Pourquoi ce titre ? Parce que la garance est une nuance de rouge, et aussi le nom d'une fleur de même couleur. Le nom "Akane" signifie "fleur de garance". Et ce chapitre, c'est celui du grand retour de notre chère renégate...
En langage des fleurs, la garance signifie "calomnies". Je trouve ça très approprié au passé d'Akane x)
Chapitre 9
Garance
L'alerte sonnait, long vagissement plaintif qui vrillait les oreilles de tous les habitants du Seireitei. Mais les quatre silhouettes qui filaient sur les toits, comme insensibles au vacarme, ignoraient ostensiblement la panique des Shinigami. Ils courraient, c'était tout.
Quatre minutes après le début de l'alerte.
L'aube commençait à se lever.
Soudain, la silhouette de tête ralentit. Le regard d'Akane accrocha celui de Stark. Le Primera, avec un vague salut de la main, s'écarta de leur trajectoire et partit de son côté. Quelques rues plus loin, ce fut à Hallibel de prendre la tangente. Les deux Espada avaient pour mission de faire diversion. Grimmjow suivrait Akane encore cinq minutes, puis il partirait également de son côté.
Pas de bol, ils furent repérés avant.
Quand la silhouette d'un Shinigami se dressa face à eux, Akane ne pu retenir un haussement de sourcils incrédule. Ces cheveux rouges en pétard… Ces sourcils bizarres… Renji Abarai, le Lieutenant de la Sixième Division. Urahara avait un peu parlé de lui, durant le mois que les fugitifs avaient passé chez lui. Loin des oreilles de Grimmjow, il avait révélé que Renji était celui qui avait tué Il-Forte, et qu'il avait le Bankai.
Ça serait un bon test.
Heureusement, il était seul.
- Vous deux ! Qui êtes-vous et comment êtes-vous entrés ici ?
Le ton agressif de Renji n'impressionna pas le moins du monde les deux intrus. Ils étaient Espada et Capitaine, quand même. Et Akane pouvait se vanter de compter parmi les plus puissants Shinigami de l'histoire du Gotei 13… Sans le Sceau, elle était capable de vaincre un Vasto Lord toute seule, comme une grande. Elle l'avait prouvé face à Hallibel.
La jeune fille se tourna vers le Sexta.
- Tu le prends ou je m'en charge ?
- Je me l'fais. De toute façon, faut que je fasse diversion.
Grimmjow balança son manteau noir dans un coin. Les yeux de Renji s'écarquillèrent quand il reconnu les vêtements blancs et le trou dans l'abdomen. Apparemment, il n'avait pas capté le reiatsu de l'Arrancar… Question discrétion, Grimmjow s'améliorait vachement.
Le Sexta posa la main sur la poignée de son Zanpakutô, un sourire carnassier aux lèvres. Sans se tourner vers Akane, il lâcha :
- Vas-y.
- Te fais pas tuer dès le premier affrontement, ça serai la honte.
- Ta gueule !
Avec un léger ricanement moqueur, Akane se remit à sauter de toit en toit. Sa silhouette s'effaça bien vite dans la brume matinale et les deux futurs adversaires, face à face, se toisèrent avec défi.
L'Arrancar finit par lancer, curieux, en tirant légèrement son katana hors du fourreau :
- Eh, Shinigami. T'es plus fort ou plus faible que Kurosaki ?
Les yeux de Renji s'écarquillèrent sous la surprise. Qu'est-ce qu'Ichigo venait faire dans la conversation ? Et puis, la question était insultante. Renji était plus faible qu'Ichigo, il le savait. Et il en était terriblement vexé.
Dégainant Zambimaru, il se jeta sur l'Arrancar :
- La ferme !
- Ah, plus faible.
Le sourire de dément de Grimmjow s'élargit. Il dégaina lui aussi son Zanpakutô, juste à temps pour parer celui du Lieutenant. Le premier choc fit jaillir des étincelles entre leurs lames.
Après un premier échange de coups, Renji recula d'un bond. Ce niveau n'était pas suffisant pour faire face à un Espada. Profitant d'un temps d'arrêt entre deux assauts, il passa la main le long de sa lame :
- Rugis, Zambimaru !
En face de lui, Grimmjow étudia son Shikai avec intérêt. Une épée-fouet… Ça lui permettait une allonge considérable, et pas mal de souplesse. Joli. Joli mais pas suffisant.
- Pas mal, mais y en faudra plus pour me battre… Allez, amène-toi, Shinigami !
- Tu parle beaucoup, mais on va voir ce que tu vaux, Arrancar !
Le Shinigami et le Hollow se ruèrent l'un vers l'autre. Mais même avec son Shikai, Renji était nettement moins fort, nettement moins rapide. Il s'en rendit très vite compte.
Zambimaru avait beau se tordre, s'allonger et se rétracter aux moments les plus imprévus, le Sexta esquivait avec une facilité presque insultante. Il utilisait son Sonido à la manière du Capitaine Kuchiki. Sa vitesse était aussi son arme.
L'épée-fouet siffla brusquement en s'allongeant, frôlant presque la poitrine de l'Arrancar. Trop tard. Renji ne l'avait même pas vu bouger, mais il avait fait un pas de côté et Zambimaru était passé à dix centimètres de lui. D'un geste presque négligeant, le Sexta abattit son Zanpakutô sur celui du Lieutenant, et Zambimaru se plia en deux comme un serpent sur lequel on aurait marché.
- C'est trop facile, lâcha Grimmjow avec dédain.
Il toisa le Shinigami, puis… Bondit vers lui. Avec le Sonido, il était si vif que Renji ne ramena sa lame à lui qu'au dernier moment.
Son Zanpakutô para celui de Grimmjow, mais un violent coup de pied de l'Espada le fit décoller. Puis le Sexta, un sourire de taré accroché au visage, sauta pour se maintenir à sa hauteur et lui asséna une rafale de coups de poings en pleine figure (un peu comme dans son premier combat avec Ichigo), jusqu'à ce qu'un coup dans le ventre envoie le Shinigami aux cheveux rouges s'écraser contre un mur.
Tandis que le Lieutenant, groggy, se relevait en vacillant, Grimmjow se posa avec légèreté sur le sol. Il avait rengainé son épée… Et il n'avait pas une égratignure. Déçu, il grogna :
- Déjà fini ?
- Pas… Pas encore, enfoiré. Je commence seulement…
Renji s'était relevé. Son visage malmené commençait déjà à gonfler. Pourtant, ses yeux lançaient des éclairs. Il était plus déterminé que jamais.
Le Sexta, intrigué, attendit un instant…
- Bankai !
Oh, peut-être que ça valait le coup en fait.
Un immense squelette de serpent, possédant une crinière rouge feu, avait remplacé le katana. Cette chose devait faire au moins trente mètre, si on l'étirait. C'était gros, c'était massif, c'était fait pour la baston et pas pour la dentelle. Trop mortel.
Jamais le sourire de Grimmjow n'avait été aussi large.
- Comment tu t'appelle, Shinigami ?
Le Lieutenant, surpris, observa son adversaire pour voir s'il n'essayait pas simplement de gagner du temps. Mais Grimmjow était impatient d'en découdre, et ça se voyait. Bah, ça se faisait de se présenter. Il lâcha d'un ton sec :
- Renji Abarai, Lieutenant de la Sixième Division.
- Grimmjow Jaggerjack, Sexta Espada.
Ils s'observèrent un instant en silence. Puis Grimmjow dégaina à nouveau son Zanpakutô en éclatant d'un rire de psychopathe à faire froid dans le dos.
- J'espère que t'aime bouffer la poussière, parce que j'vais pas te faire de cadeau !
oOoOoOo
Akane ralentit, puis s'arrêta. En face d'elle, occupant toute la largeur du toit et même les toits des bâtiments voisins, une trentaine de Shinigami lui barrait le passage. Avec un léger sursaut, elle reconnu quelques visages familiers.
La Dixième Division… La sienne.
Elle poussa un léger soupir, puis se remit à avancer. En marchant. Lentement. Face à elle, tous les Shinigami se mirent en garde. Et l'un d'eux, un officier sans doute, dégaina son katana et s'avança d'un pas pour crier avec toute l'autorité qu'il pouvait avoir :
- Halte ! Ne bougez plus !
- Pas très original, rétorqua Akane sans ralentir. Tu n'as pas changé, Kazumori.
Le Shinigami tressaillit, surpris.
- Comment connaissez-vous mon nom ? Qui êtes-vous ?
- … Je ne suis plus personne.
Kazumori, plus méfiant que jamais, fléchit les genoux. La pointe de son Zanpakutô se releva d'un centimètre. Akane émit un reniflement agacé. Il ne risquait pas de la reconnaître, avec le Sceau, mais elle était quand même déçue qu'il ait abandonné si vite à chercher son identité…
Soudain, elle s'arrêta, ayant perçut un reiatsu familier. Stark apparu près d'elle une seconde plus tard, son éternel air fatigué peint sur le visage :
- Yo.
- Tu as rencontré du monde ?
- Une dizaine de Shinigami. J'ai même pas eut besoin d'un Cero pour les écraser.
- Bien. Je te laisse t'en charger ?
- Ça marche.
Akane se volatilisa grâce au Shunpo. Le Primera, seul face à toute la Dixième Division, retint un bâillement sonore :
- Dépêchez-vous, je n'ai pas que ça à faire…
Il y eut un instant de flottement parmi les Shinigami, puis ils se scindèrent en deux groupes. Le premier se jeta sur les traces de la renégate, le second se prépara à affronter le Primera.
Primera qui, cela dit en passant, n'avait pas l'intention de les laisser le rétamer.
Il ne libéra même pas son Zanpakutô. Il dégaina son katana, mais on avait vraiment l'impression que c'était à contrecœur. Et quand ses adversaires lui sautèrent dessus, il esquiva simplement tous les assauts des Shinigami, flanquant un coup de pied, de poing ou de sabre quand ils ne s'y attendaient pas.
Il était rapide. Vraiment rapide. En quelques instants, il eut totalement écrasé les Shinigami qui avaient été assez stupide pour s'en prendre à lui. Il hésita à rengainer son épée… Ou à poursuivre les Shinigami qui suivaient Akane. Finalement, il opta pour la seconde option : son job, c'était pas seulement de faire diversion, mais surtout de dégager la voie à la renégate.
Tris minutes et quatre secondes plus tard, un gros tas de Shinigami blessés et inconscients encombrait une rue du Seireitei.
Et, bâillant à s'en décrocher la mâchoire, Stark rengaina son Zanpakutô d'un air blasé… Avant de libérer son reiatsu pour attirer un max d'adversaires. Pas que ça l'enchantait, hein, mais ça serait toujours ça de moins pour Akane.
A des kilomètres à la ronde, tous les Shinigami s'affolèrent et se précipitèrent dans sa direction.
…
Très loin de là, dans un autre quartier du Seireitei, le Capitaine Komamura releva la tête avec inquiétude. Mais il ne quitta pas sa position. Et pour cause : il se battait avec la Tercera. Jusqu'ici, ça s'était limité à un échange de coups de sabre. Mais il devait augmenter le niveau et se débarrasser rapidement d'elle, s'il voulait pouvoir s'occuper de l'Espada qui émettait un si puissant reiatsu.
Il tendit sa lame devant lui et vociféra :
- Bankai ! Kokujō Tengen Myōō !
- Détruis, Tibúron !
Le géant en armure noire apparu aux côtés du Capitaine à tête de chien, tandis que la Tercera libérait son Zanpakutô. Le Bankai de Komamura avait un lien avec le feu, il n'y avait qu'à voir les flammes qui dansaient dans son regard et la chaleur infernale qui s'échappait de chacun de ses souffles. Hallibel, avec son affinité pour l'eau, n'aurait pas pu trouver meilleur adversaire.
Le géant en armure fonça vers la Tercera.
Elle pointa son arme vers lui, et… Une trombe d'eau jaillit de l'immense épée. La puissance du jet arrêta net l'avancée du Bankai de Komamura. Le géant leva son épée, fit mine de l'abattre sur la Tercera… Elle esquiva d'un Sonido, cherchant à se placer derrière ce monstre de puissance pour le dégommer d'un coup d'épée à la nuque. Peine perdue : il était vif pour sa masse.
Hallibel poussa un très long soupir. Elle détestait agir de cette manière. Mais là, c'était un cas de force majeure. Elle ne pouvait pas se permettre de sacrifier plus de temps à ce combat futile, il fallait qu'elle dégage un maximum d'adversaires à Akane.
Elle pointa son épée vers le Bankai de Komamura, se préparant à lancer une autre trombe d'eau…
… Et au dernier moment, elle décala sa lame de cinq centimètres, visant le Capitaine à tête de chien.
Ce fut lui qui se prit la vague de plein fouet.
Il décolla, littéralement, fit un long vol plané et s'écrasa contre un mur, qui s'écroula sous l'impact. Son Bankai effectua la même trajectoire, sauf que son atterrissage à lui fut nettement plus destructeur. Tout un quartier du Seireitei fut proprement rasé.
Alors que Komamura remuait légèrement la tête, presque K.O., une ombre tomba sur son visage. Il entrouvrit les yeux… Et croisa le regard émeraude impassible de la Tercera. Sa main frémit, chercha à raffermir sa prise sur son katana…
Trop tard.
Le poing de l'Espada heurta son crâne si violemment que, si son reiatsu avait été un poil moins puissant, Komamura aurait eu la tête écrabouillée.
Au lieu de ça, il s'affaissa comme une poupée de chiffon, inerte et totalement assommé. Hallibel le fixa un instant, puis, sans désactiver sa Resurrección, elle s'éloigna d'un pas vif.
Elle était loin d'avoir fini son travail.
…
Grimmjow, blessé d'un peu partout et pestant contre sa veste couverte de poussière et de minces tâches de sang, courrait sur les toits du Seireitei. Son combat contre Renji avait été rude. Il s'en était tiré en envoyant un Cero dans la gueule de son squelette de serpent au moment même ou ce dernier ouvrait les mâchoires pour lui lancer un de ses rayons d'énergie. Les deux faisceaux de lumière rouge s'étaient télescopés, provoquant une immense explosion à laquelle ni l'un ni l'autre ne s'attendait.
Grimmjow s'était écarté avec son Sonido. L'autre abruti, lui, s'était un peu protégé avec son Bankai, mais il était sonné, ébloui et assourdi par la détonation.
Le Sexta en avait profité pour lui refaire le portrait.
A présent, le Lieutenant de la Sixième Division gisait au milieu d'un tas de gravats, très amoché mais encore vivant. Grimmjow avait cessé de frapper quand il l'autre avait arrêté de bouger, mais tuer un adversaire vaincu… Où était le fun ?
Et l'Arrancar aux cheveux bleus courrait, très content de lui.
Une femme Shinigami se dressa soudain devant lui. Il ne daigna même pas ralentir. Cette femmelette ne faisait pas le poids, elle ne s'en rendait pas compte ?
Apparemment non, puisqu'elle redressa la pointe de son Zanpakutô dégainé, assura ses appuis, et clama d'une voix forte :
- Nanao Ise, Lieutenant de la 8° Division ! Je suis ici pour t'arrêter, Arranc…
- Dégage.
Elle sursauta, tenta de se retourner, les yeux écarquillés, cherchant à comprendre comment il avait pu se retrouver derrière elle presque instantanément, si mortellement calme, mains dans les poches et la toisant comme un insecte à écraser…
Un violent coup de pied la fit décoller du toit.
Son vol plané fut arrêté par le mur d'en face. Alors qu'elle glissait et tombait sur ses genoux dans la ruelle, hoquetant lamentablement, elle vit Grimmjow apparaître devant elle, un air blasé sur le visage. Horrifiée, elle leva la main pour lancer un sort de Kidô, n'importe quoi… Déjà le pied de Grimmjow frappait son visage, avec une violence qui manqua de lui déboiter les cervicales. Elle bascula en arrière et son dos heurta le mur.
Alors qu'elle luttait pour reprendre sa respiration, un second coup de pied, en plein abdomen, vida brutalement ses poumons.
Les yeux exorbités, elle cracha un peu de sang, puis perdit connaissance.
Grimmjow n'avait même pas ôté les mains de ses poches.
Il toisa la femme avec un mépris presque palpable et, du bout du pied, lui donna un petit coup dans les côtes. Elle ne réagit pas, et pour cause. Il avait quand même frappé fort. Le Sexta émit un reniflement méprisant.
- Lamentable…
Ce fut, et ce serai toujours, la seule opinion qu'il aurait de ce Lieutenant pitoyable qui n'avait même pas eu le temps de le frapper. Il se détourna, retourna sur son toit d'un seul bon souple, et poursuivit son chemin en courant.
Pas le temps de s'attarder.
Il sentait le reiatsu d'Akane en plein combat.
oOoOoOo
Akane se battait, en effet.
Un nuage de pétales de fleurs de cerisiers avait surgit au détour d'une ruelle et avait fondu sur elle. Elle n'avait dû qu'à un réflexe, celui de bondir à la verticale à une hauteur prudente, de ne pas être tailladée. Et en voyant l'état du sol de pierre là où elle se trouvait un instant plus tôt, elle avait comprit que ces fleurs étaient des lames.
Mortellement acérées.
Lorsqu'elle avait vu qui quittait l'ombre de la ruelle pour s'avancer en pleine lumière, quand elle avait reconnu l'utilisateur de ce Shikai particulier, Akane avait sentit sa gorge se nouer.
Byakuya Kuchiki.
Le gamin, comme elle l'appelait en riant avec Yoruichi. Le gosse des Kuchiki. Le petit-fils de Ginrei Kuchiki, l'homme qui l'avait sauvée.
Byakuya ne l'avait pas reconnue.
Elle avait fait comme si elle ne le connaissait pas, et s'était contentée de se battre.
Mais voilà, ça faisait bien dix minutes qu'ils combattaient et rien n'avançait. Akane était assez rapide et agile pour échapper aux milliers de pétales de fleurs, et Byakuya assez vif pour diriger ses attaques de façon à se protéger. Ils étaient à armes égales à ce niveau.
Le Capitaine de la Sixième Division fronça légèrement les sourcils. Son katana réapparu dans sa main, pointé vers le sol, et Akane prit un air dubitatif. Il rangeait ses fleurs ? Déjà fini ?
Il lâcha son Zanpakutô, qui s'enfonça dans le sol…
- Bankai.
… Apparemment, non, ce n'était pas fini.
Des dizaines de lames géantes s'élevèrent derrière le Capitaine, puis, comme son Zanpakutô, se transformèrent en milliers de pétales tranchants comme des rasoirs. Ça faisait des millions de milliers de petites lames.
Des millions de milliers d'épées dirigées contre elle, Akane Fubuki.
- Senbonsakura Kageyoshi, énonça calmement Byakuya.
- Classe, souffla Akane qui n'en revenait pas.
Classe, d'accord, mais vachement dangereux. Car le nuage de fleurs fonça droit vers elle, et seul un Shunpo en catastrophe lui sauva la vie. Yoruichi aurait été fière d'elle : son Shunpo était digne du Lieutenant de la Déesse de l'Eclair.
Akane réfléchit à toute vitesse. Elle ne pouvait pas rompre le Sceau maintenant ou ses projets tombaient à l'eau. Son Shikai ne l'aiderait pas, dans cette situation. Elle n'avait pas le choix, elle devait utiliser sa technique ultime.
Une technique qu'elle avait mise au point seule, durant son exil. Privée de son Bankai, elle avait alors terriblement besoin d'une arme. Elle en avait donc créé une.
La Matérialisation Offensive.
Lorsqu'on obtient la soumission de son Zanpakutô, lors du Bankai, l'âme du sabre peut alors se matérialiser dans le même monde que son Shinigami. Avec le Sceau, Akane avait toujours la soumission de son Zanpakutô, mais pas son pouvoir : Tsuki No Ibuki pouvait donc apparaitre à ses côtés, mais Akane ne pouvait pas passer en Bankai.
Du coup, Akane s'était entraînée à combattre en duo avec la forme matérialisée de Tsuki No Ibuki.
C'était ça, la Matérialisation Offensive. Se servir de son Zanpakutô comme d'un coéquipier, non comme d'une arme. Seul bémol : quand elle utilisait la Matérialisation Offensive, Akane ne pouvait pas passer en Shikai, et devait utiliser son katana sous sa force scellée.
Tant pis, elle s'en foutait. Il fallait qu'elle utilise la Matérialisation Offensive maintenant. Avant d'être totalement charcutée par des fleurs.
Elle passa la main le long de sa lame, chuchotant trop bas pour que Byakuya l'entende :
- Akasu.
Son Zanpakutô se mit à étinceler. La lame entière était illuminée. Et soudain, la lumière quitta l'arme, se condensant à côté de la Shinigami en un nuage brillant d'une douce lueur nacrée. Nuage qui peu à peu se modela, prit forme, grandit, se para d'ombres et de nuances…
Quelques instants plus tard, Tsuki No Ibuki se trouvait aux côtés de sa maîtresse.
La forme matérialisée de Tsuki No Ibuki était celle d'une tigresse blanche d'une taille impressionnante. Pourtant, elle était d'une stature plus fine que celle d'un tigre classique : son corps élancé tenait un peu du guépard. Deux ailes de plumes immaculées étaient repliées sur son dos. Son pelage, argenté et étincelant, était zébré d'élégantes rayures d'un noir presque bleu. Noire également était la marque en forme de croissant de lune, entre les deux yeux couleur saphir de la tigresse.
Magnifique. Tsuki No Ibuki était tout simplement magnifique. Les rares à l'avoir vue l'avait tous dit ou pensé. L'âme de ce Zanpakutô, l'âme de cette Shinigami, était d'une beauté pure et noble, douce et élégante, racée et imposante.
A l'origine, du moins.
Car à présent, seule l'apparence de Tsuki No Ibuki conservait le souvenir de cette pureté. Cela faisait bien longtemps, maintenant, que l'âme d'Akane était souillée par le crime et la haine.
Byakuya sembla déstabilisé, un tout petit peu. Si Akane ne le connaissait pas, elle n'y aurait vu que du feu. Mais déjà le Capitaine se ressaisissait, tendait la main pour que son Bankai se précipite vers Akane…
Maintenant !
Tsuki No Ibuki fila à gauche, Akane partit à droite. Zigzagant à toute vitesse, si rapide qu'elles parvenaient tous les deux à échapper aux millions de lames, la tigresse et la Shinigami savaient toujours où se trouvait l'autre, et en profitaient pour intervertir leurs positions, se servir de l'autre pour échapper à une vague de lames tourbillonnantes, désorienter Byakuya qui ne savait plus où donner de la tête.
Jusqu'à ce que…
Grimmjow, Zanpakutô en main, apparu au bord d'un toit.
Byakuya leva la tête vers lui. Un nuage rose se précipita vers l'Arrancar… Et Akane vit enfin l'ouverture qu'elle attendait.
Elle se jeta en avant, achevant son saut par une glissade incontrôlée à plat ventre dans la poussière, tendit le bras, et…
- Bakudō no sanjū : Shitotsu sansen !
C'était le Bakudō préféré d'Akane. Efficace, précis et rapide. « La 30° technique d'immobilisation : le triple coup de bec étincelant ». Ce Bakudō se lançait à la manière d'un javelot, et épinglait la cible au premier obstacle venu, l'immobilisant par trois pieux de lumière placés en triangle équilatéral.
Byakuya, très surpris, se retrouva donc immobilisé contre un mur, tandis que son Bankai se pétrifiait en plein mouvement. La puissance d'Akane devait être impressionnante pour réussir à figer un Bankai avec un Bakudō.
- Yo, lâcha Grimmjow en rejoignant la renégate, mains dans les poches et air flegmatique en prime. T'as pas besoin d'aide à ce que je vois.
Akane fit signe que non, et lança deux ou trois sorts de Kidô complémentaires pour solidifier son Bakudō. A présent, elle était sûre que son sort d'entrave tiendrait le Capitaine captif pendant au moins le reste de la journée, Bankai ou pas Bankai.
Elle aurait pu le tuer. Elle aurait même dû le faire. Si ça avait été un autre Capitaine, elle lui aurait tranché la gorge sans hésiter. Mais c'était un Kuchiki : et jamais Akane n'oublierait la dette qu'elle avait envers Ginrei Kuchiki.
Pour cette fois, alors, elle allait se montrer magnanime.
- Qu'es-tu venu faire ici ? lâcha soudain Byakuya d'un ton glacé.
Il s'adressait à Akane, et seulement à elle. Être ignoré de la sorte hérissa Grimmjow et il lui aurait volontiers mis un pain, à ce connard arrogant, mais Akane l'en empêcha en lâchant un petit rire moqueur :
- Régler une dette d'honneur, Byakuya-kun. Ça devrait être à la portée de ta compréhension.
L'intonation sarcastique, moqueuse, et surtout l'expression presque insultante de la Shinigami, eurent un effet dévastateur. Byakuya se raidit de manière insensible, ses sourcils se foncèrent légèrement, son visage demeura impavide… Mais si un regard pouvait tuer, Akane serait déjà en train de se vider de son sang.
Joli coup, un point pour la renégate.
Grimmjow se détourna du Kuchiki tout en rengainant son Zanpakutô, et remit ses mains dans ses poches avec flegme.
- Tu l'bute pas ?
- Non.
- Tu fais chier. On aurait moins d'emmerdes si on les dégommait tous.
- J'ai pas demandé ton avis, Jaggerjack.
Ils se toisèrent sans aménité quelques secondes, chacun tentant de faire plier l'autre par la seule force de son regard. Match nul. Akane reporta son regard sur Byakuya… Et se tendit. Le regard du Capitaine était scrutateur, froid et attentif.
Il avait cessé de la toiser avec mépris : il essayait de l'identifier.
- Qui es-tu ?
Le ton sec et glacé n'avait pas changé, en revanche. Akane serra les mâchoires, et lança son dernier Bakudō sur lui : un camouflage sensoriel qui dissimulerait son reiatsu et même sa présence, en incurvant la lumière autour de lui. Comme ça, personne ne viendrait le délivrer avant un bon moment.
- Bakudō no nijū roku : Kyokko.
La présence de Byakuya s'effaça immédiatement. Il disparu à leur vue. Grimmjow émit un méchant ricanement moqueur :
- Ça, c'était un vent…
- La ferme, Grimm.
Elle disparu en Shunpo. Grimmjow poussa un soupir excédé en se voyant ignoré de la sorte, la traita à voix basse de « putain de Shinigami casse-couilles à la con », et la rattrapa en Sonido.
Immobilisé, dissimulé et complètement scotché, Byakuya les regarda disparaitre sans en croire ses yeux.
…
Grimmjow et Akane furent arrêtés moins d'un kilomètre plus loin… Par la Capitaine de la Deuxième Division et son Lieutenant. Soi Fong et Omaeda.
Akane poussa un profond soupir.
Cette fin-là était-elle donc inévitable ?
- Grimm, écrase le gros lard et continue à tracer vers l'objectif. Je me charge de Soi Fong.
Grimmjow détailla la silhouette de la petite Capitaine, puis haussa les épaules. « Plate comme une planche à repasser et raide comme si elle s'était assise sur un manche à balai. » Loin, très loin des courbes alléchantes de la vraie Akane.
- Comme tu veux. Allez gros tas, bouge ton cul.
Omaeda, indigné par le surnom, lui fonça dessus, et le combat –ou plutôt le passage à tabac– s'engagea en moins d'une seconde.
Akane et Soi Fong se faisaient toujours face.
Finalement, ce fut la Capitaine de la Deuxième Division qui s'avança d'un pas, ôtant son haori d'un geste sec. Elle dégaina ensuite son Zanpakutô, lentement, tandis que le visage d'Akane s'assombrissait.
- Quand le chef des Services de Renseignement dégaine son katana, cela signifie qu'une exécution est imminente… Hein ?
- Tu as bonne mémoire, Akane.
- Tu sais qui je suis.
- Ton regard n'a pas changé. Toujours aussi insolent.
Lentement, Akane dégaina son propre sabre. Soi Fong passa en Shikai, Akane également. Elles se défiaient du regard. Elles ne s'étaient jamais vraiment appréciées, mais elles avaient été formées par le même mentor. Elles se connaissaient.
Si elle avait eu le choix, Akane n'aurait pas voulu se battre contre elle.
- Qu'es-tu venue cherche ici, Akane ? Tes meurtres ont suffisamment souillé ton nom.
- Le sang n'a pas assez coulé. Je n'ai pas accompli ma vengeance.
Soi Fong inspira à fond, et son Shunko parcouru son corps, entourant sa silhouette d'une lumière argentée et agressive.
- Je ne te laisserai pas passer.
A son tour, Akane activa le Shunko. Yoruichi l'avait bien formée. La même lumière illumina son corps, tout aussi brillante, tout aussi crépitante d'énergie.
Leurs regards se croisèrent…
- Je sais.
… Et elles bondirent.
Grimmjow, qui avait rétamé Omaeda depuis un bon moment, eu l'impression fugitive de voir Akane et Yoruichi, et non Soi Fong et Akane. Même mouvements, même tactiques, même violence dans les coups, même souplesse dans les gestes. Elles se battaient comme deux chats sauvages qui s'écharpent furieusement, et pourtant… Cette maîtrise, cette économie de geste, cette grâce de danseuse en esquivant une frappe pourtant parfaitement ajustée…
Ce combat risquait de durer longtemps. Elles ne donnaient pas leur pleine mesure, ni l'une ni l'autre, voulant sans doute réserver leur puissance pour plus tard. Et leur synchronisation presque trop parfaite prouvait qu'elles connaissaient toutes les attaques de l'adversaire. Normal, pour d'anciennes coéquipières.
Grimmjow releva la tête comme un fauve qui sent sa proie. Un reiatsu familier se rapprochait. Il jeta un regard à sa droite juste au moment où Hallibel, toujours en Resurrección, apparaissait à côté de lui.
Les vêtements –minimalistes– blancs de la jeune femme étaient poussiéreux, mais aucunes traces de sang. Grimmjow retint un grognement mécontent. Lui, il avait morflé face à Renji.
- Grimmjow.
- Qu'est-que tu veux toi ?
La Tercera ne se formalisa pas du ton agressif employé par l'autre Espada. A force, elle avait l'habitude. Elle se contenta d'indiquer une direction d'un geste du menton :
- Stark a attiré presque tous les Shinigami. Vas vérifier s'il s'en sort.
- Pourquoi moi ? râla l'Arrancar aux cheveux bleus, qui ne lâchait pas le combat du regard.
- Parce que si tu reste là, tu va passer plus de temps à mater Akane qu'à combattre.
Là, le Sexta eut comme un blanc. Hallibel avait trouvé le nerf sensible qu'il ne fallait pas toucher. Sauf qu'elle, elle l'avait écrasé avec un marteau-piqueur, le nerf sensible. Grimmjow avait à peu près la même tête que s'il s'était prit sur le crâne un piano tombé du ciel.
- … Hein ?
- Stark est vers le Nord, ajouta Hallibel avec une intonation légèrement moqueuse.
Et elle le planta là, s'avançant vers Akane et Soi Fong avec flegme, pendant que Grimmjow digérait lentement le fait d'avoir été capté et complètement humilié par la perspicacité d'une gonzesse en minijupe. Ça passait mal.
Du coup, il alla voir comment s'en tirait Stark, histoire de fuir la Tercera trop observatrice.
Jaillissant de l'immense épée d'Hallibel, une trombe d'eau s'écrasa sur Soi Fong, éjectant la petite Capitaine du combat avec la violence d'une locomotive lancée à pleine vitesse.
Heureusement qu'Hallibel savait viser, parce qu'Akane avait bien faillit être touchée elle aussi…
oOoOoOo
Hitsugaya Toshiro, Capitaine de la Dixième Division, était inquiet. Tous les Capitaines se faisaient battre, on signalait la présence d'Espada en plein cœur du Seireitei, Ukitake était porté disparu, Kuchiki Byakuya aussi, sans compter les quatre Lieutenants manquants… Oui, il était inquiet, et il avait de bonnes raisons de l'être.
Il avait sentit un reiatsu puissant quelques minutes plus tôt, et se dirigeait vers le combat en Shunpo. Il avait cru reconnaitre la force spirituelle de la Tercera, qu'il avait battue dans le monde réel… Et celui qui se battait contre elle, c'était sans doute Soi Fong. Il devait…
- Tiens, un nabot albinos.
Pardon ?!
Hitsugaya s'arrêta net, stupéfait et outré, et pivota d'un bond vers la voix.
Une jeune fille d'environ dix-huit ans, aux cheveux noirs courts et aux yeux bleu-gris méprisant, le toisait avec hargne. Elle portait des vêtements blancs comme ceux des Espada, et était légèrement blessée. Ses vêtements, qui découvraient son dos, laissaient apercevoir un des papillons de Soi Fong sur son épaule.
Le regard d'Akane se chargea de colère lorsqu'elle fixa le haori blanc d'Hitsugaya.
- J'arrive pas à croire qu'un nain de jardin ait eu ce poste… Qui c'est qui t'as pistonné, le mioche ?
Le reiatsu d'Hitsugaya flamba de colère. Un éclair de sombre satisfaction passa dans le regard de son adversaire quand elle vit que le petit Capitaine se retenait pour ne pas lui sauter dessus.
- Alors, demi-portion, t'as peur ?
Toshiro avait pour intention de l'interroger et de faire la sourde oreille à ses insultes. Mais ça allait s'avérer plus compliqué que prévu. Les mains crispées sur le manche de son katana, il articula entre ses dents serrées :
- Qui es-tu ?
Posant flegmatiquement son Zanpakutô sur son épaule, Akane s'approcha d'une démarche souple qui ressemblait diablement à celle d'un prédateur s'avançant vers sa proie. Apparemment, ses blessures ne la handicapaient pas.
- Akane. Et toi, nabot ?
Hitsugaya, malgré une veine battant à la tempe, refusa de répondre à la provocation :
- Ça ne répond pas à ma question. Pourquoi attaques-tu le Seireitei ?
- Parce que ces misérables clampins sont sur mon chemin. Bah, en fait, tu n'as pas besoin de te présenter, je sais qui tu es. Toshiro Hitsugaya, le Capitaine de la Dixième Division… Le mec qui s'est cru tellement malin qu'il a essayé de tuer Sôsuke et qu'il est tombé à pieds joint dans son piège.
Le petit Capitaine faillit en lâcher son Zanpakutô.
- Sô-Sôsuke ?!
- Oh, fais pas comme si t'avais pas comprit, rase-moquette. Sôsuke Aizen. Dis-moi, t'as pas trop culpabilisé de tuer ta copine à la place ?
- LA FERME !
- Ah, si, en fait.
Hitsugaya, fou de rage, serra si fort son katana que ses jointures blanchirent. Puis le peu de contrôle qu'il exerçait encore sur lui vola en éclat avec la dernière provocation d'Akane.
- Tu as vraiment du te sentir minable de ne pas l'avoir protégée…
- BANKAI !
Son reiatsu explosa, littéralement, et Akane bondit en arrière avec un rictus satisfait. En le voyant flamber de colère, elle avait l'impression d'être soulagée. Comme si elle lui transmettait sa propre frustration, qu'elle se déchargeait de sa rage sur lui.
Seiran Kyoren paierait pour sa traîtrise et la mort de Sachiko, mais Toshiro Hitsugaya, lui, paierait pour toute l'injustice de la Soul Society.
Toute cette injustice… Son honneur traîné dans la boue, cette condamnation qu'elle n'avait pas mérité… Et plus que tout, pour la perte de son rang de Capitaine, ce rang qu'elle avait tant de mal à posséder.
Hitsugaya apparu au milieu d'un nuage de poussière et de vapeur glacée. Ses ailes de glaces largement déployées, il pointa son katana vers Akane.
- Daiguren Hyōrinmaru.
Son Bankai était impressionnant. Mais ce gosse ne tiendrait pas deux minutes contre elle, même en simple Shikai, si elle révélait son vrai niveau.
Akane jeta un regard au soleil, estima l'heure, et décida que l'invasion avait commencé depuis suffisamment longtemps pour que briser sa couverture ne soit plus un problème. Ils étaient assez proches du manoir Kyoren pour qu'elle se le permette.
Elle posa la main sur la clef de fer qu'elle portait en pendentif.
- Sceau de l'Illusion Taboue. Clef Blanche. Libération.
…
Lorsqu'il perçut le reiatsu d'Akane, Kyoren leva brusquement la tête. Son bras gauche, qui s'arrêtait au poignet, se contracta nerveusement. Le mauvais pressentiment qui l'agitait depuis le début de la journée se voyait enfin confirmé.
Elle était de retour.
La source de toute sa haine. Cette créature, cette Fubuki. Shinigami au sang de Hollow. Une monstruosité. Ainsi, elle n'était pas morte, elle revenait défier l'ordre des choses… Soit.
Cette fois, il veillerait à la tuer.
A suivre...
Akasu veut dire « révèle ton secret ».
Merci à tous ceux qui m'ont laissé des review. Certes, l'auteur écrit toujours pour le plaisir, mais ça fait du bien de savoir que nos écrits sont aimés ^^ Alors, voilà, merci à tous !
