Chapitre 10 – Tuer ou être tué, telle est la question
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« Donc vous voulez tuer Jenny ? résuma Tony. Vous savez que c'est une très mauvaise idée ? On est là, je vous rappelle ! »
Il se désigna du doigt ainsi que Ziva, Gibbs et Timothy.
« Vous comptez nous tuer aussi ?
- Non.
- Mais vous savez qu'on cherchera à vous tuer si vous la descendez ? Et attention, je pars du principe que Jenny est vivante et va bientôt arriver.
- Vous ne me ferez rien, assura Youri en indiquant les points rouge sur leurs poitrines.
- Je vous trouve bien sûr de vous.
- Je tuerai aussi votre patron.
- Moi ? s'étonna Gibbs. Je croyais que vous vouliez faire comme moi ?
- Vous pensez votre amie morte depuis des années. Sa disparition ne changera rien pour vous. Mais vous devez payer pour la mort de Svetlana.
- C'est ridicule, coupa Tony.
- DiNozzo, intima Gibbs, tais-toi.
- Ah non ! Hors de question que je me taise alors que ce fou veut te tuer. Non mais tu sais la paperasse que ça me donner ? J'en ai déjà assez pour ne pas en rajouter. De plus, son motif de meurtre est vraiment trop ridicule pour ça. Tu me vois me farcir toute ta succession parce que môssieur Tchekov veut se venger sur toi d'un truc qu'il aurait dû faire il y a cinq ans s'il avait voulu être crédible ? Moi pas.
- Ce n'est pas ridicule ! éructa Youri.
- Si ça l'est, contra-t-il. Et le pire, c'est que vous ne vous en rendez pas compte.
- Alors qui le mérite selon vous ?
- De se faire tuer ? Personne.
- Qui doit payer pour ce que j'ai enduré ?
- Même réponse, personne.
- Non, Jenny Shepard mérite la mort pour ça.
- Mais pas Gibbs, nous sommes d'accord.
- Elle n'a pas disparu seule. Il l'a aidé !
- Gibbs ? Vous délirez totalement !
- Alors comment expliquez-vous qu'il ne se soit pas effondré à sa mort ?
- Qu'il ne soit pas devenu cinglé comme vous, vous voulez dire !
- Répondez !
- Jenny n'est pas l'unique femme qu'il a aimé dans sa vie. Ce qui apparemment n'est pas votre cas.
- Il l'aimait !
- C'est à lui qu'il faut demander confirmation, vous savez. Pas à moi !
- Mais vous le connaissez bien. »
Tony jeta un regard embêté à l'ancien marine. Son objectif en discutant avec Youri était de l'occuper suffisamment pour qu'il ne se rendit pas compte des agissements de Jenny. Il avait aperçu sa silhouette au loin. Il la savait en train de se charger des snipers. Deux points rouge n'étaient déjà plus présents sur Ziva et McGee. Lui seul s'en était rendu compte et il fallait que cela continuât jusqu'à ce qu'ils aient tous disparu. Le problème était que le contrôle de la situation commençait à lui échapper totalement.
« Oui, reprit-il, je le connais bien. C'est pour ça que je peux vous dire qu'il ne sait pas ce qu'il s'est passé il y a cinq ans. Il a perdu l'amour de sa vie et ce n'était pas Jenny. La perdre a été difficile, mais il a pu l'endurer parce qu'il avait déjà supporter bien pire. C'est pour cette raison qu'il n'est pas devenu comme vous.
- Alors qui ? »
Le point rouge disparut de la poitrine de Gibbs. Il ne restait plus que lui. Il devait absolument attirer l'attention de Tchekov.
« Moi, avoua-t-il.
- Vous ?
- D'accord, je n'étais pas tout seul. Mais oui, j'ai aidé Jenny Shepard à disparaître et, sans me vanter, je trouve que j'ai plutôt assuré. Bon, vous n'étiez pas prévu dans le plan, mais on s'en est accommodé. D'ailleurs, votre type photographe, ce n'est pas Jenny qui l'a descendu, c'est moi. Il s'apprêtait à la tuer, je l'en ai empêché.
- Jamais il ne l'aurait tué !
- Ce n'était pas prévu, effectivement. Mais ça a dérapé et j'ai dû agir. Je l'ai protégé comme je le fais depuis des années. D'ailleurs, vous devriez me remercier d'avoir été là. Sans moi, elle vous aurait déjà tué.
- Vous mentez ! Elle n'en aurait jamais été capable !
- Vous croyez quoi ? Que vous étiez le seul à jouer les espions ? Je vais vous décevoir, mais ce n'est pas le cas. On a aussi de super photos de vous à Saint-Pétersbourg en train de recruter ce fameux photographe. Au lieu de laisser Jenny vous tuer, je l'ai convaincu d'attirer ce paparazzi jusqu'à New-York. Ça a merdé, c'est vrai, mais l'important n'est pas là. Vous n'avez jamais mené la danse, Youri. C'est même le contraire !
- C'est faux !
- Regardez autour de vous ! Vous êtes seul ! »
Le russe s'exécuta, pâlissant en constatant l'absence de ses hommes par l'oreillette et celle des quatre lasers.
« Non ! »
Tony esquissa un sourire et s'avança.
« Soyez beau joueur. Vous renoncez à votre vengeance et on ne parlera pas de cette petite entrevue au juge.
- Jamais ! »
Comme les agents s'y attendaient suite à cette phrase, Youri Tchekov porta la main à son côté pour récupérer son arme. Tony savait qu'il n'aurait pas le temps de sortie la sienne, pas avec le peu de réflexes qu'il avait suite à sa nuit. Il espérait simplement que Gibbs ou Ziva dégaineraient vite et qu'il éviterait de se prendre une balle. Sa prière fut à moitié réalisée. Les deux agents attrapèrent leur Sig en un temps record, mais n'eurent pas le temps de tirer, contrairement à lui.
L'impact de la balle le propulsa au sol. La pelouse amortie sa chute, mais pas assez pour rappeler sa migraine à son bon souvenir. Il laissa échapper un grognement de douleur tandis que de nouveaux coups de feu retentissaient.
« Tony ! » cria une voix une fois le calme revenu.
Il ouvrit les yeux péniblement avec la luminosité.
« Jen ? murmura-t-il.
- Oui, c'est moi. »
Il sentait qu'elle cherchait le point d'entrée de la balle.
« Protection. » dit-il lorsqu'elle découvrit le pare-balle.
Elle eut un rire nerveux.
« Encore heureux ! Tu serais mort sinon ! »
Elle indiquait du doigt son cœur et la bille de métal figée dans le kevlar.
« Et Youri ?
- Mort. Entre Gibbs, Ziva et moi, il n'avait aucune chance. »
Elle lui tendit son bras pour l'aider à se relever. Il tangua légèrement sur ses jambes une fois sur pieds et porta une main à son crâne.
« Ma tête, grogna-t-il. Je te jure que c'est la dernière fois que je bois autant avant d'aller au boulot.
- Tu viens de te faire tirer dessus et la seule chose à laquelle tu penses c'est ta gueule de bois ?
- Et ma chemise. Tu sais le prix qu'elle m'a coutée ? »
Elle leva les yeux au ciel, poings serrés.
« Vous êtes impossible, agent DiNozzo !
- C'est pour ça que vous m'aimez, madame. » s'amusa-t-il.
Elle lui jeta un regard noir, les nerfs à fleur de peau. Il l'attira dans ses bras.
L'étreinte rassurante de son presque frère était ce dont elle avait besoin.
« J'ai eu si peur de te perdre, murmura-t-elle à son oreille.
- Je suis là. » répondit-il en la serrant plus fort contre lui.
