« Tu ne m'as parlé de toi. Comment ça se passe avec Ahn ? Toujours ensemble et aussi amoureux ? » Questionna Madame Maria alors qu'elle était en compagnie de Natsuki dans un café.
« Oui, on a eu des hauts et des bas comme tous les couples mais on s'aime. Aujourd'hui, c'est compliqué, elle est à Tokyo et je suis à Fuuka, elle veut que je revienne mais j'ai envie de rester ici. Elle a même pensée venir vivre ici avec moi, je lui ai dit qu'il ne fallait pas qu'elle se précipite, on s'est fâchée avant que je parte...car elle disait qu'elle m'aimait plus qu'elle…je me demande si elle a raison, on ne peut donner la même affection à une autre personne, l'amour est toujours différent, il y a toujours une personne qui aime plus l'autre… » Soupira la louve qui continua son récit :
« Elle est assez méfiante de ma nouvelle patiente, elle ne veut pas que je m'approche d'elle, elle a peur qu'il m'arrive un malheur. Elle dit qu'elle a confiance en moi mais pas en elle. Elle a lu les journaux, Shizuru est assez connue, enfin son aventure avec le docteur Smith a fait couler de l'encre. Un prédateur sexuel parmi les médecins. C'est assez difficile comme image. »
« Oui, l'homme a été condamné à huit ans de prison, il aurait pu avoir une peine moins lourde mais son altercation avec Shizuru lui a fait empirer sa peine, j'ai peur pour l'avenir. Et pour le tien Natsuki. »
« Je ne suis plus une enfant fragile, j'ai mûri. Je ne me ferai pas piéger. »
« Je sais, je m'en rends compte à chaque instant. Comment cela se passe avec Shizuru ? Est-ce qu'elle a essayé de te séduire ou te faire du mal ? »
« Elle est ma patiente donc c'est secret professionnel, je ne peux te dire ce qu'il se passe dans nos séances. »
« Je ne te demande pas de trahir vos sessions mais simplement de dire quel est ta méthode d'approche, si cela fonctionne ou pas, j'ai un autre cas à te présenter. »
« Ah, tu veux parler de Tomoe Marguerite ? »
« Oui. Je t'ai laissé son dossier sur ton bureau, tu pourras le lire plus tard mais pour Shizuru. »
« J'ai discerné quelques traits de sa personnalité. Je l'ai un peu secoué dans ses retranchements et elle n'a pas franchement apprécié mais je peux comprendre, elle aime posséder du pouvoir. En général, pour une raison qui m'est inconnue, on donne ce qu'elle souhaite, son petit jeu ne fonctionne pas avec moi et cela la trouble, elle doit certainement se poser des questions ou chercher un moyen de me piéger. Je suis une personne inaccessible et qui attise son intérêt, je ne le fais pas forcément volontairement car honnêtement, je ne suis pas attirée par elle. Elle commence à jouer, à m'interroger, voir les choses que je tenterai de dissimuler malgré moi, mes réactions à certaines de ses attaques. En fait, elle analyse la personne qui lui fait face. Je ne peux nier qu'elle est très intelligente car elle arrive à découvrir les zones d'ombre de ses victimes. Elle pourrait faire une bonne profileuse si elle le voulait. » Plaisanta la louve alors que Miss Maria ne semblait pas rire.
« Si elle ne faisait pas du mal autour d'elle. »
« Oui. En tout cas, j'ai fait resurgir une émotion qu'elle n'avait jamais dévoilée jusqu'à maintenant. » Miss Maria n'approuvait pas du tout cette révélation, elle en avait l'estomac noué. Elle ne souhaita pas que sa protégée soit dans cette situation.
« Quelle émotion ? »
« Je pense que tu vas avoir peur si je te l'avoue… »
« Oh là j'ai peur, Natsuki dis-moi maintenant ou tu es renvoyée sur le champ ! » Ordonna la directrice d'un ton sec alors que sa comparse ria mais se ravisa lorsqu'elle se fit fusiller du regard.
« L'énervement, l'irritation, elle ne l'avait jamais manifesté à ce jour. Elle se complaisait à jouer ce rôle d'être parfait qui ne pouvait s'emporter sur quiconque, c'était elle qui attisait cette colère, ça a dû la troubler de se confronter à ce qu'elle provoquait. Mais je ne fais que commencer. »
« Natsuki, tu devrais arrêter maintenant, ce jeu est beaucoup trop dangereux, elle est ingérable, on ne sait pas ce qui passe dans l'esprit de cette jeune femme, elle voudra se venger par n'importe quel moyen. »
« Je sais, j'ai paré à cette éventualité. »
« Quoi ! Mais tu es folle ! »
« Je n'espère pas surtout dans notre métier. » Plaisanta la bluette.
« Natsuki je ne plaisante pas, je réitère…il vaut mieux que tu arrêtes, je sais que cela va se terminer très mal cette histoire. C'est du suicide ce que tu fais. » La directrice se mit à grimacer à l'évocation du mot, elle observa la bluette qui ne semblait pas être touché.
« …Maria, je ne suis plus cette adolescente paumée, qui croyait que c'était sa faute si sa mère s'est suicidé, comme vous…non, comme tu me l'as dit, ma mère était malade, dépression, bipolaire, je n'aurai pas pu l'aider, j'étais jeune. »
« Et la voir…dans cet état n'a pas dû être facile, si j'avais su… »
« Ce n'est pas ta faute, il y a un temps, je t'en ai voulu, tu te disais l'amour de sa vie et puis vous vous êtes séparées, on se voyait plus comme avant alors que tu m'avais promis de me voir, je comprends aujourd'hui que tu avais aussi une vie que tu avais souffert de cette séparation. J'ai vu le fond d'écran de ton téléphone portable, notre photo toutes les trois et ce collier que tu essayes de dissimuler sous ton col roulé. Elle te l'avait offert. » La dame se toucha nerveusement le cou.
« Natsuki, bien que nous ne partagions pas le même sang, tu es ma fille, j'aimais sincèrement Saeko, on s'est séparée parce qu'on s'était éloignée l'une de l'autre, je suis aussi responsable, j'aurai dû voir son mal. Nous avons vécu ensembles pendant huit ans et je n'ai rien vu. Si la loi n'était pas aussi pourrie, je t'aurais accueilli chez moi. Pourquoi un couple de lesbien ne peut pas avoir des droits sur ses enfants ? J'avais voulu t'enlever de cet orphelinat puis de chez ta tante Akira mais je ne voulais pas te troubler. »
« Alors tu m'as aidé en me parlant, en devenant ma psychologue. C'était pour cette raison que tu venais me voir à l'hôpital après ma tentative de suicide ? »
« C'était le seul moyen d'être auprès de toi, je n'avais pas le droit d'être officiellement ta mère alors je l'étais officieusement, heureusement qu'Akira était compréhensive et nous a aidé à nous retrouver puis tu es partie étudier à Tokyo, j'aurai dû essayer de te contacter ou venir te voir. Mon bébé...je suis sincèrement désolée de tout… » Pleura Miss Maria qui n'osa plus regarder sa file de cœur. La bluette attrapa la main de la compagne de sa mère et la serra :
« Ne pleure pas maman. Tu m'as manquée aussi. » La nommée redoubla ses pleurs.
Merci pour les commentaires, alors je vais vous dire que cette histoire est un préquel d'un one-shot que j'avais publié mais que j'ai supprimé. Peut-être que certains d'entre vous s'en rappelle ou pas.
