Disclamer : L'univers Harry Potter et tout ce qui s'y rapporte ne m'appartient pas, je ne touche pas un centime pour jouer avec les personnages de notre lady JKR.

Pairing : HP/LV futur, RL/SB pour le moment. Yaoi (relations entre hommes, si ça vous choque, il est encore temps de passer votre chemin !)

Rating : M, pour plus de marge de manœuvre.

Résumé : Harry s'est réveillé un matin avec une furieuse envie de changer de faction, Voldemort dans un accès de bonté lui ouvre les portes de son manoir. Là, Harry découvre que le voile n'a pas tué Sirius et le retrouve accompagné de Remus. Seulement, tous ces changements de caractère sont le résultat d'un tour de magie, au sens propre. Au matin du troisième jour, les effets se sont estompés, tout le monde est revenu à la raison et a repris son rôle de gentil/méchant, ne reste plus qu'à faire face aux conséquences...

Remerciements : Merci beaucoup à celles/ceux qui ont pris la peine de review, ainsi qu'aux lecteurs silencieux, voici la suite ! Il n'y a pas de Dramione prévu au programme et Harry continue d'en apprendre plus sur Voldemort au quotidien par le lien, plus qu'il n'y parait au premier abord. Vous verrez !
LaProf : Merci de t'être intéressée à ma fiction et ravie qu'elle te plaise, je me suis dépêchée de corriger la faute du titre, j'ai du mal à croire qu'elle me soit passée sous le nez tout ce temps sans que je ne la remarque, j'ai corrigé également l'erreur entre quatrième et cinquième année. Par contre, si Ron casse sa baguette, elle n'est remplacée qu'au début du troisième tome, faute d'argent, on peut penser qu'il a eu la nouvelle peu de temps avant la rentrée, j'ai choisis d'englober ça dans les événements de la troisième année.
Pour Draco, je ne nie pas mais c'est un peu plus compliqué que ça, on abordera le sujet bientôt. Et la baguette ! Ravie que quelqu'un l'ait noté, je peux te dire que ce n'est pas le même sombral, puisque celle d'Harry sort de l'atelier Gregorovitch, il s'agirait plus d'une copie que d'une soeur, qui sait quelle réaction ça pourrait provoquer... ? Quant à l'animagus, nous sommes d'accord, c'est un lieu commun, mais je ne pouvais pas décemment placer Sirius en mentor sans aborder la question, ça reste la marque des maraudeurs quand même, par contre on est pas prêt de voir Harry caracoler sous forme animale à tous les chapitres, c'est une partie de son apprentissage, au même titre que disons, les potions.

Voilà, merci encore de m'accorder votre attention et merci à Dryame qui corrige mes chapitres et m'encourage à les publier plus souvent !

Bonne lecture !


Chapitre 9 : A step into the fog

Harry claqua la porte du dortoir de toutes ses forces. Même Trelawney aurait pu prévoir l'issue de ce premier cours de défense : « 20 points en moins pour Gryffondor. » ; « Potter 2h de retenue, dans mon bureau samedi à 20h ! » pour ne citer que le principal. Il se jeta sur son lit et étouffa un cri de frustration dans son oreiller.

« L'humain est fâché. Lui aussi aurait dû rester dormir... » Salmissra sortit la tête de sous la couette pour se loger contre son cou. Il ne s'était souvenu qu'en se réveillant qu'elle était enfermée dans sa malle mais le serpent n'avait pas l'air de lui en tenir rigueur, ni d'avoir envie de sortir du dortoir. Elle lui avait bien proposé de l'accompagner en cours, mais Harry ne se voyait pas porter un reptile de deux mètres sous sa robe en permanence. Elle n'avait pas insisté et il soupçonnait la fraîcheur ambiante d'y être pour quelque chose, il la laissa s'enrouler contre lui, frissonnant au contact de sa peau froide. « Tu vas repartir. » Ce n'était pas une question mais il grogna affirmativement. « Tu rentres tard et quand tu dors, tu bouges sans arrêt. Je t'ai entendu cette nuit... du fond de ta valise. », « J'ai fait un cauchemar. Tu n'avais qu'à demander à sortir. » Elle siffla et se mura dans un silence réprobateur. Elle avait raison, il aurait aimé avoir des nuits plus calmes. En tout cas, il ne méditerait plus juste avant de s'endormir, si c'était pour faire des rêves pareils. Il amorça un geste pour se relever et retomba sur le matelas « Salmissraa... » Il aurait juré qu'elle avait encore grossi.

Cette première journée de cours n'avait pas été de tout repos. D'abord, il avait eu défense contre les forces du mal le matin, avec Snape bien sûr. L'homme était resté égal à lui-même, le cheveu toujours aussi gras, l'humeur toujours aussi revêche et toujours décidé à lui pourrir la vie. Il avait redécoré la salle de classe d'images glauques et morbides qui réussiraient bien à faire vomir au moins deux ou trois premières années d'ici la fin de la semaine et leur avait servi un discours à base de « vous êtes moins que des veracrasses. ». Harry devait reconnaître par contre qu'il connaissait bien son sujet, un peu trop bien même. Mais un premier cours avec Snape ne se terminait jamais sans une séance d'humiliation pour lui et cette fois encore n'avait pas fait exception. Au début, tout s'annonçait bien, il leur avait demandé, ordonné plutôt, de s'entraîner au protego informulé, ils connaissaient tous déjà le sort et s'en tiraient plus ou moins bien avec sa version silencieuse quand l'Enfoiré, avec une majuscule s'il vous plaît, avait décidé de le prendre comme cobaye. Sauf qu'Harry avait de très bons réflexes et à peine la baguette de Snape sortie, il l'avait contré par un protego sonore assez violent. Il n'avait qu'à prévenir avant de l'agresser aussi. En plus, sa langue avait décidé de le trahir et il s'était montré insolent, évidemment l'autre était furax et lui avait collé une retenue.

Dans la foulée, il avait reçu un message de l'enquiquineur en chef qui lui demandait de venir dans son bureau pour sa « première leçon » samedi soir. Comme le directeur avait la priorité, il avait dû retourner annoncer la bonne nouvelle à son professeur adoré et s'était retrouvé avec un Snape encore plus en colère et une retenue reprogrammée pour le soir même. Merveilleux. Il fallait qu'il trouve du temps pour planifier les sélections de quidditch aussi, la moitié de Gryffondor était venue lui casser les pieds à ce sujet. Enfin, la journée s'était achevée sur une note un peu plus positive, il avait cartonné en potions. Bon, pas grâce à ses propres talents. Comme ni lui ni Ron n'avaient prévu de continuer la matière cette année, ils étaient arrivés en cours les mains dans les poches et le professeur Slughorn avait eu la bonté de leur prêter du matériel de secours, livres compris. Et... dans un des livres, le plus abîmé, que Ron lui avait aimablement laissé, se trouvaient une quantité impressionnante d'annotations. Se sentant courageux, il les avait suivi pour préparer la Mort Vivante, une potion d'un niveau très avancé. Bien lui en avait pris, puisque grâce au livre, il avait obtenu un résultat proche de la perfection et gagné un flacon de Felix Felicis en récompense. Slughorn lui bavait littéralement dessus maintenant. Harry s'étira, il se demandait si c'était vraiment une bonne chose. Un coup d'œil à sa montre lui apprit qu'il était temps de bouger et il roula sur le dos, insensible aux sifflements indignés de la demi-serpencendre qui lui servait de familier.

Même en traînant les pieds, il arriva à l'heure pour sa retenue dans le bureau de la chauve-souris, qui ne se trouvait d'ailleurs plus dans les cachots mais au deuxième étage. Décidément, quelle que soit l'année, il passait beaucoup de temps dans cette pièce. Harry se demanda si Snape avait fait murer les fenêtres, il risquait de prendre des couleurs sinon ! « Entrez Potter. » Ah non, il s'était contenté de fermer les rideaux, noirs à présent. C'était toujours mieux que ceux d'Ombrage, roses bonbons. Le professeur lui fit signe de s'asseoir devant le bureau et s'installa face à lui. D'un coup de baguette, il verrouilla la porte et y apposa un sort de silence, l'adolescent se sentit subitement mal à l'aise. « Monsieur ? », « Même le directeur ne peut laisser traîner ses oreilles sous ce genre de sort. Inquiet Potter ? On aurait des choses à se reprocher ? » Harry secoua négativement la tête mais eu un geste de recul qui n'échappa pas à son geôlier. Il lui tendit un parchemin et une plume et lui donna à recopier un chapitre du manuel. Alors qu'Harry se mettait au travail, il reprit ses questions, cherchant à le déstabiliser.

Lorsqu'il eut terminé, à peine une heure s'était écoulée, il remit son parchemin au professeur et laissa son regard vagabonder sur les ustensiles divers qui ornaient les étagères. « Est-ce qu'il a eu le temps de vous marquer Potter ? » il se retourna violemment vers le mangemort. « Je ne vois pas de quoi vous parlez. » Les yeux de l'autre brillèrent dangereusement et il leva sa baguette : « Legilimens ! ». Tout s'enchaîna très vite, une brume noire visqueuse vint obscurcir son champ de vision et l'instant d'après Snape était debout, sa chaise renversée et les mains crispées sur le bureau. Harry frissonna et se frotta les bras par réflexe, il avait la chair de poule et quand il souffla, un nuage blanc sortit de sa bouche. Les bras toujours croisés dans un geste de protection, il releva les yeux vers Snape. « Explications Potter. Si ça, c'est une barrière occlumens, moi je suis un dragon. » son air glacial dissuada le gryffondor de faire un commentaire. « Je ne sais pas ce que c'est exactement. » il leva une main en signe de paix. «Vous en savez peut-être plus que moi sur le sujet. Il s'agit du nouveau jouet du Seigneur des Ténèbres. Il.. ou elle tient à ses secrets. » Harry ouvrit la bouche pour continuer mais les mots se coincèrent dans sa gorge. Il haussa les épaules et pris un air contrit. « Je ne crois pas qu'elle ait l'intention de... » blocage. « Le Seigneur des Ténèbres et elle... » Snape se pinça l'arête du nez. « Laissez tomber. »

« Vous n'en parlerez pas à Dumbledore n'est-ce pas ? », « Donnez moi une bonne raison de ne pas le faire. » Harry ouvrit la bouche mais rien n'en sortit. L'espace d'un instant Snape eut l'air d'avoir envie de se claquer la tête contre le bureau. « Et... vous ne vous êtes pas dit qu'implanter cette chose dans votre tête était précisément une idée du Lord. Merlin sait ce qu'elle fait dans votre esprit pendant qu'elle vous protège. On aurait pensé que ce qui est arrivé à la gamine Weasley vous aurait servi de leçon ! C'est votre stupidité qu'il faudrait exorciser ! » Harry se retint de lever les yeux au ciel. « Le directeur doit être mis au courant, il est le plus qualifié en magie de l'esprit dans cette école. » Il grogna d'un air dégoûté. « Et qu'est ce que vous allez lui dire pour cet été professeur ? Quelle sera votre excuse pour ne pas l'avoir informé de ma capture ? Avez-vous pensé à Sirius ? » L'autre ricana. « Black est le dernier de mes soucis Potter. »

Sur ces mots, il se leva et déverrouilla la porte d'un coup de baguette. Le froid s'intensifia. Il n'eut pas le temps de faire deux pas en direction de la sortie que l'accès se referma d'un coup sec. De la buée commençait à se former sur les fenêtres et Harry frissonna à nouveau. Snape tourna son regard furieux vers lui. « Cessez de faire l'enfant Potter et rouvrez cette porte. », il souffla d'un air désabusé, comme si c'était de sa faute. Quelque chose de mouillé roula sur sa joue, quand il l'essuya d'un geste, ça laissa une trace noire sur sa main. Il cessa de prêter attention au professeur qui pointait sa baguette sur lui, les vitres avaient-elle toujours été si opaques ? Un son de cloche étrangement familier résonna aux limites de son esprit, une voix de femme qui suppliait qu'on l'épargne lui, des sifflements, des cris d'enfants... Harry ferma les yeux et sombra dans l'inconscience.

Quand il se réveilla, il était allongé sur un canapé. Il roula sur le côté et cligna des yeux en retenant un gémissement, il avait l'impression qu'un troupeau d'hippogriffes lui était passé dessus. Au moins n'était-il pas à l'infirmerie, que c'était-il passé ? Quelqu'un lui tendit ses lunettes et lorsqu'il les chaussa, sa confusion s'accentua. Il se trouvait dans une pièce aux rideaux tirés mais qu'il devinait être un salon, celui de Snape ? Il ne savait pas s'il devait se sentir rassuré. Probablement pas, se dit-il en apercevant le visage fermé du maître des lieux. Il saisit tout de même le verre qu'on lui tendait. « Potion anti-douleur. » Il grimaça de dégoût quand le liquide toucha sa langue, mais sentit avec soulagement son esprit s'éclaircir. « Elle m'a demandé de l'aider à échapper à Voldemort. Il la torture vous savez. » Un reniflement méprisant lui répondit. « Vous n'êtes pas obligé de jouer les héros en permanence Potter, votre santé mentale est déjà assez menacée comme ça. », « Je ne suis pas en train de devenir fou ! » s'indigna Harry. Un silence moqueur lui fit écho et il tourna la tête contre le coussin dans un geste puéril. Ses mains vinrent emmêler ses cheveux, comme chaque fois qu'il était contrarié. « Professeur... Est-ce que vous croyez que le Seigneur des Ténèbres rêve ? » Snape soupira, l'air soudain beaucoup trop vieux. « Qui sait s'il est encore assez humain pour ça... »

L'adulte secoua la tête et se leva de son fauteuil. Harry l'observa du coin de l'œil se diriger vers une bibliothèque remplie de grimoires à l'air tous plus anciens les uns que les autres. Quand il revint vers lui, il lui tendit un ouvrage relié de cuir d'une couleur verdâtre suspicieuse intitulé De Cercles et d'Anathèmes. « Lisez-ça, vous y trouverez peut-être quelque chose d'utile. Ne le regardez pas comme ça, il n'est plus ensorcelé depuis longtemps, prenez-le et dégagez de mes appartements ! » Il le jeta dehors sans plus de cérémonie et précisa : « Ce livre a plus de valeur que vous Potter. Si vous ne me le rendez pas intact, être possédé sera le dernier de vos soucis. » Puis il claqua la porte. Harry haussa les épaules, encore désorienté. Snape avait l'air un peu trop pressé de se débarrasser de lui, mais il n'allait pas s'en plaindre. Tant qu'il ne racontait rien au directeur. Il rangea le livre au fond de son sac et se dirigea lentement vers la Tour Gryffondor.

Arrivé à mi-chemin, un frisson désagréable lui parcourut la nuque, comme si quelqu'un venait de passer derrière lui. Il se retourna, se sentant observé, mais le corridor était vide, il resta plusieurs secondes à fouiller des yeux chaque recoin mais seules des armures stoïques lui rendirent son regard. Harry se lécha les lèvres nerveusement et fit volte face pour continuer sa route. A peine eut-il fait quelques pas, que la sensation de ne pas être seul revint. La gorge sèche, il s'adossa contre le mur et se passa la main sur le visage, il sentit presque ses pupilles se dilater quand ses doigts parurent se brouiller devant lui. Quand il battit des paupières plusieurs fois sa vision redevint claire et un bruit de conversations venant dans sa direction le poussa à se remettre en marche. Les préfets devaient commencer leurs rondes. Il avait besoin de sommeil. Beaucoup de sommeil. Harry ne prit même pas la peine adresser la parole à ses camarades une fois le portrait de la grosse dame franchit et s'effondra sitôt son lit atteint.

Le soleil était déjà haut dans le ciel à son réveil, à vue de nez, il devait être autour de onze heure. Harry se traîna jusqu'à la salle de bain, déserte et bénit son emploi du temps, il n'avait pas cours de la matinée. Par contre, cet après-midi, il devrait enchaîner Sortilèges, Potions et Botanique, mais bon, il n'avait pas Snape, c'était déjà ça. Les onze coups de l'énorme horloge du parvis lui confirmèrent son estimation, il avait deux heures devant lui. Terminant de nouer sa cravate, il prit le chemin des cuisines pour extorquer un repas froid aux elfes et s'enfermer dans la salle sur demande. Comme d'habitude, celle-ci s'ouvrit sur un salon confortable et il posa ses affaires sur la table basse, grignotant un morceau de poulet au passage. Il s'installa par terre, le dos contre un canapé et entreprit de faire le vide dans son esprit, ce n'était pas très orthodoxe comme position pour méditer, mais il se sentait plus détendu comme ça. Alors qu'il se laissait aller, le son d'une cloche d'école se mit à résonner à la limite de sa conscience, le ramenant brutalement à la réalité. La dernière fois qu'il l'avait écoutée, il s'était retrouvé en train de rêver d'enfants suicidaires et d'une mini-version diabolique de lui-même, merci bien. Il passa une demi-heure à essayer d'atteindre la transe à nouveau mais obtint chaque fois le même résultat.

Harry se massa les tempes, à ce rythme là, il aurait plus de barbe que Dumbledore avant de réussir l'animagus. Un grognement irrité lui échappa, ça ne servait à rien de s'acharner, il décida de commencer à manger et de feuilleter ses manuels en même temps. Il plongea la main dans son sac et attrapa une couverture d'une texture insolite. Ah, il avait presque oublié qu'il avait toujours le livre de Snape. Autant y jeter un coup d'œil. Rien que le titre donnait envie, s'il se souvenait bien, l'anathème désignait un châtiment antique dans lequel il était question de sacrifices... Merlin savait ce qu'il allait trouver la-dedans. Il feuilleta quelques pages au hasard, des diagrammes, des runes, annotés d'une écriture fine et penchée. Harry retint une grimace et attaqua le premier chapitre, en plus tout était manuscrit.

Il s'attardait sur la description d'un rituel particulièrement glauque, visant à arracher une âme de son enveloppe corporelle, comme une sorte de baiser du détraqueur artisanal, quand un raclement de gorge le fit relever les yeux. « Qu'est ce que tu regardes ? » Harry sursauta à peine quand la voix résonna à l'intérieur de son crâne. Il commençait à avoir l'habitude qu'on squatte son esprit. « C'est le livre que Snape m'a prêté pour que je me débarrasse de toi. », « Comme c'est agréable de sa part... » L'avatar de compagnie de Voldemort, puisqu'il s'agissait de lui, s'interrompit, examinant l'ouvrage. « Un homme plein de ressources décidément... Je me demande où il a trouvé ça. », « Le livre dit que tu es en train de ronger ma santé mentale. » Un grognement incrédule lui répondit. « N'exagère pas non plus enfant, ta magie est juste un peu trop réceptive à ma volonté mais ce n'est pas dangereux... pour toi. » Harry laissa courir ses doigts sur le dessin d'un assemblage runique complexe. « Tu m'as dit que tu savais comment faire pour te libérer, pourquoi est-ce que tu ne me parles pas de ton plan ? Si tu blesses quelqu'un, je n'hésiterai pas à t'exorciser, le livre explique très bien la méthode à employer. » C'était un demi-mensonge, il avait trouvé un rituel mais il ne se voyait pas vraiment égorger quelqu'un et brûler ses organes... le silence qui lui fit écho prouva cependant qu'elle l'avait pris au sérieux. Il avait repris sa lecture quand elle se décida à répondre. « A la nouvelle lune. Je te donnerai les détails cette nuit. » Harry claqua le livre sans délicatesse et se leva. « Bien. » Au moins une bonne chose de faite.

Le reste de la journée se passa sans trop d'accrocs, mis à part cette sangsue de Slughorn qui l'avait harcelé pour qu'il vienne à ses petites réunions. A priori, il avait raté la première dans le train, la deuxième se tiendrait le samedi, quel dommage, il était déjà pris... Mais il savait que le professeur n'abandonnerait pas aussi facilement. Il devrait y participer au moins une fois, l'idée l'enchantait d'avance. Il alla se coucher à peine le repas terminé, ignorant les regards incrédules de ses compagnons de chambre quand il ferma les rideaux de son lit. Pour une fois, il était pressé de rêver. Mais dans son enthousiasme, il avait oublié un détail, ses rencontres avec la créature dépendaient quand même d'un facteur important : Voldemort. Comme par hasard, celui-ci s'était trouvé un sujet d'étude passionnant, prenant pour support un grimoire écrit dans une langue à laquelle Harry ne comprenait strictement rien. Deux nuits durant, il eut le plaisir d'observer les mains du Lord courir sur le papier ou prendre des notes à la plume, il devait reconnaître qu'elles étaient belles ses mains, mais ce n'était pas très palpitant.

Ce n'est que le mercredi soir qu'il eut plus de chance, Voldemort se rendit dans les cachots pour soutirer des informations à un prisonnier et il passa devant la cellule qui restreignait l'avatar, pas très efficacement visiblement, puisque dès qu'il passa à portée, la créature étendit des tentacules d'ombre qu'Harry fut le seul à voir et qui l'expulsèrent du corps du mage noir. Quand il se retrouva debout dans le cachot, il percevait toujours Voldemort et ses humeurs, mais comme à travers un voile, une sensation assez désagréable décidément, comme une démangeaison impossible à atteindre. Son hôte attira son attention en claquant des griffes sur la pierre. « Si tu veux me renvoyer dans mon plan d'origine, il va falloir arrêter de soupirer après ton mage noir deux minutes. » Harry fit mine de s'indigner mais l'avatar le coupa. « Je ne veux pas savoir. Approche et regarde ce que je vais tracer sur le sol. », l'adolescent haussa un sourcil. « Et si quelqu'un d'autre le voit, ça ne risque pas de poser problème ? » L'autre ricana. « Il n'y a que le maître des lieux qui me rend visite et ce n'est pas pour faire les poussières. Cesse de t'inquiéter et vient voir.»

A sa grande surprise, le dessin était relativement simple, bien que d'une forme assez... originale. « Une fleur ? », « Mais non ! » l'avatar eut l'air vexé. « Regarde, c'est un nonagramme avec un cercle central enfin ! », « Ça ressemble quand même pas mal à une pâquerette ton truc. Je ne veux pas avoir l'air mesquin, mais les pentacles de Voldemort ont plus d'allure. Et pourquoi il y a une tige si c'est pas une fleur d'abord ? ». Elle se couvrit le visage d'une patte dans un geste très humain. « C'est un canal. Il servira à conduire ta magie dans le cercle et il faudra que tu places tes mains dessus pendant l'incantation. Comme ça, les pouces sur la ligne. Et s'il est aussi rudimentaire, c'est parce qu'on va utiliser une version artisanale normalement, pour que celle-ci marche et que je l'entende, il faut un invocateur complètement désespéré et des nuits entières d'incantation. Mais comme je suis déjà présent, ça marchera aussi bien. A moins que tu n'aies six camarades motivés pour faire une messe noire, auquel cas on pourrait sortir le grand jeu. Non ? C'est bien ce que je pensais. Maintenant arrête de te moquer et écoute, j'ai horreur de me répéter. »

Quand Harry ouvrit les yeux le matin venu, il eut l'impression d'être tout juste sorti de cours, l'avatar noir s'était montré un professeur exigeant et il avait la tête farcie de pentacles et de formules compliquées. C'était limite s'il ne lui avait pas donné des devoirs, il attrapa une plume et se dépêcha de noter les instructions, les visions comme des rêves normaux, avaient tendance à perdre en clarté au fur et à mesure qu'il s'éveillait. Il relut attentivement ses notes, les conséquences d'un oubli pourraient s'avérer assez désastreuses cette fois. Le rituel demandait des composants assez basiques : une poudre de liaison, craie ou sel, du basilic, de l'écorce de hêtre et de cyprès, de l'iris qu'il devrait faire brûler et neuf asphodèles frais, Chourave en cultivait sûrement ainsi que quelques ingrédients qui promettaient d'être un peu plus sportifs à récupérer : trois queues de salamandre, trois crocs de cerbères, enfin de « chiens de la tombe », a priori tous les canidés tricéphales n'appartenaient pas à la même espèce et trois cœurs de Doxy, heureusement que c'était un rituel « artisanal »... Et Harry n'avait que huit jours pour rassembler le tout, puisque la nouvelle lune était le jeudi suivant. Ça lui retournait l'estomac d'avance, mais il allait sûrement devoir demander de l'aide à Snape.

Pour le reste de la semaine, il décida de se concentrer sur les ingrédients végétaux et entre les cours, ses rêves, ses recherches et ses tentatives de méditation infructueuses, l'heure de son rendez-vous avec Dumbledore arriva bien trop rapidement à son goût. Il jeta le mot de passe à la gargouille, « Suçacides. », encore un nom de bonbon et emprunta les escaliers sans enthousiasme. La porte du bureau était ouverte et le directeur l'accueillit d'un geste de main en direction des sièges, Harry obtempéra en le saluant froidement. Il laissa courir son regard sur le bric-à-brac qui encombrait les étagères, comme d'habitude, il ne pouvait ni nommer ni donner la fonction de la moitié des objets, il soupçonnait Dumbledore de les exposer juste pour entretenir son image de vieux loufoque. C'était réussi. Après l'interrogatoire habituel, sa semaine s'était-elle bien passée ? Avait-il été sage ? Comme s'il ne connaissait pas déjà les réponses, le gryffondor dut se rendre à l'évidence, il n'était pas là pour apprendre à se battre.

« Alors, Harry, je suis sûr que tu t'es demandé ce que j'avais préparé pour toi au cours de ces... disons leçons, faute d'un meilleur terme ? » Un peu quand même. « Eh bien, j'ai estimé qu'il était temps, maintenant que tu sais ce qui a poussé Lord Voldemort à essayer de te tuer il y a quinze ans, de te donner certaines informations. » Il sentit ses mâchoires se crisper, tiens donc, mais laissa l'autre continuer son petit discours. A priori, il allait avoir droit à une rétrospective des moments clés de la vie de Tom Jedusor et c'était sensé l'aider dans son combat futur. Il jeta un regard sceptique à la pensine qui se trouvait maintenant sur le bureau. Le directeur se leva et sortit une fiole de sa poche, un souvenir d'un certain Bob Ogden, ex-employé du ministère de la justice et décédé depuis peu. « Mais pas avant que j'aie réussi à le retrouver et à le convaincre de me confier ces souvenirs. » Intéressant... Harry se demanda comment Dumbledore l'avait convaincu, en lui offrant du thé certainement... Il ne posa pas la question et au signal, plongea le visage dans le liquide froid et argenté.

Il eut l'impression de chuter pendant une éternité dans l'obscurité, puis se retrouva brutalement au bord d'un chemin de campagne. La lumière lui fit monter les larmes aux yeux et quand son champ de vision s'éclaircit, Dumbledore se trouvait à ses côtés. Il se secoua et examina le propriétaire du souvenir, l'archétype du bureaucrate, gras, nerveux et équipé de lunettes énormes mais vêtu comme une strip-teaseuse tout juste sortie de son bar. Il se racla la gorge pour dissimuler un ricanement, ces sorciers incapables de comprendre la mode moldue. En tout cas, ça ne l'empêchait pas de galoper le long de la route. Ils lui emboîtèrent le pas et en passant devant un panneau de bois, Harry lut « Little Hangleton, un kilomètre et demi. », ils se rendaient dans le village natal de Voldemort. En fait, à peine les maisons en vue, ils bifurquèrent sur un étroit chemin de terre mal entretenu et bordé de haies assez hautes pour masquer la lumière. Il menait à une maison d'aspect sinistre et délabrée, dressée au milieu d'un bosquet d'arbres aux longues ombres froides. La maison d'un méchant de contes de fées se prit-il à songer.

Il regarda Ogden avancer prudemment vers la porte et remarqua qu'il y avait un serpent cloué dessus. Dès qu'il fit mine de frapper, un... homme, Harry hésitait à lui donner ce qualificatif tant il était laid et sale, lui tomba dessus. Littéralement. Il eut une bouffée de compassion pour l'employé de bureau à l'air horrifié qui essayait tant bien que mal d'expliquer les raisons de sa présence. L'autre lui répétait en boucle qu'il n'était pas le bienvenue mais il s'acharnait, comme s'il ne lui répondait pas en anglais. Il jeta un coup d'œil à Dumbledore et reçut confirmation, l'homme-bête parlait fourchelangue. Pas un conte de fées, se corrigea Harry quand Ogden se prit un sort qui fit s'écouler une substance jaunâtre de son nez, un très mauvais film d'horreur. Le bruit d'explosion du maléfice fit sortir de la maison un autre homme, plus âgé, tout aussi laid, mais à l'air un peu moins sauvage que le premier. Celui là savait parler anglais et l'employé put enfin expliquer les raisons de sa présence. A priori, Morfin, celui qui avait jeté le maléfice, s'était rendu coupable de multiples agressions de moldus et était convoqué au tribunal.

La « conversation » se poursuivit à l'intérieur et un troisième personnage vint compléter ce tableau de famille grotesque, une fille, à peine quelques années de plus que lui-même, estima Harry, cracmole et visiblement battue. Elle avait l'air plus saine d'esprit que le reste de la maisonnée mais sa robe gris sale et ses yeux chassieux ruinaient le peu de charme qu'elle aurait pu avoir. Ce qui n'empêchait pas Mérope, c'était son nom, de soupirer après un moldu, d'après son frère. Cette révélation coupa court à la visite d'Ogden puisque le père, déjà très agité, devint incontrôlable. Dumbledore décida qu'il en avait appris assez. Et effectivement, s'il avait bien suivi les élucubrations du chef de famille, ces gens, les Gaunt, étaient les derniers descendant de Serpentard, dont ils possédaient le médaillon. Il était aussi très fier d'une bague appartenant à un certain Peverell et qu'Harry était sûr d'avoir vu au doigt de Dumbledore cet été.

Quand ils revinrent dans le bureau, il fit celui qui ne comprenait pas le rapport entre ce qu'il venait de voir et Voldemort, même s'il ne fallait pas être un génie pour deviner que si Mérope Gaunt était descendante de Serpentard et amoureuse d'un moldu prénommé Tom, elle était sûrement aussi la mère du seigneur des ténèbres. Au final, il n'avait pas appris grand chose sur Voldemort lui-même, il avait été élevé dans un orphelinat, pas par sa famille après tout, à moins que Dumbledore ne sous-entende que la violence et les idéaux sangs-purs étaient génétiques. Il voulait sans doute convaincre Harry qu'il était pré-disposé au mal, que son âme était complètement noircie dès la naissance, ou une autre théorie fumeuse du genre. Mais on ne choisissait pas sa famille, lui-même était bien placé pour le savoir. Dumbledore refusa par contre de lui raconter comment, lui, était entré en possession de la bague du grand-père de Voldemort et préféra l'envoyer se coucher. Il ne fallait pas trop en demander non plus.


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