- On y va ? reprit l'idole à l'intention d'Aiba, toujours dans les nuages.

Il prit alors sa main et s'apprêta à l'entrainer à sa suite, mais les quatre garçons firent barrage.

- Oh vous deviez vous entrainer aujourd'hui ? fit mine de comprendre l'idole. Ah, qu'est ce qu'on devrait faire ? Masaki et moi allions partir en rendez-vous. Nous avons décidé de sortir ensemble.

En réalité, Aiba n'avait acquiescé à rien, mais le fait que son idole affirme les choses de cette façon lui faisait stupidement plaisir et il ne le contredit pas. Il le suivit donc sans protester lorsqu'il passa à côté de ses amis.

- Hé, c'est quoi le délire ? Comment ça a pu arriver ? demanda Shige lorsque le nouveau couple eut disparu.

Mais personne n'avait la moindre réponse à apporter à cette question.

Le lendemain, Kame passa chercher son désormais petit ami avec qui il n'avait fait que se promener la veille au soir, et ils se mirent à marcher sur les bords de la Sumida. Ajustant le masque en tissu qui couvrait la partie inférieure de son regard, l'idole ne semblait pourtant pas très à l'aise et craignait à tout instant d'être reconnu par des passants, aussi n'accordait-il qu'une attention très relative à son compagnon qui, lui, s'enthousiasmait pour la moindre chose. Il lui refusa notamment une croisière en bateau à cause du monde sur l'embarcation et lui fit quitter en catastrophe le restaurant où ils s'étaient installés avant même que Masaki ait pu avaler la moindre bouchée parce que les gens le prenaient en photo.

Un moment plus tard, assis sur un banc, le chanteur prit la parole.

- C'est difficile de sortir avec moi, ne ? Je suis désolé.

- Je sors avec une célébrité, alors je suppose que ce genre de situation est inévitable, répondit Aiba avec un réalisme surprenant. Mais Kame, je me demandais… pourquoi tu m'aimes ?

La question prit par surprise l'idole qui en réalité ne ressentait rien pour son compagnon et ne sortait avec lui que pour le plaisir de faire enrager Keii-chan.

- Et toi ? Pourquoi tu m'aime ? Parce que je suis parfait je suppose.

- Non, ce n'est pas pour ça. J'aime le fait que tu travaille dur pour obtenir ce que tu veux. Je t'ai déjà vu t'entraîner plusieurs fois.

- Quoi ? C'est quoi ça ? Tout le monde le fait. Tu pensais que c'était si simple de devenir idole ?

- Tu veux vraiment vivre une vie bien remplie, sans regretter quoi que ce soit, ne ? En fait, c'est depuis que j'ai compris ça que je te supporte autant. Et aussi… parce que c'est ce qui m'a donné envie de faire pareil : travailler dur pour obtenir ce que je veux, comme toi. Après tout… on ne vit qu'une fois, ne ? Donc on ne doit avoir aucun regret. C'est pour ça que je t'aime.

Loin de s'attendre à ce discours quasi philosophique venant du distrait Aiba, Kame ne sut pas quoi répondre et resta silencieux. Mais au fond de lui, il était content qu'au moins une personne ne s'intéresse pas à lui pour son physique. Ca le changeait agréablement. Décidément, Aiba Masaki n'était pas un garçon comme les autres.

Au retour d'Aiba à la caravane, Keii-chan était seul dehors et, se sentant un peu coupable de l'avoir abandonné alors qu'il était venu pour lui, il s'approcha.

- Désolé, s'excusa-t-il avec sincérité. Désolé d'avoir séché l'entraînement.

- Est-ce que ton rendez-vous était amusant au moins ? demanda Keii-chan sans le regarder.

Mais Masaki ne répondit pas et se contenta de changer de sujet. Qu'aurait-il pu dire de toute façon, puisqu'ils n'avaient fait qu'échapper aux fans du chanteur toute la journée.

- Le temps s'est refroidi on dirait, nota-t-il. Je vais rentrer.

- Es-tu heureux ? questionna soudain son ami dont le cœur de peluche loyale saignait.

- He ?

- Es-tu heureux de sortir avec Kame ?

- Pourquoi tu me demande ça tout d'un coup ? Je rentre maintenant.

Sur ces mots, il s'éloigna sans que Keii-chan fasse mine de le suivre.

Le lendemain matin, les quatre garçons étaient en train de s'occuper comme ils pouvaient, lorsque Masaki quitta enfin la caravane, prêt à sortir. Keii-chan l'interpella alors à propos du spectacle qu'ils devaient aller voir ensemble plus tard dans la journée, mais le portable d'Aiba sonna à cet instant et il l'interrompit pour décrocher. C'était Kame.

- Oh Kame, tu… He ? Tu es pas loin de la caravane ? Oh, d'accord, à tout de suite alors.

Il raccrocha et la panique s'empara de lui. A aucun prix il ne devait comprendre que son petit ami vivait avec quatre garçons, ou il aurait des problèmes.

- Hé les gars, il ne faut pas que vous restiez là ! Partez vite ! Allez !

Il jeta à Keii-chan sa chemise, fit lever Massu, Shige et Tesshi qui prenaient leur petit déjeuner et leur lança leurs chaussures en leur répétant de se dépêcher de partir. Ils avaient à peine tourné derrière la caravane, que Kame s'approchait déjà. Il avait eu chaud.

- Tu faisais quoi ? demanda l'idole qui le savait très bien.

- Oh, je rangeais un peu.

- Tu n'as pas encore mangé ?

- Non, pas encore.

- Alors allons-y.

- Mais je n'ai rien à manger dans la maison, je n'ai pas fais les courses, fit Masaki, un peu gêné.

- Ne t'en fais pas, j'ai tout prévu.

Sur ces mots, il tapa dans ses mains et, à la stupeur d'Aiba, trois personnes vêtues de smokings firent leur apparition, tenant de quoi dresser une table pour deux.

- Comme hier tu n'as pas pu manger à cause de moi, je me suis dis que je devais réparer les choses alors…

Tout en parlant, il souleva une cloche et découvrit un plat qui semblait délicieux.

- Ensuite on ira se promener tranquillement.

Tous deux se mirent alors à manger de bon cœur, en souriant et en riant.

Pendant ce temps, les quatre chevaliers étaient allés s'allonger dans l'herbe un peu plus loin, mais Tesshi ne décolérait pas. Il n'avait pas du tout apprécié de se faire éjecter par Masaki au seul bénéfice de Kame.

- Il n'y a pas si longtemps, il disait qu'il était heureux de nous avoir près de lui, dit le blondinet d'un ton amer. Comment il a pu nous virer comme ça ?

- Bah visiblement, il aime Kame plus que nous, regretta Massu.

- Oi, dites pas ça comme ça, bande de sans cœur, les réprimanda alors Shige à mi voix. Vous savez bien que Keii-chan est amoureux de lui…

Le concerné se leva alors et s'éloigna sans dire un mot.

- Regardez-le, est ce qu'il n'a pas l'air seul, triste et désespéré ? Vous ne vous sentez pas désolés pour lui ?

- Alors c'est ça qu'on ressent quand quelqu'un fait attention à vous… fit Masaki. Pour être honnête, Kame, c'est la première fois que quelqu'un fait quelque chose de ce genre pour moi. Merci.

- Pour moi aussi. En fait, tu es le premier à me dire que j'ai travaillé dur afin de vivre une vie bien remplie. La majeure partie des gens ont l'air de croire que tout m'es venu d'un claquement de doigts. Merci de reconnaitre que ce n'est pas le cas.

Le repas terminé, Masaki l'invita à entrer dans la caravane et le chanteur en profita pour tout observer. Son regard tomba alors sur un album de KAT-TUN, posé sur un socle comme s'il s'agissait d'un tableau.

- Oh, c'est une édition limitée ! s'exclama-t-il joyeusement. Donc tu m'aimes vraiment, ne.

Il avisa alors un livre dont le titre lui disait quelque chose et le sortit pour le feuilleter. Des papiers en tombèrent alors, que Masaki se précipita pour ramasser. Il s'agissait de tableaux d'exercices de danse rédigés par Keii-chan. Quelque chose traversa alors son esprit et il se précipita sur son sac à dos pour renverser tout son contenu sur le sol et, la panique le submergeant, se mettre à fouiller fébrilement dans ses affaires sous le regard stupéfait de l'idole.

- QU'est ce que tu fais ? Qu'est ce qui se passe ?

Mais Aiba ne répondit pas. Il venait de retrouver la place de spectacle offerte par Keii-chan. Spectacle qui se déroulait aujourd'hui et dont il devait déjà avoir manqué la moitié.

- Je suis désolé, Kame. J'avais oublié que j'avais un rendez-vous important, dit-il au chanteur, avant de se précipiter hors de la caravane.

Il se mit alors à courir de toutes ses forces en direction de la salle de spectacle, en priant de tout son cœur pour que son ami soit encore là. Tandis qu'il courait, des images de toutes les attentions que Keii-chan avait toujours eu pour lui lui revenaient en tête et il se traita mentalement d'imbécile.

A son arrivée sur place, le concert venait hélas de finir et les spectateurs quittaient la salle. Il n'y avait aucune trace de son ami, rien qui aurait pu laisser penser qu'il était même venu. Désespéré, il venait de s'asseoir sur les marches sans savoir quoi faire, quand une voix familière se fit entendre derrière lui.

- Hé mais je te reconnais, tu es monsieur-dix-mille-yens ! Qu'est ce que tu fais là ? C'est quoi cette tête que tu fais ? Il s'est passé quelque chose ? demanda Yamapi en s'asseyant près de lui.

- Je… J'étais supposé retrouver quelqu'un à ton concert… Mais je suis arrivé trop tard…

- Le concert vient juste de finir. Il ne doit pas être loin tu sais. Bon j'ai une idée, reste ici et attends.

Le danseur se releva et s'éclaircit la gorge pour crier afin d'attirer l'attention de tous les passants. Les fans qui n'avaient pas encore quitté le périmètre se regroupèrent autour de lui et il reprit :

- Mon ami ici présent est à la recherche d'une personne, dit-il à la cantonade avant de s'adresser à Masaki : Quel est le nom de ton ami ?

- Keii-chan, répondit Aiba en se relevant.

- Son nom est Keii-chan ! reprit le danseur à l'intention de la foule avant de demander de nouveau à son cadet : A quoi il ressemble ?

- Il est assez grand… Ses yeux sont très en amande mais c'est ce qui fait son charme… Il a l'air froid avec les autres, mais en réalité, il est très attentif et attentionné… Il prend soin de moi plus que n'importe qui sur terre… Mais… je n'ai pas compris ses intentions, balbutia Masaki qui, submergé par l'émotion, s'était mis à pleurer.

Il ferma les yeux un instant pour essayer de se contenir, ce qui fit qu'il ne vit pas que le destinataire de ces compliments avait fendu la foule pour monter le rejoindre. Lorsqu'il les rouvrit et le vit devant lui, il poursuivit :

- Il est tellement important pour moi… Tellement… Je suis vraiment un crétin de ne pas avoir compris avant…

Arrivé tout près de lui, Keii-chan sourit et effaça du pouce les larmes qui coulaient encore sur les joues de Masaki.

- Je suis vraiment en retard, ne ? fit celui-ci.

- Le principal, c'est que tu sois venu, répondit doucement Keii-chan sans cesser de lui sourire.

Mais soudain, le chevalier vit Masaki tourner de l'œil et son maître s'effondra dans ses bras, sans connaissance.