Chapitre X
15 juin 2031, très tôt le matin. Eastbourne.
- J'ai vendu cette maison.
C'est la première idée qui me frappa lorsque je m'arrêtai devant la maison où j'avais vécu en compagnie de Jill.
Cette idée me bouleversa, me fit chanceler comme l'aurait fait une bourrasque de vent, un jour de tempête où j'aurais eu la drôle d'idée d'aller me promener en haut des falaises. C'est dur à avaler, mais j'avais fait cela.
J'avais vendu cette maison.
Celle qui renfermait tous les souvenirs de mon enfance, tous mes rires, tous mes pleurs. Toutes mes discussions avec ma tante, ma confidente. Toute ma vie, avant que celle-ci ne soit définitivement chamboulée.
Et même plus que mes souvenirs.
Cette maison renfermait très certainement plus que ce dont je pouvais me souvenir.
Cette idée me fit frissonner, alors même que les températures étaient plus élevées qu'elles ne l'étaient à Darlington.
- J'ai vendu cette maison, alors qu'elle est très certainement plus importante que n'importe quelle autre habitation de ma vie, grommelai-je entre mes dents. Pourquoi ai-je été aussi stupide ?
Je m'en voulus immédiatement d'avoir eu cette réflexion à voix haute. Camille se tourna vers moi, un sourire narquois collé au visage, et une expression d'immense félicité sur ses traits.
- Depuis le temps que je ne cesse de répéter cette vérité, tu acceptes enfin que je puisse avoir eu raison tout ce temps ?
- Va te faire voir, Camille, soupirai-je avec agacement.
Cassy nous observa avec un air de profond dépit, avant de hausser les épaules.
- Je vous laisse régler vos petites querelles. Moi, pendant ce temps, je vais faire quelque chose d'utile. Comme, par exemple, m'assurer qu'on puisse entrer dans cette maison sans se faire repérer immédiatement.
Aussitôt dit, aussitôt fait.
Je lançai un regard noir à Camille. Hors de question que je reconnaisse la moindre part de vérité dans ce qu'il avait pu dire. Je soupirai, et attendis patiemment que Cassy revienne, tentant de faire abstraction des milliers de souvenirs qui tentaient de se frayer un chemin au travers des limbes de ma mémoire.
Camille, s'il avait été sur la bonne voie pour se remettre à m'agacer, n'en fit cependant rien. De toute évidence, il était trop respectueux pour bouleverser ce moment. Il devait sentir à quel point il m'était difficile de revenir ici. Il savait ce que cela signifiait d'être sur des lieux qui représentaient une grande partie de notre bonheur – bonheur qui ne pourra plus jamais être atteint.
Et je crois que c'est par son silence, et par sa compréhension de mon état, qu'il réussit à me calmer. Mes souvenirs refluèrent. Jill n'apparut pas inopinément dans ma mémoire, nos soirées à deux sur le canapé ne vinrent pas troubler ma concentration. J'avais besoin de toutes mes facultés pour ce qui allait suivre, et le retour de Cassy ne me laissait pas de répit pour me remettre d'un trouble que j'aurais pu avoir.
J'inspirai profondément.
- Il y a du monde dans toutes les chambres, nous prévint-elle. L'opération va être plus délicate que chez tes parents, Astrid.
Je hochai la tête. Je n'étais pas surprise. J'avais vendu cette maison à une première famille, et à supposer que, peut-être, elle avait pu être revendue, sa localisation et son agencement en faisait une habitation parfaite pour une famille. Forcément que toutes les chambres allaient être occupées.
- Très bien, murmurai-je.
Je fis un pas en avant, me projetant des années en arrière, lorsque suivre ce chemin faisait partie de ma routine.
- Est-ce que tu veux que l'on t'accompagne, cette fois ? s'enquit Cassy.
Je n'eus pas à répondre.
- Non, dit Camille à ma place. Cela reste sa mission. Sa maison. Sa tante. Sa famille. Son histoire… C'est à elle de faire cela. Et, de toute façon, elle sait bien mieux que nous où se trouve la plinthe qui n'est pas réparée…
L'argument avait beau me paraître de poids, Cassy n'en tira pas moins une moue peu convaincue. Cependant, Camille posa la main sur son coude, l'attirant à lui. Elle fit un pas en arrière, l'air contrarié, mais toutefois résignée. J'adressai un bref regard à Camille, en espérant qu'il l'accepte pour ce qu'il était : des remerciements.
- Très bien. Mais au moindre problème, fais-nous le plaisir de lancer des appels de détresse ! grommela Cassy.
Je hochai la tête, même si je ne me faisais pas d'inquiétude. Il n'y avait aucun risque que quelque chose tourne mal. Nous avions une longueur d'avance sur nos ennemis, j'en étais certaine.
J'inspirai un grand coup, puis passai au-dessus de notre petit portail – de ce qui fut notre petit portail. Cette maison ne m'appartenait plus, même si j'étais persuadée qu'une partie de ma vie y était encore dissimulée.
Gardant une façade impassible, alors que mon cœur battait la chamade, je sortis ma baguette, et lançai tous les sortilèges nécessaires à une entrée discrète dans la maison.
Ainsi, aucun gond ne grinça lorsque j'ouvris la porte.
Aucune alarme ne se déclencha.
Aucun chien ne vint m'aboyer dessus.
Aucun Moldu ne se réveilla.
La maison était étrangement calme. Je ne l'avais plus vue ainsi depuis mes sept ans, époque où je me réveillais souvent la nuit. C'était il y a vingt ans…
Chassant toujours les souvenirs qui frappaient contre le verrou mental que je m'étais instauré, je pris le chemin que j'avais tant de fois emprunté, et qui menait à ma chambre. Je n'avais aucune envie de m'attarder dans ces pièces, je n'avais pas le moindre désir de constater que l'aménagement des meubles n'avait plus rien à voir avec ce que j'avais connu, avec les lieux où j'avais vécu.
L'escalier ne grinça pas lorsque je grimpai les marches, et j'arrivai sur le palier sans encombre. Je me dirigeai vers ma chambre, rejetant furieusement l'envie pressante d'ouvrir la chambre de Jill afin de l'observer une dernière fois.
Ce n'est plus la chambre de Jill, me morigénai-je en me forçant à avancer.
C'est une fois devant ma chambre que j'eus plus de mal à faire le moindre mouvement.
C'était ma chambre, la dernière fois que j'y avais pénétré. Aujourd'hui, elle serait celle d'une autre personne, quelqu'un que je n'avais jamais rencontré, une personne qui se l'était totalement appropriée, qui l'avait aménagée d'une façon différente, qui aurait effacé toute trace de ma présence.
J'aurais eu besoin de préparation, pour entrer dans cette pièce, et être moins choquée. Malheureusement, je manquais cruellement de temps, et ce dans toute cette histoire. Chaque seconde que je passais à me questionner était une seconde de moins avant de me faire attraper. Il était temps d'attraper le dragon par les écailles. Je calmai ma respiration, et entrai dans la pièce.
J'aurais voulu fermer les yeux.
Je ne le pouvais pas.
Chaque détail qui était différent de mes souvenirs était un poignard s'enfonçant lentement dans ma poitrine, rendant l'agonie de plus en plus longue, de plus en plus douloureuse. Je me contins de justesse, m'évitant de suffoquer face à toutes les émotions qui me frappaient comme l'aurait fait un Cognard enragé.
Je n'étais pas prête pour cette épreuve.
Je crois même que je n'étais prête pour aucune des épreuves qui allaient suivre.
Car, je supposai que les souffrances n'allaient pas cesser lorsque je serais sortie de cette maison.
Une petite tête brune dormait sur un lit, qui n'était pas à la place que j'avais attribuée au mien. Je m'approchai, pleine de curiosité.
Les sourcils froncés, le garçon semblait en proie à des rêves qui lui étaient propres. J'aurais aimé retrouver son innocence.
Cela faisait bien longtemps que je n'avais pas connu un sommeil calme et réparateur.
Ce n'était pas le moment d'avoir de telles réflexions. J'avais une mission à remplir, et le temps pressait.
Je me dirigeai donc vers la plinthe que je savais branlante, espérant que le sortilège qui devait la protéger n'avait pas cessé de faire effet.
J'avais eu le temps de réfléchir, depuis notre départ de Darlington. Pour que cette plinthe n'ait jamais été réparée, c'était obligatoirement parce qu'un sortilège la protégeait d'une quelconque modification.
Mais si le sortilège avait été lancé par ma mère, maintenant qu'elle était décédée, il ne devait plus faire effet…
Le cœur battant à tout rompre, je m'agenouillai devant le mur, et posai mes mains sur le bout de bois, repeint en blanc. Immédiatement, je respirai plus calmement.
Il y avait du jeu. La plinthe n'avait pas été réparée.
C'était une chance inouïe, et j'allais la saisir à pleine main.
Lentement, en m'assurant de faire le moins de bruit possible, je déplaçai le bout de bois, avant de le poser à la verticale contre le mur. Je soufflai. Le plus dur avait été fait.
Je me tournai vers le lit.
Pas le moindre mouvement de la part du garçon. Il dormait du sommeil des justes.
J'eus un sourire amer.
C'était certainement parce que je ne faisais pas partie de la catégorie des justes que mon sommeil avait tant pâti.
Je revins à mes dragons, et m'allongeai sur le sol, de sorte à avoir une vue large sur ce que pouvait bien dissimuler la plinthe.
Rien.
Mon cœur manqua plusieurs battements.
Ce n'était pas possible, je refusai d'avoir eu tort.
Quelque chose était forcément dissimulé derrière cette plinthe non fixée.
Je me forçai à respirer profondément, et à réfléchir. Ce n'était pas en paniquant et en m'agaçant que, soudainement, un indice allait m'apparaître. Il était temps pour moi de plonger mes mains dans mon passé. Je glissai donc une main dans le vide créé par la plinthe ôtée, et lentement, je glissai sur la surface, espérant trouver quelque chose sous peu.
De la poussière, des insectes morts… Ma main rencontrait beaucoup de substance, mais rien qui ne m'intéressait. J'aurais volontiers lancé un sortilège, mais d'abord, un Accio n'aurait pas servi à grand-chose puisque je n'étais pas certaine de ce que je recherchais, et ensuite, je craignais trop que les Aurors surveillent étroitement tous les lieux qui m'étaient rattachés. Sans compter que cette maison n'était plus censée regorger de magie, puisque je l'avais ôtée du registre du Ministère… J'allais donc continuer à me salir les mains. Je grimaçai, soudain contente que Camille ne soit pas présent. Il en aurait certainement profité pour me faire remarquer que mon statut de princesse était totalement mérité, vu la tête que je faisais pour être en contact avec rien de plus qu'un peu de poussière.
J'avançai lentement, minutieusement, craignant trop de rater le moindre indice. Il me fallut parcourir toute la plinthe, sans rien trouver, pour que mes espoirs partent petit à petit en fumée. Ce n'était pas possible. Je ne croyais pas aux coïncidences. Deux plinthes ne pouvaient pas être branlantes de la même façon, dans la même configuration de deux pièces séparées par des centaines de kilomètres, par simple hasard. J'avais forcément raté quelque chose. Même si cela ne me plaisait pas, j'allais être forcée de recommencer une fouille minutieuse.
Prête à remettre mes mains dans la poussière, je me déplaçai, et fis le même chemin qu'auparavant, ma main parcourant l'interstice dans l'autre sens. J'appuyai partout, espérant déclencher un mécanisme quelconque. Rien. Je commençai à enrager. Mes parents n'étaient déjà pas des personnes dont j'avais une haute estime, mais si en plus ils me laissaient de faux indices, j'allais encore plus les détester, si seulement cela était possible. En plus, comme ils étaient tous deux morts, je n'avais aucun moyen de me venger d'une quelconque façon sur eux. Raison de plus pour enrager et les haïr pour n'avoir laissé aucun indice.
C'est certainement parce que je me retenais d'insulter Merlin pour extérioriser ma rage que celui-ci m'envoya un signe.
Il y avait un recoin, tout au bout de la plinthe, là où j'avais débuté. Je ne l'avais pas vu, et je n'avais pas pensé à le chercher, la première fois que j'avais exploré la cavité. Mais là, je l'avais dans ma ligne de mire. C'était à peine visible, mais j'étais une Invisible, dans le fond. J'avais eu une formation pour rechercher ce que tout le monde allait rater. Je voyais donc forcément cette cavité, maintenant qu'elle était là, sous mes yeux.
J'aurais voulu inspirer profondément, mais j'avais trop peur que le bruit réveille le garçon qui dormait. Alors, je gardai mon calme, et invoquai toutes les puissances sorcières, en espérant que celles-ci m'entendraient, que j'allais trouver ce que j'étais venue chercher.
Même si je n'avais pas la moindre idée de ce que cela pouvait être.
Je passai ma main dans le recoin, et fouillai. Immédiatement, sa surface me parut trop grande. Un sortilège y avait été lancé. Je fermai les yeux, et sentis un fourmillement dans mes muscles. Soit je sentais la magie, soit l'excitation était à son comble. Ou bien, peut-être était-ce un peu des deux. Toujours était-il que mes doigts finirent par effleurer un objet rond et froid. Intriguée, j'avançai ma main aussi loin que je le pus, jusqu'à avoir assez de prise pour refermer mes doigts sans craindre de perdre l'objet lorsque je le sortirais de sa cachette.
Lorsque ce fut fait, je ne l'observai pas immédiatement, préférant repartir à mon exploration. Je n'allais certainement pas prendre le risque de repartir en laissant le moindre indice dans cette cavité. C'était totalement exclu, ma conscience ne me le permettrait pas.
Je fis bien. Je frôlai un autre objet, et le fis glisser jusqu'à moi. Je repartis à mon exploration mais, cette fois-ci, ne trouvai rien de plus. J'avais fini mon travail. Plus d'indices qui m'attendaient.
Je jetai un coup d'œil au garçon, puis à son réveil. Il dormait encore, et je doutai qu'il se réveille alors qu'il était cinq heures du matin, mais il valait tout de même mieux que je me dépêche de partir. Toujours sur le sol, je regardai tout de même ce que j'avais trouvé, dissimulés dans le mur. Ne serait-ce que pour m'assurer que ce n'était pas dangereux, et que je ne risquais pas de nous faire exploser, si jamais les objets étaient ensorcelés pour ne pas être ouverts par des Invisibles.
Le premier objet était une flasque, rempli d'un liquide argenté. Des pensées. Je fronçai les sourcils. Je n'étais pas certaine que c'était ce que nous recherchions. Cela dit, nous allions bien devoir faire avec ce que nous trouvions. Je me demandai toutefois à qui ces pensées pouvaient appartenir. À l'un de mes parents, ou bien à une autre personne de mon entourage ? C'était un grand mystère… Je rangeai cependant la flasque dans une poche. Ce n'était pas le moment pour ces questions. J'aurais les réponses bien assez tôt, je n'en doutais pas. Je regardai rapidement le second objet.
C'était un collier, auquel était accroché un médaillon. Cette histoire était de plus en plus bizarre. Le médaillon représentait un calice, qui me disait vaguement quelque chose. C'était certainement historique. Je n'avais pas le temps de me pencher dans mes souvenirs, mais j'avais épluché beaucoup de livres d'histoire lorsque j'étais à Poudlard, et également lorsque j'étais une Invisible. J'adorais l'Histoire, pour une raison que j'ignorais. Je ne savais juste pas ce que représentait ce calice-ci. Je tournai et retournai le médaillon entre mes mains, fascinée par la finesse de son dessin, mais également par son poids. Je ne m'attendais pas à une telle lourdeur au creux de ma main.
Et puis, je vis le mécanisme. Je l'approchai de mon œil. Une petite fente était visible. Je glissai mon ongle. Un déclic à peine audible se fit entendre, me faisant presque sursauter. Le calice se scinda en deux dans sa longueur. Au creux de celui-ci se tenait une minuscule clé en or massif.
- C'est quoi ce bordel ? ne pus-je m'empêcher de marmonner.
Je refermai rapidement le calice, le mécanisme s'enclenchant à nouveau. Je n'avais pas le temps de réfléchir à cela. Je devais aller retrouver Camille et Cassy, c'était le plus important à présent. Je me redressai, repris la plinthe et la remis à son emplacement habituel. J'hésitai un instant à fixer définitivement son problème, avant de me reprendre. Ce n'était plus ma maison. Je n'avais plus le droit de faire cela. Cette maison ne m'appartenait plus depuis des années. Je devais laisser les choses telles qu'elles étaient, même si cela me fendait le cœur. Je glissai le médaillon autour de mon cou, et fis demi-tour, prête à partir, avant de me figer.
J'étais observée. Le garçon s'était réveillé. Ses yeux étaient à peine ouverts, pleins de sommeil, et il luttait clairement pour savoir si j'étais un rêve ou une réalité. Mais il était éveillé, et c'était le plus grave.
- Vous êtes une fée ? marmonna-t-il d'une voix pâteuse.
Je retins ma respiration.
Et puis, je fis quelque chose de clairement irréfléchi. Je m'approchai du lit, caressai ses cheveux, et hochai les yeux.
- Une fée, oui.
- Comme la fée Morgane ?
J'étais surprise qu'il fasse allusion à Morgane. La demi-sœur d'Arthur n'était pas la première à laquelle je pensais lorsque je songeais à des fées, mais somme toute, si ce gamin était passionné des chevaliers de la table ronde… rien ne l'empêchait de vouloir croiser la fée Morgane. Moi-même, à son âge, je rêvai de replonger à l'époque des Templiers, même si mon manque de courage était clairement un frein pour vivre à cette époque.
- Oui, murmurai-je. Morgane, c'est bien moi.
Je me saisis du calice.
- J'ai cru que le Graal était gardé ici, mais je me suis trompée…
Je glissai une main dans les cheveux du petit garçon, dont les yeux se refermaient déjà, prêts à repartir au pays des rêves.
- Rendors-toi. Nous ne viendrons plus t'embêter.
Il m'avait déjà oubliée. Il dormait à nouveau. Je respirai profondément, et regardai un peu mieux sa chambre. Des dizaines de reproduction de chevaliers étaient affichées au mur, et des figurines étaient installées sur toutes les étagères. Je hochai la tête. Effectivement, ce garçon vivait au milieu des chevaliers. Par curiosité, je m'approchai de sa table de chevet. Une fiction sur le roi Arthur était sa lecture du moment. Je comprenais mieux pourquoi il avait tant souhaité voir apparaître la fée Morgane. Pourquoi ne m'avait-il pas prise pour Guenièvre, ça, en revanche, je n'en avais pas la moindre idée…
Je n'avais plus rien à faire ici. Il fallait que je m'en aille. Essayant de faire taire la douleur et la tristesse qui se battaient en duel dans ma poitrine, je partis aussi rapidement que je le pouvais de la maison, sans faire un vacarme qui réveillerait tout le monde. Je ne voulais plus être rattachée à cette maison. Je voulais partir, oublier toutes les années heureuses que j'y avais passées, je ne voulais plus penser à Jill et à la bienveillance dont elle avait toujours fait preuve à mon égard.
Je ne voulais plus regarder cette photographie de mon bonheur. Cela me faisait bien trop mal. J'avais trouvé le bonheur autrement, ailleurs.
Il y avait même des secondes où j'arrivais à me persuader que j'avais raison de croire cela.
Je descendis les escaliers le cœur lourd, et fis semblant de rien lorsque mon cœur se pinça alors que la porte se refermait derrière moi. C'était fini. Je ne viendrai plus jamais ici. Je n'aurai jamais de raison de revenir. Étrangement, réaliser cela me fit plus de mal que la première fois, lorsque j'avais vendu la maison, alors que j'étais encore à Poudlard. Les aléas des années qui passent, certainement.
Je traversai la petite cour, via cette allée que j'avais tant de fois empruntée, et rejoignis Camille et Cassy.
- Alors ? s'enquit Cassy.
Mais Camille ne me laissa pas le temps de répondre. Il se précipita vers moi, et porta la main à ma poitrine, avant de tirer sur le médaillon, les yeux exorbités. Cassy haussa les sourcils, en même temps qu'un sourire moqueur se peignait sur ses lèvres.
- Tu voles, maintenant ? se moqua-t-elle.
Une fois encore, je n'eus pas l'occasion de lui dire ce qu'il en était. Camille secouait la tête, incrédule, mais ce fut lui qui répondit à ma place.
- Incroyable. Il était là, tout ce temps… C'est tout ce qu'il y avait ?
- Non, il y avait aussi cela, dis-je en sortant la flasque de ma poche. Des pensées… Tu connais ce médaillon ? dis-je cependant.
- Oh, oui, murmura-t-il. Il a rendu fou tous ceux qui ont fait la descente chez tes parents. Des journées entières de recherche, sans jamais mettre la main dessus.
Il caressa le médaillon, et secoua la tête, avant de regarder autour de nous.
- Ce n'est pas le lieu pour discuter de cela. Cassy, est-ce que tu sais où nous pourrions aller ? On retourne chez ton grand-père ?
Cassy secoua la tête.
- Non, surtout pas. Pas tant que nous n'avons pas terminé notre affaire. Je connais un endroit parfait.
- Il nous faudra une pensine, lui rappelai-je en désignant la flasque.
Elle hocha la tête, souriant.
- C'est bien ce que je dis. Je connais l'endroit parfait. Si vous voulez bien me suivre…
Elle nous tendit les bras. Soupirant à l'idée d'être à nouveau escortée, mais n'ayant pas d'autres choix, je pris son bras. Moins d'une seconde après que Camille en ait fait de même, Eastbourne n'était plus qu'un lointain paysage.
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15 juin 2031, huit heures trente. Une grotte à flanc de l'Himalaya.
Camille jeta une nouvelle brassée de bouts de bois sur le feu qu'il avait allumé. La température était à peine supportable, mais en tant qu'Invisible, nous avions connu bien pire.
- Nous sommes où ? m'enquis-je alors qu'il sortait des vivres du sac que Cassy et moi avions rapporté de Pokhara.
Le Népal était un pays que je n'avais jamais visité, mais Cassy le connaissait assez bien, apparemment. En tout cas, assez bien pour nous indiquer où trouver de quoi nous nourrir à Pokhara, sans attirer l'attention sur nous.
Et aussi, assez bien pour nous emmener dans cette grotte à flanc de montagne, dans laquelle se trouvait toutes sortes de commodités, et même une pensine.
- C'était la cachette d'un Rapace Nocturne que j'ai arrêté, nous expliqua Cassy. Je n'ai jamais mentionné sa planque, me disant qu'un jour ou l'autre, peut-être bien que celle-ci pourrait me servir, et qu'il valait mieux qu'elle ne soit pas connue des autres… J'ai bien fait, pas vrai ?
- Tu as extrêmement bien fait, reconnut Camille.
Cela me faisait du mal de l'admettre, mais Camille avait entièrement raison. À l'heure actuelle, je ne doutais pas que mes propres planques étaient gardées par plusieurs Aurors, tout comme tous les lieux où j'aurais pu me rendre. C'était d'ailleurs surprenant que la maison de Jill n'ait pas été plus surveillée que cela… Mais peut-être les Aurors ne s'attendaient-ils pas à ce que nous côtoyions notre ancienne vie, seulement celle que nous connaissions en tant qu'Invisible ? Cela ne serait pas si étonnant que cela.
Nous nous servîmes de quoi nous sustenter. Je détestais toujours autant prendre un petit-déjeuner, mais j'étais passée par tellement d'émotions au cours de cette seule nuit que je ne pouvais pas faire autrement que manger. J'avais l'impression d'en avoir besoin pour tenir debout malgré tous les souvenirs qui avaient troublé mon esprit ces dernières heures.
Cassy avala d'une traite des fruits en tout genre, faisant passer le tout avec une boisson chaude que je ne sus identifier, et qui paraissait être une spécialité locale. Ne prenant aucun risque pour ma part, je me contentai d'une tasse de thé, et d'un peu de pain, façon locale. Un délice, même si cela me paraissait étrange de l'admettre. La dernière fois que j'avais pris un petit-déjeuner, j'avais été forcée par Jill, et j'avais huit ans.
- On commence par quoi ? s'enquit Cassy en mâchant un énième fruit. Par le médaillon, ou par les pensées ?
- Le médaillon, répondis-je immédiatement.
Je l'ôtai de mon cou, et le posai sur le sol. Aussitôt, les yeux de Camille s'illuminèrent, et se posèrent dessus, comme attirés par un aimant. Le calice brillait doucement, son éclat se modifiant selon la courbe des flammes.
- Ce médaillon nous a rendus totalement fous, murmura Camille. Nous n'arrivions pas à mettre la main dessus, et toi, tu le retrouves comme ça…
Il s'installa sur un bout de bois, taillé de sorte à faire un siège presque confortable. À aucun moment il ne quitta le médaillon des yeux.
- Comme tu le sais, nous avons fait une descente chez tes parents. Ton père nous a résisté, et est décédé sur les lieux. Ta mère était à l'étage, et est descendue précipitamment… Mais à ce moment-là, nous pensions qu'elle n'était pas une Rapace Nocturne, qu'elle faisait partie de la couverture de ton père. Et puis, nous avons compris que c'était toi, la couverture. Seulement toi. Alors, on a questionné ta mère autant qu'on a pu. Mais surtout, nous avons examiné sa baguette, afin de savoir quels étaient ses derniers sortilèges, qui l'avaient retenue à l'étage. Et là, au lieu de découvrir des sortilèges de protection, ou d'attaque, nous avons simplement découvert des sortilèges de dissimulation. Nous avons rapidement compris de quoi il retournait, parce que ta mère n'a pas eu le temps de cacher tout ce qu'elle voulait. Il suffisait de regarder les photos pour nous rendre compte qu'elle avait modifié des petits détails sur les photos de famille. Sur certaines, tu apparaissais encore avec ce médaillon autour du cou. C'est une représentation du Graal, selon le Gobelin Gragnorka.
Je regardai le collier, surprise. Je n'en avais bien évidemment aucun souvenir.
- Isabella Smith n'a jamais voulu nous dire pourquoi elle cherchait absolument à faire disparaître ce médaillon de toutes les photos. Forcément, nous nous sommes dit qu'il était plus qu'important, et qu'il nous permettrait certainement de mettre la main sur tous les secrets qu'elle nous dissimulait. Mais nous avons eu beau la questionner, la menacer, et lui faire subir les tortures de nos interrogatoires, rien à faire. Elle n'a jamais lâché le morceau. Nous avons bien tenté de voir si tu portais le médaillon autour de ton cou, mais lorsque nous sommes arrivés chez ta tante, pour annoncer le décès de tes parents, celle-ci nous a affirmé que tu n'avais jamais porté de collier de toute ta vie. Je suppose que ta mère avait modifié ses souvenirs, puisque ce médaillon existe bel et bien…
Je voyais dans le regard de Camille qu'il voulait toucher au médaillon, mais qu'il n'osait pas, aussi lui tendis-je le collier, afin qu'il s'en empare, ce qu'il s'empressa de faire.
- Très bien, c'était une belle histoire, commenta Cassy. Mais elle ne nous avance pas vraiment, puisque nous ne savons pas du tout ce qui peut rendre ce médaillon si spécial.
Je ne dis rien pendant quelques secondes, alors qu'ils soupesaient et observaient, à tour de rôle, ce médaillon que j'avais retrouvé. Puis, lorsqu'ils eurent terminé leur inspection, je récupérai le calice, et refis l'opération que j'avais faite dans la chambre à Eastbourne. Le même déclic se fit entendre, quoi que de façon moins bruyante, les alentours n'étant pas plongés dans le silence comme la chambre du petit garçon. Le calice s'ouvrit à nouveau, et la même clef apparut. Aussi minuscule et brillante qu'à Eastbourne, et aussi intrigante. Je n'avais pas la moindre idée de ce qu'elle pouvait ouvrir.
Cassy et Camille m'observaient faire avec grand intérêt.
- J'ai un peu observé l'objet dans la chambre, avouai-je.
Aussitôt, l'air réjoui de Camille se renfrogna.
- J'avais espéré que tu avais soudainement eu des souvenirs, et que c'était cela qui t'avait poussé à découvrir le mécanisme… Tant pis, tu ne sauras pas nous dire ce qu'elle peut bien ouvrir, soupira-t-il. C'est toujours mieux que rien. Est-ce que je peux regarder la clef ?
Je hochai la tête, et la lui tendis délicatement. Elle était à peine plus grande qu'une phalange, mais les détails étaient impressionnants. Camille l'observa, sortit sa baguette et créa une loupe à partir d'un bout de bois, afin de mieux observer les motifs qui ornaient la clef. Il secoua ensuite la tête.
- Non, rien… J'ai cru un instant que les symboles allaient me faire découvrir quelque chose, que nous en saurions plus sur ce que cette clef pouvait bien ouvrir…
Je l'avais moi-même espéré en le voyant faire, mais je me doutais qu'il fallait se creuser davantage les méninges avant de trouver ce à quoi correspondait cette clef.
Cassy observa à nouveau la clef, sans prendre la loupe que Camille lui tendait. Apparemment, elle ne pensait pas découvrir quelque chose de plus, et préférait observer l'objet avec ses propres yeux, sans artifice. J'attendis qu'elle ait terminé pour lui poser une question primordiale.
- Et pour les pensées ?
Elle se leva souplement, et partit au fond de la grotte, avant de revenir rapidement avec une Pensine grossière, pas comme celle que nous avions utilisée à Poudlard. Celle-ci avait été créée sommairement, simplement pour être utile, et non pas pour décorer.
- Nous allons glisser les pensées là-dedans. J'espère que nous en apprendrons plus…
Je sortis la flasque de ma poche. Je n'étais pas certaine d'être prête à affronter ces souvenirs, surtout que je n'étais pas certaine de leur appartenance.
Ou, plutôt, si, je commençais à m'en douter. Si ma mère effaçait les traces de l'existence du médaillon, c'était parce qu'elle ne voulait pas qu'il soit découvert. C'était pour cela qu'elle l'avait caché à Eastbourne, dans la maison de Jill. J'étais certaine que c'était aussi elle qui avait dissimulé des pensées.
Les siennes.
Je n'étais pas prête à affronter ses pensées. Pourtant, j'allais devoir le faire. Assumer de voir les pensées d'une femme que j'avais privé de tout sentiment de joie.
Une femme sur laquelle j'avais lancé les Détraqueurs.
Je sortis de mon esprit pour constater que Camille m'observait attentivement. Il ne fit cependant aucun commentaire. Il se doutait certainement de ce qui me tourmentait. Cela me fit du mal de l'admettre, mais Camille me connaissait de mieux en mieux. En fait, il m'avait sûrement toujours connue parfaitement, et c'était certainement pour cela qu'il n'avait jamais rien fait pour que nous nous appréciions. Il préférait me détester plutôt que d'apprendre à me connaître, et m'aider à me défaire de mes démons.
- Cassy, tu es prête à te plonger dans les pensées de… ma mère, je suppose ? lui demandai-je.
Cassy secoua la tête.
- Vous ne croyez pas que cette clef peut ouvrir un coffre ?
- J'en doute, répondit Camille. J'y ai pensé aussi, avoua-t-il. Mais aucun coffre à Gringotts ne possède de serrures aussi petites.
- Un coffre familial, non, c'est certain, reconnut Cassy. Enfin, je ne suis jamais rentrée en Gringotts, mais j'en ai beaucoup entendu parler. Mais un coffre… plus petit ? Comme un coffre personnel ?
Je fronçai les sourcils. Je n'avais pas connaissance de tels coffres à Gringotts, mais cela ne me paraissait pas improbable. Le mieux aurait été de demander à mon beau-frère et à sa femme, qui y travaillaient, mais je n'étais définitivement pas en mesure d'arriver chez eux pour leur demander un tel renseignement, sans préambule et alors que j'avais disparu depuis plusieurs jours, sans donner trace de vie.
- Remontre-moi la clef, s'il te plaît.
Elle me tendit le médaillon et la clef, et je l'observai plus attentivement. Puis, je pris le médaillon. C'était subtil, c'était vrai, mais c'était pourtant présent.
- C'est du travail de Gobelins, finis-je par dire.
Je n'étais pas une professionnelle en la matière, mais j'avais vu certains de leurs artefacts, et je me doutais que ceux-ci en étaient.
- Et puis, ça serait plutôt logique, non ? Mes parents travaillaient à Gringotts, et s'occupaient des finances des Rapaces Nocturnes…
Je trouvais pour ma part que c'était aussi un mouvement très risqué de la part de mes parents que de laisser leurs affaires dans le même chaudron, mais après tout, peut-être s'étaient-ils dit que la politique des Gobelins empêcherait les Invisibles d'aller trop fouiner. De toute évidence, c'était bien le cas, puisque Camille et Cassy ne me contredisaient pas en disant qu'ils avaient déjà fouillé tout Gringotts.
Je les regardai à nouveau.
- Eh bien, peut-être que ça sera notre nouvelle étape, reconnut Camille. Mais d'abord, allons un peu fouiller dans la mémoire de ta mère…
Je lui tendis la flasque, et il se dépêcha d'en faire tomber le contenu dans la Pensine. Puis, d'un coup de baguette magique, il anima les pensées, afin de les faire défiler sans que nous ayons à glisser notre tête, à tour de rôle, dans le récipient trop petit pour nous permettre d'y tenir à trois.
La tête qui apparut tourbillonna un peu, comme à la recherche de son meilleur profil. Le souvenir finit toutefois par s'immobiliser et, si je n'avais aucune image nette d'elle, en tout cas pas en aussi bonne forme, je n'eus toutefois aucun mal à reconnaître ma mère.
Nous nous ressemblions beaucoup, même si cela me faisait du mal de l'admettre.
Mais ce qui me fit le plus mal, ce fut d'entendre sa voix. Sa vraie voix. Lorsque j'étais allée à Azkaban, accompagnée d'un Détraqueur, la voix de ma mère était déformée par la maladie, le froid, les suppliques qu'elle me jetait.
Aujourd'hui, le ton de ses paroles était bien plus posé, malgré la vitesse à laquelle elle débitait ses mots. Je retins quelque peu mon souffle, tentant de croire que je n'étais pas en train de paniquer à l'idée de comprendre ce qui planait autour de moi.
- J'espère sincèrement que la personne qui écoute ces mots sera toi, Astrid. Je l'espère et, d'un autre côté, je le désespère. Car cela voudrait dire que le fils de Cole est après toi. Car cela voudra dire que je n'ai pas pu te protéger. Que personne n'a pu te protéger… Et que tu as dû fouiller dans tes pensées pour savoir où j'avais caché les miennes…
Ma mère prit une grande inspiration. Son regard se fit plus profond, plus intense.
- Tu ne t'en rappelles sûrement plus, du moins, pas si j'ai correctement effacé tes pensées. Et je l'ai fait, j'en suis certaine. J'étais une excellente Rapace Nocturne.
Ma mère eut un drôle de sourire, que j'eus du mal à qualifier, avant de finalement comprendre. Elle s'auto-congratulait. Elle était fière de ses capacités magiques, et elle le faisait savoir. Pour ma part, je n'avais su développer cette capacité que tardivement, après avoir rejoint les Invisibles.
- Parler de moi au passé est étrange…, marmonna-t-elle avant de finalement se reprendre. Mais pas impossible. Surtout pas alors que ta survie en dépend.
Elle leva son poignet gauche, et jeta un œil à sa montre.
- Si mes calculs sont exacts, et je suis certaine à quatre-vingt-dix pour cent qu'ils le sont, les Invisibles devraient arriver chez nous d'ici deux heures. Ce qui me laisse le temps de tout t'expliquer.
Je serrai les poings, impatiente d'enfin en savoir plus, mais également craintive de ce que j'allais découvrir. S'il s'agissait d'un tel secret, si celui-ci avait traversé les années, je doutais l'apprécier positivement.
Une main amicale se posa sur mon épaule, mais je ne pris pas la peine de vérifier à qui elle appartenait. Je craignais trop de rater le moindre mouvement de ma mère, la moindre de ses expressions faciales. Je n'en avais aucun souvenir, et sa tête, ranimée grâce à cette pensine, était la seule image que je n'aurais jamais d'elle. Je refusais de laisser passer cette chance de mettre un visage sur cette personne que j'avais passé tant d'années à idolâtrer, puis à détester.
- Tu es née dans un climat plutôt propice, il faut que tu le saches. Les sorciers n'étaient plus vraiment en guerre, à part ceux qui s'opposaient aux Rapaces Nocturnes. La communauté sorcière était en paix, et c'était un véritable sentiment de joie qui aurait dû m'envahir lorsque j'ai su que j'étais enceinte. Sauf que ça n'a pas été le cas. J'étais au sein des Rapaces Nocturnes depuis mes vingt ans, tout comme ton père, et dans cette organisation, avoir un enfant signifiait être faible. J'ai craint longtemps que Cole nous oblige à t'abandonner ou, même, à ne pas te donner la vie. C'est pour cela que j'ai mis tant de temps à lui avouer que j'étais enceinte…
Certainement de façon inconsciente, ma mère posa une main sur son ventre, comme si elle se rappelait des sensations qu'elle avait ressenties lorsqu'elle m'avait porté. Je gardai un visage stoïque.
Sauf que mes sentiments, eux, étaient en ébullition.
- Ton père était plus serein. Pour lui, rien ne pouvait nous arriver. Il était persuadé que nous étions intouchables. Bien évidemment… Ton père était un grand idéaliste, tu ne le sauras jamais, alors, tu dois me croire sur paroles. Mais pour lui, aucun mal ne pouvait nous être fait, du moins, pas en interne. Jamais Cole ne se débarrasserait de ses bras droits… Il le croyait sincèrement, et je ne pouvais pas réellement l'en blâmer. Il ne savait pas tout ce que moi, je pouvais savoir.
Le regard de ma mère se fit soudainement extrêmement dur. Je retins mon souffle.
- David ne savait pas… Mais l'ancien bras droit de Cole était décédé, et le récit de sa mort connaissait deux versions. La version officielle, et la version officieuse. Selon la version officielle, il avait été tué par les Invisibles. La version officieuse est bien moins reluisante. Je le sais, parce que j'étais présente, le jour de sa mort.
Son sourire spécial, à nouveau, structura sa figure.
- Les Invisibles n'avaient rien à voir avec son décès. C'est ma baguette qui l'a tué. Parce que Cole me l'avait demandé. C'était son bras droit depuis le début, et il avait, rien qu'une fois, tremblé, hésité à suivre un ordre. Cette banale hésitation l'avait discrédité à jamais aux yeux de Cole. Il était mort, de ma propre main. Alors, sincèrement, je savais que Cole pouvait nous faire du mal si jamais il pensait que nous pouvions être une entrave à son travail. Oh, oui, j'en avais totalement conscience…
Ma mère se fit silencieuse. J'étais prête à parier qu'elle revivait, au moment de faire ce journal intime à mon intention, le jour où elle avait tué l'ancien bras droit de Cole.
- Me tuer, te tuer, tuer ton père… Il n'aurait jamais hésité un instant. C'est pour ça que j'ai eu une idée. J'ai essayé de le doubler.
Je fronçai les sourcils. J'avais connu Cole. Il était quasiment impossible de le doubler. Il était trop malin pour une erreur aussi grossière.
- Alors, je lui ai fait croire que tout était planifié. Ma grossesse. Que j'avais fait en sorte de tomber enceinte. Parce que, si je devenais une mère aimante, qui pouvait jamais douter de moi ? Qui, jamais, pouvait penser que j'étais une criminelle ? Je crois que ça a été la meilleure et la pire de mes idées, renifla ma mère.
Reniflait-elle parce qu'elle voulait pleurer, ou était-ce simplement du dédain ? Je ne le savais pas.
- L'argumentaire que je lui tins, en lui disant que je n'aurais aucun mal à t'abandonner si cela devait servir les intérêts des Rapaces… Le nombre de fois où j'ai dû te mépriser, en face de lui, pour qu'il soit assuré que je ne m'étais pas attachée… Toutes ces fois où je t'ai laissée, pour aller accomplir une mission… Il y a tellement de fêlures dans mon cœur, si tu savais à quel point j'ai souffert de ne pas pouvoir t'aider… Te serrer dans mes bras quand tu pleurais et que nous étions en sa présence, toutes ces fois où j'aurais voulu être là pour te murmurer des paroles rassurantes, mais où c'était Jill qui s'en chargeait, car elle s'occupait de toi lorsque nous étions à travers le monde… Aucune mère ne devrait vivre cela, je ne le souhaite pas…
Sauf que moi, je ne serais jamais mère. Et que cela, c'était à cause de son fichu patron.
- Mais au moins, Cole était tranquille. Cole nous faisait toujours confiance. Cole ne craignait pas que je sois découverte. Et, surtout les soupçons qui avaient commencé à planer sur nous se sont peu à peu dissipés. En effet, personne ne croyait qu'une Rapace Nocturne pouvait avoir un fils. C'était impensable.
Ça, je voulais bien le croire. Jamais je n'y aurais cru, pour ma part, si je n'avais pas eu l'idée d'aller fouiller dans les archives de mes parents. Personne, au sein des Invisibles, ne parlait de la possibilité que les Rapaces Nocturnes aient des enfants. C'était une idée trop horrible.
- Si, en public, je devais me montrer indifférente envers toi, quand nous étions à la maison, c'était totalement différent… Je te prie de le croire, Astrid, nous t'aimions réellement pour ce que tu étais, notre enfant, et non pas pour ce que tu nous permettais d'être. Je t'aimais comme toute mère se doit d'aimer son enfant, et si c'était à refaire, je referais tout de la même façon… à un détail près. Mais nous y arrivons.
Le visage de ma mère était en colère et, même, haineux. Je devenais aussi curieuse qu'émotive. J'avais peur des sentiments que ma mère allait faire se développer en moi, d'ici peu.
- J'ai tout fait pour t'éduquer aussi bien que possible. J'ai fait en sorte que tu développes un esprit curieux, malgré ta timidité. J'ai tenté de te faire réfléchir par toi-même, malgré ton jeune âge. Je voulais que tu comprennes que tu aurais toujours le choix, que tu pouvais être indépendante, que tu devais toujours être libre de faire ce qui te plaisait… Saleté de Merlin, j'ai fini par vraiment croire à tout cela ! J'ai été tellement stupide ! Et c'est comme ça que je nous ai amené à aujourd'hui.
Ma mère se prit la tête entre les mains, et continua son histoire, sa voix légèrement étouffée.
- Il y a quelques années de cela, j'ai recruté une jeune femme parmi nous. J'avais le choix entre la tuer ou la recruter, mais ses qualités ont fait pencher la balance pour la seconde option. Très douée, très intelligente, très vive. Trop, même. Tellement vive qu'elle a charmé tout le monde. Mais, surtout, elle a charmé Cole. Oh, il n'a pas perdu la tête au point d'être prêt à tout pour elle, non. Il l'a suffisamment perdu pour lui faire un enfant. Dès que j'ai su qu'elle était enceinte, j'ai supplié Merlin que ça soit une fille. Ton père ne voyait pas le danger, bien évidemment. Pour lui, tout ce que faisait Cole était normal. Nous ne devions jamais douter, jamais craindre le moindre problème. Bien sûr. Ton père, ce grand idéaliste, même lorsqu'on lui explique qu'il ne faut plus l'être… Surtout lorsque Merlin nous laisse tomber.
Je retins mon souffle.
- Comme tu l'as sûrement compris, c'est un garçon qui a vu le jour. Et Cole, qui, jusqu'à présent, te regardait à peine, juste suffisamment pour s'apercevoir que je ne m'attachais pas à toi, s'est tout à coup retrouvé fasciné par ton existence. Je pouvais le comprendre, cela dit. Peut-être que si la situation avait été inversée, j'aurais fait pareil. Mais aujourd'hui, la situation n'est pas inversée. Elle est comme elle est, et j'ai peur pour toi. Parce que Cole a décidé que son fils et toi alliez vous marier. Que vous alliez perpétuer la grande famille des Rapaces Nocturnes. Que, jamais, tu n'aurais le choix de ta vie. C'était fini, mes grands idéaux d'éducation. À présent, tu devais être servile, tu devais être prête à devenir une poule pondeuse pour son fils… Et c'est là que j'ai commencé les erreurs. J'ai commencé à me disputer avec ton père, qui ne comprenait pas ce qui n'allait pas dans l'idée de Cole. Pour lui, que tu épouses quelqu'un ne posait aucun problème. Tant pis si tu n'avais pas d'éducation, tant pis si tu ne devenais pas une enfant normale. Pire, pour David, c'était tant mieux ! Nous n'aurions pas à te mentir, puisque tu découvrirais rapidement le monde des Rapaces Nocturnes. Alors que j'avais prévu de toujours t'offrir le choix…
Ma mère releva la tête. Isabella Smith semblait proche du désespoir mais, pourtant, dans ses yeux brillait toujours une lueur sauvage. Celle qui lui avait permis de devenir une Rapace Nocturne, je n'en doutais pas une seule seconde.
- Mais évidemment, nos disputes ne sont pas passées inaperçues. Les Rapaces Nocturnes ont commencé à s'interroger, et, surtout, les Invisibles se sont rapprochés de nous. Nous avions rompu une routine qu'ils avaient connue, et ils s'étonnaient de ce changement brutal. Je pouvais les comprendre. J'aurais fait pareil, dans une situation inverse. Sauf que leur surveillance s'est accrue, et que les Rapaces Nocturnes ont, eux aussi, commencé à s'inquiéter de toute cette agitation. J'aurais peut-être pu rattraper tout cela, si je n'avais pas multiplié les erreurs. Être moins froide envers toi lorsque les Rapaces Nocturnes nous voyaient, paraître distraite, rater des occasions en or de détourner de l'argent… Je ne sais même plus combien de fois je suis rentrée à la maison en me demandant pourquoi personne n'était encore à notre recherche… Et puis, j'ai commis la pire erreur de ma vie. Je me suis élevée contre Cole. C'était il y a deux semaines. Il est venu ici, et, clairement, il m'a dit ce qu'il voulait que tu sois. Sauf que je ne pouvais pas l'admettre.
Est-ce que les yeux de ma mère brillaient à cause de la lumière, ou à cause de larmes ?
- J'ai fait ce que toute mère aurait fait. J'ai tout fait pour te protéger. Je lui ai dit qu'il valait mieux attendre, que nous ne savions pas si tu disposais réellement des qualités pouvant te permettre d'être une bonne mère, celle qu'il voulait pour les enfants de son fils, mais Cole n'a pas flanché. Ce qu'il voulait, c'était une mère, pas forcément une bonne. Alors, je lui ai dit franchement que non, tu n'allais pas être cette enfant. Il a souri, cruellement, comme il sait le faire devant ses ennemis. Je l'ai vu faire tellement de fois… Et puis, il m'a dit que la décision ne me revenait pas. Qu'il avait accepté que je te garde, et qu'il choisirait ce que nous ferions de toi. Que je n'avais pas ma voix au chapitre. Que j'avais quelques jours pour me calmer, et qu'ensuite, j'allais accepter sa proposition. Tu te marierais avec son fils. Ce que je ne pouvais pas concevoir, évidemment.
Elle déglutit nerveusement.
- J'ai fait quelque chose dont je ne me pensais pas capable. J'ai tout falsifié. Tes souvenirs, ceux de Jill, les registres de l'état civil… Nous n'existons plus, pour vous deux. Vous n'aurez jamais envie d'aller sur nos tombes, tu ne te souviendras pas exactement de nous, et tu penseras que ce sont les ravages du temps qui ont altéré ta mémoire. Tu penseras que nous t'aimions, mais tu n'en sauras pas plus. Tu nous oublieras, et peut-être que c'est pour le mieux, finalement…
Elle détacha le collier qu'elle avait autour du cou, et le montra.
- Il sera caché chez Jill, dans la cachette que tu adores. On a la même à la maison, dit-elle avec un sourire. J'espère qu'un jour, tu le trouveras, et que tu sauras quoi en faire. En attendant, je vais t'emmener chez Jill, et lui effacer la mémoire. Pour elle, elle devait te garder, comme un jour normal. Elle ne se rappellera pas que j'étais paniquée, que j'étais prête à pleurer, lorsque je t'ai laissée chez elle.
À nouveau, ma mère regarda sa montre.
- Les Invisibles ne devraient plus tarder. J'ai fait en sorte qu'ils voient notre appartenance aux Rapaces Nocturnes, dans la semaine. J'ai oublié de dissimuler correctement mon tatouage, ça les a mis sur la voie. Je sais qu'ils ne nous feront pas de cadeaux. J'espère tout de même que ton père ne se battra pas trop férocement, ou bien il risque d'y perdre la vie. De mon côté, je vais tout faire pour rester en vie, et tenter d'avoir de tes nouvelles, malgré tout. J'ai un vieil ennemi qui ne résistera pas à l'envie de me donner des informations te concernant. Ou, tout du moins, je l'espère…
Ma mère se leva, avant de se rasseoir.
- Au fait, Astrid. Peu importe à quel point tu me détestes, à quel point tu es heureuse de me savoir morte, ou quoi que ce soit. Sache que je n'ai pas passé une seule seconde, depuis que je sais que tu vas naître, à t'aimer. Je veux simplement que tu le saches, et j'espère qu'un jour, tu sauras ce que signifie l'amour d'une mère, pour que tu comprennes à quel point ma décision a été la plus difficile à prendre de toute ma vie. Je ne pourrais jamais me pardonner de ne pas avoir été avec toi, au fur et à mesure de ton existence. Sache juste ça. Je t'embrasse.
Et le souvenir se termina ainsi.
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Il marchait en faisant les cent pas, se demandant s'il était temps de se lancer, ou s'il valait mieux attendre.
Non, bien sûr, il fallait attendre. La question ne devrait même pas se poser. Astrid était une personne qui réfléchissait toujours avant d'agir, c'était ce qui le séduisait de plus en plus, après toutes ces années à la suivre.
Toutes ces années… Son père lui en avait parlé, de ce bijou disparu, qu'il était difficile de trouver. Et encore plus d'approcher. Oh, il se rappelait, bien évidemment, de la colère qui avait envahi Cole lorsqu'Astrid avait rejoint le rang des Invisibles. Comme si cette petite sotte ne pouvait pas voir qu'il y avait bien mieux ailleurs, qu'elle méritait tellement mieux. Comme si elle n'avait pas pu attendre un peu, de le découvrir, lui.
Son promis.
Celui qui l'idéalisait depuis tant d'années, qui avait manqué avoir le cœur brisé lorsqu'on lui avait dit, à ses quinze ans, que cette petite sotte s'était dégottée un petit ami qui n'était pas lui. Toutes ces années à haïr ce garçon… qu'il avait enfin rencontré, affronté ! Et qu'est-ce qu'il lui avait paru pataud ! Tellement stupide, pas du tout à la hauteur d'Astrid, qui ne méritait que lui.
Lui, qui avait tout préparé. Leur future maison. Certes, il avait dû réarranger quelques pièces. Les chambres des enfants étaient devenues inutiles, cela allait de soi, mais même s'il était triste à l'idée de ne jamais avoir d'enfants avec Astrid, alors que ça aurait dû être leur destinée, il savait que c'était nécessaire pour qu'elle prenne un peu de plomb dans les ailes. Elle avait eu besoin de ce recadrage, évidemment. Elle était trop sereine, trop confiante, trop certaine d'être intouchable, alors qu'elle devrait être sous sa protection. Elle devait avoir besoin de lui, c'était ainsi que cela devait être.
Elle était à lui. C'était prédit, depuis qu'il avait été conçu. Et ça devait se produire ainsi. Pas autrement.
Toutes ces années à l'observer… à patienter, à attendre les moments où il pourrait la regarder dans son élément naturel. Toutes ces fois où il avait détesté la voir au bras de ce bellâtre de Potter, qui ne savait pas la chance qu'il avait.
Et puis, il avait fini par prendre assez confiance en lui. Son père lui avait enseigné cela : il fallait toujours attendre avant d'agir. Alors, pendant des années, il n'avait rien fait. Il avait laissé Astrid vivre sa vie, en sachant pertinemment qu'un jour où l'autre, il irait la récupérer. Que, bientôt, elle serait à lui, puisque c'était ainsi que Merlin l'avait voulu. Il n'avait jamais douté de cela, il savait parfaitement qu'elle allait lui revenir. C'était ainsi que cela devait être, évidemment. Alors, il s'était rapproché. Avait cherché des informations sur d'autres personnes, qui avaient connu Astrid. Et puis, il avait fini par trouver les Invisibles qui se cachaient. Il avait fini par placer une Chimère au-dessus de chacun d'eux, jusqu'à lâcher les fauves, lorsque le temps serait venu. Et c'est comme ça qu'il avait fini par resserrer l'étau autour d'Astrid. En éliminant, petit à petit, les Invisibles. Jusqu'à ce qu'arrive à ses oreilles que des personnes mouraient.
Des personnes qu'elle aimait.
Pour qu'elle prenne peur.
Pour qu'elle se réveille.
Pour qu'elle sorte de sa zone de confort.
Pour qu'elle comprenne qu'elle n'était pas tranquille, dans son quotidien. Parce que ce n'était pas le quotidien qui devait lui être dévolu. C'était un faux quotidien, celui qu'elle vivait.
Il était grand temps qu'elle lui revienne. Qu'ils soient ensemble.
Que leur destinée s'accomplisse.
Que les héritiers des Rapaces Nocturnes soient ensemble.
Il fit tourner entre ses mains une petite boîte dérobée à Gringotts. Heureusement pour lui, il avait de très bonnes compétences en matière de contrefaçon. Le Gobelin n'aurait pas pu s'y tromper, mais c'était un sorcier qui s'était occupé de lui, et il avait pu récupérer ce qui était à lui. Ou, plutôt, à Astrid, mais ce qui lui appartenait était aussi à lui.
Elle n'allait pas tarder à le découvrir, bien entendu. Mais, en attendant, il allait rester patient. Bientôt, elle serait là. Bientôt, elle allait être à lui.
Du bruit se fit entendre, à l'étage supérieur. Il poussa un profond soupir, avant de sortir de la pièce. Il lui fallait calmer son prisonnier, et, peut-être, réussir à lui soutirer quelques informations sur ses dons. Parce qu'il en avait forcément.
La maison était plongée dans le noir, mais il n'avait pas besoin de lumière. Il était un Rapace, il voyait correctement dans la pénombre.
Il arriva devant la pièce blanche, et l'ouvrit, avant de s'approcher de son prisonnier.
- Salut, Luis…
Le dénommé Luis lui adressa simplement un regard haineux, qui désola son geôlier.
- Tu pourrais faire un effort. Je viens te rendre visite ! Parce que j'ai envie d'en savoir plus sur toi, tu sais. J'ai besoin d'en savoir plus. Je veux tout découvrir de toi. Savoir ce qui a poussé les Invisibles à te recruter parce que, vois-tu, j'ai beau chercher, je ne trouve pas quelles sont les qualités qui ont poussé Will et Jones à te recruter. À mon humble avis, tu n'es qu'un petit pion, tu n'as aucune compétence magique qui fasse de toi un être extraordinaire… Et pourtant, tu es là. Tu peux m'expliquer pourquoi ?
Luis garda la bouche résolument fermée, faisant soupirer son geôlier.
- Très bien, soupira celui-ci. Après tout, si tu ne souhaites pas me parler, peut-être que ta langue se déliera lorsqu'Astrid sera arrivée.
Le regard de Luis s'illumina un bref instant, d'un éclair de panique pure.
- Aaaaah, tu t'inquiètes pour Astrid, n'est-ce pas ?
Bien que la curiosité rongeât le corps de Luis, celui-ci ne céda pas, et ne posa aucune question. Il était hors de question qu'il cède face à cet homme. Il n'en avait pas le droit. Pas tant que dire le moindre mot ne l'aidait pas.
Il devait en apprendre plus. Savoir pourquoi il cherchait tant Astrid. Depuis trois ans que Luis était emprisonné ici, il n'avait toujours pas compris ce que lui voulait cet homme, et il ne comptait pas mourir avant d'avoir compris son plan.
- Oh, je sens que tu veux tout savoir. Je vais te donner quelques petits indices, pour ton plus grand plaisir. Sache, tout d'abord, que je suis le fils de Cole.
Les yeux de Luis s'écarquillèrent d'incrédulité.
- Oui, je sais, c'est dingue. Et tu ne me crois pas encore, mais ça ne fait rien, tu sais. Mon plan est déjà lancé depuis bien longtemps. Je n'attends pas ta bénédiction pour le poursuivre, certainement pas. Non, je veux simplement que tu vives dans la terreur et dans l'attente de l'arrivée d'Astrid. Parce qu'elle va venir, pour me rejoindre. Pour prendre la place qui lui échoit : celle à mes côtés. Eh oui, entre enfants de Rapaces Nocturnes, il faut bien qu'on s'allie. Il faut que l'on perpétue la lignée.
Luis fronça les sourcils. Il ne comprenait pas, ou ne voulait pas comprendre. Mais est-ce que cela ne revenait pas au même, finalement ?
- Oh, bien sûr, nous ne pourrons pas avoir d'enfants biologiques, mais je ne me fais pas de soucis. Je ne doute pas une seule seconde que les fidèles de mon père, lorsqu'ils sauront que la fille de David et Isabella est à mes côtés, viendront nous offrir leurs enfants, si jamais ils en ont eu une fois les Rapaces Nocturnes dissolus. Ils voudront se faire pardonner d'avoir raté leur coup, d'avoir trahi mon père, lors de la dernière affaire des Invisibles, celle qui a coûté la vie de Cole. Ils voudront se faire pardonner, et continuer l'œuvre de mon père, c'est évident. Et moi, je serai là pour les accueillir, et leur faire regretter de nous avoir laissé tomber. Oh, bien sûr, nous serons moins nombreux qu'à l'âge d'or des Rapaces Nocturnes, mais je ne me fais pas de soucis. Il y aura du monde pour répondre à l'appel. Nous ne serons pas seuls, au final.
Un sourire victorieux se posa sur les lèvres de Luis, en même temps que sur celles de celui qui le séquestrait.
- Pourquoi est-ce que tu souris ? grommela ce dernier.
Et alors, Luis sortit de son mutisme. Cela fut étrange, dans un premier temps, parce qu'il n'avait plus vraiment parlé depuis des semaines, des mois. Mais on n'oublie pas le mécanisme du langage, pas aussi vite, pas aussi subitement.
- Parce que tu penses vraiment qu'Astrid va te suivre de son plein gré ?
- Oh, c'est ça, qui te réjouit donc…
Il prit quelques secondes pour réfléchir, avant d'afficher un air triomphant.
- Eh bien, vois-tu, j'apprécierais qu'elle me suive de son plein gré, et je ne doute pas qu'elle finisse par le faire. Mais je ne vais pas prendre le risque qu'elle me trahisse, au début, cela va de soi. C'est pour cela que j'ai tout prévu. J'ai entendu dire qu'elle n'avait jamais été très douée pour éviter les sortilèges de l'Imperium. Alors, je ne vais pas me gêner pour m'en servir, lorsqu'il le faudra. Une fois que je lui aurai exposé mon plan et, si jamais elle est trop stupide, trop endoctrinée pour comprendre à quel point il est fantastique, alors, je me servirai de ce sortilège. Sans aucun état d'âme, bien évidemment.
Luis effaça toute trace de sourire de son visage. Cet homme, ce fils de Cole, s'était bien renseigné. C'était la stricte vérité. Astrid n'avait jamais été très douée pour éviter ce sortilège, pour se battre contre lui, et c'était un véritable handicap pour elle lors de ses missions d'Invisibles.
Et lui, Luis, ne pouvait pas la prévenir de quoi que ce soit.
- Et, comme j'aimerais autant qu'elle se fasse à l'idée de me servir à jamais, je profiterai qu'elle soit sous Imperium pour la forcer à se lier à moi. Grâce à un Serment Inviolable. Ensuite, je lèverai l'Imperium. De cette façon, elle apprendra à apprécier sa nouvelle condition, parce qu'elle n'en aura pas le choix. Est-ce que ce plan n'est pas brillant ? se réjouit l'homme.
Luis le regarda partir sans dire un seul mot.
Ce plan semblait être préparé depuis des années. Si peu d'informations lui avaient été données, il n'en restait pas moins que l'homme avait une telle assurance qu'il doutait que le plan échoue.
Astrid était réellement en danger.
Et lui, Luis, était ligoté à une table, sans aucun moyen de la prévenir de ce qui allait lui arriver. Décidément, il se détestait d'être aussi faible, dans une telle situation.
Si seulement il avait déjà réussi à se métamorphoser sans baguette… Malheureusement, il n'avait jamais été aussi doué, et il était resté au stade où il dépendait totalement de sa baguette.
Jamais il ne s'était senti aussi démuni.
Jamais il n'avait tant souhaité être mort, plutôt que vivant.
Il n'avait aucune influence sur le cours des événements.
- Quand est-ce que vous comptez vous emparer d'Astrid ? demanda-t-il en dernier recours, juste avant que l'homme ne sorte de la pièce.
Il se retourna vers Luis, le soupesant du regard. Puis, il sourit.
- Dans la semaine. Bientôt, ton amie et toi serez réunis. Juste avant que tu ne meures, et qu'elle ne soit liée à moi à jamais. Vois comme je suis généreux. Je vous donne l'occasion d'être une dernière fois réunis…
Luis ferma les yeux.
Jamais il n'avait autant désiré qu'Astrid se cache de la vue de tous. Jamais il n'avait autant espéré qu'elle ne se mette pas en danger. Jamais il n'avait autant espéré qu'elle devienne totalement invisible.
Malheureusement, il se doutait que le plan de l'homme était bien rodé. Il avait dû observer Astrid. Il devait connaître ses faits et gestes.
Il devait savoir qu'elle finirait par sortir de sa cachette.
Et dès lors que ça serait fait, il n'aurait plus qu'à s'emparer d'elle.
Lumos
J'ai ri pendant trois minutes parce que la mention "Chapitre X" m'a fait penser à l'iPhone X qui coûte une blinde. Est-ce que cette information n'avait aucune importance ? Oui. Mais si ce que je disais avait de l'importance, pourquoi l'aurais-je partagée...? (Vous avez jusqu'au prochain chapitre pour répondre, les plumes à papotes sont interdites.)
Woh, je suis toujours en forme pour écrire les notes d'auteur, au moins une chose qui n'a pas changé, sortez le champagne \o/
Bon, allez, parlons plus sérieusement (seulement quelques lignes, après, je vous fais part de mes frustrations quotidiennes)
Que dire de ce chapitre ? Eh bien, comme vous l'avez deviné, on voit le visage de celui qui est derrière tout cela, et on se rend compte qu'il nous garde un Invisible sous le coude depuis quelques années... Un vrai gentleman, cet homme, vous vous en doutez. Bon, la partie la plus importante est quand même celle qui concerne Astrid et ce qui se trouvait caché derrière la plinthe de la maison dans laquelle elle a grandi. Je ne vais pas vous mentir, ça m'a fait bizarre de me replonger dans les "plans" de la maison de Jill, afin de ne pas me tromper sur l'emplacement de la chambre d'Astrid... et ça m'a fait bizarre d'y intégrer de nouvelles personnes, j'aurais bien aimé qu'Astrid reste la seule à vivre dans cette maison. Mais comme on le sait, Astrid a préféré choisir une vie moins tranquille que celle de propriétaire terrienne... Enfin.
BREF. Voilà pour ce chapitre (qui n'aura pas mis des mois à venir, pour une fois, hum.)
Et maintenant, vous allez me dire, quand est-ce que le prochain va arriver ? Eh bien, je peux vous répondre... en partie. Et vous dire que le prochain chapitre n'arrivera pas en novembre. Pourquoi cela ? Parce que je suis repartie dans l'aventure du NaNoWriMo, ce qui veut dire que j'écris, j'écris, mais que je ne fais que ça, pas le temps de reprendre quoi que ce soit. (Pour ceux que ça intéresse, en quelques mots, le NaNoWriMo, c'est écrire 50K mots au cours du mois de novembre. C'est intense, et galvanisant. Mais surtout intense. Bref) Donc, j'écris sans cesse, mais je n'ai pas le temps de tout mettre en forme, surtout que du fait de mes vacances (en Ecosse, trop de références à Harry Potter à tous les coins de rue, j'ai un peu sur-réagi à certains moments), je dois écrire beaucoup sur quelques jours, puis m'arrêter totalement. MAIS ! Si cela veut dire pas de chapitres dans l'immédiat, dites-vous qu'en revanche, ils avancent quand même plutôt bien. En effet, j'ai pu terminer le chapitre 11 (le prochain, donc) et le chapitre 12 est en bonne voie. Je ne dis pas que je vais terminer cette histoire au cours du NaNo, mais en tout cas, c'est en bonne voie ! Quoique... vu que la fin est proche, on ne sait jamais !
Donc, ça, c'était pour la partie nouvelle sympa. Sinon, de quoi voulais-je vous parler...? Oh, et puis je ne sais plus. Et comme je veux poster ce chapitre avant minuit, histoire de dire qu'il a été posté un dimanche quand même, je vais vous laisser sur cette longue note d'auteure, et vous dire à la prochaine :)
Nox
