BONJOUR. Je suis heureuse de poster "en avance" (étant donné que j'avais dit que je posterai la semaine prochaine) on dit merci à la journée "je glande" que je me suis octroyée en faisant un beau doigt d'honneur à mon emploi du temps. 6h de travail par jour en vacances c'est pas possible /PAN/
Je remercie ma Bêta qui m'a surprise en relisant tout d'un coup alors que je ne pensais plus la revoir (tes SMS de réaction étaient splendides), et également pour son fanart de Mr. Nounours dans les bras de Gabriel en pyjama avec un bonnet des couleurs du drapeau Français. C'est la première fois qu'on me fait un fanart, je suis extrêmement touchée ;-; (c'est devenu mon fond d'écran maintenant xD) Bref, assez parlé de ma vie. Je vous remercie également vous tous/tes pour vos reviews, j'ai noté une petite baisse de commentaires, vos avis comptent toujours autant *cœur* Ah, et si je n'ai pas encore répondu à tout le monde, ça va venir - c'est parce que j'ai essayé d'éviter internet, dernièrement (histoire de mon concentrer sur mes révisions et tout le blabla).
PS1: J'ai remarqué que niveau études/niveau de vie, j'ai pas mal mélangé les façons de vivre des Français et des Américains. Désolée à ce niveau-là. Aussi, je sais que l'âge légal en Amérique est 21 ans, et non pas 18. Mais Dean (19 ans) est un pro des fausses cartes d'identités et peut facilement se faire passer pour un homme de 21 ans, donc il est "normal" que ça soit lui qui conduise aussi souvent. J'avoue, je n'avais pas envie de me priver d'un road trip à cause de leur âge, pardonnez ma faute.
PS2: Le titre de ce chapitre est une chanson tirée de West Side Story.
Ceci dit, je vous souhaite une bonne lecture ! ~
A BOY LIKE THAT
– Tu ne prends que ça ?
Dean sourit.
– C'est un road trip, Sam. Un road trip. Plus aucune attache, plus rien, juste le strict minimum, et la liberté.
Sam soupira.
– J'imagine que je vais aller vider la moitié de mes affaires.
Son aîné lui répondit par une tape amicale sur l'épaule.
Quelques heures plus tard, ils étaient prêts à larguer les amarres, direction « véritables vacances ». Gabriel arriva au dernier moment, et pour être honnête, Dean avait presque cru qu'il ne se pointerait pas et les laisseraient tomber.
Ce qui aurait très bien pu arriver. Mais le jeune homme ne l'aurait tout simplement pas accepté – et il ne s'en serait pas sorti aussi bien, parole de Winchester. Après tout, n'avait-il pas passé ces cinq derniers jours à essayer de jouer de rapprochements en rapprochements vicieusement entre son frère et le cousin de son petit-ami ? Quelle idée ils avaient aussi, de se disputer une semaine avant leur départ.
Mais Dean avait été très clair à ce sujet. Ils viendraient tous les deux, et ils n'avaient pas le choix. Ils avaient prévu ça depuis tellement longtemps, ce n'était pas une petite crise de couple qui allait tout gâcher. Et Cas l'avait bien appuyé sur ce point.
Il avait vu le regard de Sam quand il comprit qu'il ne le ménagerait pas en le plaçant sur la banquette arrière, avec Gabriel. Et Dean n'avait pas pu s'en empêcher il avait sourit de toutes ses dents. Des heures et des heures passées à côté de son petit-ami ou ex-petit-ami ou non-petit-ami temporaire ou pause-pas-copains, quel que soit son statut maintenant, ça allait forcément donner quelque chose. En espérant que l'Impala n'y laisserait pas de sa carrosserie – ce dont il doutait fortement.
Les premières heures furent extrêmement gênantes. Dean, d'assez bonne humeur, avait de suite commencé à parler de la pluie et du beau temps, puis tiré sur des thèmes qu'il savait pouvaient intéresser Sam et/ou Gabriel, mais ni l'un ni l'autre ne réagirent. En regardant dans le rétroviseur, il vit un énorme espace entre les deux étudiants Sam regardait droit devant lui, et de temps en temps sortait son téléphone, et Gabriel observait fixement sa vitre, comme le faisaient les stars dans une scène de film dramatique.
Au final, il se résigna à mettre AC/DC pour égayer un peu plus l'ambiance morne que son cadet et Gabriel s'évertuaient à conserver. Et pour couronner le tout, Sam ne trouva rien de mieux à faire que de s'endormir au bout d'une heure.
– Vraiment aucun effort, marmonna Dean dans sa barbe.
– On est arrivé ? demanda Sam d'une voix pâteuse en se réveillant.
Il sentit la banquette avoir un brusque mouvement, et vit Gabriel à côté l'observer, aux aguets, comme un animal prit sur le vif. Les battements de son cœur s'accélérèrent, et ce fut presque s'il ne déglutit pas.
Ses yeux. Il lui semblait avoir passé une éternité sans avoir pu plonger ses yeux dans les siens. Ses yeux whisky, qui lui avaient apporté toute la chaleur du monde – il dût se faire violence pour se rappeler que c'était pas encore si longtemps que ça.
Gabriel fut le premier a briser l'échange en lâchant un soupir, avant de s'accouder à nouveau à sa fenêtre et de l'ignorer. Sam se sentit plus mal encore, mais tout ça, c'était de sa faute. C'était lui qui avait voulu ça. C'était sa responsabilité, c'était à lui d'assumer ses décisions – pour que Gabriel prenne ensuite les siennes.
Ils restèrent là, quelques minutes, en silence.
Castiel et Dean avaient disparu, évidemment. Et à moins de demander à Gabriel, il ne saurait pas où ils étaient allés. Très bien, ils étaient garés à une aire de repos, mais il n'y avait aucune trace d'eux, et aller aux toilettes ne prenait pas autant de temps que ça. Si ? A moins qu'il n'y ait la queue. Il était fort possible qu'il y ait une grosse file d'attente. Sauf que, ce genre de chose, généralement, ça prenait un siècle et demi pour les toilettes des femmes. Il le savait pour l'avoir souvent tristement remarqué, et pour avoir entendu Charlie s'en plaindre une bonne quinzaine de fois avec Jo.
Il sortit son téléphone, et chercha le numéro de son frère pour lui demander ce qu'il faisait, lorsque la voix de Gabriel résonna à ses oreilles.
– Ce n'est pas la peine, ils ne répondent pas.
Sam se figea, et resta muet quelques secondes avant de demander :
– Depuis combien de temps on est là ?
Il vit son... « petit-ami » tiquer, ne s'attendant visiblement pas à ce qu'il lui parle en retour. A vrai dire, ils se surprenaient tous les deux. Si Sam avait plus dormi la veille en n'angoissant pas sur ce trajet, il ne se serait pas stupidement endormi dans l'Impala, et aurait pu avoir une petite idée d'où est-ce qu'ils se trouvaient, et ce qu'il se passait.
– Vingt minutes, peut-être, répondit-il d'une voix neutre.
Oh. Donc ils mettaient bien du temps à revenir. Soit Dean agonisait quelque part dans une ruelle sombre, soit il était totalement malade. Venait-il réellement d'abandonner son bébé, son Impala à son sort, avec Gabriel et lui ?
Il devait être complètement taré. Ou alors Castiel lui avait offert une tarte.
Dean dégustait son morceau de tarte accoudé au bar, face à la fenêtre qui donnait sur le parking. A ses côtés, Castiel buvait son café tranquillement, un petit sourire aux lèvres. C'était son deuxième.
– Tu crois pas qu'elle est un peu trop évidente, notre manœuvre ? questionna-t-il.
Dean ne put que sourire de plus belle.
– C'est pas la discrétion qui compte, c'est le résultat, Cas. Ça fait presque une demi-heure que nous sommes là, et nous avons reçu une trentaine de textos chacun que nous n'avons pas même regardé. Mais ni Gabriel, ni Sam ne sont encore sortis de l'Impala. Ce qui veut dire que tout marche comme sur des roulettes pour le moment.
Castiel sirota encore un peu de sa boisson, puis en proposa à Dean qui but une gorgée et lui donna en échange un morceau de sa pâtisserie.
– Pour une tarte de station, elle est de bonne qualité.
Son petit-ami approuva en hochant de la tête.
– Quand est-ce qu'on y retourne ?
– Quoi, on est obligé d'y retourner ?
Le regard de Castiel lui répondit très clairement.
– C'est vrai que je ne peux pas laisser Baby. On y va dans dix minutes ?
– Parfait. Qu'est-ce que tu fais ?
Dean releva la tête alors qu'il fouillait la poche de son jean en en ressortant son téléphone portable.
– Je suis curieux de voir ce qu'ils nous ont envoyé comme SMS, quand même, dit-il.
Castiel sortit son portable de même, et tous deux lurent leur messages. Ils partaient d'un ton extrêmement sérieux à celui de moins sûr pour finir sur une note de désespoir presque audible. C'en était presque hilarant, si la situation n'était pas aussi important et ne l'avait pas exigé.
« Castiel, vous revenez quand ? J'aimerai aller faire un tour aussi. » – Gabriel
« Bon, ça fait presque un quart d'heure là, vous faîtes quoi ? » – Gabriel
« Sérieusement, vous ne pourriez pas répondre ? Un téléphone, c'est fait pour ça à la base. » – Gabriel
« Je peux très bien abandonner l'Impala là si c'est ça que vous voulez » – Gabriel
L'Impala, oui, mais abandonner Sam dans l'Impala ? Non, c'était une tout autre chose que Dean avait parfaitement bien envisagé : Gabriel n'abandonnerait pas Sam.
« S'il se réveille avant votre retour, je vous tue. » – Gabriel
« Vous êtes morts » – Gabriel
« Vous êtes où ?! » – Sammy
Dean et Castiel se tournèrent l'un vers l'autre, et exécutèrent un high five en toute beauté.
– Honnêtement, on a laissé mon frère dormir, seul, vingt minutes, avec Gabriel sur la même banquette, à n'avoir rien d'autre à faire que de l'ignorer ? Je pourrais presque me sentir mal pour Gabriel. Mais leur laisser vingt minutes seulement pour discuter, ça ne sera jamais assez.
– Il faudrait les enfermer dans la même pièce pour une après-midi, pensa Castiel à voix haute, en pleine réflexion.
– Encore faut-il la trouver, la pièce, et puis si ça n'a pas marché, je suis sûr qu'on aura pleins d'autres occasions, Cas.
Alors qu'il prononçait cette phrase, son téléphone sonna brièvement pour annoncer l'arrivée d'un nouveau message. Il y jeta un rapide coup d'oeil sans vraiment y faire attention, puis se figea sur place.
« Tu es courant que tu me laisses l'Impala pour moi, tout seul ? J'ai toujours rêvé d'y installer mon iPod. Définitivement. =D » – Sammy
– Putain de... !
Dean fila en abandonnant un Castiel perplexe, et par la même occasion sa tarte. Il courut le long de la baie vitrée et bouscula presque un couple qui rentrait aux portes d'entrées, puis se précipita à l'endroit où il avait laissé l'Impala.
Son petit frère passa la tête par la fenêtre pendant que Dean, appuyé contre le toit de sa voiture, reprenait son souffle et fouillait du regard tout changement suspect qui aurait pu arriver à l'Impala. Il se tourna vers son cadet, l'air furieux, tandis qu'il le contemplait d'un air innocent, tout sourire.
– Dean ! Ravi de voir que tu n'étais pas si occupé que ça, et que tu aies réussi à te libérer ! Maintenant, on peut partir ?
L'aîné se pencha sur la fenêtre et le fusilla du regard.
– Ne refais plus jamais ça Sammy. Compris ?
– Pas de soucis.
Il voulut retourner auprès de Castiel, mais Sam l'en empêcha en prétextant vouloir se dégourdir les jambes et que c'en était une bonne occasion. C'est ainsi que Dean Winchester se fit amèrement piéger par son petit frère dans son propre coup.
– Alors, lança-t-il à Gabriel qui n'avait pas pipé un mot depuis son retour – voire depuis le début du voyage. Comment ça s'est passé ?
Le jeune homme ouvrit la bouche, la referma et le foudroya du regard.
– J'imagine que ça veut dire « pas mieux », bougonna-t-il.
– Je ne vous ai rien demandé, grinça Gabriel.
– Oh mon Dieu ! Tu parles ! Pitié, dis-moi que ça ne va pas dire que tu vas te remettre à chanter, ça, ça ne manque absolument pas.
Si un regard pouvait tuer, Gabriel aurait massacré Dean depuis un moment. Mais celui-ci l'ignora royalement, trop occupé à ressasser son plan échoué, et à sa tarte qu'il n'avait pas finie.
– C'est ridicule. Vous êtes au courant que discuter vous permettra d'avancer à quelque chose, n'est-ce pas ? Là, vous êtes juste là, tous les deux, et vous faites chier votre monde.
– Je t'emmerde.
Il leva les yeux au ciel. De toute façon, faire la morale à quelqu'un n'avait jamais été son fort.
– T'as pas envie de lui parler ?
Il ne répondit pas et se retourna vers la vitre pour observer les autres voitures démarrer et se garer. Le silence régna jusqu'au retour de Sam et Castiel, qui rapportait la pâtisserie de son petit-ami – qu'il termina hors de la voiture, bien sûr. Sam, lui, avait acheté un paquet de bière « pour ce soir ». Ils redémarrèrent finalement et quittèrent la station.
– Je propose qu'on s'arrête là pour la nuit, proposa Dean.
Ils s'étaient arrêtés sur une zone déserte avec un seul motel en vue, et l'atmosphère leur indiquait qu'ils n'étaient plus très loin de la mer, avec ce temps marin, cette odeur de sel et les mouettes qui piaillaient au-dessus de leur tête.
– Attends, on est où, là ? demanda Sam.
– Je sais pas, par là, dit son frère en montrant un point sur une côte de la carte que tenait Castiel.
– Quoi ? Vous êtes sérieux ? intervint subitement Gabriel en surprenant tout le monde. Vous conduisez sans GPS depuis le début ?
– Bien sûr que oui, sourit Dean. C'est un road trip. On ne suit que la carte, et encore, pour être sûr de ne pas finir à la montagne. Tu crois que notre père utilisait des GPS ? Ces trucs ne servent à rien, et on s'en est toujours sorti sans. John a toujours été un as pour s'orienter, aucune raison pour que ça ne soit pas le cas pour nous.
– Génial. Je me demande encore pourquoi est-ce que je suis venu, grommela Gabriel avant de s'en vouloir la seconde d'après pour avoir lâché cette pensée à voix haute.
Il sentit le regard de Sam sur lui mais refusa de se tourner vers lui. De toute façon, qu'il le fasse ou pas, qu'est-ce que ça allait changer ?
– Ce motel m'a l'air bien pourri, commenta Sam. Comme ceux que Papa trouvaient aussi.
Dean haussa les épaules.
– Commence pas à faire ton Adam et soit déjà content qu'on en ait trouvé un.
Plus personne ne fit de commentaires, et la décision fut prise faute de mieux. Ils ramenèrent leurs (minces) affaires à l'établissement, et s'arrangèrent avec la « concierge » pour prendre une chambre à l'avant et non pas à l'arrière, pour que Dean puisse toujours garder un œil sur l'Impala. Après tout, ils étaient presque au milieu de nulle part, et les voitures ne les dérangeraient pas, mais laisser son bébé comme ça, tout seul, ça ne rassurait absolument pas Dean.
Après avoir mangé, Dean fut presque agressé par son cadet qui lui demanda de lui laisser une place dans sa chambre, et que Castiel partage celle de Gabriel. Son frère allait lui rétorquer qu'il en était hors de question – ça bousillerait tout le plan initial – jusqu'à ce que Sam ne lui sorte son téléphone et ne lui montre une vidéo de lui, dans l'après-midi, en train de courir comme un fou vers la voiture après qu'il ait reçu son texto.
Il avait suffisamment eu de problèmes comme ça, pas la peine d'en rajouter. Il accepta, mais sans lui assurer qu'il se plierai aussi facilement la prochaine fois. Sam s'en fichait, tant que cette nuit ne se passait pas avec son « petit-ami-en-reconsidération ».
Le lendemain matin, à peine avaient-ils pris le petit déjeuner qu'ils sautèrent dans l'Impala pour de nouvelles heures de route jusqu'à ce qu'ils ne trouvent « l'endroit idéal » pour s'installer quelques temps.
Et ils le trouvèrent.
En fin de matinée, Castiel remarqua un phare au loin dont les couleurs avaient été dégradées, et il se garèrent dans les environs avec hâte, avant de s'escalader rapidement quelques rochers et de se retrouver brutalement face à la mer.
Elle était splendide.
Il n'y avait personne, et le vieux phare avait visiblement été abandonné. La plage paraissait presque inaccessible, envahie par des pierres et de la roche. Des mouettes et des goélands virevoltaient de-ci de-là à la recherche de poisson ou de fruits des mers à se mettre sous la dent – ou plutôt le bec. De temps à autres, une vague plus importante que les autres venait à s'abattre contre la digue qui avait été construite pour le phare, et se parsemait en une multitude de petites gouttes d'eau, qui ressemblait un peu à un feu d'artifice aquatique.
Le vent n'était pas violent : ce n'était qu'une petite brise qui s'emportait parfois et malmenait les cheveux de Sam avec grand plaisir. Le simple son du va et vient des vagues apaiserait quiconque approcherait cette zone. Comme une musique relaxante telle que Le vent, le cri d'Ennio Morricone.
Et sa couleur était magnifique. Des dégradés de bleu, dans les tons verts, assez foncés toutefois. L'écume des vagues dominait l'arrivée, et le mouvement du tout rendait un effet à la fois, en fond, calme, mais au premier plan, déchaîné. Mais l'ensemble rendait assez bien le message qu'il fallait comprendre : nager dedans serait de la folie. En un mot : danger.
Ils se régalèrent de ce spectacle pendant une demi-heure, puis il se mit à y avoir du crachin, ce qui leur parut être encore plus désagréable que de la bruine si l'on restait dehors à long terme, et pour le bien de l'Impala qui ne devait pas être trempée à l'intérieur, ils durent se remettre en route.
Il y eut du tonnerre et un horrible orage durant deux jours. Deux jours où Dean ne se priva pas de jurer et de maudire le ciel et quiconque était responsable de « ce climat de merde ». Toutefois, ce qu'ils firent pour s'occuper ces jours-là, à part rester bloqués dans la voiture, ne se résuma qu'à visiter tous les bars des environs, et grâce à l'instance de Sam, des musées et monuments historiques. Et ça n'était pas pour lui déplaire. Sincèrement, il ne pensa pas avoir autant apprécié les sorties culturelles, pas autant que maintenant. Tandis qu'il restait en froid avec Gabriel, Dean et Cas, eux, n'arrêtaient pas.
Et allons-y pour le petit regard en coin, puis jouons sur le « je te regarde droit dans les yeux, tu me regardes droit dans les yeux, nous nous regardons droit dans les yeux » il ne manquerait plus que le « oh, je t'aime mon amour ! » et c'était la dose parfaite du cliché de romance dégoulinant de guimauve. C'était presque s'il ne les voyait pas commencer à se mettre à ronronner – s'ils en avaient eu la capacité. C'était lourd.
Et Sam serait prêt à s'arracher les cheveux si ça ne s'arrêtait pas. Bien que lui et Gabriel et ne s'échangeaient plus un mot, il pouvait aussi lire dans les pensées de celui-ci et deviner qu'il partageait autant son sentiment, si ce n'était plus.
Alors que Dean était parti payer pour l'essence, Sam en profita pour en toucher un mot avec Castiel de manière très claire et explicite pour mettre un terme à tout ce cinéma :
– Dis, Cas... Est-ce que– est-ce que vous pourriez un peu cessez vos... vos moments... avec Dean... ?
Le jeune homme le regarda sans comprendre.
– Nos moments, Sam ?
– Oui vos... vos trucs, là.
– Nos... trucs, répéta-t-il, l'air encore plus perdu.
– Mais oui ! Tout ça ! Enfin, tu vois bien !
– Sam, je...
– Par pitié, stop. C'est épuisant. Je te jure. Je vais me tirer une balle. C'est à la limite du gazouillement. Et ça, ça serait... dix fois pire, argh !
Sous le coup de la colère – et persuadé qu'il avait été parfaitement compréhensible – Sam planta Castiel là sur ces mots. Quelques minutes plus tard, Gabriel rejoignit son cousin sans savoir que Sam avait été là un peu plus tôt, et lui tint plus ou moins le même genre de discours. Avec le même genre de résultat.
Le soir, ils dégustèrent dans un petit restaurant aux allures hispaniques, et en profitèrent pour se partager quelques tapas, comme de la tortilla, ou des tranches de pain au jambon ou à la tomate. Ils commandèrent de la sangria, pour goûter : elle n'était pas mauvaise.
Pour rentrer au motel, Sam conduisit – en espérant de tout cœur de ne pas tomber sur un agent de police en chemin, ce qu'ils, par chance, évitèrent – et, une fois arrivés devant leur nouveau motel, il se sentit trahi par son frère.
– Sammy, j'dors avec Cas ce soir.
Il écarquilla les yeux et en eut le souffle coupé. Gabriel releva la tête.
– Non ! Tu peux pas faire...
Il se rappela que Gabriel était dans la même pièce et tenta de reprendre un peu de contenance. Il aimait toujours cet homme, et avait mal au cœur rien qu'en pensant à ce qu'ils ne partageaient plus ensemble depuis dix jours. Mais il faisait ça pour son bien bon sang ! Cependant, ça n'impliquait pas de lui faire autant de mal. Il ne voulait pas plus le blesser qu'il n'avait envie de le perdre. Mais il ne pouvait pas dormir avec lui. Pas dans la même pièce. Non.
– Dean, on peut parler en privé ?
Son aîné fronça les sourcils.
– Non. Je suis désolé, je veux bien être gentil, mais je veux aussi profiter de mon petit-ami. Vous n'allez pas vous entre-tuer pour une nuit.
Non, mais toutes ses résolutions pourraient bien s'écrouler en une nuit.
– Écoute, Sam. J'ai aussi besoin d'être avec Cas, tu vois ? Je sais que je passe toute la journée dans la même voiture que lui, et qu'on reste toujours ensemble, mais ça me manque de plus dormir avec lui. Je te rappelle que dans moins de deux semaines, il prend son avion et part en Erasmus. Alors sois sympa, prend sur toi.
Sam voulut riposter quelque chose, mais ne trouva rien à dire. L'excuse de l'Erasmus était trop bonne. Il n'avait définitivement rien à dire. Et ça l'irrita plus encore.
Ils avaient trouvé de bonnes chambres dans le motel, que Castiel paya grâce à l'argent financé par sa famille. Ça changeait un peu du budget du paternel Winchester, ce qui ne saurait pas forcément déplaire aux fils.
Leurs chambres se situaient assez loin l'une de l'autre, et Sam ne savait pas si c'était une bonne chose ou pas. Était-ce ridicule de réagir ainsi parce qu'il se retrouvait dans la même pièce que son petit-ami ou ex-petit-ami ? Il n'arrivait toujours pas à accepter le « ex ». Comment Gabriel le prenait-il ?
Dieu, il avait été affreux. Il aurait dû mieux en discuter avec Gabe. Il aurait dû rester posé. Il n'aurait pas dû s'emporter. Et s'il avait été trop vite ? Il avait sûrement été trop vite. Il avait agis sur un coup de tête, et maintenant la situation était telle qu'il avait envie de se cogner la tête contre un mur H vingt-quatre. Ou de se mettre des baffes. Au choix. La seule différence entre les deux était que le mur ne changerait pas cette affreuse migraine qui le prenait d'un coup sans prévenir quand il avait une montée d'angoisse ou de gêne.
Le plus hilarant, c'était qu'ils avaient passé sept jours à s'éviter – O.K, lui en tout cas – et ne s'étaient plus adressé la parole et à peine vus, et maintenant... maintenant, ça faisait trois jours qu'ils se voyaient en permanence, se retrouvaient côtes à côtes dans la même voiture sur la même banquette. C'était trop... bizarre. Dérangeant. Embarrassant.
Il lui arrivait de lui glisser des regards en coin, et de le voir arborer cette expression neutre qu'il avait adoptée depuis leur séparation... temporaire. Ne plus le voir de face, ne plus le voir sourire – ne plus le voir sourire à lui – ne plus l'entendre lui parler de tout et de rien, ou encore de simplement rire ou chanter... Toute cette absence lui creusait un trou intérieurement un peu plus chaque jour.
« Sam ? … T'en as pas marre ? D'être toujours avec quelqu'un qui n'est jamais sérieux ? ». Il se rappelait encore de ses paroles comme si elles dataient de la veille. Et lui, avait-il envie de rétorquer, n'en a-t-il pas marre d'être avec quelqu'un... comme lui ? Qu'est-ce qui avait bien pu l'avoir attiré chez lui ? Et pourquoi avait-il accepté de participer à ce road trip, de toute façon ? Il voulait se forcer à croire qu'il aurait été plus soulagé s'il n'était pas venu, mais ça aurait été un énorme mensonge. Et il ne vivait pas dans le déni. N'est-ce pas ?
Au moment de se séparer, Sam adressa une dernière fois ses yeux de chien battu à Dean, mais Castiel se pointa juste à ce moment-là et cacha la vue de son petit-ami qui lui en fut grandement reconnaissant. Il adressa un petit sourire à son petit frère et lui fit un signe de la main avant de rentrer dans sa chambre et de refermer la porte, sur un son qui, pour Sam, aurait pu être semblable à celui de sa mise à mort.
Une fois leur porte fermée, Dean se retourna vers Castiel et étouffa un fou rire en plaquant ses mains sur la bouche. Castiel sourit.
– Je n'aurai jamais cru que ça marcherai aussi bien.
– Je n'aurai jamais cru que jouer le médiateur m'amuserait autant, lâcha Dean en tentant de se calmer – Sam pourrait l'entendre.
Ils installèrent leurs affaires, se déshabillèrent et, au moment de se coucher, Castiel regarda son petit-ami en hésitant légèrement avant de dire :
– Tu penses que c'est sérieux ?
– De quoi ?
Il pencha la tête à droite puis à gauche en cherchant ses mots.
– Tu sais, leur séparation.
Dean fronça les sourcils.
– J'espère que non.
– Tu espères que non ?
– J'aimais pas trop Gabriel au début, mais Sam est vraiment bien avec lui. Et puis, il a de bons goûts. C'est un type sympa. Chieur, certes, mais bon, personne n'est parfait.
Le jeune homme se rapprocha de lui et l'embrassa.
– Au fait, je t'ai observé à l'œuvre, Cas, je dois dire que je suis impressionné, fit remarquer Dean en s'allongeant. De loin, tu paraissais vraiment convainquant.
– Je savais déjà que Gabriel n'était pas fan de nos soit disant « cochonneries mentales » (il mima les guillemets de l'index et l'annulaire des deux mains), juste parce qu'on se regarderait « trop longtemps ». Il suffisait de pousser un peu...
– C'était déjà insupportable de les voir faire la gueule derrière, mais après ça, rien que de voir leur tête dans le rétroviseur, c'en était hilarant. Ils ont compris tu crois ?
– Non, ils étaient trop préoccupés, ils pensaient trop... l'un à l'autre. C'est Charlie qui va être contente quand on va lui dire.
– Je lui enverrai un message demain, en fonction de ce qu'il s'est passé, conclut Dean.
Ils éteignirent la lumière et se blottirent l'un contre l'autre en lâchant un soupir de plaisir.
Dans la chambre de Sam et Gabriel, ni l'un ni l'autre n'avait encore brisé le silence. Sam savait que Gabriel dormait toujours en resserrant quelque chose contre lui avant de s'assoupir, l'oreiller qu'il avait de trop, le surplus de draps, Mr. Nounours ou... lui. Il n'y avait qu'un oreiller par personne, les draps n'avaient aucun surplus, et il n'avait pas emmené Mr. Nounours. A vrai dire, ses bras lui manquaient. Il avait envie de se lover contre lui et de l'embrasser. Il avait de lui dire qu'il était désolé. Mais sa raison l'en empêchait à chaque fois. Et la rancune de Gabriel commençait à lui faire peur.
Gabriel prit sa douche, et revint les cheveux trempés, le pyjama déjà enfilé. Sous la douche, il n'avait pas chanté. Sam installa son chargeur de portable à la prise la plus proche de son lit et enclencha le réveil pour le lendemain. Il ne leur restait plus que trois jours avant de rentrer, puis deux semaines avant « la rentrée ».
Gabriel s'assit à la bordure de son lit, face au Winchester, le regard vide. Une seule table de nuit assez large séparait leurs lits. Ils étaient face à face, et le cerveau de Sam était en ébullition. Il pouvait dire quelque chose maintenant.
Il ouvrit la bouche, mais le regard de Gabriel reprit vie au même instant, et il planta ses yeux dans les siens :
– Sam, on doit parler.
