Sur les rives du Styx
Partie Dix
L'impression émouvante d'être de retour chez lui était assombrie par la sensation de ne pas être à sa place, du désagréable picotement dans sa cicatrice qui lui disait qu'il ne servait à rien de prendre ses aises, que la lutte devait continuer jusqu'à ce qu'il en meurt. Harry s'autorisait à peine à renouer avec ses camarades de classe car l'angoisse de les perdre à nouveau était omniprésente. Il gardait ses distances, tentant avec un succès mitigé de ne pas montrer ses émotions.
Tous savaient à présent qu'une prophétie liait Harry à Voldemort, et la plupart des élèves cachés dans la Salle sur Demande imputait sa morosité à la peur du combat qui déciderait de leur sort. Personne ne pouvait le blâmer. Il écoutait en silence les informations et stratégies de ses amis, se forçant à leur faire part de son point de vue lorsqu'ils se tournaient vers lui, mais ne pouvait s'empêcher de souhaiter être ailleurs, loin de ses plus beaux souvenirs, loin de son inéluctable fin.
Tout comme lui, Draco restait en arrière, laissant avec un soulagement que Harry pouvait comprendre Blaise prendre les rênes pour les autres Serpentards. Ceux-ci étaient étrangement bien intégrés dans ce groupe hétéroclite, et Zabini s'avérait être un leader né, surprenant Harry qui n'était pas certain de l'avoir entendu prendre la parole pendant leur scolarité. Neville et lui formaient un duo de choc, échangeant pics, boutades et stratégies comme deux vieux rivaux forcés de s'allier pour le meilleur et pour le pire. La transformation de Neville était par ailleurs incroyable. Lui qui avait été si timide et effrayé par sa propre ombre avait gagné en confiance et en assurance. Seamus ne lui marchait plus que physiquement sur les pieds.
Les journées s'écoulèrent sans que personne ne trouve quoi que ce soit, et le temps était long dans la Salle sur Demande. Hermione et Harry organisèrent des sessions de défense contre les forces du mal pour que les élèves qui se cachaient de façon permanente ne perdent pas la main. Ron prenait ces cours improvisés très au sérieux et était d'une aide indispensable pour aider les autres une fois qu'il avait lui-même maîtrisé les sorts proposés par Hermione, Harry ou Draco. Ce dernier leur enseigna quelques sortilèges particulièrement vicieux, qui s'ils n'étaient mortels n'étaient pas moins extrêmement désagréables et incapacitants pour leurs victimes.
D'abord récalcitrants, les élèves des autres maisons que Serpentard se mirent finalement à la page. Ils firent aussi de nombreuses sessions de sortilèges défensifs, et ce fut à l'une de celles-ci que Harry put enfin poser à Draco la question qui lui brûlait les lèvres depuis plus d'un mois. Alors que Hermione corrigeait les postures des élèves, aidée par Daphnée Greengrass, pour exécuter un sort de bouclier capable de tenir plusieurs attaques de suite, Harry quitta l'endroit où il s'était posté pour observer le cours afin de rejoindre Draco qui se tenait en retrait, les bras croisés et la baguette tapotant son épaule. Il avait les yeux perdus dans le vide et semblait très concentré malgré le brouhaha autour d'eux.
Harry le rejoignit en quelques pas et sa présence à côté de lui ne sembla pas perturber Draco, qui mit quelques longues secondes avant de tourner un regard interrogateur vers lui, sa baguette cessant de taper son épaule.
« Est-ce que ça va, avec les Serpentards ? » Demanda finalement Harry. Il avait retourné cette question pendant des nuits, alors que la vibration magique dans la pièce et son inconfortable hamac l'empêchaient de dormir. Draco avait beau passer le plus clair de son temps avec eux, il n'en était pas moins tout aussi silencieux et en retrait qu'il l'avait été à Grimmauld. Harry avait espéré le voir plus détendu avec ses propres amis.
Draco cessa de le regarder pour se concentrer sur les élèves en train de pratiquer le bouclier et haussa les épaules avant de décroiser les bras. Harry fronça légèrement les sourcils puis suivit son regard. Il pouvait comprendre que ce que Draco avait vécu puisse l'empêcher de retrouver la relation qu'il entretenait auparavant avec les Serpentards, mais il ne s'attendait pas à ce qu'il mette autant de distance avec eux.
« C'est ... » Hésita-t-il. « Est-ce qu'ils savent ce qui s'est passé ? » Demanda-t-il à voix basse sans le regarder. Le bouclier d'un élève de troisième année poussa Dean qui tituba sur le côté avant de se rétablir. Harry entendit Draco inspirer profondément et il lui jeta un coup d'œil pour voir sa mâchoire se crisper. Il déglutit et détourna le regard, souhaitant ne pas avoir posé cette question.
« Je crois que oui. » Répondit finalement Draco après quelques secondes. « Mais ils font comme s'ils ne savaient pas. »
Harry soupira doucement. Il ne savait pas si c'était le comportement à adopter, mais il pouvait comprendre les amis de Draco. Tout comme lui, ils ne devaient pas savoir comment agir avec lui et devaient savoir qu'il n'était pas heureux qu'ils soient au courant. Garder le silence était le moyen le plus simple de tenter de conserver son amitié.
« Ils sont ici pour toi. » Nota Harry. Les Serpentards ne les avaient pas rejoint pour combattre Voldemort, mais pour venger Draco. Sans ce qui lui était arrivé, ils seraient restés neutres ou auraient rejoint les rangs des Mangemorts.
« Je sais ... » Murmura Draco.
Harry le regarda à nouveau. Ses yeux baissés et ses points crispés en dirent long sur ses émotions.
Un mois de février glacial s'abattit sur l'Écosse. Le vibrant soleil d'hiver ne parvenait pas à faire fondre la neige qui recouvrait toujours le parc entourant Poudlard, et les élèves de Première Année qui apprenaient à voler près des murs du château avaient dû enfiler d'étranges lunettes de protection tintées qui leur donnaient l'air de mouches. Leur vol hésitant faisait sourire Harry, qui se souvint du sale coup de Draco lors de leur premier cours de vol qui lui avait permis de rejoindre l'équipe de Gryffondor.
La neige d'un blanc éclatant l'éblouissait, si bien qu'il quitta les élèves des yeux et les leva pour observer la forme sombre de la forêt interdite au loin. Les tâches noires qu'étaient les Détraqueurs planaient dans le ciel bleu, quittant parfois leur immobilité pour foncer en piquet entre la cime des arbres. Harry espérait que les Centaures étaient en sécurité.
« Vous êtes des enfants contre des Mangemorts. S'ils vous vous faites attaquer, vous serez contents d'avoir appris ce genre de sorts. » Grogna la voix de Draco derrière lui. Harry jeta un coup d'œil en arrière pour le voir se tenir près d'une petite troupes d'élèves qui s'entraînaient face à des mannequins. Il le vit croiser les bras et lever le menton, figeant son visage dans une expression hautaine qui était vraisemblablement son bouclier préféré. A côté de lui, Ron haussa un sourcil ironique.
« Arrête de geindre, Corner. Tu ne râles que parce que tu n'arrives pas à maîtriser ce sort. » Dit-il à l'élève de Serdaigle qui avait été le petit ami de Ginny.
Harry n'entendit pas sa réponse. Son attention fut détournée par l'arrivée d'Hermione près de lui, qui approchait des hautes fenêtres magiques de la Salle sur Demande. Il s'était installé sur un appui de fenêtre pour profiter des rayons de soleil, sachant que personne à l'extérieur ne pouvait le voir. Il sourit à sa meilleure amie, qui y répondit facilement malgré un air légèrement distrait.
« Ron et toi avez vite maîtrisé celui-là. » Nota-t-il en parlant du sortilège incapacitant qui collait les avant-bras de la victime le long de son corps pour l'empêcher d'utiliser ses mains, fusionnant l'épiderme des membres.
Hermione haussa légèrement les épaules comme si utiliser de la magie noire faisait partie de sa vie de tous les jours et s'installa à côté de lui, assise sur l'appui de fenêtre pour faire face à la Salle sur Demande.
« Draco est un bon professeur. » Dit-elle pour nuancer sa réussite.
Harry émit un son d'assentiment et tourna lui aussi le dos à la fenêtre, observant l'entraînement qui reprenait sans Corner qui avait décidé de le boycotter en allant s'asseoir près de la cheminée.
Comme tous les jours de cours, leur refuge s'était vidé des élèves qui tentaient de poursuivre leur scolarité normalement. Seuls restaient les sang-mêlés qui n'avaient pu prouver leur ascendance sorcière et les déserteurs du camp de Voldemort. Goyle s'acharnait d'ailleurs sur son mannequin jusqu'à le faire exploser sous le regard impassible de Draco qui se contenta d'épousseter son uniforme. Luna se mit brusquement à sautiller en poussant des petits cris de joie alors que son propre mannequin s'écrasait par terre avec les bras collés à ses hanches et les oreilles étrangement décollées.
« Je suis amoureuse de Ron. » Lui avoua soudainement Hermione à voix basse, et Harry tourna brutalement le visage vers sa meilleur amie qui avait baissé la tête en rougissant. Il ne put que sourire avec tendresse, son bras se tendant automatiquement pour qu'il puisse poser la main entre les omoplates de son amie.
« Je sais. » Dit-il avec un rire dans la voix, la joie d'imaginer ses amis former un couple effaçant momentanément ses omniprésentes et sombres pensées.
Hermione releva le menton pour lui jeter un coup d'œil paniqué.
« Je le sais, Draco le sait, tout le monde le sait. Je pense que même Ron le sait. » Ajouta-t-il avec un léger rire en voyant l'expression horrifiée de son amie. Elle ouvrit la bouche de surprise puis la ferma en détournant le regard, observant le sol avec un visage à la fois honteux et amusé.
« Je suis si facile à lire que ça ? »
Harry lui tapota le dos avec un petit rire puis ramena sa main vers lui pour la poser sur l'appui de fenêtre.
« Si ça peut te rassurer, ce que pense Ron est tout aussi évident. » Dit-il en jetant un coup d'œil à son meilleur ami qui, hilare, tirait sur les oreilles du mannequin de Luna pour le remettre debout. Lorsqu'il tourna les yeux vers Draco, il vit celui-ci lui envoyer un regard indéchiffrable. Il haussa les sourcils dans sa direction, tentant de lui demander silencieusement ce qu'il y avait, mais le Serpentard le quitta des yeux pour se concentrer sur Goyle qui lui adressait la parole.
« Qu'est-ce que tu veux dire ? » Demanda Hermione d'une voix timide. Harry la regarda à nouveau. Elle se mordillait la lèvre inférieure avec angoisse en regardant Ron.
« Je t'ai connu plus observatrice. » Sourit-il, s'attirant un regard surpris de la part de son amie. « Je croyais que c'était ma présence qui vous retenait de vous mettre ensemble ...» Il ne termina pas sa phrase, mais il était étonné de comprendre que Hermione ne semblait pas connaître les sentiments de Ron à son égard.
« Tu veux dire que ...» Souffla Hermione avec une expression ahurie et pleine d'espoir qui le fit éclater d'un rire joyeux. Il n'arrivait pas à croire qu'elle n'aie rien remarqué. Tous les efforts de Draco et lui pour les laisser seuls avaient été inutiles !
Le visage d'Hermione s'illumina, ses cheveux châtains comme un brasier autour de sa tête à cause des rayons de soleil qui tombaient dessus. Elle lui offrit un sourire timide, les mains crispées contre le bord de l'appui de fenêtre avant de regarder à nouveau en direction de Ron.
« Tu crois qu'il ... » Commença-t-elle avant d'être coupée par Harry.
« Non Hermione, j'en suis sûr. » Dit-il en levant les yeux au ciel.
Elle sourit largement sans quitter leur ami des yeux, puis lui jeta un regard taquin.
« Merci Harry. » Souffla-t-elle avec un rire dans la voix.
« A ton service. » Répondit facilement celui-ci avec amusement.
Il la regarda se décoller de la fenêtre avec de marcher dans de grandes enjambées décidées dans la direction de Ron, qui lui sourit de toutes ses dents en la voyant arriver. Harry eut un petit rire heureux en voyant Hermione entraîner leur ami par le bras vers un endroit de la pièce qu'il ne pouvait pas voir à cause des lits superposés qui bloquaient son champ de vision. Peu importait. Ce moment était privé de toute façon.
Lorsqu'il ne put plus voir les voir, il tourna les yeux vers Draco qui lui envoyait un regard interrogateur. Harry lui sourit largement, regarda dans la direction qu'avaient pris Hermione et Ron avant de le regarder à nouveau, levant un pouce victorieux. Draco fronça les sourcils puis suivit son regard avant de sourire doucement.
Seamus était exempté de devoirs de métamorphoses. Les parchemins qu'il donnait au professeur McGonagall et les copies que celle-ci lui rendait étaient en fait un fructueux échange sur les mouvements de l'Ordre du Phoenix, les plans des Mangemorts glanés par Pansy Parkinson, des nouvelles des élèves confinés de façon permanente dans la Salle sur Demande et de l'avancée de leur quête du Diadème de Serdaigle.
Leurs recherches ne menaient à rien, et malgré l'implication de Snape à travers des échanges avec les élèves de sa Maison, deux mois s'écoulèrent sans qu'ils ne fassent la moindre découverte.
Jamais la carte des Maraudeurs n'avait paru aussi inutile à Harry. Le château regorgeait de pièces secrètes ou simplement trop difficilement accessibles qui ne figuraient pas dessus et que Draco s'attelait à ajouter, l'élargissant en y ajoutant des parchemins. Hermione s'accrochait tout autant à la main de Ron qu'à l'épais livre de l'Histoire de Poudlard. La Dame Grise était toujours introuvable.
Ils tournaient comme des lions en cage, incapables de se résoudre à quitter Poudlard malgré leur besoin d'en sortir. Les élèves prisonniers de la Salle sur Demande étaient tous victimes de la même irascibilité, et l'attitude morose de Harry en énervait plus d'un en cette fin d'après-midi d'avril. Cherchant le réconfort dans le silence, Harry quitta sa place entre Ron et Dean pour s'installer près de Draco qui lisait la Gazette du Sorcier. Le journal, contrôlé par Voldemort, n'était sans doute qu'un ramassis de mensonges, mais le Serpentard estimait qu'ils ne pouvaient pas se permettre de laisser passer le moindre indice au vu de leur situation.
Harry se laissa aller contre le dossier du canapé, levant une main pour se frotter le visage. Le sentiment d'urgence que ressentaient ses camarades d'infortune était contagieux et se battait douloureusement contre son envie de vivre et sa coupable satisfaction à l'idée de ne pas mourir le lendemain. Il savourait le fait de pouvoir se coucher sans craindre le lever du jour, et malgré le vrombissement magique de la Salle sur Demande, il dormait un peu mieux depuis quelques semaines.
Draco eut un reniflement ironique et tourna la page du journal, son regard rendu orangé par la lueur des flammes du feu de cheminée s'attardant sur une photographie d'une équipe d'Aurors ayant appréhendé un né-moldu qui aurait soi-disant saccagé le hall d'accueil du Ministère de la Magie.
« Il faut qu'on trouve ce Horcruxe... » Murmura Draco pour la énième fois. Harry ne répondit pas. La culpabilité qui le rongeait de façon constante, lui qui se prélassait pendant que d'autres mourraient aux mains des Mangemorts, était trop forte pour qu'il puisse ouvrir la bouche.
L'entrée de la Salle sur Demande laissa alors passer une horde d'élèves revenant de cours. Le brouhaha qui lui donnait mal à la tête s'intensifia et Harry ferma les yeux. Il laissa retomber ses bras le long de son corps avec un soupir puis se pencha sur le côté jusqu'à ce que sa tête se pose sur l'accoudoir du fauteuil.
« Harry, j'ai un message pour toi ! » L'interpella une voix tonitruante qui semblait être celle de Seamus. Il rouvrit les yeux et se redressa dans un grognement. A côté de lui, Draco referma le journal et le plia sur ses genoux, regardant dans la direction de l'élève de Gryffondor en même temps que Harry. Ce dernier fronça les sourcils et suivit Seamus des yeux jusqu'à le voir lui tendre une enveloppe, qu'il accepta avec surprise.
Il la retourna pour voir son prénom élégamment écrit de l'autre côté.
« Ça vient de Remus ! » S'exclama-t-il en reconnaissant l'écriture de leur ancien professeur. Il ouvrit fébrilement l'enveloppe, soudainement sourd aux voix des autres, et en tira un unique parchemin qu'il déplia.
Cher Harry,
Teddy est né hier soir, et je tenais à ce que tu le saches au plus vite. Tonks et lui vont bien. J'ai hâte de pouvoir te le présenter une fois que la situation sera moins dangereuse pour nous tous. Je sais que si quoi que ce soit nous arrivait, tu prendrais soin de lui comme Sirius aurait voulu prendre soin de toi, c'est pourquoi nous t'avons désigné comme parrain.
En espérant pouvoir te revoir bientôt,
Remus.
Un mélange d'émotions rendit Harry immobile pendant de longues secondes. Ses yeux embués restèrent fixés sur la lettre qui tremblait entre ses mains, et il lutta contre le sanglot qui lui comprimait la poitrine. Le silence autour de lui était assourdissant. Malgré la douleur de savoir qu'il ne verrait sans doute jamais Teddy, que le parrain de celui-ci allait mourir sans avoir eu la chance de faire partie de sa vie, il réussit à émettre un rire étranglé. Il était incroyablement touché, mais à la fois dévasté, à l'idée d'avoir soudainement une famille, un lien, si ténu soit-il, avec des personnes qu'il aimait.
« Le fils de Remus est né. » Réussit-il à dire d'une voix rauque, levant les yeux vers l'assistance qui l'observaient jusqu'ici avec angoisse. Ginny poussa un petit cri de joie, suivie de Hermione, avant que tous les élèves ne s'exclament en même temps, remplissant la Salle sur Demande d'un tonnerre de commentaires excités. Harry eut un rire tremblant en retournant son attention vers la lettre, qui fut soudainement arrachée de son poing crispé par Ron. Il laissa retomber sa main sur son genou sans lever les yeux vers lui.
« Harry, tu es parrain ! » S'extasia son meilleur ami pendant que Draco encerclait son biceps d'une poigne presque douloureuse, lui rappelant qu'au moins une personne comprenait sa souffrance.
Quelques jours plus tard et sans avoir plus avancé dans sa quête, Harry quitta la compagnie des Gryffondors pour rejoindre les Serpentards qui discutaient autour d'un tardif dîner composé de sandwichs et de friandises envoyées par la mère de Pansy. Il n'eut pas besoin de s'excuser pour son intrusion, puisqu'en le voyant arriver, Blaise lui adressa directement la parole en lui faisant signe d'approcher.
« Potter, écoute ça. Répète, Pansy. » Demanda-t-il en tournant les yeux vers la jeune fille avant de mordre dans son sandwich. Parkinson tourna la tête vers Harry qui posa la main sur le haut du dossier du fauteuil dans lequel elle était installée.
« J'ai entendu quelques rumeurs. Il aurait réussi à convaincre des clans de vampires de le rejoindre. » Dit-elle rapidement. Greengrass eut un frémissement de dégoût à côté de Goyle, qui observait pensivement la Chocogrenouille qui gigotait entre ses doigts.
« Est-ce que l'Ordre est au courant ? » Demanda aussitôt Harry, interrogeant Blaise du regard. Celui-ci haussa les épaules et mâcha rapidement avant de pouvoir répondre.
« Ce n'est qu'une rumeur. »
« Peu crédible, d'ailleurs. » Intervint Draco qui était installé seul sur un canapé qui touchait celui de Blaise, Goyle et Greengrass à la perpendiculaire. Harry lui jeta un coup d'œil perplexe.
« Pourquoi ? Ce sont des êtres plutôt maléfiques, non ? » Demanda-t-il en s'installant à côté de lui, tendant le bras pour attraper un chocolat qui traînait sur la table basse.
« Hep ! » S'exclama Parkinson en lui tapant la main, qu'il retira vivement pour la serrer dans l'autre.
« Pansy ... » Souffla Draco qui se pencha en avant pour prendre le chocolat que Harry allait prendre et le lui donner.
« Je te l'aurais donné si tu l'avais demandé ! » Gronda Parkinson avec le nez retroussé et un regard mauvais. Harry fit une grimace et s'excusa entre ses dents. Il n'avait même pas envie de manger ce chocolat.
« Pour en revenir aux Vampires, ils sont de base tout aussi maléfiques que Lupin. » Poursuivit Draco en déballant un crapaud à la menthe avec difficulté.
Harry fronça les sourcils dans sa direction et Draco releva les yeux vers lui avec une expression dubitative.
« Comme les Sorciers, les Moldus, les Loup-Garous, il y a des Vampires de toute sorte. » Poursuivit-il.
« N'empêche que je n'aimerais pas me retrouver enfermé avec un Vampire assoiffé. » Intervint Blaise.
« Ou avec un Loup-Garou à la pleine lune.» Réagit Greengrass.
En essayant d'imaginer ce que ressentirait Remus s'il était enfermé avec un innocent pendant sa transformation, Harry comprit soudainement ce qu'essayait de dire Draco. Il regarda vers son ami qui mordait la tête du crapaud en levant les yeux au ciel.
« Même s'ils ne sont pas tous mauvais, pourquoi est-ce que ça te surprend que certains le rejoignent ? Des Loup-garous sont déjà dans son camp. » Nota-t-il alors que Draco posait les yeux sur lui. Son visage n'était pas très expressif, mais son regard gris était droit et franc alors qu'il avalait son morceau de friandise.
« La meute de Greyback a rejoint les Mangemorts, nuance. Et les gens qui le suivent sont des fou-furieux avant d'être des Loup-garous. » Expliqua-t-il en arrachant une patte à son crapaud à la menthe. Il avait l'air particulièrement calme et détendu, contrairement à son attitude nerveuse autour des autres élèves de la Salle sur Demande. Être entouré de ses amis semblait enfin lui faire du bien. « Les clans de Vampires sont très discrets et n'aiment pas tellement se mêler des histoires de Sorciers. Ça m'étonnerait que des chefs de clan aient soudainement décidé de rejoindre les Mangemorts, au risque de perdre le peu de droits qu'ils ont acquis auprès du Ministère. » Continua-t-il.
« Il suffirait d'un chef de clan aussi fou que Greyback pour que ça arrive. » Argumenta Harry en jouant distraitement avec le chocolat emballé qu'il avait dans la main.
« Même si c'était le cas, les Vampires ne sont pas aussi dangereux que les Loup-Garous. Il ne suffit pas d'une morsure pour transformer quelqu'un, et beaucoup étaient des Moldus avant de devenir des Vampires ... »
Harry quitta Draco des yeux pour s'enfoncer dans le canapé en réfléchissant. Les Serpentards affichaient tous une moue identique, songeuse, qui sembla surprendre Draco.
« Dites, on était bien dans la même classe en Troisième Année, non ? »
« Pourquoi ? » Demanda Blaise.
« On a eut un devoir sur les Vampires. »
Parkinson eut un rire surprit qui ressemblait à un aboiement.
« Tu te souviens de tous les devoirs qu'on a fait, peut-être ? » Demanda-t-elle avec amusement, que Harry ne pouvait que partager.
« Seulement ceux qui m'ont intéressé ...» Maugréa Draco.
Le sommeil l'éludait. Sa fatigue appelait la rivière de toutes ses forces pour profiter de son écoulement tranquille, du bruit du vent dans les arbres et de la quiétude de la nature qui était depuis quelques mois sa seule échappatoire à cette pièce étouffante.
La vibration magique le maintenait éveillé, couvrant presque le ronflement des élèves qui dormaient à poings fermés autour de lui. Harry avait réussi à obtenir un matelas en bas d'un lit superposé, en dessous de Blaise qui marmonnait des choses inintelligibles dans son sommeil, mais ce confort bienvenu n'était plus suffisant à son repos. Le temps s'écoulait à toute vitesse malgré de mornes journées de recherche et d'attente, et Harry perdait le compte des morts et des prisonniers dus à cette guerre qu'il ne parvenait pas à résoudre. L'angoisse et la culpabilité l'empêchaient de respirer, les cauchemars hantaient ses courtes nuits et les allées et venues nocturnes de Draco perturbaient le peu de sommeil qu'il parvenait à glaner.
Après avoir été réveillé par la porte de la salle de bain des garçons qui se refermait, Harry avait été incapable de se rendormir malgré l'épuisement, et il se retourna une énième fois avant de soupirer de frustration. Il n'avait pas la sensation de mettre des bâtons dans les roues de l'alliance des élèves de Poudlard dans leurs recherches du Horcruxe, mais une partie de lui semblait persuadée que s'ils ne trouvaient rien, c'était en partie de sa faute. Il était révolté à l'idée d'avancer plus près encore de sa mort, et horrifié de voir que son hésitation, sa peur et sa récalcitrance étaient indirectement la cause de tant de malheur dans le monde.
Harry repoussa la couverture qui lui tenait trop chaud et enfonça son nez dans son oreiller avec un grognement étouffé. Il se tourna ensuite sur le dos et fixa les lattes de bois qui soutenaient le matelas de Blaise. Celui-ci eut un soupir ensommeillé.
Son envie d'aller aux toilettes surpassa celle de ne pas déranger Draco, et il se redressa dans son lit avec difficulté, la fatigue lui faisant tourner la tête. Il posa les pieds sur le sol frais de la Salle sur Demande et s'accrocha un instant à l'échelle du lit le temps qu'un vertige passe avant de se diriger vers les portes des salles de bain.
L'oreille aux aguets, il n'entendit néanmoins aucun son provenir de celle des garçons, et il appuya sur la poignée pour constater que la porte était verrouillée.
« Draco ...» Chuchota-t-il contre la porte avec une grimace. « C'est moi. » Ajouta-t-il rapidement.
Après quelques secondes, il entendit un déclic et tenta à nouveau d'ouvrir la porte. Il put entrer dans la pièce blanche constituée d'une multitude d'autres portes menant à des cabines de douche et des toilettes dans une ambiance parfaitement désordonnée. Des lavabos surgissaient ça et là du sol, surmontés de miroirs qui renvoyaient la réflexion blanche des murs et des portes, donnant à la pièce l'impression d'être sans fin. De l'eau s'écoulait sur la droite bien que Harry fut incapable d'en identifier exactement la provenance.
« Merci. » Dit-il en refermant la porte d'entrée derrière lui. Il marcha à vive allure vers les toilettes les plus proches dans lesquels il se soulagea avec un soupir, la fatigue l'empêchant de garder les yeux ouverts. Il eut un vertige qui l'obligea à appuyer brutalement son épaule contre le côté de la cabine. Il ne comprenait pas comment Draco faisait pour tenir en coupant ainsi ses nuits pour se laver.
Ses pieds nus sur le carrelage le guidèrent ensuite jusqu'à un lavabo où il se lava les mains en observant son reflet d'un air morne. Il avait les cheveux dans tous les sens et des cernes qui atteignaient presque son menton. Une fois ses mains essuyées, il les passa sur ses joues rugueuses avant de soupirer en détournant le regard. Il s'insupportait tout autant mentalement que physiquement ces jours-ci.
« Harry. » Fit soudainement la voix lointaine de Draco qui résonna sur les murs blanc. L'interpellé tourna les yeux dans la direction générale de la voix. « On a cherché absolument partout. » L'informa inutilement le Serpentard.
Harry fronça les sourcils en mettant tout son poids dans ses mains appuyées sur le lavabos.
« Plus ou moins ... » Concéda-t-il avec fatigue.
« Sauf dans la Salle sur Demande. » Poursuivit Draco.
Harry afficha une expression perplexe même si son ami ne pouvait pas le voir.
« Je l'aurais senti si le Horcruxe était ici. »
« Pas dans cette Salle sur Demande ... Les autres versions. » Précisa alors Draco.
Harry écarquilla soudainement les yeux et s'écarta du lavabo, avançant de quelques pas dans la direction de l'écoulement de l'eau de la douche du Serpentard.
« Et tu n'y penses que maintenant ?! » Ne put-il s'empêcher de s'exclamer.
« Hé ! » Fit la voix presque outrée de Draco. « Au moins, j'y ai pensé, moi ! » Ajouta-t-il avec agacement.
Harry réfléchit à toute vitesse, le regard perdu. Soudainement, la vibration magique qu'il entendait de façon constante dans la pièce prit du sens. Il leva les yeux vers la cabine de Draco lorsqu'il n'entendit plus l'eau couler, et passa une main sur sa bouche pour soutenir sa réflexion.
« Il faut qu'on fasse sortir tout le monde. » Dit-il soudainement.
« Pas avec les Mangemorts en patrouille dans les couloirs. » Nota Draco d'une voix calme.
« Le match de ce week-end. » Réagit Harry. « On pourra sortir à ce moment-là. »
Les yeux rivés sur la Carte des Maraudeurs, Ron leva l'index pour faire signe aux autres élèves de se préparer. Ils eurent tous le même réflexe de se pencher légèrement, les épaules en avant, prêts à sortir de la pièce au signal du Gryffondor. Harry essuya ses mains moites sur son jean et repoussa les cheveux qui obstruaient sa vue avant d'attraper sa baguette magique. Devant lui, Hermione posa délicatement un pied en arrière, préparant l'appui qui lui faudrait pour s'élancer à la suite des élèves qui la précédaient. Draco était en bout de file, juste derrière lui, révisant sans aucun doute l'ordre mental qu'il avait utilisé pendant toute sa sixième année pour forcer la Salle sur Demande à lui ouvrir la Salle des Objets Cachés.
« Maintenant ! » Souffla Ron avec urgence, et Luna, qui avait la main sur la poignée, ouvrit la porte à la volée pour se précipiter à l'extérieur de leur refuge, les autres la suivant rapidement et en silence. Ron se glissa dans la queue pour passer devant Hermione, et une fois dans le couloir, Draco referma la porte derrière eux.
Aux aguets, ils surveillèrent le corridor du septième étage avec la baguette en avant pendant que le Serpentard faisait des allées et venues devant la tapisserie de Barnabas le Follet tentant d'apprendre la danse classique à des trolls.
Harry lui jeta un coup d'œil anxieux, observant son profil concentré et son pas raide. Son poing était tellement serré autour de la baguette de sureau qu'il craignît qu'il ne la brise. Draco avait insisté pour être celui qui ouvrirait la Salle des Objets Cachés, assurant qu'il serait le plus rapide à le faire, mais Harry savait qu'il devait être douloureux pour lui de retourner sur les lieux de son crime, de se souvenir de l'angoisse qu'il avait dû ressentir à l'idée de perdre ses parents s'il échouait. Il savait qu'il devait penser à sa mère.
La porte apparut alors, et une fois ouverte, tous se ruèrent à l'intérieur de l'énorme pièce encombrée d'un bric-à-brac sans nom, de montagnes de chaises et de tables, de statues abîmées et de cadres vides. Un sifflement assaillit les oreilles de Harry, qui plissa les yeux pour combattre la douleur, rangeant sa baguette dans la poche de son jean. Il rejoignit Draco en quelques pas et ne put voir à son expression crispée qu'il ressentait lui-aussi la présence du Horcruxe.
« Il est là ...» Fit doucement Harry. « Je n'arrive pas à croire qu'il était sous notre nez pendant tout ce temps. » Murmura-t-il avec un mélange d'agacement et de honte.
Draco lui offrit un regard las mais ne répondit pas.
« Alors ? » Demanda Ron alors que Hermione et lui quittaient l'attroupement près de la porte pour les rejoindre.
« Alors il n'est pas loin. Il ne reste plus qu'à le trouver là-dedans ...» Soupira Harry en désignant le capharnaüm de la pièce.
Ron leva les yeux vers la montagne la plus proche, souffla doucement, puis carra les épaules avec détermination.
« Avec une vingtaine de personnes et un détecteur de Horcruxes, on devrait réussir à le trouver avant la fin du match. Allons-y ! » Encouragea-t-il. Harry grimaça en comprenant qu'il était le détecteur.
Les élèves s'éparpillèrent dans la pièce de la taille d'une cathédrale, deux par deux. Draco marchait devant Harry, l'oreille et l'œil aux aguets. Le bas de sa robe était soulevé par ses pieds à chaque pas qu'il faisait. Le cœur de Harry battait dans ses tempes, il avait chaud et froid en même temps. Draco s'arrêta au pied d'une montagne qu'il observa de haut en bas, sa main droite triturant le nœud de sa cravate. Son visage pâle était complètement fermé.
La rivière dans le crâne de Harry se transformait en torrent. Il vit Draco déglutir et laisser retomber sa main, la peau de la même couleur que le col de sa chemise. Ses sourcils blonds se froncèrent lentement. Une veine sur sa tempe ressortait, violette, pulsante. Il entendit son souffle se bloquer dans sa gorge.
« Harry. » Dit-il d'une voix grave. « Ferme ton esprit. » Ordonna-t-il.
Harry secoua légèrement la tête et s'éclaircit la gorge, le sifflement magique faisant trembler son esprit.
« Si je le ferme, on ne trouvera jamais le Horcruxe là-dedans. » Répondit-il.
Draco tourna lentement la tête vers lui et Harry ferma les yeux pour échapper à son regard à la couleur glaciale. Il souffla doucement par le nez, écartant les nuages sombres dans son esprit, triant les lambeaux de sa peur, de sa peine, se frayant un passage à travers ses propres pensées pour trouver le chemin qui le guiderait à l'âme de Voldemort.
Une poigne de fer se ferma brutalement sur son avant-bras et il rouvrit les yeux avec un sursaut, rencontrant l'expression furieuse de Draco qui peinait à cacher son regard effrayé.
« Arrête ça tout de suite.» Dit-il lentement d'une voix rauque.
« Mais - » Protesta Harry.
« Le sifflement est assez fort. » Le coupa Draco avec urgence. « S'il-te-plaît. » Ajouta-t-il plus doucement. Harry soutint son regard, cherchant dans ses yeux cette peur qui lui retournait l'estomac et qui lui rappelait les hurlements dans les souvenirs de Snape et dans sa propre mémoire. Il hocha la tête, et Draco relâcha sa poigne. Il se détourna de lui et avança jusqu'à la montagne suivante, un bric-à-brac de tableaux noirs et de pupitres. Des guirlandes de papier s'enroulaient autour des pieds de quelques chaises, leurs feuilles découpées dans du parchemin ondulant doucement sous une brise inexistante.
Harry lui emboîta à nouveau de pas, se massant l'avant-bras.
Ils marchèrent longtemps à travers la pièce, croisant parfois d'autres duos d'élèves tout aussi bredouilles qu'eux. Le sifflement enveloppait la Salle des Objets Perdus sans réussir à leur donner une direction à suivre tant il était constant dans sa puissance. Le mal de tête de Harry s'intensifia, mais il s'attelait à tenir éloignée l'influence malfaisante qu'elle avait sur son esprit. Il fixait les cheveux blonds de Draco sans réellement les voir, se servant simplement de ce point de repère pour concentrer son effort. Son ami ne lui adressa pas une seule fois la parole, se contentant de lui jeter quelques coups d'œil pour s'assurer qu'il le suivait toujours. Malgré son expression neutre, Harry savait qu'il vérifiait qu'il ne laissait pas l'âme de Voldemort le corrompre plus encore. Il ne savait pas comment il faisait pour rester près de lui, sachant ce qui se cachait dans son crâne. A la place de Draco, il ne supporterait pas d'être dans la même pièce que lui.
Ils croisèrent Ron et Hermione, qui fouillaient un petit monticule de coffres éventrés et de malles en piteux état. De vieux balais magiques traînaient appuyés contre le manteau de bois d'une cheminée.
« Vous arrivez à sentir quelque chose ? » Demanda Ron en se redressant.
« Oui. » Répondit Draco en plongeant sa main libre dans la poche de sa robe noire. « Mais impossible de dire d'où ça vient. »
« Est-ce que l'armoire à disparaître que tu as réparée est toujours ici ? » Interrogea Hermione en se frottant les mains pour éliminer la poussière qu'il y avait dessus.
« Sans doute. Si nous la trouvons, il faudra la détruire. » Dit le Serpentard en détournant le regard, observant le capharnaüm d'un regard lointain.
« Il nous reste combien de temps ? » S'inquiéta Harry en tournant les yeux vers Ron.
« S'ils arrivent à faire traîner le match autant que possible, je dirais une heure. » Répondit son meilleur ami. « Espérons que Ginny - »
Ron fut coupé par un soudain hurlement qui les fit tous prendre une inspiration paniquée en tournant la tête vers le son.
« C'était Nott. » Souffla Draco avec les yeux écarquillés.
« Prenez un balai ! » Réagit Harry en plongeant en avant, la main se fermant sur un vieux Comète 260, vite imité par ses amis. Il l'enfourcha et fila en direction du cri de Nott, la baguette à la main, passant entre les montagnes de meubles et au-dessus des têtes d'autres élèves qui levaient le visage vers lui. Le sifflement s'intensifia, couvrant le bruit de l'air dû à sa vitesse. Draco le rattrapa et le dépassa, presque couché sur son balai, sa robe ondulant à l'horizontale au-dessus de lui.
Ils virent enfin Theodore, qui se tenait acculé contre une armoire, Goyle lui bloquant le passage avec un air mauvais. Une aura sombre l'enveloppait et la cicatrice de Harry se mit à brûler, son mal de tête prenant une telle intensité qu'il eut la sensation que son crâne se fendait. Draco se posa rapidement, se mettant à courir à peine les pieds au sol, et Harry l'imita avant de ne tomber de son balai. Il tituba dans la direction des Serpentards, la baguette crispée dans son poing.
Sa vision s'obscurcit tant la douleur dans son crâne était forte. Il put à peine voir Draco jeter un sort qui expulsa Goyle contre un sommier à la verticale qui s'écroula en arrière sous son poids. L'imposant garçon se redressa aussitôt alors que Nott courrait dans leur direction. Ron dépassa Harry en criant quelque chose d'inintelligible à ses oreilles.
« TOUT LE MONDE DEHORS ! » Hurla la voix amplifiée de Hermione, et Harry se couvrit les oreilles en gémissant, sentant ses genoux faiblir.
« Le Horcruxe. » Murmura-t-il plaintivement en fermant les yeux, tentant de bloquer toutes les agressions extérieures pour protéger son esprit. « Goyle a dû toucher le Horcruxe. » Il sentit la main légère de Hermione sur son épaule et il rouvrit un œil pour voir Ron et Draco se rapprocher d'un Goyle visiblement inconscient.
« Nott, qu'est-ce qu'il a touché ?! » Demanda Hermione avec urgence.
« Je ne sais pas ! » Gémit le jeune homme d'une voix paniquée. « Il fouillait par-là ! » Dit-il en désignant un amas de tables brisées et de boîtes de toutes les couleurs.
« Il faut le sortir d'ici ! » Cria Draco en tournant la tête vers eux. Il reçut un sortilège en plein dans la tempe et fut projeté vers eux, son corps glissant sur le parquet poussiéreux. Ron eut à peine le temps de se protéger que Goyle jeta un nouveau sort en se redressant. Tout le sang de Harry quitta son visage, et la douleur s'éteignit alors qu'il se précipitait vers Draco, manquant de rencontrer un sortilège jeté par Nott.
Tout semblait se dérouler au ralenti. Il voyait son ami pousser sur ses bras pour se redresser en grimaçant, du sang ruisselant d'un côté de son visage. Il entendit un sort inconnu sortir de la bouche de Goyle, Hermione crier un Stupefix, puis une chaleur intense lui souffler dessus alors qu'il atteignait enfin Draco. Celui-ci ne prit pas le temps de regarder Harry, son regard tourné vers Goyle s'embrasa brusquement, son regard devenant aussi orange que les flammes qui se précipitaient vers eux.
Ils furent expulsés contre des chaises renversées puis s'écroulèrent sur le sol. Les cris de leurs amis couvrirent momentanément le rugissement des flammes, et seules la panique et l'adrénaline purent forcer Harry à se relever malgré la douleur. Un monstrueux brasier enflammait la montagne de meubles contre laquelle ils avaient été projetés, éblouissant Harry et lui faisait soudainement perdre tout contact avec la réalité. Il était à peine conscient de la main qui agrippait ses vêtements dans son dos et qui le tirait en arrière. Il voyait des ombres danser, Ron porter Goyle sur son dos comme s'il ne pesait rien, et Hermione regarder dans toutes les directions en criant.
« POTTER ! » Hurla la voix de Draco derrière lui, et Harry tourna le visage vers lui, battant des paupières pour humidifier ses yeux secs et reprendre ses esprits. Le Serpentard le lâcha et lui jeta un balai qu'il ne réussit à attraper que lorsque celui-ci s'écrasa contre sa poitrine. « Il faut vérifier que tout le monde est sorti ! » Dit son ami avant de se détourner de lui pour remonter sur son propre balai, décollant à toute vitesse.
Harry l'imita sans réfléchir et fila vers le haut pour échapper aux flammes. La douleur dans son corps et dans sa tête refirent surface, et il fut enfin conscient de l'incroyable chaleur qui faisait coller ses vêtements à sa peau, du rugissement animal du brasier et de sa propre respiration erratique. Draco zigzaguait à une vitesse phénoménale entre les montagnes, disparaissant parfois de son champ de vision, et Harry se souvint pourquoi il volait lorsqu'il vit des élèves se précipiter vers la sortie. Il monta en piquet vers le plafond, et scanna la pièce à mesure qu'il progressait sous les voûtes. Draco réapparut soudainement, Luna agrippée à lui, et Dean le dépassa à dos d'un autre balai. Harry prit une direction opposée pour couvrir une autre partie de la pièce, les yeux bougeant à toute vitesse, observant le moindre mouvement à la recherche d'un élève.
La fumée le faisait tousser et sa vision fut rapidement troublée par des larmes, mais il réussit à apercevoir des explosions de couleur au-dessus de quelqu'un remuant les bras dans sa direction. Il fondit vers le bas à toute allure, reconnaissant enfin le visage d'un élève de Première Année de Serdaigle et celui d'Astoria Greengrass. Ils étaient deux ! Il ne pouvait pas transporter deux personnes !
Alors qu'il se posait près d'eux, il pointa sa baguette sur sa gorge en prononçant un Sonorus.
« J'AI BESOIN D'AIDE ! » Cria-t-il à plein poumon avant de se mettre à violemment tousser. Astoria pointa sa baguette vers le plafond et fit sortir de sa baguette une série de feux de détresse de toutes les couleurs qui explosèrent loin au-dessus d'eux. Dean dut les voir puisqu'il ne fallut que quelques secondes pour qu'il ne se pose à côté de lui. Les deux élèves grimpèrent rapidement derrière eux et ils filèrent vers la sortie.
« C'était les derniers, on a tout le monde ! » Cria Dean, le visage ruisselant de larmes dues à la fumée.
« Comment tu le sais ?! » Réussit à prononcer Harry malgré sa gorgée serrée et brûlante alors qu'ils contournaient un monticule d'armoires dont les flammes tentaient de leur attraper les jambes.
« Hermione nous a compté ! » Répondit Dean juste avant de foncer vers la sortie, Astoria fermement accrochée à sa taille, les yeux fermés et le visage figé dans une grimace terrifiée, Harry à leur suite.
Une explosion le propulsa en avant et il crut qu'il allait s'écraser contre le couloir du septième étage. Il dévia brutalement, évitant de peu un lustre éteint, mais son épaule rencontra tout de même le mur et il sentit l'élève derrière lui glisser du balai. Il jeta une main en arrière pour le rattraper, mais la douleur dans sa cicatrice s'intensifia avec une telle violence qu'il lâcha prise lui-aussi.
Avant de perdre connaissance, il entendit le hurlement de rage de Voldemort dans son crâne.
