(en français)

Chapitre 7:

Assise sur une des branches principales d'un très vieux chêne de Central Park, je suivais les instructions de Zoé, alors que j'accrochais une autre Plume à une des branches. Mon Premier Jour à la Tour datait déjà de la Veille. J'avais l'impression que cela faisait une éternité.

Mon premier jour avait été la veille. Et j'avais déjà mon premier jour de congés aujourd'hui. Il faut dire que j'avais foutu un beau bazar à la Tour. Mais alors vraiment un beau bazar. C'était un miracle que je n'ai pas été tué. Quelque chose du genre miracle de la Vierge Marie. Du genre.

Je pris une autre plume d'un beau magenta profond et prenant un ruban gris, je l'attachais soigneusement à la plume suivante à côté d'une plume du gris de l'acier fondu et des nuages d'orages d'hiver. Zoé avait insisté que ces deux plumes soient côtes à côtes parce que c'étaient les plumes "de deux amoureux". Je n'avais pu que m'incliner.

Ce n'était pas un Saule. C'était un Chêne. Un très vieux chêne de Central Park qui avait aisément dépassé la centaine d'années. Zoé m'avait laissé le choisir. Je lui avais parlé sur une impulsion alors que je lui tendais la plume d'Illium du Saule plein de plumes d'ange prés de mon Orphelinat quand j'étais enfant. Ca lui avait tellement plu qu'elle m'avait fait lui jurer d'aller avec elle faire un Arbre à Plumes d'Ange dés le lendemain. Je n'avais pu que m'incliner à nouveau.

Je passais deux petites perles de couleur vertes sombres sur le bout de la tige d'une plume d'un noir de nuit et l'accrochais avec un ruban tout aussi noir, avant de m'épousseter le pantalon et les mains et de regarder brièvement le résultat. C'était la dernière. Passant ma jambe par dessus la branche, je me laissais glisser de branches en branches, jusqu'en bas pour rejoindre Zoé et Slayer qui m'attendaient tous deux de pied (ou de patte) ferme.

Sarai me les avait confiés pour la journée, à ramener pour le diner ce soir. Ce n'était pas la première fois et j'appréciais ces journées même si je faisais semblant de grogner quand elle me le demandait. Zoé m'apaisait. Elle calmait les monstres qui hurlaient et griffaient à l'intérieur de mon esprit. Faisait sortir un peu de cette petite fille espiègle et joyeuse des rues de Paris.

Elle était la seule qui agissait "normalement" avec moi. La seule dont j'acceptais les contacts sans préavis. La seule qui me touchait volontairement, qui m'étreignait. Sarei me touchait un peu mais je sentais bien qu'elle se retenait. Et puis. Il y avait Illium.

Illium. Je n'étais pas sûre de vouloir y repenser. Pas plus qu'à Izzy. L'un comme l'autre réveillait des choses différentes en moi sur lesquelles je ne voulais pas me pencher. L'un pouvait me toucher. L'autre me donnait envie de le protéger. Ce qui dans un cas comme dans l'autre était parfaitement stupide et fou.

Je souris à Zoé, de ce petit sourire mais sincère que je ne réservais qu'à elle. Un sourire qui n'était pas effrayant, qui était un peu maladroit, le sourire de quelqu'un qui avait oublié comment faire mais qui réapprenait. Je lui demandais:

-"Alors Mademoiselle, l'ouvrage est-il à votre goût?"

Elle hocha vivement la tête les yeux brillants. Il faut dire qu'il y avait de quoi. Plus que des dizaines de plumes, il y en avait bien une bonne moitié de centaine. Accrochées avec des rubans de toutes les couleurs, des lacets de cuir, ou encore des fils de fer, des perles passées sur certaines, elles se balançaient aux branches sous l'effet du vent.

J'avais laissé aussi des rubans, des lacet et des fils de fer, libres à d'autres branches, pour de futurs plumes. Si les autres restaient ce qui serait peu probable. On était à New York. Les plumes d'Ange se vendaient très chère sous le manteau. Même si. A Paris, les plumes étaient toujours restées. Mais c'était il y a plus de 10 ans. Et l'endroit où j'avais grandi avait été différent.

Je caressais Slayer tout en reprenant mon sac, mon arc, mon carquois et mon katanas que j'avais laissé prés de Zoé, (rangés dans un étui en tissus pour éviter qu'on n'appelle la police à propos d'une folle flippante armée) et lui tendis la main en souriant:

-"Que dirais-tu d'un petit-déjeuner au Café des Anges, ma Chère?"

Il était encore très tôt et l'aube pointait à peine. Mais c'était le meilleur moment pour installer l'Arbre à Plumes, sans être dérangé dans cette partie de Central Parc. Jamais je n'aurais mise en danger Zoé. Elle était sans doute, la chose la plus précieuse à mes yeux avec ma liberté. Et encore. Je ne pensais pas que je choisirai la seconde si on me demandait de choisir.

Elle hocha vigoureusement la tête, engoncée dans son petit manteau rose, son bonnet panda que je lui avais offert sur la tête:

-"Oh oui!"

Zoé adorait le Café des Anges et j'avouais que je l'appréciais aussi un peu. Ce café rappelait sans le moindre doute les vieux cafés parisiens à l'ancienne du centre-ville, avec ses chaises en acier forgé, ses tables rondes, ses menus sur ardoise écrits en français, son comptoir en bois, ses tableaux, esquisses et photos du 19 éme siècle parisien, ses plats et boissons typiquement français, ses serveurs à chemises blanches, pantalons noirs, chaussures en cuir cirées, et grands tabliers noirs, ses lanternes murales marchant encore au gaz...

Y entrer c'était changer d'époque. Le patron Elliot Lupin, venait lui-même de Paris, comme son Père et son Grand-Père avant lui Elliot I Lupin. Il adorait Zoé et m'appréciait grandement malgré mon aspect effrayant, heureux de voir en moi une compatriote qui parle avec lui en français. Une langue que j'apprenais depuis quelques temps à Zoé, de ma propre initiative. Mieux valait commencer alors qu'elle était jeune, cela était plus facile.

Rattachant la laisse de Slayer, plus pour ne pas effrayer les gens, qu'autre chose, ma main dans celle de Zoé, nous quittâmes tranquillement le parc, avec Zoé qui babillait comme elle-seule savait le faire. Quel drôle de spectacle nous devions offrir, à ces petites heures du jour!

Elle, petite fille de cinq ans vêtus d'un manteau rose bonbon, d'un bonnet pandas, de bottes noires sur des collants en laine arc-en-ciel sous une jupe violette sombre, babillant joyeuse. Moi, jeune fille de 16-20 ans, à l'allure et l'aura de prédateur et de mort, vêtue d'une veste en cuir noire griffée, d'un pantalon noir taché de cambouis et d'huiles, d'un teeshirt vert sombre affichant l'inscription en blanc "Kiss the Cook, Fuck the Heaven and Fight the Law", et d'une paire de baskettes noires trouées avec une besace militaire lacérée et usée avec des phrases dessus, un lacet de cuir avec des petits objets dessus, au cou, une sorte d'étuis bizarre en tissus dans le dos, bardée d'armes, cheveux courts, à la mine calme qui s'éclairait parfois d'un léger et maladroit sourire. Et Slayer, digne descendant de Cerbère avec moins de têtes qui gambadait joyeusement à côté de nous. Yep un drôle de spectacle.

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Il était 7h15 quand nous poussâmes la porte du Café de l'Ange, faisant tinter la petite clochette. Il n'y avait quasiment personne à cette heure, la vague de cinq six heures s'en étant allé, et celle de 7h45-8h n'étant pas encore arrivée. Zoé claironna en voyant l'homme aux cheveux poivres sels et aux yeux verts nous sourire de derrière le bar où il réglait le payement d'un client:

-"Bonjour Elliot!"

Il lui répondit:

-"Bonjour charmantes demoiselles!"

J'énonçais avec un léger relèvement des coins de ma bouche et une voix "radoucie":

-"Bonjour Elliot. Nous sommes venus pour le plaisir d'un vrai petit-déjeuner dans les règles de l'art."

Il rit:

-"Et vous avez bien faits! Je vous laisse vous installer à votre table et j'arrive tout de suite avec vos commandes. Comme d'habitude j'imagine?"

J'inclinais légèrement la tête sur le côté en accentuant le relèvement des coins de ma bouche:

-"Comme d'habitude Elliot. Merci."

Zoé me tira par la main jusqu'à ce qui était "notre table". Elliot avait fini par la désigner comme telle au bout de notre neuvième visite. Elle se trouvait dans une sorte de petite alcôve en avant du bâtiment avec de magnifiques aquarelles du Vieux Paris du 19 éme et des photographies de divers clients célèbres qui étaient passés par le bar... dont des anges!

Une des raisons qui faisait que Zoé adorait notre table. En effet il y avait notamment une photographie datant de la fin du 19 éme avec nul autre que notre Archange local. La photographie était petite et un peu cachée dans un petit coin, aussi je ne pensais pas que beaucoup de personnes connaissaient son existence. Il n'empêche que Zoé avec ses yeux de lynx l'avait repéré en moins de deux.

Il y avait eu une autre photographie d'Archange datant elle du début du XXéme siècle dans cette alcôve. Je l'avais ôté lors de ma première venue et Elliot l'avait mise autre part sans un mot après un regard à mon visage et à mes yeux.

J'aidais Zoé à enlever son manteau et son bonnet et elle s'assit sur l'une des banquettes de l'alcôve, Slayer se couchant à ses pieds en haletant. Je m'assis à sa suite, en posant juste ma besace et mon grand étui à côté de moi. Je ne voulais pas que l'on voie mes cicatrices. J'effrayais déjà suffisamment et je n'avais pas envie de plus de question.

Sans compter que je ne voulais surtout pas que Zoé les voit. Elle était beaucoup trop jeune pour cela. Encore si innocente. Je voulais préserver au moins une partie de son innocence. Tout en la préparant aux dangers de la vie. Raison pourquoi, après le café, séance de crochetage de serrure.

Je laissais mon regard errer à l'extérieur alors que Zoé, gribouillait sur son cahier avec ses crayons de couleurs tout en fredonnant une sorte de comptine. Je regardais les gens qui recommençaient à sortir au dehors, la faune nocturne de New York laissant place à celle du jour petit à petit. Tous ces gens qui passaient... Ignorant leur chance. Ignorant tous les monstres et les dangers qui rodaient parmi eux, les guettant.

Je murmurais sans vraiment m'en rendre compte :

-"

Dans l'ombre comme dans la lumière

Envers et contre tous et tout

Je prêtes serment à genoux

De combattre aux côtés de mes soeurs et frères."

Le Serment des Chasseurs de la Guilde. Ou du moins une partie. Je l'avais prêté en y rentrant et je le prêterai à nouveau quand je serai officiellement nommé Chasseuse. Je sortais de mes sombres et mélancoliques pensées alors qu'Elliot revenait avec nos petits-déjeuners et que nous commençâmes à bavasser en français.

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Je déverrouillais et ouvrais la porte d'une main, avant de la pousser de mon épaule, en faisant attention à ne pas réveiller Zoé. La journée avait été longue et j'avais fini par la porter dans mes bras parce qu'elle avait mal aux jambes. Et résultat, elle s'était endormie. Preuve une fois encore de son manque total d'instinct de survie. Sérieusement qui s'endormait en présence de quelqu'un comme moi?

Je fis signe à Slayer de rester sur le tapis en attendant que je reviennes pour essuyer ses pattes, tandis que j'allais déposer Zoé toujours endormie quelque part. Je me mouvais sans difficulté dans l'obscurité de la maison, ayant appris à aiguiser ma vue il y a de cela des années. Il ne faisait jamais très clair dans les cachots.

Je déposais doucement la petite fille sur son lit et lui retirais son manteau et ses bottes que j'allais ranger avant d'essuyer les pattes du molosse et de revenir avec lui sur mes talons dans la chambre de Zoé. J'entrepris de la changer doucement, enlevant ses vêtements et lui mettant son pyjama vert en pilou pour la nuit, avant de la border. Elle était épuisée inutile de la réveiller. Elle prendrait sa douche et se laverait les dents demain matin.

Assise sur le bord de son lit, je caressais avec douceur ses cheveux attendrie bien malgré moi. Cela avait été... Une bonne journée. Après un bon petit-déjeuner chez Elliot, nous étions allé à un des marchés aux puces de Chelsea, où nous avions farfouillé dans les étals avec autant de curiosité et d'enthousiasme l'une que l'autre, même si Zoé l'affichait beaucoup plus que moi. Une partie de notre butin, trônait d'ailleurs sur sa commode blanche, ayant été sortie de mon sac après que je l'ai changé.

Ensuite nous étions allé mangé un fish and chips assise sur un banc de Washington Square Park. Puis l'après-midi, je nous avais emmené à , où nous nous étions exercé sur des serrures, avant de l'emmener manger une glace, et observer un spectacle d'acrobate de rues. Une journée bien remplie et qui m'avait fait encore plus de bien qu'à Zoé. Je souris en caressant ses cheveux et me penchais pour déposer un baiser sur son front.

Me levant, j'allais pour sortir de la chambre de Zoé après avoir câliné Slayer qui s'était couché au pied du lit de Zoé, en fidèle protecteur quand j'entendis un bruit de portes. M'étant tendue, je me redétendis en reconnaissant la voix de Sarah qui n'avait pas l'air en danger. Mais qui avait l'air en colère.

Après un dernier regard à Zoé et une caresse à Slayer à qui je chuchotais de veiller sur Zoé, je sortis silencieusement de la chambre et refermais la porte derrière moi. Les voix provenaient du salon. Il y avait celle de Sarah. Et une autre. Ainsi qu'un bruit de plumes. Je fis le lien une fraction de seconde avant que Sarah ne dise son nom:

-"Ellie arrêtes avec ça! Je ne te donnerais pas le dossier complet de Salma! La Tour n'a aucun besoin de l'avoir! "

-"Cette fille est dangereuse, Sarah! Elle a quasiment agressé la totalité des personnes à qui elle a adressé la parole le seul jour où elle a été à la Tour. Est-ce que tu sais seulement où elle est maintenant?"

-"Elle gardait Zoé aujourd'hui, elles ne devraient pas tarder à rentrer toutes les deux..."

-"Tu... Bon sang mais tu as perdu l'esprit! Tu laisses ta fille avec cette fille pour la journée comme ça!"

-"J'ai une totale confiance en Salma! Elle adore Zoé et jamais elle ne lui fera le moindre mal, elle préféra mourir! Tu ne sais rien d'elle, Ellie, rien! Tu n'as aucune idée à quel point elle en bavé dans sa vie pour en arriver là, aucune idée de ce qu'elle a traversé! Mais malgré tout cela, elle est une jeune fille brillante, qui a du coeur, et énormément de bon en elle, et qui se bat pour garder la tête hors de l'eau et ne pas craquer alors qu'elle aurait plus qu'assez de raisons de le faire!"

Je fus touchée quelque part par les paroles de Sarah. Touchée qu'elle me défende et qu'elle pense cela de moi. Risible, hein? D'être touchée par une telle chose. De même que les paroles d'Elena Deveraux Consort de l'Archange Raphaël me touchèrent également. Mais d'une toute autre manière. Oh, oui d'une tout autre manière.

Ce fut à ce moment là que Sarah remarqua ma présence debout, adossée par l'épaule contre l'encadrement de l'entrée du salon, les bras croisées. Elle énonça surprise:

-"Salma!"

Je vis Elena Deveraux sursauter et se retourner à son tour. Quand je ne voulais pas que l'on me repère, personne ne le pouvait. A quelques très rares exceptions. Je me contentais de la fixer sans ciller, de mon regard impassible et froid. J'avais l'impression d'être comme entièrement faite de glace. J'énonçais d'un ton neutre, beaucoup trop neutre:

-"Zoé est couchée dans son lit, Sarah. Je te vois jeudi."

Et faisant volte-face, je quittais la piéce et attrapant mon étui au passage, le mis sans même m'arrêter. J'entendis Sarah m'appeler derrière moi. L'ignorant j'ouvrais la porte de la maison et sortant continuais à marcher à grands pas. Quand Sarah sortit sur le perron je m'étais déjà évanouie dans la nuit noire.