Kikou tous ! Voila le chapitre neuf ! Alors on ne tape pas hein ? lol
OK, lisez, appreciez et commentez :p
Chapitre 9
C'est désormais officiel, je sors avec Bill Kaulitz, chanteur des Tokio Hotel. Je n'ai même pas eut de mal à me faire à l'idée… Pourtant, j'aurais de quoi, mais non… Sortir avec Bill Kaulitz ne me met pas dans un état différent que si je sortais avec un garçon tout à fait banal…
L'escapade d'une journée dans la montagne est désormais loin, cela fait trois jours que nous sommes de retour au chalet des parents d'Anna, et je vois la fin du séjour arriver à vitesse grand V mais je m'efforce de ne pas y penser.
Ce matin, en me levant, la première comme d'habitude, j'ai découvert avec joie la couche de quarante centimètres de neige sur la terrasse. Les multiples traces de pattes trahissent de l'activité intense d'animaux noctambules comme les renards, les chouettes et autres bestioles.
Assise devant la cheminée, sur un gros coussin de sol qui pourrait aisément faire office d'édredon, je regarde les flammes dévorer le bois. Depuis trois jours que Bill et moi sommes officiellement ensembles, pour combien de temps, je l'ignore, la vie me semble plate.
Je ne sais pas pourquoi mais les boutades d'Anna me manquent, la tension entre Bill et Georg aussi. Evidemment, ce ne sont pas les activités qui manquent au chalet, nous passons des journées bien remplies, mais je ne sais pas, il manque quand même quelque chose.
D'un geste presque automatique, je tisonne les braises sous la bûche et les flammes repartent. Un frisson me descend alors dans le dos et je tourne la tête vers l'ouverture qui donne sur le couloir pour monter aux chambres. Anna s'y tient, habillée de pied en cap pour sortir et je m'étonne :
-Tu t'en vas ?
-Je vais en ville faire des courses, dit-elle à mi-voix. J'en aurais pour une ou deux heures et, je suis désolée de te demander cela, mais peux-tu veiller sur les garçons pendant mon absence ?
Je souris :
-On dirait que tu me demande de garder des enfants, Anna…
-On dirait, oui, mais c'est moi qui dois les surveiller normalement, seulement, tu ne peux pas aller en ville à ma place et eux n'ont pas le droit de quitter le chalet…
-Pour des raisons de sécurité, je sais, je dis en hochant la tête. Aller, file, j'ajoute avec un sourire en coin. Ils ne craignent rien, va.
Anna me sourit puis, d'un mouvement de tête, elle remet ses boucles rousses en ordre et quitte la maison. Il est tout juste huit heures mais je sais, pour y avoir déjà été, qu'il faut aller en ville le matin, une fois que tous les gens sont au travail, sinon c'est la cohue sur la route.
Mon amie partie, je resserre mon châle sur mes épaules et saisit le magazine télé qui gît sur une chaise non loin. Je me mets à le feuilleter et j'entends le parquet de l'étage qui grince. Quelqu'un se lève… Je me fige, écoute et attend, puis les marches de l'escalier craquent et je vois Bill qui apparaît dans le couloir, vêtu d'un bas de pyjama noir qui traîne par terre et d'un débardeur façon bagnard noir et blanc.
-Bonjour… je souffle doucement.
Il me regarde puis s'approche et je lui fais une place près de moi. Il s'assoit et, comme à son habitude de sans-gêne, s'allonge sur mes jambes que j'ai repliées sous moi. Je le regarde d'en haut et lui fais un sourire :
-Bien dormi ? je demande.
Il hoche la tête puis bâille en plaquant ses mains sur son visage et je ris doucement. Je l'embrasse sur le front et il se bouine dans mon cou mais je le repousse. Même s'il n'y a personne dans les environs, je n'aime pas les débordements affectifs. Pas question de nous « rouler une pelle » devant les autres, c'est hors de question. J'estime qu'il y a un minimum de respect à avoir envers les autres, amis ou inconnus. Ceux-ci n'ont pas à assister au spectacle d'une soupe de langue, ce genre de joie est réservé pour l'intimité.
Je crois que Bill l'a comprit et, ronchonnant un peu, il se tourne sur le flanc, vers la cheminée qui ronfle doucement. Je lui caresse le flanc doucement et dis :
-Anna est partie faire des courses en ville…
-Je l'ai entendue, dit-il à mi-voix. Alors tu es de garde, on dirait…
-Comme si vous aviez besoin de moi, je réplique doucement avec un sourire.
-Moi oui...
Je lui souris et il pose une main sur la mienne. Nous restons ensuite silencieux et, quand la cheminée a besoin de bois, Bill se lève et s'engouffre dans la cuisine pendant que je pose sur les braises une grosse bûche de chêne.
-Tu te lèves tôt, je dis quand il revient avec deux pots de café. Tu dors plus longtemps d'habitude…
-Je sais mais je n'arrivais plus à dormir…
Je hoche la tête puis il s'assoit en tailleur près de moi et dit :
-Marie…
-Mhm ? Qu'est-ce qu'il y a ? je demande en avalant ma gorgée de café brûlant.
Il boit un peu de café puis baisse son pot et détourne la tête :
-Non, rien…
Je fronce les sourcils mais n'insiste pas. Depuis que nous sommes ensemble, il est si mystérieux que je m'attends à tous moments à ce qu'il disparaisse comme un prestidigitateur.
Le jour se lève mais les nuages restent bien épais et la lumière du soleil est rendue grise. De plus, la neige nous éblouit et, comme je passe près de la fenêtre de ma chambre avec un pull dans les mains, je suis obligée de plisser les yeux.
Je regarde ma montre. Il est dix heures, et Anna n'est toujours pas rentrée. Je sais qu'elle n'a pas peur de rouler sur la neige et que, hors du village, les routes sont nettoyées, mais quand même, je ne peux pas m'empêcher de m'inquiéter.
Quand je redescends dans le salon, les quatre garçons sont levés mais affalés dans les canapés devant les dessins animés d'une chaîne allemande. Je ne comprends strictement rien à ce qui se raconte et je demande :
-Vous voulez manger quelque chose ?
Personne ne me répond alors j'insiste :
-Hé oh, les mecs…
Tom tourne la tête vers moi et hoche la tête :
-Oui, s'il te plait…
-Tu veux quoi ? Il reste du gâteau d'hier soir…
Il hoche à nouveau la tête puis je vais dans la cuisine et ramène le reste de gâteau que je dépose sur la table basse. C'est un gâteau tout bête, au yaourt, que la femme du vieux Maxime nous a donné hier à midi mais que nous n'avons attaqué qu'hier soir, et j'en coupe une part pour Tom. Gustav et Georg se joignent à lui et je questionne Bill du regard qui fait, semblant de se sacrifier :
-Aller, va, donne-m'en…
-C'est de la gourmandise, dit Tom avec un sourire.
-Ça ne va pas te faire de mal, je réplique en donnant sa part à Bill.
Tout le monde comprend mon allusion au poids du chanteur et Bill me fait une grimace. Je lui renvoie un large sourire puis me sacrifie à mon tour et prend une part de gâteau. Je m'assieds alors en tailleur sur le tapis, le dos contre le canapé, et regarde les dessins animés en picorant ma part.
Il est onze heures quand le vrombissement de la voiture d'Anna se fait entendre, et je me rue sur le palier pour l'aider.
-Enfin ! je fais en dévalant l'escalier. Je vais t'aider, attends.
-Les garçons sont levés ? demande-t-elle en me donnant deux grands sacs en plastique bourrés de bonnes choses.
-Oui, on regardait la télévision… Donne ça aussi, j'ai encore un doigt de libre…
Elle accroche un troisième sac à mon index gauche puis je remonte dans la maison et Georg me soulage des sacs pour les porter à la cuisine. Je retourne auprès d'Anna et dit, en prenant deux autres sacs :
-Tu as dévalisé le magasin ou quoi ?
-Non, mais souviens-toi que nous sommes six et ces quatre mecs bouffent comme quatre, fait-elle en riant. De toutes façons, je me ferais rembourser par le journal.
Je lui décoche un grand sourire puis elle claque le coffre de sa voiture, la verrouille et nous rentrons dans la maison en grelottant.
-Tu es gelée ! me fait Bill en me frottant les bras de ses mains.
I
Il m'entoure ensuite de ses bras et je rigole :
-Aller, laisse-moi aller aider Anna sinon on va manger à point d'heure.
Je me dégage et suis Anna dans la cuisine où nous nous enfermons. Je dépose des sacs sur le comptoir de la cuisine, près de l'évier en inox, et je commence à les vider en disant :
-Il y a du monde en ville ?
-Non, pas tellement… Il fait très froid en bas, tu sais… Le vent est pinçant, c'est atroce. Ici, il fait presque bon par rapport.
Je hausse les sourcils puis vais ranger des conserves dans le cellier. Je suis en train de les empiler dans les étagères, debout sur un tabouret, quand j'entends la porte coulissante qui roule dans sa rainure. Deux secondes après, une voix demande :
-Anna, Marie est ici ?
Je jette un œil à mon amie et secoue la tête en reconnaissant le dos de Georg. Celle-ci répond :
-Non, elle est allée ranger des trucs à la cave…
Elle montre du menton la porte ouverte qui descend à ladite cave puis Georg dit :
-Tant mieux, je voudrais te parler d'elle.
-Ha ?
Un regard d'Anna me fait me rencogner contre les étagères lourdes de conserves en tous genres, puis Georg reprend :
-Anna… Je sais que Marie et Bill sont ensembles et je ne vais pas revenir là-dessus, seulement, le retour en Allemagne arrive et… ils vont être inexorablement séparés.
Il parle en allemand mais, au cours de cette semaine, j'ai réussi à assimiler suffisamment de notions pour comprendre une conversation lente, ou tout du moins en saisir le sens.
Je suis touchée par la considération de Georg. Il a été bon perdant quand Bill s'est révélé plus fort que lui au jeu de la séduction, et apparemment, cela n'a pas altéré son amitié envers moi.
Je l'entends alors marcher et il se rapproche du cellier. Je me serre un peu plus contre le montant de l'étagère en priant pour que rien ne tombe, puis le bassiste reprend :
-Anna, est-ce que tu crois qu'emmener Marie avec nous serait une bonne idée ?
Je m'étouffe en silence et Anna s'éclaircit bruyamment la gorge au même moment pour cacher le bruit nasal que j'ai émit. Elle dit ensuite :
-L'emmener avec nous en Allemagne ? Mais enfin Georg… Elle ne voudra pas, même si c'est pour pouvoir rester près de Bill… Et puis David ne voudra jamais. Tu le connais aussi bien que moi, il a déjà fait toute une scène quand j'ai annoncé que mon patron m'avait mise à demeure avec le groupe. Qu'est-ce qu'il va dire si nous ramenons une fille dont Bill s'est entiché ?
-Tu parle durement de ton amie, fais remarquer Georg.
Je n'en pense pas moins et Anna reprend :
-Je sais, mais c'est justement parce qu'elle est mon amie que je veux lui éviter ça. Elle n'est pas prête…
-Ça quoi ? demande Georg. Les fans ? Les filles hystériques qui écrivent « Bill, je t'aime » sur un bout de carton ? Les voyages, la fatigue, le stress ? Anna, je commence à la connaître et je suis convaincu que tout cela lui passe au-dessus de la tête.
Je hoche la tête. J'ai des horaires pas très réguliers depuis que j'écris, je suis souvent couchée bien après minuit et levée à neuf ou dix heures le lendemain…
-Bill a besoin de quelqu'un à ses côtés, Anna. Et nous aussi. Nous t'avons, je sais, mais Marie est différente de toi, déjà parce qu'elle est française et aussi parce qu'elle est un peu plus jeune. De plus, j'ai l'impression qu'elle comprend parfaitement ce qu'on peut ressentir, sans même nous poser des questions. Elle sait ce que nous pensons, Anna…
Anna ne répond pas mais j'entends qu'on farfouille dans les sacs de courses. Elle semble réfléchir. Georg lui demande alors d'y penser puis il s'en va et la porte de la cuisine coulisse dans l'autre sens. Je sors alors de ma cachette et croise le regard tristounet de mon amie :
-Tu as entendu ? me fait-elle.
Je hoche la tête et elle ajoute :
-Tu serais prête à tout plaquer pour nous suivre ?
-Je ne sais pas…
-Tu aime Bill, ou non ?
-Je sais qu'on fait des choses idiotes par amour, mais là… Je ne sais pas, Anna, j'ai besoin d'y réfléchir.
-Moi aussi…
Un silence passe et j'ajoute :
-Anna, je n'ai aucune envie de te voler ton travail, tu sais… Tu es une amie très chère, j'ai l'impression de te connaître depuis dix ans et rien qu'à l'idée que tu peux être triste…
-Je ne suis pas triste, Marie, simplement… Simplement, jalouse.
-Jalouse ?
-Oui, jalouse. Je suis jalouse de toi, en moins de deux semaines tu es devenue aussi chère au cœur des garçons que moi, alors que moi j'ai mit plus de deux ans avant d'arriver à entrer dans leur monde. Tu as un don, Marie, Georg a raison. Tu sais toucher là où il faut, là où ça fait mal… pour faire du bien…
Elle marque une pause et ajoute :
-Après tout, je ne suis que leur attachée de presse et la journaliste chargée de lire et corriger tous les articles écrits sur eux dans tous les magazines allemands… Toi tu es la petite-amie de Bill Kaulitz… nous ne sommes pas sur le même piédestal.
Elle me regarde alors et un petit sourire étire ses lèvres. Je le lui renvoie puis nous continuons de ranger les courses en silence.
Un peu plus tard, alors que les garçons jouent au baby-foot dans la véranda et qu'Anna prépare le repas, je suis dans le rocking-chair près de la baie vitrée, dans la salle à manger. Je réfléchis. Suis-je prête à tout plaquer pour suivre Bill ? Est-ce que je l'aime suffisamment pour sacrifier ma famille, ma maison, ma langue, mon pays ? Je ne sais pas. C'est un choix cornélien, je ne dois pas le faire à la légère.
Soudain, une phrase entendue dans un film un soir me revient :
-Ich würde sterben für dich...
-Pardon ?
Je sursaute et vois Bill à la porte de la cuisine, un verre d'eau dans la main :
-Qu'est-ce que tu as dit ? fait-il. Tu n'es pas sérieuse…
-Je… Non, bien sûr que non, je dis une fois l'effet de surprise passé. Je ne sais pas pourquoi je pense à ça du reste… C'est idiot de vouloir mourir pour quelqu'un…
Je remonte une jambe contre moi et pose mon menton sur mon genou. Bill s'approche alors, pose son verre sur la table de la salle à manger et vient se baisser devant moi :
-Marie… A quoi tu pense pour avoir des idées aussi noires ?
-Je t'ai dit que je ne savais pas pourquoi j'avais dit cela, je dis en fronçant les sourcils. Et puis, je ne veux pas te dire à quoi je pense parce que tu vas peut-être te braquer…
-C'est à dire ? fait-il, soudain méfiant.
-Tu vois… Tu te méfies déjà…
-Ok, fait-il alors. Je te laisse en paix. Quand tu seras décidée à me parler de ce qui te chiffonne, sonne-moi.
Et il s'en va sans se retourner :
-Mais ? Bill… je fais, surprise. Ne le prend pas mal, s'il te plait, j'ai juste besoin de réfléchir un moment, je ne te chasse pas…
Il hausse les épaules et disparaît dans la cuisine. Je soupire entendant la porte grillagée de la véranda qui grince, puis me mure dans mon silence, froissée, mais disposée à peser toutes les mesures quant à cette cruelle décision.
Au repas de midi, je reste muette, n'ouvrant la bouche que pour y mettre ce que ma fourchette ramasse. Je sens bien les regards des autres sur moi mais je les ignore et, aussitôt mon plat terminé, je me lève en m'excusant et quitte la table en faisant un détour par la cuisine pour poser mes couverts. Je reviens ensuite dans la salle à manger, la traverse, enfile mes boots dans l'entrée puis endosse un manteau et une écharpe avant de sortir.
-Elle est bizarre depuis ce matin, j'entends Tom dire.
Je ferme ensuite la porte d'entrée et descend les marches tordues jusque dans la cour de graviers gelés recouverts d'une bonne couche de neige tassée.
Les mains dans les poches, je remonte un escalier fait de dalles de terrasse plantées dans la bute et je me retrouve dans un potager bêché mais recouvert de neige. Je le traverse en marchant sur les planches disposées ça et là puis je m'enfonce dans la neige du champ qui marque la limite de la propriété des parents d'Anna. Au-delà, ce sont les terres du Vieux Maxime et de sa femme.
La neige m'éblouit mais je m'en fiche. Les yeux à demi-clos, je patauge dans la poudreuse dont la hauteur n'atteint pas encore le rebord de mes bottes. J'ai besoin d'être seule et pour cela, quoi de mieux que les champs silencieux recouverts de neige ?
Au fur et à mesure que je m'éloigne de la maison, je trace dans la neige un profond sillon qu'il me sera aisé de retrouver pour rentrer, si toutefois il ne se met pas à neiger.
Au bout d'un bon quart d'heure de promenade, j'ai le nez comme une pelote d'épingles et les lèvres complètement sèches. Je passe ma langue dessus et la douleur s'estompe mais la douleur dans mon cœur reste bien vivace. Je ne sais quoi penser. Je ne peux parler à personne à part Anna mais je sens bien qu'elle n'est pas très chaude pour que je quitte tout et les suive en Allemagne. Elle a peur pour son travail et surtout pour l'amitié qui la lie aux garçons. Je suis une rivale pour elle mais, malheureusement – heureusement pour moi – et malgré mes années en plus que lui, Bill m'a choisi, moi… Moi, simple française, et pas elle, Anna Midlow, journaliste allemande.
Un profond soupir m'ébranle la poitrine et je m'installe sur une grosse pierre qui doit être là depuis bien des années. Elle est posée au milieu du champ légèrement en pente et sa surface est lisse comme un gros œuf, polie par les pluies qui se sont succédées. En contrebas, je vois le toit du chalet d'Anna et de la fumée pâle sort de la cheminée. Derrière-moi, bien plus haut sur le terrain, se découpe entre des grands pins la silhouette brune du chalet du Vieux Maxime.
-Marie ?
Je tourne la tête pour voir en face de moi Georg qui, enfoncé dans la neige jusqu'aux genoux, semble attendre mon autorisation pour approcher.
-Qu'est-ce que tu fais ici ? je demande en baissant les yeux, faisant mine de m'intéresser à autre chose. C'est Anna qui t'envoie ?
-Non, ni Anna, ni personne, répond le bassiste. Seulement moi… Tu es dehors depuis longtemps et Anna dit qu'il va neiger bientôt…
Je hausse les épaules puis dit :
-Qu'importe, je n'ai pas encore envie de rentrer.
Un silence passe puis Georg contourne le rocher et s'assoit dans mon dos. Il demande alors :
-Qu'est-ce qui te préoccupe ? Depuis qu'Anna est rentrée ce matin, tu es si mystérieuse… Tu as des ennuis ?
-Des ennuis ? Non, pas vraiment…
-Tu veux m'en parler ?
Je reste silencieuse. Je ne devrais déjà pas savoir ce qu'ils se sont dit, Anna et lui, ce matin, alors lui en parler serait lui avouer que je les ai espionnés… Quoique parler me ferait peut-être du bien… Je n'hésite pas longtemps et déballe toute l'histoire à Georg qui, installé dos à moi, semble encaisser. Quand je me tais, il reste silencieux et je ne le relance pas.
Cinq minutes s'écoulent avant qu'il décide de parler :
-Soit, fait-il. Tu as entendu ce que j'ai dit à Anna ce matin… Ce n'était pas pour maintenant normalement, je voulais qu'Anna accepte d'abord et seulement après je t'en aurais parlé. Même Bill n'est pas au courant… Cependant, ce n'est pas une mauvaise chose que tu sois au courant dès maintenant, ainsi tu as le temps de réfléchir…
Je secoue la tête :
-Réfléchir à quoi, Georg ? Est-ce que je suis prête à quitter toute ma vie en France pour en recommencer une nouvelle en Allemagne ? Est-ce que je tiens suffisamment à Bill pour le suivre à des milliers de kilomètres de chez moi ? Je ne sais pas, Georg… Je suis complètement perdue et je m'excuse si j'ai été désagréable aujourd'hui.
-Ce n'est rien va… Bon, on rentre ?
Il se lève alors et s'éloigne de quelques pas. Il se retourne alors à demi et me regarde, la tête penchée sur le côté, d'un air de dire « bon alors ? » et je lui souris. Je me lève et m'approche de lui en deux enjambées. Je m'accroche à son bras et nous descendons le champ en traçant une nouvelle route dans la poudreuse.
Quand nous arrivons au chalet pas derrière, nous pénétrons dans la véranda et, alors que je me déchausse tout en accrochant mon manteau sur une patère, j'entends des éclats de voix dans le salon. Je regarde Georg et nous nous approchons de la porte fermée de la cuisine pour écouter :
-Je suis désolée Bill, mais Marie ne peut pas venir avec nous !
-Mais qu'est-ce que tu as, Anna ? réplique Bill, à moins que ce ne soit Tom, je ne parviens pas à les différencier quand ils crient. Tu es jalouse de Marie ?
-Non, Tom, pas du tout ! s'exclame Anna. Simplement, je ne veux pas d'elle en Allemagne.
-Tu es méchante, réplique Gustav. Marie est la plus sympa de toutes les filles qu'on connaît, toi y compris ! En plus c'est ton amie ! Comment est-ce que tu peux lui planter un couteau dans le dos comme ça ? Qu'est-ce qu'elle t'a fait ? Tu es jalouse d'elle parce qu'on l'a tout de suite aimée alors qu'il t'a fallut deux ans, à toi ? Mais Anna, c'est une réaction de gamine ça !
Alors là… Je n'en reviens pas. Gustav, LE Gustav qui n'ouvre quasiment jamais la bouche, viens de moucher Anna en me défendant. Je suis sur le cul, et un coup d'œil à Georg me signale qu'il est tout aussi abasourdi que moi. D'un mouvement de tête, je lui signale qu'il est temps d'arrêter les frais. Nous allons alors dans l'entrée et quand je me montre à la porte du salon, les conversations se taisent aussitôt et tout le monde me regarde.
-Tu étais là… fait Bill en amorçant le geste de se lever. Marie…
-Silence, je fais sèchement, les sourcils froncés. Pourquoi vous vous disputez ? Anna, je peux savoir pourquoi tu me casses du sucre dans le dos comme ça ? Si tu es jalouse, dis-le haut et fort, que tout le monde le sache !
-Oui je suis jalouse ! s'exclame Anna, des éclairs dans les yeux. Je suis jalouse, je suis jalouse, je suis jalouse ! C'est bon, tout le monde a compris ?
Et sur ce, elle tourne les talons et monte à l'étage en martelant les marches de ses talonnettes.
-Et vous ? je dis en regardant les trois garçons assis dans le canapé en face de moi. Je suis touchée que vous me défendiez, mais Anna est avec vous depuis plus longtemps que moi, je ne suis que de passage, moi. Anna non, être avec vous est son gagne-pain. Elle peut manger en restant avec vous, moi je vis chez mes parents, loin d'ici et je crois bien que je n'aurais jamais du accepter de vous revoir. Tout cela n'a causé que des ennuis.
Je m'effondre alors sur une chaise et plonge mon visage dans mes bras en soupirant. Je me redresse alors et regarde Bill, les yeux humides :
-Je suis désolée, je dis.
-De quoi ? dit Bill en se levant.
Je lui fais signe de ne pas approcher et il reste sans bouger près du canapé :
-Je vais rentrer chez moi, je dis. Il vaut mieux qu'on arrête les frais maintenant.
Je me lève alors de ma chaise et soudain, Bill dit :
-Marie, reste !
Je le regarde, surprise, et il ajoute :
-Marie, je veux que tu restes avec nous, que tu reste avec moi. J'ai besoin de toi, nous avons besoin de toi. Viens avec nous en Allemagne, accompagne-nous sur les concerts et les plateaux-télés. Soit Marie, ma petite-amie…
Je sens ma mâchoire descendre toute seule et ma bouche s'ouvrir sous la surprise. Si je m'attendais à une telle demande… Et devant ses amis en plus…
Visiblement, nous sommes tous surpris. Tom regarde son frère fixement, la bouche ouverte, n'osant pas bouger. Gustav, lui, regarde Georg. Tous deux semblent se sonder et soudain, je m'effondre sur la chaise, les jambes coupées. Georg est aussitôt près de moi :
-Ça va ? Tu vas pas nous faire une syncope, hein ?
Malgré le choc, j'esquisse un sourire puis regarde Bill, toujours planté près du canapé, attendant une réponse. Je sonde son regard noisette puis demande :
-Tu… Tu es sérieux ? Tu veux vraiment que je vienne avec vous ? En Allemagne ?
-Oui, Marie, dit Bill sans toujours bouger. Nous le voulons tous, pas vrai les gars ?
Chacun hoche la tête puis je dis :
-Et Anna ? Vous la mettez au trou comme ça, après tout ce qu'elle a fait pour vous ?
-Anna est notre amie, Marie, dit alors Tom en me regardant. Anna est journaliste, aussi…
-Mais moi je ne suis qu'une petite française paumée qui a gagné à un fichu concours organisé par un magazine !
Je me tais alors, la voix coupée par l'émotion. Je ferme les yeux, les larmes au bord de jaillir, et détourne la tête. Je sens alors plusieurs paires de bras m'entourer et je sens l'odeur du déodorant de Bill près de mon visage. Je m'agrippe alors à son pull et j'entends :
-Viens avec nous, Marie… Viens vivre avec nous, à Hamburg…
Je laisse échapper un hoquet puis je m'effondre contre le torse de Bill. Les bras qui ne sont pas à lui se retirent et il me serre contre lui en passant une main dans mes cheveux. Les larmes jaillissent alors et je m'accroche au dos de son pull, les bras autour de son corps si fin, incapable de faire quoi que ce soit d'autre.
See you again !
