Chapitre 9 : Vengeance…

Je gardai le silence face à sa peine. Cela faisait cinq minutes que Rose ne bougeait plus, elle ne pensait plus à rien, elle était dans le plus grand désarroi. Depuis sa renaissance, elle avait gardé l'espoir d'enfanter un jour et rien qu'en une phrase j'avais brisé son espoir. Je m'en voulais en cet instant de la faire autant souffrir, je ne l'avais pas épargnée. Son cœur déjà froid n'était plus que néant, toutes sensations de bonheur futur étaient annihilées et tout cela par ma faute. Je ne sais combien nous sommes restés immobiles tels des statues mais cela me parut être une éternité. Je m'étais assis car la peine que j'avais causée à ma sœur m'envahissait à mon tour, elle était tombée sur moi tel un fardeau. Même avec le monstre terré dans mon être le plus profond, j'arrivais à faire du mal autour de moi, je n'étais définitivement pas un individu sain pour les siens. Tout n'était plus que chaos dans l'esprit de Rose, sa façade impertinente et arrogante était tombée et je me trouvais devant une femme fragile et blessée.

Je ne pouvais plus la regarder, mon regard fixé sur le sol, je ne fixais même plus les détails du carrelage, mon esprit vagabondé je ne sais où, je n'étais plus qu'une ombre qui avait écorché une âme.

« Je te remercie de ta franchise Edward, je suis ravie que tu me dises tout cela en pleine sincérité mais je ne pensais pas que cette nouvelle vie me coûterait tant. »

Sa voix était brisée mais ce qu'elle venait de me dire n'était rien comparé à ce qu'elle pensait. Peut-être ne se souvenait-elle plus de mon don ? Je pouvais sentir sa rancœur à mon égard, la haine qu'elle ressentait pour le monde vivant, le monde vampirique, mes parents, ses criminels et moi-même. Ses pensées s'obscurcissaient de minutes en minutes, elle m'en voulait de plus en plus et elle m'accablait de mots durs à supporter, je perçus alors qu'elle savait très bien l'étendu de mon don et elle en jouait. Voir ma culpabilité augmenter l'amusait, elle n'était pas rassasiée. Elle voulait plus, voir souffrir mes proches mais surtout ses violeurs. Je ne la laisserai pas accabler ma famille de ces malheurs, je ferai tout pour qu'elle ne soit pas cruelle avec mes mentors. Ils étaient tout pour moi et je ne supporterai pas de voir leur souffrance autant supporter sa cruauté à moi seul.

J'étais encore plongé dans mes pensées quand elle sortit de la pièce, elle voulait parler à ma mère et lui dire tout ce qu'elle détestait dans cette famille et dans sa nature. Je repris mes esprits et coupai la route avant qu'elle ne s'en prenne à Esmé.

« Peut-on parler en privé, suis-moi dans la forêt !

-Et pourquoi ferai-je cela, il me faut parler à notre mère… »

J'avais essayé de parler le plus bas possible et mettre ma conviction dans ma voix mais cela la fit rire et elle avait haussé le ton sur ces derniers mots, il n'en fallut pas plus pour que ma mère accoure vers nous.

« Et bien Rose tu voulais me parler, je t'écoute… »

Je pouvais sentir l'hésitation dans l'esprit de Rosalie, elle ne voulait pas s'en prendre à notre mère, elle n'était point responsable de sa transformation, le seul à l'être était Carlisle, elle l'attendrait donc ce soir. Elle essayait de trouver une excuse valable pour avoir dérangé Esmé et cela sur un coup de tête. Elle se demandait d'où ses brusques sautes d'humeur provenaient, ce qu'elle savait pertinemment puisque nous lui en avions parlé lors de sa transformation. Elles étaient courantes chez les nouveaux nés, il fallait au cours du temps les contrôler, ce que je n'avais su que bien tard lors de mon exil.

Elle n'arrivait pas à prendre de décision concernant une excuse plausible puis elle m'observa et me sourit, j'étais l'échappatoire idéale. Il ne s'était écoulé qu'une seule seconde avant qu'elle ne prenne la parole.

« Je me demandais si Edward pouvait m'accompagner pour une partie de chasse…

-Tu n'as pas besoin de mon accord pour cela… ». Elle se tourna vers moi et me communiqua ses instructions par le biais de la pensée, elle me sourit et me fit ses dernières recommandations : « Sois prudent, les nouveaux nés ont des tactiques très variés pour boire le sang humain, fais attention à sa force… »

Quand elle disparut de mon champ de vision, je me tournai vers ma sœur qui me regardait de son regard cynique, froid et amusé, si j'avais été humain en cet instant, mon corps se serait glacé sur place. Elle me prit par le bras et le serra fort, elle voulait avoir l'ascendant sur moi puis elle m'entraina hors de la maison et nous enfonça dans les bois.

« Tu voulais me parler, je t'écoute…

-Tu es vraiment malsaine… Faire du mal à Esmé, je ne te croyais pas aussi lâche… »

Ses mots la blessèrent mais je n'en avais pas fini, loin de là. Rosalie Hale voulait jouer et bien nous allions jouer.

« T'en prendre aux parents montre ton manque de maturité, toute ta vie humaine, tu n'as été qu'une enfant pourrie gâtée. Tout le monde devait te passer tes envies, il va te falloir grandir et pour cela, il faut te rendre à l'évidence, ce n'est pas Carlisle le responsable de ta condition. Ne t'en prend pas à lui, il t'a sauvé. Il t'a peut-être donné une vie dont tu ne voulais pas et que tu ne voudras jamais mais au moins il t'a sauvé d'une mort certaine et très douloureuse. Ne sois pas ingrate et ne lui crache pas ton venin alors qu'il n'a pas pensé à mal. Si tu devais en vouloir à quelqu'un, ce serait plus à toi. C'est ta vanité, ton arrogance qui t'ont mené jusque là. Je pensais qu'après ta transformation, tu aurais changé mais tu es toujours la même, même la catastrophe qui t'a mené à cet état n'y a rien changé… »

Ces derniers mots l'avaient blessée mais je n'en avais pas encore fini avec elle. Elle m'avait mis hors de moi et le fait qu'elle en ait voulu à ma famille n'arrangeait rien.

« … si tu veux savoir je vous ai beaucoup observé lors de la soirée dans ta demeure. Et toi et ton fiancé vous ne valiez pas mieux, toute n'était que convoitise… Toi tu ne voulais que sa fortune alors que lui ne voulait que ton corps… Tu n'étais qu'une simple poupée a ses yeux, si vite utilisée et que l'on jette après utilisation ou lorsque la fleur devient trop vite fanée. Tu n'étais qu'un jouet entre ses mains, c'est bien malheureux ce qu'il t'a fait mais ce n'est pas pour cela qu'il faut se venger sur les autres. Carlisle pensait en te voyant que tu avais une âme pure et que te sauver était une obligation, mes parents te trouvaient agréable et ta mort serait un gâchis car ta beauté était un cadeau. Ce qu'il ne savait pas, c'était l'être froid qui s'y cachait. Tu les décevrais s'ils t'avaient entendue et s'ils t'avaient connue. Ils t'ont fait un cadeau, tu as encore le pouvoir de changer ta destinée et te repentir de ta vie antérieure. Change la donne…

-Tu sais très bien que je ne pourrais pas. Je suis née ainsi et je le resterai ainsi. Cependant je ne suis pas la plus à plaindre. Regarde-toi Edward, tu n'es qu'une ombre qui ne fait que de pleurer son existence, tu seras toujours seul et renfermé sur toi. Tu ne vaux pas mieux que moi. De plus, tu as des vies sur ta conscience, comment fais-tu pour vivre avec cela ? Tu n'es qu'un monstre…

-Je sais très bien ce que je suis et je l'accepte contrairement à toi, il m'a fallu du temps pour m'en rendre compte. Mais ne rejette pas le problème sur moi alors que c'est toi qui en es l'objet. Je pourrais très bien te raconter tout ce que ton cher et tendre voulait te faire ce soir où je t'ai rencontrée, elles ne sont pas dignes d'un gentleman, Royce n'est qu'un porc qui voulait assouvir ses fantasmes sur toi avant que le temps emporte ta beauté et ta jeunesse. Je suis même certain que le soir où tu es morte il en a profité car oui, tu es morte ce soir-là couchée dans la neige dans cette rue isolée, non loin de chez toi. Ton cœur s'est emmuré depuis ce jour, seul le temps va pouvoir te cicatriser…

-Qu'en sais-tu ? Rien…

-Je sais seulement que tu as une seconde chance, ne la gâche pas à cause de cet animal, ne te renferme pas dans cette rancœur, ne deviens pas amère…

-C'est bien trop tard pour cela. Et je ne suis pas ce que tu décris, je ne suis pas cette femme que tu as décrit, je ne suis pas vaniteuse…

-Tu es imbue de ta personne, seule la beauté compte à tes yeux à égalité avec les biens matériels. Tu oublies que la vie n'est pas fait que de cela, il y a aussi les sentiments humains que jamais tu n'as ressenti. Tu étais bien trop jalouse, envieuse et froide. Tu n'as jamais ouvert ton cœur à quiconque à l'exception de ta jeune sœur. Pense à elle pour ne pas rester dans ton état pour l'éternité, aussi froide, aussi amère, aussi aigrie. »

Sur mes derniers mots, son visage n'exprimait que souffrance. Sa sœur lui manquait, j'avais touché son point sensible. Je pouvais sentir le monstre de Rose se rétracter, c'était déjà un bon début. Il lui faudrait du temps pour cicatriser sa souffrance, elle aurait besoin de soutien et une mure réflexion lui serait indispensable.

« Nous serons toujours là si tu as un besoin de parler, ne te ferme pas à notre aide, elle te sera bien plus que nécessaire… »

Elle hocha la tête, ses pensées étaient floues et elle se remémorait mes paroles. Je n'avais certes pas été doux avec elle, je l'avais retranché dans ses dernières barrières. J'avais essayé de rester courtois mais son envie de faire souffrir mes proches m'avait mis en colère et je n'avais pas retenu mes mots. J'avais peur d'être allé trop loin et ne savais comment me rattraper, ma culpabilité ne faisait que s'accroître de seconde en seconde. Elle releva la tête, son visage était dévasté mais une nouvelle lueur brillait dans son regard, la flamme de la vengeance. Une nouvelle détermination lui était venue, elle était devenue terrifiante, un sourire malsain lui donnait un air fou. Son regard dur s'assombrissait, je connaissais bien ce côté sombre, rien allait l'arrêter. Son visage pale devenait une arme redoutable, la moindre de ses expressions glacerait le sang de sa victime. Le côté le plus noir de Rose venait de faire son apparition. Quand elle vit son reflet dans mes yeux, son sourire sadique s'élargit.

« Ne t'inquiète donc pas pour moi, je ne tuerai que mes criminels, je ne veux pas devenir le monstre que tu étais. Je ne ferai pas d'esclandre et ferai en sorte que leur mort soit lente et sans éclaboussure de sang. Je sais que je ne résisterai sinon pas à cette tentation et je ne veux pas être contaminé par le moindre de leur atome…

-Je ne m'inquiète pas pour toi et pour ton état. La vengeance va t'apaiser sur le moment mais elle ne comblera pas tes blessures…

-Laisse moi en juger par moi-même veux-tu. Tu n'es pas le mieux placé pour donner des leçons Edward. Carlisle m'a raconté ton exil et ce n'est pas joli joli si tu veux mon avis, je sais très bien gérer ma nouvelle nature alors laisse moi ce plaisir.

-Je te laisserai te venger mais ne deviens pas le monstre que j'étais. Ne deviens pas comme tous les autres vampires avec leur soif de sang et de pouvoir…

-Promis… », Dit-elle sur un ton agacé.

Elle était déjà ailleurs, elle planifiait ses exécutions dans les moindres détails, je préférai m'éloigner un peu d'elle pour la laisser avec ses plans macabres. Je pouvais déjà sentir le goût du sang dans ma bouche, le venin y coulait déjà à flot. Je pouvais sentir le monstre terré dans l'ombre se tendre devant ma résistance, tant de souvenirs de mon exil me venaient à l'esprit. La peur dans les yeux de mes victimes, leur faible résistance et leur sentiment d'impuissance. Cela m'avaient beaucoup distrait à l'époque et j'en voulais toujours plus, je n'étais jamais rassasié. Tant de vies et tant d'âmes avaient souffert par ma faute, cependant j'avais sauvé tant de vies d'innocents. Ma damnation sera peut-être moins lourde mais je n'y croyais pas trop, cela restait des vies humaines, je ne valais pas mieux que ces monstres.

Alors que je revenais vers elle, elle sentit ma présence et me montra ses funestes pensées. Elle voulait se venger tout en prenant son temps, que ses victimes aient peur de son approche. Elle s'en prendrait d'abord aux sous fifres puis à l'homme à l'accent puis viendrai le tour de Royce. Ses planifications sur ce dernier changeaient de seconde en seconde, elles étaient toutes plus malsaines les unes que les autres. Elles allaient de la pendaison au plus raffiné égorgement en passant bien évidemment par la torture physique et mentale la plus douloureuse que j'eus entendu ou vu de toute mon existence. Mais je comprenais ma sœur, elle avait besoin de cette vengeance. Bien que cette dernière soit stupide, elle lui serait bienfaitrice, enfin je l'espérais tout du moins. J'avais peur que la femme douce qui pouvait se cacher chez Rose ne soit morte. Je présumais de la nature véritable de ma sœur même si je ne l'avais encore jamais vue ou rencontrée.

Il me faudrait avertir mes parents de ses projets tout en leur intimant de la laisser faire, il nous fallait cependant partir pour ne pas paraître suspect. Heureusement que Carlisle devait paraître avoir dix ans de plus car sinon nous aurions dû fournir un motif valable. De plus, il nous avait déjà parlé d'un prochain départ, il nous suffisait donc de l'avancer. Cette idée me fit sourire, ce qui surprit Rose vu la teneur de ses pensées. Je lui fis part de mon plan et elle sourit à son tour avant de me remercier. Elle retourna dans ses plans macabres et je la laissais s'y perdre à sa guise, je lui dis seulement qu'on pouvait retourner dans la maison, nous nous étions absentés une bonne partie de l'après-midi et le soir tombait déjà. Elle déchira ses vêtements, ce qui me surprit.

« Il faut bien montrer que je suis partie en chasse…

-Oui, il te manque juste des traces d'hémoglobine maintenant…

-Très drôle », siffla-t-elle.

Elle partit pourtant chasser pour avoir une preuve formelle mais elle voulait faire au plus vite et prit dans ses filets un écureuil. Elle s'en mit un peu partout pour montrer que nous n'avions que chasser, ce qui me fit rire. Elle leva les yeux au ciel et passa devant moi pour rentrer chez nous.

Carlisle était déjà rentré quand nous arrivâmes dans le salon. Il nous attendait avec notre mère tout en se tenant la main. Ce simple geste d'affection eut le don de raidir ma sœur, elle était jalouse de cet amour et voulait connaître le sien. En me regardant, elle voyait la solitude incarnée mais également l'objet du désir. Elle avait beau savoir que jamais elle n'aurait sa chance avec moi, elle avait toujours l'espoir de me faire succomber. La tension de Rose était telle que l'atmosphère autour de nous s'était brusquement alourdie. Les deux amoureux sentant cette pression se séparèrent légèrement mais cela n'apaisa rien. On pouvait voir la fureur et la tristesse dans le regard du jeune vampire. De ne pas avoir de compagnon la faisait souffrir et elle faisait partager ses sentiments avec toute la famille. Elle aimait voir les autres culpabiliser et la plaindre. Etre le centre d'attention était le but de son existence. La Rose humaine était de retour, elle cachait ses intentions de vengeance pour le moment pour mieux se concentrer sur nos parents.

Mon humeur qui s'était quelque peu améliorée dans la forêt s'assombrissait de nouveau. Je décidai donc de prendre la parole.

« Quand avez-vous décidé de déménager ?

-Nous n'avons pas encore arrêté de date. Tu sembles préoccupé, tu veux que nous avancions la date ?

-Je vais vous laisser discuter », dit Rosalie en partant à l'étage. « Je te laisse leur expliquer la situation. », ajouta-t-elle en me faisant un petit sourire malsain et moqueur.

Mes parents se tournèrent vers moi quand elle eut disparue de notre vue. Si nous devions discuté autant que ça soit moi qui les informent des intentions de ma sœur vu la nature peu diplomatique de cette dernière.

« Je pense qu'il serait plus astucieux de partir prématurément…

-Je suis certain que tu as des raisons valables pour cela.

-Nous avons tout d'abord que trop tardé dans cette ville. Et cela tu nous l'as déjà exposé quand tu nous as annoncé notre prochain départ. Ensuite il y a eu la transformation de Rosalie et de toutes les recherches qui se sont ensuivies. Et enfin cette ville lui rappelle beaucoup trop de souvenirs et je pense que pour qu'elle avance et qu'elle s'habitue à nouvelle existence, plus notre départ sera précoce et mieux se sera.

-Tes raisons sont parfaitement valables. Cependant, il va falloir compter cinq jours pour que je puisse partir du point de vue administratif. Nous avons arrêté notre destination à une petite ville près de Seattle dans l'état de Washington. Le climat est à l'identique d'ici mais avec une couche de nuage quasi constante. », Finit-il avec un sourire.

« Un climat parfait pour nous…

-Je me posais une question…

-Es tu vraiment parti chassé ? Tes pupilles sont encore toutes dilatées par la soif…

-Non, je suis seulement resté tenir compagnie à Rose. D'ailleurs elle m'a fait part de projets dont j'aimerai avec sa permission m'entretenir avec vous.

-Je vais rester à l'intérieur avec ta sœur. Je n'ai pas encore le besoin de me nourrir. Partez tous les deux, ce sera une sorte de sortie entre hommes, comme au bon vieux temps. », Nous informa Esmé tout en nous faisant un clin d'œil.

Nous nous regardâmes et partîmes ensemble. A peine avions nous atteint la lisière de la forêt que Carlisle brulait de pensées concernant une idylle entre Rose et moi.

« Tu sembles bien apprécier Rosalie.

-Dans la mesure du possible. Disons que je prends sur moi pour que notre cohabitation se fasse au mieux. », Lui répondis-je. Il reprit notre conversation à voix haute.

« Pourtant je pensais qu'il y avait eu un rapprochement entre vous cette après-midi…

-Rosalie voulait que je t'entretienne de ses projets pour que nous la laissions les réaliser… » . « les exécuter plutôt », pensai-je.

« Tu voulais dire un autre mot à la place de réaliser vu la grimace qui t'a trahi…

-Tu te souviens quand tu as trouvé Rose, elle était dans un état déplorable et seule sa transformation la sauverait. Elle revenait d'une visite chez une amie chez qui elle avait pris connaissance de son désir d'avoir un enfant. Tout à l'heure, elle m'a posé la question sur notre impossibilité d'enfanter. Elle l'a très mal pris et je pense qu'il va lui falloir du temps peut-être même son éternité pour qu'elle s'y fasse. C'est une des raisons qui m'est venu pour que nous quittions plus rapidement cette ville.

-Si tu me fais toute cette introduction, c'est qu'il y a une raison bien précise et que tu penses que je vais avoir du mal à l'assimiler.

-Elle souhaite une vengeance dans les règles. Je sais que c'est un peu abrupt mais je ne sais pas comment te l'annoncer avec plus de douceur.

-Elle veut les tuer… Je ne crois pas que ça l'aide à mieux s'accepter. Qu'en penses-tu ?

-Pour elle, ce sera une étape déterminante… Je sais que cette idée ne te plaît pas mais je t'assure que ça ne peut que l'aider et notre soutien également. Si nous ne la laissons pas faire, elle risque de devenir une vraie sauvageonne pour les cent ans qui approchent. Elle m'a promis que ce serait les seuls humains qu'elle tuerait dans son éternité et tu peux me croire, je lui fais confiance sur ce point. Elle maitrise totalement sa soif. Elle ne désire pas devenir le monstre sanguinaire que j'étais.

-J'ai seulement peur qu'elle aille trop loin…

-Elle ne veut pas être contaminé par leur sang, leur mort ne sera pas douce mais elle ne sera pas sanglante…

-Elle tuera quand même des âmes…

-Des âmes damnées qui ne ressentent aucune culpabilité, bien au contraire. Royce a eu ce qu'il désirait. Une femme fragile à sa merci et qu'il a tué et meurtri. Il y pensait depuis leur première rencontre, c'est un esprit sadique et maladif…

-Si tel est son choix, je la laisserai faire mais il nous faudra garder un œil sur Rose notamment sur les conséquences de ses actes et sur l'après des meurtres…

-Nous serons tous là pour l'épauler au moment voulu. »

Nous retournâmes à l'intérieur après nous être nourri de cerfs des environs et annonçâmes notre prochain départ ainsi que les intentions de Rosalie à Esmé, qui le prit plutôt avec inquiétude mais nous lui assurions notre surveillance vis-à-vis de ma jeune sœur. Elle sourit timidement tandis que la concernée arrivait près de nous avec appréhension. Elle avait peur de la réaction des parents, son visage changea d'expression quand elle sut leur accord. Elle m'était reconnaissante et me remerciait de l'aide que je lui avais apporté.

« Je vais faire le nécessaire pour que nous partions le plus rapidement. Rosalie, ne les attaque pas avant que nous soyons partis et attend un certain lapse de temps pour que nous soyons écarté de cette affaire. »

Elle acquiesça et partis regrouper ses affaires, elle avait décidé durant notre absence de faire un tour à son ancien domicile pour faire une surprise à son bien aimé. Je grimaçai face à son stratagème, elle allait voler sa robe de mariée pour mieux lui faire payer son viol. Elle attendrait d'avoir tué les autres pour s'en prendre à lui, il devait avoir peur. Ce que nul doute il ressentira vu son peu de courage.

*****

Les jours étaient passés à une vitesse foudroyante. Pour un immortel comme moi, les jours se comptaient comme les secondes, parfois ils passaient à une vitesse effrayante alors que d'autres étaient beaucoup trop longs à mon goût. Je ne ressentais rien, j'étais comme anesthésié, seuls de rares évènements me sortaient de cet état endormi. J'essayai de chasser pour me distraire, je croisai de rares couguars et devais donc me contenter des cerfs qui peuplaient la région de Washington. Nous avions emménagés il y a de cela quelques mois, Rose avait tenu sa parole et avait patienté. Son plan était devenu infaillible, seule la méthode d'exécution différait selon les jours. Un jour alors que je regardai par la fenêtre, elle s'installa près de moi et me demanda si elle pouvait attaquer dès à présent, je lui confirmai mais lui disait de mettre au courant Carlisle. C'était ce qu'elle avait fait, elle attendit le retour de notre père pour lui demander sa permission. Elle partit les jours suivants pour mettre en action ses projets, Esmé était partie avec elle. Elle était la seule qui avait les mots justes pour l'aider à se canaliser et retrouver son calme.

Rosalie avait tué déjà six de ses meurtriers quand elle vint de nouveau vers moi. Elle voulait savoir les projets de Royce la concernant, elle ne voulait pas lui procurer une belle mort et c'était pour cela qu'elle voulait que je lui en parle. J'avais vu ses projets le soir où nous nous étions rencontrées chez elle à Rochester.

« Je sais ce que tu aies venu me demandé », lui dis-je en me retournant pour mieux voir ses réactions.

« Je ne te demande que cette aide, je sais que je te dois la permission pour ma vengeance…

-Tu l'aurais obtenu même sans leur accord, tu avais pris la décision de les exécuter et je sais que rien ne t'aurait arrêté. Ce que je vais te dire va te marquer à vie, je te demande de ne pas m'en vouloir pour cela.

-Je ne te demande que de la franchise…

-Il n'a toujours que pour ambition de faire de toi une poupée de chiffon, qui n'aurait plus de goût pour rien et cela rien qu'en te touchant. Il voulait faire avec ton corps des choses osées, innommables et en lisant dans tes souvenirs, j'ai vu qu'il était allé bien plus loin. Il voulait jouer avec ton corps et te rendre aigrie, sans joie, une fille qui n'ait plus le goût de vie. Si tu lui avais donné une fille, il t'aurait battue et laissée sur le trottoir. Sous ses apparences tendres se cache un pervers malade et cruel…

-Merci pour m'avoir dit tout cela. »

Elle partit sur ces mots exécuter son sinistre destin.