Garrick Ollivander ne savait plus depuis combien de temps il était enfermé dans ce sous-sol miteux quand elle arriva. Il était assis par terre quand il entendit la porte s'ouvrir. Il ne leva même pas les yeux, si habitué et résigné qu'il était à son emprisonnement : le sbire qui avait été désigné ce jour-là pour s'occuper du prisonnier entrerait, déposerait avec plus ou moins de soin une assiette de nourriture plus ou moins douteuse, et repartirait sans dire un mot. Ollivander avait arrêté d'essayer de s'enfuir, ou même de parler à ses capteurs, c'était peine perdue.

Mais cette fois, ce fut différent.

— Ici, jappa une voix rauque. Installe-toi bien confortablement. Tu ne sortiras pas de sitôt.

La porte se referma rapidement, mais Ollivander sortit de son coin, et vit une jeune femme aux longs cheveux blonds et emmêlés. Elle lui faisait dos, mais il était sûr qu'elle avait de grands yeux bleus, un air rêveur, le coin des lèvres retroussés en un sourire perpétuel.

— Luna ? dit-il d'une voix rauque qui n'avait pas été utilisée depuis des semaines. Luna Lovegood ?

La jeune fille se retourna, et sourit largement en reconnaissant son compagnon.

— Monsieur Ollivander ! Je suis heureuse de vous retrouver, nous n'avions plus de nouvelles de vous, nous croyions que vous étiez mort !

— Quel jour est-on, Miss Lovegood ? Quel jour ?

Luna fronça les sourcils.

— Ils m'ont pris sur le Poudlard Express, avant les vacances de Noël. Le 22 décembre.

— 1996 ?

— 1997.

Les jambes d'Ollivander faiblirent et il s'écroula. Luna s'accroupit devant lui et lui prit la main, le visage inquiet.

— Seize mois, marmonna-t-il. Je suis ici depuis seize mois.

Seize mois de questions, de torture, de douleur. C'était trop.

Luna se mordit la lèvre, puis passa un bras autour de ses épaules tremblantes.

— Je suis là maintenant. Vous n'avez plus à faire face à tout cela seul.

Il n'aurait pas cru cela possible, mais l'arrivée de la jeune fille dans sa geôle changea la vie d'Ollivander du tout au tout. Luna avait adopté la vie de prisonnière sans sourciller, ne réagissant pas aux menaces et aux insultes des Mangemorts, traitant les maigres rations qu'ils recevaient comme s'il s'agissait des meilleurs festins de Poudlard.

Elle avait ramené les sourires et le plaisir dans la vie de Garrick. Sans rien faire pour fuir ou combattre tous les sorciers qui les maintenaient captifs – elle savait d'avance que toute tentative en ce sens serait futile –, elle refusait de se laisser abattre et, par conséquent, refusait de laisser son compagnon se morfondre dans sa misère. Pour Ollivander, ses sourires étaient plus parlants que des discussions, sa bonne humeur mieux qu'une rébellion. En restant attachée à la vie et à l'espoir, elle menait la meilleure sorte de révolte.

Ce fut elle, sans aucun doute, qui sauva la vie de Garrick.

Le jour où des amis de Luna apparurent pour les sauver, il refusait d'y croire. Il tentait de se convaincre qu'il était en train de rêver, qu'il se réveillerait une fois de plus sur le sol dur et froid de ce qui avait été sa demeure pour maintenant plus d'un an et demi. Parce que depuis quand un groupe d'adolescents était-ils capables de battre une armée de Mangemorts expérimentés ?

Alors Ollivander doutait. C'était tout ce qu'il avait trouvé pour s'éviter trop de déception quand il s'avérerait qu'il ne s'agissait que d'une fantaisie. Quand l'elfe de maison glissa une main fripée dans la sienne, il restait perplexe. Quand il ouvrit les yeux et vit une plage, des vagues, une petite maison balayée par le vent, il se dit qu'il s'imaginait n'importe quoi.

Ce ne fut que quand Luna Lovegood apparut à côté de lui qu'il se permit la première lueur d'optimisme. Avec un grand sourire, elle lui prit la main et la serra dans la sienne. Ensemble, ils observèrent la chaumière, en haut d'une dune, et les deux sorciers qui s'approchaient d'eux à la course.

— Ça y est, Garrick, dit-elle de sa voix qui n'avait pas une fois perdu de sa note positive. On est rentrés à la maison.