TITRE : SCOTTFIELD'S LEGEND
Auteur : Marianclea
Ca y est. Enfin terminé ! Je vous le livre tel quel !
Enjoy it !
CHAPITRE NEUF
Avril 1876 - Londres, Bryanston Square - A l'heure du Bal de la Reine
A l'heure où les premiers invités de la Reine se pressaient devant les portes du Palais de Buckingham, le Comte de Scottfield terminait seulement de se vêtir.
Faisant un tour complet sur lui-même, il jeta un dernier regard à son uniforme d'apparat qui se reflétait dans la psyché. Satisfait de la vision rendue, il se détourna et sortit de sa chambre.
Descendant hâtivement les escaliers, il avisa les effets du portemanteau et de la console.
Un discret sourire orna ses lèvres.
Vraiment, le majordome de son défunt père pensait à tout. Et il lui en savait gré. Homme de l'ombre toujours fidèle à la dynastie des Blake devançant leur moindre désir.
Il savait fort peu de choses à son sujet. Rien ne filtrait de son passé, de sa famille. En avait-il seulement une quelque part qui l'attendait ? Simplement le souvenir de sa présence depuis sa plus tendre enfance. Toujours impeccable et d'une discrétion absolue. Dévoué à son père et à ses fils.
Bien loin de s'imaginer les pensées de son nouveau maître, Rupert, soucieux de la bienséance et de son confort , avait disposé quelques heures auparavant dans le hall le long manteau, la canne ainsi que l'écharpe blanche et le haut de forme du Comte. Sur la desserte, il avait mis en évidence les gants blancs afin que le jeune homme ne les oublie pas. Il serait du plus mauvais effet que l'héritier des Blake ne respecte pas les us et coutumes lors d'une cérémonie royale.
Le carillon de l'horloge sonna les vingt heures le renvoyant à la réalité.
Saisissant son écharpe et son haut de forme, il mit son manteau. Attrapant ses gants, il les glissa dans la poche intérieure. Il les enfilerait au dernier moment juste avant de pénétrer dans la salle de Bal et s'assurerait ainsi de ne pas les salir ou les abîmer lors du trajet.
Face à lui, silencieux, son majordome ouvrait déjà la porte de la demeure lui indiquant que son moyen de locomotion était à sa disposition.
Castiel le remercia d'un regard chaleureux et alors qu'il passait devant lui, il l'informa :
- Rupert. Comme toujours, vous êtes l'homme de la situation. Je risque cependant de rentrer fort tard si des évènements surviennent. Alors je vous demande instamment de ne pas m'attendre et de vous reposer. Je saurai me débrouiller seul pour me dévêtir et me coucher quoique vous en pensiez. Nous nous retrouverons demain matin pour partager un petit déjeuner copieux.
- Bien, Monsieur. Comme il vous plaira.
Castiel descendit les marches en pierre et grimpa dans la berline qui l'attendait au bas du perron. Derrière lui, la porte de sa demeure se refermait.
Il prit place dans la cabine et une fois bien installé, il indiqua au cocher de prendre la direction du Palais Royal. Le fiacre se mit en route.
Ecartant les plis de son manteau, il tira de son veston sa montre à gousset et soupira.
20h15.
Il serait définitivement en retard au Bal de la Reine. Et il priait que la Souveraine n'ait pas encore fait son entrée lorsqu'il poserait le pied dans la salle de bal. Ce qui causerait un embarras profond. Pour sa famille et pour ses pairs.
Indifférent aux rues traversées, se laissant bercer par les mouvements de la berline, il ferma ses yeux et plongea dans ses pensées du moment.
Le moins que l'on puisse dire est que la chance n'avait pas été au rendez-vous.
Alors qu'il avait promis à Alexane de Winter de l'épauler et de l'aider dans cette sordide affaire, il devait reconnaître son échec.
Le lendemain de leur rencontre, à la première heure, il avait dépêché un commis chez son ami David. Il lui avait enjoint de le retrouver à son domicile pour parler d'une affaire de la plus haute importance. Il avait eu également l'intention de lui parler de ses très bonnes idées pour nouer des relations amicales. Sa rencontre avec le jeune Comte de Kent, Dean Winchester, lui était restée en travers de la gorge.
Au bout d'une heure, le jeune garçon était revenu essoufflé et très ennuyé une missive dans les mains. Conscient qu'il n'avait pas répondu aux attentes du jeune Lord, il s'attendait à être congédié sans paiement.
Mais Castiel était un homme juste. Le garçon avait exécuté sa mission. Fouillant dans sa poche, il lui tendit cinq shillings et le libéra. Un sourire espiègle se dessina sur les traits enfantins. Il s'en saisit, s'inclina et sortit précipitamment de son logis. Au moins il avait fait un heureux.
Avisant le courrier qu'il avait en mains, il comprit que David ne viendrait pas. C'était fâcheux mais pas insurmontable. La lettre devait lui indiquer par retour à quel moment ils pourraient se rencontrer. Confiant, il l'avait ouvert rapidement pour noter la date de sa visite mais il pâlit à la lecture de son contenu. Son avoué l'informait qu'il partait l'après-midi même en déplacement pour une quinzaine de jours dans le nord du Comté de Durham afin de régler une délicate affaire de succession. Il en était fort marri mais il ne pouvait se soustraire à ses obligations et répondre à sa demande. Par contre ils se verraient sans faute à son retour et en cas d'extrême urgence, il pouvait s'adresser à son secrétaire particulier.
Il souffla de dépit.
Bien il devrait procéder autrement. Et quoi de mieux que d'agir par soi-même. Après tout, il venait juste de rejoindre le gouvernement, ses questions sur le Duc passeraient simplement pour une curiosité toute légitime. D'autant que son père fréquentait sa demeure assidûment.
Mais il ne s'était pas attendu à ce silence. Bien qu'il soit conscient qu'on ne puisse obtenir des informations confidentielles en si peu de temps, il avait été plus que surpris de constater au cours de ses recherches que le Duc apparaissait comme un "saint homme".
Grâce à son accès aux archives royales en qualité de pair du royaume, il savait que la Reine Victoria le tenait en très haute estime depuis son retour chahuté de la guerre de Crimée où il s'était illustré en tant que jeune officier britannique. Que son mariage lui avait apporté des terres et des biens substantiels. Qu'il était inscrit sur la liste des prétendants au trône en quinzième position.
Lors des réunions parlementaires au cours de banales conversations, il avait tenté de recueillir des informations sur ce dernier. Il avait fait chou blanc. Personne n'avait connaissance de détails sanglants et croustillants le concernant. Pas de méfaits. Pas de scandales. Rien. Blanc comme neige. Et cela lui semblait hautement improbable. Non. C'était impossible qu'un homme de sa condition n'ait pas un secret. Tous en avaient. Lui inclus.
Il avait donc prévu de réorienter ses recherches mais pour ce faire il aurait besoin d'un appui. Mais vers qui se tourner ?
David était absent pour une quinzaine au pire pour une période indéterminée. Et il ne connaissait personne dans cette ville. Il se maudit de ne pas être plus ouvert aux autres. Si au moins il pouvait compter sur une personne. David n'avait peut être pas tort en lui demandant de se joindre à l'élite qui frayait chez le Duc.
Oui.
Là était la solution.
Se rapprocher innocemment des jeunes aristocrates participant aux festivités du Duc. Avec un peu de chance et beaucoup d'alcool, il obtiendrait les informations souhaitées et ce sans se mouiller.
Maintenant il restait à choisir le pion à sacrifier.
Il devait réfléchir. Vite et bien.
L'évidence se fit dans son esprit lorsque une paire d'yeux couleur émeraude s'incrusta dans sa mémoire et que le souvenir d'une voix grave lui parvint.
Dean Winchester.
Encore et toujours.
Pourquoi cet homme le hantait-il ? Qu'avait-il donc de si spécial pour l'obséder à ce point ? Malgré ses propos injurieux, il n'avait pu se défaire de ce regard profond qu'il avait posé sur lui, de la chaleur de leur contact éphémère. Décidemment cet homme le poursuivait. Il devait mettre un terme à ses pensées bizarres qui le réveillaient la nuit et le laissaient trempé et fatigué ou il deviendrait fou.
Alors oui. Le futur Comte de Kent allait servir ses intérêts. Après tout, vu son statut social, son aisance en société, sa parfaite connaissance du milieu, il ne devrait rencontrer aucune difficulté.
Et pour ce faire, il prendrait sur lui. Il tâcherait d'oublier les propos désobligeants qu'il avait tenus à l'encontre de sa famille. Dean lui devait des excuses. Il irait les chercher si il le fallait.
Et quoi de mieux que le prochain bal auquel la Reine l'avait convié. En sa qualité d'héritier du Comté de Kent, il serait forcément présent.
Et Alexane aussi. Pour répondre à la demande du Duc.
Il n'avait pas osé la contacter depuis leur dernière entrevue. Conscient que la jeune femme était fortement déstabilisée par ce qui lui arrivait. Inutile de l'alarmer davantage. Grâce à Rupert et son génie, il savait qu'elle était bel et bien surveillée. Finalement, la librairie leur serait bien utile pour convenir d'un lieu de rendez-vous ou d'un échange de missives.
Comme lui, elle n'était pas au fait des manœuvres de l'aristocratie. Elle était trop pure, trop libre pour ces cerveaux étriqués et formatés depuis l'enfance.
Il avait été plus que surpris par l'apparente aisance qu'il avait immédiatement senti en sa présence. Peu avait l'heur de le toucher. Et elle avait réussi. Là où tous les autres avaient échoué. Mis à part Dean Winchester. Mais lui c'était autre chose. Il ne l'atteignait pas de la même façon. Ce qui le troublait davantage.
Un mouvement sur la vitre le tira de sa réflexion et le ramena à la réalité. Il était arrivé à destination.
Un regard à sa montre. 20h55.
Il descendit du fiacre et le renvoya. S'engouffrant dans le Palais devant l'impassibilité des gardes, il grimpa rapidement les escaliers conduisant au premier étage. Lieu de la réception.
Au loin, il entendit les hérauts annoncer l'arrivée de la souveraine.
XXX
Même jour - Londres, Buckingham Palace - Salle de bal
Ce soir là, la jeune Ruby Betsford, héritière du Comte de Sussex, faisait son entrée à la Cour, accompagnée de ses parents. Vêtue d'une robe blanche conformément à la tradition, elle observait avec candeur le lieu de la réception.
Un seul mot lui venait à l'esprit : resplendissante. Que ce soit les murs peints en rouge et or, les tableaux représentant les neuf muses, les candélabres en or massif disposés à l'entrée de la pièce, les bancs molletonnés de couleur vermeil sagement rangés de chaque côté de la salle ou le parquet en bois de chêne finement lustré et enfin mis en avant une estrade où le trône de la Reine Victoria était installé.
Tout lui semblait irréel. Ce lieu était si éloigné de son quotidien. Et pourtant elle était là. Officiellement pour faire son entrée dans le monde. Officieusement pour y rencontrer son fiancé.
Quelques jours plus tôt, elle avait eu un long entretien avec son père. Ce dernier ne lui avait pas caché les raisons qui l'avaient poussé à agir ainsi.
Extérieurement, elle avait simplement acquiescé. Elle se plierait aux ordres. Elle avait tant vu de femmes contracter des mariages de raison qu'elle n'était pas surprise outre mesure. Ses parents avaient été confrontés au même choix dans leur jeunesse et leur union était heureuse. Ce n'était pas le cas de tous.
Intérieurement, elle fondait donc beaucoup d'espoir sur ce bal. Elle priait Dieu que l'homme auquel elle était destinée serait jeune et beau et non un vieillard libidineux et fauché. Comme cela arrivait fréquemment.
Bien que son père ne lui ait pas indiqué l'identité de cet homme, il avait eu un léger sourire lorsqu'elle lui avait demandé à quoi il ressemblait. Si il disposait d'un portrait. Elle en avait déduit peut-être à tort - au vu des hommes présents à cette cérémonie - que son fiancé serait un beau parti. En attendant qu'il daigne se présenter, elle devrait patienter.
Quelques minutes plus tard, les hérauts annonçaient l'arrivée de la Reine. D'un seul bloc, tous firent une profonde révérence à son passage.
Le Bal pouvait commencer.
Bien que la Reine ne dansât plus depuis son veuvage, elle avait maintenu la tradition. Annuellement elle réunissait l'élite de son royaume pour ce "Bal de la Reine". Elle permettait ainsi à chacun de nouer ou non des liens, accueillait les jeunes aristocrates en âge de se marier. D'un simple regard, elle pouvait décider de déchoir un seigneur qui ne répondrait pas à sa demande.
A l'appel de son nom, particulièrement émue, Ruby avait maladroitement esquissé une révérence qu'elle avait tant travaillée. Inquiète et honteuse, elle n'osait plus regarder la Reine. Jetant un œil, elle s'était trouvée face à un regard "attendri" posé sur elle. D'un geste d'éventail, elle avait été invitée à se relever et à prendre place au sein de la haute société. Elle s'était relevée et retirée respectant toutes les étapes du protocole.
Alors qu'elle se dirigeait vers ses parents à l'opposé de la salle, elle les vit en grande conversation avec un homme d'âge mûr.
Serait-ce lui son mystérieux fiancé ? Elle ne l'espérait pas. D'où elle était elle ne voyait que son profil mais il devait approcher la cinquantaine. Elle redoubla ses prières.
L'apercevant son père lui fit signe de s'approcher et la présenta :
- Comte de Kent. Voici ma fille Ruby.
John Winchester posa ses yeux sur une toute jeune beauté. Il devait reconnaître que toutes les rumeurs la concernant étaient fondées. Bien qu'elle n'ait pas les caractéristiques de l'anglaise typique - blonde aux yeux bleus - elle avait un teint de porcelaine, deux yeux de biche et une chevelure brune chocolat à damner un saint.
- Honorée de faire votre connaissance, Monsieur le Comte.
Elle s'inclina en signe de respect. Il lui fit un baise-main. Elle rosit.
Oui. Décidemment, il avait fait un excellent choix. Polie et exquise étaient les mots qui lui venaient immédiatement à l'esprit. Maintenant, il ne lui restait plus qu'à convaincre son fils aîné. D'ailleurs où était-il ?
XXX
Ce dernier avait profité que son père soit en grande conversation pour prendre la poudre d'escampette.
Il ne saisissait pas la raison de sa présence.
Certes être convié au bal de la Reine était un honneur, un privilège réservé à quelques membres de l'aristocratie. Et en qualité de Comte de Kent, il appartenait à leur père de les représenter auprès de leur souveraine.
Mais son instinct lui indiquait qu'autre chose se tramait. Ce qui l'obligeait à être sur ses gardes. Conscient que le moindre faux pas pouvait être fatal à sa famille.
Et leur différend n'avait pas facilité les choses, il devait l'avouer. Pas qu'il ait cherché à faire la conversation non plus. Il s'était donc drapé dans son éternel mutisme et son père aussi.
Alors quoi de mieux que rejoindre ses amis. Il pourrait discuter des derniers potins en toute quiétude.
Mais surtout il mettrait son plan à exécution. Il devait forcément être là. Quelque part. Il désirait le revoir. Lui.
Il n'eut pas le temps de s'interroger plus avant. Son père venait à sa rencontre et le priait de le suivre. Séance tenante.
Contraint d'abandonner ses amis, il lui emboîta le pas. Son frère aussi.
Quand il vit où il les conduisait, Dean sentit comme une chape de plomb se poser sur lui. Ce couple, cette jeune fille fort belle. Non, il n'avait quand même pas osé. Pas ce soir. Alors qu'il avait d'autres projets. Il devait s'échapper et vite. Réfléchir. Trop tard.
- Comte de Sussex, Madame, Mademoiselle. Je vous présente mes enfants. Dean, mon fils aîné et Samuel, son cadet.
Dans un geste symétrique, ils s'inclinèrent une main sur la poitrine.
Intérieurement Dean retenait sa colère. Quelque soit les plans de son père, il ne jouerait pas le jeu. Il allait l'apprendre à ses dépends.
Alors qu'il s'apprêtait à parler, le Comte de Sussex les invita à se joindre à leur petit comité.
- Messieurs. Je dois dire que je suis fort aise de constater de visu que vous êtes de charmants jeunes hommes. Cependant je pense que nos conversations risquent de vous ennuyer assez rapidement. Que diriez-vous alors d'inviter notre enfant à danser ?
Contre toute attente, ce fut un Samuel aux joues légèrement rosies qui répondit à la demande du Comte.
- Monsieur. Si vous me permettez, j'aimerais avoir l'honneur d'accompagner votre fille sur la prochaine valse.
Trois paires d'yeux le fixèrent. Surpris.
Les deux Comtes se sondèrent rapidement et convinrent par un discret hochement de tête d'en discuter un plus tard.
Dean quant à lui observa attentivement son frère. Toujours aussi posé et aussi calme en apparence, Samuel dégageait cependant une aura différente, empreinte d'une fascination réciproque s'il en croyait les regards lancés par la jeune vicomtesse.
Quelque chose venait irrémédiablement de se produire devant lui, devant son père. Un infime détail venait de le faire basculer. Son frère se perdait. En quelques secondes, d'un seul regard, Samuel venait de succomber aux charmes de la jeune Ruby. Piégé par les atours de l'amour faite femme. Il n'aurait jamais cru cela possible quelques heures auparavant. Fermant les yeux, il remercia Dieu et son frère.
Sans le vouloir, Samuel venait de le libérer de ses chaînes qui menaçaient de l'entraver.
Avisant le regard lourd de menaces et de courroux contenu de son père, Dean sentait que son avenir venait de prendre une toute autre tournure.
Demain serait difficile. C'était un fait.
Mais ce soir il était libre.
LIBRE !
Il pouvait donc disposer de sa soirée comme il l'entendait sans que son père y trouve à redire. D'un léger signe de tête adressé aux autres invités, il décida de profiter de l'instant de flottement qu'avait provoqué l'intervention de son frère pour se retirer.
D'un pas vif, il rejoignit son groupe d'amis. Au menu : danses rapprochées avec des jeunes filles de bonne famille, boisson avec modération. Et qui sait, la chance lui sourirait peut-être.
XXX
Près de l'entrée est, le Duc de Worthington et son épouse tenaient compagnie au Baron de Winter et à sa fille.
Cette dernière avait revêtu un magnifique drapé blanc dentelé qui mettait admirablement ses formes en valeur. Un collier en or gris assorti complétait l'ensemble. Ses cheveux avaient été coiffées à l'antique soit tressés en diadème sur le devant et chignon derrière. Ce qui dégageait son cou long et mince.
Comme elle en avait convenu avec le Comte de Scottfield, Alexane s'était pliée aux règles du Duc. Sans poser de questions. Elle espérait juste que Castiel savait ce dans quoi il s'embarquait et qu'il aurait obtenu quelques informations durant cette semaine. Elle avait attendu en vain un mot, un signe de sa part.
Ce soir, son destin se jouait.
La robe qu'elle portait n'était pas anodine. Même pour une jeune personne qui n'avait pas été élevée traditionnellement. Cette tenue s'apparentait étrangement à une robe de fiançailles. Et dans l'hypothèse où son instinct ne la trompait pas, qui était le futur époux ?
Elle avisa son père. Etait-il au courant des manœuvres du Duc ? Dans l'affirmative, pourquoi ne lui aurait-il rien dit alors qu'il lui confiait toujours tout ?
Elle adressa une nouvelle prière à Dieu. Peut-être L'entendrait-il cette fois-ci.
Elle s'enfonçait de nouveau dans ses pensées moroses lorsqu'elle sentit une main se poser sur la sienne. Son père la serrait doucement et lui parlait. Une danse ? Pourquoi pas ?
Alors que le Baron de Winter s'entretenait avec le Duc, il avait senti sa fille sombrer. Inquiet, il lui proposa de valser. Pour lui changer les idées.
Un fin sourire avait étiré ses traits. Tendant sa main, ils se dirigèrent vers la piste de danse. Elle se laissa conduire au rythme de la valse viennoise.
Le Duc lui avait profité de ces quelques minutes de battement pour repérer le jeune Dean Winchester. Il avait rejoint son groupe d'amis habituels. Parfait.
La tenue qu'avait choisi son épouse pour la jeune Winter allait irrémédiablement attirer l'œil expert de ce dernier. Il suffirait d'attendre qu'il se décide à agir pour intervenir et son projet aboutirait.
A la fin de la valse, le Baron de Winter et sa fille revinrent les joues rougies par l'effort, un sourire aux lèvres.
Cependant à la vue du Duc, Alexane se figea. Elle n'était pas à l'aise en sa présence. Son regard envieux la laissait tremblante. Elle ne savait qu'en penser. Il la terrorisait. Littéralement. Sous ses traits de "charmant vieux monsieur".
Elle s'adressa donc à la Duchesse. Cette dernière ne l'indisposait pas. Au contraire, c'était une femme charmante et douce qui la conseillait avec expérience. Elle lui demanda la permission de s'absenter pour se rafraîchir. D'un geste discret, elle lui en offrit la possibilité.
Heureuse d'échapper quelques instants à son "bourreau", elle se dirigea vivement vers le buffet. Sans prêter la moindre attention aux regards que les hommes posaient sur elle à son passage.
XXX
Lorsqu'il la vit passer, Dean sut que la chance se présentait enfin à lui.
Cette fille.
Il la reconnaissait.
Elle était avec le Comte de Scottfield cet après-midi maudit dans la librairie.
Si elle était là; lui ne devait pas être loin.
Et il devait impérativement le revoir. Lui présenter ses excuses pour son inadmissible comportement. Et elle était le moyen de l'approcher sans qu'il ne le fuie.
Sa décision fut vite prise. Il se redressa et rajusta son costume.
Indifférent aux regards goguenards et aux propos moqueurs de ses compagnons qui imaginaient sans mal son dessein, il la suivit jusqu'au buffet.
D'un geste sûr, il attrapa la carafe d'eau qui se trouvait à sa portée et la présenta à la jeune femme.
Stupéfaite, elle se tournait vers l'importun prête à le fustiger pour son manque de savoir-vivre. Mais lorsqu'elle croisa son regard, elle s'abstint. Quelque chose l'interpellait. Cet homme lui était vaguement familier mais elle n'arrivait pas à se souvenir ni d'où ni de quand elle l'avait vue.
Sur le qui-vive, elle se fendit d'un sourire de circonstances qui n'atteignait pas ses yeux. Elle devait jouer le jeu. Sauvegarder les apparences. Tenir. A n'importe quel prix.
Dean ne fut pas dupe. Décidant de faire contre mauvaise fortune, bon cœur, il se lança malgré tout :
- Mademoiselle, puis-je vous servir un rafraîchissement ?
Elle l'observa quelques instants et lui tendit son verre. Sans un mot.
Cela commençait mal. La partie s'annonçait plus délicate que prévue. Mais en aucun cas, il ne devait se faire évincer et si pour cela il devait se plier en quatre pour obtenir ce qu'il désirait, il le ferait.
- Mais pardonnez mon impolitesse. Je me présente. Dean Winchester, fils du Comte de Kent.
- Monsieur.
- Mademoiselle, je me suis présenté à vous. Ne me direz-vous point votre nom ?
Répondre simplement. Moins elle en dirait, plus vite il la laisserait tranquille.
- Alexane de Winter.
- Je suis enchanté de vous rencontrer Mademoiselle de Winter. J'ai l'impression que nous nous sommes déjà rencontrés. Pas vous ?
Alexane sentit les battements de son cœur s'accélérer. Lisait-il en elle ? La suivait-il ? Où était Castiel ? Pourquoi cet homme lui tenait-il ces propos ? Soudain elle avait peur. Ne rien montrer. Se ressaisir.
- Je ne le crois pas Monsieur. Je ne fréquente guère ce genre de lieu habituellement. Vous aurez confondu.
- Sachez Mademoiselle que je me trompe rarement.
La meilleure défense étant l'attaque, elle glissa perfidement :
- Dean Winchester, dites-vous ? Votre nom ne m'est point inconnu. Vous ne feriez pas parti des jeunes aristocrates qui se rendent aux soirées organisées par le Duc de Worthington par hasard ? Ou alors êtes-vous ce jeune noble qui a la réputation d'être le Casanova de notre époque ?
Dean ne s'attendait pas à une telle pique. Il l'observa à son tour. Cette jeune femme était loin d'être niaise. Et ses remarques étaient justes. Il s'interrogea donc sur la réponse qu'il pourrait lui fournir sans que cela lui desserve.
- Effectivement, j'ai le privilège d'être reçu par le Duc. Ce serait donc là bas que nous nous sommes vus. Mais je tiens à vous rassurer, il ne faut pas croire tout ce qui est écrit dans la presse à scandales, ni écouter tous les ragots.
- Peut-être. Mais quelque soit vos intentions à mon égard, sachez que vous perdez votre temps. Je ne suis pas intéressée.
D'un mouvement de tête, elle lui indiqua que l'entretien était clos.
Pour la première fois de sa vie, Dean comprit que son charme ne ferait rien. Si il voulait qu'elle l'aide, il devait se dévoiler. Quitte à essuyer un refus. Quitte à ce qu'elle se moque de lui. Mais il devait courir le risque. Il n'avait plus le choix, elle s'échappait.
- S'il vous plaît. Ne partez pas.
Alexane stoppa sa course et se tourna à demi vers lui. Elle le sentit se détendre. Elle le dévisagea un long moment avant de prendre la parole.
- Donnez-moi une seule bonne raison de ne pas partir.
- J'ai besoin de vous.
- Ca ne suffit pas.
- Non. Attendez. Vous ne comprenez pas. J'ai besoin de votre aide. Pour lui. Je dois le voir.
Alexane lui jeta un regard confus. De qui parlait-il ? Quel était ce conte à dormir debout ? Elle devait en avoir le cœur net. Quelque chose manquait à sa compréhension.
- Qui devez-vous voir, Dean Winchester, le Duc ? Vous le trouverez sans mal près de la porte est.
- Non.
- Qui alors ?
- Mais votre fiancé voyons !
Là Alexane fut décontenancée par la réplique de Dean. Ce dernier s'en rendit compte trop tard. Sa compagne avait brusquement pâli.
- Pardon ? Quel fiancé ? Je n'en ai point. Ni aucun prétendant.
- Alors je vous prie de m'excuser. Je pensais que ce serait bientôt officiel. Lorsque je vous ai vu tous les deux dans la librairie, votre comportement indiquait un lien fort entre vous.
La librairie. Le Comte de Scottfield. Castiel. Ce regard qu'elle avait cru percevoir mais qu'elle avait pensé imaginer était finalement bien réel. Elle devait être fixée. Une fois pour toutes.
- Monsieur. Je ne vous le demanderai qu'une seule fois. Et je vous prierai d'être honnête : me suivez-vous sur ordre du Duc ?
Ce fut au tour de Dean de ne plus rien comprendre. De quoi lui parlait-elle ?
- Non. Je vous le jure. Ce n'est pas vous que je suis.
Sans le vouloir, il venait de se perdre. A présent il devrait tout lui avouer.
- Non. Cela n'a rien à voir avec le Duc. Suite à un malentendu, je dois… Je dois présenter des excuses au Comte de Scottfield. Et je crains qu'il ne me les refuse. J'ai donc eu l'idée de venir vous parler, vous charmer pour me rapprocher de lui. Vous êtes satisfaite ?
Alexane écoutait Dean sidérée. Comment cet homme avait-il pu froisser Castiel, son ange incarné ?
- Ecoutez, Monsieur. Je ne veux pas connaître les motifs qui vous opposent au Comte de Scottfield. C'est une affaire qui est vôtre. Cependant, si vous tenez réellement à lui présenter des excuses, vous devrez le faire seul. Sinon elles n'auraient aucune valeur. Et il serait en droit de vous les refuser.
- Mais.
- Il n'y a pas de "mais". J'ai raison. Au fond de vous, vous le savez. Alors faites ce qu'il faut.
Dean baissa son regard et reconnut sa défaite. Alors qu'il songeait à prendre un verre d'alcool fort pour se donner du courage, elle posa sa main sur son avant-bras et lui chuchota :
- Par contre, bien que je sois une piètre cavalière, j'aimerai que vous m'invitiez à danser, Dean Winchester. Ne serait-ce que pour le faire venir à nous et le forcer à sortir de sa cachette ?
Etonné, il porta son regard sur Alexane et vit un léger sourire illuminer ses traits. Cette fille valait vraiment le détour. Et il se fit la promesse de ne pas tenter quoi que ce soit avec elle. Peut-être pourrait-il envisager de se lier à elle. En toute amitié.
Lui souriant à son tour, il lui prit la main et l'entraîna sur la piste de danse. Un quadrille débutait.
A l'opposé l'un de l'autre, le Duc et Castiel avaient assisté à toute la scène.
XXX
To be continued...
Sur ce, je vous laisse et vous dis à dans quelques semaines pour la suite...
Pour celles qui se poseraient la question, j'ai volontairement coupé à ce moment. Il m'était inconcevable de devoir écourter la rencontre entre dean et castiel.
Biz
Marianclea
