Chapitre 10 : Un beau jour de printemps.
Trois semaines. Ca faisait trois semaines qu'ils enduraient siège après siège de journalistes, d'amis, de Ron, et tout le monde dans tout ce putain de monde. Tous ceux qui pensaient qu'ils avaient le droit de savoir tout sur sa vie et avec qui elle couchait. Voulaient-ils qu'elle le crie du haut du Ministère pour accepter le fait qu'elle ne se remettrait pas avec Ron ?
Elle l'aimait, oui. Mais même s'il voulait qu'elle revienne, c'était trop tard. Il avait fait un choix trois ans plus tôt, et s'il s'inquiétait des conséquences maintenant… Ben il aurait dû y penser plus tôt. Qu'il le veuille ou non, elle était passée à autre chose. D'abord avec Jeff, et maintenant, de façon incroyable, c'était avec Draco. Elle avait su, quand ils avaient eu leur première nuit ensemble, que ça n'avait pas été que du sexe. Il y avait eu quelque chose dans la manière dont il l'avait embrassée, comme s'il lui disait que ce n'était pas que pour une nuit, que ce n'était pas quelque chose qu'il regretterait le lendemain matin –et que ce n'était pas quelque chose qu'il voulait qu'elle regrette non plus.
Ce n'avait pas été la dernière fois. Même s'ils ne couchaient pas ensemble toutes les nuits, ils dormaient quand même ensemble. C'était comme si la chambre de Draco n'existait pas pour autre chose que pour ranger ses vêtements. D'une certaine façon, elle était heureuse. Elle savait qu'elle aurait été blessée qu'il se comporte autrement. Partager une telle expérience avec lui, pour la première fois –ce n'était pas quelque chose à laquelle elle s'était attendue, dans plus d'un sens.
Si personne d'autre, elle s'était attendue à ce que ce soit Ron. Et si ce n'était pas Ron, alors Harry, pour aucune autre raison qu'ils étaient ses meilleurs amis et qu'elle les connaissait mieux que quiconque d'autre.
Elle ne connaissait pas Draco. Elle avait connu Malfoy. Mais d'une certaine manière, il avait changé ces cinq dernières années, et plus que par le camp pour lequel il s'était battu pendant la guerre. Son attitude avait changé. Il semblait plus gentil, et c'était désarmant. Elle ne savait pas comment lui demander de s'ouvrir à elle. Il s'était ouvert à elle cette nuit, cette très mémorable nuit, mais il ne l'avait plus fait après. Ils discutaient de tout et de rien, avaient fait une apparition publique ensemble à un autre bal du Ministère, ils avaient parlé de finances –mais jamais ils n'avaient simplement parlé. Elle n'allait pas le supporter plus longtemps. Elle avait besoin de lui parler.
Hermione soupira, détournant ses yeux de la fenêtre pour se re-concentrer sur son cas. Ce n'était pas dans ses habitudes de le faire pendant le travail pour son entreprise, mais ce n'était pas quelque chose contre quoi elle était non plus. Ce n'était simplement pas un cas qui l'intéressait incroyablement.
Par conséquent, elle fut incroyablement reconnaissante quand quelqu'un vint frapper à sa porte, interrompant son travail.
« Entrez », dit-elle en levant les yeux. « Draco, qu'est-ce que tu fais là ? »
Draco lui sourit et s'appuya au chambranle de la porte, soulevant un panier. « Je t'apporte un pique-nique pour le déjeuner. Que ferais-je d'autre ? »
« Un pique-nique ? », répéta Hermione, levant les sourcils.
Draco sourit. « Un pique-nique », dit-il.
« Et où allons-nous manger ? », demanda Hermione en se massant le front, fatiguée.
« Poudlard », répondit Draco, entrant dans son bureau et y jetant un regard circulaire. « Alicia a réussi à faire donner son accord à la proviseure pour qu'elle nous laisse manger dans le parc. Bien sûr, ça a dû être plus facile vu que tu étais l'étudiante préférée de MacGonagall. Beau bureau. »
« Hum ? », demanda Hermione de façon distraite. « Oh. Merci. » Son ventre gargouilla et elle sourit. « J'ai assez faim : j'ai pas eu grand-chose à manger pour le petit-déj', j'en ai bien peur. »
« Allons-y alors », dit Draco en lui tendant la main. Elle la prit lentement, rencontrant ses yeux, le rouge aux joues. Ils pouvaient bien avoir des relations intimes, elle était encore nerveuse en sa présence. Ils sortirent de son bureau, traversèrent le couloir, passèrent devant le bureau de la secrétaire et entrèrent dans l'ascenseur qui les menèrent à l'étage principal. De là, ils se dirigèrent vers une cheminée du réseau de poudre de cheminette où Draco dit qu'ils allaient aux Trois-Balais. Elle arriva rapidement, n'ayant que la plus petite quantité de suie sur ses robes noires. Draco sortit gracieusement du feu seulement deux secondes après elle.
Hermione jeta un regard circulaire à la pièce que la propriétaire des Trois-Balais avait préparée à l'écart pour ceux qui arrivait et partait par le réseau de poudre de cheminette. Elle était gardée par un sorcier solitaire qui s'était endormi pendant son service affalé sur une chaise. Elle tapa du doigt contre sa cuisse sans motif reconnaissable, entrant dans la pièce principale.
C'était calme, vu que c'était un jour de semaine mais le pub était assez plein. Pas de doute : il s'agissait de gens sortis prendre leur pause-déjeuner –des gens qui n'étaient de toute évidence pas assez occupés pour prendre note du couple dont on parlait le plus ces trois dernières semaines. Les deux marchèrent en silence jusqu'au lac en face de Poudlard, d'où ils pouvaient voir le château et quelques élèves trainer dehors. Draco tira du panier qu'il portait une nappe en flanelle et l'étendit sur le sol, faisant signe à Hermione de s'assoir avant de placer le panier dessus et de faire comme elle.
Hermione lui sourit chaleureusement, remarquant les élèves plus proches de l'école et les journalistes se battant contre les barrières aux extrémités du parc de Poudlard. Elle les désigna de la tête. « Ils n'abandonnent jamais, hein ? »
Draco sourit en coin. « Non, en effet. On pourrait penser que ce sont des vautours au vu de la manière dont ils s'accrochent à un article. »
« Je crois me rappeler que tu étais plutôt en bons termes avec une journaliste toi-même, en quatrième année. »
Draco eut un mouvement de recul. « S'il te plaît, ne me parle pas de cette horrible femme. »
« Tu semblais bien l'aimer à ce moment-là », le taquina Hermione.
« J'étais un pauvre enfant induit en erreur » dit Draco en fronçant les sourcils et en secouant la tête.
Hermione rit avant de s'approcher du panier. « Alors, qu'est-ce qu'on mange ? »
« Bien », commença Draco, plongeant la main dedans, « des bananes », il les sortit du panier, « des sandwiches, de la Bièraubeure… » Il sourit, plaçant ces victuailles entre eux. « Et des fraises et du chocolat », finit-il, prenant les dernières et délectables provisions et les plaçant juste hors de sa portée.
« Qu'est-ce que tu fais avec ça ? », demanda Hermione, les yeux dansant.
« C'est le dessert », s'exclama Draco, ses yeux s'écarquillant innocemment. « On ne peut pas les manger avant d'avoir mangé le déjeuner. »
Hermione rit et sauta en avant, le renversant sur le dos. Ses cheveux, détachés –comme c'était devenu son habitude depuis trois semaines- tombèrent autour du visage de Draco, créant un rideau entre eux et le monde. Hermione se pencha, capturant ses lèvres des siennes. Des semaines plus tôt, elle n'aurait jamais faire quelque chose de si audacieux –peu importe combien elle était en confiance avec les gens, jamais elle n'aurait eu assez de confiance (ni n'aurait été à l'aise en fait) pour l'intimité physique.
Trois semaines avec Draco avait, de toute évidence, changé ça.
Draco répondit à son baiser, la laissant prendre l'initiative comme elle enfouissait ses mains dans ses cheveux et se positionnait au-dessus de lui. Ils savaient tous les deux qu'ils ne pourraient pas aller très loin mais sûrement qu'une séance de pelotage ne serait pas complètement de trop.
Quand enfin ils se séparèrent, elle souriait d'un grand sourire. « T'as toujours pas changé d'avis ? »
Draco haussa un sourcil. « Je ne sais pas : je pense que je vais avoir besoin d'une deuxième performance. »
Hermione leva les yeux au ciel, préférant prendre une banane et commencer de l'éplucher. « Hum… », soupira-t-elle. « Délicieux. »
Draco se renfrogna. « Tu essayes de me rendre jaloux d'un fruit et je ne vais pas le supporter. »
Hermione rit. « Mais pas du tout ! »
Draco ne répondit pas, commençant son sandwich. Il n'adorait pas particulièrement les bananes, en aucun cas.
Hermione finit sa banane avant de recommencer à parler. « Draco », commença-t-elle. « Qu'est-ce que tu préférais à Poudlard ? »
Il la regarda. « A propos de quoi ? »
« De Poudlard », répéta-t-elle.
« C'est assez large, Hermione », dit Draco, prenant une gorgée de Bièraubeurre. « Mais je crois que je vais essayer. » Il regarda derrière elle, le lac. « Probablement sa simplicité. Quand je suis parti, j'ai eu l'impression que j'étais forcé de grandir. »
Hermione observa l'imposant édifice dans lequel elle avait vécu sept ans et soupira. « Je suis d'accord. On ne se rend jamais compte combien c'est merveilleux d'être un enfant jusqu'à ce que ce soit fini. »
« Quand as-tu jamais été une enfant ? », demanda Draco en haussant un sourcil.
« On trouve le temps entre les études et sauver le monde », répondit-elle d'un ton hautain.
« Vrai », sourit Draco avant de rouler sur le dos et de tapoter le sol à côté de lui. « Viens là, Hermione », dit-il. Elle se pencha et se pelotonna contre lui.
« C'est agréable », soupira-t-elle.
Elle ne savait pas combien de temps ils restèrent couchés là, pas qu'elle s'en souciât, mais après un moment, elle remarqua que les yeux de Draco se fermaient. Elle se rendit compte qu'elle était couchée contre Draco et qu'il était couché sur le sol… Et elle se rendit compte qu'elle ne voulait pas se lever. Elle voulait rester là, à Poudlard…
Avec Draco.
C'était une révélation incroyable. Juste quatre semaines plus tôt, elle avait haï l'appeler par son prénom. Un peu plus de quatre semaines plus tôt, elle aurait grogné sur lui si elle en avait eu la chance. Mais maintenant… Maintenant, elle voulait être en sa compagnie. Maintenant, elle se sentait bien avec lui. A présent, en fait, elle l'aimait bien et, elle en avait peur…
Elle commençait à l'aimer.
Elle savait que c'était ridicule. Elle ne devrait pas penser à aimer Draco Malfoy. La seule raison qui l'avait poussée à l'épouser, c'était son orgueil blessé –et il l'avait épousée à cause de ce stupide testament. S'il n'y avait pas eu le testament, elle ne l'aurait jamais embrassé ou couché avec lui et ils auraient été de vagues connaissances qui auraient à peine pu supporter la compagnie l'un de l'autre.
Mais pourquoi le réalisait-elle seulement maintenant ? Pourquoi admettait-elle qu'elle l'aimait seulement maintenant ? S'il y avait un moment pour se l'admettre, c'était bien trois semaines plus tôt, quand elle avait couché avec lui. Même alors, pourtant, elle n'avait pu admettre que quelque chose comme l'aimer bien. Elle avait peur d'avoir laissé ses émotions prendre le meilleur d'elle-même à ce moment.
A présent, c'était différent. A présent, elle avait une chance –une chose qu'elle n'était pas prête à laisser lui échapper. Elle ne pouvait qu'espérer qu'il ressentait la même chose.
Draco replia la nappe en flanelle, regardant Hermione alors qu'elle se levait en regardant le lac, ses bras encerclant sa taille. Elle n'avait pas beaucoup mangé mais c'était compréhensible : lui non plus n'avait pas beaucoup mangé.
Ces trois dernières semaines, ils s'étaient autant amusés hors du lit que dedans. Ils avaient tant appris l'un à propos de l'autre, les pensées, les souvenirs, les idées l'un de l'autre… C'était incroyable. Il n'avait jamais imaginé en apprendre tant à propos d'un autre être humain. Il n'en savait même pas autant sur sa tante, et il était plus proche d'elle qu'il l'avait jamais été de personne.
A part, apparemment, d'Hermione.
Elle était différente. Elle était différente de tous ceux qu'il connaissait. Elle s'arrangeait différemment de ce qui lui arrivait. Elle avait des espoirs et des idées différentes. Des rêves différents.
Elle ne voulait pas le pouvoir, précisément. Ou du moins pas pour elle. Elle le voulait pour d'autres personnes mais tout ce qu'elle voulait, c'était aider à ce que ça arrive. Elle s'en fichait si elle n'en tirait pas un centime : la seule raison qui avait fait qu'elle s'en était inquiétée avant était qu'elle avait l'esprit pratique: elle savait qu'elle devait manger.
Dit simplement, elle le stupéfiait. Et ça rendait assez humble.
« Hermione », appela Draco, plaçant la nappe dans le panier et se levant avec. Elle se tourna vivement vers lui, marchant vite.
« Désolée », dit-elle, les yeux pétillants. « Merci de m'avoir amenée ici. Ca fait des années que je n'ai pas été ici et ça fait du bien de revivre les souvenirs… » Elle marqua une pause, un coin de sa bouche se relevant en un sourire. « Quelques uns… J'ai bien peur que tu aies été un petit bâtard à ce moment-là. »
Draco roula les yeux. « On a déjà parlé de ça. En plus, je n'en suis pas un maintenant. Alors si je te demande de prendre mon bras, tu diras oui ? »
Hermione lui sourit. « Bien sûr », dit-elle, se déplaçant pour le prendre.
La promenade se passa vite, la tension brisée par leurs taquineries et les souvenirs des jours à Poudlard. Avant même de s'en apercevoir, ils étaient de retour à la pièce spécialement prévue pour le réseau de poudre de cheminette aux Trois-Balais.
« Pars devant », dit Draco. « J'ai pris le reste de la journée alors je retourne au Manoir. Je te vois ce soir. » Il se pencha, l'embrassant sur le front, ses lèvres s'attardant quelques secondes de plus que la dernière fois.
Les coins de la bouche d'Hermione se levèrent. « A plus tard, alors », dit-elle en prenant une poignée de poudre de cheminette et en la lançant dans l'âtre. « A ce soir Draco », souffla-t-elle, les yeux pétillants, et fit un signe de tête au vigile maintenant réveillé avant d'entrer dans le feu et de crier « Ministère de la magie ! »
Draco se détourna de l'âtre et retourna aux Trois-Balais. Ce qu'il avait dit à Hermione n'était pas strictement la vérité. Il avait pris le reste de sa journée mais il voulait parler à Ginny Weasley avant de rentrer au Manoir. « Excusez-moi ! », demanda-t-il à une serveuse pas loin. « Où puis-je trouver Ginny Weasley ? »
Note de la traductrice : Bon, désolée mais la DartyBox a décidé de me lacher ce week end. Alors pour me faire pardonner : deux chapitres de poster d'un coup ! On se rapproche de la fin à grands pas.
Merci énormément aux reviewers anonymes.
A bientôt ^^
