Titre : Sept-Royaumes

Auteur : Nandra-chan

Disclaimer : Tout est à Clamp, et tout pareil que dans le chap. 1 !


Note : Coucou les enfants ! C'est la mère Nowel ! Hum... désolée, je fatigue. Une courte note cette fois juste pour vous dire qu'il y a un petit problème avec les reviews, elles arrivent bien sur le site (et je vous remercie beaucoup de me laisser des petits – ou des grands – mots, en revanche elles arrivent chez moi par email avec plusieurs heures, voire plusieurs jours de retard, donc j'espère que je n'oublierai personne en répondant, mais si c'était le cas, signalez-vous ! J'aime pas laisser une review sans réponse.


Réponse aux reviews :

Pucca : Tu me diras si ton plagiat ressemblait à ça !

Sana : Un peu de Fye, beaucoup de Kuro, un zeste de Kamui, une pincée de Subaru... je pense que ça devrait te plaire ?

Silinde : Merci ! Je continue, persiste et signe ! D'un N qui veut dire Nandra !~ (Hinininin : ça c'est le hennissement de Tornado !) (non j'ai pas fumé la moquette, non) (quoi : menteuse ?)

You and your brain : Oui, la révélation du mystère des chats est pour bientôt. En ce qui concerne ta question sur les sept royaumes, ce n'est pas une erreur de calcul de ma part, je sais toujours compter jusqu'à 7, et même un peu plus, comme on le verra dans ce chapitre (enfin je crois, le pire c'est que je suis capable de me planter), mais il y a cinq Bas-Royaumes du Monde-Terre qui sont Seles, Valeria, Kajara, Clow et Nihon, et deux Hauts-Royaumes, les royaumes des Titans, qui sont le Monde-Jour et le Monde-Nuit. J'ai fait une petite carte, dès que j'aurai le temps de la finaliser et de la Gimpiser, je la mettrai sur mon blog et je le dirai en note.

Riri : … Robin Hobb... Elle m'a comparée à Robin Hobb... dead*

(Anonymounette) : Merci pour ta review, et j'ai le regret (enfin ça c'est une formule hein, en fait je ne le regrette pas du tout) de te dire que si tu as trouvé la fin du chapitre précédent frustrante, tu vas souffrir à la fin de celui-là. Hin hin hin hin (rire sadique de la méssante sorcière)

Krystal-sama : Voilà !

Eva : Courage ! Je te soutiens dans ton exil ! Reviens ! Promis je ferai pas de Shao x Yuuko !

Yuichan : T'as l'air toute fatiguée ! Allez courage !

Shini : Kyah ! Je suis trop contente de te retrouver ! Par contre je répondrai à tes reviews un peu plus tard, vu le temps que ça va me prendre :) Je poste mon chapitre d'abord.

Alicia : je viens de me rendre compte avec horreur que je n'avais pas répondu à ta review donc voilà, merci pour ton petit mot et pour tes voeux ! Je m'en veux de t'avoir oubliée dans mes réponses, parce que tu étais ma toute première reviewteuse sur 7-royaumes et une « ancienne » en plus ! Gomen !

Pour me donner votre opinion, c'est toujours le même bouton !


Sept-Royaumes – Chapitre 10 – Affrontement

Le son métallique du gong retentit pour la deuxième fois ; ses vibrations crissèrent désagréablement sur les nerfs de Kurogane, qui observait l'assassin de Seles avec un intérêt méfiant. Une quinzaine de minutes, c'était le temps qu'il lui restait pour se débarrasser de ce type et passer la porte du goulet. Cela aurait été amplement suffisant s'il avait eu à affronter les sentinelles du péage, mais contre ce gars, ce Kamui, il se pouvait que ce soit trop peu.

- Désolé, dit le guerrier dans un demi-sourire. Il fait trop froid pour que je te file ma chemise.

Le visage de son interlocuteur se ferma encore plus, si c'était possible. Ses yeux bleus s'assombrirent et une légère crispation de sa mâchoire indiqua qu'il n'appréciait guère son sens de l'humour.

- Tu sais très bien de quoi je parle, répliqua-t-il, glacial.

- Je ne vois pas, non.

- Je veux le chat.

- Pour quoi faire ?

- Ça ne te regarde pas, répondit le selesien en tirant de son fourreau la grande épée qu'il portait au côté.

Troisième coup.

Le lieutenant rapprocha sa main de son propre sabre, tout en amorçant un léger mouvement vers sa gauche. Il allait devoir se battre, c'était évident, mais il ne voulait pas le faire en tournant le dos à la place, et surtout à l'avenue par laquelle les soldats risquaient de faire irruption à tout moment. Il voulait les voir arriver. Et s'il parvenait à décrire un demi-cercle, il se rapprocherait des grandes portes du goulet. De quelques pas seulement, mais peut-être cela lui permettrait-il de faire la différence s'il fallait battre en retraite.

Il s'efforça de ne plus penser à tout cela. Il devait se concentrer sur son adversaire et surtout, sur lui-même, calmer son cœur qui tambourinait d'excitation dans sa poitrine, apaiser son souffle, aiguiser ses sens, ses réflexes, éveiller son corps. Il ne s'agissait pas de sous-estimer l'ennemi et de se faire bêtement trancher.

Le jeune tueur accompagnait ses mouvements, sans se presser ni le quitter des yeux, attentif, calme, sûr de lui. Le mage n'avait pas menti au sujet de son compatriote ; il était réellement dangereux, c'était un Chasseur. Il n'y avait qu'à voir sa façon de bouger, toute en souplesse et en force, pour comprendre que le combat serait long et difficile.

Le guerrier tira doucement son arme, la pointa en direction de son adversaire et lui adressa un sourire de défi.

- Si tu le veux tant que ça, ce chat, viens donc le chercher.

Le quatrième coup de gong sonna la charge du selesien qui fondit sur sa cible, épée en avant. Son attaque fut fulgurante, rapide, précise, visant au flanc droit. Il cherchait à l'obliger à décaler son corps et à exposer le pan gauche de sa veste, celui qui dissimulait le chat. D'un geste vif, avec sa main libre, il tenta d'agripper l'étoffe et de la tirer de sa ceinture pour faire tomber l'animal. Mais le lieutenant n'était pas né de la dernière pluie, il avait vu à travers la manœuvre et, au lieu d'esquiver, il para l'assaut. L'acier s'entrechoqua avec l'acier dans un bruit sec et franc tandis que, d'un coup de pied bien ciblé, il obligeait l'assassin à se retirer prestement. Les deux bretteurs se séparèrent, reculèrent de quelques pas, s'observant à nouveau. L'engagement n'avait duré que quelques secondes.

Kamui repassa à l'attaque, vif comme l'éclair. Les assauts s'enchaînèrent. Le sabre du lieutenant s'abattait avec autant de rapidité et de précision que celui de son opposant, mais frappait toujours dans le vide. Pourtant, tandis que la bataille se poursuivait et prenait de la vitesse, le guerrier avait de plus en plus la certitude que le tueur ne donnait pas sa pleine mesure, qu'il cachait son jeu, et cela ne lui plaisait pas du tout. Il devait trouver un moyen de l'obliger à montrer ses cartes le plus tôt possible. Il voulait savoir ce qu'il affrontait réellement.

Il attendit la charge suivante, esquiva, attrapa son adversaire par le poignet et, profitant de son élan, le projeta violemment derrière lui. Déséquilibré, le selesien s'envola littéralement et ne dut qu'à ses réflexes et sa souplesse de parvenir à se rétablir sur ses deux pieds. Mais Kurogane était déjà sur lui, prenant pour la première fois l'initiative et frappant sans cesse pour l'obliger à reculer, cherchant à l'acculer aux barrières bloquant l'entrée du goulet. Il enchaînait les coups sans ralentir ; au contraire, il allait toujours plus vite, sans viser d'autre objectif que d'empêcher toute contre-attaque.

Sous cette avalanche de coups et cette pression croissante, Kamui ne pourrait que fuir et ployer. A ce rythme, il ne résisterait pas longtemps. S'il voulait s'en sortir avant d'être pris au piège et sérieusement blessé, il n'aurait pas d'autre recours que de se montrer un peu plus sérieux et de dévoiler au moins une partie de ces capacités qui paraissaient tant effrayer Fye.

Au cinquième coup de gong, l'assassin trébucha, fit mine de tomber à la renverse, et lança son pied de toutes ses forces en direction des genoux du guerrier qui dut rompre et se reculer en hâte pour ne pas se faire briser une rotule. Le tueur aux yeux bleus en profita pour se rétablir agilement, prendre ses distances, et les deux combattants se retrouvèrent face à face, haletants.

Le chat pesait lourdement dans le haori du lieutenant et gênait ses mouvements. De la main, il le poussa doucement et la bête sembla comprendre le message. Il la sentit se glisser contre ses côtes, trouvant tant bien que mal son équilibre à l'intérieur de sa veste, et se réfugier dans son dos. C'était mieux.

A présent, il devait revenir à sa position initiale, face à la place, dos aux portes. Il se mit à décrire un nouveau demi-cercle, obligeant le selesien à se décaler pour conserver un écart prudent entre eux. Tout en se déplaçant lentement, il jetait des coups d'œil rapides autour de lui, sourcils froncés. Où était passé le deuxième homme ? Il ne le voyait nulle part. Était-il parti à la recherche du mage ? Le guerrier lança un regard furtif vers la cheminée que le blond avait utilisée pour se dissimuler. Se trouvait-il encore sur le toit ? Avait-il réussi à passer discrètement les portes pendant que les regards des combattants étaient tournés dans une autre direction ?

Quand le sixième coup de gong retentit, Kamui attaqua. Il lui répondit machinalement et cette réaction sembla énerver le jeune homme qui se planta devant lui, un air mécontent sur le visage, et pointa sa lame vers lui comme il l'aurait montré du doigt.

- Tu n'es pas sérieux.

Kurogane ricana.

- Tu ne me donnes pas de raisons de l'être.

- Oublie Subaru et concentre-toi sur l'adversaire qui se tient devant toi.

- Je préfère savoir où sont tous les pions avant d'entamer une partie.

- Je ne comprends pas, reprit l'autre en fronçant les sourcils. Pourquoi tiens-tu tellement à le protéger ?

- Je préfère les chats aux hommes.

- Je ne parlais pas du chat. Je parlais du prince.

- Quel prince ?

Un léger claquement de langue, geste d'agacement non maîtrisé, confirma ce qu'il soupçonnait déjà fortement : le jeune assassin ne lançait pas ses flèches au hasard, par bluff. Il ne prêchait pas le faux pour savoir le vrai. Il était parfaitement au courant de ses relations avec le magicien et il considérait le fait qu'il cherche à nier comme une perte de temps. Mais si c'était bien le cas, son comportement était difficile à comprendre.

- Pourquoi maintenant ? demanda-t-il.

Kamui arqua un sourcil interrogateur.

- Pourquoi nous attaquer ici, en pleine ville, alors que vous nous suivez depuis plusieurs jours ?

- Le prince nous avait repérés ?

- Depuis le début. Et mon éclaireur également, sur les berges de la rivière, il y a deux jours. Vous êtes passés près de notre campement pendant la nuit. Vous avez laissé des traces. Et même sans ça.... Ce n'est pas lui que vous suiviez, n'est-ce pas ? C'était la fille. Vous espériez surprendre Fye en train de rôder autour d'elle, et vous l'avez filée depuis Suwa. Mais le mage est prudent, il n'a pas laissé de traces, et c'est seulement quand vous avez été sûrs qu'il se comportait comme vous l'aviez prévu – sans doute en assistant à notre combat contre ces types en noir - et qu'il se dirigeait vers le goulet que vous avez pris les devant pour nous attendre ici.

- C'est exact.

- Mais pourquoi avoir attendu ? Le mage était blessé et affaibli, vous étiez tout près, vous auriez pu attaquer pendant la nuit.

Le selesien le dévisagea longuement, sourcils froncés, comme s'il cherchait à lire sur ses traits la réponse à une question qui le perturbait. Puis un petit sourire railleur releva un coin de ses lèvres et une étincelle d'amusement fit pétiller ses yeux bleus.

- Donc, dit-il, tu ne sais pas vraiment qui tu protèges.

Kurogane retint un soupir. Non, il ne savait pas vraiment qui il protégeait ! Et alors ?

- Je sais tout ce que j'ai besoin de savoir.

Kamui haussa les épaules et fit un petit signe du menton qui pouvait signifier : « si tu le dis... ».

- Nos raisons ne te regardent pas. Mais si ça peut te rendre plus sérieux, je vais te le dire : on n'a pas attaqué parce que tu étais trop près de lui. A vous deux contre nous deux, l'autre nuit, ça aurait été trop dangereux. Mais maintenant, pendant que tu te bats contre moi, Subaru a sûrement déjà attrapé le prince et il le cache en attendant que je me débarrasse de toi. Si tu veux récupérer ton mage, il va falloir commencer par me battre, et ensuite, retrouver mon frère.

- Bordel... grogna le lieutenant en lançant une nouvelle attaque, mais qu'est-ce que vous avez tous, à la fin !? Ce n'est pas MON mage !

Un septième coup de gong étouffa le bruit des sabres qui s'entrechoquaient à nouveau. Attaques, parades et ripostes recommencèrent à s'enchaîner. La concentration plissait à présent le front des deux combattants. Kurogane reculait lentement sous les coups du selesien, mais il ne se laissait pas pour autant dominer. Tout ce qu'il souhaitait, c'était de pouvoir se glisser bientôt entre les barrières le séparant des portes du goulet ; il voulait quitter la place très vite, car chaque seconde qui s'écoulait le rapprochait du moment où les troupes du roi Susanoo apparaîtraient à l'extrémité de l'avenue. Et alors, les choses se compliqueraient sérieusement pour tout le monde.

- Tu as dit « attraper », observa-t-il entre deux assauts. Ça veut dire que vous n'êtes pas là pour le tuer ?

- Non, l'attraper et le ramener à Seles. Mais ne te réjouis pas trop : le roi n'a aucune intention de l'épargner, et il serait préférable pour le prince que mon frère ait pitié de lui et l'achève ici.

- Ton frère, hein ? Et il y a une chance pour ton frère se montre aussi miséricordieux ?

Kamui lui adressa un petit sourire, étrangement doux.

- Aucune.

Au huitième coup de gong, le lieutenant jugea qu'il était temps de mettre fin à leur petit jeu et de passer à la vitesse supérieure. Il reprit l'initiative et força le tueur, qui dut à nouveau reculer mais parvint à placer un coup de pied vicieux et projeta son adversaire en arrière. Pensant avoir repris l'avantage, Kamui fonça, visant l'abdomen du guerrier. C'était une erreur ; celui-ci l'attendait, prêt à recourir à une de ses bottes secrètes. Lorsque l'assassin arriva à sa hauteur, il se décala pour esquiver, arma son bras et frappa d'un revers, avec la poignée de son arme.

- Shouryuusen !

La technique multiplia sa vitesse et sa force, le coup cueillit son adversaire au creux du ventre si brutalement qu'il fut propulsé en arrière, le souffle coupé, et traversa un pan de la place pour s'écraser contre le pilier d'un auvent. Le bois se fendit dans un craquement, et le jeune homme glissa doucement vers le sol. Mais il ne tomba pas. Ses genoux avaient tenu bon et il se redressa péniblement, étourdi mais toujours conscient.

Tandis qu'il relevait la tête, un frisson parcourut le dos du guerrier. Ce type n'était pas une personne ordinaire. Il s'en doutait déjà mais là... Aucun humain normalement constitué ne se serait relevé après un tel choc. Pourtant, non seulement il était debout, mais il émanait de lui, tout à coup, un sentiment nouveau et effrayant. Il comprit que la situation venait de changer. On ne jouait plus. Cette fois, Kamui avait vraiment décidé de le tuer.

Au neuvième coup de gong, le selesien s'élança, plus rapide que jamais, l'épée pointée vers le torse du lieutenant.

- Halte ! Je vous ordonne de lâcher vos armes !

Le cri claqua comme un coup de fouet dans l'air glacé de l'hiver, figeant sur place les deux combattants. Ils s'immobilisèrent et se retournèrent d'un même mouvement vers l'entrée de l'avenue qui vomissait sur la place une troupe conséquente de soldats. Ces derniers se répartissaient déjà le long des murs des immeubles, cherchant à bloquer les issues, tandis que leurs trois officiers, juchés sur leurs montures à l'arrêt, avaient les yeux rivés sur l'assassin aux yeux bleus et son adversaire.

Kurogane jura doucement entre ses dents serrées, et la mine de Kamui lui indiqua clairement que ce dernier n'était pas plus heureux de l'interruption. Mais ils n'eurent guère le temps de s'attarder sur leurs états d'âme respectifs, car le premier des cavaliers s'avançait vers eux.

- Je vous ai dit de lâcher vos armes, fit-il d'un ton autoritaire.

- Cause toujours, fit le guerrier avec un sourire narquois.

L'homme tourna son regard noir dans sa direction, le détailla un instant, puis une expression de surprise passa brièvement sur ses traits et il hocha la tête.

- Lieutenant Kurogane.

- Capitaine...

- Pouvez-vous m'expliquer tout ceci ? fit le gradé en embrassant la scène d'un geste de la main.

Le guerrier haussa les épaules.

- On se battait. Vous nous avez interrompus, lâcha-t-il platement.

Cette réponse laconique et d'une concision insolente lui valut un sourire presque invisible de la part du selesien et un regard meurtrier de l'officier.

- Ça, j'aurais pu le deviner sans votre aide. Il va falloir me fournir une explication plus circonstanciée. Dois-je vous rappeler que vous êtes sous le coup d'un avis de recherche ? Qu'un ordre a été donné par le roi lui-même afin que vous soyez « raccompagné » jusqu'à Suwa pour vous y expliquer sur les raisons de votre subite disparition ? Que vous êtes soupçonné d'avoir aidé un condamné à mort à s'évader ? Que vous...

- Tout ça c'est des foutaises... Des racontars, basés sur du vent. Je n'ai aidé personne à s'évader. Je n'ai jamais trahi le sang royal.

- Cela reste à prouver. Abaissez votre épée, lieutenant, et rendez-vous.

Certain d'être obéi, le capitaine détourna son regard du guerrier, pour le reporter sur le deuxième trublion.

- Vous aussi, jeune homme, déposez votre arme à vos pieds. J'ignore qui vous êtes mais se battre en pleine rue est un délit ; vous devrez en répondre devant la justice. Toutefois, ajouta-t-il avec un air qu'il voulait bon enfant, vous tentiez d'arrêter un individu suspect, vous devriez bénéficier de circonstances atténuantes.

Kamui inclina légèrement la tête de côté en observant l'officier avec un regard étonné. L'espace d'un instant fugace, son adversaire lui trouva un air candide tout à fait surprenant qui lui fit hausser les sourcils. Si les assassins se mettaient à avoir l'apparence d'agneaux, et si les agneaux assénaient, comme celui-là, des coups attestant qu'ils possédaient une force d'ours, on n'allait bientôt plus s'y retrouver. Mais peut-être était-ce après tout une particularité des combattants selesiens, car un certain mage blond entrait, lui aussi, parfaitement, dans les critères de cette description.

- Eh bien ? demanda le cavalier.

Le jeune homme soupira légèrement. Son air agacé était reparu. Puis, sans obtempérer à l'ordre qu'il avait reçu, il pointa un index délateur en direction de Kurogane.

- C'est lui qui a commencé, lâcha-t-il froidement.

Le dixième coup de gong vint soutenir de toute la force de sa voix d'airain cette dénonciation pour le moins puérile. L'accusé saisit la balle au bond.

- Alors là, t'es gonflé ! beugla-t-il en raffermissant sa prise sur la poignée de son sabre. C'est toi qui m'as agressé !

Kamui lui dédia un regard de pur mépris.

- Peuh, fit-il comme on crache par terre. Ne te flatte pas. Je n'ai pas de temps à perdre avec les gens comme toi.

- « Les gens comme toi » !? Qu'est-ce que ça veut dire « les gens comme toi » !?

- Inutile que j'essaie de te l'expliquer, c'est trop compliqué pour un cerveau aussi épais que le tien.

La réaction ne se fit pas attendre. Le guerrier poussa un rugissement furieux, et chargea, lame en avant. L'assassin fit un bond en arrière tout en ripostant, et le choc des lames retentit à nouveau dans l'air glacé de la place. Le combat était relancé, sous les yeux médusés du capitaine et de ses deux seconds, ainsi que de tous les soldats qui s'étaient postés à l'entrée des rues.

Les deux adversaires avaient eu le temps de reprendre leur souffle, et les assauts s'enchaînaient à un rythme étourdissant. L'affrontement était sans merci, plus brutal à chaque instant, chaque coup cherchait véritablement à toucher, et pourtant, les spectateurs avaient le sentiment d'assister à un ballet magnifique ; les combattants semblaient agir en parfaite harmonie, coups, parades, contre-attaques ou ripostes s'enchaînaient avec une rapidité et une fluidité époustouflantes, sans que l'un ou l'autre des deux hommes paraisse prendre l'avantage.

Assis sur le dos de son cheval, le capitaine se grattait le menton sans perdre les deux bretteurs de vue. Il avait laissé passer sa chance de les arrêter sans faire de remous. Que faire à présent ? Devait-il faire cesser ce duel par la force et mettre tout ce petit monde aux arrêts ? Ou bien devait-il d'abord laisser le lieutenant Kurogane se débarrasser du type très fort qu'il affrontait, et ensuite seulement, le mettre aux arrêts ? Ou alors, peut-être que le type très fort serait victorieux et se débarrasserait du lieutenant Kurogane, qui était aussi très fort, qui avait très mauvais caractère, et qui ne se laisserait pas volontiers mettre aux arrêts ? Le mieux n'était-il pas de les laisser s'entretuer et ensuite d'aller ramasser les morceaux ? Oui mais, et sa gloire personnelle, là-dedans ? Il n'en obtiendrait que peu. Alors que s'il envoyait, maintenant, le lieutenant Maekawa procéder à l'arrestation, il gagnerait au moins le mérite d'avoir pris l'initiative. Mais il risquait de perdre Maekawa, et Maekawa était un lèche-bottes de première qui était toujours aux petits soins pour lui, ce qui était quand même bien agréable.

Il regarda autour de lui. Tous ses hommes étaient fascinés, leur regard suspendu aux gestes des deux combattants. Il fallait bien dire qu'il y avait franchement de quoi, même leur chef avait rarement vu d'engagements de cette qualité. Seulement...

Il se pencha sur sa selle.

- Lieutenant Maekawa, allez chercher deux ou trois archers.

- Oui, Capitaine.

Tandis que les vibrations du onzième coup de gong résonnaient encore dans les oreilles de toute l'assistance, l'officier subalterne fit volter sa monture et partit au petit trot en direction d'une certaine taverne.

Kurogane commençait à se sentir éprouvé, et il constata qu'il n'était pas le seul. Son adversaire ne baissait de régime, mais ses bras minces semblaient avoir quelques difficultés à soulever encore et encore son épée, et son visage fin arborait une expression tendue qu'il n'avait pas quelques instants plus tôt. La fatigue du combat altérait ses traits, son front était couvert de transpiration, mais la barre soucieuse qui s'était formée entre ses yeux ne paraissait pas en rapport avec l'affrontement. Parfois, l'espace d'un battement de cils, son regard s'échappait au-delà de son opposant, parcourant les confins de la place, sans doute à la recherche de celui qu'il avait présenté comme son frère. Il craignait sans doute pour sa sécurité, avec tout ces soldats, et à voir son expression de plus en plus nerveuse, ce dernier n'avait pas reparu.

A son tour, le guerrier jeta un coup d'œil aux alentours pour évaluer la situation. Grâce à la petite querelle qui leur avait permis de relancer le combat, ils s'étaient doucement éloignés des gardes et rapprochés des portes et il ne restait plus que quelques coups de gong avant que ces dernières ne se ferment. Si leurs prochains mouvements pouvaient les amener encore un peu plus près, jusqu'à la limite des barrières, ils auraient une chance de s'échapper. Mais il fallait attendre le tout dernier moment, le dernier coup...

Il en était là de ses réflexions lorsqu'un bruit, quelque part sur sa gauche, presque inaudible, attira son attention. Un glissement, comme celui d'une tuile sur un toit, et un choc mou, une chute, peut-être celle d'un homme dans la neige. Un examen rapide lui apprit qu'il ne s'était pas trompé. Le temps d'un battement de cils, il avait aperçu une silhouette se faufilant le long d'un mur ; elle se rapprochait du cabanon des gardes. Fye... Le blond ne s'était pas fait prendre ! Et il se dirigeait vers les portes. Cela signifiait qu'il était temps pour le guerrier aussi de commencer à battre en retraite.

L'assassin n'avait pas encore remarqué le nouvel arrivant, mais Kurogane constata avec déplaisir que son frère, lui, ne lâchait pas le magicien. A peine celui-ci s'était-il glissé derrière la maisonnette que son poursuivant était apparu à l'emplacement exact où il se tenait une seconde plus tôt.

La scène s'était déroulée dans le dos de Kamui, pourtant, sans doute averti par l'instinct, celui-ci sourit et son beau visage s'éclaira d'une expression soulagée. A présent, pensa le lieutenant, il allait vouloir en finir rapidement, l'éliminer lui, pour pouvoir s'emparer du blond et se glisser dans le goulet juste avant que le péage ne se ferme. Il ne fallait pas le laisser faire.

Il rassembla ses forces, il devait abattre ses dernières cartes maintenant, faire cesser ce combat, récupérer sa monture qui attendait patiemment près des barrières qu'il ait fini de s'amuser, attraper le mage par le paletot au passage et filer en vitesse. Le douzième coup venait d'être sonné.

- Hama Ryû-oh Jin !

La violence de l'attaque prit le selesien par surprise. Il fit plusieurs bonds en arrière pour essayer de l'éviter, mais il fut tout de même pris dans les flux d'énergie qui s'enroulaient autour de la lame de Kurogane lorsqu'il utilisait cette botte familiale, héritée de l'enseignement de son père. Il glissa sur une plaque de neige tassée, faillit tomber, et dut poser une main en terre devant lui pour rétablir son équilibre.

Quand il releva la tête, il n'était plus le même ; le lieutenant n'était pas le seul à être devenu sérieux.

Il chargea, à une allure vertigineuse. Si rapide que lorsque son adversaire entendit un tintement métallique indiquant qu'il avait laissé tomber son épée sur les pavés, il était déjà sur lui. Ses armes étaient à présent ses mains, dont les doigts se terminaient par de longues griffes acérées qui frôlèrent la poitrine de son adversaire. Celui-ci n'eut que le temps de reculer son torse pour ne pas être blessé, et quand il abattit sa lame, Kamui n'était déjà plus là.

Il se retourna brusquement pour faire face à l'ennemi, qui revenait déjà à l'attaque. Leurs regards se croisèrent. Les prunelles du selesien étaient devenues dorées, et le sourire de loup qu'il arborait laissait voir une paire de canines trop pointues, animales, anormales. Kurogane n'avait jamais rien vu de semblable.

- Qu'est-ce que...

Il n'eut pas le temps de terminer sa question. Son opposant se mit à le harceler, fouaillant l'air de ses griffes, effleurant plusieurs fois sa gorge, perçant sa garde. Un coup mieux ajusté que les autres laissa une longue estafilade sur son manteau et sa veste, trop près du cœur.

Le lieutenant redoubla de prudence et d'efforts. En une fraction de seconde, il venait de réaliser beaucoup de choses. Un frisson lui parcourut le dos ; il avait commis une erreur. Il pensait que le mage l'avait sous-estimé en disant qu'il ne voulait pas le voir combattre ses deux compatriotes, mais il s'était trompé. Fye l'avait parfaitement jaugé : maintenant que Kamui avait révélé son potentiel, il savait qu'il allait déjà avoir du mal à gagner ce combat. Et si Subaru s'en mêlait, il perdrait.

Et ce n'était pas tout. Ce qu'il ressentait à présent, alors que le selesien le malmenait et ne lui offrait pas la moindre trêve, et que chacun des coups qu'il portait en retour tombait dans le vide, cette impression de froid, l'envie de sang qui émanait de son adversaire, cette peur qui lui prenait le ventre comme si on lui avait enfoncé un glaçon dans les entrailles, c'était exactement ce qu'il avait éprouvé le premier soir de son voyage, près de la vieille grange, juste avant de se laisser surprendre comme un débutant par le magicien. Oh oui, le blond savait de quoi il parlait quand il le mettait en garde contre ces deux... créatures, parce qu'il était exactement comme elles. Pas humain. Ou plutôt, pas tout le temps humain.

Le treizième coup arriva bien trop vite. C'était comme si le temps avait tout à coup décidé de passer en accéléré, comme pour s'accorder au nouveau rythme que Kamui imposait à leur duel. Pourtant, du coin de l'œil, tandis qu'il se concentrait pour contrer les assauts répétés, de puis en plus rapides, de plus en plus précis et dangereux, de son adversaire, le lieutenant aperçut soudain un nouveau mouvement, du côté des gardes cette fois. Il y avait des remous dans les troupes du roi Susanoo. Mais il n'avait pas vraiment le temps d'y prêter attention.

Et soudain, tout bascula.

Comme au ralenti, il vit le magicien jaillir de l'arrière du cabanon comme un boulet de canon au milieu des sentinelles, qui s'éparpillèrent à la manière d'une volée de moineaux effrayés. Le blond se campa sur ses jambes écartées, tendit ses bras devant lui et projeta une salve de flèches de glace magique en direction des deux combattants en criant.

- Kuro-chan ! Couche-toi !

Au même instant, il sentit un choc léger dans son dos, entendit quelque chose siffler près de son oreille, puis il glissa, bascula en avant et se laissa tomber à plat ventre sur le pavement. Au passage, il ceintura Kamui qui lui faisait face – nota mentalement que le selesien avait tout à coup une mine effrayée – et l'entraîna dans sa chute. L'assassin s'écroula lourdement sur le dos, et son adversaire entendit ses poumons se vider sous le choc ainsi qu'un craquement de mauvais augure. Plusieurs nouveaux sifflements passèrent au-dessus de leurs têtes, puis il y eut un violent courant d'air glacé, un son étrange comme un chuintement, suivi du bruit mat de plusieurs impacts, puis, tout à coup, plus rien. Seulement, dans l'atmosphère, la sensation incomparable qui accompagnait le pouvoir du blond.

Une seconde s'écoula comme une éternité gelée et totalement silencieuse. Puis le gong sonna, brisa le charme, et le temps recommença à s'écouler.

Le guerrier haletait, lourdement étendu sur le sol, la tête posée sur le ventre du tueur selesien qui se soulevait et s'abaissait au rythme d'un respiration trop rapide, hachée, douloureuse et sifflante. Une côte cassée, pensa Kurogane, ou même plusieurs. Le choc avait été très rude.

Il releva le front et commença à se redresser lentement, tout en palpant son propre dos et ses propres flancs, pour faire un état des lieux de ses contusions. Ça allait à peu près. Il s'agenouilla sur ses talons. La première chose qu'il vit fut le mage, un genou en terre comme s'il se prosternait, mais le seul maître devant lequel il s'inclinait était son propre épuisement. Livide, pantelant, il peinait pour essayer de se remettre debout mais ses muscles refusaient de coopérer.

Derrière lui, Subaru apparut soudain, mais il passa à ses côtés sans lui prêter attention et se précipita vers son frère qui gisait encore sur le pavé, à moitié assommé par sa chute et gêné pour le poids du lieutenant toujours installé sur lui.

- Kamui ! Est-ce que ça va !?

Le selesien grogna et porta la main à son front. Lorsqu'il la retira, ses doigts étaient pleins de sang. Une longue estafilade lui barrait la tempe droite et ce fut ce détail qui remit l'esprit de Kurogane en marche.

Il regarda autour de lui. A quelques pas, une flèche s'était fichée dans un tas de neige. Lentement, sans se relever car il ne s'en sentait pas encore la force, le guerrier se retourna... et lâcha un « oh » surpris.

Les soldats étaient toujours là, et il pouvait même voir trois d'entre eux qui se tenaient en avant du capitaine, des arbalètes à la main. Seulement, ils ne pouvaient plus les atteindre. Un mur de glace haut comme deux hommes, translucide et bleuté, se dressait désormais entre eux et leurs cibles, sur toute la largeur de la place, leur bloquant le passage. Il n'était pas très épais, il n'avait pas l'air très solide, et on pouvait très nettement y distinguer une bonne demi-douzaine de points de fêlures, ronds et blancs, là où les traits des archers avaient été stoppés.

- Cet enfoiré... grogna le lieutenant en foudroyant le capitaine du regard à travers la paroi magique.

- Merci, lui dit Subaru. Vous avez sauvé mon frère. Sans votre intervention...

- C'est pas moi qu'il faut remercier, c'est le mage. C'est lui qui...

Il s'interrompit soudain. Tout en parlant, il s'était retourné pour faire face au blond mais l'expression horrifiée de celui-ci l'avait figé sur place. Fye paraissait sous le choc, sonné comme s'il avait pris un coup en pleine figure. Il fit un pas en avant, un autre, tendit la main vers lui...

- Kuro-chan, murmura-t-il, d'une voix blanche, tu... saignes.

Lui, saigner ? Il n'avait mal nulle part. Il suivit la direction du regard de son compagnon, et il vit : effectivement, il y avait une trace de sang sur sa main, il y en avait même sur la manche de son manteau, et sur la jambe de son pantalon, mais... il ignorait d'où elles provenaient. Il n'avait pas touché le visage de Kamui, et le selesien ne portait aucune autre blessure ouverte alors...

La conscience que quelque chose de terrible, venait de se produire s'empara de lui, glaçante, et lui serra la gorge et le coeur. Et au même instant, il sentit un filet de liquide tiède couler le long de ses reins. Il se souvint. L'impact, dans son dos, juste avant la chute. Et il comprit. Ils comprirent, tous les deux en même temps.

Dans le refuge de son haori, le chat ne bougeait plus. Le quatorzième coup de gong lança son appel sinistre.