Pour les dates de naissance que vous lirez, j'utilise les dates de naissance des acteurs incarnant un membre de la famille Holmes car je n'ai trouvé aucune information sur les parents de Holmes dans les romans de Conan Doyle. Juste pour vous prévenir.

Bonne lecture !


- Mike ? Appela John à travers le combiné de son téléphone portable, est-ce que tu es libre ?

- Maintenant ? S'exclama Stamford, pris de court par cette question précipitée, je viens à peine de terminer un cours sur les neurones ! Que se passe-t-il ?

- J'ai absolument besoin de toi. Vois-tu, je compte me rendre à Alnwick pour jeter un coup d'œil aux registres de naissance et à quelques coupures de journaux, mais cela prendra trop de temps si je le fais tout seul.

Le professeur soupira bruyamment à l'annonce de cette mission, devinant immédiatement la raison. John s'entêtait encore avec cette histoire concernant la famille Holmes, et cela l'agaçait profondément.

- Tu te fiches de moi ? S'indigna-t-il, je t'avais pourtant dit de ne plus fouiller la vie privée de ces gens-là.

- Je dois savoir ce qu'il s'est passé, Mike. Expliqua le médecin, impatient, ça me démange, tu comprends ? Je n'aime pas que l'on me cache des choses. Je veux aider ces garçons.

- Ce ne sont pas tes copains, John. Ce n'est pas parce que tu les as vus une fois que tu peux les considérer comme faisant partie de ton cercle d'amis. Tu es beaucoup trop naïf et ça commence à m'énerver.

- S'il te plaît, nos recherches pourraient être très utiles ! Je ne peux pas le faire tout seul.

- Il est hors de question que je vienne avec toi. Si mes collègues se rendent compte de mon absence, ils se poseront des questions. Je suis vraiment navré, mon ami, mais tu devras te débrouiller sans moi.

Il raccrocha rapidement, ne laissant pas le temps à l'ancien militaire de riposter. Celui-ci ne baissa pas les bras pour autant et composa le numéro d'Elena, qui n'était pas disponible. Frustré, il dut se rabattre sur un vieil ami de lycée, avec qui il n'avait pas eu de contact depuis deux ans.

- Oh c'est toi, John ! S'écria l'homme à l'autre bout du fil, ça fait longtemps que tu ne m'avais pas donné de nouvelles ! Comment vas-tu ?

- Pas mal, Ian, pas mal... Répondit le concerné, dis-moi, est-ce que tu es libre ? J'aurais besoin de toi pour fouiller des archives à Alnwick.

- Désolé, je dois garder les enfants de ma soeur toute la journée. Tu veux te rendre à Alnwick ? Mais c'est à plus de six heures de Londres, tu ne tiendras jamais ! Et pourquoi faire ?

- Pour en savoir plus sur mes origines.

Ce mensonge le fit grincer des dents. Il s'en voulait de donner une fausse raison à Ian, mais il n'avait pas l'intention d'attirer sa curiosité sur la famille Holmes, il avait fait assez de dégâts comme ça.

- Je ne suis vraiment pas rassuré que tu veuilles te lancer sur les routes comme ça. Avoua l'ami, je te conseillerai plutôt d'aller sur internet pour commencer, tu peux consulter gratuitement certaines archives selon les villes. Comme ça, tu auras une petite base pour continuer tes recherches.

- Vraiment ? Tu as raison, je vais essayer. Acquiesca John, merci beaucoup et désolé de t'avoir dérangé.

- Ce n'est rien, je suis content de t'avoir eu au téléphone. Peut-être que tu découvriras que tu descends d'un très grand général anglais ou d'un roi français ! Bonne chance !

- Ha ha, oui...

L'appel fut coupé au plus grand bonheur du docteur Watson, qui lâcha son téléphone sur son bureau, culpabilisant énormément sur cette affabulation envers Ian. Il savait qu'il n'était pas bon de mentir, mais il devait protéger les frères Holmes de l'intérêt morbide que pouvaient ressentir les habitants de Londres envers eux. Plus question d'en parler autour de lui, plus question de faire des erreurs qui lui coûteraient cher. Il s'empressa d'allumer son ordinateur et de se rendre sur le site des Archives Nationales. A partir de là, il cliqua sur un des index disponibles et se perdit sur des dizaines de pages comportant des registres de naissances, mariages et décès remontant vers 1930 environ, sans trouver quoi que ce soit d'intéressant. Certaines archives n'étaient pas accessibles pour le grand public, car elles comportaient sûrement des éléments confidentiels. Les registres d'Alnwick disponibles sur le site n'avaient aucune mention du nom de famille Holmes, ceux de Scalby non plus. John commença à se décourager quand il s'aperçut que ceux du village de Denwick n'indiquaient aussi aucun Holmes. Ses recherches n'avaient abouti à rien. Aucune piste, aucun indice.

Il attrapa son téléphone et appela de nouveau Ian, désespéré.

- Heureusement que les petits jouent tranquillement dans leurs chambres. Murmura l'ami, tu as trouvé quelque chose ?

- J'ai consulté les archives disponibles en ligne et je n'ai rien trouvé en ce qui concerne ma généalogie. Mentit encore le médecin.

- C'est vraiment dommage... Dans ce cas, tu devrais venir à leur enseigne, tu trouveras plus d'informations. A la base, il y avait le Family Records Centre qui s'occupait des actes de naissances, mariages et décès, mais il a fermé en 2008 pour être relocalisé aux Archives Nationales.

- Ah oui, je m'en souviens maintenant ! Je vais m'y rendre de ce pas.

- L'agence se trouve près de la Tamise, proche du Kew Railway Bridge. Je pense que tu sais où c'est.

- Oui, tout-à-fait. Merci infiniment, Ian, tu me sauves la vie.

- Mais de rien, enfin...

Après avoir raccroché, il se prépara à toute vitesse, enfila un blouson trop court, sauta dans de vieilles baskets, sortit de l'appartement en courant et se précipita dehors pour plonger dans sa voiture, direction les Archives Nationales. Il était tellement excité que ses mains tremblantes avaient du mal à tenir correctement le volant, lui causant quelques courtes disputes avec d'autres conducteurs sur le chemin. La radio diffusait du country à volume très élevé, déclenchant une vague d'étonnement chez les passants qui osaient traverser devant lui.


Arrivé devant les Archives Nationales, John se gara tranquillement et sortit du véhicule, motivé pour amplifier ses recherches, mais également angoissé à la simple pensée de ne rien trouver. Après avoir fermé la porte de sa voiture, son téléphone vibra dans la poche de son jean, indiquant un nouveau message reçu. L'ancien militaire se dépêcha de le saisir et de le déverrouiller. Sa respiration se coupa lorsqu'il s'aperçut que l'auteur de ces cinq SMS n'était autre qu'Elena. Il les consulta rapidement.

Ne va pas aux Archives Nationales.

E.

Je t'en supplie, n'y va pas.

E.

C'est inutile. Tu n'y trouveras rien. Ni ici, ni ailleurs.

E.

John.

E.

John... Pourquoi tu ne m'écoutes pas ?

E.

Dans un mouvement de panique, le docteur Watson coupa immédiatement la localisation et le réseau mobile, sentant son corps être oppressé par une force invisible et envahissante. Depuis quand l'espionnait-elle ? Quelles en étaient ses raisons ? La paranoïa absorbant petit à petit sa capacité à raisonner correctement, il pénétra à l'intérieur du bâtiment, non sans avoir vérifié deux ou trois fois que personne ne le suivait. A l'intérieur de l'agence, tout était calme. Le seul bruit que l'on pouvait entendre était celui des pages tournées avec délicatesse et la pointe d'un crayon grattant nerveusement une feuille toute neuve. John s'avança timidement vers l'accueil et s'adressa à l'une des jeunes femmes qui se tenaient derrière le comptoir.

- Excusez-moi, c'est la première fois que je viens ici... Pourriez-vous m'indiquer les registres datant des années 30 environ ? Chuchota-t-il pour ne pas déranger les autres personnes aux alentours.

- Aucun problème, monsieur. Répondit l'hôtesse sur le même ton, c'est à droite.

Le médecin la remercia d'un signe de tête et marcha d'un pas léger dans la direction indiquée. Devant ses yeux, des archives à perte de vue, des dates peintes sur des petites plaquettes en bois collées sur chaque rangée, des employés se tuant à la tâche pour classer chaque volume, des curieux et curieuses guettant un nom de famille particulier parmi quatre ou cinq livres épais tout en buvant un café. Après avoir repéré la date qu'il cherchait, John s'empara de deux registres des naissances entre 1930 et 1940 avant de s'installer à une grande table, face à un homme d'âge mur. L'ancien militaire se plongea dans le premier volume, attentif à la moindre mention d'un Holmes. Tournant des centaines de pages sans rien trouver pendant de longues minutes, il eut la joie de tomber sur un certain Henry Holmes, né le 4 octobre 1939 dans le village de Scalby, ainsi qu'un certain Rudolph, né deux ans plus tard. Il nota cette première information dans sa tête avant de continuer son repérage.

Quelques heures plus tard, John put enfin dessiner mentalement un petit schéma. Henry Holmes, né en 1939 à Scalby, a un frère nommé Rudolph, qui est son cadet. L'aîné rencontra une certaine Grace Thomas avec qui il se maria en avril 1979 à Denwick. Le docteur Watson ne put en faire plus car il n'avait trouvé aucune information sur Mycroft, Sherlock et leur sœur. Aucun acte de naissance ne les mentionnait. Frustré, il rangea les volumes à leur place et se rendit à l'accueil.

- C'est encore moi. Murmura-t-il à un assez vieil homme derrière le comptoir, je ne trouve rien sur les enfants de quelqu'un. Pouvez-vous m'aider, s'il vous plaît ?

- Je ferai tout mon possible, monsieur. Répondit l'employé, donnez-moi le nom de cette personne.

- Holmes. Henry Holmes.

Soudain, le vieil homme pâlit brusquement, comme s'il avait vu un fantôme passer derrière le médecin. Il se mit à légèrement trembler, ne sachant pas comment contrôler son anxiété soudaine.

- N- Non, monsieur... Balbutia-t-il.

- Je vous demande pardon ? Questionna John, inquiet.

- Navré monsieur, mais nous ne pouvons vous donner accès à ces informations confidentielles. Intervint un de ses collègues, faites-vous partie de cette famille ?

- Non...

- Raison de plus pour ne pas vous les donner. Veuillez sortir, je vous prie, vous en avez assez vu comme ça.

Ne souhaitant pas causer plus de problèmes, l'ancien militaire se contenta de quitter l'agence et grommeler des mots incompréhensibles. Décidément, le gouvernement britannique avait quelque chose à cacher à propos des Holmes. Dans ce cas, il lui restait plus que trois choses à faire : rentrer par effraction dans l'agence une fois la nuit tombée, trouver les archives privées et fouiller dedans. Il ne voyait pas d'autre solution, il n'avait pas la force de se rendre à Denwick pour y interroger quelques habitants qui ne sauraient peut-être rien de cette famille. A contrecœur, il ouvrit la porte de sa voiture et s'installa lourdement sur le siège conducteur. Au même moment, l'arrivée d'un nouveau message sur son smartphone le fit sursauter. Quand il lut le contenu du SMS, l'envie pressante de jeter son téléphone sur le goudron et de l'écraser avec le talon de sa chaussure se fit sentir en lui.

Je t'avais dit de ne pas y aller.

E.