Commentaire : désolée pour Apersonne, mais la Warius's family n'est pas à l'ordre du jour

12.

A la sortie de l'ascenseur, Melgon Doufert, le Capitaine de l'Unité d'Intervention Anaconda du Bureau AZ-37 de la Police Spéciale haussa un sourcil amusé à la vue d'un Aldéran en vêtements fripés, une barbe de deux jours et le visage mangé de cernes !

- Toi, je doute que tu viennes reprendre le travail !

- Quelle intuition. Tu devrais faire flic ! Non, j'ai encore quelques petites choses à emporter pour mon dernier week-end de vacances avant de, effectivement, revenir bosser sous tes ordres.

- Non, ça j'en doute…

La mine du jeune homme s'allongea alors qu'il pâlissait brusquement.

- Mais…

Soreyn se glissa entre les deux hommes, tout sourire.

- Aldie ! Melgon est notre nouveau Colonel !

- …

Aldéran se tourna vers son ami.

- Toi, le Colonel de ce Bureau de la Spéciale ? Mais, Kesdame Forgless… ?

- Je vais t'expliquer, Aldie. Viens dans mon bureau.


Après deux mugs de café très fort, Aldéran se sentit à peu près en état d'entendre les nouvelles de son ami et supérieur.

- Tous ces changements, en quelques semaines ? jeta-t-il néanmoins en premier !

- Je ne pense pas que cela te surprenne outre mesure, remarqua Melgon. Tu es un fidèle de Radio-Couloirs !

- J'avoue, fit le jeune homme. Tout le monde savait que tu succèderais à Kesdame Forgless… mais pas si vite. Ne crois pas que je ne sois pas ravi pour toi, ce n'est que mérité !

- Kesdame s'est définitivement grillée en se remettant avec son copain, tu te souviens du Seigneur de la Drogue j'imagine, et en couvrant certains de ses deals. Oui, comme c'était à craindre, ce dernier n'avait pas entièrement pris sa retraite ! Elle est suspendue et sera entendue par tes potes du SIGiP dans les prochaines semaines. J'espère sincèrement que ses années de carrière, ses états de service aussi, sauveront sa pension, mais pour ce qui est de reprendre ses fonctions cela n'arrivera jamais… Pour éviter la débâcle au Bureau et que la criminalité n'explose dans la zone dont on est en charge, j'ai été nommé à la tête du AZ-37, de façon temporaire – mais ce sera malheureusement, pour Kesdame, de manière définitive, je le crains… Et, Aldéran, ce poste que j'occupe implique d'autres modifications d'organigramme !

Aldéran inclina la tête en signe positif.

- L'Unité Anaconda ! Je vois mal quelqu'un du Bureau en prendre la tête car chacun a déjà sa place, donc ce sera un tiers. Cela ne sera pas facile pour celui ou celle qui devra débarquer !

- Et pourtant, Aldie, j'ai trouvé mon remplaçant au sein du Bureau ! le contredit Melgon. Allez, fais travailler tes méninges !

Quelques instants durant, le jeune homme repassa dans sa mémoire la composition des différentes Unités, ainsi que des éventuels policiers qui bien que non sur le terrain avaient les dispositions nécessaires à la fonction.

- J'en reviens toujours à l'Unité elle-même, déclara-t-il, réfléchissant tout en parlant. Jelka et Darys sont exclus, ils sont trop qualifiés dans leurs domaines respectifs et ne me semblent guère avoir des capacités de meneur – je ne les rabaisse pas, ils sont géniaux aux communications ou avec les explosifs, mais pas pour te remplacer, Mel. Soreyn est désormais expérimenté, mais c'est encore bien insuffisant pour ton poste !

Aldéran sourit.

- Par élimination, j'en déduis qu'il s'agit de Yélyne Morvik ! Oui, elle remplit tous les critères et sera parfaite dans ce rôle.

- Tsst tsst ! N'aurais-tu pas fait attention, Aldéran ? J'ai parlé de UN remplaçant.

- Mais, il ne reste plus personne ! objecta alors le jeune homme avec un signe de défaite des mains.

Melgon éclata de rire.

- Finalement, j'ai sous-estimé ton intelligence, Aldie. C'est toi qui prends le commandement de l'Unité !

- Je ne peux pas… Le SIGiP…

- Vas auprès de ton Général, lui et moi avons pris nos arrangements, et il t'expliquera.

Le Colonel du Bureau sourit.

- Soulagé que tout se soit bien terminé pour ton père et toi !

- Merci !

- Je t'attends lundi, en pleine forme, habillé de frais et rasé de près !


Skyrone jeta un coup d'œil un peu inquiet à son cadet.

- Toi, on dirait que tu sors d'une poubelle ! Où as-tu disparu durant quarante-huit heures ? Papa et toi étiez arrivés en même temps et il commençait à s'inquiéter… Ayvi ?

- Tiens, aux dernières nouvelles, je pensais qu'il n'y avait que Torko et moi qui étions domiciliés ici…

Et, entre les sauts du molosse ravi de revoir son maître après avoir passé quelques semaines entre les murs bien connus de la pension de luxe où il séjournait dès qu'il ne pouvait le suivre, Aldéran considéra avec un bref d'effarement son duplex.

Lyavine était sur le divan, lange défait, sa mère lui nettoyant les fesses tandis que Valysse s'était glissée entre les énormes pattes d'un Torko soudain très calme et prudent afin de ne lui faire aucun mal, pour venir tendre les bras à son parrain.

- C'est quoi, cette invasion ? fit encore Aldéran.

- Et dire qu'on était venus t'accueillir ! protesta Skyrone, toujours pas rassuré au demeurant !

- Merci d'avoir été cherché Torko à la pension.

- Je sais que ce chien est bien dressé, n'obéit qu'à toi et tolère l'autorité d'autres, mais je ne veux pas prendre le risque de l'héberger lors de tes absences. Excuse-moi, Aldie.

- Ce n'est rien…

- Tu es vraiment éreinté, toi. Alors, où as-tu traîné ?

- J'ai aidé Doc à rouvrir son bar, et il m'a hébergé. Je n'avais pas trop envie de revenir ici… marmonna Aldéran avant de se précipiter sous une douche bienvenue.

- J'ai récupéré tes affaires. Heu, que comptes-tu faire de celle d'Ayvanère, ici ?

Le bébé et la petite fille couchées et endormies, leur mère les ayant rapidement imités, aussi Skyrone était-il demeuré dans le salon, avec son cadet en pyjama et robe de chambre.

- Désolé de porter le couteau dans la plaie, 'tit frère, mais je crains qu'il ne te faille affronter cette réalité !

- Je le savais, je le savais ! gémit alors Aldéran. Je savais qu'en partant au secours de papa et de Zéro, je manquais à tous mes devoirs envers la femme qui portait notre enfant ! J'avais eu un instant la folie de songer qu'elle aurait pu comprendre, un peu… Sky, elle avait toujours choisi de privilégier le bébé avant elle et je suis passé outre la grande décision de sa vie ! J'ai été minable, irresponsable, absent…

- Tu as été sonner chez elle, tu l'as appelée ?

- Non, pas encore… Je n'ai aucune idée de quoi lui dire… Aucun mot ne peut excuser ma conduite et j'ignore comment avoir ceux pour apaiser les inhumaines souffrances qu'elle a endurées ! De toute façon, je sais comment cela se terminera… Mais, je le ferai ! Enfin, pour changer, je dois faire tant de choses après ces semaines d'absence !

- Si seulement tu avais idée de tous les retournements à venir, sourit Skyrone en remplissant à nouveau le verre de son cadet.

Aldéran huma le liquide ambré.

- Tu veux me saouler, ou quoi ? ! Je peux t'assurer que j'ai eu ma dose à La Bannière de la Liberté ! Doc a mis les petites bouteilles dans les grandes pour fêter le coup !

Aldéran posa son verre sur la table près du canapé.

- Je n'ai pas eu à renvoyer les affaires d'Ayvanère, je ne l'aurais sans doute d'ailleurs pas fait ! reprit-il après un long moment de silence que son aîné avait respecté. En réalité, tous ses cartons étaient déjà à notre appart, là où nous aurions dû aménager… Je ne sais si elle a été les reprendre, ou pas… Oh, Sky, j'y ai cru, enfin, après toutes ces filles… J'y ai cru et il n'y a plus rien !

Et Aldéran apprécia que son aîné vienne le prendre dans ses bras, qu'ils soient ensuite près des flammes de la cheminée, à se réconforter, comme lorsqu'ils n'avaient pas dix ans, unis comme jamais… Et c'était surtout tout ce qui les restait !