Bon je ne pouvais pas vous laisser comme ça, comme je l'avais promis à mes revieweuses avec un compte, la suite serait rapide…
Mais le chapitre précédent me paraissait important et je ne voulais absolument par le fondre avec celui-ci !
Je ne sais pas pourquoi mais je sens que le titre de celui-ci va vous plaire …
Vu que vous avez explosé mon record de visites mais pas de reviews, j'attends cette fois ci vos avis à vous tous les visiteurs anonymes !
Et la première qui me review un « et bien c'est pas trop tôt ! » elle a un gage…préparé par Emmett en plus !
Je dédicace ce chapitre à mes plus fidèles lectrices Elo-didie et Fan2manga : merci de vos commentaires, de votre soutien, vos reviews sont ma dose d'héroïne personnelle (voilà que je m'emballe, c'est ce qui arrive à trop fréquenter Edward…)
Un gros bisous également à Titemb-bm pour ses encouragements !
Indispensable pour la fin du POV Edward : « Perfect day » de Lou Reed.
Copier – Coller : Les personnages et l'histoire originale appartiennent tous à Stephenie Meyer
Bonne lecture…
Chapitre 9 : Deuxième rencontre
POV Bella
La forêt était devenue mon refuge. Après tout ce qui m'était arrivé j'aurais du en avoir une peur panique mais sans doute mon instinct de survie défaillant me provoquait l'effet inverse. Marc connaissait mon goût pour la solitude et s'arrangeait régulièrement pour me laisser des rondes de surveillance de notre zone du parc.
Nous étions fin mars, le printemps reprenait ses droits, la végétation s'était parée d'une couleur vert tendre presque fluorescente. La faune s'était éveillée et les oiseaux ne cessaient de chanter.
Malgré ma vie étrange depuis presque un an je ne pouvais m'empêcher d'avoir de l'espoir, ce renouveau ne se limiterait peut être pas à la nature. La tristesse qui ne me quittait jamais finirait-elle aussi par disparaître pour laisser place au bonheur ?
Pour l'instant, je me raccrochais aux piliers de ma vie. Mon père qui était un battant comme je ne l'aurais jamais soupçonné. Ma mère qui a distance et malgré sa fantaisie veillait sur nous. Sue et Billy et bien sûr Marc et Rachel qui me considéraient presque comme leur famille. Tous ces gens m'aimaient et même si je ne le méritais, je devais être à la hauteur moi aussi je n'avais aucune raison de me morfondre.
Charlie poursuivait assidument sa rééducation. Il avait fait d'énormes progrès et son médecin était de plus en plus optimiste sur ses chances de guérison. Il avait encore besoin de son fauteuil mais il arrivait à se lever à se déplacer avec un déambulateur. Du coup il était de plus en plus autonome à la maison ce qui me permettait de travailler sur des plages horaires plus longues et de rester le soir étudier à la bibliothèque de Port-Angeles.
Grâce à Internet, au soutien de mon professeur, Mr Douglas, et à mon travail personnel je parvenais à maintenir et améliorer mon niveau de connaissance. Marc m'incitait même à aller passer mes examens en fin d'année en candidat libre. J'y réfléchissais sérieusement car ça ne me coutait rien d'essayer si ce n'était de laisser mon père loin de moi.
Sue m'aidait énormément et ne s'immisçait plus dans mes choix de vie. Elle me soutenait même face à Charlie qui revenait régulièrement à la charge pour me renvoyer étudier à Seattle.
Mais je m'étais promis de ne repartir que quand il serait entièrement guéri et hors de danger. D'ici là je rattrapais tout le tort que ma présence à ses côtés lors de ce funeste jour avait causé.
Parfois quand la vue de mon père m'était insupportable, je partais sur un sentier à l'arrière de notre maison pour une courte marche. Je m'asseyais sur un tronc et là sous le couvert des arbres dans la végétation bruissante de vie je me laissais aller me maudissant de l'avoir entrainé dans cette vie de malheur. Puis je me reprenais une contenance et rejoignais la maison le sourire aux lèvres, m'efforçant d'être dynamique et positive.
Angela avait été rassurée par mon état lors des vacances de noël, assez en tout cas pour se permettre de ne pas revenir lors de celle de février. Elle avait emménagée avec Ben dans un quartier de Seattle proche du restaurant dans lequel il travaillait. Elle poursuivait ses études et en parallèle elle avait réussi à décrocher une exposition de photos dans une petite galerie de la ville.
J'étais ravie pour elle mais malgré son insistance pour que je leur rende visite, je ne pouvais pas imaginer de m'éloigner aussi loin de Forks et de mon père. Je m'étais donc excusée auprès d'elle et elle n'avait plus insisté, comprenant mon besoin de rester près de Charlie.
Je m'épanouissais de plus en plus dans mon travail aux côtés de Marc, notre activité de guide avait repris avec le printemps. Il me laissait de plus en plus intervenir lors des explications que nous fournissions aux randonneurs.
Nous travaillions avec les écoles environnantes et il m'avait trouvé des heures d'intervention pour présenter la faune et la flore dans le cadre des cours de biologie. J'avais ainsi fait deux présentations dans mon ancien lycée de Forks. C'était bizarre de me retrouver dans les mêmes locaux en n'étant plus la jeune nouvelle élève timide que j'étais trois ans plus tôt.
Je réalisais que j'avais gagné en assurance. Mon souhait avait été réalisé je m'étais enfin endurcie. Le fait de me tenir devant une classe me paraissait peu de choses en comparaisons des évènements que j'avais traversés ces derniers temps. Une fois le trac du début passé, je me laissais gagner par ma passion pour le sujet. Les élèves étaient généralement convaincus par ma prestation.
Marc qui supportait difficilement de rester enfermé dans une salle de classe était ravi que je prenne le relai sur cette tâche. Il était un orateur talentueux en pleine nature mais il suffisait de le mettre dans un environnement urbain et enfermé pour qu'il perde de son assurance et de son charisme.
La meute ne m'avait pas informée de nouvelle incursion. Parfois lorsque je m'éloignais de la civilisation pour des tours d'observation de notre zone du parc je percevais leur présence rassurante. J'avais une fois croisé Sam dans le centre ville de Forks, il était resté vague mais m'avait assuré qu'ils montaient la garde et qu'il n'y avait pas de danger pour le moment.
Une personne m'étonnait pourtant c'était Jacob. Il ne ratait presque plus une occasion d'accompagner Billy chez nous. Il restait avec nos deux pères en retrait et n'osait pas m'importuner mais je surprenais souvent son regard sur moi. J'y voyais de la mélancolie mais aussi une sorte d'admiration à peine dissimulée.
D'ailleurs ça se ressentait dans ses propos. Les rares fois ou je passais du temps avec eux, Jacob m'écoutait comme s'il buvait mes paroles et approuvait chacun de mes avis.
Il avait terminé le lycée et travaillait maintenant dans le garage de Forks. Il attendait d'avoir assez d'expérience et quelques économies pour monter sa propre affaire. Son père ne comprenait pas son manque d'ambition et le poussais à aller dans une plus grande ville pour se faire un meilleur CV. Billy savait que la meute pouvait se débrouiller sans lui. Mais je devinais que quelque chose le retenait à Forks et j'avais bien peur que ce soit moi.
Je voyais bien qu'il essayait de se retrouver seul à seul avec moi. Mais je ne lui faisais pas ce plaisir. Je ne lui avais toujours pas pardonné sa fuite à la fin de mon année de terminale et je savais que trop bien qu'à la moindre difficulté il reprendrait le même chemin. Je ne voulais pas revivre les mêmes choses. J'essayais donc de profiter des visites de Billy pour passer mes soirées à travailler à Port-Angeles évitant ainsi le plus souvent Jacob.
Alex ne s'était pas lassé de me poursuivre. Il continuait à m'envoyer mail, lettre et SMS malgré mon absence de réponse.
Il avait même eu le culot de venir à Forks au début de l'année me suppliant de l'écouter. J'avais du me faire violence pour le renvoyer à Seattle. Mais ce qu'il avait fait m'avait trop blessée pour que je lui pardonne. En toute honnêteté, ça m'avait aussi fait réaliser que je n'étais pas amoureuse de lui, j'avais surtout été blessée de sa trahison et de m'être fourvoyée moi même.
Malheureusement pour moi Ben et lui étaient devenus de très bons amis malgré les mises en garde d'Angela. Elle avait réussi à empêcher Ben de l'inviter à leur mariage mais il n'avait pas cédé quand il avait décidé de l'inviter aux prochaines vacances de pâques à Forks. Je pressentais déjà que j'allais devoir fournir des trésors d'imagination pour lui échapper.
J'avais l'impression que cette ville, depuis mon retour, était devenue un centre d'attraction de mes prétendants.
Un autre n'avait pas eu besoin de se déplacer, Mike Newton, je désespérais de lui faire comprendre qu'il n'y avait aucun espoir. J'en étais même rendue à faire mes achats de matériel de randonnées à Port-Angeles pour ne pas avoir à le supporter. Mais il avait trouvé la parade en s'inscrivant dans le groupe de randonnée de la ville de Forks que nous accompagnions régulièrement lors de leurs sorties.
Je l'avais donc découvert dans un groupe un vendredi matin me souriant benoitement.
- Bonjour Bellissima ! me salua-t-il de sa voix mielleuse.
- Salut Mike ! répondis-je d'un ton acerbe qui ne laissait aucun doute quant à ma joie de le voir.
- Je suis trop content que tu nous accompagnes, mes amis du groupe m'ont dit que tu étais un super guide !
- C'est gentil de leur part, mais le vrai guide c'est Marc, tu vas voir il est très bon.
Mike se rapprocha alors dangereusement de moi et se pencha à mon oreille. Je pouvais sentir son haleine chaude et âcre alors qu'il me parlait.
- Peut-être que tu pourrais me faire l'honneur d'une visite guidée privée, après tout on ne peux rien refuser à un vieil ami, et puis si ça se passe bien on pourrait …
A ce moment il posa sa main sur mon épaule. Ce fut comme un réflexe je me dégageais et m'éloignais de lui.
- Fous moi la paix Mike, sifflais-je entre mes dents.
Il n'avait pas quitté son sourire de crétin comme si mes avertissements n'avaient aucun effet sur lui. Je croisais alors les yeux noirs de Marc qui m'incitèrent à me calmer. Je m'éloignais alors à distance raisonnable et l'évitais tant bien que mal pendant la sortie.
Je devais donc supporter ses sourires béats, ses regards mal placés et ses mains baladeuses dès qu'il avait l'occasion de m'approcher. Je rêvais de le pousser dans un fossé mais Marc m'avait fait remarquer non sans sourire que le client était roi.
Marc et Rachel adorait voir ma mine déconfite quand ils m'annonçaient que nous accompagnons son groupe. Je savais que pour rien au monde Mike ne louperait la sortie. Marc ne cessait de me faire des clins d'œil pendant la randonnée. Il se tordait de rire le soir quand il faisait le bilan de la journée à Rachel et qu'il lui racontait tous les stratagèmes inventés par Mike pour se trouver à mes côtés.
C'était encore une de ces fins d'après-midi ou nous rentrions à la base après une sortie particulièrement pénible pour moi. Vu les évènements de la journée, je savais que Marc n'allait pas m'épargner l'énumération des exploits de Mike. Et ça ne manqua pas, à peine nous eûmes franchi le pas de la porte qu'il se lança.
- Je trouve que Bellissima te vas très bien comme prénom ! Ça te dérange si je t'appelle comme ça maintenant, ricana-t-il.
Je lui adressais une grimace ne lui faisant pas l'honneur de répondre. Il n'avait pas besoin de mon consentement pour m'appeler comme ça dès que l'occasion se présentait.
- T'aurais vu ça Rachel, aujourd'hui il avait amené un pique nique à Bella, il lui avait même fait des petits gâteaux en chocolat en forme de cœur ! Mais le plus grandiose c'est quand il est arrivé une rose rouge entre les dents ! Tu imagines la tête de Bella, elle qui est si romantique, elle a failli fondre en larmes tellement elle était heureuse !
Cette fois il était plié en deux tellement il riait. Je le soupçonnais d'adorer les jours où Mike était là.
Rachel posa une main compatissante sur mon épaule. Elle riait également de bon cœur mais elle comprenait que ce n'était pas toujours facile à supporter pour moi.
- Oui enfin, je ne suis pas sure que ce soit le genre d'attention qui ravissent Bella ! dit-elle de sa voix douce.
- Si Marc n'avait pas été là, je crois que je lui aurais fait avaler sa rose ridicule et ses gâteaux d'élève de maternelle ! lui répondis-je en rangeant mes affaires avant de rentrer chez moi.
- Bellissima, tu es cruelle, ce mec t'adore, il ferait déplacer Céline Dion rien que pour t'offrir un concert privé avant de t'emmener diner aux chandelles dans un King Burger. Ce mec c'est la classe incarnée !
Marc avait du mal à articuler tellement il riait.
- Bon ça suffit chéri, arrête d'asticoter Bella. Tiens, pour ta peine c'est toi qui accompagneras Mike demain, il s'est inscrit pour une randonnée privée, il avait demandé Bella mais je crois qu'elle sera mal en point demain matin, dit Rachel en m'adressant un clin d'œil.
- Ok, je l'ai bien mérité ! Je vais lui faire un peu voir ce que c'est qu'une rando de mec à ce morveux, il sera beaucoup plus calme la prochaine fois que tu le verras Bella !
- Merci d'enfin compatir à mon malheur Marc !
- Du moment que tu continues à accompagner son groupe pour que je puisse me délecter de ses dernières inventions pour te séduire je suis prêt à te sauver la mise de temps en temps !
- Ravie de te servir de spectacle ambulant ! Bon je vous laisse je suis crevée et Charlie m'attends. Bon week-end à vous deux et à lundi.
- Bon week-end Bella, repose toi bien et n'en veux pas trop à ce gros béta, il t'adore ! me répondit Rachel alors que je sortais de la pièce.
- Salut Bellissima, passe le bonjour à Charlie de ma part !
- Je n'y manquerais pas ! criais-je alors que je m'élançais vers ma Chevrolet.
Je repartais le cœur léger imaginant la mine dépitée de Mike quand il découvrirait Marc face à lui demain matin. Cette petite pause serait la bienvenue. Ce mec était une vraie sangsue et je savais que mon calvaire n'était pas prêt de finir. Le connaissant, il m'aurait poursuivi même si j'étais mariée avec trois enfants.
J'espérais secrètement que Jessica revienne vivre à Forks et qu'il l'épouse enfin. Officiellement ils étaient ensemble et se pavanaient dans les rues de la ville main dans la main quand elle revenait à chaque vacance universitaire. Mais je ne mettais pas cher de la fidélité de leur couple quand chacun était à un bout du pays.
Angela aussi adorait que je lui raconte mes péripéties avec Mike lors de nos longues conversations sur Skype, en fait elle attendait le moment ou il ferait le geste de trop car ce jour là elle se doutait que j'exploserais et que ce bon vieux Mike en prendrait pour son grade.
Mais je m'efforçais de contenir la colère en moi. Je savais que ce n'était pas judicieux de me laisser aller, j'avais tellement de choses sous pression que je ne me contrôlerais plus. Et Mike ne méritait quand même pas de payer pour tout le reste.
Je me calmais en considérant la chance d'avoir un travail qui me plaisait et la bonne entente que je partageais avec mon père car éviter les approches de ces trois garçons était épuisant.
J'étais devenue très proche de Seth Clearwater, nous nous entendions bien et il adorait venir à la maison quand j'étais là pour que je l'aide dans ses devoirs. C'était un jeune garçon joyeux qui avait toujours une bonne idée pour s'occuper. Il adorait Charlie et se raccrochait à lui. La perte de son père devait être lourde à porter pour lui et il voyait en mon père la figure paternelle qui lui manquait.
Par contre sa sœur Leah était presque inexistante dans ma vie. Les rares fois ou je la rencontrais elle m'ignorait superbement. Elle me paraissait butée et renfrognée et je n'avais aucune envie de la connaître plus.
Début avril, Marc me mit à contribution pour accompagner avec lui un groupe d'élèves du lycée de Sequim.
La veille j'avais passé une agréable soirée en compagnie de Seth à regarder des films d'horreur pendant que Charlie et Sue étaient au restaurant à Port-Angeles. Mon père devait passer la nuit chez Sue à la réserve. C'était la première fois qu'il découchait depuis son accident. J'étais contente qu'il puisse à nouveau reprendre une vie presque normale.
Pour l'occasion j'avais proposé à Sue de garder Seth pour la nuit afin qu'ils soient tranquilles. De son côté Leah avait eu la bonne idée de dormir chez une amie.
Malgré ses supplications j'avais réussi à envoyer Seth se coucher vers 23h. Je m'étais moi même glissée dans mon lit. Le lendemain je devais déposer Seth à son lycée et me rendre ensuite au parc.
Mais le sommeil ne venait pas, ce film avait dû me faire plus d'effet que je ne voulais bien l'admettre. J'avais depuis longtemps développé une résistance tenace au sommeil les soirs où je sentais qu'il allait être parsemé de mauvais rêves.
En effet, mes cauchemars faisaient toujours partie intégrante de mes nuits. Ils étaient moins effrayants depuis que j'étais revenue à Forks comme si voir les mêmes paysages dans mon sommeil et dans la réalité était moins déstabilisant. Mais mes réveils étaient toujours aussi désagréables après mes nuits les plus agitées.
Je pris alors un livre de cours de génétique et m'efforçais de me concentrer. Je me réveillais le lendemain matin dans un lit défait, la tête sur mon livre, la lumière allumée avec l'impression de n'avoir dormi que quelques minutes.
Pour couronner le tout je constatais que j'étais en retard. Je courrais réveiller Seth qui lui paraissais plus en forme que moi et en se dépêchant nous réussîmes à être devant son lycée avec seulement cinq minutes de retard. Il me remercia chaleureusement pour la soirée et nous nous fîmes la promesse de recommencer à la prochaine occasion. Décidément j'aimais beaucoup ce gamin.
J'allais quitter la Push quand j'aperçus Jacob qui me faisait signe de m'arrêter. Je stoppais ma voiture à sa hauteur et baissais ma vitre.
- Salut Bella, ça faisait longtemps qu'on ne t'avait pas vu à la Push !
- Salut Jack, je ramenais Seth au lycée, Charlie et Sue ont passé la soirée ensemble j'ai donc fait la baby-sitter cette nuit !
- Cool, Seth est vraiment un chouette gamin ! Il a du mérite d'être comme ça alors qu'il a perdu son père. Il a de la chance que Sue soit tombée sur Charlie et toi !
- Surement. Je suis désolée Jacob, mais je suis en retard au travail il faut que je me dépêche !
- Ah bon, bien je te laisse alors…
Je voyais qu'il était déçu, il avait sans doute espéré passer un peu de temps avec moi.
- Ok, à plus, bonne journée !
- Toi aussi Bella, à bientôt j'espère…
Je redémarrais, poussant ma Chevrolet au maximum sur la route en direction de Port-Angeles. Je téléphonais à Rachel pour lui signifier que je rejoindrais Marc sur le parking de départ de la randonnée qui se situait au bout d'une route qui pénétrait dans la forêt pour se finir sur une clairière d'où partaient plusieurs chemins.
Quand j'arrivais le bus scolaire était déjà là et les élèves commençaient à en sortir. Je saluais rapidement Marc et allais à l'arrière de mon pick-up pour attraper mes chaussures de marche.
Nous avions de la chance le temps était couvert mais la pluie ne menaçait pas. Je prenais appui sur le pneu arrière pour lacer mes chaussures. Je fus interrompue par Marc accompagné de Mr Randy le professeur de biologie du lycée de Sequim à l'origine de cette sortie scolaire. Marc nous présenta brièvement.
J'eus la nausée quand je vis le sourire appréciateur que ce fameux Mr Randy, qui devait avoir dix ans de plus que moi, me lança en me serrant la main un peu trop longuement à mon goût. Il insista pour que je l'appelle Jeff.
Alors qu'ils retournaient vers le groupe, Marc m'adressa un clin d'œil en articulant silencieusement un « Bellissima » moqueur. Je luis répondis pas une grimace et retournais à mon laçage.
Que m'arrivait-il, cette forêt me conférait-elle un sex-appeal particulier qui faisait que tous les obsédés du coin bavaient en me voyant et que tous ceux que j'aurais préféré oublier étaient attirés par moi comme des mouches ?
Il fallait que je me ressaisisse, j'avais ce groupe à accompagner et je ne pouvais pas me permettre d'être maussade. J'étais déjà épuisé de ma courte nuit, il ne fallait pas en plus que je laisse la mauvaise humeur me gagner.
Je pris mon sac à dos sur le siège passager et refermais ma voiture avant de me diriger vers le groupe. Marc me tournait le dos, visiblement en train d'expliquer les consignes de sécurité. Je vins me positionner à ses côtés et baissais les yeux pour ne pas croiser le regard de Jeff. Marc ayant fini son laïus me présenta. Je relevais alors la tête et adressais un sourire aux visages en face de moi.
C'était l'éternel prototype de la classe de lycée. D'un côté les garçons populaires qui étaient persuadés d'être irrésistibles. Ils n'avaient qu'une envie chahuter leurs plantureuses copines, sans doute cheerleader, qui elles se demandaient comment elles allaient survivre à une journée sans talons. De l'autre les élèves mal à l'aise dans leur peau d'adolescent, mal fagoté pour qui l'âge adulte serait sans doute une délivrance. Et à l'arrière, en retrait, les solitaires, un peu trop originaux, rejetés par les autres, qui vivaient dans leur monde.
Les élèves commencèrent à suivre Marc me permettant de distinguer les visages de ceux qui étaient restés en retrait du groupe. L'un d'eux était adossé au bus et m'observait. Je le reconnus instantanément.
Il était là, devant mes yeux, trois ans quasiment jour pour jour après notre seule et unique rencontre.
Pour la première fois depuis ce jour et même si j'en avais senti les prémices en revenant à Forks cet été, ma vie prenait tout son sens et se remettait enfin à s'écouler à une vitesse normale.
Les couleurs, les odeurs reprirent toute leur intensité. Pourtant je ne comprenais pas cette étrange sensation. Moi, Isabella Swan, 20 ans, j'avais l'impression à cette seconde de recommencer ma vie…
POV Edward
J'avais beaucoup réfléchi après ma discussion avec Carlisle. J'essayais depuis de me persuader qu'il avait raison, je pouvais me dominer face à l'odeur de Bella même si j'étais en contact avec son sang.
J'étais retourné à l'hôpital et la prévenance avec laquelle la jeune infirmière qui avait contribué à percer la poche de sang me traitait faisait beaucoup rire Carlisle. Grâce à lui j'avais maintenant la réputation d'un jeune médecin prompt à tourner de l'œil. Heureusement que j'opérais toujours en équipe avec lui car aucun de mes autres collègues n'aurait accepté de travailler avec moi.
J'avais de toute façon espacé mes gardes pour être à Forks le plus souvent possible. Ma famille tentait de me rassurer mais je ne me serais pas pardonné si je n'étais pas là en cas de danger.
Alice surveillait Victoria et aucune alerte de ce côté n'avait été détectée. Nous patrouillions régulièrement avec Emmett et Jasper et nous n'avions trouvé aucune trace de congénère.
Nous croisions régulièrement les pistes des loups, ce qui nous obligeait à faire des détours pour les éviter. Nous avions compris qu'ils s'étaient familiarisés avec nos odeurs et ne sortaient de leur territoire que pour des incursions dans l'Olympic National Park. Notre cohabitation s'était pour le moment passée sans incident.
J'allais parfois rôder aux alentours de la maison des Swan. J'avais découvert que le père de Bella avait été gravement blessé lors de leur agression par Victoria. Il était très entouré par Bella et ses amis.
Je me débrouillais rester assez à distance pour ne pas voir Bella et comme je n'entendais toujours pas ses pensées les seules choses que je distinguais d'elle était ses conversations.
Je sentais aussi son odeur sur un chemin qui s'enfonçait dans la forêt derrière chez eux qu'elle l'empruntait régulièrement. Un après midi je me dirigeais vers chez eux quand j'avais entendu des sanglots non loin de moi. Je ne savais pas si c'était elle et je ne pouvais pas prendre de risque j'avais donc fais demi-tour le plus vite possible en direction de la villa.
Alice m'avait confortée par une vision de Bella souriante en train de diner avec son père.
Cette nuit là je n'avais pas résisté à l'envie de m'approcher de leur maison. Je savais que ça ne m'apporterait rien étant donné que je n'entendais pas ses pensées. Mais la savoir en sécurité m'apaisait.
Je restais à la limite de perception de mon ouïe surdéveloppée perché sur une branche qui me permettait d'être invisible.
J'entendais les ronflements et les pensées entrecoupées de Charlie Swan. Je percevais également la respiration irrégulière d'une autre personne qui avait un sommeil agité, sans doute Bella. Soudain j'entendis sa voix claire dans la nuit, il n'y avait aucun doute sur sa propriétaire.
- Edward… murmura-t-elle
- Edward, reviens je t'en supplie …
Sa voix devenait chevrotante comme parcourue de sanglot.
- Tu me manques tellement, ça fait si mal…
Cette fois elle sanglotait distinctement mais ne semblait pas s'être réveillée au vu du rythme de sa respiration.
Je ne bougeais plus sur ma branche. J'étais atterré par ce que je venais d'entendre. Connaissait-elle un autre Edward ? Et si non, comment était-ce possible que ce soit moi dont elle parle ? Et pourquoi me réclamait-elle moi misérable créature qui m'était comportée lamentablement lors de notre rencontre ?
Mes pensées furent interrompues par l'odeur piquante et les pas feutrés d'un loup qui approchait. Je pris la fuite immédiatement. Les loups appréciaient peu que nous soyons trop proches des humains vivants à Forks et nous n'avions pas besoin de les provoquer.
Je me rendis dans la clairière que j'avais trouvée lors de notre dernier séjour à Forks. Son éloignement me permettait de me retirer lorsque j'avais besoin de solitude. Je m'allongeais dans l'herbe humide sous le ciel étoilé et ressassais ce que je venais d'entendre.
A l'aube je rentrais à la villa pour me changer, l'esprit préoccupé. La journée passa sans que je sorte de mes pensées.
Seul Mr Randy, qui ne supportait pas de me voir rêver, me posa assez de questions pour m'obliger à focaliser une partie de mon attention sur lui. A la fin du cours il nous rappela que la sortie dans le cadre de notre étude sur la flore locale était prévue le lendemain et qu'il nous priait de prévoir des tenues adéquates pour marcher plusieurs heures ainsi qu'un pique-nique.
J'étais en train de m'imaginer avoir une journée libre le lendemain loin de Mr Randy et de ses pensées désobligeantes à mon égard quand il m'interpella.
- Mr Cullen ?
- Oui Mr Randy ?
- N'envisagez même pas de vous défiler demain. Je vous ai à l'œil et si vous ratez cette sortie je m'arrangerais pour que votre moyenne soit tellement minable que vous ne pourrez pas valider votre année ! Compris ?
- C'est bien compris Mr Randy, lui répondis-je d'un ton moqueur.
- Ne soyez pas insolent ! Je vous préviens que si vous m'amenez un certificat médical de votre bon papa le docteur pour vous dispenser je vous le ferais payer ! Et puis notez que cette sortie ne sera pas la dernière, par la suite je confierais à chacun d'entre vous un dossier à monter qui nécessitera de passer un peu de temps dehors. Et soyez sûr Mr Cullen, que je vous réserve le plus ardu. Mais avec votre niveau de connaissance ça ne devrait pas vous poser de problème, n'est ce pas ?
- J'espère bien, mais si je rencontre des difficultés je viendrais trouver mon excellent professeur pour m'aider !
- Sortez, Mr Cullen, et soyez là demain matin à huit heure tapante pour le départ du bus !
- Je n'y manquerais pas, bonne soirée Mr Randy, lui lançais-je en sortant de la salle de classe.
Il claqua la porte derrière moi. Je l'entendais fulminer. Décidément je n'avais jamais déclenché une telle haine chez un professeur depuis que nous fréquentions des lycées.
Dans la voiture j'interrogeais distraitement Alice sur la météo du lendemain. Elle m'assura d'un temps sec mais couvert propice aux vampires qui voulaient évoluer parmi les humains et elle me confirma que je serais présent à la sortie scolaire.
Si tous les éléments étaient contre moi, je n'avais pas d'autre choix que de m'y rendre. Je n'avais aucune envie de passer une autre année avec ce prof enragé. Peut-être que si je me pliais à ses exigences il me laisserait finalement tranquille.
J'espérais seulement que les élèves et les guides ne seraient pas étonnés de voir les animaux déserter à notre approche et le silence se faire un peu trop longtemps.
Après que je lui eu raconté le but de la sortie, Emmett arriva à la même conclusion que moi.
- Je t'imagine bien tuant un puma sous les yeux effrayés des cheerleaders de ta classe. Elles auront moins envie de tripoter tes jolies petites fesses après ça !
- T'as vraiment le don de monter des scénarios de film d'horreur Emmett !
- Pour une fois que c'est un film d'horreur on ne va pas se plaindre, renchérit Jasper.
- Ah ouais d'ailleurs j'avais pensé à une super idée de film porno …
- Non ! criais-je à l'unisson de Jasper et Alice ayant en prime les images d'Emmett pour confirmer ses propos.
- Vous êtes vraiment coincés les gars ! T'inquiètes chaton je te montrerais tout ça en grandeur nature à la maison dès qu'on arrive, dit-il en regardant Rosalie.
Le trajet du retour se fit ensuite silencieusement, Rosalie et Emmett ne se quittant pas des yeux et ne pouvant retenir leurs pensées malgré mes supplications. Jasper avait du coup du mal à contenir ses humeurs et je sentais que les idées de tous dans l'habitacle étaient tournées vers le même but.
Je les laissais à l'entrée de l'allée de la villa et repartais aussitôt en voiture. Je ne voulais pas être présent dans la maison quand ces quatre esprits excités allaient laisser libre cours à leur imagination surchauffée une fois dans leur chambre respective.
Je me rendis à l'hôpital. Travailler me permettrait d'évacuer moi aussi les envies que mes frères et sœurs avaient implantées dans mon esprit.
De retour à la maison, Emmett avait passé la fin de la nuit à me taquiner. Alice avait eu la bonne idée de lui raconter mes déboires avec Mr Randy. Rien de plus drôle pour lui que de voir l'enfant Cullen, le plus discret et le plus assidu se faire prendre en grippe par un professeur.
Le clou du spectacle pour lui fut de me voir descendre en tenue de randonnée avec mon sac à dos sensé contenir un pique-nique et de l'eau.
Juste avant de partir il courut dans les étages pour redescendre avec une casquette et un tube de crème solaire. Je supposais qu'il avait trouvé ce dernier dans le rayon cosmétique de la chambre d'Alice. Malgré mes protestations il le glissa dans mon sac à dos et m'affubla de la casquette. Il rigolait tellement qu'il avait eu du mal à se glisser à l'arrière de la Volvo sous les regards excédés de Rosalie.
A sa décharge il était vrai que nous n'avions nul besoin de nous équiper pour crapahuter dans la forêt. Il nous arrivait même d'aller chasser dans des tenues plus adéquates pour un diner mondain en ville qu'un repas plus que rustique en forêt. Mais avec une sœur comme Alice, la mode était sacrée et elle était capable de passer des heures à trouver des vêtements pour toute la famille bien que l'activité prévue ne s'y accorde pas toujours.
Je laissais mes frères et sœurs sur le parking du lycée et me rendit sans ardeur vers le bus scolaire qui devait nous emmener à cette fameuse sortie. Comme l'avais promis Alice le temps était couvert.
A la vue de ma mine renfrognée, Mr Randy cocha mon nom dans sa liste des présents en m'adressant un sourire victorieux. A ses pensées je pouvais voir qu'il jubilait de m'avoir obligé à venir et que mon manque d'enthousiasme décuplait son plaisir.
Je me glissais dans un siège vers le milieu du car et posait mon sac sur le siège du côté de l'allée centrale afin de signifier à mes camarades de classe qui ne l'auraient pas encore compris ou seraient trop téméraires que je tenais à ma solitude. Je glissais mon Ipod sur mes oreilles et afin d'accorder mon humeur à la musique je lançais le Black Album de Metallica.
Le trajet fut interminable, ça faisais longtemps que je n'avais pas roulé aussi lentement. Chaque virage était une torture et je ne savais pas si j'allais avoir la patiente et le courage de résister à cette journée. Mais j'étais maintenant coincé et je n'avais aucune excuse pour me défiler.
Je repensais aux visions d'Alice qui ne faisait aucun doute sur ma participation à cette sortie, elle avait d'ailleurs contribué à me convaincre de venir. En y réfléchissant bien, je réalisais qu'elle avait particulièrement bloqué ses pensées ces derniers temps et que la seule vision de la journée qu'elle m'avait transmise était le moment que j'étais en train de vivre : moi dans le bus scolaire.
Mon inattention depuis que j'avais entendu le rêve de Bella avait fait que je ne prêtais pas attention à l'application avec laquelle ma sœur me cachait ses pensées depuis quelques jours.
A son évocation je ne pu empêcher mon esprit de se focaliser sur cette étrange nuit. J'avais beau retourner les mots de Bella dans tous les sens, je n'avais aucune réponse, ça resterait un mystère que je n'étais pas prêt de résoudre.
Encore une fois je m'étais perdu dans mes pensées trop profondément. Je n'avais même pas senti le bus s'arrêter. Quand je levais la tête Mr Randy se tenait devant moi excédé, m'invitant à sortir.
Je suivi alors les autres élèves, restant en arrière, appuyé sur le bus pendant que chacun se préparait. Mr Randy était en grande discussion avec un homme de grande stature, d'une cinquantaine d'année, dont le teint buriné laissait penser qu'il passait une grande partie de son temps en extérieur. Je compris que c'était notre guide pour cette sortie.
Derrière l'immense jeep aux couleurs de l'Olympic National Park qui aurait fait pâlir d'envie Emmett se tenait une antique Chevrolet rouge à plateau. De dos je pouvais voir une jeune femme dont je devinais le corps long et fin sous la tenue de randonnée.
Mr Randy et le guide se dirigèrent vers elle pour la saluer. Dès que je perçu les pensées salaces de mon professeur je détournais mon attention. Mais la banalité de ce qui se déroulait autour de moi ne pouvait me distraire.
Les filles les plus populaires s'ingéniaient à faire porter leur sac par les garçons qui bavaient littéralement à leurs pieds. Le reste de la classe se partageait entre joie pour les plus passionnés d'entre eux et inquiétude de réussir à faire la randonnée en entier pour les moins sportifs.
Je ne pus me retenir plus longtemps et pendant que Marc qui se présenta comme notre guide nous donnait des instructions sur la sécurité pendant la randonnée, j'observais la jeune femme aux cheveux ondulés qui terminait de lacer ses chaussures. J'avais une impression de déjà vu mais chose étrange pour moi mon cerveau fonctionnait au ralenti focalisé sur ses pensées qui s'avéraient inexistantes.
Elle se saisit de son sac à dos sur siège passager de son véhicule et se retourna pour se diriger vers nous. Ce visage en forme de cœur, ces grands yeux chocolat, cette peau au teint de porcelaine ne laissaient aucun doute sur son identité.
D'un coup mon corps se tendit et mon cerveau reprit le cours de ses pensées à une vitesse astronomique. Je comprenais enfin la discrétion d'Alice ces derniers jours, elle savait,et elle avait profité de ma distraction.
Bella se plaça à côté de Marc, lui adressant un sourire complice témoin de leur bonne entente avant de baisser les yeux. Aux pensées de ce dernier je vis qu'il l'estimait beaucoup. Marc nous la présenta comme notre deuxième guide. Je perçu les pensées appréciatrices des garçons de ma classe alors qu'elle relevait la tête le sourire aux lèvres.
Je me senti alors envahi non pas de venin, mais d'un sentiment qui me brulait le corps, était-ce la jalousie ?
Elle ne m'avait pas encore vu mais ça n'allait pas tarder car elle observait un à un les élèves du groupe.
Une bourrasque de vent souleva sa chevelure en même temps qu'elle m'apportait son effluve. A mon grand soulagement c'était supportable. Son odeur était délicieuse mais ce n'était rien en comparaison de son sang répandu dans un bloc opératoire. Je ne serais pas obligé de fuir aujourd'hui, sauf si elle même, me reconnaissant, réagissait mal, mettant en danger mon secret.
Je devinais que ça n'arriverait pas car ma diabolique sœur savait très bien comment cette journée allait se dérouler et elle ne m'avait absolument pas retenu, au contraire. Donc soit Bella ne me reconnaitrait pas, soit elle se rappellerait de moi mais dans ce cas pourquoi n'avoir aucune réaction en retrouvant trois ans plus tard une personne qui n'a pas changé et est encore au lycée dans un niveau inférieur ?
Je décidais de faire confiance à Alice en étant courageux. Après tout ça faisait trois ans que je me voilais la face, alors que chaque seconde j'avais eu une seule envie, me retrouver là face à elle.
Fin du flashback
Elle m'avait vu. Quand son regard avait croisé le mien je m'étais pétrifié, je savais qu'il était trop tard pour fuir et une force m'en empêchait. Un imperceptible tressaillement avait parcouru son corps et elle s'était figée elle aussi pendant quelques secondes, ses grands yeux étaient écarquillés. Puis elle avait détourné le regard me rendant par la même occasion le contrôle sur mon corps.
Elle avait pris la tête du groupe pendant la première partie de la marche. J'étais le dernier élève et au détour des virages j'apercevais sa silhouette. Elle marchait d'un pas assuré, ses jambes fuselées avançaient à grands pas. Par moment elle s'arrêtait, nous montrait une plante ou un animal, elle était passionnante.
J'avais toujours été plus intéressé par la faune de l'état de Washington que par sa flore. Mais en l'écoutant j'aurais pu devenir botaniste et m'enfermer pendant des heures avec elle dans une serre… J'étais stupéfié par les chemins que mon esprit prenait. J'avais l'impression d'un réveil depuis un sommeil de 3 ans ou plutôt de 100 ans pour être franc.
Elle s'arrêta devant un immense épicéa, j'étais tellement perdu dans mes pensées que je failli rentrer dans l'élève qui me précédait. Sans ses pensées obscènes pour la fille devant lui qui m'avait atteint de plein fouet je l'aurais percuté avec toutes les conséquences physiques pour lui et les explications pour moi.
Je buvais les paroles de Bella. Elle annonça qu'à partir de ce moment son collègue prenait la tête de la randonnée et nous invita à le suivre. J'étais le dernier et nous nous retrouvâmes donc face à face. Elle plongea son regard dans le mien et je me perdis dans l'immensité de ses yeux.
Me reconnaissait-elle ? En tout cas elle n'en laissait rien paraître.
Bien que ses yeux étaient soulignés de cernes violettes témoins d'une nuit trop courte, elle était encore plus belle de près comme si c'était possible. J'entendais son cœur battre une chamade désordonnée, son regard était plein d'interrogations, j'essayais de sonder son esprit mais il était toujours hors de portée pour moi.
Son odeur envahissait l'espace autour de moi. Au-delà de son sang, je percevais un mélange de parfums de freesia et de fraise. Tout ça provoquait en moi une attirance irrésistible. Je constatais que ce n'était pas le désir de la boire mais un autre inconnu et différent qui réveillait le côté humain en moi. Cette nouvelle part de mon esprit voulait rester et se rapprocher d'elle.
Pendant tout ce temps elle était restée figée devant moi semblant en proie à un combat intérieur de la même force que le mien.
Ce fut les pensées de Mr Randy qui me sortirent de ma torpeur.
« Qu'est ce qu'il fiche encore celui là ! Ça ne lui suffit pas d'avoir toutes ses groupies, il faut en plus qu'il allume cette magnifique nana ! Je vais lui coller le devoir de sa vie, et l'envoyer crapahuter avec Marc pour cueillir des orties ça va lui passer l'envie de reluquer les filles comme ça ! »
Je détachais alors mon regard de Bella. Ainsi Mr Randy était jaloux, ce qui expliquait en partie sa haine envers moi. Il ne supportait pas l'attention que me portaient les filles de ma classe et encore moins que je puisse m'intéresser à Bella. Pour un juste retour des choses, je pouvais également dire que les idées qui lui venaient en la regardant me donnaient envie de l'achever sur le champ.
Le venin s'écoulait dans ma bouche et mes articulations se crispaient… J'étais jaloux moi aussi ? La revoir avait débloqué chez moi tous ces sentiments jusqu'à là inconnus pour moi et que j'avais tenté de refouler depuis trois ans.
Je repris alors ma marche à la suite du groupe, veillant à avoir la démarche la plus humaine possible. Je sentais le regard de Bella dans mon dos. Elle ne pouvait pas ne pas me reconnaître et me regarder ainsi, mais dans ce cas pourquoi ne m'avait-elle pas parlé ?
Une heure plus tard nous nous arrêtions dans une clairière pour déjeuner. Les petits groupes s'éparpillèrent dans l'étendue herbeuse selon les affinités. Comme à mon habitude je restais en retrait et m'assis contre un arbre. De ma place j'avais tout le loisir d'observer ce qui se déroulait devant moi.
Imitant les autres je sortis mon déjeuner et donnais le change en faisant semblant de manger. Les discussions étaient animées et joyeuses.
A ma gauche Bella, Marc et Mr Randy étaient assis sur des rochers qui affleuraient sur le bord de la clairière. Bella picorait son repas et me lançait régulièrement des regards détournant à chaque fois la tête quand elle croisait le mien.
Mr Randy s'efforçait de lui faire la conversation sans grand succès. Marc se délectait de son repas et du plaisir de voir les efforts de mon professeur. A ce que je compris il n'était pas le premier à apprécier les charmes de Bella.
Elle finit par prendre congé pour aller s'asseoir un peu plus loin. Elle s'allongea la tête sur son sac à dos. Je contemplais alors à loisir son profil, ses traits étaient encore plus fins que dans mon souvenir, elle était plus âgée mais elle me semblait avoir embelli. Il se dégageait d'elle une sorte d'assurance doublée d'une insondable tristesse.
Ma contemplation fut interrompue par des pensées qui n'appartenaient pas au groupe m'entourant. C'était deux loups de la meute.
« C'est un Cullen, c'est sûr, je reconnais son odeur, d'ailleurs si ça ne te dérange pas de t'éloigner ça me rend malade ».
« Hors de question, Bella est là et il y a tout un groupe d'humains, il faut savoir ce qu'il fiche là ! »
Je me levais pour m'éclipser de la clairière me dirigeant vers les pensées des loups. Une fois hors de vu j'accélérais jusqu'à me trouver en face d'un loup roux et d'un loup gris.
« Qu'est ce que tu fiches ici Cullen ? »
- Je vous signale que je ne suis pas sur votre territoire. Et si vous voulez tout savoir je suis en sortie scolaire. Bella Swan n'a rien à craindre, rassurez vous.
« Tu vois Jack je te l'avais dit, éloignons nous ! »
Le loup roux fit un pas en avant les crocs découverts.
« Je n'aime pas que tu traines autour d'elle Cullen, avec tout ce qu'elle a traversé elle n'a pas besoin de ça ! »
- Rien n'était prémédité et dans quelques heures chacun repart chez soi, inutile de te t'énerver, de toute façon je veille sur le groupe. Sur ce coup là nous avons un ennemi commun et moi pas plus que vous ne souhaitons le laisser arriver à ses fins.
« Allez viens Jack, ça suffit ! »
Le loup roux commença à reculer en direction du loup gris.
« On te tient à l'œil Cullen, à la moindre alerte de ta part nous n'hésiterons pas… »
Je m'éloignais à mon tour. J'arrivais presque à l'orée de la clairière quand je sentis une présence. Elle était là droite comme un i, tous ses muscles tendus. Avait-elle peur ? Dans ce cas pourquoi serait-elle venue seule ici à ma rencontre ?
- Edward ? dit-elle dans un chuchotement comme si prononcer mon prénom était une chose interdite et dangereuse.
C'était une interrogation, comme on prononcerait un mot de passe, comme si elle voulait ouvrir la porte d'une pièce secrète.
- Edward Cullen, dis-je pour lui prouver qu'elle avait raison. Et toi tu es Bella Swan, n'est ce pas ?
Immédiatement je vis son corps se détendre.
- Oui, c'est ça Bella… Ça fait si longtemps…
- Je sais…Je suis heureux de te revoir… chuchotais-je à mon tour, inquiet de savoir si j'allais trop loin.
A mes mots, un frisson parcouru son échine, je ne savais pas si c'était de la peur ou autre chose, mais son cœur se mit à battre plus fort. Le fait qu'elle ne parte pas en courant me laissait espérer le contraire.
Le léger rosissement de ses joues que je perçu dans la pénombre me fit monter un flot de venin dans la bouche m'incitant à la prudence. Le monstre était loin en moi terrassé par des sentiments bien plus fort et inconnus de moi jusque là.
La voix de Mr Randy nous sortit de notre bulle en me hélant.
- Mr Cullen, revenez ici tout de suite !
- Je crois qu'il faut y aller si tu ne veux pas avoir d'ennui, me dit-elle avec un sourire amusé.
- Effectivement.
Je passais devant elle et sortit dans la clairière sous le regard courroucé de mon professeur.
- Ou étiez vous passé ?
- Satisfaire un besoin naturel à l'abri des regards !
Je vis alors ses yeux s'écarquiller puis il devint rouge, fulminant de colère. Je me retournais pour apercevoir Bella qui sortait à son tour de la pénombre. Le rose foncé de ses joues et le sourire qu'elle tentait de retenir me confirmèrent qu'elle avait entendu ma réponse et que comme moi, elle appréciait l'effet de son double sens sur Mr Randy.
Elle se dirigea vers lui et détourna son attention.
- Allons-y Mr Randy, si vous voulez que nous soyons rentrés à temps.
- Je vous en prie, appelez-moi Jeff. Ah et merci d'avoir retrouvé cet élève, je suis atterré de son comportement. Il se croit tout permis !
Bella ne le laissa pas continuer et rejoint Marc pour reprendre notre marche.
Le reste de la journée s'écoula sans que nous n'échangions autre chose que des regards. Je remontais dans le bus à contrecœur. J'aurais tellement voulu m'approcher encore d'elle pour lui parler mais sous quels prétextes et en avait-elle envie également ?
Après avoir regagné ma place, je plaçais les écouteurs de mon Ipod sur mes oreilles pour me couper autant que possible des bavardages incessants des autres élèves. Je choisis la seule chanson qui me sembla être appropriée à cette journée. D'un coup la voix sombre de Lou Reed s'éleva m'enveloppant entièrement.
Just a perfect day (Rien qu'une journée parfaite)
drink Sangria in the park (A boire de la sangria dans un parc)
And then later when it gets dark, we go home (Et plus tard, quand la nuit tombe, rentrer chez soi)
Just a perfect day (Rien qu'une journée parfaite)
feed animals in the zoo (A nourrir les animaux du zoo)
Then later a movie, too, and then home (Plus tard, regarder un film et rentrer)
Le car démarra et s'éloigna lentement, le front appuyé contre la vitre je regardais Bella assise à l'arrière de son pick-up. Marc était à côté d'elle, ils discutaient en nous observant. Ses yeux étaient vrillés aux miens, j'y devinais une pointe de regret, mais peut-être prenais-je mes désirs pour des réalités ?
Oh, it's such a perfect day (C'est une si belle journée)
I'm glad I spend it with you (Je suis si heureux de la passer avec toi)
Oh, such a perfect day (Une journée si parfaite)
You just keep me hanging on (Tu m'aides à tenir le coup)
You just keep me hanging on (Tu m'aides à tenir le coup)
Alors que nous tournions pour sortir du parking et elle disparut de ma vue. Immédiatement le manque, sensation familière de ces dernières années m'envahit tel une chape de plomb. J'avais tellement envie d'entendre à nouveau sa voix douce et posée, de sentir son parfum si délicat, d'admirer ses traits sans discontinuer. Je devais au moins ça à Alice et Jasper, j'étais totalement attiré par cette femme.
Just a perfect day (Rien qu'une journée parfaite)
problems all left alone (Tous les soucis ont disparu)
Weekenders on our own (Nos voyages pendant les week-end)
it's such fun (C'est tellement amusant)
Just a perfect day (Rien qu'une journée parfaite)
you made me forget myself (Rien qu'une journée parfaite)
I thought I was someone else, (Je pense être quelqu'un d'autre)
someone good (Quelqu'un de bien)
Le double sens des paroles de cette chanson résonnait en moi. Bella était une drogue pour moi, mon héroïne personnelle, dont je ne pourrais jamais me sevrer.
Oh, it's such a perfect day (C'est une si belle journée)
I'm glad I spent it with you (Je suis si heureux de la passer avec toi)
Oh, such a perfect day (Une journée si parfaite)
You just keep me hanging on (Tu m'aides à tenir le coup)
You just keep me hanging on (Tu m'aides à tenir le coup)
La tête toujours collée à la fenêtre je vis dans un virage les prunelles fauves de deux loups qui scrutaient notre bus. Je n'étais apparemment pas le seul à veiller sur elle. Mais je ne voulais pas penser aux conséquences de cette rencontre, la seule question qui m'importait à ce moment était : quand la reverrais-je ?
You're going to reap just what you sow (Tu n'as plus qu'à récolter ce que tu as semé)
You're going to reap just what you sow (Tu n'as plus qu'à récolter ce que tu as semé)
You're going to reap just what you sow (Tu n'as plus qu'à récolter ce que tu as semé)
You're going to reap just what you sow (Tu n'as plus qu'à récolter ce que tu as semé)
Pays merveilleux quand te reverrais-je … Un grand merci à Jean-Claude, le roi des malentendus d'avoir parrainé cette rencontre !
Bon alors elles sont satisfaites mes lectrices adorées ?
Elles en veulent encore ? Oui, non ?
Si c'est oui vous savez où appuyer …
