Bon… voilà l'avant dernier chapitre. En espérant qu'il vous plaise !
Merci encore pour les reviews et à ma beta pour sa correction et ses conseils !
Bonne lecture !
On avait frappé à la porte.
Shizuru avait d'abord cru que ce bruit venait de son rêve. Mais le son était devenu de plus en plus insistant, de plus en plus réel.
Elle avait finalement émergé de son sommeil, passé une chemise puis s'était dirigée d'un pas encore ensommeillé vers la porte d'entrée.
Après avoir jeté un bref coup d'œil au travers l'œillet, elle en avait conclu qu'elle était probablement toujours entrain de rêver.
Oui, parce que dans la réalité, Natsuki Kuga ne pouvait pas se tenir devant chez elle, à presque trois heures du matin, entrain de tambouriner contre sa porte. Non, ce n'était pas concevable.
Et puis elle l'avait entendue l'appeler, d'une voix hésitante, perdue ?, presque apeurée…ce coup-ci c'était sûr : elle était en plein milieu d'un rêve !
Shizuru… Shizuru, s'il te plais, dit moi que t'es là!
Elle avait entrebâillé la porte, parce que de toute façon, si cela était bien qu'un songe, elle n'avait rien à craindre n'est-ce pas ? La lumière de son appart avait filtré dans le couloir pour éclairer la silhouette de la jeune fille.
Natsuki… Mais qu'est ce que tu fabriques ? La brune s'était contentée de lui lancer un regard hagard, sans rien lui répondre de plus.
Allez rentre ! La jeune femme avait ignoré son ton agacé, pour pénétrer dans l'appartement. Et à la lumière, Shizuru n'avait put retenir un cri d'effroi.
Natsuki ! Qu'est ce qui t'es arrivée ?
Elle avait l'impression que la jeune fille qui lui faisait face s'était amusée à se barbouiller de sang : son visage était barré par de longues trainées écarlates, de même que ses mains et son blouson.
Natsuki…elle avait murmuré en essayant de l'agripper, Qu'est ce que tu as fait ?
Son amie s'était dérobée à son étreinte et avait porté son regard sur ses mains tachées, les fixant comme si c'était la première fois qu'elle les voyait. Puis elle avait secoué la tête.
Shizuru se rappelait très bien de son malaise, lorsque Natsuki lui avait répondu avec laconisme que ce n'était pas le sien. Comme si on vennait de lui injecter de la glace dans les veines. Elle avait oublié qu'après tout, il ne s'agissait que d'un rêve. Ou peut-être, est ce à ce moment là qu'elle avait compris que tout ca était bien réel… Natsuki débarquant chez elle, en pleine nuit, les vêtements tachés d'un sang qui ne lui appartenait pas.
Elle avait fermé précipitamment la porte et avait entrainé la jeune fille dans le salon.
Qu'est ce qui t'es arrivé ? avait-elle demandé avec appréhension. En face d'elle, Natsuki était restée muette le regard perdu dans le vide. C'était Shizuru qui lui avait fait retirer son blouson souillé et l'avait forcé à s'assoir sur le canapé.
Natsuki…elle avait porté une main au visage de la jeune fille afin d'attirer son attention. Celle-ci avait levé vers elle un regard absent et avait demandé avec détachement si elle pouvait se nettoyer un peu.
Et maintenant, Shizuru attendait devant la porte de la salle de bain où Natsuki s'était renfermée depuis presque une demi-heure.
Tout lui semblait irréel : cette situation, le sifflement trop aigu de la bouilloire qu'elle avait mise à chauffer et l'eau qui coulait depuis un moment dans la salle de bain. Peut-être que ce n'était qu'un rêve… enfin, c'est ce qu'elle espérait, parce que cette réalité lui était étrangement dérangeante.
Et Natsuki qui ne daignait toujours pas sortir de la salle d'eau pour lui donner quelques explications.
Mais qu'est ce qu'elle fabrique ?
Shizuru était énervée. Cela ne lui ressemblait pourtant pas. Elle constata également qu'elle n'avait plus peur. Non, elle était juste énervée, contrariée par la présence impromptue de Natsuki.
Avec ironie, elle remarqua qu'il n'y a pas si longtemps de ça, elle aurait payé cher pour que la jeune fille lui fasse une visite nocturne. Mais plus maintenant. Maintenant la donne avait changé. Elle ne pouvait plus accepter que Natsuki se permette de jouer ainsi avec ses sentiments. Qu'elle s'amuse un jour à la fuir, et un autre jour à l'embrasser. Qu'elle se permette de débarquer dans sa vie, avant de disparaître sans donner de nouvelle.
Et pourtant…
Pourtant son cœur battait à tout rompre de savoir que juste une porte les séparait.
Cette situation ne pouvait plus durer.
Elle prit une profonde respiration avant de frapper à la porte.
« Natsuki ? »
Comme seule réponse, elle entendit l'eau arrêter de couler.
Quelques secondes plus tard, la porte s'ouvrit.
Natsuki se tenait devant l'entrebâillement, plus pâle que jamais.
« Ca va ? lui demanda Shizuru. Ca va aller ? »
Sans prendre la peine de répondre, La jeune fille s'avança vers son interlocuteur. Instinctivement, Shizuru se contracta et fit mine de reculer.
« Pourquoi ? » murmura finalement la brune en plongeant son regard douloureux dans celui de la présidente. Celle-ci observa quelques instants le visage cerné et fatigué de la jeune fille, ses yeux verts rougis par les pleurs, mais depuis quand Natsuki a les yeux verts ?, et les traces de larmes récentes qui maculaient encore ses joues… Même dans cet état, même avec toute la colère qu'elle ressentait pourtant envers la brune, Shizuru ne pouvait s'empêcher d'être attirée par elle.
Doucement, comme pour l'apprivoiser, Shizuru leva sa main vers son visage. Au contact Natsuki ferma les yeux.
« Pourquoi ? » souffla-t-elle encore. Oui, pourquoi ? Shizuru se demanda, pourquoi tout est si compliqué ?
« Pourquoi, repris la brune, pourquoi tu ne veux pas de moi ? »
Shizuru se figea face cette question presque enfantine, innocente. Pourquoi ? Et bien parce que j'ai peur, tout simplement, répondit-elle mentalement. J'ai peur de ce que je ressens pour toi et surtout j'ai peur de toi, Natsuki. De ton cotés imprévisible, presque violent… Quelle ironie : c'était justement ce qu'elle recherchait quelques semaines plus tôt lorsqu'elle était venu aborder la jeune fille…quelqu'un qui serait me déraisonner.
Mais maintenant, dans ce couloir, elle n'était plus sûr de ça, elle était à vrai dire plus sûr de grand-chose.
Et Natsuki toujours silencieuse, les yeux clos et elle qui continuait à lui caresser le visage, effaçant ses dernières larmes.
« Pourquoi…. » Cette voix, sa voix, presque comme un soupire et Shizuru sentis son cœur s'emballer. Non, elle ne pouvait pas lui dire pourquoi elle l'avait fui, elle ne pouvait pas lui dire à quel point elle avait peur.
Comme pour la faire taire, elle passa sa main dans ses cheveux, laissant ses doigts s'emmêler aux longues mèches d'ébènes avant de l'attirer contre elle.
Qu'est c'est qu'elle était entrain de faire ? Ne voulait-elle pas à tout prix éviter cette situation ? Elle avait conscience que Natsuki se jouait encore de ses sentiments mais c'était plus fort qu'elle.
Elle resserra son emprise, et senti le corps de la brune se crisper avant de se détendre peu à peu et de lui rendre son étreinte avec force. Elle entendait son souffle précipité dans son cou mêlé à des murmures qu'elle ne comprenait pas. Mais elle y prêtait guère attention, la seule chose qu'elle avait à l'esprit à ce moment même, était de savoir si cette belle brune allait encore l'embrasser. Elle en mourrait d'envie, mais une partie d'elle-même lui criait de la repousser. Parce que c'est trop dangereux… Pourtant ce fut elle qui se dégagea un peu de l'embrassade pour plonger son regard dans celui de la jeune fille, laissant un doigt glisser sur ses lèvres. Non, je ne peux pas faire ça… une faible protestation tandis que son visage se rapprochait peu à peu de celui de Natsuki. Il faut que je lui dise qu'elle doit partir!
Mais elle n'eut pas à le faire.
Lentement, Natsuki se recula et secoua la tête avant de lui murmurer un désolé. Elle prit les mains qui parcouraient encore sa peau et les enserra quelques instants.
« Désolée, désolée pour tout. » Elle lâcha les mains de Shizuru, avant d'ajouter :
« Je crois qu'il vaut mieux que je parte. »
"Seems like a touch, a touch too much
Seems like a touch, a touch too much
Too much for my …"
Avec agacement Natsuki baissa le volume du poste radio et relu rapidement la lettre qu'elle tenait entre ses mains.
« C'est pas vrai… » souffla-t-elle. Elle n'arrivait pas à croire ce qu'elle était entrain de lire.
Sa demande d'émancipation avait été refusée. Motif : trop jeune.
« Je t'avais prévenue qu'il y avait des risques. »
Elle se contenta de lancer un regard meurtrier à Yamada avant de relire une dernière fois la lettre. A ses cotés elle entendit que le mécano reprenait sa tache, l'air de rien.
Mais merde ! ragea-t-elle. Ce n'est pas rien !
« Il était là ? » demanda-t-elle à Yamada. Celui-ci lui jeta un regard interrogateur.
« Mon père, ajouta-t-elle, il était là ?
- Juste son avocat. répondit-il avec laconisme.
- Et qu'est ce qu'il a dit ?
- Rien de plus que ce qu'il y a sur la lettre. »
A savoir qu'en plus du refus de son émancipation, son père avait décidé d'abandonner sa tutelle. Elle ne savait pas si c'était légalement possible, mais par contre ce qu'elle savait c'est que son père avait suffisamment de relations pour que l'aspect légal de sa démarche ne soit qu'un détail. Tout cela signifiait qu'en plus de se retrouver sans pensions, elle allait avoir sur le dos les services sociaux. Avec évidemment le risque de finir dans un foyer. A moins que ce soit en maison de redressement, nota-t-elle, cynique.
Avec colère, elle chiffonna la lettre avant de la jeter sans plus de cérémonie dans un coin de l'atelier.
C'était contre elle-même qu'elle était en colère. Sa vie était foutu, et tout cela était de sa faute, parce qu'au fond elle avait eut exactement ce qu'elle souhaité.
Elle avait pensé qu'elle était assez grande pour se débrouiller seule, qu'elle n'avait pas besoin de la surveillance encombrante de son géniteur… mais maintenant elle se rendait compte que sans lui, elle allait devoir assumer seule ses erreurs. Comme une grande fille… ricana-t-elle.
Elle lança un regard morne à Yamada lorsque celui-ci lui envoya une bière avant de se diriger vers le poste radio. Quelques instants plus tard, la voix nasillarde de Brian Johnson résonnait à nouveaux dans l'atelier avec des I'm on the highway to hell, on the highway to hell enfiévrés.
Elle ouvrit sa canette et en bu quelques gorgées.
« Bon, d'accord, lança-t-elle à l'intention du mécanicien, ça c'était pour la mauvaise nouvelle. C'est quoi alors la bonne nouvelle dont tu m'as parlé ?
-En faite, répondis le motard en se grattant l'arrête du nez, il y a deux bonnes nouvelles… » Natsuki lui fit un geste impatient de la main pour l'inviter à poursuivre. Elle était à cran et elle n'avait pas vraiment envie de jouer.
« Et bien, repris Yamada, la première bonne nouvelle c'est que tu n'es plus admise à Fuuka. »
La jeune fille serra avec force sa cannette. Quelques semaines auparavant, cette annonce l'aurait faite sauter de joie, mais maintenant quitter Fuuka avait des significations beaucoup plus sombres. Déjà, elle voyait se profiler à l'horizon l'ombre des foyers sociaux. Et puis, surtout partir de Fuuka cela revenait également à dire qu'elle ne reverrait plus Shizuru. Et dire qu'on n'a même pas eu l'occasion de s'expliquer, pensa-t-elle en rougissant. Elle se leva précipitamment afin de cacher sa gêne. Elle sentait son estomac se contracter rien qu'à la pensée que Shizuru l'avait prise dans ses bras. J'aurai dut lui dire, réalisa-t-elle avec une pointe de regret, j'aurai dû lui dire parce que maintenait qui sait si je la reverrais ?
« Ok, fini-t-elle par dire, et c'est quoi la deuxième bonne nouvelle ? »
Yamada quitta un instant sa tâche pour jeter un regard perplexe à la jeune fille qui lui faisait face.
« J'aurais cru que cela t'aurais fait plus plaisir que ça… »
Elle éluda la question d'un haussement d'épaule.
« Je vois, reprit-il. Bon la deuxième bonne nouvelle c'est que je me suis proposé pour être ton nouveau tuteur. »
Pendant quelques instants Natsuki oublia de respirer.
« Mais, euh je... bredouilla-t-elle, comment ? C'est possible ? » lâcha-t-elle finalement avec espoir.
Le mécano posa ses outils pour venir se placer face à sa protégée.
« Evidement que c'est possible, répondit-il avec douceur. Tu oublies que j'ai connu ta mère pendant des années. Légalement je suis considéré comme un ami proche de la famille, je peux donc demander ta garde. Et puis je ne pense pas que ton père s'y opposera, au contraire. »
Natsuki senti ses yeux lui piquer et elle dû se détourner du motard pour lui cacher ses larmes naissantes.
Pourquoi avait-elle tout gâcher ? Si seulement je ne m'étais pas battue, réalisa-t-elle avec amertume. Si seulement elle ne s'était pas battue, cette nouvelle aurait put être la meilleur du monde. Mais là tout ce qu'elle voyait c'est qu'elle avait perdu son unique chance d'avoir la vie qu'elle voulait. Et derrière elle, elle entendait Yamada poursuivre son discours, je me suis proposé pour te prendre en tant qu'apprentie dans mon garage… tu aurais une meilleur autonomie financière… et à chaque mots, elle devait refouler son envie de pleurer.
« Yamada… » Sa voix était enrouée par l'émotion. Le motard lui jeta lança un regard rigolard :
« Hey, faut pas être aussi émue !
- Yamada, reprit-elle en ignorant son propos, je suis désolée. J'ai vraiment tout foiré. »
En face d'elle, le mécanicien s'appuya contre un établie, la mâchoire serrée et le regard dur.
« J'ai tout foiré, continua Natsuki, je me suis encore battue le week-end dernier et…
- Comme la dernière fois ? » Il l'interrompit, et avec horreur elle constatât qu'il y avait de la tristesse dans sa voix. Elle considérait le vieux motard comme son père et le voir peiné par sa faute, savoir qu'elle l'avait déçu, la rendait terriblement mal.
« Comme… comme la dernière fois, peut- être pire … » avoua-t-elle dans un souffle. Yamada eut un rire nerveux et quitta son appui pour faire les cent pas dans l'atelier, tordant nerveusement ses mains.
« Mais pourquoi, Natsuki ? » Sans qu'elle puisse rien y faire elle sentait ses larmes ruisseler sur ses joues. C'était bien la question qu'elle se posait depuis le début : pourquoi elle ne pouvait pas gérer ses sentiments normalement, sans passer par la violence ?
« Je… je sais pas, bredouilla-t-elle, je suis tellement désolée, Yamada. »
Le mécano se frotta lentement les tempes, comme pour tenter de faire le point, avant de la questionner :
« Et il a porté plainte ? Y avait qui avec toi ?
-Y avait Nao, Ensei… enfin comme d'habitude, murmura –t-elle, la voix rauque. Et… et j'sais pas s'il a porté plainte, je ne sais pas ce qui s'est passé après, parce que…parce que je me suis enfuie. »
Elle détourna la tête, gênée par son dernier aveu.
« Et tes amis ? demanda-t-il avec cynisme. Ils n'ont pas plus de nouvelles ?
-Je ne sais pas, admit-elle, confuse. On s'est un peu embrouillé et j'ai… je ne les pas rappelés. »
Le motard la considéra quelques instants avant d'ajouter :
« Tu ne peut pas toujours te battre Natsuki.
- Bien sur que je ne peux pas toujours me battre ». lui répondit-elle dans un rire sans joie. Ces mots faisaient écho à ceux de Shizuru, prononcés à peine quelques semaines plus tôt, elle s'en souvenait encore comme si c'était hier. Et dire qu'à ce moment elle considérait qu'elle avait des problèmes !
« Bien sûr, reprit-elle avec sérieux, mais je ne peux pas fuir non plus. Alors que me reste-il comme solution ?
- Et bien, parfois le seul choix qui te reste est d'accepter la situation et apprendre à vivre avec. »
Natsuki le dévisagea, sceptique. Est-ce qu'il parlait toujours de « l'accident » ou bien faisait-il allusion à Shizuru ? Mais c'était qui, qui lui en avait parlé ? Nao ? Ou bien Takeda ?
« Ce… ce n'est pas toujours évident d'accepter la situation. » Sa voix était ténue.
« Personne n'a jamais dit que c'était facile. » Le motard termina la conversation avant de se détourner pour poursuivre son travail.
« Et… et maintenant, hésita Natsuki, qu'est ce que je fais ?
- Qu'est ce que tu veux que je te dise ? » lui rétorqua t-il sans lui lancer un regard.
Assise sur un banc, Natsuki regardait les badauds se presser dans la rue en se repassant pour la énième fois en tête la conversation qu'elle avait eue avec Yamada.
Pire que la colère et la déception qu'elle avait pu percevoir dans l'expression du biker, c'était l'indifférence avec laquelle il avait mis fin à la discussion. Comme s'il n'en avait plus rien à faire de moi… réalisa-t-elle avec amertume.
Avec peine, elle se souvient que c'était ce même détachement qui c'était affiché sur le visage de Shizuru, quelques jours plus tôt, lors de son altercation avec ses amis, enfin mes anciens amis.
Et elle qui s'était toujours moquée de l'avis des autres, comprenait maintenant à quel point le regard de Shizuru était important pour elle.
De l'indifférence, de la peur même… voila tout ce qu'elle avait réussit à faire éprouver à la blonde, alors qu'elle, lorsqu'elle pensait à Shizuru… et bien, rien que d'y penser elle sentait ses joues chauffer !
Une main sur son épaule la tira de sa rêverie.
« Nao. » lâcha Natsuki en se retournant vers la jeune fille.
« Natsuki… répondit cette dernière sur le même ton neutre. Ca fait longtemps que tu m'attends ? »
La brune lui fit signe de la tête que non avant de se lever :
« On va s'installer ailleurs ? »
Natsuki observait Nao faire tourner distraitement la mousse de sa bière dans son verre, le regard perdu quelque part dans le bar, évitant soigneusement de croiser l'attention de la brune.
Le Linden Baum n'avait pas encore ouvert, et elles s'étaient donc rabattues dans un petit bistro des alentours. Un endroit tranquille pour mettre certaines choses au point avait pensé Natsuki, sauf que là, Nao n'y mettait guère du sien.
« Nao, tenta Natsuki, tu pourrais au moins me regarder… » Sans grande conviction la rousse lui fit face.
« Ca y est je te regarde … » railla-t-elle avant de se figer et de dévisager avec insistance Natsuki :
« Depuis quand t'as des yeux verts, toi ?
- Depuis toujours, en faite. » Face à elle Nao resta perplexe. Natsuki continua, hésitante :
« Je…euh, je portais des lentilles… à cause de ma mère. » Elle s'interrompit, gênée, en comprenant que ses propos n'avaient sûrement aucun sens pour la jeune fille. Elle réalisa que depuis tout le temps qu'elles se connaissaient, elle ne lui avait jamais vraiment parlé de la mort de sa mère, ni même de l'abandon de son père. En faite, Shizuru était la seule personne à qui elle avait eu envie de se livrer. Et alors qu'elle considérait, jusqu'à y a peu de temps encore, Nao comme sa meilleur amie, elle avait toujours préféré éluder ses problèmes familiaux.
« Je ne voulais pas lui ressembler. » Sa phrase se termina dans un souffle, comme pour conclure cette conversation déplaisante. Elle aurait tout le temps de lui expliquer ses raisons. Une autre fois, mais pas maintenant. Maintenant d'autres questions plus préoccupantes occupaient son esprit.
« Pourquoi vous m'avait fait ça avec Mori ? » lança Natsuki sans plus de cérémonie. Nao détourna ses yeux, trouvant soudain un intérêt particulièrement intéressant à ses chaussures.
« Nao ! » s'énerva la brune. Son amie se contenta d'hausser les épaules.
« Vous vouliez quoi ? » Elle continua : « Que je me fasse casser la gueule ? Que j'aille en taule, peut-être ? Parce que là, c'est bien parti pour !
- Comment ca ? s'exclama la rousse. Et ton père ?
- Je ne suis plus sous sa tutelle. » En voyant l'expression perplexe de son amie, elle réalisa qu'elle ne lui avait pas parlé de sa demande d'émancipation.
« Ce serait trop long à expliquer. » ajouta-t-elle. La jeune fille hocha docilement la tête, et peut être pour la première fois, Natsuki remarqua que malgré son maquillage et ses tenues provocantes, Nao restait une gamine de 15 ans. Et elle avait agit comme telle, juste par amusement sans même penser aux conséquences. Comme toi, se dit elle en observant son propre reflet que lui renvoyait la vitre du bar.
« Je, on… confessa Nao, incertaine. On ne pensait pas que ca irait si loin. Mais merde ! Natsuki ! C'est une fille ! »
Natsuki haussa d'épaule. Evidement elle été bien placée pour savoir qu'elle était attirée par une fille, pas la peine de lui rappeler.
« C'est une fille, reprit Nao avec véhémence, et t'as laissé Mori se faire casser la gueule par elle !
- C'est elle qui l'avait cherchée.
- Et t'es avec elle ? » Natsuki sentit son cœur se serrer :
« Non.
- Mais t'aimerai bien, n'est-ce-pas ?
- Oui. » Un aveu à demi voix. En face d'elle, la jeune fille claqua avec colère son verre contre le zinc du bar.
« Les choses sont comme ça, Nao, poursuivit Natsuki. Et je n'ai pas envie de les changer.
- Et Ensei ? Il est au courant ? Mais merde quoi ! T'as pensé à Takeda ?
- Takeda le sait. Et il a comprit que, et bien, c'était comme ça et que j'y pouvais rien. » Ses mots moururent doucement tandis qu'elle détournait son regard vers la vitrine du bar.
Un silence.
Puis un claquement : une chaise poussée avec violence, suivi d'un bruit sec de pas précipités. Nao s'en allait.
Natsuki la laissa partir, le regard toujours perdu dans la rue.
