Chapitre 10 : Quand tout s'effondre.

-Il paraît de toi et ton père, ça ne va pas fort ? demanda Hilary tout en fouillant dans les tiroirs de James.

-Vous vous êtes tous passés le mot pour me poser cette question ou quoi ? grogna James. Non, ça ne va pas fort, et alors ? Ca arrive à tout le monde d'être en froid avec quelqu'un, non ?

-Oui, mais toi et ton père c'est bien la première fois que ça arrive, répliqua Luke.

-Qu'est-ce que tu en sais, toi ? ronchonna James. Tu n'as assisté qu'à la moitié de mon existence, je te rappelle ! En huit ans, il s'en passe, des choses !

-Mais c'est Sirius qui nous a informés, alors nous savons que la source est fiable, dit malicieusement Hilary. Tiens, c'est quoi, ça ?

Elle sortit du tiroir dans lequel elle farfouillait depuis quelques minutes la Carte du Maraudeur, qu'elle déplia sans retenue.

-Pourquoi est-ce que tu gardes un vieux truc pareil ? s'étonna-t-elle. Qui put le moisi, en plus !

-Ce vieux truc, comme tu dis, est l'objet le plus merveilleux que je possède après mon Toupropre 457, rétorqua James, alors je te jure que si tu l'abîmes…

-Mais c'est un vieux parchemin vierge…

-Ne sois pas stupide, tu sais très bien qu'il ne faut jamais se fier aux apparences, râla James en lui reprenant la carte des mains et en la remettant dans le tiroir qu'il referma. J'en sais quelque chose, maintenant… On m'a assez fait la morale !

-C'est la raison de ta dispute avec ton père ? questionna Anthony, étendu de tout son long dans le lit de son cousin.

Il s'était glissé sous la couette en envoyant valser son devoir de potion qui manqua de peu de tomber dans le grand saladier rempli de punch explosif, gentiment préparé par Lucy pour les consoler de ne pas pouvoir assister à la nouvelle réunion de l'Ordre du Phénix.

-Ouais, on peut dire ça comme ça, marmonna James. Mais arrêtez de parler de ça, s'il vous plait, ça m'énerve déjà assez comme ça…

-Bon, qu'est-ce qu'ils fabriquent ? grogna Hilary. Il n'y a pas tant de choses que ça à monter, si ?

Comme lors de l'été, toute la famille Potter s'était réunie grâce aux réunions de l'Ordre du Phénix, qui selon Rosanna devenaient de plus en plus urgentes à mesure que les jours passaient. Les adultes s'étaient tous dirigés vers le bureau de Williams, accompagnés des autres membres de l'Ordre, et les autres avaient été autorisés à aller où ils voulaient dans la maison du moment qu'ils ne faisaient pas de bêtises. Mais James trouvait que rester sages aurait été une perte de temps. Ils n'avaient qu'une soirée à passer ensemble, et il n'avait pas l'intention de s'en servir pour dormir. Hilary lui avait avoué qu'elle pensait comme lui, et qu'il fallait qu'il profiter de cette nuit qu'ils avaient devant eux pour s'amuser le plus possible. Et depuis leur enfance, ils s'amusaient beaucoup quand ils faisaient des bêtises…

En d'autres circonstances, James aurait été quelque peu réticent à chahuter sans s'être assuré que son père n'était pas contre, mais puisque Williams ignorait son fils, pourquoi se gênerait-il ? Ainsi, ils avaient demandé à Lucy de leur préparer un punch explosif, mélange de fruits exotiques aux épices et de rhum atomique (qui crépitait dans la bouche comme si des centaines de minuscules pétards y explosaient). Elle avait accepté à condition qu'ils lui promettent de lui en garder, et ils n'avaient pas hésité : ce serait la première fois qu'ils en boiraient, et certainement la dernière avant leur majorité (seul Klaus échappait à la règle, puisqu'il était déjà majeur), et aucun d'eux n'avait envie de passer à côté de ça. Tout ce qu'ils espéraient était de ne pas se faire prendre par leurs parents, qui risquaient de leur en vouloir énormément si par mégarde ils l'apprenaient. Mais qu'avaient-ils à perdre en tentant le coup ? Ils n'avaient jamais été des anges, alors après tout, pourquoi pas ?

Pour accompagner leur boisson, ils avaient demandé à Oboulo de leur préparer des petits fours et des biscuits. Rosanna avait dit à James que la réunion serait très longue et pourrait durer plusieurs heures –soit le temps nécessaire à la préparation de la nourriture et de toute son ingurgitation en riant comme des fous.

C'était une bonne partie de leur petit groupe qui était descendue aux cuisines chercher leurs victuailles. Sirius, Melissa, Brian, Steven, Chester, Noami, Steven, Sophia et Klaus. Tous partis près de dix minutes auparavant en quête de tout ce dont ils avaient besoin.

-Alors, James, toujours branché sur ta rousse, là ? s'enquit Hilary. Comment elle s'appelle, déjà ? Levans ? Evons ?

-Evans. Lily Evans.

-Oui, voilà! Alors, toujours sur elle ?

Hilary sourit malicieusement une nouvelle fois.

-Si elle ne m'intéressait plus, je te l'aurais dit dans les lettres que je t'ai envoyées, n'est-ce pas ? répondit seulement James. Elle me tape sur les nerfs, mais oui, elle est toujours celle pour qui mon cœur balance…

Il adopta une pause théâtrale pour ponctuer sa phrase et sa cousine pouffa de rire.

-Luke, tu ne veux pas aller voir ce qu'ils font, en bas ? lança-t-elle. Je commence à avoir faim ! Ou Anthony ? Ou vous deux ensemble, tiens ! Allez-y ensemble, ça sera mieux !

-Non, la flegme ! bougonna Anthony. Je suis trop bien dans ton lit, James.

-Allez, s'il vous plait ! insista Hilary.

-Non, répéta Anthony, et c'est mon dernier mot. Si tu as faim, tu n'as qu'à y aller toi-même.

Hilary soupira.

-James, tu viens avec moi ?

-Hm.

James se leva de la chaise sur laquelle il s'était assis et la suivit dans le couloir. Il lui fit signe de ne pas faire de bruit quand ils passèrent devant le bureau, mais ne put s'empêcher de coller son oreille contre la porte. Cependant, il n'entendit rien et repartit en direction de l'escalier.

-J'ai eu comme l'impression que tu voulais être seule avec moi, avoua-t-il. Tu voulais me dire quelque chose en privé ?

-Ouais, admit Hilary. Ca se voyait tant que ça, que je voulais qu'ils partent?

-Non. Mais n'est pas maraudeur qui veut. J'ai l'habitude de déceler ce genre de requête…

-Ah, d'accord…

Hilary sembla un instant décontenancée, mais elle se reprit et se racla la gorge.

-Ouais, donc je voulais te parler de quelqu'un que tu connais bien.

-Sirius ?

Hilary se tourna vers lui, stupéfaite.

-Comment tu sais ça, toi ? Tu lis dans mes pensées, maintenant ?

-Non.

Hilary fut désorientée et préféra regarder ses pieds.

-Mais j'observe, répondit James. Je suis allé à Londres ou à Chicago, même à New York, avec toi, et tu ne regardes pas Sirius comme tu regardes les hommes que tu croises dans la rue. Tu ne le regardes pas non plus comme un ami, puisque je t'ai vu plusieurs fois en compagnie de Gabriel, l'année où je suis allé chez toi.

-J'étais petite, quand tu es allé chez moi, rappela la jeune femme. C'est normal que je ne regarde plus les garçons comme avant…

-Mais tu ne regardes pas Sirius comme n'importe quel autre garçon quand même, certifia James.

-C'est un ami, c'est tout…

-D'accord. Dans ce cas qu'est-ce que tu veux me dire sur lui ?

James ne croyait pas un mot à son explication. Hilary était Hilary : quand elle était face à un garçon, elle ne pouvait s'empêcher de jouer la rebelle pour lui montrer qui était le chef, et que ce n'était pas parce qu'elle était une fille qu'elle était faible. Elle n'avait pas ce comportement avec Sirius. Quand elle était avec lui, elle ne le prenait pas pour un rival, mais pour allié.

-Je voulais savoir…

Elle soupira.

-Bon, ok, tu as raison, Sirius n'est pas comme les autres et je voulais savoir si à Poudlard, il…

-Il a une petite amie ? hasarda James en sachant parfaitement quelle serait la réponse.

-Oui…

Hilary passa machinalement la main dans ses longs cheveux sombres et lisses. Elle était l'une des seules Potter à ne pas avoir hérité de la tignasse indomptable qui caractérisait la famille.

-Non. Sirius ne s'intéresse pas aux filles de Poudlard. Il l'a déjà dit cet été.

-Vous parliez de moi ? s'enquit Sirius.

James et Hilary, arrivés un tournant, se retrouvèrent nez à nez avec leurs cousins et amis, les bras chargés de provisions ayant toutes l'air plus délicieuses les unes que les autres. Un délicieux parfum de chocolat vint chatouiller les narines de James qui sentit son estomac grogner malgré le copieux repas qu'il avait avalé moins d'une heure auparavant.

-Non, répondit Hilary.

-Oui, répondit James au même moment.

Hilary lui écrasa discrètement le pied pour lui dire de se taire.

-Et vous disiez quoi sur moi ? interrogea Sirius.

Ses yeux luisaient de curiosité et un petit sourire se dessina sur ses lèvres.

-Rien ! dit aussitôt Hilary. Enfin rien d'intéressant. Nous parlions de… de tes…

-Petites amies, acheva James en souriant du coin des lèvres.

-Ce n'est pas un très bon sujet de conversation, ça ! plaisanta Sirius qui sembla ne pas saisir où son ami voulait en venir. Hilary, tu ne voudrais pas m'aider à porter ces gâteaux ? Quatre pour deux mains, c'est un peu dur… James, on a trouvé une lettre pour toi, dans la cuisine. Demande à Oboulo, il l'a mise à l'abri des projections de pâte à tarte.

James haussa les sourcils.

-Une lettre ?

-Oui. Mais nous ne savons pas de qui elle vient, répondit Klaus. Va voir par toi-même !

-Ouais, c'est ce que je vais faire. Mais vous m'attendez avant de commencer le punch, ok ?

Les autres hochèrent la tête et commencèrent à monter prudemment l'escalier.

-Tu ramèneras de l'eau pour Luke, Steven et Noami pendant que tu y es ! lança Klaus.

Les trois concernés ne se gênèrent pas pour afficher leur mécontentement, mais il suffit de leur montrer du doigt le bureau à l'étage supérieur pour qu'ils se taisent.

Quand James entra dans la cuisine, Oboulo l'accueillit aussitôt avec dans les mains la lettre dont il était question.

-Le maître a donné cela à Oboulo, monsieur. Le maître a dit à Oboulo : « tiens, tu la donneras à James quand tu le verras ».

Il tendit l'enveloppe à James qui la saisit avec curiosité. Ainsi, elle venait de son père… Avait-il enfin décidé de lui présenter ses excuses ?

D'un geste sec, il la décacheta et en sortit le morceau de parchemin. Pas de doute possible : c'était bel et bien l'écriture de son père…

Mon cher James,

Je n'ignore rien de la surprise que tu vas ressentir en découvrant cette lettre. Mais puisses-tu la lire jusqu'au bout malgré ta rancœur envers moi.

J'aurais aimé pouvoir te dire en face tout ce que je vais te dire sur papier, mais je doute que j'en aurai l'occasion. Au moment où tu me liras, je serai certainement dans mon bureau avec les autres membres de l'Ordre du Phénix, et dans les jours qui suivront, je pense ne pas être très présent à la maison, et je n'ai pas envie de gâcher Noël en reparlant de tout ce qui est arrivé depuis la semaine précédent le début des vacances. Je préfère le passer comme nous l'avons toujours passé, à tes côtés, aux côtés de ta mère, et cette année aux côtés de tout le reste de la famille. Qui sait si j'aurai l'occasion de vivre un autre Noël après celui de cette année ? L'avenir est tellement compromis, désormais…

Mais je ne dois pas laisser cette pensée obscurcir mon esprit comme je l'ai fait jusqu'à présent. Tu dois comprendre que pour moi aussi, c'est dur. J'ai blessé mon fils auquel je tiens tant au lieu de le rassurer et de profiter de sa présence tant que je le peux. C'est quand tu m'as tourné le dos devant Fudge que j'ai compris que mes erreurs à moi étaient peut-être pires que celle que tu as commise au Ministère. Un père ne devrait jamais se comporter ainsi avec son fils. Le peu de lumière qu'il reste pour l'avenir a réussi à m'aveugler. Je n'ai pas su sentir les remords qui coulaient dans tes veines après l'assassinat de Milicent Bagnold, et au lieu de te rassurer, j'ai enfoncé le couteau dans la plaie. Je suis maintenant prêt à faire n'importe quoi pour que tu me pardonnes. Ta mère a raison, quand elle dit que cette histoire m'a rendu fou. C'est juste que Voldemort nous causait déjà assez d'ennuis sans que nous ayons besoin d'un second homme à affronter. Et encore moins d'un second homme prenant la tête de la communauté, car cet homme là est intouchable. Ou du moins, il l'est jusqu'à ce que nous le démontions. Mais je ne te cache pas qu'un sorcier tel que Rush ne se laisse pas faire aussi facilement. Dumbledore pense que notre plus grande chance de l'abattre est de faire en sorte que Voldemort se sente menacé par sa présence, et décide de lui régler son compte tout seul. Mais tout ce que nous devons faire pour cela est dangereux, et c'est là la raison de notre silence. Nous allons faire des choses qui ne te plairont pas. Mais nous allons les faire quand même, car sans elles le pays va droit à la chute. Ta mère et moi avons parlé, après ta convocation, et elle m'a fait ouvrir les yeux sur le fait que c'est justement parce que nous allons risquer notre vie (encore plus qu'à l'ordinaire, je m'entends) que tu auras besoin de savoir que nous serons toujours là pour toi. Peu importe si venir te voir fait tomber à l'eau tous nos plans, si tu es danger, nous serons là. Et te parler comme je t'ai parlé l'autre jour n'était pas la meilleure façon de te le montrer. Je ne peux m'empêcher de me sentir mal à la simple idée de ce que j'ai pu te dire, et j'ai honte de mon comportement. Tu es en vie, et pour moi c'est ce qui a toujours compté, qui compte et qui comptera toujours plus que tout le reste. J'ai voulu te le dire au moins dix fois, depuis que je t'ai convoqué, mais je n'en ai jamais eu le courage. Les rôles se sont inversés : c'est moi qui ne voulais pas affronter la déception de tes yeux…

Bientôt, tu retourneras à Poudlard et nous ne nous verrons pas avant un long moment. Nous mettrons nos plans à exécution selon les indications que nous donnera Dumbledore après notre réunion, et pour nous comme pour toi commencera une dure période, une période d'absence et de souffrance, certainement. De doute, aussi. De doute et d'incertitude en ces temps qui sont tout aussi incertains. La guerre est un gros nuage qui volera au-dessus de toi, autour de toi, en toi, et qui tentera de te faire craquer, mais jamais tu ne céderas. Tu resteras fort et te ne plieras pas, en temps que digne Potter que tu es. Je le sais. Mais sois toujours sur tes gardes, et n'oublie jamais tout ce que je t'ai appris à cette époque où le Mal n'était qu'une menace loin, très loin. Et quoiqu'il arrive, souviens-toi que tout ce que nous faisons, nous le faisons pour toi. Les risques que nous allons prendre, nous les prendrons pour toi. Les coups que nous allons encaisser, nous les encaisserons pour toi.

Prends bien soin de toi, et veille sur ta mère quand je serai parti. Et garde en sécurité la dague que je t'ai confiée. Je n'aurai pas l'occasion de te le redire aussi clairement que dans cette lettre. Ne me pose pas de questions sur mon départ, tu comprendras bien assez tôt.

Avec tout mon amour,

à toi, James, mon digne fils.

Williams.

James resta un instant les yeux posés sur le parchemin, l'esprit embrumé. Il n'était pas certain d'avoir absorbé toutes les informations que contenait cette lettre. Tout allait bien trop vite pour lui : à peine une heure auparavant, son père était ce bloc de glace qui l'ignorait, et désormais, il était un père rongé par les remords qui allait partir il ne savait où, il ne savait quand. Et il y avait ces choses qu'il allait faire avec sa mère, et qu'il n'apprécierait pas…

Un éclat de rire provenant de l'étage supérieur parvint jusqu'à ses oreilles mais son cerveau ne réagit pas. Pourrait-il vraiment s'amuser avec ses cousins et Sirius tout en sachant ce qu'il venait d'apprendre ? Les excuses de son père, il les acceptait sans broncher, et était même heureux de les lire, mais tous ces avertissements lui faisaient peur. Il avait peur de ce qui allait arriver, et de ce que ses parents allaient faire pour lui. Là était sa plus grande faiblesse, il le savait : ses parents avaient trop d'importance pour lui, et s'il arrivait quoi que ce soit à l'un d'eux, il serait complètement réduit à la merci de quiconque s'en prendrait à lui. Il le savait mais ne comprenait pas pourquoi il était si dépendant. Il y avait des tas de gens qui avaient été élevés comme lui, dans cette bulle d'amour et d'attention, et qui pourtant ne craignaient pas tant ce qui pouvait arriver à leurs proches, mais lui ? Pourquoi réagissait-il comme cela dès qu'il apprenait que ses parents allaient mettre leur vie en danger ? Ils étaient deux aurors formidables, et des risques ils en prenaient tous les jours sans jamais se faire atteindre, aussi il devrait avoir confiance en leurs pouvoirs, mais il n'y parvenait pas. Il y avait quelque chose qui l'empêchait d'ignorer leurs actes. Quelque chose qu'il n'arrivait pas à cerner.


-Aïe, j'ai la tête lourde… marmonna Sirius d'une ensommeillée en se réveillant le lendemain matin. James, t'es où ?

James le vit du coin de l'œil le chercher du regard dans la pièce et s'arrêter quand il le trouva.

-Qu'est-ce que tu fais ? bredouilla-t-il. Jamesie ?

James relisait pour la dixième fois au moins la lettre de son père, accoudé au rebord de la fenêtre qu'il avait ouverte malgré les gros flocons de neige bien blanche qui tombaient dans le jardin et sur la forêt. Une brise d'hiver venait souffler dans le creux de sa gorge et le faisait frissonner, alors que ses oreilles rougies par le froid le suppliaient de refermer la fenêtre et de retourner au chaud dans son lit, mais James ne supportait plus cette chaleur qui emplissait sa chambre. Tous s'étaient endormis sur la moquette, hormis Anthony qui avait élu domicile sous sa couette et qui ronflait encore alors que les autres ne dormaient plus que d'un sommeil léger, parfois perturbé par un souffle d'air froid. Quand il avait voulu les rejoindre, la veille, il s'était rendu compte qu'il lui était impossible de traverser sa chambre, tant ils s'y étaient étendus, et qu'il lui était impossible de les réveiller, de quelle manière que ce soit. Il avait essayé de les secouer, de leur jeter de l'eau sur la figure, et les avait même menacés que si tout cela était une mauvaise plaisanterie, il leur en voudrait à vie et dirait à ses parents de ne plus jamais les laisser revenir. Mais aucun d'eux n'avait bougé, et il avait compris que ce n'était pas une mise en scène. Il avait alors cherché ce qui avait pu les faire dormir si vite, eux qui n'avaient presque pas touché aux biscuits (il n'était pas étonné de voir qu'ils n'avaient pas tenu leur promesse et ne pouvait pas leur en vouloir d'avoir succombé à l'odeur sucrée), et son regard s'était posé sur le saladier rempli de punch. Quand Lucy le leur avait préparé sans même ronchonner, ils ne s'étaient pas méfiés. Avec du recul, James avait trouvé étonnant qu'elle ait accepté. Il avait bu une petite gorgée de la boisson et avait comprit : elle les avait bien eu, tous. Aucun pétillement dans la bouche, pas même un arrière goût fruité. Juste quelque chose qui lui rappelait vaguement les somnifères de Miss Pomfresh…

Alors il les avait laissés dormir, avait pris quelques provisions et était monté au dernier étage, dans une chambre qu'il aimait beaucoup sans qu'il sache pourquoi. Bien que vide, elle était un peu plus grande que la sienne, et aurait pu accueillir environ deux lits de taille moyenne. Une salle de bain avait été installée juste à côté, et un cabinet de toilettes. L'étage renfermait également une seconde chambre à coucher et une autre pièce, meublée d'un canapé, d'une table et de poufs particulièrement confortables. Néanmoins, cette salle restait plutôt vide pour sa superficie, et James avait l'impression que son aménagement avait été abandonné quelques jours après son commencement. Il n'avait jamais posé la question à ses parents, de peur de les voir retirer le mobilier pour le mettre ailleurs, ou au contraire de les faire rependre l'aménagement. Ces deux cas signifiant pour lui la même chose : l'impossibilité d'y jouer ou tout simplement d'y être tranquille. Cet étage était un peu comme sa maison dans sa maison : quand il était petit, il n'était pas resté souvent dans sa chambre et avait préféré y venir. Il s'y sentait mieux. Pour une raison inconnue, une nouvelle fois. Tout son être était fait de préférences, de traits de caractères dont il ignorait la provenance, et depuis longtemps il avait cessé de se poser des questions sur lui-même. Chaque homme n'était-il pas ce qu'il était, tout simplement ? Réfléchir aux origines de ces caractéristiques qu'il ne pouvait expliquer sans jamais parvenir à une conclusion l'avait lassé, et avec le temps il avait appris à aimer ces mystères dont il était empli. Pourquoi était-il si accroché à ses parents ? Pourquoi passait-il le plus clair de son temps à un étage presque abandonné ? Pourquoi la plupart des photos qu'on avait faites de lui avaient été prises après ses trois ans ? Et plus récemment, pourquoi entendait-il cette voix à chaque fois qu'il se trouvait en présence d'un détraqueur ?

Il était resté quelques minutes dans cette chambre vide, et avait ouvert la fenêtre pour regarder les étoiles et laisser ses pensées vagabonder loin de cette lettre et des nouvelles questions qu'elle avait entraînées. Puis il s'était enfoncé dans un des poufs de l'autre pièce, en l'imaginant telle qu'elle aurait été s'il avait eu le droit de l'aménager selon ses désirs. Inconsciemment, il mettait à chaque fois deux modèles des choses qu'il aurait ajoutées au décor. Etait-ce un signe que Lily était loin d'être oubliée ? Il n'en savait rien. Encore une nouvelle question sans réponse…

Il avait entendu la réunion se terminer et toute la famille aller se coucher aux étages inférieurs, puis, avec le petit matin, la solitude avait commencé à apparaître, et il retourné dans sa chambre au premier étage. Il avait réussi à se frayer un chemin vers la fenêtre, qu'il avait elle aussi ouverte, la lettre à la main. Jusqu'à ce que Sirius se réveille…

-Tu ne dors pas, Jamesie ?

-Non.

Sirius refit le tour de la chambre du regard et bailla longuement.

-Pourquoi tout le monde dort, ici ? On avait dit qu'on ferait nuit blanche…

-C'était sans compte sur les bons et loyaux services de Lucy, déclara James à voix basse. Elle avait placé un somnifère dans le punch, qui n'en était pas vraiment un.

-Vive la solidarité, marmonna Sirius. Les petits dorment aussi ? C'est à cause du somnifère ou parce qu'ils étaient fatigués ?

-Les deux, sûrement. Ils ne se sont pas réveillés quand je vous ai tous shooté dans le ventre pour voir si vous me faisiez une mauvaise blague…

-Ah, ok… Tu as fait quoi ?

James sourit. Il adorait Sirius quand son esprit était ralenti par l'horaire matinale.

-Je plaisante ! dit-il en se décidant enfin à se tourner vers l'intérieur de la pièce.

-Mouais, j'espère… Mais comment tu as fait pour résister au somnifère ?

-Je n'en ai pas bu, Patmol, tu ne te souviens pas ?

-Non…

Sirius frissonna.

-Tu ne voudrais pas fermer la fenêtre ? Ca caille…

-Si tu veux…

-Ah, ça y est, je me souviens, s'exclama soudain Sirius. Tu avais eu une lettre et tu étais resté la lire en bas. Comme tu étais long, on a commencé sans toi, et… Et voilà… Quand je pense au gaspillage de nourriture…

Il bailla à nouveau et voulut se gratter le dos, mais réalisa avec dégoût qu'il avait un soufflé au chocolat écrasé sur son tee-shirt.

-Oh non… soupira-t-il. On va tous en avoir partout, maintenant… Mais dis-moi, il est quelle heure ?

-Pas loin de cinq heures.

-La réunion est finie, du coup ?

-Ouais, depuis une heure et demie à peu près…

-Ah… Ca nous aurait laissé largement le temps de tout manger, alors… Dis, ta cousine il va falloir qu'on se venge d'elle, demain ! Enfin tout à l'heure, quoi !

James sourit.

-Aucun problème.

L'estomac de Sirius gargouilla bruyamment et réveilla Hilary, non loin de lui. James pouffa de rire en voyant à la lumière du clair de lune les plis qui avaient marqué son visage pendant la nuit.

-Queleurilé ? bafouilla-t-elle.

-Encore trop tôt pour le petit déjeuner, malheureusement, se plaignit Sirius. Rendors-toi…

-Non, ça va aller… Mais on n'était pas censé faire nuit blanche ?

Alors James répéta une seconde fois son récit, sous les protestations du ventre de son ami.

-Oh, saleté de cousine, pesta Hilary. Elle va voir, celle-là ! Je me vengerai, promis juré…

-On sera deux, comme ça, révéla Sirius. Argh, j'ai faim !

-Je vais chercher un truc à grignoter dans la cuisine, si tu veux, proposa James. Ou alors il reste quelques biscuits au gingembre que j'ai mis en sécurité en haut…

-Prends le tout, dit Sirius.

James ne protesta pas. S'il devait faire tous les étages, Sirius et Hilary seraient plus longtemps seuls tous les deux. Et c'était exactement ce qu'il voulait. Que désirer de mieux que de voir sa cousine préférée avec son ami préféré ? Hilary craquait pour Sirius, c'était évident. Quant à Sirius, peut-être allait-il la trouver à son goût… Hilary était différente de toutes filles de Poudlard. Elle était un peu du genre de Gwenog, mais en plus jolie et en un peu plus rebelle. Si cela ne convenait pas, Sirius était vraiment un cas désespérant –et désespéré…

Pour la deuxième fois de la nuit, il se retrouva entrain de déambuler dans les couloirs vides, porté par le silence du manoir. Silence bientôt troublé par le son d'un filet d'eau coulant au-dessus de sa tête, sans doute provenant de la salle de bain du quatrième étage. C'était étrange. D'habitude, cette salle d'eau n'était utilisée qu'en cas de dernier recours, quand la file d'attente pour celle du premier étage se faisait trop longue. Qui avait pu bien briser la tranquillité de cette partie du manoir ?

Sa curiosité guida ses pas vers l'escalier menant au deuxième étage, où toutes les chambres étaient occupées. Il entendit les ronflements de Bruce et les marmonnements Lucy, qui avait la fâcheuse manie de parler dans son sommeil, mais ne s'arrêta pas et continua son ascension jusqu'à l'étage qu'il désirait atteindre. Là, il tendit l'oreille et patienta jusqu'à ce qu'un autre bruit vienne résonner dans le couloir. Il ne dut pas attendre bien longtemps, car il avait à peine fait un pas qu'il perçut le grincement d'une fenêtre qu'on ouvrait –celle-là même qu'il avait ouverte quelques heures plus tôt. C'était justement là qu'il avait déposé les biscuits au gingembre…

-Papa ? s'étonna-t-il entrant dans la chambre. Qu'est-ce que tu fais là ?

Williams se tenait là, droit et fier, devant le carré de ciel que laissait apercevoir la fenêtre. Les étoiles avaient quelque chose de captivant, à Æternum Asylus. James ne connaissait qu'un seul endroit où l'on pouvait les voir aussi bien : Poudlard, du haut de la tour d'astronomie. Son père, comme lui, aimait combattre ses insomnies en les admirant jusqu'à ce que ses yeux lui fassent mal. Mais James ne l'avait jamais vu venir à cet endroit précis pour les observer. Il ne l'avait d'ailleurs jamais vu dans cette pièce, et très rarement à cet étage.

-Ah, James, c'est toi… murmura Williams. Tu ne dors pas ?

-Toi non plus, dit simplement James.

-Moi c'est normal. Je ne dors pas beaucoup, ces temps-ci.

Mr Potter tourna son visage vers son fils qui sentit ses entrailles se serrer à la vue des rides qui avaient pris le contour de ses yeux, bien qu'il ne fût pas très âgé.

-Mais toi ? Tu es jeune, et encore loin des soucis d'un auror de longue date comme moi. Pourquoi ne dors-tu pas ?

-J'ai lu ta lettre…

Williams entrouvrit la bouche de surprise et reporta son attention sur les étoiles.

-J'y ai dit tout ce que j'avais à dire, déclara-t-il. Je n'ajouterai rien, à part peut-être d'autres excuses, si celles que je t'ai données ne te suffisent pas…

-Elles me suffisent, assura James. Je ne t'en demandais même pas tant.

-Alors pourquoi ma lettre t'empêche-t-elle de dormir, fiston ?

James vint le rejoindre au bord de la fenêtre et se plaça juste à côté de lui. Leurs épaules se touchèrent. Williams inspira profondément et parut las.

-Ne dis rien, James. Je connais déjà la réponse… Mais je n'ajouterai rien.

-Il y a tant de questions auxquelles je ne peux apporter de réponses, supplia James. Je t'en prie, Papa, explique-moi…

-T'expliquer quoi ? Pourquoi tout tourne au massacre ? Comment nous en sommes arrivés là ?

-Juste pourquoi est-ce que tu dois partir…

-Harper avait raison, l'autre jour. Le vent est entrain de tourner. Je lutte contre les partisans du Mal. Rush en est un. Je ne vois pas comment je pourrais être plus clair.

-Tu vas fuir ?

-Ai-je l'air d'être un homme fuyant ses problèmes ?

-Non.

-Alors pourquoi poses-tu cette question ?

James ne répondit pas et pendant une minute, ou deux, ou trois, ils restèrent là, à se perdre dans la multitude d'étoiles de la voûte céleste.

-C'est étrange de penser que ces étoiles que nous regardons sont aussi éphémères que nous, dit soudain Williams. En les observant, on a l'impression qu'elles brilleront à jamais, et pourtant certaines d'entre elles ont déjà explosé, là-bas, loin dans l'univers…

Explosion… James en avait entendu plus d'une, cette année. Des explosions, des cris, et une silhouette méconnaissable. Son père savait-il quelque chose ? Il ne lui avait même pas parlé de ces visions. Juste mentionné au cours de sa convocation, et il n'avait pas saisi…

-Papa ?

-Hm ?

-Ai-je déjà assisté à une bataille, autre que celle d'avant les vacances ?

Les sourcils de Williams se froncèrent alors que celui-ci dévisageait son fils comme s'il venait de se métamorphoser devant lui.

-Pourquoi est-ce que tu veux savoir ça ? demanda-t-il, soupçonneux.

-Oh, pour rien. C'est juste que quand je suis devant un détraqueur, j'ai comme l'impression d'assister à un horrible événement, et comme je ne me souviens pas d'avoir un jour vécu quelque chose de tel…

-C'est parce que tu n'as jamais rien vécu de tel, répondit Williams. Ce ne sont pas des choses qu'on oublie comme ça.

-C'est aussi ce que je me suis dit, rassura James. Mais on ne sait jamais…

-Tu as raison. On ne sait jamais…

Il y eut un nouveau silence.

-Papa ?

-Oui ?

-Je suis heureux qu'on se soit réconcilié…

Williams sourit.

-Moi aussi, James. Si tu savais comme moi aussi, je le suis…


Ce fut une neige incessante qui tomba la nuit de Noël. Toute la famille était finalement restée fêter l'événement et pendant une journée, chacun oublia un peu ses soucis. Mr Potter n'alla pas travailler et se montra plus jovial qu'il ne l'avait été de tous les jours de la semaine réunis. James ne se souvenait pas d'avoir un jour eu autant de cadeaux en un seul Noël. Chacun de ses oncles et tantes lui avait trouvé un petit quelque chose à offrir, et l'ambiance fut si détendue que Rosanna laissa tout le monde goûter au punch exotique (un vrai, cette fois) préparé par Oboulo. Ce mélange de picotements, de fruits, d'épices et d'alcool ne fit qu'égayer un peu plus tout le monde, et la soirée de Noël se termina en un bal complètement frivole où chacun tenta de trouver une partenaire avant les autres : les filles étaient moins nombreuses que les garçons. James et Sirius rirent comme des fous lorsqu'ils se retrouvèrent ensemble, et firent tellement les imbéciles que tout le monde s'arrêta pour les regarder. A la fin de leur danse, ils eurent même droit à une vague d'applaudissements.

Mais alors que les douze coups de minuits terminaient de sonner, Whitney, dont le ventre avait doublé de volume depuis l'été, dut être emmenée de toute urgence à la Maternité Magique, en plein cœur de Londres. Peter fut complètement paniqué de voir sa fiancée sur le point d'accoucher, et laissa à Lara, la femme de Tom, le soin de s'occuper d'elle. Quelques heures après, James et ses cousins, contraints de rester au manoir en surveillance de Britney (qui, étant moldue, n'avait désiré suivre les autres dans un lieu magique, de peur de se ridiculiser), apprirent que la famille venait de s'agrandir : le nouveau membre avait été appelé Noël.

-Encore un garçon ? bougonna Hilary. Y en a marre, des gars ! Sophia, l'ennemi se multiplie ! Vivement qu'on rentre aux Etats-Unis, au moins il y aura des filles, parce que là, on est envahi par les hommes !

Les deux filles se mirent à rire alors que Britney secouait la tête d'amusement.

-Vous pouvez attendre, alors, dit-elle. Je crois qu'aucun retour n'a été prévu avant un long moment…

-Hein ? s'exclama James.

-Non. L'Ordre du Phénix a besoin que ses membres soient rassemblés à un même endroit, pour mieux agir. En Amérique, nous ne servions pas à grand-chose car nous nous sommes rendus compte que ni Rush, ni Vo… ni Vous-Savez-Qui n'y avait recruté de partisans…

-Si vous êtes en manque d'informations sur ce qui se dit pendant les réunions, contactez Britney Potter, commenta Melissa avec la même voix qu'aurait eu une présentatrice radio.

-Sans blague ? On va rester là ? s'exclama Hilary, les yeux écarquillés.

-C'est ce qui est prévu pour le moment, oui…

Tous les cousins se regardèrent avec cette même joie sur le visage, ce même désir de sauter partout pour montrer le plaisir qu'avait provoqué la nouvelle.

-C'est génial ! s'écria Anthony. Pas besoin d'aller en cours, c'est l'amusement total pendant toute l'année à Æternum Asylus !

Il tapa dans les mains de sa sœur Naomi.

-On pensera à vous quand vous serez tous les deux entrain de trimer pour vos examens ! lança-t-il à l'adresse James et Sirius.

-Ne parle pas trop vite, jeune homme, vous allez vous aussi aller à Podelard, assura Britney. A la rentrée, vous allez les accompagner, c'est déjà arrangé avec Dumblemore.

-C'est Dumbledore, Maman, corrigea Anthony. Et Poudlard.

-Peu importe. Vous avez déjà votre place là-bas. Alors pas d'amusement total, comme tu dis.

-Mince…

-C'est génial quand même ! dit James, les yeux pétillants de bonheur. Tous à Poudlard, on va s'amuser encore plus que si on était ici ! Sirius, imagine la tête de McGo qu'a dû faire quand elle a appris qu'elle ne devrait plus supporter un mais neuf Potter !

Sirius éclata de rire.

-Et le vieux Slug, alors ? Quand il va voir débarquer toute la tribu Potter !

Les deux amis partirent dans des délires plus fous les uns que les autres en songeant aux mines déconfites de Rogue, Lily, Rusard et tous les élèves qu'ils ne pouvaient pas supporter.

-Mais ils comptaient nous le dire quand ? demanda Klaus.

-Ce soir, mais comme la soirée a pris une tout autre tournure que celle que nous nous attendions…

-Il reste plus qu'à espérer que nous serons tous à Gryffondor, dit gaiement Sirius. Mais je vois mal des Potter à Serpentard…

-Bah, on ne sait jamais, répliqua James. Faut pas crier victoire trop tôt. A tous les coups on va tous être séparés… Et puis on ne sera pas tous dans la même année, alors…

-Moi je ne désespère pas, lança Hilary. Je vais tout faire pour que votre vie soit un enfer pendant tout le reste de l'année scolaire. Vous allez voir ce que vous allez voir !

-Hey, mais vous oubliez une chose, là dedans… bouda Steven. Nous, on va rester seul ici…

-Ouais, c'est nul… marmonna Luke.

-C'est ça d'être petit, mon ami, railla Hilary. James, je veux que tu me présentes ta Lily Evans dès qu'on arrive à Poudlard. Ok ?

-Tu risques de la reconnaître tout de suite, ricana Sirius. C'est la seule qui ne se retourne pas sur son passage, et c'est la seule qui crie plus fort que lui…

James fit mine de le frapper.

-Quoi, c'est vrai, non ? Tu as vu comme elle t'a crié dessus, l'autre jour ?

-Lily n'est pas une de ces midinettes qui te courent après, au moins, la défendit James.

-Mais je te rappelle que toi aussi, tu as des midinettes à tes trousses, Cornedrue !

-Plus pour longtemps, dit Klaus en riant. Je vois dans les yeux d'Hilary qu'elle va se transformer en tigresse pour les empêcher de toucher à son cousin préféré.

-Toi, tu la fermes ! grogna Hilary en souriant. Je veux d'abord voir cette Evans. Si j'estime qu'elle ne vaut pas le coup, je m'occupe d'elle.

-Pas question ! riposta James. Tu la laisses tranquille !

-Eh, du calme, intervint Britney. Les autres vont rentrer que vous serez encore entrain de vous chamailler à propos des filles de Podelard !

-C'est Poudlard, Maman !

-Oui, bon…


James n'avait jamais connu une rentrée aussi agitée jusqu'à ce jour. Quand le réveil sonna, il lui sembla que toute la maison se levait en même temps et on aurait pu croire qu'un troupeau d'hippogriffes traversait les couloirs au pas de course tellement il y eut de l'agitation. Ce matin fut l'un de ceux pendant lesquels l'utilisation la salle de bain du quatrième étage était une nécessité. Quand il fut l'heure de partir, on utilisa presque un sachet entier de poudre de cheminette. Et quand ils arrivèrent sur le quai 9 ¾, des regards curieux de savoir ce qui provoquait ce vacarme se tournèrent vers eux, et un agent vint leur demander de faire un peu moins de bruit. Mais l'excitation des cousins de James n'en fut pas moins grande quand ils découvrirent l'énorme locomotive rouge du Poudlard Express, qui siffla une fois pour avertir que le départ était imminent. Rosanna les poussa tous vers le train pour qu'ils se pressent d'y déposer leurs valises, puis ce fut le temps des séparations. Quelque chose se serra dans la gorge de James quand il repensa à la lettre de son père, qui n'était pas venu. Veille sur ta mère quand je serai parti… Ce serait sûrement imminent, maintenant.

-Allez, va, lui chuchota-t-elle à l'oreille. Tu vas rater le départ, sinon…

-Vous faites bien attention à vous deux, promis ? demanda-t-il avec empressement.

-Ne t'inquiète pas pour nous, mon chéri. C'est toi qui dois faire attention, d'accord ?

-Dis à Papa qu'il peut compter sur moi…

-Promis, je lui dirai… Mais va, James, dépêche-toi !

James la reprit brièvement dans ses bras avant de rejoindre ses amis dans le Poudlard Express. Ils avaient trouvé un wagon libre, dans lequel ils s'étaient tous entassés, mais ils allaient sûrement devoir se diviser en deux groupes. James en eut la certitude quand il vit Remus et Peter lui faire signe derrière la porte

-Moi j'ai une meilleure idée, dit Klaus.

D'un coup de baguette magique, il agrandit le compartiment qui devint presque aussi étendu que la chambre du quatrième étage. Les deux garçons sourirent et entrèrent.

-Je vous présente Remus et Peter ! s'exclama joyeusement Sirius. Les deux chaînons manquant ! Remus, Peter, voici une bonne partie des cousins de James. Alors, dans l'ordre en partant de la jolie fille à côté de moi : Hilary, Melissa, son frère Brian, Anthony, sa sœur Naomi, Chester, Sophia, et Klaus.

Remus et Peter se jetèrent un regard amusé.

-Je ne suis pas certain d'avoir tout retenu, avoua Remus en riant.

-Moi non plus ! lança Gwenog en faisait irruption dans le compartiment.

Elle était accompagnée de ses trois amies et de Franck. James sourit de satisfaction : tout le monde était là…

-Ca va, tout le monde ? demanda Gwenog sans aucune gêne. James, tu as l'air d'aller beaucoup mieux que la dernière que je t'ai vu ! Ca fait plaisir de te voir à nouveau souriant !

-Tu dois être Lily Evans, non ? rétorqua Hilary à l'adresse de Lily.

La jeune fille haussa les sourcils devant le regard noir qu'on lui lançait.

-Oui, c'est moi, répondit-elle prudemment. Pourquoi ?

-Oh, c'est juste que j'ai beaucoup entendu parler de toi, expliqua Hilary d'une voix qui sonna faussement détachée. En bien et en mal…

Aussitôt, Lily darda son regard sur James.

-Pourquoi tu le regardes comme ça ? lança Hilary. Personne n'a cité de nom, ici…

-Hilary, arrête, ordonna James.

-Et pourquoi donc?

-Parce que sinon…

Mais James ne trouva rien à dire.

-S'il te plait, laisse-la, soupira-t-il.

-Elle n'en vaut pas la peine, Jamesie, dit sèchement Hilary. Tu devrais la laisser tomber.

-Ok, je vois qu'on ne veut pas trop de moi, ici, marmonna Lily. Je m'en vais.

-Non, reste ! s'écria James. Hilary est un peu…

-Réaliste, acheva la concernée. Je suis réaliste.

-Tu ne la connais même pas ! se lassa James. Arrête, un peu !

-Bon, si vous me cherchez je serai à l'avant du train avec Evan, annonça Lily. Potter, dis à ta cousine de se calmer, parce que ça ne va pas se passer comme ça avec moi.

-Genre tu me fais peur, ricana Hilary. Allez, vas-y, dégage, je ne veux plus te voir…

Lily lui jeta un regard noir et claqua la porte derrière elle.

-Lily ! rappela Gwenog, vainement.

-Voilà, c'est bon, t'es contente ? rugit James. Tu as réussi à faire ce que tu voulais faire ?

-Ces filles-là, il faut leur tenir tête, se justifia Hilary. Leur montrer que ce n'est pas parce qu'elles ont un beau petit derrière qu'elles sont les dominatrices.

-Lily n'est pas comme ça ! gronda James. Combien de fois je t'ai répété que je ne supporte pas les filles comme ça ?

-Et quand elles réalisent qu'elles ne sont plus les chefs, là on peut les aborder, continua Hilary comme si elle n'avait pas entendu. Ta Lily, il faut la dominer. Quand elle réalisera qu'elle ne se fait plus désirer, alors là elle se rendra compte de ce qu'elle perd.

-Ce n'est pas l'envoyant balader de cette manière qu'elle s'intéressera à James, Hilary, tenta timidement Alice.

-C'est net, approuva Gwenog, en la méprisant tu ne feras qu'aggraver les choses…

-Ca tombe bien, je ne veux pas que mon cousin termine avec une fille comme ça. Elle lui a fait trop de mal et ne le mérite absolument pas.

-Et alors ? Ce ne sont pas tes affaires ! rétorqua Klaus. Tu commences fort, là ! Je savais que tu étais une petite rebelle, mais tu viens de te faire une ennemie avant même d'avoir atteint Poudlard !

-M'en fiche… bougonna Hilary.

-Je crois qu'au contraire, tu ne t'en fiches pas du tout, dit Sirius. Tu devrais aller t'excuser…

Elle ne répondit rien.

-Je vais aller la voir, déclara Gwenog.

-Non, j'y vais, soupira Hilary. Je vais aller lui présenter mes excuses, puisque je n'ai pas trop le choix.

-Je viens avec toi, dit sèchement James. Au cas où tu recommencerais tes bêtises…

-Tu crois que je vais recommencer ? rouspéta Hilary. C'est bon, je ne suis pas cinglée, non plus, je n'ai pas envie que tout le monde m'en veuille pour ce que je lui dit !

Elle leva les yeux au plafond et s'en alla à sa tour.

-Et bah dis donc, ça commence bien, ce trimestre… soupira Anthony. Mais au fait, c'est quoi vos noms ?

Ils passèrent les dix bonnes minutes qui suivirent à se découvrir mutuellement, et James bénit tous les dieux de plus ne provoquer aucune dispute. Le courant passait même plutôt bien, et Klaus et Franck riaient déjà ensemble comme s'ils se connaissaient de longue date lorsque Hilary revint, dépitée.

-Alors ? s'enquit James.

Sa cousine se laissa tomber mollement sur la banquette entre Gwenog et Hestia.

-Elle n'a rien voulu entendre. Toutes mes excuses, elle me les a renvoyées à la figure.

-C'est Lily tout craché, assura Gwenog. Mais elle va se calmer, ne t'inquiète pas. C'est souvent comme ça, avec elle : elle s'énerve et après elle réfléchit. Un peu comme toi, James.

Hilary enfouit son visage sous ses mains.

-Elle a dit qu'il fallait que tu ailles la voir, annonça-t-elle à son cousin.

-Moi ? s'étonna James.

-Oui. Mais tu ne devrais pas y aller.

-Pourquoi ?

-Parce que ça ne va pas te plaire…

-Ca ne sera pas la première fois, soupira le jeune homme en se levant.

Un doute s'était tout de même insinué dans ses veines et il pria silencieusement pour que sa cousine se trompe. Il n'avait aucune envie que tout reparte comme avant alors qu'ils commençaient enfin à s'apprécier –ou du moins il en avait l'impression… Et si jamais Lily voulait lui dire qu'elle ne voulait plus jamais le voir ? Si Hilary avait été lui raconter n'importe quoi, et qu'elle voulait mettre les choses au clair une bonne fois pour toutes, brisant tous ses espoirs ?

Mais quand il arriva à l'avant du train et qu'il trouva le compartiment où elle était installée avec Evan McCartee, il s'aperçut que ce qu'il avait imaginé n'était rien par rapport à la réalité. Son cœur tomba au fond de son ventre, ses entrailles se retournèrent, et ses poings se serrèrent de rage. Sa respiration se fit irrégulière et seulement portée par un désir de frapper, frapper pour évacuer sa jalousie. Il n'ignorait pas que Lily avait eu des petits-amis durant sa scolarité. Belle comme elle l'était, il ne pouvait en être autrement. Mais à chaque fois, une petite voix au fond de lui lui murmurait qu'il se trompait peut-être, que tout cela n'était peut-être que le fruit de son imagination. Ainsi, jamais la réalité ne lui était apparue si brusquement, si douloureuse. Jamais il n'avait vraiment vu Lily avec un garçon, jusqu'à cet instant où ses yeux se posèrent sur leurs deux corps enlacés. Il était forcément visible à travers la vitre de la porte, mais ils n'auraient pu le voir, car tous deux avaient ces yeux fermés qu'avaient toujours deux personnes entrain de s'embrasser langoureusement.

McCartee sur Lily, Lily serrant McCartee contre elle, McCartee touchant Lily comme si elle était sienne, et Lily caressant le dos de McCartee… Tout ça était trop insupportable pour que James puisse le supporter. Trop répugnant pour qu'il n'en soit pas répugné. Trop douloureux pour qu'il ne sente pas son cœur saigner…

Sa main se referma sur la dague de Gryffondor, bien fermement attachée à sa ceinture. Un instant, il eut envie de poignarder McCartee dans son dos, ce dos juste en face de ses yeux baignés de larmes de rage. Ce dos qui l'appelait… Mais les paupières de Lily se rouvrirent, et sa bouche quitta celle de McCartee. Son regard croisa celui de James et s'y fixa. Il crut qu'elle allait se lever et venir lui parler, mais elle n'en fit rien. Avec répugnance, James la vit refermer les yeux et offrir à nouveau ses lèvres. Alors, une vague de haine l'emplit, et il se promit de ne plus jamais aimer Lily Evans…


-Je t'avais dit de ne pas y aller, se désola Hilary.

-N'en parle même plus.

-Et je t'avais aussi dit qu'elle ne méritait pas ton amour…

-Je t'ai dit de ne plus en parler ! gronda James en tapant du poing sur la petite table qui séparait les deux banquettes.

Il avait passé la majeure partie du voyage seul, recroquevillé sur lui-même dans les toilettes, jusqu'à ce que le train ralentisse et qu'il se décide à rejoindre ses amis pour récupérer ses bagages. Dès lors, plus personne hormis sa cousine n'avait ouvert la bouche pour prendre la parole. Sirius l'avait interrogé du regard et Remus avait froncé les sourcils quand ils avaient vu son air dur, mais ils n'avaient rien dit. Tous avaient pris leurs valises et à tour de rôle étaient sortis du compartiment –Hilary avait bien pris soin de rester la dernière avec James.

-Si tu avais fermé ta grande bouche dès le début, on n'en serait pas, lâcha-t-il sévèrement.

-Je n'ai fait qu'accélérer les choses. Elle aurait fini par sortir avec ce porc, de toute façon. Je crois que c'est mieux comme ça, au moins tu ne te fais plus d'illusions… Il fallait bien que quelqu'un t'ouvre les yeux, non ?

-En m'ouvrant les yeux, tu m'as fait plus de mal que de bien, avoua James. Tu ne sais pas comme… comme j'ai envie de tout casser autour de moi, là, et d'exploser la face de rat de ce petit connard… Je pourrais même défoncer le train entier, si je n'avais pas peur de me faire virer de Poudlard…

-C'était abject de sa part, admit Hilary. Mais je t'avais prévenu…

-Je sais, que tu m'avais prévenu ! tempêta James.

Il poussa un juron et jeta sa valise au loin quand il atteignit enfin la sortie.

-Tu dois suivre Hagrid pour la traversée du lac, marmonna-t-il. Tous les nouveaux y passent…

Le demi-géant, gardien des clés du château, appelait déjà de sa grosse voix ses cousins.

-Bon, j'y vais, alors, soupira Hilary. James ? James, tu m'écoutes ?

Lily venait de passer, main dans la main avec Evan McCartee.

-Elle va payer pour le mal qu'elle t'a fait, jura Hilary. Elle n'avait pas le droit de jouer avec tes sentiments comme ça.

James eut envie de lui dire de la laisser en paix, et de ne pas lui faire de mal. Mais l'image de son corps contre celui de McCartee suffit à le faire taire. Après tout, si Hilary avait envie de calmer ses nerfs sur elle, il n'y pouvait rien. Et Lily n'était plus son amie, alors pourquoi prendrait-il la peine de la défendre ?

-James ! s'exclama Remus en accourant vers lui avec Sirius et Peter. Tu as la… (il tapota sa propre ceinture) sur toi ?

James mit quelques secondes avant de comprendre de quoi il voulait parler.

-Celle de Gryffondor ? Oui, pourquoi ?

-Ils vont nous fouiller, tous, haleta Peter. A l'entrée de Poudlard. C'est Diggory qui l'a dit.

-Qui ça, ils ?

-Les hommes de Rush, répondit Sirius d'une voix grave.

-Nom d'un dragon, mince ! s'exclama James. Qu'est-ce que je fais ?

-Tu prends la cape d'invisibilité, non ? proposa Remus. Elle ne doit pas être loin dans ta valise, si ?

James n'hésita pas une seule seconde et plongea dans sa malle à la recherche de sa précieuse cape qu'il revêtit dès qu'il eut mis la main dessus.

-Et je fais comment, avec mes affaires, moi ? Je ne sais même pas par où je dois passer pour éviter le contrôle !

-Le nouveau passage, rappela Sirius. Tu sais, celui qui passe par la cave de chez HoneyDukes ! Celui-là, personne ne le connaît, pas même Rusard !

-Et mes affaires ?

-On va les prendre, file ! lança Peter.

James s'exécuta et partit dans la direction opposée aux calèches sans chevaux censées les mener à Poudlard. Il ne savait plus vraiment où il en était, mais il ne se posa pas de questions avant d'avoir atteint HoneyDukes. S'il se faisait prendre, il serait directement renvoyé…

-Alohomora !

Il y eut un petit cliquetis la porte s'ouvrit toute seule. La boutique vide avait quelque chose de très différent de la boutique bondée qu'il avait l'habitude de visiter à chaque sortie au village. Personne ne s'entassait contre les étagères, et personne ne s'ébahissait devant les rayonnages tous plus attirants les uns que les autres. Plumes au sucre, dragées surprises de Bertie Crochue, chocogrenouilles, Fizwizbiz… S'il n'avait pas été en fuite, il se serait servi sans scrupule dans les boîtes et se serait régalé toute la nuit. Mais l'anxiété avait pris toute la place dans son estomac, et il n'aurait rien pu avaler.

C'était la première fois qu'il empruntait ce passage secret seul, et il dut bien mettre dix minutes avant de retrouver la dalle censée ouvrir l'entrée du tunnel. Il crut même que le son de ses pas finirait par alerter les propriétaires, aussi soupira-t-il de soulagement en s'engouffrant dans le passage.

Le tunnel lui parut plus long cette fois-ci, sans doute à cause de l'obscurité totale dans laquelle il aurait été plongé si un rayon de lumière ne sortait pas sa baguette, et de l'écho de ses pas que les murs répercutaient inlassablement, lui donnant à tout moment l'impression d'être suivi. Puis l'escalier qu'il attendait finit par arriver, et bien qu'il trébuchât quand son pied heurta la première marche, il se mit à courir, poussé par un sentiment de victoire et un apaisement certain. Jamais la vision de la statue de la sorcière borgne ne lui avait été si agréable.

A nouveau, il se rendit compte de l'urgence d'ajouter à la carte une fonction permettant de savoir où se trouvaient les professeurs et les personnes pouvant représenter un danger pour quiconque maraudait quand il ne le devrait pas. Les hommes de Rush s'étaient-ils rendus compte de son absence ? Patrouillaient-ils dans les couloirs dans le but de le retrouver et de le fouiller lui aussi ?

-Alerte, alerte !

James sursauta en reconnaissant la voix –ou plutôt les caquètements– de Peeves. Si l'esprit frappeur le trouvait, c'était fichu.

-Alerte à tous les petits filous, les hommes de Rush arrivent de partout !

Peeves apparut à un angle de mur, chantonnant gaiement, les mains autour de sa bouche pour remplacer un haut-parleur.

-Alerte à tous les petits filous, les hommes de Rush arrivent de partout !

Ils ne sont qu'au premier palier, mais ils vont tous les vérifier !

Si j'étais celui qu'ils cherchaient, je monterai les escaliers !

Peeves n'était pas particulièrement digne de confiance, mais James décida de le croire. L'esprit frappeur, croyant être seul dans ce couloir, s'était éloigné pour chanter sa chanson ailleurs. Alors, il se mit à courir aussi vite ses jambes le lui permirent. Ses mollets gémirent quand il franchit le premier escalier, mais il ne les écouta pas. Il fallait qu'il s'échappe, et qu'il trouve un endroit où cacher la dague.

Un deuxième escalier fut monté en quelques secondes, accompagnées de douleurs musculaires. Mais ce ne fut rien comparé à ce que ses jambes subirent quand elles durent affronter celui menant au septième étage, abrupt et très long.

-Il faut absolument que je trouve un endroit où cacher cette dague, songea-t-il alors qu'il passait devant une tapisserie à laquelle il ne prêta aucune attention.

Il parcourut les couloirs mais arriva à un cul-de-sac. Faisant demi-tour, il supplia ses jambes de ne pas l'abandonner.

-Il faut que je trouve un endroit où mettre ma dague !

Il lui semblait que seule cette pensée lui donnait assez de force pour tenir debout. Mais voyant qu'il revenait à l'escalier et que déjà, des pas se rapprochaient, il refit volte-face.

-Allez, juste un endroit où cacher cette dague de malheur !

Il fit un bond de surprise en voyant apparaître une porte au beau milieu du mur auparavant vierge devant lequel il était déjà passé trois fois. Mais sans prendre le temps d'hésiter, il tourna la poignée et entra dans ce qui ressemblait à une cathédrale. Ou du moins, la pièce en avait la surface. Des dizaines et des dizaines d'allées s'enfonçaient vers le fond, toutes supportant des objets plus ou moins insolites qui avaient été déposés –il en eu la certitude sans qu'il sache vraiment pourquoi– par des générations et des générations d'élèves.

Laissant de côté sa curiosité face à tout cet ensemble, il posa la dague sur la première étagère qui vint, à côté d'une hache encore tachetée de sang, et décida de la couvrir de sa cape d'invisibilité. C'était sans doute plus prudent…

Il ressortit avec l'étrange sensation d'avoir couru un marathon pour moldus et se prépara à affronter les hommes de Rush : il ne se faisait plus d'illusions quant à ses chances de s'en sortir. Sans cape et poursuivi, il allait se faire prendre quoiqu'il arrive.

-Il est là ! hurla un homme en surgissant derrière lui.

James ne tenta même pas de résister. La porte avait disparu et le mur était redevenu vierge. Un sourire carnassier se dessina sur ses lèvres : il serait puni mais n'avait pas failli à sa mission ; la dague était en sécurité derrière un mur dont la porte n'apparaissait pas toujours, et sous une cape qui la rendait invisible.

-Alors, on joue les rebelles ? rugit l'homme en lui agrippant le bras si fort qu'il lui enfonça ses ongles dans la peau. Je vais t'affliger une bonne correction, tu vas voir !

D'autres sorciers accoururent par le même couloir que lui.

-Qu'est-ce que tu as voulu nous cacher, hein ? interrogea l'un d'eux d'un air agressif.

Ses yeux noirs lançaient des éclairs. James le méprisa du regard, répugné par la graisseur de ses cheveux roux pourtant coupés courts.

-Gerland, sois gentil avec notre ami… murmura un autre homme, d'une voix mielleuse.

James le reconnut aussitôt.

-Abraxas Malefoy…

-C'est bien moi, en effet, James Williams Potter…

Grand et mince, Abraxas Malefoy était reconnaissable entre mille, en particulier grâce à sa longue chevelure blonde et lisse et ses airs supérieurs accentués par la canne d'or et d'argent qu'il emmenait partout avec lui.

-Descendez-le dans la Grande Salle, ordonna-t-il. Je veux que tout le monde puisse voir ce qu'il en coûte de désobéir aux ordres de Rush…

James se plia sans opposition à leur désir et avança jusqu'à la Grande Salle sans qu'ils aient besoin de le forcer. La répartition de ses cousins était sûrement terminée, désormais.

Le rouquin ouvrit la porte et le silence se fit aussitôt dans la salle. Cependant, James trouvait que les discussions avaient été plus discrètes qu'à l'ordinaire, où elles étaient perceptibles du couloir. Les hommes de Rush avaient déjà imposé leurs règles, visiblement…

-Abraxas, je vous prie de relâcher ce jeune homme, dit courtoisement Dumbledore en se levant de son siège. Je ne tolère aucun mauvais traitement pour mes élèves.

-Fouillez-le, somma Malefoy à sa troupe d'hommes. Videz toutes ses poches.

-Abraxas, il me semble vous avoir demandé quelque chose, lança Dumbledore.

-Un ordre est un ordre, répliqua Malefoy, et j'ai reçu l'ordre de fouiller chaque élève de votre école en punissant les éventuels perturbateurs.

-Et moi je vous donne l'ordre de le laisser !

-Il n'a rien dans ses poches, Monsieur, rapporta le roux.

Malefoy fronça les sourcils et mit lui-même ses mains dans chacun des endroits susceptibles de cacher quelque chose. Son visage se déforma par le dédain quand il dut admettre que James n'avait plus rien sur lui.

-Tu t'en es bien sorti, dans ta petite cavalcade, n'est-ce pas ? dit-il entre ses dents.

James n'entendit pas la formule qu'il prononça mais se sentit s'élever dans les airs, le corps paralysé. Il monta, monta, puis le câble invisible qui le tirait vers le haut se relâcha, et il retomba mollement au sol. Ses genoux fléchir sous le choc et la douleur remonta jusqu'à son dos alors qu'il s'étalait à terre.

-Abraxas, je vous ordonne d'arrêter ! hurla Dumbledore alors que des cris retentissaient d'un peu partout dans la Grande Salle.

-James ! cria Sirius en bondissant du banc sur lequel il était assis. James, tu vas bien ?

Mais il ne put même pas atteindre son ami car deux hommes le maintinrent hors de portée.

-Rush risque d'en vouloir beaucoup à la famille Potter après cela, railla Malefoy. Ton père s'est déjà mis dans sa ligne de mire, et ton comportement n'arrangera pas les choses, mon garçon. Tu peu être fier de toi…

-Mon père ? Quoi, mon père ? s'enquit James se relevant difficilement.

-Ton père a été contraint de prendre la fuite la nuit dernière, annonça Malefoy. Tu ne le savais pas ?

Il lui adressa un rictus et s'éloigna vers la sortie de la Grande Salle, ses hommes à ses talons.

-Rush sera mis au courant de ce qui se passe dans ce château, Dumbledore. Je vous conseille de faire attention à vous… et de profiter de vos derniers jours en tant que directeur.

C'était désormais certain : plus rien ne serait comme avant. James fut autorisé à regagner son dortoir sans être interrogé, mais cela changeait-il quelque chose ? Son père était en fuite pour avoir tenu tête à Rush. Lily sortait avec cet Evan McCartee et semblait heureuse d'être avec lui. Dumbledore fut déchu de ses fonctions dès le lendemain matin, et Hilary avait été envoyée à Serpentard.

James ne put s'empêcher d'avoir l'impression que tout autour de lui s'écroulait…



Voilà un dixième chapitre, un peu du même style que le précédent. J'espère qu'il vous plaira tout autant!

Merci à mes reviewers du dernier chapitre! Vous vous êtes manifestés tard, mais vos petits messages étaient de qualité. Merci beaucoup!
Mu: Je suis vraiment très contente que ma fic te plaise autant! Ca me touche beaucoup que ce soit ta préférée de toutes celles que tu as lues, merci! et merci aussi pour mon anniversaire! Cette année tu auras été la deuxième à me souhaiter qu'il soit bon! J'espère vraiment que je ne te décevrai pas par la suite! Biz et à bientôt peut-être!

Voilà pour cette fois! Le prochain chapitre, des nouvelles de Williams, sera sans doute posté mercredi prochain. Certains passages vous rappelleront sans doute l'épisode "Ombrage" que tout le monde ici connaît bien, mais c'est volontaire! En tout cas j'espère que ça vous plaira!

Bonne lecture!