Serena
Cela fait trois jours que June n'est pas sortie de sa chambre. Trois jours que Rita lui apporte ses repas et surtout, trois jours qu'elle refuse de me voir. Comment la blâmer après ce que je viens de lui faire subir. Je n'aurais pas dû l'écouter, je savais qu'il ne fallait pas que je laisse faire Fred, j'aurais dû l'en empêcher. Elle est tellement forte que je l'ai crue quand elle m'a dit qu'elle pouvait le faire, qu'elle en était capable. Comment ai-je pu être aussi naïve, aucune femme n'est capable de subir cela sans être affectée.
Il faut absolument que je trouve un moyen pour qu'elle accepte de me voir et de me parler, je ne peux pas la laisser comme ça. Je monte les marches qui mènent à sa chambre lentement, prends une grande inspiration et frappe délicatement à sa porte.
- Va-t'en Serena !
- Comment tu sais que c'est moi ?
Elle ne répond pas et je l'entends pleurer derrière la porte. S'en est trop, je ne supporte plus de ne pas pouvoir être près d'elle et de ne pas pouvoir la soutenir.
- Je vais entrer June…
Elle se recroqueville sur son lit et j'ai l'impression de voir un animal blessé qui est effrayé par tout ce qui l'entoure. Mon cœur se serre à cette vue et je me précipite vers elle pour la prendre dans mes bras. Elle ne résiste que peu de temps et vient poser sa tête sur mes genoux.
- Je suis tellement désolée… il paiera pour ça, je te promets.
Son silence me laisse perplexe et j'ignore quel comportement adopter pour qu'elle réalise à quel point je suis sincère. Je sais qu'elle ne pourra jamais me pardonner, et je ne m'y attends pas, je ne mérite pas son pardon. Je caresse doucement sa joue et je la sens se détendre petit à petit pour finalement s'assoupir. Elle n'a jamais été aussi belle qu'en ce moment, endormie sur mes genoux, et je dois me faire violence pour ne pas venir poser mes lèvres sur son front. J'évite de bouger pour ne pas la réveiller même quand une crampe dans mon mollet fait son apparition. Je veux la garder le plus longtemps possible contre moi.
Elle se réveille presque deux heures plus tard et se blottit encore un peu plus contre moi, faisant battre mon cœur encore plus vite.
- Hey… je murmure en caressant ses cheveux désordonnés.
- Hey… me répond-elle simplement en levant les yeux vers moi.
- Fred va bientôt rentrer, il vaudrait mieux qu'il me trouve dans la maison, je devrais redescendre.
- D'accord…
Elle caresse mon poignet de son pouce et se relève doucement pour me laisser partir. Son regard s'arrête sur une ecchymose qu'elle remarque un peu plus haut sur mon avant-bras.
- Qu'est-ce que c'est que ça ? me demande-t 'elle précipitamment.
- C'est rien… j'ai percuté une porte, rien de grave.
- Qu'est-ce qu'il t'a fait Serena ?
Je ferme les yeux pour éviter le regard troublant de June et essaie de trouver une histoire plausible qui m'éviterait de lui révéler la vérité. Elle n'a pas besoin de savoir, elle ne doit pas savoir. Ce que Fred m'a fait subir n'est rien en comparaison de ce qu'elle a dû endurer, ce n'est qu'une maigre compensation pour ma trahison.
- Rien June… Je t'assure.
- Ne me mens pas ! Comment peux-tu faire ça ! Tu me dis que tu as des sentiments pour moi et à la première occasion tu me mens ! Comment veux-tu que je te croie ? Comment veux-tu que je te fasse confiance ?
- June…
Elle n'a pas tort. Je n'ai tellement plus l'habitude d'être honnête et d'être réellement moi que je ne sais plus comment me comporter normalement. Mais comment lui raconter que j'ai laissé mon mari m'attacher sur notre lit, que je l'ai laissé me fouetter pour expier mes pêchés, que je l'ai laissé me déshonorer pour satisfaire son ego de mâle trompé et trahi. Comment lui dire tout cela sans qu'elle ne me juge d'être aussi faible. La vérité, c'est que je préfère mille fois qu'il s'en prenne à moi plutôt qu'à elle. Je peux tout endurer tant que je sais que June est épargnée par les violences de mon mari.
Je n'arrive pas à lui dire, les mots ne sortent pas, je déboutonne ma robe et commence à me dévêtir pour lui montrer les stigmates de la punition infligée par Fred.
Ses magnifiques yeux se remplissent de larmes et ses mains se posent délicatement sur mon corps meurtri. Elle caresse du bout des doigts chaque cicatrice, chaque blessure, et je sens mon ventre s'embraser et brûler de désir pour la blonde qui n'a pas conscience de ce que ces mains sur moi peuvent provoquer. J'attrape ses poignets pour me soustraire à cette douce torture et tente de me dégager du lit doucement.
- June arrête…
- Pardon… je suis désolée, je ne voulais pas te contrarier
- Me contrarier ?
Je laisse éclater un rire franc qui surprend la blonde.
- Tu es belle quand tu ris… se contente de dire June en me souriant
June
C'est vrai qu'elle est belle. Je l'ai remarqué le premier jour où je l'ai vue, mais sa beauté était jusqu'à présent gâchée par cet air dur et impassible qu'elle se donnait. Mais entendre son rire cristallin ravive cette beauté naturelle qui se dégage d'elle. A ce moment précis, je comprends tout ce que Moira pouvait me dire sur la beauté des femmes et sur l'attraction qu'elle pouvait avoir pour elles, car si je suis complètement honnête avec moi-même, en cet instant, je meurs d'envie de poser mes lèvres sur celles de Serena, et pas uniquement ses lèvres.
J'attrape sa main et l'attire doucement contre moi. Son regard mélangé de désir et d'incompréhension se pose sur moi et me donne le courage de continuer. Je me saisis de sa nuque et approche son visage du mien lentement jusqu'à sentir la douceur de ses lèvres sur les miennes. Rapidement mes mains trouvent le chemin de son corps que je parcours comme si je le connaissais déjà et les gémissements de Serena m'encouragent dans ma découverte de l'offrande qu'elle me fait.
Sa poitrine généreuse se dresse lorsque mes doigts l'effleure et son souffle devient de plus en plus éradique.
- June stop… arrête… on ne peut pas ! Il ne faut pas !
- Pourquoi… je croyais que tu en avais envie…
- Bien-sûr que j'en ai envie, tu n'imagines même pas à quel point, mais il ne faut pas.
- Laisse-toi aller Serena…
- La dernière fois que je me suis laissée allée, Fred t'a violée et m'a battue ! Alors non, je ne peux pas me laisser aller ! C'est hors de question.
Ses mains entourent mon visage pendant qu'elle pose délicatement son front contre le mien dans une communion parfaite.
- Je ne peux pas prendre le risque qu'il te fasse encore du mal, je n'y survivrai pas.
- Il ne nous dénoncera pas, il a bien trop peur de ce que les gens pourraient dire. Il est bien trop fier pour dire que sa femme et sa servante ont eu une liaison. Tu n'as rien à craindre Serena.
- Ce n'est pas de ça dont j'ai peur. Il pourrait te tuer June, il en est capable.
- Pas si je le tue en premier !
Serena se recule violemment et commence à s'agiter dans tous les sens en remettant ses vêtements. Elle est en colère et j'ignore si sa colère est dirigée contre moi, contre son mari ou contre elle-même.
- Tu es complètement folle ! Arrête de dire ce genre de choses ! Tu ne te rends pas compte des conséquences. Je ferai quoi moi après ? Est-ce que tu imagines une seule seconde ce que serait ma vie si tu tuais Fred ? Tu serais arrêtée et exécutée ! Voilà ce qui se passerait ! Tu ne comprends pas que je t'aime ? Je ne peux pas te laisser faire ça ! Tu ne peux pas mourir June ! Je te l'interdis !
- Ça fait deux fois que tu me dis que tu m'aimes Serena… mais je crois que ce que tu aimes en fait c'est l'idée de m'avoir pour toi toute seule. Et non moi. Tu aimes l'idée de moi, ça donne un sens à ta vie merdique de te dire que tu pourrais faire quelque chose de bien pour une fois, mais c'est pas moi que tu aimes !
- Alors c'était quoi tout ça ? Tu étais prête à coucher avec moi pour quelle raison ? Tu as pitié de moi c'est ça ? Tu t'es dit que c'était un lot de consolation ? C'était quoi June ?
- Honnêtement ? Je ne sais pas ce qui m'a pris, mais sois sûre que cela ne se reproduira jamais !
Serena quitte ma chambre comme une furie en claquant la porte derrière elle. Cela faisait longtemps que je ne l'avais pas vue aussi en colère contre moi et je dois reconnaître que je ne suis pas très fière de mon comportement. Je regrette immédiatement mes paroles et tente de la rattraper dans le couloir mais elle est déjà loin.
Rita m'apporte mon repas ce soir-là et je peux voir dans son regard que quelque chose la contrarie.
- Je ne sais pas ce que tu lui as fait, mais elle est pire que d'habitude…
- Je suis désolée si elle s'en est prise à toi.
- Ne t'inquiète pour ça, j'ai l'habitude.
Je sens bien qu'elle veut me dire autre chose mais qu'elle n'ose pas. Elle doit probablement avoir une opinion sur ce qu'il se passe entre Serena et moi, quoi que ce soit d'ailleurs, car on ne peut pas vraiment dire que je sache moi-même ce qu'il se passe.
- Tu peux me parler tu sais, je ne vais pas me vexer…
- Tu joues avec le feu. C'est dangereux.
- Je sais…
- Alors pourquoi ? Tu veux te venger d'elle c'est ça ?
Si seulement j'avais la réponse à cette question… Je ne sais pas pourquoi Rita, je n'en ai aucune idée. Est-ce que tu peux lui faire passer un message ?
- Ne me mêle pas à ça s'il te plaît…
- Juste un message… dis-lui que je suis désolée et que je ne pensais pas ce que j'ai dit.
- Je vais voir ce que je peux faire mais je ne te promets rien.
Je suppose que Rita a réussi à parler à Serena. Elle entre le lendemain matin dans ma chambre, incapable de me regarder dans les yeux. Elle s'assoit sur le rebord du lit comme elle l'a si souvent fait et joue avec ses mains nerveusement.
- J'ai une surprise pour toi… je pense que ça va te plaire… Je ne peux pas faire plus pour te convaincre que je suis sincère quand je te dis que je t'aime.
Nous prenons place dans la voiture, et Serena pose sa main sur la mienne en s'adressant à Nick.
Nous devons être de retour dans trois heures, avant que Fred ne remarque notre absence.
Nick hoche la tête et me lance un regard d'incompréhension. Je suis dans le même état d'esprit que lui, j'ignore complètement ce que Serena a prévu. Je regarde le paysage enneigé défilé sans avoir aucune idée de la destination. Serena et moi restons silencieuses, sa main toujours posée sur la mienne. Nick me dévisage du regard dans le rétroviseur intérieur, essayant de trouver un indice sur mon état d'esprit. Nous nous arrêtons devant une grande maison qui semble déserte si on fait exception de la voiture qui est déjà stationnée dans l'allée.
Serena sort la première du véhicule et vient se placer à mes côtés pour pénétrer dans l'immense demeure, laissant sa main reposer sur mon dos. Nick semble inquiet, de toute évidence, il n'a aucune idée de où nous sommes et pourquoi.
Les draps sur les meubles me confirment que la maison est inhabitée et cela renforce ma crainte. Et si Serena m'avait emmenée ici pour se débarrasser de moi ? Un homme se dirige vers nous et nous demande de le suivre.
- Vous avez dix minutes.
J'entre dans la pièce désignée par l'homme en question et mon cœur s'arrête de battre. Une Martha est assise par terre en train de jouer avec une enfant. Avec mon enfant, Hannah.
Serena s'approche de moi et me murmure à l'oreille :
- Va… elle t'attend.
