Plus de huit mois. Cela faisait exactement huit mois, quatorze jours, dix heures et vingt-deux minutes que le procès était terminé. Hermione était à bout de force, aussi bien moralement que physiquement.
Chaque seconde passée loin de Harry était comme un nouveau poignard dans son cœur. Chaque minute passée sans le voir la tuait un peu plus.
C'était la fin de l'année scolaire et les examens approchaient à grand pas, mais pour la première fois de sa vie, Hermione ne s'en souciait aucunement. Son esprit était entièrement dirigé vers Azkaban et Harry, comme il l'avait été en permanence toute l'année.
Cette année avait été la pire année de sa vie. Jamais avant cela, elle ne s'était sentie aussi seule. Heureusement, Tonks avait été là pour l'aider moralement surtout.
Depuis le procès, Hermione et elle étaient devenues très proche et la jeune Auror était devenue sa confidente. Et elle remplissait parfaitement son rôle. Elle était là quand Hermione avait besoin de son soutien, quand Hermione commençait à trop accuser le coup.
Elle était aussi là pendant leurs missions pour l'Ordre et surtout pour Harry. Elle s'était révélée comme un très bon duelliste et un stratège hors normes. Dans d'autres conditions, Hermione aurait adoré profiter de son expérience et apprendre le plus possible avec elle.
Mais elle commençait à déprimer. Depuis tout ce temps, elles étaient parties en mission tous les week-end et pendant toutes les vacances scolaires, mais elles n'avaient trouvé aucune preuve susceptible d'innocenter Harry, même si elle était devenue les meilleures chasseuses de Mangemorts de l'Ordre et sûrement de tout le pays.
Seules leur volonté et
leur fidélité envers Harry leur permettaient de continuer.
Souvent, Hermione se retrouvait seule dans sa chambre ou dans le
bureau de Tonks, et elle pleurait.
Elle pleurait pour l'injustice de la vie, elle pleurait parce qu'Harry lui manquait, elle pleurait parce qu'elle avait peur qu'il ne désespère ou qu'il ne devienne fou à Azkaban.
Même si Tonks faisait de son mieux pour la consoler et la motiver, Hermione ne pouvait s'empêcher de s'en vouloir de prendre autant de temps, alors que Harry était en train de mourir à petit feu.
Durant toute l'année scolaire, elle s'était isolée et éloignée de tout le monde mis à part Tonks. Une rancœur immense pour tout le monde avait grandi peu à peu dans son cœur pour tout ce qu'il faisait subir au garçon qu'elle aimait.
Cette trahison, avait mis fin à son rêve. Durant tout l'été précédent, elle avait attendu le bon moment pour avouer ses sentiments à Harry. Elle avait tant voulu alléger sa douleur…
Mais cette période était révolue à cause de leur stupidité. Maintenant, tout ce qu'elle espérait, c'était mettre fin au cauchemar de Harry le plus vite possible et de l'aider à revenir à la vie en espérant qu'il ne serait pas trop traumatisé et aigri pour guérir.
Elle craignait plus que tout de ne plus jamais le voir sourire. Elle avait peur qu'Azkaban ne lui enlève son envie de vivre.
Pourtant, son rêve et ses peurs lui importaient peu. Seul le bien être de Harry comptait pour elle. Et c'était pour cela qu'elle leur en voulait le plus. Ils avaient tous trahi Harry, brisant sa vie en même temps que sa liberté.
Elle avait de plus en plus de mal à agir normalement en classe, entourée de tous ces traîtres pour qui elle ne ressentait que du mépris et de la haine. Tous la croyaient triste pour la mort de ses parents et insultaient les Mangemorts et Harry devant elle à chaque fois qu'ils le pouvaient pour lui remonter le moral et lui témoigner leur soutien, sans se douter qu'Hermione faisait de gros efforts pour ne pas leur jeter des sorts.
Même les professeurs semblaient croire qu'ils comprenaient ce qu'elle ressentait et faisaient tout pour la distraire, alors qu'elle réfléchissait tout le temps à de nouvelles stratégies pour ses missions.
Elle avait tout de même réussi à conserver ses excellentes notes. Elle ne savait pas pourquoi cela était si important, mais une partie d'elle-même espérait qu'Harry serait fier d'elle quand il l'apprendrait. Et tout ce que pensait ou pourrait penser Harry était vital pour elle.
Elle s'était rendue compte cette année que la vie ne valait pas le coup d'être vécue sans Harry.
Sans lui à ses côtés, ce n'était plus qu'un enchaînement d'actions et d'événements sans aucune importance ni saveur. Elle s'était aperçue que plus que jamais, elle ne vivait que pour lui. L'idée qu'elle avait une chance de ne plus jamais le revoir lui serrait le cœur à chaque fois qu'elle y pensait et elle était certaine de ne pas pouvoir survivre si c'était le cas.
Elle avait voulu essayer d'aller le voir en cachette, mais Tonks lui avait affirmé que seuls les prisonniers et les membres du Ministère avaient le droit de rentrer à Azkaban, et l'en avait dissuadée après de longues heures de discussion et de pleurs.
La jeune Auror était quand à elle autorisée à se rendre à Azkaban, mais Harry lui avait conseillé lors de sa première visite de ne pas trop venir le voir pour ne pas éveiller les soupçons.
Tonks lui avait pourtant
rendu visite quelques fois dans l'année pour lui rendre compte de
l'avancée de l'enquête et le réconforter un peu dans sa
solitude.
A chaque fois, Hermione avait attendu son retour avec
impatience dans son bureau, priant pour qu'elle ramène de bonnes
nouvelles.
A chaque fois, Tonks était revenue dans un état proche des larmes. Elle avait toujours affirmé pourtant que Harry allait très bien mentalement et mieux que l'on aurait pu le croire physiquement. Mais Hermione la suspectait de dire cela pour la rassurer.
Elle avait avoué à Tonks ses sentiments pour Harry au début de l'année et la jeune Auror l'avait toujours soutenue et réconfortée…
Hermione s'était
raccrochée au mince espoir que ramenait Tonks de chaque visite.
Elle se souvenait des descriptions de Sirius concernant son
séjour de douze ans à Azkaban.
Il avait dit que seule la pensée qu'il était innocent l'avait protégé de la folie et du désespoir. Elle savait que Harry s'en souvenait et ferait les efforts nécessaires pour tenir et pour être digne de son parrain.
Mais toutes ces
considérations ne l'aidaient pas beaucoup ce soir là.
La
journée avait été un abominable lundi suivant un week-end vierge
de toute capture de Mangemort et durant lequel Rogue l'avait
humiliée devant toute la classe et elle avait subi les moqueries des
Serpentard durant toute la matinée.
Elle avait tenu bon jusqu'à
ce que Ron la rejoigne à table en amenant avec lui un exemplaire de
la Gazette du Sorcier. L'article qui faisait la une était une
annonce à la population affirmant que des Mangemorts avaient avoué
avoir suivi les initiatives Harry plutôt que Voldemort lors de
l'attaque du Chemin de Traverse.
Elle avait quitté le
repas avant même de finir l'article et s'était réfugiée dans
la salle de bain des préfets, chassant Mimi Geignarde dans sa
colère.
Elle avait manqué les cours de l'après-midi et avait
pleuré. Cela lui avait tristement rappelé le jour de Halloween de
sa première année. La seule différence, c'était que Harry
n'était plus là pour la sauver.
Au contraire, c'était plutôt à elle de le faire.
Elle devait trouver un moyen immédiat de l'aider. Cet article avait rallumé la flamme de la détermination dans son cœur. Elle pouvait parfaitement laisser la chasse au Mangemorts et la recherche de preuves à Tonks. Elle n'était de toute façon pas très utile pendant les missions, même si Tonks avait toujours affirmé le contraire.
Hermione devait aider Harry de la manière dont elle l'avait toujours fait. Elle savait ce qui était bon pour lui, et elle était prête à tout pour le réaliser.
L'eau était depuis longtemps froide quand Hermione rouvrit les yeux, et se leva. Mais elle ne s'en rendit même pas compte. Elle se rhabilla à toute vitesse, habitée par une nouvelle énergie, et sortit en trombe de la salle de bain, se dirigeant vers les dortoirs.
Son plan était prêt dans sa tête et elle voulait l'exécuter au plus vite. Elle sentait la joie revenir en elle, malgré la situation. Elle traversa la salle commune en trombe après avoir crié le mot de passe à la grosse dame. Les élèves la regardèrent monter en courant vers son dortoir, les yeux ronds avec la surprise. Elle ouvrit la porte avec violence, faisant sursauter Parvati et Lavande qui la regardèrent d'un air outré.
-Hermione ! Tu pourrais être un peu plus silencieuse quand tu rentres ici ! s'exclama Parvati.
Hermione marmonna une vague excuse en fourrant sa tête dans sa valise à la recherche de la cape d'invisibilité et de la Carte du Maraudeur.
-Où étais-tu cette après-midi ? demanda Lavande. On ne t'a pas vue en classe. Mac Gonnagall avait l'air inquiète.
-J'étais dans la salle de bain des préfets, répondit Hermione d'un air absents en mettant enfin la main sur les deux objets.
-Toute l'après-midi ? s'exclama Parvati d'un air incrédule.
Mais Hermione sortit de la chambre sans répondre. La dernière chose dont elle avait besoin en ce moment, c'était une discussion avec les deux plus grandes concierges que Poudlard ait connues.
Elle sortit à toute vitesse de la tour Griffondor et courut à travers les couloirs vers le bureau de Tonks. Elle fut cependant stoppée en plein élan par une voix qui criait son nom.
Elle soupira. Finalement elle s'était trompée. La dernière chose qu'elle voulait n'était pas une discussion avec Parvati et Lavande, mais avec Ron.
Elle s'arrêta et se retourna vers le rouquin qui courrait vers elle.
-Hermione ! Où étais-tu toute l'après-midi ? Cela fait une heure que je te cherche, dit ce dernier à bout de souffle.
Hermione le regarda de travers. Il ne comprendrait donc jamais rien. Elle pensait pourtant avoir été assez expressive dans sa réaction pendant le déjeuner.
Elle réfléchit quelques secondes avant de répondre. Finalement, avec ce qu'elle s'apprêtait à faire, elle n'avait plus besoin de sa couverture. Elle pouvait enfin tout avouer et dire à Ron ce qu'elle pensait de lui. Cet abruti, depuis le départ de Harry, s'était cru le roi des Griffondor. Il pavanait dans la salle commune à la manière de Malefoy, sous prétexte qu'il était le meilleur en Défense contre les Forces du Mal (ce qui était faux) et qu'il faisait partie de l'Ordre.
Hermione en avait assez et voulait le refroidir un peu avant de partir.
-J'étais en train de pleurer dans la salle de bain des préfets, répondit-elle avec mépris.
-Quoi ? s'étonna Ron. Mais pourquoi ?
-Tu ne comprends pas ? demanda Hermione hallucinée par sa bêtise. Ce que tu peux être bête !
Ron avait l'air encore plus abasourdi que d'habitude. Il regardait Hermione comme si elle était devenue folle.
Hermione commençait à perdre patience. Il lui faisait perdre un temps précieux.
-C'est pourtant évident ! reprit-elle. Je pleurais parce que l'article que tu m'a montré racontait encore des choses fausses sur Harry et que j'en ai marre que l'on s'en prenne à lui pour assouvir sa frustration de ne pas pouvoir capturer les vrais Mangemorts.
-Qu'est-ce que tu racontes ? cria Ron en rougissant. Potter EST un vrai Mangemort et il mérite tout ce qui est dit sur lui dans la presse.
Hermione commençait à fulminer. Voilà le genre de discours auquel elle avait eu droit tout le long de l'année et qui l'horripilait au plus haut point.
-Tais-toi ! cria-t-elle. Tu ne sais même pas de quoi tu parles. Harry est le plus formidable sorcier que j'ai jamais rencontré. Il vaut dix fois mieux que toi avec ton arrogance. Et pourtant, il est dix fois plus humble. Tu n'es qu'un enfant gâté et capricieux, toujours appuyé par ta maman et ton papa. Harry sait ce que c'est que vivre par lui-même et de…
Elle fut stoppée par une gifle qui la projeta à terre. Elle sentit le goût du sang dans sa bouche et se releva les larmes aux yeux avec la douleur.
-Ne complimente plus jamais ce traître devant moi ! cracha Ron. Tu aimes donc ce bâtard ! J'aurais dû le savoir ! Tu n'es qu'une traîtresse toi aussi. S'il se tenait devant moi en ce moment, je lui montrerais comment on traite les enfoirés de son espèce. Je le ferais ramper et supplier devant moi comme un ver de terre, comme au ministère. Je le ferais pleurer et appeler sa mère pour venger Ginny. Je…
Cette fois c'était Hermione qui en avait eu assez. Elle avait sorti sa baguette et dirigée entre les deux yeux de Ron.
-Stop, dit-elle en chuchotant presque et en tremblant de rage. Si tu redis quelque chose de ce genre devant moi sur Harry, je te jetterai un sort tellement puissant que tu ne t'en remettras pas. Oui j'aime Harry et je l'aime de tout mon cœur. Je suis fière de l'avouer car je ne connais pas de sorcier plus merveilleux que lui. Si tu savais comme je te déteste de l'avoir trahi comme tu l'as fait. Mais je te hais encore bien plus de l'avoir frappé au Ministère. Tu as été tellement lâche que tu as failli tuer un homme désarmé. Tu devrais avoir honte Ron. Le jour où il sera innocenté, tu couleras sous la culpabilité et j'espère que Harry ne pardonnera pas. Moi je ne te le pardonnerai jamais. Tu lui as fait trop de mal pour mériter d'avoir des amis. Maintenant, sors de ma vue et cours vite sans te retourner si tu ne veux pas finir en furet comme Malefoy.
Son regard était tellement enragé que Ron prit peur et déguerpit. Hermione soupira et quelques larmes coulèrent sur sa joue. La gifle avait été très violente et le sang coulait abondamment dans sa bouche. Mais elle pleurait plus de rage que de douleur.
Encore une fois, elle avait dû assister à une condamnation violente de Harry. Heureusement, cette fois-ci, elle avait pu répondre et dire haut et fort ce qu'elle pensait.
Elle se rappela ce qui l'avait menée dans les couloirs à cette heure-ci et elle reprit sa course folle vers le Bureau du Professeur contre les Forces du Mal, son plan occupant à nouveau toutes ses pensées.
Elle entra en trombe dans le bureau de Tonks, causant un petit cri de la part de la jeune Auror.
-Hermione ! Qu'est-ce que tu fais là ? Je t'ai cherchée toute l'après-midi ! s'exclama-t-elle.
-Désolée, répondit Hermione en fermant la porte derrière elle.
-Tout va bien ? lui demanda Tonks en lui faisant signe de s'asseoir.
-Pas vraiment, reprit Hermione. Est-ce que tu as lu la Gazette du Sorcier aujourd'hui ?
Tonks approuva d'un signe de tête et un éclair de compréhension passa dans ses yeux.
-Oh…Hermione, tu aurais dû venir ici…dit-elle d'une voix douce.
-Non, j'avais besoin de réfléchir un peu toute seule, répliqua Hermione avec un sourire.
Tonks ne répondit pas et l'observa attentivement. Hermione savait qu'elle s'attendait à quelque chose de sa part, mais elle était sûre que la jeune Auror ne se doutait pas le moins du monde de ce qu'elle allait lui annoncer.
Mais elle fut coupée avant d'expliquer quoi que ce soit par une petite exclamation de Tonks.
-Hermione ! Qu'est-ce que tu as sur ta joue ? Tu es toute rouge et on dirait qu'elle est enflée.
-J'imagine que ce sont les effets de la gifle de Ron, répondit sombrement Hermione.
-Quoi ? s'écria Tonks. Qu'est-ce qu'il s'est passé ?
Hermione lui raconta sa petite altercation avec le rouquin. A la fin de l'histoire, Tonks avait l'air sidérée.
-Comment as-t-il pu…comment as-t-il osé ? répétait-elle sans cesse. Je vais lui mettre le plus gros nombre d'heures de retenues que Poudlard ait jamais connu.
-Non Tonks, tu ne dois pas te découvrir en me défendant, dit Hermione en essayant de la calmer.
-Tu n'es pas très bien placée pour me dire cela ! s'exclama Tonks avec colère. Qu'est-ce qu'il t'a pris de tout lui dire ? Tu vas être expulsée de l'Ordre maintenant. Tu peux m'expliquer comment nous allons faire ?
Elle avait l'air vraiment furieuse. Mais Hermione ne s'inquiétait pas du tout. Au contraire, cela lui permettait de faire accepter son plan à Tonks.
-Disons que je n'avais plus besoin de garder mon secret quand je lui ai dit, expliqua-t-elle.
-Et qu'est-ce que c'est supposé vouloir dire ? demanda Tonks. Tu as décidé d'abandonner les recherches ? Tu veux laisser tomber Harry ?
Ce fut au tour de Hermione de se mettre en colère. Tonks avait des raisons d'être en colère contre elle, mais elle n'avait aucun droit de lui dire cela.
-Jamais ! s'exclama-t-elle avec force. Et tu le sais très bien !
Tonks parut s'en vouloir de s'être laissée emportée.
-Désolée Hermione, dit-elle. Je n'avais pas à te dire cela. Mais je ne comprends pas pourquoi tu as décidé de ruiner ta couverture.
Hermione lui fit un petit sourire pour accepter ses excuses et soupira un bon coup avant de parler.
-Tonks, je veux aller à Azkaban.
Un silence s'installa. Tonks regardait Hermione avec des yeux grands ouverts, comme si elle n'avait pas compris ce que la jeune fille venait de dire.
-Qu…quoi ? finit-elle par balbutier. Mais je t'ai déjà dit que seuls les Aurors sont autorisés à l'intérieur.
-Tu as très bien compris ce que je voulais dire, reprit Hermione en sachant que Tonks essayait seulement de gagner du temps. Je veux aller à Azkaban en tant que prisonnière et j'ai besoin de toi.
Tonks resta silencieuse, les yeux toujours aussi gros que des balles de golf. Elle regardait Hermione comme si c'était une extra-terrestre.
Et elle avait de quoi, Hermione en avait conscience. Jamais dans l'histoire on n'avait entendu parler de quelqu'un qui voulait être enfermé volontairement dans L'Enfer sur Terre.
Oui mais voilà, l'amour que Hermione éprouvait pour Harry dépassait toute frontière et personne à part elle-même ne pouvait connaître son intensité, même si elle espérait que Harry le sache un jour.
Elle voulait le rejoindre dans sa prison pour le soutenir et lui amener un peu de joie et de réconfort. Elle n'avait pas eu à réfléchir bien longtemps pour parvenir à cette décision. Elle préférait être avec Harry à Azkaban plutôt que vivre sa liberté dérisoire sans lui.
Elle était décidée à tout faire pour rentrer à Azkaban, même si elle était innocente, elle trouverait un moyen d'être envoyée à la prison.
-J'ai besoin de toi, Tonks, reprit-elle après un petit moment. Je veux rentrer à Azkaban, mais je veux être admise dans la cellule de Harry…
Tonks sembla reprendre ses esprits.
-Mais Hermione tu ne te rends pas compte de ce que tu dis…dit-elle. Azkaban est le pire endroit sur terre. Tous tes mauvais souvenirs te reviendront en tête avec ce nouveau sortilège qu'ils ont testé sur Harry. Et je ne suis même pas sûre que les prisonniers soient autorisés à rester à deux dans une cellule, encore moins Harry. Réfléchis, Hermione, il ne voudrait pas que tu viennes gâcher ta jeunesse avec lui dans ce trou.
Tonks avait l'air désespérée. Elle savait sûrement au fond d'elle que Hermione ne changerait pas d'avis. Mais l'argument de ce que voulait Harry était sa dernière arme. Hermione attachait une importance vitale à l'avis de Harry.
-Bien sûr que si je sais de quoi je parle, répliqua Hermione, les larmes aux yeux. Je sais que je revivrai les moments les plus difficiles de ma vie, mais cela m'est égal si je les passe avec Harry. Tu ne comprends pas Tonks ? Je suis en train de vivre les pires moments de ma vie quand je suis si loin de lui. Je l'aime tellement et il est si seul dans cet enfer. Je dois faire plus pour lui que ce que je fais actuellement. Je sais qu'il m'interdirait de venir s'il savait, mais il ne sait pas ce qui est mieux pour lui. Il n'a jamais cessé de se sacrifier pour les autres, c'est le moment où je dois lui renvoyer la balle. J'irai à Azkaban, ne serait-ce que pour lui tenir compagnie.
Elle s'écroula sur sa chaise en pleurs. Au bout de quelques secondes, elle sentit une main sur son épaule et en relevant la tête, elle vit le visage de Tonks qui la regardait en pleurant aussi.
-Je t'aiderai Hermione, assura-t-elle. Je t'aiderais autant que je le peux. Et ne t'en fais pas pour la chasse aux Mangemorts, je m'en chargerai et je trouverai ces preuves.
-Merci Tonks, répondit Hermione en séchant ses larmes. Je savais que je pouvais compter sur toi.
-Tu as un plan en tête ? demanda la jeune Auror.
-Oui, reprit Hermione avec un petit sourire malicieux.
Une demi-heure plus tard, Hermione rentrait dans la cheminée du bureau et crait :
-Ministère de la Magie.
Elle se retrouva sur le sol après un voyage mouvementé. Tonks l'aida à se relever.
-Tu es sûre que tu veux faire cela ? demanda-t-elle une dernière fois.
Hermione approuva d'un signe de tête et commença à marcher vers les ascenseurs. Le Ministère était presque désert à cette heure, mais Tonks avait assuré à Hermione que le Ministre travaillait tard.
Elles arrivèrent bientôt à l'étage auquel se trouvait le bureau de Fudge. Ici elles se séparèrent et Hermione prit les devant. Arrivée devant la porte du bureau, elle sortit sa baguette et ouvrit la porte dans une gigantesque explosion.
Tonks avait eu raison, Fudge avait été à son bureau avant l'explosion, mais Hermione vit avec satisfaction qu'il était maintenant par terre et tremblait de peur ou de colère.
-Que signifie ceci ? tonna-t-il, confirmant la deuxième hypothèse à Hermione.
-Bonsoir M. le Ministre, dit Hermione d'une voix froide. Je suis Hermione Granger et je suis venue vous demander une faveur que vous ne pourriez refuser après mon entrée assez explosive…
-Que voulez-vous ? demanda Fudge, toujours rouge comme une brique.
-Je veux que vous
m'envoyiez à Azkaban, répondit simplement Hermione.
Fudge
ouvrit la bouche, incapable d'émettre le moindre son.
-Quoi ? lâcha-t-il enfin, l'incrédulité clairement dans la voix.
-Je veux aller à Azkaban, répéta fermement Hermione, je suis une fervente supportrice de Harry Potter et si je dois vous menacer pour obtenir ma requête, je le ferai sans hésitation.
Fudge ne semblait pas pouvoir parler, et il continuait de regarder Hermione, la bouche ouverte.
C'est à ce moment, comme le prévoyait le plan que Tonks fit son entrée.
-Lâchez votre baguette,
jeune fille ! cria-t-elle. Vous êtes en état
d'arrestation.
Hermione s'exécuta sans rechigner.
-Tout va bien M. le
Ministre ? demanda Tonks, feignant l'inquiétude dans sa voie.
Fudge se releva lentement en reprenant ses esprits et sa couleur
écarlate.
Hermione pria pour que cela soit bon signe. A son soulagement, Fudge explosa.
-Vous avez raison ! aboya-t-il. Je ne peux qu'accepter votre requête ! Comment osez-vous menacer le Ministre de la Magie ? Je pense que vous ne verrez pas de problème au fait de ne pas avoir de procès, vous qui semblez tant vouloir aller en prison. Eh bien rejoignez votre cher Potter en enfer ! Auror ! ordonna-t-il. Emmenez-là à Azkaban. Je convoquerai la presse demain à la première heure.
-Bien monsieur, dit Tonks.
Elles sortirent du bureau après que Tonks eût ramassé la baguette de Hermione.
-Il a tout gobé ! s'exclama Hermione avec joie et incrédulité. Je ne pensais pas qu'il serait aussi facile à convaincre…
-Si Fudge se sent menacé, tu peux être sûre qu'il répondra toujours de la même manière : il abusera toujours de sa fonction de Ministre pour t'écarter de son chemin, répondit Tonks.
-En tout cas, cette fois-ci, je ne m'en plains pas, déclara Hermione.
Elles marchèrent jusqu'aux ascenseurs puis arrivèrent aux cheminées.
-Hermione, une fois que tu auras pris la Poudre de Cheminette, il n'y aura plus de retour possible, dit Tonks sérieusement. Ton destin sera lié à celui de Harry jusqu'à ce que je trouve des preuves…
-Je sais Tonks, répondit Hermione. Et je ne changerai pas d'avis. Je suis honorée de partager le destin de Harry. Je compte sur toi pour me faire accepter dans la même cellule que lui, ou au moins dans celle d'en face…
-Ne t'inquiète pas pour ça… Fudge a déjà fait tout le travail. Il a dit : « Rejoignez votre cher Potter en enfer ». Je prends cela pour un ordre de vous mettre dans la même cellule… Et personne ne viendra vérifier de toute façon.
Hermione sourit à cette remarque. Son plan avait encore mieux marché que ce qu'elle avait espéré. Dans quelques minutes elle reverrait Harry. Elle devait être la première personne à être heureuse d'aller à Azkaban, sans parler du fait de devoir y aller de plein gré.
Elle prit une poignée de Poudre et son voyage vers l'Enfer commença.
Elle atterrit dans une petite cellule ne servant clairement qu'au transfert des prisonniers. Tonks arriva quelques secondes après elle.
-Allons-y, dit-elle en regardant sa montre. Je suis censée être à Poudlard dans dix minutes pour une réunion des professeurs. Il faut nous dépêcher si l'on ne veut pas que quelqu'un sache qu'on a agi de mèche. Normalement, personne ne devrait nous interpeller à cette heure.
Hermione approuva et la suivit à travers la porte. Les couloirs de cette forteresse étaient effroyables. Hermione sentait ses cheveux se dresser sur sa nuque à chaque cri qui retentissait.
Elle fut émue à la
pensée que Harry eût dû passer huit mois dans ce lieu sans autre
compagnie que les autres prisonniers, fous pour la plupart.
Après
de nombreux escaliers sombres et humides, elles arrivèrent au
dernier étage, dont toutes les cellules semblaient vides.
-C'est le quartier de haute sécurité, expliqua Tonks. Il est vide depuis que Voldemort a attaqué la prison. C'est là qu'était emprisonné Sirius et c'est ici que se trouve Harry, dans la cellule la mieux équipée contre la magie qui pourrait essayer de la forcer. Elle a été construite au temps de la première guerre pour pouvoir accueillir Voldemort. Fudge a trouvé amusant de placer Harry dans celle-là. C'est aussi la cellule la plus fortement ensorcelée par ce terrible sortilège Dementorus. Tous les jours à la même heure, Harry revit pendant une heure les pires souvenirs de sa vie. Il n'a pas voulu me dire ce que c'était pour ne pas m'inquiéter. Mais j'imagine que cela doit être terrible pour lui. Et ça le sera aussi pour toi. J'espère que le fait que vous soyez ensembles vous aidera.
-J'en suis certaine, répondit Hermione qui avait les larmes aux yeux en repensant à ce que vivait Harry au quotidien depuis plus de huit mois.
Elle pressait le pas maintenant. Elle avait envie de le voir. Elle pouvait ressentir sa présence magique, même à travers toutes les protections anti-magie. Elle ressentait une sensation dans tout le corps que lui seul pouvait provoquer. C'était comme s'ils étaient liés par un lien physique réel plutôt que par de l'amitié profonde et de l'amour inconditionnel pour Hermione.
Elle voulait le tenir
dans ses bras et rester contre lui à jamais, en lui avouant
tout.
Car elle avait décidé de tout lui avouer dès qu'elle
pourrait lui parler. Elle n'en pouvait plus de garder ce secret si
lourd. Elle ne s'inquiétait pas de sa réaction. Elle savait qu'il
ne la blesserait pas intentionnellement, et même s'il ne
partageait pas ses sentiments, elle était désireuse de le voir être
heureux avec n'importe qui d'autre. Elle, elle savait qu'elle
ne pourrait jamais passer à autre chose. S'il ne l'aimait pas,
elle serait seule toute sa vie et se contenterait d'être son amie
et sa confidente. Mais si jamais il répondait à ses sentiments,
Hermione n'osait pas imaginer le bonheur qu'elle ressentirait par
peur d'être détruite par la déception si cela n'arrivait
jamais.
Tonks s'arrêta soudainement devant une cellule. Elle se retourna vers Hermione, le doigt sur les lèvres pour l'inciter au silence.
-On dirait qu'il dort, chuchota-t-elle. C'est mieux comme cela. Au moins, je serai partie quand il se réveillera et il ne pourra pas me crier dessus pour t'avoir amenée ici.
Hermione ne l'écoutait pas. Quand elle vit une forme allongée sur un lit rongé par la moisissure, son cœur fit des bonds dans sa poitrine et son corps commença à sortir de son contrôle.
Elle tremblait d'excitation et se retint de crier son nom à voix haute. Elle ne le voyait pas bien d'où elle était, mais elle pouvait immanquablement apercevoir ses cheveux en bataille qu'elle aimait tant.
Elle se retourna vers Tonks pour la remercier de tout ce qu'elle avait fit pour elle pendant les huit derniers mois et surtout dans les deux dernières heures pour rendre son plan possible.
-Tonks, commença-t-elle à voix basse. Je ne sais pas comment te remercier. Tu as tellement fait de choses pour Harry et pour moi. Je te serai éternellement reconnaissante…
-Ne t'en fais pas Hermione, je sais ce que tu as sur le cœur, répondit Tonks en souriant. Je ne pouvais pas te garder séparé de Harry plus longtemps sans avoir mauvaise conscience. J'espère que vous vous soutiendrez mutuellement. Je ferai tout ce que je pourrai pour trouver le plus vite possible les preuves. Je reviendrai vous voir s'il y a du nouveau.
-Merci Tonks, merci…
Tonks avança vers la porte et posa son badge d'Auror sur la serrure qui s'ouvrit immédiatement sans aucun bruit.
Hermione prit Tonks dans ses bras une dernière fois et entra. Quand elle eut fermé la porte, Tonks regarda Hermione dans les yeux et lui fit un sourire d'encouragement.
-Bonne chance, murmura-t-elle. Et Hermione…
-Oui ?
-Dis-lui…
Hermione approuva d'un signe de tête et se retourna le cœur battant vers Harry alors que Tonks s'en allait le long du couloir.
Hermione marcha jusqu'au lit, les larmes de joie et de tristesses se mêlant dans ses yeux.
Harry avait l'air si paisible, endormi et emmitouflé dans ses draps. Hermione sourit tendrement en s'agenouillant auprès de lui.
Il ne semblait pas avoir changé sauf qu'il avait un peu maigri. Tonks avait eu raison. Il semblait en meilleure forme que ce qu'elle avait osé espérer avant d'arriver. Elle le regarda dormir quelques minutes et n'y tenant plus, elle avança une main vers son visage.
Dès qu'elle frôla sa joue, Harry sourit dans son sommeil et Hermione se demanda si c'était grâce à elle. Elle continua ainsi, savourant ces instants de pur bonheur dans ce lieu pourtant si sinistre.
Enfin, elle se pencha et embrassa le front de Harry, comme elle l'avait fait au Ministère tant de temps auparavant. Elle se pencha un peu plus jusqu'à ce que sa bouche atteigne la joue droite de Harry. Là elle retint son souffle et rassemblant son courage, elle murmura de la voix la plus douce qu'il soit.
-Harry, réveille-toi, je suis là…
