Après plusieurs heures de recherche dans une forêt reculée, Yami et Mahado se retrouvèrent dans un bâtiment abandonné depuis plus de dix ans. Grâce à leur acharnement sur le décryptage des documents, ils purent entrer le code de la porte sans grande difficulté.

124282 : étaient les chiffres les plus mis en évidence dans les documents, les chiffres qui avaient permis d'ouvrir la porte qui devait résoudre tous les mystères.

C'est avec beaucoup d'hésitation que les deux tuteurs entrèrent dans cette pièce éclairée. Visiblement, le bâtiment était encore alimenté en électricité. C'était une salle de surveillance pourvue de nombreux écrans et de puissants ordinateurs… elle donnait accès à la salle des archives.

Yami en avait des frissons, ses pensées échafaudaient diverses hypothèses. Il était évident que ce centre menait des expériences sur divers individus, mais de quelles manières procédaient-ils ? Plus que curieux, il se dirigea vers un des ordinateurs qui était encore en marche. Cela avait l'air simple, tout était méticuleusement rangé… Les dossiers, les emplois du temps et les séances des 99 sujets et seul un mot de passe les séparait de la solution.

« - Yami ! Viens voir, cria Mahado qui était dans la salle des archives. »

Il le rejoignit, et regarda le nombre astronomique de paperasses. Mais ce qui attira l'œil de Yami fut trois dossiers particuliers, surtout le dossier portant le numéro 42.

« - On doit les prendre…

- Je veux bien, mais il y en a tellement, constata le partenaire de Yami. Attends, où est Yûgi ?

- Bon sang ! je vais le chercher. Ce n'est pas tellement grand, je le retrouverai facilement, dit Yami en partant chercher son protégé. »

Le jeune tuteur chercha dans diverses cellules du corridor, avec son portable en guise de lampe torche. Ce n'est qu'après avoir trouvé Yûgi qu'il remarqua que chacune des portes portait un numéro. Il avança près de son protégé qui observait la cellule bien étroite, délabré. Au pied du garçon, il y avait un carnet vieilli par le temps.

« - Il te revient de droit, Yami, dit Yûgi après avoir pris le carnet au sol.

- Pourquoi donc ? »

Il fit non de la tête et pointa grâce au faisceau de lumière le numéro de la porte. Il portait le numéro 82. C'était donc le carnet du garçon qui avait perdu son numéro.

« - Il l'avait caché pour celui qui découvrira tout et c'est toi… »

Yami s'empara du carnet, le rangea dans sa sacoche et prit la main de Yûgi pour rejoindre Mahado.

« - Moi qui disais que se balader avec un disque dur externe était ridicule, et bien je suis bien heureux de l'avoir gardé sur moi, j'ai tout copié et j'ai pris les dossiers qui me semblaient importants.

- Bien, allons-nous-en ! Cet endroit me donne la chair de poule, déclara Yami en s'apprêtant à quitter les lieux. »

Se dirigeant vers la sortie, Yami pouvait sentir la main de son protégé serrer davantage la sienne… il tremblotait.

Le jeune garçon l'entraina un peu plus loin, vers une grande pièce saccagée, se planta au beau milieu et s'absorba dans un silence respectueux.

« - Ne t'en fais pas Yûgi, je serai toujours là pour toi, le rassura Yami tout en lui souriant. »

Toujours…


Ils revinrent au camping-car rapidement grâce à Yûgi qui avait mémorisé le chemin. Mahado se mit au volant prêt à démarrer. Le reste du groupe se demandait pourquoi tant de hâte, mais à voir la tête de leurs compagnons, ils comprirent et se turent.

Alors qu'ils roulaient à faible allure, Yûgi jouait au jeu de cartes avec Jôno-uchi.

« - Yûgi, tu vas perdre !

- J'ai ma botte secrète l'ami, dit le jeune garçon confiant. J'invoque ma magicienne des ténèbres en mode attaque !

- Quelle magi- Ouch ! Mana, pourquoi tu m'as frappé ? se plaignit le blond en se frottant la tête.

- Car je suis en mode "Attaque" ! Maintenant je passe en mode "Câlin" sur Yûgi ! fini-t-elle en câlinant le garçon.

- Si c'est comme ça, j'invoque Anzu !

- Va chier Jôno-Uchi ! répondit-elle tout en se grattant. Les bestioles m'ont dévoré de partout ! Ces salauds !

- Ah ah ! Bien fait pour toi ! lança le blond avant de se prendre un autre coup sur la tête. »

Pendant que tout le monde prenait du bon temps, Yami était dans la chambre à lire les récupérés. Il lisait celui du sujet 82 et découvrit plusieurs photos d'un garçon tout vêtu de blanc, comme ses cheveux et ses yeux bruns exprimaient une énorme tristesse. Il n'apprenait pas grand-chose à part les notes des tests qu'il avait échoués.

Teste mémorisation auditive : échec. Qu'est-ce que ça signifie ? Décidément, les dossiers ne sont pas complets, il manque des éléments, et le mot de passe est toujours manquant…

Yami passa au dossier du sujet 12. Il n'y avait aucune photo, seule une feuille était notée "Succès". Il le ferma et passa au dossier du sujet 42, identique à celui de 82, il contenait des photos… le sujet était très jeune, sans doute âgé de six ans. Le garçon était sur les clichés comme troublé, encore plus mal en point que la première fois que Yami l'avait rencontré. Contrairement à 82, les tests étaient tous réussis. Un post-it était collé sur la dernière feuille, qui disait "Projet échoué – le sujet s'est verrouillé".

Yûgi s'est verrouillé ? Comment ça ?

Le jeune tuteur, assis sur le lit, s'allongea et laissa vagabonder ses pensées, il regroupa tous les éléments qu'il avait… Et c'est à ce moment qu'il se souvint du carnet que Yûgi lui avait donné. Il prit sa sacoche, le récupéra, l'ouvrit et commença à lire les pages les plus lisibles.


Je crois qu'on est en 2006, j'ignore depuis combien d'années je suis là, j'ignore même mon passé, mon nom est juste un chiffre comme les autres. Je suis 82, et je ne veux pas être… plus perdu que maintenant. Je vais donc tenir ce journal, pour être moi… juste moi…

Jour 1 : Dans la salle commune, on était 98 aujourd'hui, le sujet 16 est mort. Il n'a pas supporté les électrochocs, ou alors les médicaments. Il y a tellement de causes possibles après tout. J'étais avec 42, il chante toujours et encore les enregistrements des tests. Dire que moi je n'arrive pas m'en souvenir ! Je suis trop focalisé à ignorer la douleur. Il va surement devenir le favori… j'espère qu'il souffrira moins.

Jour 10 : Je ne vais pas écrire tous les jours, j'ai trop mal et j'oublie… Mais je ne veux pas être ce que Soichiro Ota désire, je ne serai pas une machine. Je ne veux pas être un pantin… Je ne veux plus être 82.

Jour 25 : Encore avec 42 toute la journée, il bouge beaucoup, se balance, mais son petit corps tient le coup et il passe les tests avec succès. J'ai entend Ota dire qu'ils vont augmenter les doses de LSD et les décharges sur lui. J'espère qu'il tiendra… sinon qui sera mon compagnon pendant les pauses ?

Jour 34 ? Je… sans doute… qu'importe, beaucoup sont morts ces derniers jours, restent 12, 14, 42, 70 et moi. Le collègue de Ota, Shuzo Otaki, aime bien 42, il faut dire c'est le plus jeune d'entre nous. Il lui a installé une chaine Hifi avec de vieux CD, du même interprète que les musiques des tests de mémorisation.

Jour 94 ? On est toujours cinq, dans la salle commune je partage ma couverture avec 12. Il est violent par moments… et rigole pour rien, après tout ce n'est pas sa faute. Les collègues d'Ota disent qu'il est prêt. Prêt à quoi ? je dois savoir… on me fait subir des tests, mais pourquoi faire ?

Jour Inconnu : le carnet, je l'avais oublié… 14 est mort. Ils l'ont battu à mort, sous nos yeux. Avant de tuer 14, Ota a dit à Yûgi « 14 Start », une fois fini « 14 Over ». Pourquoi ça ?

Jour Inconnu 2 : La sécurité est partie, j'ai pu me faufiler à la porte de la salle de test pour écouter ce qu'ils faisaient à 42. Ota hurlait et le menaçait. Il répondait qu'il ne savait rien. Mais après un grand silence… Ota a dit « 14 Start, parle » et là, il a décrit la mort de 14 en détail. Chaque hurlement, chaque expression et chaque mouvement. Une machine… ils ont réussi à transformer 42 en machine.

Jour Inconnu 3 : Je ne suis plus utile, ils vont me tuer en même temps que 70. Beaucoup ici ne veulent pas nous supprimer. Mais on ne peut pas laisser 12 et 42 ici… je dois nous faire sortir d'ici.

Jour Inconnu 4 : J'ai tout découvert, il y a trop de chose, je ne peux pas tout me rappeler… et je ne peux pas tout noter. 42 pourrait tout retenir… Il faut que je lui parle, je dois l'utiliser comme une machine pour notre bien… pour que tout s'arrête.

Jour Inconnu 5 : Tout le monde est énervé, 42 est " verrouillé " comme ils disent. Mais je lui ai simplement demandé de tout retenir et de faire comme convenu. Shuzo ne veut pas nous éliminer, surtout pas 42, il le considère comme son fils. Quand ses collègues sont absents, ils jouent ensemble et ils rigolent bien. Il est le seul à nous laisser vivre comme des enfants.

Jour Inconnu 6 : Ce soir, on part, je ne sais pas comment ça va se passer, mais… À toi mon ami 42, tout sera terminé, je te le promets. Over.


Yami finit sa lecture et comprit que le système "over" n'était pas qu'une simple protection utilisée à l'hôpital, mais un genre de système pour contrôler la mémoire. Ils avaient fait en sorte que Yûgi contrôle davantage ses souvenirs… Mais peut-il vraiment se souvenir de tout, et tout oublier comme une machine ? Le mot de passe pour le faire parler ? Quel est-il ? Un peu troublé, il se gratta la tête et se perdit dans ses pensées pendant de longues heures.