Après une pause prolongée, cette road fic ré-embraye grâce à l'ami Pinec, qui co-pilotera désormais avec moi. Il est aux commandes pour ce petit chapitre de reprise. Le mien suivra dans une semaine à peu près. ;)
Ecrit par Pinec, donc :
Pour Theodore, enfourcher la bécane après la tentative de domination de Michael était une aubaine. Obéir à son animal de compagnie favori, celui qu'il tentait de dompter depuis si longtemps ? Il n'était pas sûr que sa cour puisse aller aussi loin. Trimbaler sa prison avec soi avait eu quelque chose d'excitant lorsqu'ils étaient menottés ensemble. C'était tout à fait aguichant lorsqu'il s'agissait pour Theodore d'être la cellule qui maintenait sa Beauté auprès de lui... Mais ça n'avait plus rien de tentant lorsque celle-ci devenait son maton, essayant de le cadrer et de le frustrer après tant d'années de retenue. Les gitons de la prison ne comptaient plus, bien sûr, et pour ce T-Bag libre leur chair n'était plus assez fraîche, n'avait constitué a posteriori qu'un substitut. Or, cuisiner de la moufette au menu de son barbecue n'était pas un repas de fête, et le pédophile considérait qu'il méritait tout à fait de célébrer sa liberté retrouvée.
Et conduire, les cuisses serrées sur la machine vibrante, exposé au vent, aux odeurs âcres des méandres lents de la rivière, à l'odeur puissante des tapis de feuilles pourrissant sous les grands arbres bordant la route, à l'enivrante essence... conduire était une victoire. C'était le moyen le plus rapide, sur l'instant, d'être grand et de ne pas desserrer les dents. Lancé vers l'ouest sur la AR-92, il se foutait bien de ses potes, et même de la moto monstrueuse et branlante qu'il ne maîtrisait pas encore : il y avait de l'air, de la vitesse, et pas de murs. Et puis au loin, au-delà du court terme de la vision de Scofield, il voyait la richesse, le chapeau de paille, la foule de jeunes gens se dorant au soleil, juste à portée de celle de ses mains qui ne tiendrait pas de bière.
Après la rivière, ils laissèrent derrière eux la plaine pour un peu plus de relief mais les bécanes ne peinaient pas, habituées à porter leurs impressionnants conducteurs. Pour Michael, malgré le paysage changeant du continent américain, tout cela était bien lassant. Il pensait à son frangin, sur la route un peu plus au nord certainement il pensait aux circonstances absurdes qui les avaient amenés à s'associer à des criminels assoiffés de sang, et sa tête dodelinait. De temps en temps, il cessait de suivre la route, s'en remettant implicitement à son conducteur. Après tout, celui-ci risquait sa peau pour lui, et fixer la route ne changerait probablement rien à son quotidien. Il n'avait pas d'arme, il ne serait même pas bon à les défendre... Pourquoi ne pas faire confiance à Buck ? Le mauvais sommeil de la nuit passée se fait sentir, et Michael frissonna en pensant au pouvoir dont T-bag aurait pu abuser, la nuit, sous le regard bienveillant de ses potes il se sentit tel la biche dans la ligne de visée de l'arc : il n'était intact que parce que son bourreau potentiel le voulait bien. Et dire qu'il tentait de le dresser, de le sauver de ses travers ! Ce fut presque un rire qui s'échappa de sa gorge, tandis qu'il posait à nouveau les yeux sur « Teddy », qui conduisait la V-rod quasiment à sa hauteur.
Mais brusquement la bécane s'enraya, pétarada, ralentit. L'ingénieur dut se tordre le cou pour suivre du regard les tracas du pédophile, tandis que les deux autres bolides ralentissaient. Il entendit, plus qu'il ne vit, le crissement métallique du monstre se couchant sur le bitume, ponctué des exclamations rageuses de Ricky au-devant, et du rire étouffé de Buck Bagwell n'était pas en reste, d'ailleurs, pour ce qui était des jurons. Étrangement, Michael ressentit un pincement d'inquiétude à voir la fumée crasseuse s'élever et à entendre le moteur tourner encore, sans voir Theodore se relever. Aussi irritant qu'il le trouvait, faire la route sans lui était déjà inimaginable. Il en avait déjà tracé un bout avec lui, avec ses amis truands bourrus et, en son for intérieur, il était bien heureux de disposer de ce réseau salutaire. Pourtant, on entendit bientôt le moteur se couper et l'animal grogner en-dessous.
- Saloperie de bestiole ! pesta Theodore, qui espérait peut-être se dédouaner d'avance.
Avant même que Ricky ait fini de descendre de sa Harley, sans doute pour aller commettre une atrocité vengeresse au nom de la seconde princesse de sa vie, le pick-up qui roulait à leur suite s'arrêta à la hauteur de Theodore un homme en sortit, la quarantaine bien sonnée, la peau rougie par le soleil et l'air charitable. Les autres à l'avant, sur leurs bécanes, n'osaient plus bouger. Michael tenta de se nicher contre le blouson de Buck dans le but de passer inaperçu, et le sociopathe tâtonna pour trouver son flingue.
T-Bag vit l'homme approcher dans une perspective des plus fâcheuses : couché au sol comme une pute, la machine de métal retournée contre lui, pesant de tout son poids contre son corps, qui soudain lui paraissait frêle. Pas un sbire pour courir à son secours, sur son ordre. Et le pistolet hors de portée... Mais Bagwell sourit, comme l'autre se penchait pour s'assurer qu'il était conscient.
- Ça fume sacrément, dit-il inutilement.
Il se retourna vers le pick-up et, d'un grand geste, sembla appeler du renfort. Un jeune gringalet en sortit. Au vu des similitudes faciales, c'était son fils, ou son neveu l'homme en était néanmoins la version ayant connu plus de Thanksgiving, plus de barbecues du 4 juillet, plus de Noël et plus de bière. Le jeune, lui, restait à remplir. Il s'avança avec un air benêt, bien incapable d'aider à soulever une bécane de cette ampleur.
- Vous êtes blessé ? demanda-t-il à Theodore.
Sans toutefois lui laisser le temps de répondre, il tendit son téléphone à Junior : « appelle le 911 », dit-il.
Le meurtrier avait le sang au bord des lèvres car il les mordait pour se retenir de glapir sur ces deux idiots. Il voulait se donner l'air rassurant, mais il ne savait pas dans quel état était sa jambe sous la bécane. Il secoua néanmoins la tête avec un sourire et grommela que, sans le poids, ça irait beaucoup mieux. Entre temps, Ricky s'était approché, puisqu'il n'aurait pas été normal pour un type de son envergure de ne pas aider à soulever une telle masse, même s'il s'agissait de la moto que son pote méritait de garder sur la jambe, étant donné qu'il l'avait bêtement couchée.
- J'ai appelé les secours, dit-il avant de tendre sa grande paluche devant lui en se présentant.
Il les remercia de s'être arrêtés, tandis que Theodore les fixait. Leurs yeux pâles de consanguins remuaient trop dans leurs faces molles à son goût. Ils cherchaient quelque chose, ils ne se trouvaient pas là pour rien. Ils m'ont reconnu, pensa-t-il, c'est les flics qu'ils appellent, est-ce que Ricky les a seulement interrompus à temps ? Mais toute la paranoïa s'envola lorsque l'équipe de secours de fortune tenta de mettre l'Electra Glide debout et que Theodore eut soudain des sensations dans sa jambe. C'est en griffant le macadam qu'il se retint d'invectiver les trois hommes et de lister toutes les horreurs meurtrières qui lui traversaient l'esprit. La lèvre supérieure retroussée, il ferma à demi les yeux en contractant sa mâchoire, attendant que ça passe.
Une fois les 380 kilos de Harley enfin redressés, la douleur se calma Bagwell pensait pouvoir affirmer avec suffisamment de force qu'il n'avait rien de cassé pour convaincre les deux envahissants personnages de déguerpir. Toutefois, cela impliquait pour eux-mêmes de repartir vite fait, car les airs suspects des bons samaritains trahissaient aux yeux de T-bag l'intention d'appeler la police dès leur départ. Et repartir nécessitait de regarder sa jambe, moment pénible qu'il aurait préféré remettre à plus tard. Il ricana intérieurement en songeant qu'il lui manquait une perversion : le masochisme. Pas à pas néanmoins, Ricky sembla repousser les intrus qui, dans les méandres suspicieux du cerveau du sociopathe, n'étaient désormais plus là par hasard mais les suivaient sûrement depuis Greers Ferry Road, avant les lacs, à hauteur de Devils Fork.
Le bruit du moteur du pick-up qui s'éloignait le ramena à des soucis plus urgents : l'état dans lequel se trouvait la bécane et le sort qu'il allait lui-même subir aux mains de son propriétaire. La sensation suivante fut pourtant inattendue : au lieu des cris de colère de Ricky, le contact des mains de Gueule-d'Ange sur sa jambe.
- Eh bien Beauté, on demande plus avant de toucher ?
Mais Michael haussa les épaules et répondit d'une voix monocorde.
- Si on reste coincés là par ta faute, et qu'on se fait prendre par ta faute, parce que tu voulais jouer au plus fort sur une grosse moto, ne compte pas sur moi pour te sortir de prison la prochaine fois. Bon, ta jambe est intacte, tu va essayer de te lever ou est-ce qu'on va passer la nuit ici ?
T-Bag fit glisser sa langue sur sa lèvre supérieure, sourit de son sourire grimaçant qui pénétrait de frissons la colonne de Scofield, et quémanda :
- Tu es sûr, Gueule-d'Ange ? Tu ne veux pas tâter un peu plus ?
Mais Michael se redressait déjà et ne tendit pas la main au pédophile pour l'aider à se relever. Au lieu de cela, il se dirigea vers Ricky, qui contrôlait l'état de la moto.
- Elle peut repartir ? demanda-t-il.
