulter, lui fit remarquer Kyoya.

Doji lui adressa un regard plein de mépris qui lui valut juste une moue condescendante de Kyoya qui leva la tête vers Ginga.

- On en fait quoi ?

- On l'amène dans le hangar. Yû et Tithi ont sûrement battu les autres à l'heure qu'il est. Nous allons appeler l'AMBB et la laisser s'en occuper.

Kyoya fit la moue. Ce plan ne lui plaisait pas beaucoup.

Doji se mit à rire.

- Vous croyez vraiment que je vais me laisser faire ?

Son corps mécanique se recroquevilla comme une marionnette dont on avait coupé les fils. Ginga se tendit. Kyoya de même. Ce n'était pas possible...

- Il a dû se télécharger ailleurs.

- La salle des machines ! s'exclama Ginga.

Il courut vers la pièce qu'il avait traversé plutôt, Kyoya sur les talons. Ça lui avait semblé bizarre que Doji laisse une si grande partie de l'installation à l'abri de la destruction. Il aurait dû se douter qu'il prévoyait un mauvais coup.

Il entèrent dans la salle. Les ordinateurs y étaient toujours endormis.

- Comment ça se fait... ?

- Il va essayer de s'enfuir. Il sait qu'il n'a plus aucune chance aujourd'hui.

- Le hangar ! comprit Ginga.

Ils firent une nouvelle fois demi-tour. Ginga n'en pouvait plus. Ils avaient été à deux doigts de l'arrêter. Après toutes ces années. Et maintenant...

Il avait l'impression que l'espace rétrécissait, se refermait sur lui. C'était...

Kyoya le poussa. Ginga émergea de ses pensées. Ce n'était pas qu'une impression. Les murs se rapprochaient. Il accéléra.

Ils arrivèrent dans une salle dont un pan de plafond était ouvert sur l'extérieur. Il apercevait quelques arbres et un morceau de ciel nuageux.

Ginga recula jusqu'à se trouver à côté de Kyoya. L'espace s'amoindrissait autour d'eux. Ils lancèrent Pegasus et Leone contre les murs sans parvenir ne serait-ce qu'à les ralentir. Ginga ne voyait pas comment ils pourraient s'en sortir assez vite pour rattraper Doji.

Il leva la tête. Comment réussir à atteindre l'extérieur...?

L'espace se rétrécissait encore. Ils n'avaient pas un temps illimité devant eux.

- Les forces de Pegasus ne suffiront pas, grogna-t-il.

C'était terrible à admettre pour un blader.

Kyoya le regarda. La colère marquait ses traits mais Ginga voyait autre chose. Il cherchait une solution, tout comme lui. Il en avait une à disposition, même, sauf qu'il ne tenait pas à l'appliquer. Cela attisa la curiosité de Ginga. Quelle idée pouvait-il avoir ?

Kyoya finit par soupirer avec agacement.

- Rugit Leone !

Une tornade se forma dans le maigre espace qui leur restait. Cette attaque surprit Ginga. Ce n'était pas le coup spécial le plus puissant de Kyoya. Il ne comprenait pas pourquoi il l'avait choisi. Il le voyait plutôt opter pour la Danse Endiablée des Crocs du Vent ou la Frappe du Roi Lion. Ginga était capable de contrer le Rugissement Tempétueux du Lion depuis longtemps – depuis leur premier affrontement en fait.

Kyoya le regardait comme s'il attendait quelque chose. Ginga échangea un regard avec lui. Kyoya attendait son intervention. Malgré la situation plus que critique, il ne put empêcher l'espoir de s'épanouir en lui. Ils allaient enfin combattre ensemble ? Comme une véritable équipe ? Même s'ils étaient du même côté depuis longtemps et qu'ils sortaient ensemble depuis plusieurs années, il n'osait plus en espérer tant. Il suffisait de voir leur échec en essayant le système Synchrome, quelques jours plus tôt : il avait l'impression qu'ils étaient trop fiers en tant que bladers trop pour pouvoir former une véritable équipe. Pourtant, c'était ce que Kyoya proposait maintenant.

- Pegasus ?

Sa toupie se dirigea vers celle de Kyoya. Elle intégra la tornade et commença à tourner en longeant l'œil dans le sens du vent.

- Tornade Ailée !

La tempête prit énormément de volume en très peu de temps et sa puissance accrut quand Pegasus ajouta sa force à celle de Leone. Ginga fut forcé de faire un pas en arrière pour ne pas être aspiré. Mais, même s'il gardait un semblant de prudence et de sérieux, il ne pouvait s'empêcher d'être émerveillé. Ce coup spécial était d'une puissance incroyable. Il n'avait jamais rien vu de tel.

Derrière eux, les murs n'avançaient plus. La pression du vent était trop forte. Ginga lui-même devait lutter pour tenir debout mais il avait l'habitude. On ne pouvait pas combattre Kyoya en étant incapable de résister aux tempêtes.

Il se tourna vers Kyoya pour voir ce qu'il en pensait. Évidemment, il ne se préoccupait presque pas de la tornade qui ne se trouvait qu'à quelques décimètres de lui. La tête levée, il pensait déjà au prochain mouvement et réfléchissait à la manière dont ils pourraient se sortir de là. Les félicitations seraient pour plus tard. Peut-être.

Il baissa la tête et balaya ce qui l'entourait du regard. Il se figea. Ginga tourna son regard dans la même direction que lui. Le morceau d'arbre tombé pendait suffisamment bas dans la salle pour qu'ils l'utilisent pour rejoindre l'extérieur. Seul problème : le vent le malmenait aussi bien que les murs. Il risquait à tout moment de se briser et de se laisser aspirer par la tornade. Mais, comme Ginga l'avait déjà fait remarquer, on ne survivait pas à Kyoya sans développer certaines capacités, notamment du domaine de la survie. Ce serait bien moins ardu que leur rendez-vous au Wolf Canyon – qui avait été absolument merveilleux.

- On y va ! ordonna Kyoya.

Étant le plus proche de l'arbre, il le rejoignit le plus rapidement. Il se lança dans l'escalade. Il monta avec autant de facilité et de fluidité que s'il marchait. Toutes ses prises étaient assurées. Ginga songea une fois de plus que rien ne laissait deviner qu'il avait grandi dans une ville.

Il atteignit le sommet et se permit même de se réceptionner avec élégance. Il jeta un regard en contrebas – droit vers lui.

- Qu'est-ce que tu attends ?

L'impatience vibrait dans sa voix. Il voulait se remettre en chasse. Il n'attendait que cela : traquer sa proie et l'achever.

- Je te regardais, avoua Ginga sans cacher son admiration.

Une douce surprise passa furtivement sur l'expression de Kyoya. L'esquisse d'un sourire flatté vint jouer sur ses lèvres mais il se reprit vite et se força à afficher une expression sérieuse, voire renfrognée.

- On n'a pas le temps pour ça.

Ginga sourit. Il agrippa une branche à la hauteur de sa tête et l'utilisa pour s'élever. Il grimpa en prêtant plus d'attention à ses prises – il ne passait pas tout son temps libre à escalader des canyons lui. Un craquement inquiétant le força à s'immobiliser. Il jeta un regard en arrière. Un morceau de l'arbre se tordait en angle droit vers la tornade. Il reprit son ascension en s'efforçant de l'accélérer un peu. Il rejoignit Kyoya au sommet. Les épaules de son compagnons se détendirent légèrement. Ginga lui effleura la main puis se retourna pour faire face au souterrain.

- Maintenant ?

Kyoya attendit, son regard vif fixé sur la tornade.

- Maintenant.

Leurs toupies cessèrent leurs attaques spéciales simultanément. Il ne restait plus beaucoup d'espérance de vie à la tornade.

Ginga tendit la main. Kyoya fit de même. Pegasus et Leone jaillirent de la tempête qui s'évaporait et vinrent se nicher dans leurs mains. N'ayant plus rien pour l'alimenter, la tornade disparut. Les murs reprirent leur progression sinistre. Le morceau d'arbre se pencha vers le sol, de nouveau soumis aux lois de la gravité.

Ginga baissa la tête. Pegasus allait bien. Il le rangea puis se tourna vers Kyoya.

- Tu crois que Doji est retourné aux hélicoptères ?

Lâche comme il était, il prévoyait sûrement de s'enfuir. Encore.

- Ça vaut le coup d'aller voir.

D'un même pas, Ginga et Kyoya s'éloignèrent de la pièce souterraine et se dirigèrent vers le hangar.

- C'était géant ! S'exclama Ginga en se tournant d'un bond vers Kyoya.

Son compagnon continuait d'avancer en regardant droit devant lui.

- Cette attaque est la plus puissante que j'aie jamais lancée ! Que nous n'ayons jamais lancée. Nous sommes devenus imbattables ! Il faut lui trouver un nom.

- Tu veux pas te concentrer sur la traque plutôt ?

Ginga se tut. La traque était importante mais leur premier coup spécial en duo l'était tout autant, voire plus – il l'attendait depuis si longtemps qu'il n'osait plus l'espérer.

- Que dis-tu de la Tornade Ultime ? Ça lui va parfaitement, n'est-ce pas ?

- Ginga.

L'agacement commençait à poindre dans le ton de Kyoya et son nom sonnait comme une menace. Ginga s'en moquait. L'euphorie le gagnait. Il se sentait prêt à combattre et à vaincre n'importe quel adversaire. La Tornade Ultime – quel nom parfait ! – serait leur meilleure arme à partir de maintenant. Il avait hâte de l'utiliser à nouveau.

- Tu imagines le nombre de tournois qu'on aurait pu gagner avec ça ? Le nombre d'ennemi que nous pourrons vaincre ?

- T'emballes pas, marmonna Kyoya. Nous n'allons pas l'utiliser souvent.

Le sourire de Ginga s'accentua. Il tenait toujours tellement à paraître comme un lion solitaire malgré leurs années de vie commune que ça l'attendrissait.

- Tu te rends compte que c'était la première fois qu'on l'utilisait ? Pourtant on était dans une synchronisation parfaite. Les bladers ont besoin de beaucoup d'entraînements pour réussir à créer un coup spécial en duo et nous l'avons fait en improvisant. Nous sommes faits pour faire équipe.

- Ne dépasse pas les bornes Ginga.

Il retint un rire : le moment ne s'y prêtait pas, malgré la réaction de Kyoya. Il comptait bien reprendre cette discussion quand ils auraient du temps libre. Qui sait. Il pourrait peut-être même le convaincre de s'entraîner et d'améliorer ce coup spécial. La Tornade Ultime. S'ils devaient battre un ennemi puissant dans le futur, ce serait en utilisant cette attaque.

Après tout, pourquoi attendre ? Ils pourraient tout aussi bien l'utiliser sur Doji dès qu'ils le retrouveraient. Ce serait un parfait entraînement pour Pegasus et Leone.

Une colonne de lumière verte fendit le ciel et assombrit leur environnement. Ginga échangea un regard avec Kyoya avant de reprendre leur route. Ils allaient dans la bonne direction. Le hangar aux hélicoptères n'était plus très loin. Il accéléra son allure jusqu'à courir. Son écharpe se déploya comme des ailes abîmées dans son dos. Si Yû et Tithi n'avaient pas encore vaincu leurs ennemis, ça prouvait à quel point les soldats de la Nébuleuse Noire étaient coriaces. Ils leur faisaient gagner un temps précieux en combattant à leur place. Une raison de plus pour ne pas échouer si près du but.

Ginga avança jusqu'au bord du hangar et regarda en contrebas. Au-delà des hélicoptères, il distinguait quatre silhouettes. Il n'y avait rien ni personne d'autre.

- Doji n'est pas là, remarqua-t-il en se tournant vers Kyoya.

Le vert secoua la tête. La mâchoire crispée, il tourna le dos au vide et scanna les environs du regard. Ginga fit de même. Il ne nota rien d'extraordinaire, ne vit aucun indice qui pouvait les mener à Doji. Et, d'après son expression, il pouvait dire que Kyoya ne trouvait rien non plus. Peut-être qu'il avait bel et bien fini par se volatiliser.

Ginga capta un bruit d'hélices. Il se retourna. Aucun des hélicoptères du hangar ne montrait le moindre signe d'activité. Il grimaça. Doji avait de nouveau un coup d'avance sur eux.

- Par là ! s'exclama Kyoya.

Il s'élança dans la forêt, se faufilant avec agilité entre les arbres. Ginga se lança à sa poursuite. Ils coururent de toutes leurs forces. Ils ne voulaient pas que Doji leur échappe une fois de plus.

Leur traversée sembla durer une éternité à Ginga. Ils franchirent soudainement le couvert des arbres et s'immobilisèrent à l'orée d'une clairière. Le grincement des hélices résonnaient avec bien plus de forces à leurs oreilles. Par réflexe, il plissa les yeux et leva le bras pour les protéger de la poussière qui se soulevait. Il s'efforça de voir au travers du nuage. Doji était à portée de main. Il ne leur restait plus grand chose à faire pour le capturer et mettre un terme à ses agissements.

- C'est fini pour toi Doji !

Il sortit son lanceur et le pointa vers l'hélicoptère. Il propulsa Pegasus. Sa toupie atteignit le véhicule alors qu'il décollait du sol. Ginga eut un demi-sourire. Doji ne pouvait plus lui échapper à présent.

Pegasus rebondit sur l'habitacle. Les yeux de Ginga s'écarquillèrent. Ce n'était pas possible. Pegasus revenait avec force dans sa direction. Ginga dut se jeter à terre pour ne pas être blessé par sa propre toupie.

- Tu crois vraiment ? le nargua son ennemi avant de s'enfuir dans un éclat de rire maniaque.

Ginga se redressa juste à temps pour voir l'hélicoptère s'élever dans les airs et disparaître derrière une couche nuageuse. Le bruit des hélices décrut progressivement puis s'évanouit.

- I-il m'a encore échappé ?

Il frappa le sol d'un geste rageur.

- Mais il avait prévu combien de plan pour fuir cette fois ?!

- C'est ridicule, soupira Kyoya.

Ginga soupira. Il s'assit et ramassa Pegasus. Il se tourna vers son compagnon qui avait la tête levée vers le ciel.

- C'est vrai. Il devrait se douter que j'arrêterai ses plans la prochaine fois.

- Ce n'est pas de lui dont je parlais mais de toi.

- Quoi ?

Kyoya baissa les yeux vers lui. Il semblait sérieux. Ginga en resta bouche bée. Il ne trouvait pas qu'échouer dans l'arrestation de Doji alors qu'il si proche du but était assez démoralisant ? Il pourrait montrer un peu de compassion, pour une fois, et éviter d'en rajouter.

Kyoya croisa les bras et secoua la tête, dubitatif.

- Sérieusement. Tu t'es pris l'attaque de ta propre toupie. C'est d'un ridicule.

Ginga se mit debout.

- J'espère que tu plaisantes là, marmonna-t-il. Je me souviens d'une fois où c'est toi qui a fait n'importe quoi et qui a failli prendre l'attaque de Leone en pleine tronche.

D'ailleurs, c'était la première fois qu'ils s'étaient disputé malgré leurs années de rivalité. Tout n'avait pas toujours été rose entre eux mais, d'habitude, Ginga choisissait de le calmer et de l'aider à dépasser sa colère.

Kyoya lui tourna le dos.

- Je ne vois pas de quoi tu parles.

Ginga décida d'abandonner. Kyoya pouvait être d'une telle mauvaise foi.

- Doji s'est montré plus prévoyant que d'habitude, commenta-t-il pour changer de sujet. Je crois qu'il ne comprendra jamais que ses plans n'ont aucune chance de marcher.

Ça lui promettait énormément de travail en perspective. Il n'aurait sûrement pas à se trouver une nouvelle occupation avant plusieurs années.

Kyoya se tourna vers lui, une moue agacée sur le visage.

- Si je résume bien, le seul combat décent qu'on aurait pu faire, on l'a laissé à Yû et Tithi ?

Ginga sourit avec gêne. Il se gratta l'arrière de la tête, ne voyant pas quoi répondre à cela. Kyoya était autant venu pour l'aider que pour combattre. Ça devait vraiment le décevoir. Sa moue s'accentua.

- Il t'a encore échappé en plus.

- M'a ? s'étonna Ginga. Je croyais qu'on faisait équipe.

- C'est quand même à toi qu'il a échappé.

- J'suis pas à plaindre peut-être ? J'ai pas eu l'occasion de combattre dans cette histoire.

- T'oublies notre entraînement avant de partir.

- Ça compte pas.

Ginga comprit la portée de ses paroles seulement quand il les prononça. Il adressa un regard inquiet à Kyoya qui s'était figé. Littéralement. Il déglutit. Ça n'annonçait rien de bon. Un masque de froideur se gravit sur les traits de Kyoya et il le toisa avec mépris. Toutefois, Ginga voyait la flamme de fierté blessée brûler au fond de ses prunelles. Il s'empressa d'ajouter :

- Tu sais ce que je veux dire. Ne te vexe pas s'il te plaît.

- Je vois très bien et je ne le prends pas mal, dit Kyoya en prenant grand soin d'articuler chaque syllabe.

Il lui tourna le dos d'un mouvement qui pouvait sembler théâtral et partit.

- Kyoya ! Attends !

Ginga le rattrapa en quelques bonds. Il l'entoura de ses bras et le serra contre lui. Kyoya ne daigna pas lui adresser le moindre regard.

- Ça te dirait un combat une fois qu'on sera à la maison ? lui proposa-t-il. On a toujours pas réussi à nous départager il me semble.

Ils n'avaient peut-être pas encore vaincu Doji mais ils l'avaient ralenti. Ils pouvaient bien fêter ça.

- Hm.

Ginga prit délicatement son visage dans ses mains et le tourna vers lui en douceur. Kyoya continuait d'arborer son air boudeur mais il était déjà bien plus calme. Il brossa sa joue du pouce.

- D'accord...

Ginga sourit et son regard s'adoucit. Il se voyait parfaitement vivre avec lui jusqu'à la fin de ses jours.

- Il y a un problème ?

Ginga détacha à contrecœur sa main de la joue de Kyoya.

- Rien dont on doive parler pour l'instant.

Il aurait tout le temps d'évoquer le sujet plus tard.

- Allons chercher Yû et Tithi.

Le peu de légèreté que Kyoya avait retrouvé s'évapora.

- On peut pas les laisser là plutôt ?

- Kyoya.

Il soupira. Ginga lui prit la main. Ils firent demi-tour et traversèrent les bois à une allure plus raisonnable. Kyoya traînait presque des pieds. Il n'avait pas envie de rejoindre les deux adolescents et il le montrait bien.

Ginga eut un sourire amusé. Il savait que Kyoya ne les détestait pas autant qu'il le disait.

Son sourire s'évanouit et il regarda son compagnon. Il effleura sa nuque.

- Dis... comme il n'y a plus de combats prévus contre des ennemis... tu crois que tu pourrais détacher tes cheveux ?

Ça lui avait vraiment, vraiment, vraiment manqué.

Kyoya fit mine de le regarder avec condescendance mais un sourire dansait dans ses yeux. Il détacha ses cheveux et les ébouriffa d'une main. Le cœur de Ginga explosa. Il était magnifique. Absolument sublime.

Kyoya laissa son bras retomber contre lui. Ses cheveux ondulaient jusqu'à ses épaules. Ginga ne résista pas à l'envie d'y glisser sa main.

- Ça te convient ?

- C'est parfait, murmura-t-il rêveusement.

Kyoya eut un sourire fier et satisfait. Ginga fit glisser sa main sur son épaule et le lâcha à contrecœur. Ils continuèrent leur route vers le hangar. Les combats avaient cessé. Malgré la distance, Ginga comprit que les vainqueurs étaient Yû et Tithi : il voyait leurs silhouettes debout, au fond du hangar, pendant que les deux agents de la Nébuleuse Noire était assis à même le sol, le dos courbé. Yû les aperçut et se mit à faire de grands signes. Ginga lui répondit. Kyoya soupira. Il lui donna un coup de coude taquin.

- Je suis sûr que tu vas survivre à quelques minutes de plus en leur compagnie, murmura-t-il.

Kyoya renifla avec mépris.

- Bien sûr que je survivrai. Eux, par contre...

Ginga secoua la tête, amusé. Maintenant, il ne leur restait plus qu'à trouver un moyen de les rejoindre.

Kyoya ne s'embarrassa pas de tant de délicatesse. Il envoya Leone dans le hangar et détruisit en grande partie un des murs extérieurs. Il devait avoir besoin de se défouler. L'effondrement forma un chemin qui reliait la forêt au bâtiment souterrain. Kyoya parvint à le descendre sans faire glisser un seul débris. Ginga ne voyait pas comment il y arrivait.

Trop impatient, Yû se précipita dans leur direction, laissant Tithi se charger de la surveillance de leur deux prisonniers.

- Gingy ! Yoyo ! Alors, vous avez réussi ?

Kyoya grogna. Ginga ne savait pas si c'était à cause des surnoms, de l'échec de leur mission ou d'un mélange des deux.

- Eh bien...

Un brin gêné, il montra Theta et son collègue qui ne songeaient pas une seule seconde à s'échapper, accablés par le poids de la défaite.

- Nous ne sommes pas venus pour rien. On va appeler l'AMBB. Elle va s'occuper d'eux.

Yû lui adressa un regard interrogateur mais Ginga n'avait pas envie d'entrer plus dans les détails à présent. Il devrait déjà faire un rapport complet à l'AMBB quand elle arriverait sur les lieux. Tout ce qu'il voulait, c'était rentrer chez lui et passer du temps avec Kyoya.

Il prit la main de Kyoya et lui sourit. Dans quelques heures, ils seraient de retour chez eux.


Fin du chapitre 10


La Tornade Ultime est un coup spécial présent dans le manga.