Chapitre 10 : Éclat roux et sanglant.


Un groupe d'une demi douzaine d'étudiants se trouvaient en plein milieu du stade. Tous étaient assis à même le sol, ce qui eut le don d'énerver le Serpentard.

« C'est un stade de Quidditch ici, pas un parc, il y a bien assez d'endroits où s'asseoir. » pensa-t-il.

L'un des membres du groupe le remarqua et le pointa soudainement du doigt. Les autres regardèrent dans la direction et il y eut quelques rires goguenards. Sirius se crispa sur son balais lorsqu'ils reconnu des membres du groupe.

- Tiens, voilà un chien égaré, se contenta de dire Teddy.

- Il vient peut-être demander un bout de pain ! railla un autre à sa droite.

Les deux rigolèrent. Le Serpentard sentait de nouveau poindre la colère en lui. Il se posa néanmoins prestement et en douceur au sol, sur l'herbe encore sèche de l'été. Il se redressa aussi calme qu'il pu.

- Pourriez-vous bouger vos fesses de ce qui est un stade plutôt qu'un parc à touristes ?

Teddy répliqua en se levant d'un bond. Il regarda faussement de chaque coté et dans ses mains.

- Je ne vois pas de réservation à ton nom, le clebs. Premier arrivés, premiers servis. Ce n'est pas à toi qu'on va apprendre ça ?

La main de Sirius trembla, son balais aussi. Il préférait éviter les ennuis avec trois préfets autour de lui, mais ils étaient vraiment trop insupportables à son goût. Ses yeux lançaient des éclats noirs à chaque membres du groupe. « Vous êtes sur un terrain de Quidditch... » recommença-t-il d'une voix étouffée. Mais ce qu'il allait dire se perdit dans sa lutte du regard avec le fils du loup-garou. Chacun essayait comme de se tuer du regard, et c'était une lutte où le premier qui détournerait les yeux aurait perdu ce défi silencieux qui s'était installé entre eux. Ce jeu de fierté dura pas loin de trois bonnes minutes avant qu'enfin, il ne soit rompu.

- Il a raison. Nous devrions aller dans le parc.

Par réflexe Sirius détourna les yeux vers la personne qui venait de prononcer ces mots. Aelys avait rassemblé ses affaires, suivit par une autre jeune Gryffondor aux cheveux roux plus foncés et agressifs. Il se mordit la joue de dépit. Il venait de perdre son défi contre Teddy, et se faisait de toutes évidences de nouveau arrêter par une Gryffondor. Sa fierté en prenait un coup.

Teddy fit un rictus victorieux, et d'un signe de tête goguenard, suivit les filles avec ses amis. Le stade était de nouveau vide et silencieux autour de Sirius. Celui-ci jeta son balais avec force au sol. Puis il s'assit avec lassitude, et démotivation. Il s'allongea un moment les bras derrière la tête pour se calmer. Puis ses oreilles entendirent des bruits de pas venant vers lui. Priant pour que ça ne soit pas Teddy qui revenait, Sirius ne se releva même pas lorsqu'il senti les arrivants près de lui. Il n'avait aucune envie de donner cette joie à ce petit lycanthrope. Mais il se trompait.

- Et bien alors Sirius ? Tu ne nous a pas entendu arriver ou tu piquais un somme ?

Reconnaissant le timbre de cette voix si familière, Sirius se redressa avec un de ses sourires de loup.

- Tu pourrais trouver mieux comme endroit pour dormir, continua Khamul sur son ton habituel de plaisanterie caché par sa fausse déception quand il s'agissait de son meilleur ami. Ne serais-ce que les bras d'une belle demoiselle...

- Surtout qu'apparemment elles ne se font pas prier à ce qu'il parait, ajouta Tom qui était venu avec lui, le bras chargé d'un Souafle.

Sirius leur donna une petite bourrade affective, sa bonne humeur revenue. Avec des rires, les deux Serpentard lancèrent le défi d'un match à leur capitaine afin de « reprendre en douceur ». Sirius récupéra son allié qu'il avait mis à terre inexplicablement plus tôt, et s'élança de nouveau à la conquête du ciel avec ses amis. Le jeu dura une heure, quand enfin, fatigués, les joueurs se posèrent sur la terre ferme. Tom avait gagné la partie en marquant le plus de buts, étant le plus adroit. Ce qui satisfaisait Sirius car il comptait postuler dans l'équipe en tant qu'attrapeur. Il avait déjà joué avec lui les précédentes années, et il avait toujours eu un résultat plus que satisfaisant.

- En revanche capitaine, il faudra t'améliorer, parce que là tu n'avais pas vraiment le niveau que tu avais au dernier match, commenta Tom. Et tu te souviens que nous avons perdus contre Serdaigle et que se sont eux qui ont eu la coupe ?

- Oui, oui je m'en souviens, répondit Sirius se remémorant le match. Mais nous avions une stratégie qui n'était pas au point contre cette équipe. Quand à celle de Serdaigle, elle était surtout constituée d'un bon capitaine et de pas mal de joueur de septième année. Nous verrons donc de nouvelles recrues, mais je doute qu'elles vaudront les précédentes.

Ce match avait donné un score de deuxième au Serpentard à cause de leur défaite contre les aigles. « Leur équipe d'or », pensait Sirius. Mais les joueurs étaient partis, maintenant. Et il estimait pouvoir avoir la meilleure équipe de Poudlard cette année, et avec de la chance, l'an prochain aussi. Il ne lui restait qu'a parfaire les stratégies.

Portant leurs balais, et le souafle pour Tom, ils se dirigèrent vers leur salle commune. En passant près de l'entrée du château, Sirius avisa du coin de l'œil des cheveux roux. Il tourna son regard vers eux, machinalement. Se sentant observée, la fille rousse tourna la tête et ses yeux rencontrèrent ceux du Serpentard. C'était Aelys, comme le supposait Sirius. Celle-ci haussa légèrement un sourcil comme pour demander silencieusement ce qu'il avait, et Sirius se détourna d'elle, avec un sentiment amer dans la bouche. Il ne vit pas qu'elle fixait le haut de sa robe déchirée.

Le soir, rassemblés devant la cheminée de leur salle commune, les Serpentard de sixième année tentaient tant bien que mal, de finir leurs devoirs. Une jeune étudiante plutôt douée en runes, donnait de l'aide à ses compagnons ; comme il était habituel dans leur fratrie. A chaque mouvement de sa tête, ses cheveux bruns légèrement bouclés caressaient son visage, et ses boucles d'oreilles, représentant de grands serpents qui ondulaient, bougeaient en rythme. Soudain en esquissant un beau sourire, elle se tourna vers Sirius pour lui demander son aide en métamorphose. Elle perdit son expression mielleuse, qui se transforma en une expression interrogative. Khamul suivit son regard, et découvrit Sirius endormi sur le canapé, la tête posé sur le coté, un livre, avec un parchemin par dessus, sur ses genoux. Il tenait encore sa plume comme s'il était sur le point d'écrire. Son meilleur ami esquissa un sourire d'excuse.

- Excuse le, il est assez fatigué : ces derniers temps ont été plutôt plein d'émotions pour lui.

La jeune fille sourit à Khamul et, avec une moue contrariée, se détourna de Sirius. Ce dernier ne se réveilla pas avant qu'Elwin ne se lève pour aller faire son tour de garde en tant que préfet. Sirius râla de s'être endormi comme tel, devant les rires de Khamul. Sans plus de cérémonie, il ferma son livre avec le parchemin encore dedans, le rangea dans son sac, et monta en direction de son dortoir. La jeune fille aux boucles d'oreilles de serpent lui sourit et lui souhaita bonne nuit. Sirius ne répondit pas et monta les marches rapidement. Il s'aspergea d'eau dans la salle de bain et s'allongea sur son lit. Ce n'est que là qu'il vit que le lit du cinquième occupant de leur dortoir était déjà occupé, les rideaux tirés. Sans se poser plus de question, Sirius se lança dans les bras de Morphée.

Le lendemain, il eut encore une fois beaucoup de mal à se lever, il avait encore passé une nuit grise comme il les appelait. Des nuits agités, sans rêves, et qui ne reposent pas. Il avait tellement l'impression d'être fait en plomb ce matin là, que même Khamul était déjà prêt avant qu'il ne soit encore habillé. Cela l'interpella.

- Tu vas bien Sirius ?

- Je ne sais pas, je me sens encore bizarre...

- Tu as passé une de tes nuits grises ?

- Ouais... ça dure depuis un moment pourtant. Je devrais peut-être aller en parler à l'infirmerie.

Khamul approuva. Et Sirius se dépêcha de se lever et de se préparer pour aller prendre leur petit déjeuné. Comme à son habitude, la grande salle était pleine de bruit. Sirius eut du mal à tout supporter et plaqua ses mains sur ses oreilles, pour l'étouffer. Il vit alors passer un éclat de chevelure rousse devant lui. Mais la teinte de la jeune Gryffondor qu'il avait vue ne s'éloigna pas de sa vision. Son rouge piquant irradiait ses yeux. Et cela s'étendit au reste de son corps. Ce n'est que là que Sirius se rendit compte que la jeune fille était pourtant déjà partie, et que c'est son cerveau qui lui envoyait un signal de détresse. Il senti à ce moment là une sensation chaude et humide sur le haut de sa robe de sorcier ; et cela s'étendait de plus en plus. Intrigué, il baissa la tête pour voir d'où cette sensation provenait. Il vit alors du sang qui coulait sur sa tenue. Son sang. Machinalement, Sirius porta la main vers son nez, et elle fut inondée de liquide rouge et visqueux. Avant d'avoir pu faire quoi que ce soit d'autre, le son explosa à son oreille libérée. Le Serpentard senti une sensation de vertige, comme s'il tombait. Couplée d'une chaleur insupportable.

Et Sirius partit en arrière.

Il s'évanouit avant de toucher le sol.

Tout devenant noir et silencieux. Vide.

Il n'entendit pas les appels et cris affolés de Khamul et de la Serpentard aux boucles de serpent, qui résonnèrent dans la grande salle.