Bonjour à toutes et à tous,

La fin de cette fanfic approche avec cet avant dernier chapitre. J'ai adoré parler d'Aphrodite n'étant pas habituée à le traiter. Pourtant j'ai de l'affection pour lui, il a une multitude de facettes aussi intéressantes les unes que les autres. Une fic entière ne serait pas suffisant pour lui rendre hommage.

RaR :

FanDe Manga : je te remercie pour ta review, j'apprécie plus le personnage de DM qu'avant. Je m'amuse aussi avec lui, je pense que c'est un faux bourru et que son cœur est grand comme ça ! Oui, comme ça ! C'est pour cette raison qu'il surprotège les gens qu'il aime ;)

Bonne lecture,

Peri.


Chapitre 10

La rose empourprée (II)

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A présent que son choix était fixé, Aphrodite ne reculerait plus. Son but, il le concrétisera pour achever sa reconstruction mentale. Il ne faillira pas. Tous ces mois de calvaire allait prendre un terme, il s'en persuadait. Shion l'avait convoqué pour lui parler longuement de son exploit à créer de toute pièce une arcane inédite en faveur de sa constellation. Peu de chevaliers en étaient capables ou tout simplement intéressés pour en développer une. Aphrodite lui mentit en affirmant qu'elle servirait pour la relève, pour la génération future. Dupe ou pas dupe, le Pope n'insista pas. Il libéra le Saint sans lui interdire l'usage de cette technique comme le souhaitait Angelo.

Angelo qu'il fallait convaincre pour la suite de son plan… Ce n'était pas une mince affaire. Aphrodite devrait la jouer fine, ou persuasif, ou menaçant. Il ne savait pas comment l'aborder. Il l'invita donc au restaurant en fourbe qu'il était, ce qui présentait comme avantage de ne pouvoir faire d'esclandre en publique. Il déblatèrerait ce qu'il devait déblatérer sans que l'italien ne puisse répliquer vivement de peur de provoquer un scandale. Pour bien s'assurer de la bonne marche de son stratagème, il choisit un établissement haut de gamme, Angelo ne hurlerait pas comme un dératé puisqu'il savait que son ami n'aimait pas se faire remarquer dans un endroit raffiné.

Aphrodite où l'art d'amener les gens à faire ce qu'il veut…

Justement, assis devant une table élégamment décorée de blanc comme son costume, des orchidées de la même couleur disposées au centre, le suédois discutait de tout et de rien. Angelo s'essuyait la bouche toutes les trente secondes en mangeant et en écoutant son ami d'une oreille distraite. Il était mal à l'aise, il pensait que tous les clients de ce restaurant le regardaient dîner.

— … Et c'est là que j'ai besoin de toi pour m'amener aux Enfers… inséra mine de rien Aphrodite au cours de la conversation.

Le Cancer bloqua, se pencha en avant, garda ce qu'il avait en bouche, déglutit péniblement avant de s'étouffer et de tousser bruyamment sous les regards outrés des gens présents dans la salle. Il se tapa le poing sur sa poitrine pour avaler le morceau de gigot qui lui restait en travers de la gorge.

— Mais t'es dingue ! sortit Angelo qui haussa l'intonation de sa voix.

— Chut Angie on nous regarde, répondit son compère en posant son index devant sa bouche.

— Mais t'es dingue, tu veux fabriquer quoi aux Enfers ? Dire bonjour à Hadès ? Merci de nous avoir pris pour des cons pendant la dernière Guerre Sainte, passez le bonjour à l'autre bourrin de Rhada-à-la-manque, à la prochaine !

— Baisse d'un ton je te prie, tout le monde nous regarde ! Tu n'as pas écouté ce que je t'ai expliqué.

Effectivement, le méditerranéen n'assimila pas les paroles de son ami parce qu'il les prononça trop doucement pour les discerner.

Angelo se leva d'un bon, jeta sa serviette dans son assiette et proclama avant de partir.

— J'en ai rien à foutre de ton beau monde ! Tu divagues complètement ! Aphro, t'as craqué je ne vois que cette explication. Rejoins-moi dans la voiture.

Il partit sous les réprobations des clients qui se plaignirent de son comportement de malotru aux serveurs. Aphrodite soupira, ce n'était pas gagné pour le faire plier.

Tout le long du trajet il essaya d'en placer une sous les reproches en cascade de son ami. Angelo y allait de bon cœur tout italien qu'il était. Il braillait, brassait de l'air avec son bras en laissant la voiture se conduire toute seule par moment. Plus d'une fois Aphrodite dut reprendre l'objet en main pour recadrer la direction du véhicule. Et c'est sous une pluie de cris que les deux chevaliers regagnèrent leurs temples. Heureusement pour le suédois, il put laisser son compère s'époumoner seul sur les marches du sien. On entendit un « ferme-là ! » provenant du troisième… Angelo reporta sa tirade sur le malheureux propriétaire de cette maison.

En se couchant, Aphrodite se dit que ce n'était pas encore ce soir qu'il allait embrigader son confident dans ses histoires. Demain serait un autre jour, tout n'était pas perdu, suffisait de laisser le Cancer se calmer seul pour revenir à la charge plus tard. Il éteignit la lumière de sa chambre puis s'endormit.


Comme prédis, le dernier gardien eut toutes les peines du monde pour soudoyer son meilleur ami. Il ne le lâchait plus d'une semelle, d'ailleurs il essaya plusieurs techniques de corruption. Aucune ne fonctionna. Ni la manière forte : menace, bouderie, sarcasme et piques ; ni la manière pernicieuse : mutisme, provocation de doute, blâmes. Il finit par employer sa plus terrible et persuasive arme : la douceur angélique… Ou le summum de l'art d'endoctriner son monde sans en avoir l'air. Aphrodite se fit rond comme une note sucrée d'un bonbon fondant sous la langue. Il parsemait son jeu de quelques flatteries mais rien de trop, sans ça Angelo sans apercevrait. Surtout qu'il connaissait par cœur le jeu du bleuté. Il ne fallait pas changer totalement d'attitude non plus. Sans s'en rendre compte, l'italien se fit embobiner au fil des semaines écoulées. Son soupirant-ami lui proposait son aide pour des tâches diverses et variées, surtout quand il s'agissait de s'occuper de l'entraînement des apprentis bronze ou argent. Tout le monde connaissait son aversion pour les enfants, par conséquent Aphrodite en gentil ami qu'il était, se chargeait de cette corvée à sa place.

Il rendait visite à Angelo en lui apportant ses pâtisseries favorites que Camus confectionnait avec grand soin à sa place. Il le charmait avec ses moues boudeuses ou ses mimiques tristes, bref il jouait sur une gamme étendue d'émotions. Emotions qu'il maîtrisait à la perfection. Sans l'admettre, le macho au cœur d'artichaut se laissa berner tout en délicatesse. Car avec le Poisson cela se passait toujours ainsi, sans brutalité mais tout en suggestion.

Angelo n'étant pas bête le vit venir à cinquante kilomètres à la ronde… Mais il apprécia le jeu de son compère, cela lui évitait bien des corvées déplaisantes. En prime, il recevait sa visite aussi souvent qu'il le souhaitait. L'italien ne ratait jamais une occasion de passer du temps avec l'objet de son amour, même sans qu'il lui appartienne, il adorait voir évoluer le pimpant jeune homme chez lui, dans ses meubles. Il le contemplait pendant des heures, se réjouissant de le retrouver peu à peu aussi enjoué qu'avant. Avant le drame.

Le Cancer gommait comme il le pouvait les images de son ami à cette période là. Le voir inerte de corps et d'esprit, atonique, ne sachant pas s'il allait un jour retrouver ses facultés mentales… Tout ceci le déprimait et Angelo ne souhaitait plus s'attarder sur des éléments aussi sombres, surtout que la détresse qu'exprimait Aphrodite faisait peine à voir. Cette dépendance qu'il suscitait ne le représentait pas tout simplement. Parce que le suédois ne demandait de l'aide de personne. Jamais. Il se débrouillait tout seul depuis petit, devoir dépendre de quelqu'un d'autre pour effectuer les gestes de la vie quotidienne dut être éprouvant pour lui. Les deux hommes, fiers ne l'évoquaient jamais. Mais les œillades nimbées de reconnaissance qu'envoyait Aphrodite à son ami parlaient pour lui. Nul besoin de s'exprimer par des mots, sa présence était une preuve suffisante. Alors Angelo continuait de satisfaire Aphrodite dans ses moindres désirs et s'il fallait se faire embarquer dans une aventure abracadabrante, soit, il le concèderait sans problème.

Ce jour les deux hommes passaient la journée ensemble dans le temple du Cancer. Pour faire plaisir à son ami, l'homme bourru accepta de recevoir les fleurs d'Aphrodite pour décoration. Le botaniste confectionnait des bouquets de sa nouvelle variété qu'il disséminait un peu partout aux quatre coins du temple. Maintenant qu'il retrouvait le plaisir de s'occuper de ses fleurs il en faisait profiter tout le Sanctuaire. Shura en l'occurrence sortait de plus en plus de chez lui sous prétexte d'allergie dut au pollen, en vérité il ne supportait pas l'odeur des fleurs trop entêtantes à son goût mais par peur de vexer son ami, il préférait se taire. Tout comme Saga qui n'en pouvait plus d'être envahi par moultes roses de toutes les couleurs. Pour garder l'amitié et surtout l'intérêt du bel adonis, qu'est-ce que le Gémeau ne ferait pas ? Même Mû reçut la même offrande.

Angelo passa près d'Aphrodite qui s'adonnait à son art floral en lâchant sommairement.

— Ca pue le patchouli ici ! Tu ne pourrais pas arrêter avec tes foutues roses ?

L'accusé tourna sa tête tout en continuant de disposer les fleurs puis répondit sur un ton peu aimable.

— Non mais dis donc ! Qui est-ce qui m'a poussé à aller de l'avant ? Qui est-ce qui me disait qu'il faudrait que je reprenne une activité qui me plairait ? Qui est-ce qui suggérait de m'occuper de mes fleurs ? Qui…

— Oh eh ! On a compris ! Bon moi je vais prendre l'air sur la terrasse, fais ce que tu veux.

Aphrodite se contenta de plisser les yeux et d'afficher un large sourire de victoire. Ce qui le rendit adorable mais à la fois inquiétant. Ses expressions faciales n'étaient jamais évidentes à discerner. Personne ne devinait ses véritables intentions, le jeune homme demeurait mystérieux en tout état de cause. Probablement était-ce pour cette raison que les autres gardaient leur distance avec le suédois. Quoi qu'on en dise, ses attitudes trahissaient une fausse douceur, il fallait rester sur ses gardes. Angelo sut qu'il se moquait un peu de lui, quoi lui dire ? Rien, sa rose gagnait toujours les luttes verbales ou de pouvoir. C'était comme ça depuis leur enfance, il perdait avec diplomatie. Si cela permettait à son ami de retrouver le sourire il voulait bien consentir à perdre.

L'italien s'installa tranquillement sur un bain de soleil pour profiter de la bise qui apportait bienfait et fraicheur, son invité le rejoignit avec des boissons glacées. Ce dernier se laissa tomber sur la chaise longue dans un mouvement gracieux et contrôlé. Il mit sa main sur son front comme une visière pour se protéger des rayons lumineux.

— Oh mais il fait chaud aujourd'hui non ? demanda le Poisson en se callant au fond de son siège.

— Pas plus que d'habitude. Bon… On ne va pas y passer encore cent sept ans ?

— De quoi tu parles Angie ?

— Je parle de ton comportement suspect… Tu crois que je ne t'ai pas vu venir ? Tu tournes autour du pot ça fait des jours et des jours, alors vas-y, dis-moi ce qui te tracasse.

— Mais rien…

— Pas de ça avec moi, coupa l'italien en se redressant sur son assise. Aphro… Crache le morceau qu'on en parle plus. Tu sais très bien que les secrets m'énervent. Tu le fais exprès ?

— Rhoo bon ça va tu as gagné ! Je vais te le dire. De toute façon cela fait des semaines que je tourne en rond, je ne sais pas comment aborder le sujet alors autant y aller franco tu as raison.

Pour se donner du courage, le jeune élégant bu quelques gorgées de sa boisson sous le regard impatient de son ami qui détestait attendre. Seulement Aphrodite adorait se faire désirer et prolonger un éventuel suspense. Angelo haussa le ton.

— Bon tu accouches !

— Oh ça va, ça va ! Oui ! Bon alors, j'aurais besoin de toi mon très cher Angie pour m'escorter aux Enfers vois-tu. Il faut que je voie quelqu'un là-bas.

— Qui ? Kanon ?

— Non pas du tout. Pourquoi tu me parles de lui ?

— Parce qu'il n'est pas revenu de sa grotte. Son juge doit le séquestrer sans ça il serait revenu. J'en sais rien moi ! Ne me dis pas que tu veux voir un sale spectre tout de même !?

Le visage d'Aphrodite se ferma, instantanément Angelo regretta ses paroles.

— Désolé je ne voulais pas faire de mauvais jeu de mot…

— Ce n'est rien Angie. Tu ne vas pas t'excuser à chaque fois que tu dis une connerie, sans ça les discussions n'avanceront pas beaucoup vu que tu en débites une dizaine à la minute.

— Je te remercie.

— De rien ! Bon, pour te répondre non je ne veux pas aller voir Kanon je me contre fiche de ce qu'il fabrique avec son dragon poilu. Et à mon avis il doit y résider de son plein gré là-bas… Non, moi je veux demander une requête à Hadès.

Angelo ravala un juron. Qui transperça tout de même la barrière de ses lèvres.

— Quoi !? T'es tombé sur la tête ? Pour quoi faire ?

— De toute manière je dois te le dire sans ça tu ne voudras pas m'y conduire, soupira le bleuté.

Les traits de son vis-à-vis se tirèrent de secondes en secondes, les ridules qu'il avait en coin des yeux se distinguaient bien correctement, de plus un rictus de contrariété entravait le bas de son visage.

— Ne me regarde pas comme ça, tu me ferais presque peur ! nargua Aphrodite. Alors je t'explique mais ne m'interromps pas, compris ? Alors… Je veux solliciter une entrevue avec Hadès pour lui demander une faveur, celle de réveiller Minos pour l'affronter personnellement.

Angelo se leva d'un bon, sa chaise se renversa sous l'impulsion. Il vociférait pour ne pas changer ses habitudes en gesticulant dans tous les sens. Pendant vingt minutes son ami l'observa tranquillement, les yeux levés dans sa direction, en buvant sa canette de boisson gazeuse. Il eut le temps de partir aux toilettes, de se laver les mains, de se préparer un petit encas et de revenir sur la terrasse pour vérifier que son ami hurlait toujours aux quatre vents. On entendit encore un « ferme-là bon sang de merde » provenir d'en bas. Aphrodite fit signe à Saga qui alpaguait Angelo du haut de sa terrasse. Comme il n'était pas la bienvenue, le grec s'abstint de venir voir ce qu'il en était.

Enfin calmé, tout du moins en apparence, Angelo ramassa sa chaise longue et s'affala dessus en maugréant dans sa barbe.

— Bon, je peux reprendre ? s'informa le second homme. Je continue, si je veux affronter cette ordure c'est pour en finir définitivement avec cette histoire. Angie, je sais ce que tu as fait pour moi durant tous ces longs mois… Je m'en souviens tu sais… Oh pas de tout je te mentirais mais j'entendais une voix au loin me retenir quand je voulais sombrer. Tu me rappelais à toi sans arrêt, tu n'arrêtais pas de me parler quand tout le monde évitait ma présence. J'en aurais fais de même, je déteste me trouver en présence de personnes malades… Je ne leur en veux pas mais j'aimerais en finir avec tout ça, pour tourner définitivement la page. Je pourrais reprendre ma vie là où elle en est et peut être la conduire d'une autre façon. Tu vois ce que je veux dire ?

— Pas vraiment ! Et s'il te tue ? Est-ce qu'au moins tu y as réfléchis dans ta tête de piaf ?

— Mais il ne peut pas me tuer, ricana Aphrodite. Pour la simple et bonne raison que moi j'ai une raison valable de le faire avant lui. Parce que moi j'ai toutes les raisons de la terre de lui en vouloir et enfin parce que j'ai l'envie irrépressible de me faire justice moi-même. Je sais parfaitement que son sort a été décidé mais je trouve cela peu cher payé pour ce qu'il m'a fait. Et puis, tu seras à mes côtés au loin. Je sais que tu m'encourageras et que tu me donneras de ta force pour le vaincre.

— Je comprends ton résonnement seulement… Je ne peux m'empêcher d'envisager cette issue. Tu imagines si je te perdrais ? Non tu n'y as pas réfléchi bien sûr. Tu sais ce que moi j'ai ressenti quand je t'ai vu inerte dans sa chambre ? Quand je t'ai pris dans mes bras sans que tu réagisses ? Je te parlais et toi tu ne me regardais même pas ! Je ne veux pas concevoir ma vie sans toi ! Je ne veux pas te perdre une seconde fois ! Aphro abandonne cette idée !

— Désolé Angie mais non je ne peux pas… J'ai besoin de ce combat pour en terminer sans ça son souvenir me hantera encore et encore. Je ne dis pas que tout sera effacé mais une autre étape sera passée. J'aimerais que tu aies confiance en moi, dis Aphrodite en prenant les mains de son ami et en se penchant près de lui. Avec ma nouvelle technique je ne peux pas perdre je te le garantis, j'y ai mis toute ma volonté, crois-moi.

Les miroirs que lui renvoyait son ami ne mentaient pas. A cet instant le chevalier épineux était convaincu de son bon droit. Devant son air déterminé et suppliant Angelo abdiqua. Il baissa la tête puis résigné, répondit.

— Oui, j'ai confiance en tes capacités à vaincre, je n'en doute pas. Tu peux compter sur moi, je serais présent. Je t'emmènerais aux Enfers pour que tu voies Hadès…

— Merci mon petit ! Si tu n'avais pas voulu j'aurai demandé à Shaka.

— Shaka !? Et tu crois sincèrement qu'il aurait plié à ta volonté ?

— Oh oui… Moi je sais le prendre, répondit Aphrodite en clignant de l'œil.

Le Cancer avait une nouvelle raison de s'inquiéter pour son soupirant mais de voir sa mine réjouie et ses mimiques provocatrices le ravissaient. Il retrouvait un peu de son insouciance d'autrefois, maintenant le suédois riait beaucoup plus qu'à son retour. Angelo aurait donné n'importe quoi à l'époque pour le voir sourire et échafauder des plans comme avant. Il soufflait de le voir reprendre de l'assurance, celle qui établissait sa réputation d'homme vaniteux. Qu'importait les rumeurs, lui connaissait la vraie nature d'Aphrodite puisqu'il ne la dévoilait qu'à ses proches. Pour l'italien ce n'était pas plus mal que les autres n'osent approcher le Poisson, cela possédait l'avantage de le garder rien que pour lui.

ooOoo

Le lendemain, Aphrodite décampa tôt aux aurores pour aller retrouver Angelo dans son temple, comme cela ils partiraient sans être repérés des autres. Cependant le douzième gardien fut stoppé dans son élan par l'arrivée de Shion en personne à la porte-fenêtre de sa véranda. Le Pope enjamba le seuil pour se poster devant son chevalier l'air déboussolé.

— Shion que faites-vous là ?

— Tu me le demandes Aphrodite ? Ne joue pas à l'imbécile avec moi s'il te plait. Tu crois que je ne devine pas ton projet ? Cette idée de nouvelle arcane… Elle te sort de nulle part ? Une illumination divine ? Je sais très bien ce que tu comptes en faire, je l'ai su à la minute ou tu m'en as parlé. D'ailleurs dès que tu t'isolais pour t'entrainer je me doutais de ce que tu manigançais. Je suis peut être vieux mais pas grabataire, on ne peut me rien me cacher.

— Je le sais parfaitement Shion. Pourquoi m'avez-vous laissé faire alors ? Quand je vous ai convoqué pour vous montrer mon Bloody Whip pourquoi ne m'avoir rien dit ?

— En ai-je seulement le droit ? Je ne pense pas. Je ne peux t'interdire de mener ta vie comme bon te semble. Ton chemin de croix doit se terminer à un moment donné. Je ne m'interposerais pas. Je comprends parfaitement que tu veuilles l'emprunter seul, d'ailleurs il ne peut en être autrement. Tu seras seul face à tes démons devant lui, seul en combattant, seul en vainquant.

— Et si je ne m'en sors pas ? demanda Aphrodite sereinement. Vous avez l'air de sous-entendre que je gagnerais cette lutte mais je peux y laisser la vie.

Le Pope plissa les yeux, sourit amicalement avant de répondre en posant sa main sur l'épaule d'Aphrodite.

— Tu as pensé à tout. Tu pars tranquille vers ta destinée, qu'elle soit bonne ou tragique il en va ainsi. Tu dois t'accomplir malgré les craintes de tes amis, malgré mes peurs. Je préfère te voir comme ça plutôt qu'en victime se repliant sur elle-même. Pars Aphrodite et reviens-nous vite victorieux… Je n'ai rien pu faire de concret, je te confie les rennes de ta vie, prends les en main. Mes pensées t'accompagneront.

— Merci Shion. A très bientôt.

Aphrodite sortit l'esprit léger sous l'approbation de son Pope, il savait qu'il avait son consentement.

Les deux chevaliers s'éclipsèrent pour atterrirent dans le Royaume des Morts après être sorti de l'antichambre de la mort.


Le débarquement ne fut pas de tout repos, ils durent convaincre Charon de pouvoir passer, une fois arrivés sur la berge opposée ils furent stoppés par d'autres spectres protecteurs de l'entrée des Enfers.

Ils se disputaient avec un troupeau de soldats quand arriva droit et impressionnant Rhadamanthe en personne. Les spectres s'écartèrent à son passage.

— Pourquoi un tel raffut ? De quel droit venez-vous ici ? Vous n'êtes pas morts il me semble, interrogea le juge de sa voix sèche.

— Je suis ravi de te revoir cher Rhadamanthe, surjoua Aphrodite. C'est toujours un plaisir. Kanon non plus n'est pas mort pourtant il me semble qu'il réside ici à demeure depuis bientôt quatre mois… Tu en as fait quoi ? Des glaçons que tu t'amuses à décongeler pour le baigner dans ton whisky quand l'envie te prend ?

Angelo étouffa un rire tandis que l'anglais resta imperturbable à ces piques.

— Cela ne te regarde pas. Bon que voulez-vous ? Vous ne pouvez rester ici.

— Ne t'inquiète pas, nous ne resterons pas. Cela ne mettra pas longtemps… Je voudrais voir votre seigneur pour m'entretenir avec lui, tout simplement.

— Rien que ça… Voyez-vous cela… De simples mortels demandent une entrevue avec notre majesté en personne… Cela est hilarant vraiment. Je te conseillerais vivement de repartir d'où tu viens et de ne plus offenser notre seigneur avec de telles requêtes farfelues. Sans ça…

— Sans ça quoi tête de pioche ? intervint Angelo qui se positionnait déjà prêt à riposter.

— Calme ton ami cela vaudra mieux, répondit Rhadamanthe en s'adressant au Poisson.

— Rhadamanthe, j'en ai le droit tu le sais aussi bien que moi. On dit de toi que tu es le plus impartial et le plus juste des trois juges... Pardon, de ce qu'il en reste. Permets-moi de parler avec votre souverain, j'ai une requête à lui formuler.

Le sourcil blond se releva. Le juge prit sur lui pour accompagner personnellement les deux intrus vers Hadès en personne.

— Comme tu voudras, je ne te garantis pas du résultat. Mais je conçois que tu en as le droit effectivement.

Seul dans la salle du trône, Aphrodite discuta longuement avec sa majesté tandis que son ami et le juge attendaient derrière l'immense porte en bois.

Le chevalier du Cancer dévisageait Rhadamanthe de long en large, chaque détail de sa personne était passé au peigne fin. Ce dernier soutenait les iris chromés sans sourciller. Au bout d'interminables minutes, Angelo cassa ce silence pesant.

— Tu en as fait quoi de Kanon ? Des brochettes de dragon pané ?

— Plait-il ?

— Il est bien chez toi ? Personne ne l'a revu depuis sa mise au point avec son frère. D'ailleurs il faudrait qu'il pense à donner des nouvelles à Saga, il devient aussi déprimé qu'un cheveu sur la tête d'un chauve. Il ennuie tout le Sanctuaire et fait fuir tout le monde. Même Aiolia ne veut plus lui parler c'est pour dire l'état de la situation.

A cette nouvelle forte agréable, l'intérêt du juge s'éveilla et un rictus malfaisant se dessina aux commissures de ses lèvres.

— Vraiment ? Tu m'en diras tant chevalier. Et bien tu pourras transmettre à ton confrère que Kanon va bien. Depuis qu'il est avec moi il est serein, il reviendra quand ça lui chantera.

— Et c'est tout ? Tu ne vas pas m'en dire plus ? C'est maigre comme information.

— Oui c'est tout, le sujet est clos.

Aphrodite réapparut le visage fermé. Il fit signe à son comparse de venir avec lui. Rhadamanthe regagna son tribunal satisfait d'apprendre que Saga déprimait comme un mouton péruvien qui venait d'être tondu. Cela lui apprendra à être aussi désagréable envers les autres et surtout lui.


Une fois seuls, Angelo questionna son ami sur la raison de sa mine renfermée, ce dernier lui expliqua ce que le seigneur des Enfers lui apprit. A savoir qu'il était d'accord dans le principe de réveiller Minos pour un affrontement mais que le chevalier devrait demander l'autorisation à Morphée pour déterrer l'âme ainsi que le corps du juge qui se trouvait dans son domaine : Morphia. Et plus ardu encore… Il devrait convaincre Hypnos en personne de le téléporter jusqu'à ce monde utopique, sans ça il ne parviendra jamais à y entrer.

Comment persuader un dieu infatué tel que lui ? Cela se révélait mission impossible.

Aphrodite démoralisé se laissa choir sur la méridienne attenante à la baie vitrée de sa suite.

— Je n'y arriverais jamais Angie ! Comment amener ce dieu prétentieux à me catapulter dans le monde de son fils ? Il ne voudra même pas m'écouter ne serait-ce qu'une seconde, tout est fichu.

Angelo s'agenouilla devant lui et posa ses mains sur les genoux adverses.

— Ne baisse pas les bras aussi vite Aphro. Je ne te connais pas si pessimiste enfin ! En temps normal tu ne te laisserais pas abattre. Tu trouveras une tactique d'approche j'en suis sûr. Comme toujours tu le charmeras comme tu le fais pour tout le monde. Et Hadès il t'a dit quoi exactement ? Tu vas le rencontrer comment ce dieu de pacotille ?

— Il nous escortera demain à Elysion pour que je m'entretienne avec sa souveraineté en personne, mais à un moment précis parce qu'apparemment il ne faut pas les déranger à n'importe quelle heure.

— Qui, ils ? demanda Angelo d'un air suspicieux.

— Les dieux jumeaux pardi… Il a un frère… Le dieu de la Mort, tu l'avais oublié ?

Le Cancer se frappa le front avec sa main.

Merda ! C'est pas vrai ! Il va en falloir en supporter deux ?

Aphrodite opina de la tête en signe d'affirmation.


Elysion s'étendait à perte de vue devant les regards fascinés des deux mortels qui posaient leurs pieds ici pour la première fois. L'étendue verdoyante s'étalait loin à l'horizon, une brise légère faisait onduler les vagues de la prairie en mouvement aérien. Quelques pétales de fleurs des champs s'envolaient dans l'air printanier, emportant les espoirs et les rêves des âmes nobles. Aphrodite reconnut que ce lieu représentait un paradis irréel, malgré le ciel lumineux dépourvu de nuage il se sentait comme apaisé. Le cœur lavé de pensées noires. Des temples immaculés parsemaient le paysage en amont ou en aval de pentes sinueuses, de cours d'eau ou de lacs. De plus, l'air était nettement plus respirable qu'aux Enfers, ici il sentait bon la fraicheur.

— C'est magnifique seigneur Hadès, s'extasia le suédois. Et y-a-t'il des arbres également ?

— Bien entendu. Des arbres, des cours d'eau, des collines, des vallons… Par contre vous ne trouverez pas de forêts ni de chaînes montagneuses. Ce paysage se veut plaisant sans trop de diversité. Je vous attends là pour le retour. Le temple d'Hypnos et de Thanatos se situe le long de la rivière principale, celle que vous voyez au loin. Vous la longez et vous trouverez leur temple en bout de chemin. Vous ne le louperez pas, il est assez imposant. En plus est dessiné sur la façade deux paires d'ailes les représentants.

Aphrodite le remercia sous l'œil inquiet d'Angelo qui resta aux côtés d'Hadès. Savoir son ami aux mains de deux divinités exécrables ne le ravissait que peu.

Le chevalier à la rose bloqua à l'entrée du temple en question. Il n'osait rentrer, inondé par l'incertitude. Comment allait-il être accueilli ?

Etrangement les nymphes qu'il rencontra sur son chemin ne s'évanouirent pas ou ne crièrent point, la vue du jeune homme ne les effrayèrent aucunement. Il est vrai que le bleuté possédait un physique des plus plaisant, la Beauté incarnée. Plusieurs d'entre elles crurent qu'il était une déité parmi tant d'autres. Une jeune femme fine à la chevelure rose pâle le guida jusqu'aux appartements des propriétaires du lieu.

Les dieux jumeaux vaquaient à leurs occupations journalières. Hypnos lisait un livre dans le salon tandis que Thanatos se trouvait sur la terrasse, il se disputait avec l'un des enfants de son frère. Des éclats de voix émanaient du dehors sans que cela ne perturbe le dieu doré. Aphrodite accompagné de la nymphe se positionnèrent en face de la déité. La demoiselle se pencha pour saluer son roi.

— Que fait cet intrus ici ? questionna Hypnos sans lever le nez de son ouvrage.

— Je suis navrée seigneur Hypnos, mais ce jeune homme se trouvait à l'entrée de votre temple. J'ai cru que c'était un dieu également et…

— Suffit ! tonna t'il en refermant son livre.

Il détailla le chevalier de la tête aux pieds sans expression.

— Tu es aussi stupide que ça Akylína ? Tu ne vois pas que ce n'est qu'un vulgaire mortel ? Et qui plus est, il foule de ses pieds impurs notre sol ! Infamie !

La divinité se leva menaçante. Dehors son frère entendit ce vacarme, jamais son double ne s'emportait sans raison valable. Il rentra suivi d'Icélos un des dieux des rêves.

— Tu en fais un de ces tapages ! Que t'arrive-t-il encore ?

Le dieu de la Mort s'arrêta dans son élan en voyant Aphrodite se tenir droit dans son salon. Son visage s'affaissa comme par magie. Il ouvrit la bouche pour dire quelque chose mais son jumeau l'en empêcha.

— Je te prierais de rester en dehors de ça veux-tu ?

— Pardon !? Comment ? Un exécrable déchet de l'humanité se présente ici et toi cela ne te choque pas ? Hypnos, tu perds la raison ! Je vais le tuer, il ne fera pas un pli. Misérable, tu as osé poser un pied ici, je vais t'apprendre ce qui l'en coûte…

— Non arrêtez ! s'écria Aphrodite. Je ne suis pas venu seul ici, Hadès m'accompagne. Il m'attend bien gentiment à l'entrée d'Elysion d'ailleurs, si vous ne me croyiez pas ! J'ai une requête à formuler au seigneur Hypnos.

Les jumeaux s'entre-regardèrent quelques secondes puis invoquèrent le cosmos de leur souverain. Effectivement celui-ci était présent non loin, ainsi cet individu disait donc vrai.

Hypnos les bras croisés toisait de sa hauteur l'humain qui le défiait du regard. Aphrodite ne lâchait pas l'affaire.

— Baisse les yeux quand tu t'adresses à moi pour commencer. Que veux-tu ? Quelle est ta requête ? On ne s'avise pas de mendier quoi que se soit à des dieux ! Sache-le.

Les négociations s'avéraient éprouvantes pour le chevalier. Il resta des heures durant pour convaincre le dieu du Sommeil de le conduire sur le plan des rêves. Il argumenta, charma, complimenta le blondin pour l'amadouer. En fin stratège qu'il était, ce dernier ne se laissa pas berner aussi facilement. Seulement Aphrodite ne pouvait le prendre par la manière forte, il devait l'approcher d'une façon subtile. Ce qui lui demanda beaucoup de temps car Hypnos était coriace. De son côté Thanatos le regardait avec des mitraillettes à la place de ses pupilles. Son corps restait tendu en attendant qu'il s'en aille de chez lui ne supportant pas la présence des mortels. Icélos assistait à ces parlementassions ennuyé ne pouvant décamper aussi facilement, sa discorde n'étant pas réglée avec son oncle.

Plus Aphrodite parlait, plus il avait l'impression de s'embrouiller tout seul. Cette audience dura bien, bien longtemps. Vidé il s'arrêta, tout ce qu'il voulut dire fut énoncé. Le dieu se releva, passa sa main dans ses mèches platines puis décréta qu'il acceptait finalement de l'emmener à Morphia voir son fils. Le chevalier ne fut pas soulagé pour autant. Il recommencerait son discours laborieux pour persuader un deuxième être supérieur imbu de sa personne.

Hypnos retrouva son seigneur qui attendait patiemment au pied du premier temple du domaine. Angelo étendu par terre, faisait une sieste un brin d'herbe pincé entre ses lèvres.

— Nous sommes prêts seigneur, nous partons, apprit Hypnos.

Hadès se leva pour saluer le blond et demanda curieux.

— Comment as-tu réussi à le convaincre Aphrodite ? Vous en avez mis du temps.

— Je lui ai promis de planter mes toutes nouvelles créations en matière florale une fois que toute cette histoire sera terminée. Il n'y a pas de rose ici et le seigneur Hypnos en raffole.

Mal à l'aise la déité prit la parole.

— Ma foi j'aime les roses oui, il n'y a pas de quoi en faire des gorges chaudes. Bref, allons-y.

Angelo s'éveilla, s'étira comme un chat et échappa un bâillement. De sa voix éraillée il marmonna.

— Ouais, ce n'est pas le tout mais j'aimerais qu'on en finisse pour rentrer chez nous !

Le dieu blond fil les yeux ronds comme des boulons, Hadès le recadra.

— Navré mais seul Hypnos accompagné d'Aphrodite se rendront dans le royaume des rêves. Tout le monde ne peut pas y aller. Ce serait la porte ouverte sur tout. Je ne te permets pas, tu resteras ici à attendre ton ami.

— Rhoo ! Mais ce n'est pas rien ça ! fulmina le refoulé. Je vais devoir encore poireauter combien de temps, puttana !

Le chevalier à la rose le réprimanda pour la énième fois sur sa vulgarité intempestive. Angelo se vit reclus à Elysion en attendant sagement que son compagnon de toujours revienne, en espérant qu'il écrase ce juge de malheur.

(suite...)