Bonsoir, je vous avoue que je suis un peu nerveuse pour ce chapitre. C'est, à mes yeux, le plus important actuellement de l'histoire et j'espère que je ne me suis pas plantée dans son écriture. J'ai fait de mon mieux, en espérant que ça vous plaise également. Certains passages seront peut-être un peu difficiles à lire, je préfère prévenir.
J'en profite également pour répondre aux reviews anonymes que j'ai reçues sur mon dernier chapitre et qui m'ont vraiment fait plaisir.
Guest: merci pour ton commentaire! :) Et je te rassure pour Izaya, je l'aime beaucoup trop pour lui faire ça.
Personne inconnu: merci à toi pour ta review! Désolée, la suite est arrivée plus tard que prévu, mais elle est bien là! En espérant qu'elle soit à la hauteur de tes attentes!
En tout cas, merci pour vos encouragements! Je vous souhaite une bonne lecture.
10. Je te hais
Shinra paressait dans le divan devant une série quelconque, en attendant le retour de Celty. Il n'avait rien compris au dénouement de l'intrigue. Il essayait de saisir comment le meurtrier avait bien pu commettre ce crime lorsque sa porte d'entrée s'ouvrit d'un coup brusque, le faisant sursauter. Il eut à peine le temps de comprendre ce qui se passait que la voix de Shizuo s'élevait déjà dans le hall.
« I-za-ya! Cette fois, j'te jure, je vais pas te louper! »
Merde! D'un coup, Shinra oublia toute fatigue et se redressa. Il courut tellement vite qu'il faillit tomber plusieurs fois, glissant sur ses chaussettes.
« Shi... Shizuo, balbutia-t-il, incrédule. Qu'est-ce que tu fais là? »
La question était plus réthorique qu'autre chose vu ce que le blond avait crié en rentrant, mais il essayait de gagner du temps. Mine de rien, il se plaça entre Shizuo et la porte de la chambre d'Izaya, qui ne se trouvait qu'à quelques mètres de là. Son cerveau se mit à tourner à cent à l'heure. Qu'est-ce qui s'était passé? Il voyait bien le sang qui coulait sur le visage de l'ancien barman, mais comment ce dernier avait-il pu faire le lien avec Izaya? Shinra tâchait de faire bonne figure, mais il n'en menait pas large. Il n'arriverait jamais à résonner Shizuo et il savait bien qu'il ne pourrait pas le retenir bien longtemps non plus. Pourquoi avait-il fallu qu'il débarque juste quand Celty n'était pas là?!
« Laisse-moi passer, gronda alors Shizuo tout en lui lançant un regard orageux.
— Ecoute, quoiqu'il se soit passé, Izaya n'y est pour rien, je te ju... »
Mais Shinra n'eut pas le temps de finir sa phrase. Shizuo le repoussa alors avec une seule main, d'une colère mal contrôlée, le faisant tomber de toute sa longueur sur le sol. Le blond respira fortement et ne lui accorda même pas un regard. Ça faisait longtemps que Shinra ne l'avait plus vu dans une telle rage. Merde, il ne fallait pas qu'il s'approche d'Izaya! Il devait l'arrêter et tout faire pour l'éloigner d'ici! Mais à peine se fut-il remis sur ses pieds que Shizuo ouvrait déjà la bonne porte d'un geste tellement fort que cette dernière s'écrasa contre le mur dans un bruit sourd. Shinra retint alors son souffle. C'était trop tard...
Izaya avait trainé le plus longtemps possible dans le salon. Malgré la fatigue qui se faisait de plus en plus ressentir, il ne voulait pas aller dormir et être à nouveau confronté à ses cauchemars. Même s'il avait cessé sa rééducation, ses mauvais rêves, eux, ne s'étaient pas arrêtés pour autant. Il n'en avait toujours pas parlé à Shinra. Il savait que ça ne servirait à rien de toute manière. Qu'est-ce que le médecin pouvait y faire? Lui donner des somnifères? Ça ne règlerait rien. Le problème n'était pas de trouver le sommeil. Il ne voulait pas dormir, c'était ça le vrai souci.
Mais à vingt-trois heures passées, il commençait à sentir le regard désapprobateur de Shinra. Ce dernier n'était pas dupe, il voyait bien qu'Izaya avait grand besoin de repos. L'informateur fit alors mine d'aller se coucher pour éviter les questions. Shinra était déjà suffisamment sur son dos depuis l'arrêt de ses séances de rééducation. Il se glissa alors dans son lit et lut un peu. Il voulait surtout se vider l'esprit. Plongé dans sa lecture, il ne vit pas le temps passer. Au bout d'un moment, il se sentit enfin somnoler. Il ferma alors son livre et atteignit la lumière. Il était tellement fatigué par ces longues nuits sans sommeil qu'il ne pouvait plus lutter.
Mais, alors qu'il était sur le point de s'endormir, il entendit un bruit horrible, un rugissement bien trop familier.
« I-za-ya! Cette fois, j'te jure, je vais pas te louper! »
Il sursauta et se redressa en position assise, le coeur battant fortement. Il ralluma aussitôt la lumière, comme pour éloigner ses cauchemars. Parce qu'il avait rêvé, n'est-ce pas? Il regarda en direction de la porte, inquiet. La tension lui envoyait des ondes de douleurs dans le dos et les jambes, mais il y prêta à peine attention. Il crut que son coeur allait s'arrêter lorsqu'il entendit à nouveau la voix de Shizuo. Tout son corps se glaça instantanément. Il était là... Il était là... Impossible...
La respiration haletante, Izaya ne pensa plus qu'à une seule chose: fuir. Repoussant ses couvertures, il se redressa, mais ses jambes tremblaient trop pour arriver à supporter son poids. Il s'agrippa alors à son fauteuil roulant. Merde. Il ne pouvait pas s'enfuir avec. Il tourna un regard désespéré vers la fenêtre. Peut-être que s'il arrivait jusque-là, il pourrait...
Mais toutes ses pensées se coupèrent brusquement lorsque la porte de sa chambre vola en éclat. La respiration coupée, Izaya ne put s'empêcher de le regarder. Il eut alors l'impression de recevoir un coup de poing en plein estomac. Shizuo était réellement là... Ce n'était plus un cauchemar... C'était la réalité... Shizuo était là, à seulement quelques pas de lui. Et il lui criait dessus, Izaya voyait ses lèvres bouger, mais il ne comprenait rien. Le brun n'entendait qu'un bourdonnement retentissant. Ses yeux s'élargirent alors que ses mains se mirent à trembler de plus en plus, agrippées sur le haut de son fauteuil. Il allait se réveiller, ce n'était pas possible autrement... Tout son esprit lui criait de partir, mais son corps était paralysé. Il n'arrivait pas à faire le moindre mouvement. Il était complètement figé par la terreur. La pièce se mit à tourner autour de lui. Les ténèbres l'engloutissaient entièrement. L'image de Shizuo se déformait sous ses yeux, le faisant paraitre beaucoup plus grand et imposant.
Terrifé, Izaya n'osa rien faire, profondément paralysé par la peur. Il ressentait la rage du blond, il en était désespéré. Il ne pouvait plus respirer, il allait vomir. Les tremblements de son corps ne cessaient d'augmenter. Les yeux révulsés, il vit alors, avec effroi, Shizuo bouger. Ce dernier s'approcha de lui, les poings serrés, dans une posture qui rappelait tellement son attitude lors de leur dernier combat qu'Izaya sentit une horrible sensation lui prendre le ventre. Il eut l'impression de chuter dans le vide, mais il n'avait rien à quoi il pouvait se raccrocher. Il voulait crier, hurler, mais aucun mot ne sortait de sa bouche.
Izaya essaya de faire un pas en arrière, de mettre de la distance entre eux, mais son corps refusait de lui obéir, comme s'il était entièrement figé. Fou de rage, Shizuo l'empoigna alors par le col de son t-shirt et le cogna contre le mur. Une douleur fulgurante parcourut le dos d'Izaya. Ce dernier n'arrivait plus à reprendre son souffle. Shizuo le maintenait dans une poigne douloureuse et continuait de crier tout en le secouant, mais Izaya ne comprenait rien. Il avait froid, il manquait d'oxygène. Il allait mourir... Une terreur sans nom remplissait tout son corps, bloquant ses poumons. Il n'osait même pas essayer de parler, tant il savait que Shizuo haïssait sa voix. Pour rien au monde, il ne voulait aggraver la situation... Il haletait bruyamment, n'arrivant pas à retrouver sa respiration. Effaré, son regard croisa alors, pour la première fois, celui de Shizuo. Ses yeux marrons remplis de haine...
Je t'en supplie... Lâche-moi... Pitié... Ces mots restèrent bloqués dans sa gorge par peur. Les battements de son coeur ne cessaient d'augmenter. Sa vision commençait à se troubler... Il sentit alors l'étreinte de Shizuo se défaire et son corps glissa au sol, incapable de rester debout...
Il n'y avait que la rage qui guidait les gestes de Shizuo. Il ne pensait à rien d'autre. Quand il força la porte de la chambre, sa colère ne fit qu'augmenter en apercevant Izaya. Après toutes ces années, être à nouveau en face de lui ralluma une vielle adrénaline teintée de haine. Un sourire mauvais s'afficha alors sur son visage.
« Tu pensais vraiment t'en tirer après ça, I-za-ya?! »
Aucune réponse, mais il ne s'en soucia pas.
« T'es un putain d'enfoiré! Je vais te faire payer ton envie de foutre la merde partout où tu vas! »
Trop furieux pour remarquer quoique ce soit, il s'avança vers lui. Ses mains tremblaient de rage lorsqu'elles le choppèrent. Il allait le massacrer! La colère l'aveuglait complètement.
« Shizuo, arrête! »
Shinra entra en trombe dans la pièce, mais ni Shizuo ni Izaya n'y firent attention. Le médecin essaya alors d'éloigner Shizuo en tirant sur son bras, sans beaucoup d'effet. Cependant, le geste eut au moins le mérite de faire sortir un peu le blond de sa transe qui fronça alors les sourcils quand il se rendit compte que la puce n'avait toujours rien dit.
« Qu'est-ce que t'as?! T'as perdu ta sale voix?! Putain! »
Il le secoua sans sourcilier, mais il s'étonna de ne rencontrer aucune résistance ni de recevoir aucun coup de couteau. Il était toujours aussi furieux, mais il se sentait étrange malgré tout, comme si quelque chose clochait... Son regard croisa alors celui d'Izaya et, pour la première fois depuis qu'il était entré dans cette chambre, il vit réellement le brun. Il vit ses yeux écarquillés par la peur, il remarqua les tremblements de son corps, il entendit sa respiration haletante... Il le lâcha alors brusquement, comme si ce simple contact l'avait brûlé. Il regarda Izaya glisser au sol, interdit. Il sentit à peine Shinra le bousculer. Il ne comprenait plus rien... Mais ce regard qui le suppliait... avait dilué sa colère, la troquant contre une horrible sensation d'oppressement qui lui écrasait le torse.
Ce corps qui tremblait, que Shinra essayait de calmer, ce n'était pas Izaya, c'était impossible. Shizuo fit alors un pas en avant, comme pour vérifier qu'il ne s'était pas trompé, mais ce simple mouvement provoqua un geste de recul chez l'informateur qui haletait de plus en plus. Les yeux de Shizuo s'élargirent quand il le remarqua. Il resta alors immobile, sans savoir ce qu'il devait faire.
« Va-t-en, Shizuo! »
La voix de Shinra brisa le silence oppressant. Mais elle permit au moins de sortir le blond de sa torpeur. Il recula, mal à l'aise. Shinra lui avait rarement parlé comme ça. Cependant, il ne songea pas une seule fois à le contredire.
« ... Désolé. »
Il murmura ce mot sans trop savoir pourquoi. Il tourna alors rapidement les talons et s'éloigna. Ses enjambées furent de plus en plus longues. Il voulait partir de là le plus vite possible. Qu'est-ce qu'il venait de se passer? Tout se chamboulait dans sa tête.
Il respira profondément, essayant de se calmer. Il détestait ce sentiment qui s'imprégnant dans tout son être. La culpabilité... Merde! C'était normal, quand même, qu'il se soit énervé! Il ne devait pas s'en vouloir pour ça! C'était Izaya qui avait commencé! C'était même lui qui avait essayé de le tuer en premier, et d'une façon horrible en plus! Shizuo, lui au moins, l'aurait fait proprement et rapidement. Il secoua la tête. Mais putain, à quoi est-ce qu'il était en train de penser?!
Au final, il n'était resté que quelques minutes dans l'appartement... Cependant, sa colère était entièrement retombée à présent. Il n'arrivait pas à s'enlever de la tête les images d'Izaya tremblant au sol. Comment les choses avaient-elles pu dégénérer à ce point-là?
Ce fut comme si une pierre lourde tombait dans son estomac. Il s'arrêta alors en pleine rue et passa une main sur son visage. Il se sentait fébrile. C'était horrible, mais il devait se rendre à l'évidence: Shinra et Celty n'avaient fait que lui dire la vérité depuis le début. Le regard que lui avait lancé Izaya... non, même un aussi bon comédien que lui n'aurait pas pu faire semblant... Shizuo avait senti sa terreur, comme si elle était palpable. Personne au monde ne pouvait simuler ça... Mais ces yeux... ils ne ressemblaient en rien à ceux d'Izaya qui étaient toujours si moqueurs, insolants...
Shizuo avait toujours détesté le regard d'Izaya, encore plus que son sourire. Il suffisait que ce bâtard pose ses yeux sur lui pour que Shizuo se sent comme un moins que rien. L'informateur n'avait besoin d'aucun mot pour lui faire comprendre qu'il le méprisait. Shizuo avait fini par s'habituer à toute cette haine qui suintait du regard du brun. Mais aujourd'hui... cette terreur qu'il voyait normalement chez de parfaits inconnus se retrouvait maintenant dans ses yeux à lui. Et ce n'était pas normal... Comme si quelqu'un avait effectué un vulgaire montage photo...
Son poing se resserra fortement et il frappa le mur à ses côtés d'un geste puissant. Les briques s'effritèrent sans qu'il n'y fasse attention. Putain, il avait réussi à faire peur à la seule personne qui ne l'avait jamais craint... Mais merde, ce n'était pas de sa faute! Izaya l'avait attaqué, il...
Shizuo laissa retomber lentement son bras le long de son corps. Il n'était qu'un imbécile... Il s'était laissé aveugler par sa haine, mais surtout par sa certitude qu'Izaya finirait par s'en prendre à lui... Il s'était trompé. Il le savait maintenant. La puce n'était pas idiote, c'était d'ailleurs la seule qualité que Shizuo voulait bien lui concéder. Il était même foutrement intelligent. S'il avait si peur de lui, jamais il n'aurait pris le risque de s'en prendre à lui, il aurait su – peu importe la méthode utilisée – que Shizuo le soupçonnerait et viendrait lui réclamer des comptes...
Putain! Pourquoi n'avait-il pas pu y penser avant! Ça ne pouvait pas être Izaya qui avait mené cette attaque! Merde! Il se sentait incroyablement stupide! Encore une fois, il n'avait pas su maitriser sa colère et s'était fait complètement dominer par elle! Il détestait tout ça... Il détestait la violence, il détestait terrifier les gens... Mais aujourd'hui, c'était encore pire que d'habitude. Parce que, pour la première fois, en regardant Izaya, il avait réellement eu l'impression de n'être qu'un monstre...
« Respire profondément... Inspire... Expire... Ça va aller... il est parti... »
Accroupi à ses côtés, Shinra tentait de faire de son mieux pour calmer la crise de panique d'Izaya. Il fallut déjà plusieurs longues minutes avant que ce dernier n'entende sa voix. Mais lentement, en écoutant les conseils du médecin, il parvint à réguler sa respiration. Le front en sueur, il jeta alors des regards angoissés au quatre coins de la pièce.
« ... Il est vraiment parti...? chuchota-t-il faiblement.
— Oui. Tu n'as plus à t'en faire. »
Les mouvements de son ventre se firent alors un peu plus réguliers, apaisés également par la main que Shinra passait dans ses cheveux depuis un moment. Malgré tout, Izaya était toujours très tendu. Tout s'était passé tellement vite... comme si ça n'avait été qu'une illusion, une hallucination... Mais Shizuo avait bel et bien été là, face à lui... Izaya frissonna en repensant à son regard remplit de haine meurtrière.
« ... Pourquoi..., commença-t-il d'une voix tremblante qu'il devait forcer, pourquoi est-il venu...?
— Je ne sais pas, répondit sincèrement Shinra. J'ai l'impression qu'il a été attaqué, il saignait... Peut-être qu'il a cru que c'était toi qui était derrière tout ça.
— Je n'ai rien fait! paniqua aussitôt Izaya. Je te jure!
— Tu n'as pas besoin de me convaincre, je le sais... »
Shinra soupira et glissa son autre main sur le dos d'Izaya. Il sentait encore les tremblements qui secouaient son ami et fit de son mieux pour les calmer. Mais il avait du mal à comprendre ce qui s'était vraiment passé. Il allait devoir en reparler avec Shizuo... Bien sûr, Shinra avait toujours su qu'il ne pourrait jamais rien contrôler dans cette relation si compliquée, mais il avait, malgré tout, toujours pensé qu'il arriverait à empêcher une rencontre entre eux tant qu'Izaya n'était pas prêt. Merde, ils avaient frôlé la catastrophe là... Mais Shinra avait très mal réagi. Bon, c'est vrai qu'il avait été complètement pris au dépourvu, cependant ça n'excusait rien. Il avait promis à Izaya qu'il saurait le protéger et il avait échoué. Même si Celty n'était pas là, il aurait dû faire quelque chose...
Il regarda tristement son ami. Izaya était dans un état horrible. Sa respiration était forte et bruyante, quant à ses cheveux, ils étaient trempés tant il transpirait. Cette vision était insupportable pour le médecin illégal. Il resserra alors son étreinte autour du corps d'Izaya, ne sachant pas quoi faire d'autre. Il se sentait horriblement maladroit, mais il avait besoin de le rassurer, de lui faire sentir qu'il était en sécurité à présent.
« ... Tu penses qu'il reviendra...? murmura alors Izaya, toujours très tendu.
— Non. Il ne reviendra pas, assura Shinra. Allez viens. »
Il l'aida à se relever, mais une fois debout, Izaya siffla de douleur. Son dos lui faisait mal. L'informateur craignait que Shizuo n'ait aggravé son état en le cognant contre le mur. Shinra partageait cette inquiétude, même s'il ne le formula pas à haute voix. Il l'amena alors jusqu'à son lit.
« Je vais t'examiner, déclara-t-il d'une voix la plus posée possible.
— ...D'accord... »
Le corps d'Izaya finit par se relâcher, comme si toute tension l'avait quitté alors que sa voix n'était plus qu'un faible murmure sans aucune émotion. Shinra fronça les sourcils en l'entendant parler de façon si mécanique. Il croisa alors furtivement son regard et se tendit. Il n'y avait plus aucune peur dans ses yeux, mais c'était pire à présent... Le regard d'Izaya était juste... vide... Et cette vision était bien plus insupportable pour Shinra que de le voir paniquer.
Nerveux, Shinra commença à manipuler son dos, tout en guettant ses réactions. Tout semblait normal. Enfin, physiquement bien sûr...
« Hey, finit-il par reprendre, ce n'est pas si grave que ça. Tu sais bien que Shizuo a tendance à s'énerver sans réfléchir. Mais il s'est arrêté et est parti. C'est bien la preuve qu'il ne veut pas vraiment te tuer, non? »
Shinra se força à sourire, essayant de le rassurer ou, au moins, de provoquer une émotion sur son visage. Il n'avait jamais été très psychologue, mais il faisait de son mieux. Cependant, sa phrase laissa Izaya de marbre. Shinra finit par soupirer et laissa retomber ses bras le long de son corps.
« Tout va bien. Je pense que tu as juste besoin de repos. Ne t'en fais pas, je reste éveillé et Celty devrait bientôt rentrer.
— D'accord..., répéta Izaya toujours sur la même intonation.
— Tu veux prendre un bain? Ça te ferait peut-être du bien.
— Non. Je veux juste être seul. »
Shinra acquiesça alors, avant de se redresser et de quitter la chambre. Il jeta un dernier coup d'oeil à Izaya, avant de fermer la porte. Il n'arrivait plus à le comprendre. Pourquoi était-il si impassible maintenant ...?
La lumière éteinte, il n'y avait désormais plus que le noir qui l'entourait. Pourtant, Izaya restait couché sur le dos et fixait le plafond comme s'il pouvait voir tous les détails. Il garda cette position une bonne partie de la nuit, refusant de céder au sommeil. Son corps était glacial, mais ce n'était rien en comparaison avec son esprit. Il n'avait plus aucun refuge à présent. Ses rêves le plongeaient dans d'horribles cauchemars. Mais jusqu'ici, il avait pu y échapper la journée. Ce qui n'était plus le cas maintenant... Le cauchemar le poursuivait désormais dans son quotidien. Ce n'était plus une illusion... Mais cette constatation ne lui apportait pas la peur attendue. Non, juste... un vide sans fond... comme s'il était mort de l'intérieur... Et c'était vrai... Il n'était plus rien... Que restait-il de l'homme qu'il était avant? Celui qui aurait ri en voyant Shizuo entrer dans cette pièce? Celui qui se serait moqué de lui et l'aurait poussé à bout?
Depuis tout ce temps, il avait bien dû admettre sa peur. Récemment, il avait même accepté qu'il était même probablement traumatisé. Mais jamais il n'avait été placé face à cette peur... Il n'avait pas pu se rendre compte à quel point le blond avait fait des dégâts sur son esprit... A présent, il comprenait... il savait... Shizuo avait brisé son corps, mais aussi son âme... A un point qu'il n'aurait jamais pu imaginer... Une seule pensée accaparait maintenant son esprit: Izaya Orihara était bel et bien mort... Et si cette idée l'avait déjà effleuré auparavant, jamais elle n'avait été si forte. Il n'avait désormais plus aucun doute là-dessus. Il n'était plus qu'une coquille vide. Un nuisible qui cherchait désespérément un point d'accroche. Mais pourquoi continuait-il à lutter comme ça? Ça ne servait à rien... Ce n'était même pas un combat perdu d'avance, c'était un combat qu'il avait déjà perdu. Parce qu'il n'existait plus... Cette réplique ridicule qu'il avait recréée, ce n'était pas lui, ce ne serait jamais lui. Il avait fallu qu'il ne voit Shizuo que quelques secondes pour comprendre à quel point il se berçait d'illusion jusqu'ici. Cette vie qu'il menait n'était qu'un mensonge, une hallucination de plus... Il le savait depuis un moment, sans jamais vraiment s'y attarder, par crainte de ce qu'il découvrirait s'il allait plus loin dans sa réflexion... Mais il avait été forcé de voir dans les yeux du blond la vérité. Izaya n'était plus rien... Un goût âcre s'incrusta dans sa gorge alors qu'il pensa avec force : "Je te hais." Sauf que cette fois-ci, ce sentiment n'était pas dirigé vers Shizuo, mais bien envers lui-même...
Les dégâts étaient encore plus visibles à la lumière du jour. Shizuo laissa trainer son regard partout dans le salon. Le tag ressortait d'une façon horrible, comme s'il avait été gravé dans le mur. Sa table était cassée et son fauteuil éventré. Sans parler de sa serrure qu'il allait devoir changer... Et celle de Shinra... Merde, comment allait-il faire pour payer tout ça? Il avait peu d'argent sur son compte... Agacé, il préféra sortir de la pièce et alla dans la cuisine, suivi de près par Shiroi.
Il avait passé la nuit à lui tenir compagnie, à essayer de le calmer. Etre avec son chien lui avait permis de ne penser à rien d'autre. Il n'avait pas dormi. Il n'avait même pas essayé à vrai dire. Il craignait trop de rester seul avec ses pensées. Il fallait qu'il occupe son cerveau pour ne par revoir ses yeux effrayés... Et de toute façon, il avait assez à faire avec Shiroi.
Contrairement à ce qu'il avait craint, son chien n'était pas resté longtemps sur la défensive avec lui. Shiroi se montrait même plus affectueux que d'habitude. Il avait besoin d'être rassuré. Il ne l'avait d'ailleurs pas quitté d'une semelle depuis que Shizuo était rentré. Cette confiance qu'il plaçait en lui diffusait un peu de chaleur dans le coeur glacial de Shizuo.
Alors qu'il regardait les portes des placards qui étaient branlantes, il sentit quelque chose d'humide toucher sa main. Il baissa les yeux et vit Shiroi frotter son museau contre lui. Il sourit faiblement et caressa sa tête. Mais quand on frappa à la porte, son chien se mit aussitôt à grogner, les poils hérissés.
« Ne t'en fais pas, tout ira bien. »
Il gratta ses oreilles dans un geste qu'il voulait rassurant, avant de s'éloigner. Il alla ouvrir la porte et essaya de faire bonne figure.
« Salut Kadota. Merci d'être venu aussi vite.
— C'est normal, assura ce dernier. Alors, montre-moi un peu l'étendu des dégâts. »
Shizuo le mena jusqu'au salon. Kadota regarda un moment le mur, le visage impassible. Puis, il fixa les meubles, avant d'aller dans la cuisine.
« Pour le tag, commença-t-il alors, faudra quelques couches de peinture, mais ça ira. En ce qui concerne ton fauteuil, je peux tenter un truc, mais franchement, je te conseille d'en acheter un nouveau. Par contre, j'pourrais arranger tes portes de placards. Ouais, ça devrait pas être trop compliqué.
— Ça couterait combien?
— Rien, c'est bon.
— Quoi? s'étonna Shizuo. Non, je peux pas accepter.
— Laisse, ça me fait plaisir de t'aider. Tu me paieras en café. »
Shizuo le regarda un moment, avant de soupirer de soulagement.
« Merci.
— De rien. Mais pour ta serrure, je peux rien faire. Il vaut mieux faire appel à un professionnel.
— Très bien. Tu crois que ça coute cher? demanda le blond.
— Ça peut monter assez vite ouais, mais tu devrais en parler avec ton proprio.
— ... Je verrai... »
Ils retournèrent dans le salon et Kadota ne put s'empêcher de regarder le tag qui prenait tout le mur.
« Tu as une idée de qui a fait ça? voulut-il savoir.
— Non... »
Shizuo soupira et se laissa tomber sur son divan éventré. Les évènements de la nuit lui revinrent en tête bien malgré lui.
« J'ai cru que c'était Izaya, lâcha-t-il. Je veux dire... c'est normal non? Alors je suis allé le voir. Merde, je le hais tellement. Je voulais régler mes comptes avec lui... »
Kadota s'installa à ses côtés et le regarda un moment, avant de demander:
« Comment ça s'est passé?
— Mal, ne put s'empêcher de ricaner Shizuo. Non, c'était même pire que ça. J'ai merdé, Kadota.
— Qu'est-ce que tu as fait? Tu l'as frappé?
— J'aurais bien voulu. Je l'ai menacé... J'étais tellement en colère que j'aurais pu lui faire du mal.
— Comme avant quoi, tempéra Kadota. Pourquoi t'aurais merdé pour ça?
— ... Tu l'as vu depuis son retour?
— Non. J'ai juste entendu les rumeurs à son sujet... D'accord, je comprends. Il est vraiment en fauteuil roulant, c'est ça?
— Ouais... Mais c'est pas ça le pire... Putain Kadota, il était terrifié. »
Shizuo respira fortement en disant ces mots. Il avait encore du mal à y croire.
« Et maintenant, qu'est-ce que je suis censé faire? souffla-t-il.
— ... Ecoute Shizuo, commença Kadota après avoir réfléchi quelques secondes, depuis que je vous connais tous les deux, vous n'arrêtez de vous pourrir la vie. Peut-être que c'est un mal pour un bien qu'Izaya ait compris le danger que tu représentes. »
Le blond soupira. Il avait l'impression que tout le monde pensait comme ça. Mais lui n'arrivait pas à trouver un quelconque aspect positif à cette situation.
« C'est de la vermine dont on parle, argumenta-t-il. Il ne doit pas avoir peur de moi.
— Pourquoi ça te dérange dans le fond?
— ... J'en sais rien... C'est juste que... Rah laisse tomber, c'est pas important. »
C'était clairement un mensonge, mais Kadota eut la délicatesse de ne pas le relever. Il sentait que Shizuo était sur les nerfs, il préféra alors faire revenir le sujet sur les travaux à entreprendre. Après tout, s'il avait réussi à profiter de ses années de lycée, c'était bien grâce à une règle simple, mais efficace: ne jamais intervenir entre Shizuo et Izaya quoiqu'il se passe. Et il comptait bien s'y tenir jusqu'à la fin de sa vie, même s'il n'était pas rassuré par les paroles de Shizuo. Effectivement, ce n'était pas normal qu'Izaya soit si effrayé. Il avait juste tenté de déculpabiliser le blond avec ses mots, mais il ne pouvait s'empêcher de s'inquiéter un peu pour le brun...
Lorsqu'il fut parti, Shizuo se redressa et entreprit de faire un peu de rangement. Il essayait encore de s'occuper l'esprit. Pour une fois, il serait parti travailler avec plaisir. Mais c'était le weekend. Il n'avait rien à faire aujourd'hui... Enfin si, il devrait appeler Shinra pour régler ce problème de serrure. Ça faisait plusieurs heures même qu'il aurait dû le faire. Mais il repoussait sans cesse cet appel. Il ne voulait pas entendre les reproches dans la voix du médecin.
Merde, c'était vraiment pas possible! Pourquoi devait-il se sentir aussi mal? Depuis la première fois qu'ils s'étaient rencontrés, Izaya avait toujours agi comme une merde avec lui. Shizuo le haïssait comme jamais il n'avait haï quelqu'un... alors pourquoi pensait-il sans cesse au regard qu'Izaya lui avait lancé?
Il ne voulait plus voir ses yeux effarés, il ne souhaitait plus ressentir ce sentiment de culpabilité qui l'accaparait de plus en plus. La bile lui montait dans la gorge. Les paroles de Shinra et Celty revenaient dans sa tête, comme pour le hanter. Il était un monstre... Il avait rendu Izaya infirme. Et Celty qui lui avait dit que la rééducation se passait mal. Et si la puce ne remarchait plus jamais? Et s'il gardait pour toujours son regard effrayé?
Ça le rendait malade. Mais qu'est-ce qu'il avait fait? Comment avait-il pu laisser sa fureur détruire quelqu'un à ce point? Même s'il haïssait Izaya, rien ne justifiait l'état dans lequel il l'avait mis... Le pire, c'était qu'il n'avait rien appris de ses erreurs. Il avait agi exactement de la même façon hier. Il avait passé presqu'un an dans la crainte de l'avoir tué et pourtant, il ne lui avait fallu que quelques secondes pour qu'il redevienne l'homme – non le monstre – qu'il avait été cette nuit-là.
Il passa une main dans ses cheveux, agacé. Celui qui avait commandité cette attaque avait bien foutu la merde! Sans lui, Shizuo aurait su garder son calme, peut-être même qu'il aurait pu revoir Izaya dans d'autres circonstances et tout aurait pu mieux se passer.
Le cheminement de ses pensées s'arrêtèrent brusquement lorsqu'il réalisa quelque chose. Mais bien sûr! Pourquoi n'y avait-il pas songé avant? Cette attaque... elle n'était sûrement pas dirigée vers lui... Et si... et si on l'avait manipulé pour qu'il s'en prenne à Izaya? Après tout, il n'était pas le seul à le détester... Mais cette possibilité n'apporta pas la rage attendue. Non, il se sentait plutôt las. Merde, il ne voulait plus réfléchir à tout ça...
Prenant sur lui, il décida qu'il avait assez attendu. Il chercha alors le numéro de Shinra dans son appareil et l'appela. Il ne pouvait plus reculer maintenant. Et il n'avait pas envie de ruminer encore ses pensées. Autant en finir au plus vite.
« Allô?
— Ah Shinra, c'est moi, commença Shizuo tout en entendant clairement son interlocuteur soupirer.
— Qu'est-ce qui t'as pris hier? s'agaça aussitôt ce dernier. Je pensais que la situation était claire!
— On m'a attaqué, Shinra! Et l'un des types m'a décrit Izaya comme commanditaire! Comment voulais-tu que je réagisse?!
— En réfléchissant pour une fois! »
Shizuo grogna, mais ne répondit rien. Merde, d'accord il avait déconné, mais il avait de bonnes raisons quand même!
« Tu peux pas me demander de lui faire confiance, putain, finit-il par lâcher. C'est de sa faute aussi!
— ... Ecoute, Shizuo, ça ne peut plus continuer comme ça. Je peux pas prendre le risque de te voir débarquer chez moi n'importe quand.
— Ça n'arrivera plus! Et puis, ça va, merde, je l'ai à peine touché!
— Tu ne te rends pas compte des dégâts que t'as fait? demanda Shinra d'une voix énervée.
— Et lui, les dégâts qu'il a fait, tu t'en fiches?! Il m'a fait perdre tous mes boulots! Il m'a fait accusé de meurtre putain! Et il a essayé de m'asphyxier je te rappelle! »
La colère s'empara du blond. Il en avait marre des paroles de Shinra. Il n'était pas le seul responsable de la situation!
« ... Je n'ai pas dit le contraire, reprit Shinra plus calmement. Il est aussi fautif que toi sur tout ce qui s'est passé entre vous. Mais ce n'est plus pareil maintenant.
— Je sais, souffla Shizuo. Mais tu ne peux pas attendre de moi que je sois compréhensif avec lui! »
Shizuo ne pouvait s'empêcher de s'énerver et de se mettre sur la défensive. Il ne voulait pas entendre les reproches de Shinra, il les connaissait déjà! Merde, il s'en voulait déjà suffisamment comme ça, pas besoin d'en rajouter!
Shinra, de son côté, ne répondit pas tout de suite. Pourquoi est-ce qu'il fallait toujours que ce soit aussi compliqué entre eux deux? Il était complètement perdu. Il ne savait plus du tout ce qu'il devait leur dire, ni ce qu'il pouvait faire pour arranger les choses.
« ... Comment est-ce qu'il va? finit par demander Shizuo.
— Je ne sais pas, je ne l'ai pas encore vu ce matin. »
Shizuo fronça les sourcils et regarda l'horloge. Il était presque onze heures...
« Mais hier... tu as réussi à ... calmer les choses après mon départ, non? questionna le blond tout en cherchant ses mots.
— Si on veut, soupira Shinra.
— Mais ça va s'arranger non? Ses jambes et... le reste...
— Je ne sais pas, répéta le médecin sincèrement.
— … Est-ce que je peux faire quelque chose? »
Shizuo se sentait vraiment stupide de demander ça, mais il n'avait pas pu s'en empêcher. Parce qu'il détestait plus que tout cette situation. Il voulait que tout redevienne comme avant. Qu'Izaya agisse comme la puce méprisante qu'il était censé être. Ce qu'il avait vu cette nuit... ça avait été comme un électrochoc. Il n'avait pas vu ce misérable cafard qu'il haïssait tant. Non, il avait juste vu un être humain... Pendant tout ce temps, il avait nié l'humanité de l'informateur, ne le voyant que comme un insecte qu'il devait écraser. Malgré sa culpabilité de l'avoir peut-être tué, jamais il n'avait eu une image aussi humaine de lui jusqu'ici... Et ça le mettait très mal à l'aise.
« Je ne suis plus sûr de rien, répondit Shinra. Il n'est clairement pas prêt à te voir, mais pour le reste... Franchement, fais comme tu le sens.
— Bien... Oh et pour ta porte d'entrée... Je payerai pour la réparer.
— On verra... Ce que je veux surtout, c'est que tu me promettes de ne plus venir t'en prendre à lui.
— Je ne le ferai plus. »
La réponse de Shizuo était totalement sincère. Merde, il faudrait être sacrément atteint pour vouloir attaquer quelqu'un qui était à terre. Il ne voulait plus être un monstre. Peut-être qu'il était temps pour lui d'être enfin la personne qu'il souhaitait devenir. Etre capable de passer au-dessus de sa colère, d'aller de l'avant... C'était maintenant ou jamais, non? Et peut-être que ça fera taire ce sentiment désagréable qui lui emprisonnait l'estomac.
Ce fut sur cette résolution que la conversation se termina. Et sans attendre, il écrivit rapidement un message. Shinra avait raison, ça ne pouvait plus continuer comme ça. Et il fallait bien que l'un d'eux fasse le premier pas...
Malgré l'heure avancée, Izaya trainait toujours au lit. Il avait passé une nuit blanche. Sa crise de panique l'avait certes complètement épuisé, mais il avait refusé de donner à son corps le repos qu'il réclamait. Parce qu'une fois la peur passée, il n'y avait plus qu'un sentiment qui le remplissait: le dégoût de lui-même. Il n'avait rien su faire... Face à Shizuo, il n'avait été qu'un vulgaire insecte. Pour une fois, le blond avait raison. Il ne valait rien... Il ne pouvait plus se tenir fièrement devant Shizu-chan... Il n'était juste plus rien... Le pire, c'était que maintenant, l'ancien barman en était également conscient. Il devait sûrement le mépriser à l'heure actuelle. Ou se moquer de lui... Ou pire... n'en avoir rien à faire. Etre juste satisfait d'avoir écrasé cette puce agaçante. Il était sans doute déjà passé à autre chose. Après tout, quand on venait à bout d'un nuisible, on l'oubliait vite non?
Izaya serra alors les poings. Jamais il ne s'était senti aussi nauséeux. C'était de sa faute, il le savait. Il n'avait que ce qu'il méritait... Mais ça faisait mal! Si mal! Respirant fortement, il posa ses mains sur ses jambes. Ces foutues jambes! Si elles avaient pu bouger! Il aurait pu fuir, il aurait pu se moquer de Shizuo! Elles étaient inutiles! Elles le rendaient si faible! Sans réfléchir, il passa ses doigts sous son vêtement et enfonça ses ongles dans sa peau. Encore et encore. S'il avait eu son couteau à portée de main, il aurait plongé sa lame dans cette chaire ridicule sans hésiter. C'en était presque compulsif. Il ravagea sa peau jusqu'au sang, mais il n'en ressentit aucun soulagement. Ce qu'il voulait détruire était encré trop profondément en lui pour ça...
Il avait tout perdu... Son amour propre, sa fierté, sa dignité... et Shizuo... Il avait perdu Shizuo, la seule personne dont il avait toujours été sûr qu'elle ne pourrait jamais l'oublier. Mais c'était trop tard maintenant. Shizuo avait vu de ses propres yeux la chose hideuse et inutile qu'il était en réalité...
Ses ongles blessaient toujours ses jambes, il s'acharnait dessus, tout en essayant de réprimer des larmes de rage. Comment avait-il pu laisser la situation se détériorer autant sans s'en rendre compte?! Il voulait tant pouvoir revenir en arrière, tout effacer! Non... c'était horrible... il ne voulait pas être mort... Il ne voulait plus ressentir cette haine envers lui-même... Il ne voulait plus, non plus, voir la haine dans le regard de Shizuo. C'était trop pour lui... Merde, s'il n'avait pas aussi peur... Peut-être que le plus simple pour tout effacer serait de plonger sa lame de couteau dans ses veines...
Il tremblait de colère, de tristesse et de douleur lorsque son téléphone vibra à côté de lui, le forçant à sortir de sa torpeur. Il respira fortement et le prit alors d'une main hésitante. Son coeur rata un battement lorsqu'il vit qu'il avait reçu un message de Shizuo. Il s'empressa de l'ouvrir: "Je suis désolé." Quoi? Il relut les quelques mots, pour s'assurer qu'il n'avait pas rêvé. Shizu-chan... Son ennemi... L'homme qui le haïssait tant... qui était censé être content de l'avoir écrasé était... désolé? Mais... pourquoi?
« Izaya, s'éleva alors la voix de Shinra à travers la porte, tu n'es pas encore levé? Il est tard... »
Sans réponse de sa part, Shinra commença à s'impatienter.
« Bon, je rentre. »
Sur ces mots, il poussa alors la porte et pénétra dans la pièce. Il fit quelques pas, avant de se figer complètement. Il venait de remarquer des traces de sang sur les doigts d'Izaya.
« Mais qu'est-ce que tu as fait?! »
Il s'approcha de lui rapidement, examina ses doigts avant de retirer les draps d'un geste sec. Il remarqua alors, avec effroi, les blessures sur les jambes de l'informateur qui n'avait toujours rien dit.
« Non mais tu es malade?! Qu'est-ce qui t'a pris?! »
Devant le silence de son ami, il soupira fortement et alla chercher du désinfectant. Heureusement, les blessures n'étaient pas trop profondes.
« Izaya... Qu'est-ce qui t'arrive? souffla-t-il alors, inquiet, tout en le soignant.
— Rien... Laisse-moi tranquille, Shinra.
— Ça jamais! Et encore moins en voyant ça! L'automutilation, c'est grave!
— ... Tu as changé, se moqua méchamment Izaya. Je ne te reconnais plus du tout.
— Je n'ai pas le choix avec vous deux qui agissez comme des imbéciles. Continue à faire n'importe quoi si tu veux, mais je te laisserai pas tomber. Et je ne compte pas cautionner tes conneries!
— Que de belles paroles... Mais je ne suis pas une victime... Je n'ai pas besoin de ton soutien, ni de la pitié de Shizu-chan. C'est ton idée, j'imagine, ce message ridicule?
— Quel message? » s'étonna alors Shinra.
Sans dire un mot, Izaya lui montra l'écran de son téléphone. Le médecin eut un petit sourire involontaire en lisant les mots affichés. C'était peut-être un peu maladroit, mais au moins Shizuo essayait vraiment d'arranger les choses.
« Ce n'est pas de la pitié, Izaya. Tu ne peux donc jamais mettre ton orgueil de côté, hm?
— ... Alors il est vraiment désolé?
— Oui, assura Shinra. Tu sais, il est humain lui aussi. Il ne voulait pas que ça aille jusque-là. Il essaye de faire un pas vers toi, tu ne peux pas en faire de même?
— ... Non... Pas comme ça... »
Izaya soupira, avant de regarder – sans vraiment les voir – les petites crevasses que ses ongles avaient creusées dans ses jambes. Shinra finit alors de le soigner et lui lança un regard chargé d'inquiétude.
« Qu'est-ce qui t'arrive, Izaya? demanda-t-il à nouveau. Pourquoi est-ce que tu te fais du mal comme ça?
— … Je ne me fais pas du mal, murmura ce dernier. J'essaye de me soulager...
— En te blessant? Tu penses vraiment que c'est la solution?
— … Je ne pense pas qu'il y ait une solution, Shinra... A part partir pour de bon... ce que je ne peux pas faire parce que je suis bien trop lâche pour en finir...
— Idiot! souffla le médecin. J'espère bien que tu ne feras jamais ça! Je ne pourrai jamais te le pardonner! Mais je ne comprends pas... pourquoi est-ce que tu te sens aussi mal?
— Il suffit de me regarder pour comprendre, répondit Izaya avec un sourire triste. Je ne suis plus rien... Je ne sais pas l'expliquer, tu ne comprendrais pas...
— … Je n'ai pas oublié tu sais, commença alors Shinra d'une voix douce. Tous les mots que tu as dit ce jour-là. Que tu te détestais, que tu te sentais mort de l'intérieur. Ils étaient sortis un peu malgré toi et j'ai jamais vraiment rebondi dessus, mais je n'ai pas oublié. Après les avoir dit, tu as de nouveau essayé de faire bonne figure. C'est pour ça que la rééducation ne marche pas. Parce que, même si tu as conscience du problème, tu finis toujours par te réfugier à l'abri dans ton esprit. Jusqu'ici, même quand tu craquais, tu arrivais à reprendre le dessus en faisant semblant. C'est facile pour toi. »
Il soupira et passa une main dans les cheveux d'Izaya pour essayer de lui faire comprendre qu'il tenait vraiment à lui et qu'il était là pour l'aider.
« Je t'ai vu faire ça tellement souvent, reprit-il. Même quand tu souffrais très fort, tu arrivais à te convaincre toi-même que ce n'était pas si grave que ça. Mais ça l'était parfois. Ça l'est aujourd'hui. Et être confronté directement à la colère de Shizuo, c'est le point de non-retour. C'est allé trop loin maintenant. Tu ne peux pas refouler une telle angoisse...
— … Qu'est-ce que je suis censé faire alors? Je ne demande pourtant pas grand-chose. Je veux juste pouvoir être capable d'être à nouveau face à lui et le regarder d'égal à égal.
— Eh bien, tu sais ce qu'il te reste à faire pour ça, je pense. »
Izaya resta immobile un instant, avant de hocher lentement la tête. Il était stupide. Il avait craint la douleur que provoquait la rééducation, mais rester dans son état actuel était bien plus douloureux. Plus jamais il ne voulait se sentir aussi impuissant. Avec ses jambes, peut-être qu'il pourrait contrôler sa peur... Il avait sans cesse l'impression de faire un pas en avant, puis deux en arrière. Mais c'était fini maintenant. Shinra avait bien su lire en lui encore une fois. Les choses étaient désormais allées trop loin pour qu'Izaya puisse continuer à faire comme avant. Il n'avait plus le choix, désormais, c'était se battre contre lui-même ou se laisser mourir...
Je suis désolé... Izaya respira longuement. Il ne méritait pas ces mots. Et il ne voulait plus jamais que Shizuo les utilise. Parce que c'était à lui de les dire, quand il se sentirait prêt... Mais pour ça, il fallait choisir la première option... Peut-être que c'était ça le déclic dont lui avait parlé Hitoshi...
Et voilà, enfin on y est. Après dix chapitres, les personnages sont enfin sur la bonne voie. Fini les faux-semblants, ils ne peuvent plus se mentir, ni faire demi-tour ou reculer. Il faut parfois du temps pour que quelqu'un arrive enfin à avancer, même s'il a conscience qu'il doit le faire. Mais cette fois, c'est fait. Du coup, même s'il y a encore beaucoup à faire, l'histoire va doucement prendre un tournant qui devrait vous intéresser...
J'espère que ça vous a plu! A bientôt!
A suivre: N'abandonne pas
