Titre en vo : The Green Blade

Auteure : Verityburns (/u/2494960/verityburns)

Traductrice : Falyla

Paring : Sherlock Holmes/John Watson

Rating: T (pas de slash)

État de la fic en vo : complète. 15 chapitres.

Disclaimer : Rien n'est à moi. Sherlock Holmes et ses comparses appartiennent à l'univers de Sir Arthur Conon Doyle. L'intrigue m'a été aimablement prêtée par la merveilleuse auteure qu'est Verityburns. Je ne mets que mes modestes talents de traductrice à votre service pour vous faire découvrir cette histoire.

Sommaire : Un tueur en séries fait les gros titres, une police au désespoir, la prochaine victime déjà choisie, la confiance placée en Sherlock Holmes au plus bas, cette affaire va pousser la loyauté dans ses derniers retranchements…

Bonne lecture.

La lame verte

Chapitre 10/15 Une apparence fugace

- Je l'ai vu !

- Très bien, Mrs…

Lestrade regarda Sally qui était assise sur le canapé, à côté de la blonde en pleurs.

- Kate Peterson, précisa Sally en continuant à offrir des mouchoirs et sa sympathie bien que Kate semblait ne pas remarquer l'un ou l'autre, les larmes ruisselaient de manière incontrôlée sur son visage.

Lestrade tira une des chaises de la table à manger et s'y assit.

- Kate, dit-il d'une voix douce. Vous pouvez me dire ce qui s'est passé ?

Elle prit une inspiration tremblante.

- J'étais… j'étais si inquiète, répondit-elle. Maggie était censée se trouver chez son frère hier alors je ne pouvais pas téléphoner mais je l'ai appelée hier soir et elle n'a pas répondu. J'ai pensé qu'elle était peut-être restée chez son frère mais je n'ai pas bien dormi et je lui ai téléphoné ce matin parce qu'elle devait rentrer chez elle pour se changer mais…

Elle inspira encore une fois et s'agrippa au bras de Sally. Cette dernière lui tapota la main.

- Mais elle n'a pas… n'a pas… Alors j'ai dit à Henry que j'allais au Park en voiture pour un jogging.

Elle baissa vaguement les yeux sur le survêtement qu'elle portait.

- Mais que je serais de retour à temps pour emmener Alice à la garderie.

Les mots parurent s'enregistrer et ses yeux s'écarquillèrent.

- Alice.

Elle commença à se lever.

- Oh, bon sang. Je dois rentrer à la maison.

Elle examina la pièce.

- Quelle heure est-il ?

Lestrade s'était à demi levé et lui avait pris les mains, l'encourageant à se rasseoir en émettant des bruits apaisants. Il croisa le regard de Sally.

- Vous l'avez appelé ?

Elle se renfrogna mais acquiesça.

- Il est en route, il a dit qu'il prenait John en chemin.

Lestrade se demanda brièvement où John avait été qui nécessitait qu'on le prenne au passage à huit heures et quart du matin mais il reporta son attention sur Kate.

- Alors, vous êtes venue ici… reprit-il pour l'enjoindre à poursuivre.

Kate se concentra sur lui une fois de plus tandis que Sally poussait plus énergiquement un mouchoir dans ses mains.

- Je suis venue ici… répéta-t-elle. Oui, je me suis garée tout au bout de la rue parce qu'il n'a y a jamais de places ici puis j'ai marché et je l'ai vu.

Elle cligna des yeux.

- Je l'ai vu mais je n'ai pas réalisé…

Elle secoua la tête.

- J'ai tourné au carrefour et il sortait par le portail de Maggie. J'ai pensé que c'était le portail de Maggie mais ensuite je me suis dit que je devais me tromper parce j'étais encore assez loin. Il est venu dans ma direction… Je l'ai croisé.

Ses pupilles étaient vitreuses et elle semblait gelée.

- Continuez, l'encouragea Sally.

- Je suis arrivée devant la maison, j'ai sonné à la porte mais personne n'a répondu alors j'ai utilisé ma clé. Tout était silencieux… c'était tellement silencieux.

Elle s'interrompit, de nouvelles larmes jaillirent mais elle ne tenta rien pour les essuyer.

- Maggie n'est pas silencieuse, expliqua-t-elle. Elle ne l'est jamais.

Kate se tut encore une fois.

- Mais maintenant, elle l'est.

Son visage se froissa. Lestrade parla avec fermeté.

- Que pouvez-vous me dire sur cet homme ?

Kate se contenta de le dévisager.

- L'homme que vous pensez avoir vu sortir par le portail de Maggie ? Vous pouvez le décrire ?

Il fit un signe de tête à Sally qui sortit son bloc-notes et son stylo.

- Il était grand, répondit Kate en fronçant les sourcils de réflexion. Plus grand que Henry… Oh, mon dieu… Henry…

Elle s'interrompit.

- Kate ! Kate, il faut que vous vous concentriez, lui intima Lestrade en lui prenant les mains encore une fois. Quoi d'autre, à propos de cet homme ?

- Heu… Il était foncé. Ses cheveux, je veux dire, pas sa peau – qui était pâle.

- Alors, c'était un blanc ? Un homme blanc, avec des cheveux sombres…

Kate acquiesça.

- Je n'ai pas pu vraiment voir…

Elle libéra une de ses mains et l'agita vaguement devant son visage, ses yeux avaient perdu leur attention une nouvelle fois.

- Pourquoi n'avez-vous pas vu son visage, Kate ?

Lestrade avait un peu élevé le ton et elle revint à l'instant présent.

- Il avait remonté son écharpe, son menton était caché et il portait des lunettes. Des lunettes noires.

- Des lunettes de soleil ?

Kate ferma ses paupières pour se concentrer.

- Non. Je ne crois pas, ça aurait semblé bizarre parce qu'il ne faisait même pas complètement jour. Je pense que c'était des lunettes ordinaires mais que les verres étaient teintés. Je ne pouvais pas voir ses yeux.

- Quelle heure était-il ? demanda Lestrade mais Kate se contenta de hausser les épaules.

- Elle a appelé à sept heures vingt-cinq, murmura Sally.

Elle se tourna vers Kate, le stylo posé en équilibre sur le bloc-notes.

- Comment était-il habillé ?

Kate secoua la tête.

- Je ne sais pas ! Juste des chaussures et des pantalons ordinaires, je suppose, je n'ai rien remarqué d'étrange à leur propos mais son manteau recouvrait tout, c'était un de ses longs modèles en laine, du genre…

Elle chercha le mot exact.

- … tourbillonnant.

Le stylo de Sally se figea sur le papier et elle jeta un regard vers Lestrade qui le lui rendit. Il secoua la tête avec dédain.

- De quelle couleur était l'écharpe ? exigea de savoir Sally. Et comment étaient ses cheveux ?

Kate ne parut pas remarquer la soudaine tension dans l'air.

- Elle était bleue, répondit-elle. Ses cheveux étaient bouclés et ils retombaient un peu, précisa-t-elle en indiquant son front.

Sally écrivait furieusement lorsque la radio de Lestrade l'informa dans un crachotement que Sherlock arrivait. Elle émit un petit bruit surpris lorsque Lestrade lui ôta le bloc-notes des mains avant de lever et de se diriger vers le couloir.

- Restez ici, lui ordonna-t-il par-dessus son épaule, en fermant la porte derrière lui.

Sherlock et John venaient de pénétrer dans la maison lorsqu'il émergea. Sherlock se stoppa net et haussa un sourcil.

- Il y en a une nouvelle, dit-il en étudiant l'expression de Lestrade avec intérêt.

Lestrade se tint là un long moment, le dos contre la porte du salon, il tenait encore la poignée… puis il avança d'un pas et fourra le bloc-notes dans les mains de Sherlock.

- Nous avons une victime de sexe féminin à l'étage.

Sa voix était basse et rapide.

- Sa copine l'a trouvée il y a une heure environ et elle pense qu'elle a vu un homme qui en sortait tandis qu'elle s'approchait de la maison. Elle est déjà au bord de la crise d'hystérie – si vous entrez…

Sherlock avait déjà parcouru les notes et se débarrassait de son manteau d'un coup d'épaule. Il le passa à John en lui donnant le bloc-notes également.

Lestrade l'observait, hésitant, alors qu'il entrait dans les toilettes et ouvrait le robinet puis il décida qu'il se devait de poser la question :

- Je suppose que vous n'étiez pas… C'est juste une coïncidence, hein ?

Sherlock émergea des toilettes les cheveux humides, plaqués en arrière, il ressemblait à un acteur des années 40.

- Je peux vous jurer que je n'ai jamais mis les pieds dans cette rue, dit-il à Lestrade en enlevant son écharpe pour l'ajuster autour du cou de John. Mais je doute que ce soit une coïncidence.

John avait lu les notes.

- Tu veux dire que quelqu'un s'est délibérément déguisé en toi ? demanda-t-il.

Épouvanté, il leva les yeux puis cligna des paupières en voyant l'allure dramatiquement altérée de Sherlock.

- Ce ne serait pas la première fois qu'un criminel m'en veut personnellement, non ? fit remarquer Sherlock, une lueur un peu trop familière dans les yeux. Ce n'est pas comme si je n'avais jamais été spécifiquement ciblée auparavant.

John et Lestrade échangèrent un regard, tous deux reconnaissaient que Sherlock venait de passer à la vitesse supérieure, il devenait plus alerte et ils sentirent leur cœur plonger tandis que le spectre de Moriarty surgissait une fois de plus.

- Restez avec lui, pour l'amour du ciel, fit Lestrade et John opina du chef en drapant le manteau sur une chaise du couloir.

Sherlock attendait déjà avec impatience devant la porte du salon et, avec soupir, Lestrade l'ouvrit une nouvelle fois. Il les guida jusqu'à l'endroit où se tenant Kate qui fixait le vide maintenant. Son regard passa sur les nouveaux venus de façon désintéressée tandis que Sherlock s'approchait en l'étudiant rapidement.

- Je suis Sherlock Holmes et voici mon… collègue, John Watson.

John se demanda s'il avait imaginé cette pause mais Sherlock termina l'introduction comme il le faisait toujours. Cela ne provoqua aucune réaction de la femme assise sur le canapé.

- Quand avez-vous la défunte pour la dernière fois ? s'enquit Sherlock.

Kate tressaillit et Sally lui tapota dans le dos, elle se remettait promptement du choc que l'apparence de Sherlock lui avait causé et lui lança un regard noir.

- Magdalena Harris, murmura Lestrade. Maggie.

Sherlock s'efforça de dompter son impatience.

- Quand avez-vous contacté Maggie pour la dernière fois ? reformula-t-il de façon plus nuancée.

Le regard de Kate se concentra graduellement sur lui.

- Samedi soir, répondit-elle.

- Le soir ? contesta immédiatement Sherlock. À quelle heure ?

Kate prit une inspiration tremblante.

- Il était presque vingt-deux heures, lui dit-elle. Je ne lui avais pas parlé depuis midi et je l'ai appelée toute la soirée mais elle avait éteint sa sonnerie – elle m'a rappelée jusque avant dix heures.

- Pourquoi est-ce qu'il… Ah… marmonna Sherlock pour lui-même.

Puis il s'adressa à Kate :

- Vous avez laissé des messages, n'est-ce pas ? Vous avez menacé de venir si elle ne vous rappelait pas ?

Elle le dévisagea.

- Mais commet vous le savez ?

- Vous voulez dire que… commença Lestrade.

Mais Sherlock leva sa main en avertissement, abaissant rapidement tous ses doigts, sauf l'index dans une demande évidente de silence. Il tendit son autre main vers John qui lui remit le bloc-notes puis Sherlock s'avança et s'abaissa devant Kate.

- J'ai besoin que vous écriviez votre conversation, lui dit-il, la voix maintenant profonde et douce.

Il choisit une page blanche du bloc-notes et le lui tendit, claquant des doigts pour obtenir le stylo de Sally. Elle le lui fournit à contrecœur.

- Vous pouvez faire ça pour moi ? demanda-t-il à Kate. C'est important.

- Vraiment ?

Sa voix était un peu tremblante mais son regard ne quitta pas celui de Sherlock.

- Je pourrais l'attraper...

- Kate, murmura Lestrade.

- Kate, répéta Sherlock. Si vous m'aidez.

Il fixa le bloc-notes et les yeux de Kate suivirent.

- Mot pour mot, si vous le pouvez, insista-t-il.

Elle leva les yeux une dernière fois puis baissa la tête et se mit à écrire. Sherlock se leva et se dirigea vers la porte, Lestrade et John le suivirent rapidement.

- Restez avec elle, articula silencieusement Lestrade à Sally avant de partir.

Elle ne semblait pas contente.

Sherlock disparut dans l'escalier, en suivant les signes d'activité de la chambre à coucher où Maggie avait été trouvée. Le temps que Lestrade atteigne le seuil de porte, il était accroupi devant la penderie et enfonçait son doigt dans un carré que formaient quatre marques sur le tapis, ignorant complètement les autres officiers qui grouillaient dans la pièce.

- Puis-je… ? fit John en indiquant le corps sur le lit.

Lestrade acquiesça.

- Allez-y. Nous avons déjà estimé l'heure du décès aux alentours de minuit, avec une heure ou deux de battement.

Il suivit John au milieu de la pièce et tous deux baissèrent les yeux sur le visage immobile de Maggie.

- Vingt-sept ans, annonça Lestrade, père blanc, mère espagnole, d'où sa carnation. Elle travaillait au département marketing d'une importante banque – sa petite amie est aux ressources humaines au même endroit.

Ils pouvaient entendre Sherlock ouvrir les tiroirs et claquer les placards derrière eux tandis que John examinait les poignets qui avaient été clairement attachés.

- Alors le motif se tient, dit-il en ayant remarqué l'alliance de mariage de Kate un peu plus tôt. Ceci ne donne pas l'impression qu'on a affaire à un imitateur.

Il se pencha sur la blessure de la poitrine.

- Elle a été tuée de la même manière, très peu de sang.

Il se redressa.

- Je dirais que c'est notre homme.

- C'est évident.

La voix de Sherlock s'éleva par-dessus son épaule et John sursauta.

- Il te faut une foutue clochette, marmonna-t-il mais ses yeux restèrent sur Maggie.

Il pencha sa tête sur le côté.

- Je ne sais pas, est-ce qu'on ne dirait pas qu'elle… pose, pour vous ? demanda-t-il en jetant un regard du côté de Lestrade. Elle n'a pas été juste déposée sur le lit, elle a l'air… arrangée. À moins qu'elle n'ait été déplacée ? ajouta-t-il.

Lestrade secoua la tête.

- Non, la petite amie dit qu'elle ne l'a pas touchée, répliqua-t-il. Et ils ressemblaient tous à ça.

Il agita sa main devant le visage serein de Maggie.

- Paisible, sans un seul cheveu qui dépasse – presque comme s'ils s'étaient endormis au lieu d'être brutalement assassinés.

Il soupira.

- On doit attraper ce type. Sherlock – qu'est-ce que vous avez pour moi ?

Il attendit mais il n'y eut pas de réponse.

- Sherlock ?

- Heu… Il est sorti, Monsieur, indiqua l'un des techniciens tandis que les deux hommes regardaient autour d'eux.

- Bordel de merde !

John se rua vers la porte, Lestrade sur ses talons.

- Arrangez cette histoire de clochette, voulez-vous ?

John se contenta de grogner une réponse, il regarda autour de lui tandis qu'ils atteignaient le bas de l'escalier puis il se dirigea vers le salon.

Ils y découvrirent Sherlock, il se tenait debout devant le canapé, le bloc-notes dans les mains, il lisait la transcription de Kate, cette dernière le dévisageait avec de grands yeux remplis de larmes.

- Avez-vous entendu des bruits étranges pendant votre conversation ? demanda-t-il. Est-ce que son discours était mal articulé ou inhabituel ?

Il croisa son regard.

- Quoi ?

Kate semblait déconcertée.

- C'est une question parfaitement sim…

John s'avança de deux pas et leva la main. Pour les femmes assises dans le canapé, il donnait l'impression de tapoter l'épaule de Sherlock. Mais de dos, il était clair qu'en fait il lui avait agrippé la nuque, comme on le fait pour un chat, et Lestrade observa avec un certain respect que Sherlock se taisait immédiatement.

Kate se tourna vers Sally.

- Qu'est-ce qu'il veut dire par-là ? s'enquit-elle.

Puis elle reporta son attention au bloc-notes que tenait Sherlock.

- Pourquoi m'avez-vous fait écrire…

Finalement, elle sembla comprendre. Sally posa sa main sur son bras.

- J'ai bien peur que Maggie n'aie pas été seule lorsqu'elle vous a appelée, expliqua-t-elle gentiment. Elle l'a fait sous la contrainte.

- Je ne pense pas ce que soit le mot qui convient, fit observer Sherlock, qui s'ébroua pour se dégager de la poigne de John. Elle a probablement supplié pour le faire.

Les yeux de Kate se tournèrent vers lui.

- Supplié ? répéta-t-elle, blême.

Du coin de l'œil, Sherlock vit le bras de John se contracter et il reformula promptement les mots dans sa tête.

- Elle a essayé de vous sauver la vie, expliqua-t-il. Elle vous a dissuadée de venir ce soir-là et s'est assurée que vous n'attendriez pas de ses nouvelles dimanche. Le tueur l'a sans doute avertie de ce qui vous arriverait si vous veniez ici.

- Alors, il était là…

Le souffle de Kate s'accéléra.

- Il était là pendant que nous parlions ? Il était vraiment là pendant que nous étions au téléphone ?

Visiblement, elle se remémorait leur conversation dans sa tête. John prit le bloc-notes des mains de Sherlock, le parcourut puis le tendit à Lestrade.

- Mais pourquoi n'a-t-elle rien dit ? s'écria Kate en déchiquetant le mouchoir qu'elle tenait. J'aurais pu appeler la police, j'aurais pu…

- J'imagine qu'il a émis une menace contre vous, fit Sherlock. Ou contre votre enfant, ajouta-t-il lorsque son regard tomba sur les traces de pâte à modeler qui tachaient les boutons de son survêtement.

Ses paroles parurent empêcher Kate de s'écrouler complètement et son attention fut divertie.

- Alice, fit-elle. Oh, mon dieu, je dois téléphoner à Henry, il va penser que quelque chose m'est arrivé.

Elle se pencha sur le côté et étira sa jambe tandis qu'elle plongeait dans sa poche à la recherche de son mobile. Une fois en main, elle le fixa.

- Qu'est-ce que je vais bien pouvoir lui dire ? murmura-t-elle.

- Je présume que vous lui avez dit que vous alliez faire du jogging ce matin ? s'enquit Sherlock en étudiant ses chaussures de sport.

Kate hocha la tête, un peu honteuse.

- Et vous avez déjà employé cette excuse auparavant ?

Kate acquiesça encore une fois.

- Est-ce que votre mari est un imbécile ?

- Quoi ? Non ! se hérissa-t-elle. Au contraire, il est extrêmement intelligent !

Sherlock haussa un sourcil dubitatif.

- Alors, il est certainement au courant de votre liaison, déclara-t-il. Parce que l'usure de vos lacets montre que vos chaussures de sport ne sont pas neuves mais l'autocollant du magasin collé sur la semelle prouve que vous n'avez jamais couru avec.

Consternée, Kate retourna son pied, démontrant ainsi la preuve de son affirmation.

- Vous les enfilez chez vous et les enlevez ici, établit Sherlock. Si votre mari n'est pas stupide, alors vous feriez aussi bien de lui dire la vérité – j'imagine qu'il ne sera pas trop dévasté par la…

John l'interrompit une nouvelle fois et le poussa vers la porte que Lestrade avait ouverte en grand dans un timing parfait et la referma derrière eux, en faisant mine d'ignorer la dispute parfaitement audible qui s'en suivit dès qu'ils furent dans le couloir. Il secoua la tête et essaya se sortir Sherlock de l'esprit dans l'immédiat, espérant qu'il partagerait plus tard toutes les informations qu'il avait glanées.

Sur le canapé, Kate s'était mise à ronger ses ongles mais elle retira brusquement ses doigts et s'assit sur sa main. Puis elle baissa les yeux sur ce qu'elle venait de faire et éclata en sanglots une nouvelle fois, jusqu'à ce que le téléphone qu'elle tenait dans son autre main se mette à sonner.

Sally soupira quand elle vit que Kate ne faisait rien pour répondre.

- Vous voulez que je lui parle ? offrit-elle en voyant le nom de celui qui appelait sur l'écran.

Kate la fixa un long moment tandis que la sonnerie continuait puis, lentement, déroula ses doigts et le lâcha. Sally prit le mobile et le leva.

- Mr Peterson ? Ici le sergent Donovan du Service de Police Métropolitain. Votre femme va bien, elle n'est pas blessée mais c'est un témoin. Pourriez-vous venir ici ?

Elle resta silencieuse un instant, à l'écoute.

- Oui, c'est sérieux.

Autre silence.

- Shoreditch. C'est au numéro…

Ses sourcils se haussèrent.

- C'est exact, fit-elle en fixant Lestrade d'air plein de sous-entendus. Oui, j'ai bien peur que ce soit ça. On se voit tout à l'heure.

Elle mit fin à la communication.

- Il semblerait bien que le tar…

Elle s'interrompit en se rappelant la présence de Kate.

- Il avait raison, dit-elle.

- Ceci ne constituait pas une urgence, aboya Sherlock, en arrachant son manteau de la chaise du couloir. Tu avais promis que tu ne le ferais plus à moins que ce ne soit absolument nécessaire.

- Non, absolument pas, démentit John. Tu as exigé que je ne le fasse pas – ce n'est pas du tout la même chose. Quoi qu'il en soit, je dirais que la situation s'y prêtait tout à fait.

Il essuya sa main sur la jambe de son jeans.

- Tu avais vraiment besoin de mettre autant d'eau dans tes cheveux ? Ça dégouline sur ta nuque.

- Personne ne t'a demandé de toucher ma nuque ! rétorqua Sherlock en lui jetant un regard noir. Et je n'avais pas conscience que ma vie était mise en péril par deux policiers et une femme en pleurs.

- Ta vie, non, mais ta liberté ? le défia John. Tu ne l'as pas encore compris ? Il y a un tueur en série dehors qui a l'air de vouloir se faire passer pour toi. Tu es tellement concentré sur l'affaire et le frisson que Moriarty est peut-être impliqué, que tu occultes tous les dangers pour toi-même, comme d'habitude, merde !

- Tu as fait ça devant Lestrade ! siffla Sherlock. Devant Sally !

Il agrippa son écharpe qui ornait toujours le cou de John et tira d'un cou sec dans un mouvement qui l'aurait libérée si elle avait été attachée de façon ordinaire. Malheureusement, John l'avait renouée et la force de la saccade la resserra vicieusement autour de son cou et le déséquilibra. Sa hanche heurta douloureusement la table du couloir.

Sherlock le stabilisa et libéra l'écharpe moins d'une seconde plus tard.

- Je suis désolé, dit-il avec raideur. Je ne voulais pas…

John balaya ses excuses de la main.

- Je suis de ton côté, Sherlock, promit-il. Je le suis toujours. Et j'essayerai de ne pas te ralentir et de te laisser prendre les risques qu'il faut – je ne vais pas commencer à te materner.

Il fit un rapide passage dans les toilettes et revint avec une serviette à main avec laquelle il se mit allégrement à frotter l'arrière de la tête de Sherlock. Sherlock se pencha un peu pour l'aider, en se demandant s'il n'allait pas vérifier la définition du mot materner.

- Mais t'empêcher de t'aliéner complètement la police quand tu marches déjà sur des œufs avec eux, surtout quand quelqu'un – quelqu'un de très malin – tente de jeter la suspicion sur toi…

Les frottements de John devinrent incroyablement vigoureux.

- Eh bien, ça correspond parfaitement à la description de mon job, termina-t-il en reculant d'un pas.

- J'essayais de me montrer utile, se plaignit Sherlock en tentant d'aplatir ses cheveux pour recouvrer un semblant de tenue. Si son mari est heureux d'apprendre la nouvelle, est-ce que ça ne rend pas tout ça plus facile à avouer ?

John soupira, en replaçant la serviette sur son crochet.

- Comment tu arrives à combiner ce génie absolu avec une telle…

Sa phrase mourut quand Sherlock lui lança un regard mauvais.

- C'est du même niveau que lorsque tu as révélé à Molly que son petit ami était gay. Ce qui, si tu t'en souviens, n'était pas ton heure la plus glorieuse.

La moue boudeuse, jusque-là à peine ébauchée, s'afficha pleinement.

- Tu peux te montrer très agaçant, grommela Sherlock.

- Bienvenue dans mon monde, rétorqua John. On en a fini, ici ?

Il se campa fermement sur sa position et croisa les bras sur sa poitrine comme s'il lui fallait un effort physique pour contenir autant de loyauté que d'obstination pure en un si petit paquet.

Sherlock découvrit qu'il était incapable de maintenir son air renfrogné.

- Oui, John.

Il ne fallut pas longtemps avant que la radio de Lestrade ne crachote à nouveau. Il s'avança dans le couloir, notant que sa plus indispensable migraine avait quitté les locaux. Un des officiers en uniforme accompagnait le mari de Kate dans la maison. Lestrade lui tendit la main. L'homme semblait extrêmement secoué mais sa poignée était ferme et sa voix posée.

- Où est ma femme ? demanda-t-il.

Lestrade l'examina, estimant sa taille aux environs d'un mètre quatre-vingt, ce qui plaçait le tueur au-dessus si le rapport de Kate était précis. Il avait les cheveux sombres et sa carnation était légèrement hâlée, ce qui suggérait que Kate avait définitivement un goût typé, même si elle était flexible quand il s'agissait de logistique.

- Mrs Peterson n'est pas blessée, expliqua-t-il avec emphase. Mais elle est très chagrinée. Puis-je vous demander à quel point vous… ?

- Cette porte ?

Henry le dépassa et Lestrade le suivit. Bien qu'il semblait presque certain que cet assassinat était à mettre sur le compte de la série de meurtres, il pouvait difficilement ignorer quelqu'un qui avait un motif aussi fort.

Kate parut se pétrifier totalement quand elle les vit entrer dans la pièce, ses yeux avaient l'air immenses sur son visage blême. Sally se leva du canapé, tendue, lorsque Henry s'en approcha à grands pas mais il s'y assit simplement et prit Kate dans ses bras.

- Est-ce que ça va ? demanda-t-il, en se reculant après un moment.

Il la tint par les épaules et l'examina de haut en bas.

- Tu n'es pas blessée ?

Elle secoua la tête, sans un mot et il l'enlaça encore une fois. Puis il se tourna vers Sally, Kate toujours pressée contre lui.

- Tous ces policiers… Ce doit être…

Il sembla qu'une centaine d'émotions traversait son visage.

- C'est ce tueur en série ? demanda-t-il finalement.

- L'enquête préliminaire le laisse penser, acquiesça Sally.

Il prit une inspiration tremblante.

- Magdalena… elle est morte ?

Le paroxysme des sanglots de Kate répondit à sa question. Il ferma les yeux en prenant l'arrière de son crâne en coupe pour la bercer d'avant en arrière puis passa son autre main sous ses jambes et la souleva sur ses genoux. Il lui caressa les cheveux tandis qu'elle pleurait tout son saoul sur son coûteux complet.

Il la tint ainsi un long moment alors que Lestrade et Sally consultaient leurs notes tout en gardant un œil sur la scène qui se jouait devant eux.

Finalement, Kate le repoussa.

- Henry…

Elle lutta pour reprendre son souffle et Sally lui tendit à nouveau la boîte de mouchoirs. Il en prit quelques uns et essuya gentiment son visage et la fit se moucher jusqu'à ce qu'elle puisse parler à nouveau.

- Depuis combien… Depuis combien de temps tu…

Elle semblait ne pas avoir la moindre idée de par où commencer.

- Je sais presque tout depuis le début, lui dit-elle, en haussant tristement les épaules devant son hoquet de surprise choqué. J'ai reconnu la lueur qui brillait dans tes yeux, parce que tu avais la même pour moi, avant.

Sa voix était triste et les larmes de Kate débordèrent une nouvelle fois. Il les sécha.

- Je connais son nom, je connais son adresse et je connais son numéro de ligne professionnelle, admit-il. Je connais le nombre de fois où vous vous êtes rencontrées pour déjeuner… et le nombre de fois où tu as pris un sandwich plus tard à la pause.

Il ferma les yeux un instant, la bouche pincée.

- Je n'ai pas engagé de détective ou qui que ce soit, si tu te poses la question, dit-il. Mais les gens adorent parler.

Il lui adressa un faible sourire.

- Et tu es vraiment une épouvantable menteuse, Katie. Vraiment horrible. Tu n'as jamais été courir une seule fois dans ta vie.

Elle le regarda, bouche bée.

- Mais pourquoi t'en es-tu accommodé ? Pourquoi n'as-tu rien dit ?

Henry haussa les épaules encore une fois mais sa mâchoire était crispée.

- J'ai pensé que si je ne me montrais pas ouvert, tu te sentirais obligée de choisir.

Il prit une profonde inspiration puis se força à poursuivre.

- Et j'ai pensé que tu la choisirais, elle.

Sa voix n'était maintenant plus aussi posée, bien qu'il essayait visiblement de s'y employer.

- J'ai gardé l'espoir que ça s'éclaircirait, ajouta-t-il. Que tu perdrais ton intérêt, que tu déciderais qu'Alice et moi comptions plus…

Il s'interrompit, détourna les yeux et cligna furieusement des paupières.

Kate éleva une main hésitante, elle suspendit son geste dans les airs pendant un moment puis, finalement, la posa sur la poitrine de Henry. Il se retourna vers elle et l'étreignit une nouvelle fois, en enfouissant son visage dans ses cheveux. Il tremblait.

- J'ai eu tellement peur, murmura-t-il.

Sally s'était assise dans l'autre fauteuil lorsqu'elle avait laissé sa place dans le canapé et Lestrade remarquait maintenant qu'elle se tortillait légèrement comme si elle était assise sur quelque chose d'inconfortable.

- Désolée, se défendit-elle en voyant son regard interrogateur. Excusez-moi.

Elle retira le coussin sur lequel elle était assise et se mit à l'examiner, à la recherche de l'agrafage.

Lestrade reporta son attention sur ses notes, toujours appuyé contre la table à manger.

- Monsieur ?

Il y avait une note étrange dans la voix de Sally Lestrade leva les yeux et la vit enfiler ses gants médico-légaux puis soulever un petit portefeuille noir, du genre à contenir des cartes de crédit ou – l'idée le frappa – des cartes de légitimation.

Elle leva la tête et le fixa, une expression complexe sur le visage.

- Je crois que je sais comme il arrive à entrer chez les victimes.

À suivre…

Merci d'avoir lu jusque-là. Ça vous a plu ? Déplu ? Vous avez d'éventuelles questions ? Un pronostic, peut-être ? Je suis là pour accueillir vos commentaires.

Bises

Falyla