Chapitre 10. Suspicion et découverte

Musique d'ambiance suggérée : Trobar de Morte – The silver wheel

Le matin vint trop vite au goût de Thranduil, qui s'était réveillé bien après le lever du soleil. Perdu dans ses pensées, il caressait les mèches cuivrées de l'elfe toujours endormie à ses côtés, le visage enfoui dans ses cheveux flamboyants sous le soleil. Repoussant quelques mèches, il sourit en voyant les minuscules taches de rousseur sur les joues de son amante. qui se faufilaient de manière éparse jusqu'à ses épaules. Profitant du sommeil de cette dernière, il poursuivit sa contemplation vers les cicatrices qu'il avait soignées, largement réduites en taille, mais toujours visibles par des traces blanches qui sillonnaient sa peau.
À contre cœur, il fit mine de se détacher, mais elle saisit sa main et dit d'un air endormi :

« Reste...

- Je dois aller administrer le royaume, souffla-t-il, mes appartements sont les tiens. Je te promets de revenir au plus vite. »

Mais elle ne relâcha pas sa prise, et l'attira vers elle pour glisser un baiser dans ses cheveux. Sous le charme, il se laissa à nouveau aller sur le lit, et effleura à nouveau délicieusement ces courbes fines.

« Mes vêtements sont en bas... Je n'ai rien à me mettre ici... »

Le roi la détailla ,souleva le drap qui recouvrait son amante d'un air espiègle et lui assura :

« Cela te va à merveille, ma douce, il rit et ajouta « J'avais préparé une robe à ton intention dans la chambre d'ami. »

Berethiel le suivit du regard jusqu'à ce qu'il disparaisse totalement de sa vue, entendant la porte d'entrée claquer peu après.

Euphorique, elle alla dans la chambre d'ami sans s'encombrer de quelques tissus que ce soit pour couvrir sa nudité. Elle fila dans la salle d'eau en détaillant la robe que Thranduil avait laissé à son attention. C'était une robe d'un rouge intense, audacieux et très étriqué. Ce choix la fit sourire autant qu'il la surprit, car cette robe n'avait rien à voir avec la mode des elfes sylvestres. Mais indéniablement, le rouge était une couleur qui plaisait au roi.

Après avoir prit un bain dans la salle d'eau royale, elle voulut prendre un livre sur la table de chevet du roi, et en saisissant ce dernier, elle fit tomber une lettre posée à coté. La ramassant, elle ne put s'empêcher de jeter un œil sur son contenu, identifiant le sceau rompu du Gondor.
C'était une lettre d'Aragorn, qui relatait la capture de ses anciens compagnons de route.
Son cœur se serra, puis se brisa en mille morceaux quand elle lu le nom d'Elros parmi les blessés, la ramenant brutalement à la réalité.

Je dors dans un lit de plume, au palais d'Eryn Lasgalen, alors que lui souffre dans une cellule en Ithilien... Je suis la cause de leurs pertes...

Berethiel resta un moment assise sur le sol, appuyée contre le lit du roi, pleurant à chaudes larmes en serrant la missive contre elle. La culpabilité l'anéantissait, et la douleur qui semblait avoir disparue ce matin rampait à présent le long de son dos, tel un détestable insecte, plantant ses pattes acérés dans sa chaire pour assurer sa progression.
Ses pensées se tournèrent vers le lait de pavot dont elle n'avait à présent plus qu'une dernière fiole, qui se trouvait dans la dépendance royale. Elle ne pouvait y retourner, risquer d'y croiser son père, mais elle savait que si elle ne faisait rien, bientôt la douleur serait intolérable...

Perdu dans ses angoissantes pensées, secouées de sanglots, elle n'entendit pas la porte s'ouvrir, et ne prêta pas attention à la voix masculine qui l'appelait, pensant que c'était une invention de son esprit brouillé par la douleur résultant de son absence de remède. Berethiel hoqueta de surprise en sentant une main chaude se poser sur son bras, et relevant la tête, elle reconnut Gallion avec stupeur.
Elle se redressa, confuse et gênée que l'intendant ne la découvre ainsi, et lui demanda d'une voix plus dure qu'elle ne l'aurait voulue ce qu'il faisait là.

« Le roi me charge de vous avertir que votre père a quitté la cité. Vous pouvez à présent aller sans crainte. »

Elle le regarda avec étonnement :

« Pourquoi est-il partit ? Pour aller où ?

- Ses desseins nous sont pour le moment, encore inconnus. Mais ne soyez pas inquiète, nos éclaireurs gardent un oeil sur lui. »

Elle se releva, imité par Gallion, et essuya les larmes qui perlaient aux coins de ses yeux. Sa présence dans ces lieux était impossible à justifier, aussi, elle préféra se draper dans sa dignité, et ne pas tenter de partir dans des explications rocambolesques.

« Je peux donc à présent regagner mes appartements. Merci, Gallion. »

Cependant, l'intendant n'en avait pas fini et la retint par le bras.

« Je peux faire porter une partie de tes affaires ici, si tu le souhaites. »

Elle lui fit face, le toisant avec un air de défis.

« Qu'insinues-tu Gallion ?

- Je n'ai nul jugement à porter sur les agissements de mon roi. Mais tout comme Legolas, j'espérais qu'en allant à la rencontre du monde, il retrouverait un peu de joie de vivre... Et depuis son retour, il est moins mélancolique, moins glacial... J'aime le revoir de nouveau sourire, et si c'est toi qui es à l'origine de tout cela, alors je te supplie de demeurer à ses côtés... »

Elle le regarda avec surprise, étonnée par la tirade de son ami. Puis elle afficha un sourire sincère.

« Je ne serais pas contre le fait d'avoir quelques affaires supplémentaires ici. »

Après avoir monté quelques unes de ses affaires avec Gallion dans les appartements royaux, Berethiel invita ce dernier à faire quelques pas dans les jardins pour discuter. Bien qu'il ne soit pas vraiment proche, une certaine amitié les liait. De plus, par ce qu'il savait, Gallion représentait pour l'elleth la seule personne avec qui elle pouvait parler librement.

-J'avais pourtant tout fait pour être discrète hier...

-Nul ne t'as vu. Mais il est du devoir de l'intendant royal de savoir tout ce qui se passe dans le palais. Je sais que Thranduil protège farouchement son intimité, et j'avoue que j'ai craint sa colère, quand il m'a forcé à avouer que je te savais à ses côtés...

Elle esquissa un sourire, qui se mut rapidement en grimace. Elle souffrait de plus en plus, et n'eut d'autre choix que de s'excuser auprès de l'ellon brun pour aller trouver un médecin. Il la retint, et prenant une de ses mains dans les siennes, il demanda avec inquiétude : tu pleurais quand je t'ai trouvée... Berethiel, estce- que le roi t'as fait du mal ?

-Non... Non crois moi, il ne m'a fait aucun mal... Ce sont des vestiges de mon séjour chez les Hommes... C'est gentil à toi de t'inquiéter, mellon nim, mais il n'y a pas lieu.

Joignant l'acte à la parole, elle alla voir le médecin de la garde royale, maitre Keran. C'était un elfe blond au visage fin, et ess prunelles noisette étaient chaleureuses. Il avait le don de mettre à l'aise ces interlocuteurs, mais malgré cela, Berethiel était anxieuse et s'agitait sur place alors qu'il la recevait dans la salle dédié au soins non loin du terrain d'entraînement de la garde royale. Il l'examina minutieusement, et lui fit par de sa conclusion :

-Vos plaies sont toutes cicatrisées, mademoiselle. Je regrette de ne pas avoir procédé moi-même à vos soins... Bien que très esthétiques, peut-être que notre roi a endommagé un de vos nerfs en vous soignant, provoquant ces douleurs récurrentes... Mais.. Il se pourrait également que cela vienne d'ailleurs...

-Je vous demande pardon ? Répliqua Berethiel, étonné, et légèrement sur la défensive.

-Quand avez vous pris du lait de pavot pour la dernière fois ?

-Hier matin, mentit-elle, j'ai suivi vos recommandations, et je n'en prends plus le soir depuis plusieurs jours... Mais la douleur est parfois à peine supportable...

-Je comprends... Mais je pense néanmoins que je devrais parler au roi de tout cela, ou à votre père...

- Maitre Kevan, pensez-vous qu'il soit plus probable que ce que je ressente soit une pure fantaisie, ou bien les répercutions de plus d'un mois tortures et de mauvais traitement ?

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Glorfindel rencontra l'escorte du Gondor le lendemain de son départ.
Le cortège était composé d'une trentaine de cavaliers en armes, avec en son centre le roi Elessar, Arwen et une jeune fille qui avait hérité de la beauté de sa mère, la princesse Arthea. La jeune fille qui devait avoir dans les seize ans arborait un visage sincèrement triste et vêtu de vêtements de deuil, mais fit néanmoins un bon accueil à l'elfe. Tous furent surpris de le rencontrer en de tels lieux, mais plus encore quand ils écoutèrent son récit des événements passés. À présent, tous les événements qu'on leur avait rapportés prenaient un sens, et il parut évident à Aragorn que Thranduil réclamerait la tête des soldats qui avaient capturé les sept cavaliers elfes. À ce propos, Glorfindel apprit avec soulagement que les deux blessés était hors de danger, mais encore trop faible pour pouvoir prendre la route.

Ils avaient fait une halte pour reposer leurs montures et échanger avec Glorfindel sur le chemin même des elfes. Mais le capitaine de la garde royale montrait des signes d'impatience, inquiet. Dans les royaumes humains, la forêt jouissait toujours d'une réputation épouvantable, et les rumeurs sur ce qui pouvait bien s'y trouver allaient bon train.

« Si vous le permettez, je resterai jusqu'à la fin de cette affaire. Ensemble, nous pourrons obtenir justice », affirma Glorfindel.

Ils avaient enfourchés leurs montures pour poursuivre au pas. Devant cette déclaration, Aragorn demanda :

« Vous voulez que nous punissions Berethiel... Votre fille ?

- Autrefois, jamais elle n'aurait fait preuve de cruauté... elle a sciemment choisi d'infliger une fin pleine de souffrance à ces hommes. Il est de mon devoir de père de la rappeler à l'ordre, et c'est ce que je voulais faire, mais Thranduil s'interpose... Il croit que je remets ainsi ses décisions en cause, il est tellement orgueilleux... »

Son visage s'était crispé en prononçant ces derniers mots.

« Qu'espérez-vous obtenir en soutenant le parti d'Arthéa, seigneur Glorfindel ? » Demanda Aragorn avec étonnement.

« Je l'ignore, soupira l'elfe blond. J'ignore encore ce que nous pourrons obtenir de la justice d'Eryn Lasgalen. »

Arwen avait écouté avec attention, et invita le tueur de Balrog à faire quelques pas plus en avant de la suite royale. Une fois arrivée à bonne distance, elle prit la parole :

« Je te connais depuis toujours, Glorfindel, assez pour voir qu'il y a quelque chose que tu ne dis pas. »

L'elfe s'était préparé à cette discussion, mais davantage pour réfléchir à ce qu'il voulait vraiment dire plus que dans le but de mentir.

« En arrivant à Vert-Bois, j'étais intrigué de voir Thranduil accorder tant d'importance à ma fille. Tu le connais, ce n'est pas à proprement parler quelqu'un de chaleureux... J'ai cru qu'il voulait la fiancer à son fils. Je me sus fourvoyé, et n'ai réalisé que trop tard... Il m'a pris ma fille Arwen, ma seule enfant... Ce qu'elle a fait à Silias du Gondor... C'est sa signature, à lui ! À présent, il l'a séparé de moi, soit disant pour ne pas que je puisse la punir... Croit-il donc que je ferais du mal à ma propre fille ? Non, ce n'est qu'un prétexte pour masquer ses véritables intentions... »

Une larme coula sur la joue de Glorfindel, qu'Arwen essuya, caressant sa joue d'une manière qu'elle voulait rassurante.

« Il ne lui fera aucun mal, j'en suis sûre... Thranduil à mauvais caractère, mais profondément bon...

- Tu te trompes Arwen... Je l'ai vu hanter ses pas, ne rêvant que de la faire sienne. Et elle l'aime, j'en jurerai... Mais après ? Que se passera-t-il ? Crois-tu qu'il y ait un autre avenir pour elle, que de finir brisée ? »

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À Eryn Lasgalen, les deux jours qui suivirent le départ de Glorfindel se déroulèrent dans l'allégresse. Le climat aurait du être celui d'une attente anxieuse dans le refuge, car le destin de leurs frères d'armes se joueraient prochainement. Mais les elfes sylvestres n'étaient pas du genre à se laisser abattre, et ils affrontèrent donc ces jours à leur manière : en faisant se succéder fêtes et banquets.

C'est donc ainsi que, la journée, chacun s'affaira à préparer l'arrivée des Seigneurs du Gondor, et tous levèrent leurs coupes durant la nuit.
Berethiel trouva en premier lieu , cela indécent alors que leurs amis souffraient entre les mains des hommes, mais rapidement, le pavot délivré par Kevan atténua autant sa douleur que son ressentiment.

Le premier soir, Thranduil ne la retrouva que tardivement, alors qu'elle s'était finalement jointe aux festivités, pressée par Gallion qui lui avait offert de lui tenir compagnie.
À la surprise de beaucoup, le roi sylvestre s'était également joint aux réjouissances improvisées. Il fit nuit blanche, festoyant tard, et préféra flâner avec Berethiel dans la forêt. Leurs pas les menant aux abords d'un lac, non loin de la ville. Ce dernier reflétai la lumière de la lune de manière enchanteresse, et les deux elfes s'assirent à sa bordure, observant le spectacle de la nuit avec émerveillement. Elle ne lui parla pas de ses douleurs et de ses tourments, ne voulant pas faire d'ombre aux moments privilégier qu'ils partageaient, trop court à son goût.
Au petit matin, il retourna à son devoir, alors qu'elle allait prendre du repos, regagnant les appartements de la dépendance royale avec un sentiment de solitude. Sentiment qu'elle chassa en vidant une fiole de lait de pavot, préférant ne pas attendre d'avoir mal pour dormir de ce sommeil si particulier que le remède lui offrait.

Les deux jours qui suivirent, Thranduil ne se montra pas. Il passait la quasi-totalité du temps estimés par ses éclaireurs avant l'arrivé d'Elessar et de sa suite pour se préparer à les recevoir. Gallion l'avait informé le matin même du départ du tueur de Balrog que celui-ci avait choisit de se joindre aux futurs arrivants, compliquant nettement les négociations à venir. Nul n'avait put dévoiler jusque-là l'identité du fameux assassin de Silias et de son fils. Tant que cela était vrai il ne doutait pas que la surprise, ainsi que l'amitié qu'ils portaient à la jeune elfe poussent le roi et la reine à retirer toutes réclamations de châtiment.
Glorfindel avait changé la donne, et il refusait d'être prit au dépourvut, aussi, il ne quittait presque plus la bibliothèque royale, parcourant les textes de lois anciens avec dépit.

En fin d'après-midi, Gallion vint le voir. Il avait presque été son seul contact avec son peuple depuis ces trois derniers jours. L'intendant royal avait sa pleine confiance, et ce depuis presque cinq cent ans. Thranduil ne doutait pas qu'en son absence, les préparations qu'il avait mené était impeccable, et que ses "invités" ne manqueraient de rien.

-Mon roi, le jour décline. Vous devriez prendre du repos avant d'affronter le Gondor, demain.

Le roi repoussa le livre devant lui avec une mine écœurée. Il ne se retourna cependant pas vers l'ellon brun, et lui demanda :

-Comment va-t-elle ?

La réponse tarda à venir, à son grand étonnement. Il ne montra cependant rien et se leva nonchalamment, se retournant vers son intendant avec lenteur.

-Pas au mieux, mon roi. Elle prend part aux festivités organisées par votre peuple, mais il semblerait qu'elle ne parvienne pas à trouver ce qu'elle y cherche.

Thranduil soupira. Il l'avait délaissée, alors que plus que jamais, il aurait dû être à ses côtés. Un tort qu'il allait s'empresser de corriger ce soir, avant que la tempête ne soit sur eux...
Il fit mine de quitter la pièce, et après hésitation, Gallion lâcha d'une voix craintive :

-Elle est fragile, monseigneur, je vous en prie... Ménagez là...

Ce soir-là, Thranduil se joint aux réjouissances, ne faisant qu'augmenter l'enthousiasme des convives. Une trentaines d'elfes étaient assis dans l'herbe verdoyante, autour d'une vaste nappe blanche sur laquelle plusieurs mets composés de fruits et de viandes froide avaient été amené par les convives.
Il vint s'asseoir prêt de son fils en premier lieu, levant son verre à l'assistance en formulant quelques vœux bien sentit. La nuit avançant, il pria les siens de prendre du repos, et proposa à Berethiel de la raccompagner à ses appartements, talonnés par Gimli et Legolas qui prenaient la même direction.

« Mon fils, ramène ton ami dans sa chambre, je dois parler avec Berethiel à propos des événements à venir. »

Sans attendre, il ouvrit la porte et invita la demoiselle elfe à entrer alors que celle-ci lui glissa un sourire complice.
À peine la porte fut-elle fermée qu'ils s'embrassèrent avec fougue, mais le roi interrompit momentanément leur élan et murmura à l'oreille de la jeune elleth :

« Demain, sera malgré tout un jour difficile...

-J'en aurais eu de plus durs... »

Il la poussa contre le mur, plus brutalement qu'il ne l'aurait voulu, étonné par le peut de résistance qu'elle offrait, se faisant la réflexion qu'elle semblait avoir de nouveau maigri.

« Tu ne réalises donc pas ce qui se passe ? Exécuter Silias et son fils était dans notre droit, mais je pense qu'ils auront à redire sur la méthode... Et nous, nous ignorons dans quelle mesure ils ont été informés des événements !

-Si c'était à refaire, je ne changerais rien. Qu'importe ce que le Gondor en dit. Laissons cela à présent...»

Elle l'embrassa à nouveau, glissant sa main gauche dans les longs cheveux dorés du roi, et entrepris de défaire sa tunique rouge de l'autre. Il rompit leur baiser pour l'observer un instant, plongea ses yeux bleus dans cet océan d'un vert si chaleureux. Il la désirait plus encore après leurs premiers ébats, voulant davantage de sa douceur, de sa candeur et de la sincérité de la passion qu'elle mettait dans ses gestes.
Profitant de l'instant, elle glissa sa petite main dans celle du guerrier, et l'entraîna d'un sourire entendu jusqu'à sa chambre, faisant mine de faire glisser sa robe au sol. Son ardeur le surprenait, et eut raison de toute volonté de discussion sérieuse. Sans se faire prier davantage, Thranduil la suivit, impatient de pouvoir de nouveau parcourir les courbes délicates de la damoiselle d'Imladris.

Le roi partagea la couche de la jeune elfe jusqu'aux premières lueurs du jour qui l'éveillèrent à regret. Peinant à trouver la force de partir alors que Berethiel, endormie lovée contre lui, entortillait ses longs cheveux blonds entre ses doigts, il se perdit dans ses songes.
Son ouïe fine perçut un pas léger, le ramenant brutalement à la réalité. Il n'avait que trop tarder à s'éclipser, et sans doute était-ce Gallion qui venait s'assurer que l'elfe rousse ne manquait de rien.
Il se glissa hors du lit, et à peine eut-il le temps d'enfiler un pantalon que la porte de la chambre s'ouvrit. Il repoussa brusquement les draps sur la nudité de Berethiel et alors qu'il s'apprêtait à sermonner son intendant royal pour son impudence inhabituelle. Mais ce fut Legolas qui apparut, en tenue de chasse avec un cor à la main.

Le prince regarda son père, puis la jeune fille encore endormie, estomaqué, la bouche entrouverte mais incapable de produire le moindre son. Puis son regard se courrouça, et il sortit de la chambre sans un mot. Le souverain le rattrapa, mais ce fut Legolas qui parla le premier.

« Je savais qu'il y avait quelques choses d'anormal ! Mais père, as-tu définitivement perdu l'esprit pour agir de manière aussi irréfléchi ?!

-Fils... »

Il ne lui avait jamais parlé de la sorte. Bien que peut enclin à se faire sermonner par son fils, le roi savait que la colère de son enfant était justifiée. Le prince ne pourrait écouter ce qu'il avait à lui dire une fois la tempête passée.

« Je trouve cela terriblement cruel ! Tu as presque six mille ans par les Valars ! Pourquoi fallait-il que tu bafoues ainsi son honneur ?! Réalises-tu seulement que tu vas lui briser le cœur ? »

Thranduil se rapprocha du prince et dit :

« Je n'en ai nullement l'intention... Elle m'est précieuse fils... je la protégerais, quoi qu'il m'en coûte. »

Legolas le regarda avec étonnement, visiblement surpris par ce qu'il venait d'entendre. Il semblait confus.

« Je suis désolé père... Je n'ai nullement à me mêler de vos choix. Mais permettez-moi une dernière question à ce sujet : l'aimez-vous ? »

Le roi se figea de surprise. Voilà une question qu'il refusait de se poser à lui-même, préférant se perdre dans le moment présent, même s'il savait qu'un jour cette interrogation mériterait une réponse. Devant le silence persistant de son père, le prince soupira, l'air visiblement déçu, et s'éclipsa. Le roi l'imita, souhaitant mettre à profit les heures qui lui restaient à écumer encore et encore les textes de loi éditée depuis la création du royaume sylvestre de la Forêt de l'Est par Oropher.

Moins d'une heure plus tard, Berethiel s'éveilla, et fut tant surprise qu'attristée de constater qu'elle était seule dans ses appartements.

Être auprès d'un roi signifie-t-il être toujours seule ?

Elle s'en voulait de lui reprocher cela alors qu'il ne cessait de la couvrir de cadeaux, la faisait vivre dans les plus beaux palais des royaumes elfiques. Mais plus que des richesses, c'était de sa présence dont elle avait besoin. De quelqu'un qui chasse ses idées noires et ses cauchemars... Mais il n'y avait à sa portée qu'un seul remède à cela, et priant pour qu'avec la venue du Gondor, les choses changent, elle vida une nouvelle fiole de lait de pavot.
Au loin, elle entendit la voix grave de Gallion, suivit de plusieurs voix de femmes. Étonnée, elle fit rouler la fiole vide sous son lit, et entreprit de s'habiller en hâte.

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En fin de matinée, alors que les gardes estimaient l'arrivée d'Aragorn et de sa suite pour midi, Thranduil se rendit de nouveau dans la dépendance royale. À peine eut-il passé la porte qu'il entendait les gloussements des caméristes qu'il avait dépêchées auprès de Berethiel plus tôt dans la matinée.
Il retrouva celle-ci dans le salon entourée de deux humaines blondes qui cessèrent toutes discussions quand il entra, posant un genou au sol, intimidées.

Elles ne sont pas à blâmer, songea Berethiel, Thranduil était impressionnant, vêtu pour une rencontre officielle, il portait son imposant manteau rouge sur sa tunique argenté, et il avait déjà coiffé sa couronné décorée aux couleurs du printemps. Il les congédia d'un geste de la main, et l'elfe rousse soupira.

« Pourquoi me les as-tu envoyé ? Elles font un bruit insupportable.

- Mais elles ont œuvrées à merveille », fit-il en lui tendant la main pour l'inviter à se lever afin de la détailler. Elle était vêtue d'une robe de vert et d'argent d'un tissu vaporeux, et sur ses bras reposait une étole argentée faite dans le même tissu que la tunique du roi. Jetant un regard autour d'elle, Berethiel s'assura qu'ils étaient seul et déposa un léger baiser sur les lèvres du roi, murmurant :
« Je regrette de ne pas t'avoir vu partir ce matin... »

Le roi fut rassuré de constater qu'elle n'avait rien entendu de la discussion qu'il avait eue avec son fils, sans réaliser la tristesse de sa voix. Ne voyant pas de réaction de sa part, elle reprit sur un tout autre sujet.

"Je ne peux pas me balader vêtu ainsi, on dirait une princesse...

- Pas encore », répondit le roi en tirant une boite de son manteau, et l'ouvrant, il dévoila un étrange bijou, à mi-chemin entre la pince à cheveux et la tiare. Une fine armature d'argent joignait une tempe à une autre en passant par l'arrière de la tête ou pendait une multitude de torsades d'argents, faites pour y glisser des mèches de cheveux.
La jeune elfe poussa un cri de surprise et rit nerveusement. Thranduil saisit la coiffe dans ses mains et la déposa délicatement sur sa tête, faisant minutieusement passer une mèche de cheveux dans chacune des spirales d'argent.
Elle baissa la tête et saisit une de ses mains.

« C'est un cadeau splendide Thranduil, mais c'est bien trop. Je ne suis ni princesse, ni reine...

-Dans les temps anciens, c'était un bijou qu'offraient les jeunes nobles à la dame de leur cœur pour leur faire part de leur attachement. Je n'ai pas connu cette époque moi-même, mais tu portes la coiffe que mon père, Oropher, offrit à dame ma mère, bien des années avant qu'ils ne se fiancent, alors qu'il partait conquérir Vert-Bois. Il voulait que nul ne puisse poser poser un regard sur elle, sans ignorer qu'elle était sous sa protection. »

Elle le regarda, émue par ses paroles, puis l'étreignit, ne trouvant pas les mots pour exprimer ses sentiments et murmura d'une voix brisée par l'émotion :

« Je suis plus que comblée... Cela fait si peu de temps que nous nous sommes rencontrés, Grand Roi des Elfes. Je crains de ne pas être digne de tout ce que tu m'accordes... »

Poursuivant son ouvrage dans les cheveux de Berethiel, ces mots le figèrent une seconde, et il ferma les yeux en avalant difficilement sa salive, une boule à la gorge.

Il s'assurait la capitulation du Gondor, mais à quel prix...

Un cor retentit au loin, clamant une sonorité typique du Gondor et les deux elfes sursautèrent. La gravité envahie les traits du roi sylvestre, et il l'invita à le suivre dans les couloirs, lui offrant son bras. Ils rencontrèrent Legolas et Gimli, tout deux vêtu noblement. Le prince portait une tunique argentée, et les apercevant, il secoua la tête, comme pour chasser une pensée absurde de son esprit, mais continua cependant à la dévisager étrangement.

« Berethiel, en ce jour, ta splendeur fait de l'ombre au soleil lui-même.

- Et c'est peut dire ! » S'exclama maladroitement Gimli.

Elle le gratifia d'une révérence gracieuse :

« Je te remercie, mon cher prince. »

L'intendant royal se présenta et le roi posa sa main ornée de plusieurs bagues sur l'épaule de son amante.

« Gallion, je te confie demoiselle Berethiel. Je veux que tu veilles personnellement à ce qu'elle n'ait aucun contact avec les Gondoriens jusqu'à nouvel ordre. Pas même si c'est le roi ou la reine qui la réclame. Legolas, Maître Gimli, je vous laisse accueillir nos hôtes. »

Et chacun partit dans une direction différente.

*
- Fin de chapitre -


Merci pour à tous vos reviews !

J'espère que ce chapitre vous plaira, il ne s'y passe pas de folle chose, mais le prochain sera riche en confrontation :)

Merci à Shibake et à Darkklinne pour leurs corrections !