Notes : Bonjour à tous :3 ! Voici la suite. Alors, bonne lecture et bonne fin de long week-end à tous ^^ . A bientôt !
Ce jeudi matin-là, je suis arrivé en grande forme au stade. Entre la légèreté éprouvée suite à l'élimination d'un certain poids et un état d'esprit enjoué et serein, je ne m'étais pas senti aussi bien depuis très longtemps. Et là par contre, contrairement à la veille, mon enthousiasme a été relevé par plusieurs personnes. D'abord par mon père, qui m'a dit bonjour, surpris, voir même interrogatif.
- Qu'est-ce qui t'arrive ? On t'a prévenu qu'un match allait bientôt avoir lieu avant moi ?
- Non.
Et de partir sans lui laisser le plaisir de me questionner davantage.
*Voilà. Avec ça, il allait pouvoir soûler ma mère toute sa prochaine soirée*
Même surprise chez mes coéquipiers - notamment chez Shunkô, qui s'était même inquiété de me voir aussi excité -...
*Son nez ? Oh, il allait bien. De toute façon, comme de nombreux asiatiques, il n'était pas très long. Alors un peu plus écrasé qu'à l'accoutumée... franchement, qui avait vu la différence ?*
… et Stefan, qui, par contre, s'était abstenu de dire quoi que ce soit, se contentant de me lancer un petit sourire en coin hautement symbolique.
*Il m'énervait quand il faisait ça. Il donnait alors l'impression qu'il savait des choses que je ne voulais garder que pour moi*
Cependant, si j'ai noté tout ça, je n'en ai pas pour autant tenu compte - j'avais d'autres chats à fouetter. Car la saison touchait peut-être à sa fin, la reprise arriverait toujours trop tôt pour se permettre de se relâcher.
… Et dans la mesure où cette tête de mule de Genzô avait décidé de rester la saison suivante à Hambourg, je me devais de poursuivre mes entraînements – pendant que les autres lèveraient le pied – pour lui en foutre plein la poire.
Oui. Genzô et moi, comme vous l'avez deviné, c'est une longue histoire d'amour. Notre amitié ne nous a jamais empêché d'être rivaux – et vice-versa. Ainsi, si de son côté il mettait un point d'honneur à arrêter tous mes tirs (même pas en rêve !), moi, je m'attachais à développer sans arrêt de nouveaux shoots (puisque ce japonais pure souche avait, en plus de réflex extraordinaires, la capacité d'apprendre très vite de ses adversaires pour les bloquer).
Ainsi donc, me sentant en pleine forme, j'avais d'ores et déjà décidé qu'à la fin de ma séance d'après-midi, je resterais un peu plus longtemps afin de peaufiner tout ça.
… J'allais bien évidemment encore me faire traiter d'intoxiqué par mes copains, mais je m'en foutais – et ils le savaient.
Les séances du jour ? Très bien. Rien à signaler. Celle du matin s'est passée on ne peut mieux, quant à celle de l'après-midi, ma foi... idem.
… Enfin, d'un point de vue footballistique pur, bien sûr.
*Hé oui ! Je vous vois venir. Je sais de qui vous allez me parler*
Quand je suis arrivé vers 15h15, honnêtement, je n'avais que ma séance supplémentaire en tête. C'est en voyant Marcus que j'ai brusquement réalisé qu'il me manquait quelque chose.
... Ou plus exactement, que j'étais ce jour-là heureux en (grande) partie grâce à une chose que je n'avais pas encore vue – et qui tout à coup m'a singulièrement manqué.
J'ai donc zyeuté un petit coup vers Grincheux : il n'était alors pas assez occupé avec ses plots, pour que si Anja eut été proche de lui, il ne m'ait pas regardé de travers quand je me suis avancé dans sa direction. Du coup, un petit coup d'œil à droite : n'étaient visibles que les bancs avec le staff et les joueurs, rien d'autre.
Bah ? Quand même… Elle n'était pas pas venue ? Elle ne m'avait pas fait ça ? Elle m'avait bien dit : « A demain », la veille, non ?
Aïe ! La veille… Cette fameuse veille où je l'avais trouvée anormalement nerveuse.
Et si je n'avais rien inventé, en fin de compte ? Si elle avait eu un problème quelconque qui ait fait que ce jour-là, elle n'ait pu venir ou que son père, suite à leur dîner ensemble, lui ait dit que…
*Oh ! Pas fou, non ? Voilà que je me mettais à gamberger comme une fille ! Quoi ? Y'a des féministes dans la salle ?*
Et puis enfin, balayant les alentours, je l'ai vue assise dans les gradins. Souriante, elle avait simplement pris un peu de hauteur pour assister à la séance. Ainsi, sans me demander si j'allais pouvoir lui parler ou non, le simple fait de savoir qu'elle était là et qu'elle allait mieux m'a suffi pour…
*Comment je sais qu'elle allait mieux ? Ben… parce que ça se voyait, tout simplement.
Comment ça, ça ne se voyait pas ? Mais si, ça se voyait. En tout cas, moi, je l'ai su rien qu'à la regard… Et on arrête de suite avec le petite sourire niais, merci !*
… aborder ma seconde séance de la journée dans des conditions encore meilleures.
Une fois cette dernière cession finie, un dernier coup d'œil vers les tribunes m'a permis de constater qu'Anja n'y était plus. Sans doute allait-elle descendre pour me dire bonjour – ou bonsoir, vu l'heure. Mais en entendant soudain Marcus – qui s'affairait alors à ranger tout l'attirail sorti pour l'entraînement – dire à l'un de ses collègues qu'il ne tarderait pas à partir, mon moral s'est pris un coup. S'il partait vite, j'allais tout aussi vite me retrouver seul – ce que j'étais d'ailleurs pour le moment, mes coéquipiers ayant déjà regagné les vestiaires.
*Soupir*
Sensiblement résigné, j'ai haussé les épaules et agi en me préparant mon petit entraînement rien qu'à moi, me disant que de toute façon, mon programme pour la soirée était bouclé et qu'il valait mieux que je retrouve mon entrain plutôt que de me laisser abattre par…
- Bonsoir. Tu as besoin d'un coup de main ?
J'ai sursauté en l'entendant et me suis instinctivement retourné vers elle. Elle était bien là. Les joues un peu rosées, toute intimidée. Je l'ai trouvée craquante. Mais attention ! Pas craquante comme j'avais pu déjà qualifier certaines filles.
*Bien qu'en y réfléchissant, « craquante » n'était pas tout à fait le terme que j'employais quand je rencontrais une nana qui ne passait généralement pas par la case « départ » et allait plutôt tout droit dans mon lit*
Anja, ce n'était pas pareil. Je l'appréciais beaucoup. Incontestablement, cette fille produisait sur moi un effet déstabilisant, agréable, assez peu contrôlable, mais surtout, difficilement identifiable. Car soyons clair, je ne souhaitais pas la mettre dans mon lit. Elle n'était absolument pas comme les autres et pas un instant, je n'ai envisagé de lui faire subir le même sort. Devais-je en conclure qu'elle ne me plaisait pas ? Que je n'en étais pas amoureux ?
*Non ! Ne répondez pas, c'est pas la peine*
Pourtant, j'avais besoin de savoir que j'allais la voir – et plus encore, j'avais besoin de sa présence pour trouver un intérêt à ce que je faisais, à ce qui m'entourait.
*Etrange, hein ?*
Avec elle, ce n'était pas la peine de sortir le grand jeu pour capter son attention. Mais plus important encore, pour la première fois, une personne - ou une fille, plutôt - m'intéressait pour autre chose que pour son potentiel de petite-amie.
Et tout ça, toutes les lignes du dessus, elles m'ont traversé la tête aussi vite qu'un courant d'air. Ainsi, quand elle est arrivée sans se faire remarquer et m'a demandé de sa petite voix si elle pouvait rester, mon cœur a bondi et je me suis senti plus heureux que je ne l'avais été de la journée – qui avait déjà été particulière par rapport à ça.
*Ce fut la journée des records, quoi*
Je lui ai souri spontanément, ai attrapé un ballon dans le casier que j'étais allé me chercher deux minutes plus tôt…
*Le même casier que Grincheux venait de s'éreinter à pousser dans le local et que j'ai ressorti, sans effort (hé oui papy, c'est ça l'écart de générations !), pour le traîner juste après la surface de réparation (c'est une vieille histoire entre Genzô et moi, ça)*
… et lui ai lancé en guise de réponse.
- Ah ? Je m'occupe des ballons alors…, a-t-elle dit soulagée, avec un petit sourire,
que je lui ai rendu, ballot.
- Bon, ben… On va y aller alors, ai-je fini par souffler avec une baisse soudaine de motivation.
Et idiot que je suis, je l'ai à nouveau regardée en oubliant tout le reste, constatant, touché, que nous étions finalement deux à avoir été contaminés par un peu de gêne… mais aussi à être heureux d'être ensemble.
Par bonheur, une fois encore, Anja a su rétablir la situation.
*Oui, parce qu'à ce rythme, on ne sait jamais où ça peut mener*
Prenant sur elle pour briser ce silence particulier,
*Je le sais, je l'ai entendue inspirer discrètement un bon coup*
- Et… Qu'est-ce que tu veux que je fasse ?, a-t-elle dit en forçant d'abord un entrain qui est ensuite naturellement resté. J'attends que tu ais vidé le casier ou tu préfères que je récupère au fur et à mesure les ballons qui partent n'importe où ?
« N'importe où » ? J'ai cru que j'allais m'étouffer.
Alors, j'aurais pu admettre qu'en cours de botanique, on ne parlait pas souvent de football (après tout, les scientifiques n'ont jamais été réputés pour être attirés par ces activités qui déchaînent des foules de supporteurs barbares), mais quand même ! Il me semblait que par l'intermédiaire de son père ou même simplement des médias, elle aurait su que les tirs non cadrés ne faisaient pas partis de mon vocabulaire. Eh ben non ! Elle a osé.
- Pardon ?, me suis-je exclamé. Tu peux répéter, s'te plaît…
Et elle, qu'est-ce qu'elle a fait ? Elle a ri. Sérieux, en plus, elle se foutait de ma gueule. Mais, je n'ai pas lâché et ai pris la mouche.
*Et oui, fallait pas trop pousser, quand même. J'avais (et ai toujours) mon amour propre et davantage l'habitude qu'on me ménage à mort - et en plus, venant d'elle…*
Du coup,
- Oups, pardon, s'est-elle reprise (toujours morte de rire). J'avais oublié que tes tirs partaient immanquablement au fond des filets.
- Mouais… Je préfère, ai-je bougonné en m'intéressant aussi sec au ballon qui était à mes pieds et qui a tragiquement subi ma colère.
- Oooh, l'ai-je alors entendue murmurer, admirative.
Ah quand même !
Et petit à petit, les minutes passant, les ballons se succédant, j'ai réussi à me reconcentrer malgré sa présence. Aussi surprenant que cela m'est d'abord apparu, alors que le foot avait toujours été mon unique but, la seule chose qui ait toujours eu une réelle importance à mes yeux, qui avait toujours écarté le reste, voilà que je parvenais à mêler sans difficulté, sans même y réfléchir, deux choses si différentes et qui auraient pu être antagonistes, en une symbiose parfaite.
Il ne m'en fallait pas plus pour être bien. Ceci-dit, de temps en temps, elle me posait une question à laquelle je répondais bien volontiers.
*Mais pas trop non-plus – son expérience du milieu lui ayant appris que parler et tirer en même temps n'était pas recommandé*
- Au fait, tu t'entraînes encore pour être prêt pour ton match de demain ?
- Ah… Non. Face à cette équipe-là, je ne devrais pas avoir besoin d'utiliser ce genre de tir.
Elle aurait pu me trouver prétentieux… mais non. Elle a plutôt hoché la tête, comme l'élève qui agréait ce que venait de lui dire son prof.
- Celui-ci n'est d'ailleurs pas encore assez efficace, lui ai-je expliqué. Mais comme je ne devrais pas avoir à m'en servir avant la prochaine saison, il me reste encore suffisamment de temps pour le mettre au point.
Elle a ri doucement.
- Quoi ?
- Rien. J'ai juste l'impression d'être dans une armurerie.
- Ah… Oui, c'est vrai qu'en fonction de…
- Et je suppose que ce tir si particulier est pour une personne bien particulière ?
C'est vrai qu'elle nous connaissait un peu, Genzô et moi.
- Oui ! Pour le seul et unique que j'ai envie de perforer.
- Hé ben… Vous n'avez pas l'air de vous être beaucoup calmés, tous les deux…
Et là, entre les paroles prononcées et la mine condescendante qu'elle a faite, je me suis un soupçon renfrogné.
*Quoi ? J'ai le droit d'être susceptible, quand même*
Mais la bouderie n'a pas duré longtemps – parce qu'Anja a toujours eu cette aptitude – que ce soit par les mots ou la gestuelle, voir les deux – à savoir me calmer, me rassurer ou encore me faire céder.
*Mais pour ça, comme je ne pense pas être le seul homme sur Terre à se faire avoir par sa dulcinée, ça me console un tantinet*
Ainsi, un petit sourire rosissant et Paf !, dans le panneau. J'ai levé les yeux au ciel en me demandant alors lequel de nous deux était le plus désespérant et j'ai souri à mon tour, prêt à armer un nouveau tir.
Et c'est là que, bien sûr : « Anjaaaaaa ! »
… Grincheux s'est pointé.
