De nouveau, la fic pourra être mise à jour toutes les semaines. J'ai fini de l'écrire. Merci à Eledor pour sa correction ! (Oui, j'ai changé de bêta, l'autre est en vacances pour une durée indéterminée.)

Bonne lecture !

Chapitre X : L'Appel du Destin

Était-ce moi ou le lit tanguait et tournoyait sous moi ? Ma chambre semblait se déformer. Les murs, le plafond et le sol autrefois droits se tordaient, s'arrondissaient, se courbaient. Mon front était moite.

Cette semaine avait été affreuse.

La journée, je supportais assez bien. J'évitais d'y penser. J'écoutais sans les comprendre les conversations autour de moi. Je ne participais pas. Je me contentais d'être physiquement présent. Mon cerveau tournait à vide. Je ne mangeais plus ou peu. Je ne pouvais que me voir maigrir. De jour en jour, la plus simple action me semblait plus difficile que jamais. Je me mourrais. Oui, je pense que c'était cela.

Mais le pire restait la nuit. Rien à l'extérieur ne pouvait me distraire de mes tourments intérieurs. La Scène dansait sous mes paupières closes. La fièvre me prenait. Des maux de tête ou d'estomacs m'assaillaient. Tout cela allait et venait librement. Quant à la culpabilité, elle restait mon pire fardeau.

Ne pouvais-je pas tout simplement oublier ? Tenter une nouvelle vie ? Hélas, non. Son visage, sa mise à mort me poursuivait où que j'aille, quoi que je fasse. J'étais moi-même prisonnier de mes fantômes. Ce cauchemar ne finirait-il donc jamais ?

Cette nuit-là, j'avais atteint le summum de mon mal être. Je ne parvenais pas à trouver le sommeil. J'avais déjà usé des dernières portions de potion de sommeil et, dans mon état, je n'osais pas en refaire.

J'avais rejeté mes couvertures au bout du lit. J'étais en sueur alors que nous étions en plein mois d'octobre. Torse nu, je craignais le moment où j'aurais à nouveau froid. Allongé sur le flan, j'observais sans les voir les ombres qui se formaient sur les murs en une danse saccadée. Mes genoux étaient repliés douloureusement contre ma poitrine comme pour me protéger. Mais ce que je voulais fuir n'était pas physique et cette maigre barrière ne valait rien dans ce cas. Régulièrement, je passais ma langue sèche sur mes lèvres gercées, ne faisant ainsi qu'empirer la situation. Même mes yeux me brûlaient dès le moindre mouvement de paupières. Une goutte de sueur coulait le long de mon dos.

Un soudain frisson de froid me secoua. Je me recroquevillai davantage si c'était possible. Claquai des dents. La chair de poule parcourut toute ma peau. L'humidité de mon épiderme empira les choses. D'un geste tremblant, je tâtonnai vers ma couverture que je parvins après moult efforts à remonter sur moi. Je m'y enfonçai comme si elle était un cocon qui me protégerait.

Une lumière pâle et métallique s'insinua entre les rideaux de velours vert. L'aube. Ma tête autant que mes paupières étaient lourdes et douloureuses. Je n'avais pas fermé l'oeil de la nuit. Il avait fallu que le soleil se lève pour que je sente enfin la délicieuse torpeur du sommeil envahir mes membres et mon esprit. J'avais l'impression de sombrer dans un puits sans fond. Que c'était bon ! Ce noir, ce vide. Si la mort était semblable, elle serait mon refuge. Mais j'ignorais ce qu'était la mort et j'étais trop lâche pour avoir ma réponse.

Un mur nu... Dans une caverne... Une odeur de sel... Un bruit de vague... Le mur se rapprochait... La pierre était grossièrement taillée... Le mur si près... Du sang coulait mollement sur la pierre... Le mur avait disparu... Un lac souterrain... Il faisait si sombre... Si froid... Une étrange lueur verte se reflétait sur les parois et le lac... Un îlot... Si loin... Au centre du lac... Un cliquètement de chaînes... Sur la berge, un bateau sorti des eaux s'échoua... Petit à petit, il glissa sur les flots calmes... Trop calmes... Ils semblaient morts... L'îlot plus proche à présent... Sur l'îlot... Un bassin au long pied trônait au centre... La lumière venait de là... Un liquide étincelait au creux du récipient... Si lumineux, si clair, si dangereux... Il sentait la mort... Une coupe d'argent ouvragée y plongea sans l'ombre d'une hésitation... Quelque chose de froid et humide coulait dans ma gorge qui pourtant se desséchait horriblement vite... C'était douloureux... Le liquide disparaissait lentement mais sûrement, mettant à jour un bijou... Un médaillon frappé aux armes de Serpentard... Le mal en suintait... Impressionnant, intimidant, fascinant, froid... Si semblable à l'aura du Seigneur des Ténèbres... La même aura... Impossible et pourtant... Le médaillon, si lourd, si froid, quitta sa demeure.

J'ouvris les yeux. Les rayons du soleil m'aveuglèrent. Mon bras couvrit mon visage. Je grimaçai.

Cette vision était la plus étrange que j'aie jamais eue. Car elles n'avaient pas disparu. Heureusement, le mal qu'elles engendraient au début s'était progressivement éteint. Comme s'il avait juste fallu attendre que mon esprit s'habitue à elles. Tout comme moi. Je m'étais fait à l'idée et avais pris l'habitude de les ignorer. Je ne voulais pas changer ma vie pour elles. Je ne voulais pas de ce don. Seul Severus savait et c'était mieux ainsi.

Quand je repensais à cette vision, des frissons d'appréhension me parcouraient de part et d'autre. Elle n'était pas comme les autres. Peu importait. J'allais l'ignorer, comme les autres. Pourtant. C'était comme une petite voix qui me soufflait, suppliait de faire le contraire. Je la chassai et quittai mon lit.

Quand j'enfilai ma robe, je ne pus que constater avec horreur les conséquences de mon état d'esprit. Plus que jamais le vêtement pendait lamentablement sur mes épaules trop menues. Le tissu touchait avec peine ma peau. Je nageais dedans pour ainsi dire. Après plusieurs essais vains, je réussis à rétrécir ma robe et elle fut à ma nouvelle taille.

Même ma magie devenait difficile à exécuter, parfois capricieuse. De ma vie, de mon corps, de mon âme à mes pouvoirs, je ne contrôlais plus rien. À ma plus grande horreur.

Encore une fois, je fus ailleurs toute la journée. On devait répéter plusieurs fois la même chose pour que j'en saisisse l'idée et puisse y répondre d'une voix absente et monocorde.

Amorphes, mes doigts glissaient sur les touches du piano sans les enfoncer ou pas suffisamment. Même les plumes tremblaient entre eux et ne purent tracer aucun mot lisible. Quant à ma baguette, je n'osai la sortir de ma poche.

Quand j'étais seul, mes yeux me brûlaient. Une boule étreignait ma gorge. Des larmes inondaient copieusement mes joues maigres.

L'Enfer et ma vie ne faisaient plus qu'un, à mon plus grand malheur.

Un mur nu... Du sang coulait mollement sur la pierre... Un îlot... Si loin... Au centre du lac... Un bassin au long pied trônait au centre... Un médaillon frappé aux armes de Serpentard...

Ces images me hantaient chaque nuit. En réalité, celles où je parvenais à gagner le sommeil. Le médaillon semblait gravé dans ma rétine. Quoique je regarde, je voyais l'ombre du terrible bijou s'y refléter. Mes mains étaient froides et seule la présence du médaillon semblait pouvoir les réchauffer. C'était idiot. Peut-être devenais-je fou ?

Le mal en suintait... Impressionnant, intimidant, fascinant, froid... Si semblable à l'aura du Seigneur des Ténèbres... La même aura...

Malgré ma volonté d'oublier cette vision, cette impression de retrouver mon Maître en ce médaillon m'intriguait. Comment l'aura d'un homme pouvait-elle se dégager d'un objet ?

Les lourds et poussiéreux livres de mes ancêtres pesaient dans mes mains faibles mais déterminées. Je devais savoir. C'était presque vital. La concentration que demandaient mes recherches éloignait mon esprit de mes tourments.

Je fronçai et remuai le nez pour m'empêcher d'éternuer sur les précieux grimoires. Jamais je n'avais lu autant en si peu de temps. Le parchemin des pages craquait sous mes doigts, me rappelant leur fragilité et leur ancienneté.

Horcruxe, Horcruxe. Ce mot dansait et troublait mon esprit. Il n'y avait pas d'autres solutions possibles. Le médaillon de Serpentard était l'Horcruxe du Seigneur des Ténèbres. Voilà d'où il tenait sa prétention d'être immortel. Horcruxe. Il avait mutilé sa propre âme. Un frisson de dégoût me prit à cette pensée. L'immortalité ne me tentait pas le moins du monde malgré ma peur de la mort. Je souffrais trop de cette vie pour la poursuivre éternellement. Peut-être était-ce à cause de cela que je ne parvenais pas à comprendre un tel geste. À mes yeux, il représentait un sacrilège. Le pire.

La peur me submergea comme un seau d'eau glacée versé sur moi. Et s'il apprenait que je savais la vérité ? Il y avait peu de chance pour qu'il passe outre. Il me tuerait, c'était certain. Je m'étais promis d'ignorer mes visions. J'avais cédé à ma curiosité. J'allais payer. La curiosité tue le chat, récita une voix moqueuse en moi.

Couché sur le dos, les yeux rivés au plafond, la respiration haletante, j'attendais que Morphée veuille bien de moi en son refuge. Mes pensées s'agitaient et étaient hypnotisées par ce que je venais d'apprendre. Je ne m'endormirais pas. Du moins pas naturellement.

Résigné, je sortis du tiroir de ma table de nuit une fiole de potion. Je l'avalai d'un trait et me recouchai. Très vite, mes pensées se turent et les ténèbres m'envahirent.

Le bureau d'Albus Dumbledore... Les portraits restaient silencieux.

Dumbledore leva les yeux vers la silhouette sombre assise face à lui. La tête baissée, l'homme avait le regard fixe. Ses yeux semblaient vides de toute vie.

-Vous-Savez-Qui compte attaquer les Potter à la fin de la semaine. Il en veut aussi après les McKinnon, mais j'ignore quand il attaquera, disait-il d'une voix sans ton.

-Bien, soupirait Dumbledore, le visage las. Je vais les prévenir et les mettre à l'abri. Rien d'autre ?

-Igor Karkaroff est bien Mangemort. Je l'ai vu de mes propres yeux, mais n'ai aucune preuve.

-Au moins, l'Ordre saura qu'il faut s'en méfier. L'idéal serait de garder un oeil sur lui, mais c'est risqué. Aucune attaque de prévue ?

-Pas pour le moment. Le Seigneur des Ténèbres est obsédé par les Potter. Je m'étonne qu'il n'ait pas oublié les McKinnon avec tout ça.

-Ce sera donc tout pour aujourd'hui. Allez vite le rejoindre avant qu'il se doute de quelque chose.

-SEVERUS ! Hurlai-je dans mon sommeil.

J'étais prostré au creux de mon lit. Mon visage restait enfoui dans mon oreiller pour y étouffer mes plaintes. Mes yeux étaient tant écarquillés que je m'étonnai presque du fait qu'ils ne quittaient pas mes orbites. Je tentai de me ressaisir. Je devais me calmer.

Essayer de ne penser à rien, respirer à fond puis reprendre un rythme normal. Enfin.

Severus. Qu'avais-tu fait, Severus ? Et toi qui disais que trahir le Seigneur des Ténèbres était signer son arrêt de mort. Qu'appelais-tu ce que je venais de voir ?

Quand tu acceptes la Marque, tu t'enfermes dans un cercle vicieux. Et j'ai bien peur que la seule façon de s'en sortir soit la mort. N'était-ce point tes paroles ? Il retrouve toujours les traîtres, m'avais-tu dit. Oh, pitié ! J'espérais tant qu'un jour tu ne me ferais pas le coup du « faites ce que je dis, pas ce que je fais ». Mais, hélas, encore une fois, mes espérances étaient déçues.

S'était-ce déjà produit au moins ? Ce n'était pas sûr. Mais il était certain que cela allait arriver. Et quand cela arriverait, que t'arriverait-il ? Combien de temps se passerait-il avant que le Seigneur des Ténèbres ne découvre ta trahison ? Quel châtiment réservait-il aux traîtres ? Et pire aux espions ?

Tu ne le sauras jamais, mais, à cet instant, j'ai tremblé pour toi plus que je n'aie jamais tremblé de toute ma vie.

Je devais faire quelque chose. Mais quoi ? Je devais te sauver. Une pensée me vint. L'Horcruxe.