Chapitre Dixième:
Au fur et à mesure, Ron s'était réintégré avec nous. Après tout il allait bien falloir que je vive avec. Le voyant lui et elle. Mais quand il était avec nous il n'y avait pas Lavande. Elle ne venait pas avec nous. Il ne fallait quand même pas exagérer. Fin janvier arriva. Les cours pour apprendre à transplaner commençaient pour les sixièmes années. Nos professeurs nous noyaient de devoirs, les Aspics approchaient à grande vitesse et on pouvait tous le ressentir. La fin d'année approchait donc aussi. C'était terrifiant comment le temps passait vite.
J'errai dans les couloirs avec Ginny. Elle avait bien voulu m'accompagner rendre quelques uns de mes livres à la Bibliothèque. Sur le chemin on discutait. De tout. De rien. Elle était une sorte de modèle, enfin elle et Harry. Leur couple était si stable, si solide. Et même s'il n'était pas toujours là, car il allait à la chasse aux horcruxes avec Dumbledore, elle ne s'inquiétait pas. Pas pour leur couple. Pour la survie d'Harry, oui. Avec tout ce qu'il avait vécu, tout le monde s'inquiétait pour lui. C'était devenu une habitude.
On comptait revenir à la Salle Commune. Jusqu'à ce qu'on les croise main dans la main. Je m'y étais habituée. Ils étaient dans un coin, ensemble. S'embrassant, rigolant. Je l'entendais glousser. Cette pauvre.. pimbêche.
- Je t'aime mon Ronron.
J'avais entendu cette phrase. J'arquai un de mes sourcils. J'accélérai le pas pour ne pas entendre la réponse de Ron. Je ne voulais pas. Même si je savais laquelle elle était. On arriva devant le tableau de la grosse dame, je peinais à retenir mes larmes. Ginny dit le mot de passe.
- Je vais dehors, lui dis je. Ne m'attend pas.
Elle acquiesça d'un mouvement de tête et entra dans la salle commune. Je marchai dans les couloirs. La tête baissée. J'essayais de me changer les idées. Entrer dans la salle commune n'aurait pas été une bonne idée, me rappelant à chaque instant des souvenirs avec Ron. Je marchais le plus vite possible. Avec aucun but précis en tête. Vers je ne sais quel point. Je changeais à chaque croisement de direction. Je ne savais où ça allait m'emmener. Nulle part sûrement, pensais je alors. Il n'y avait pratiquement personne dans les couloirs. Sûrement parce qu'il faisait froid dans les couloirs et que en ce temps les élèves préféraient jouer dans la neige ou rester au près de la cheminée de leur salle commune. Je bousculais les quelques élèves que je rencontrai sur mon chemin. Je n'en avais que faire. Je regardai à chaque fois leur visage. Ils avaient l'air heureux. Insouciant. Innocent. Jusqu'à ce que j'en croise un qui avait l'air beaucoup moins heureux. Je m'arrêtai devant lui. Au lieu de le bousculer. Il fronça les sourcils. Il y avait un tel désespoir peint sur son visage. C'en était presque alarmant.
- Toujours à cause de Weasmoche, Granger ? Ricana-t-il, comme si ma douleur lui procurait à lui du bonheur.
- J'ai pas envie d'en parler, Malefoy, et encore moins à toi. J'ai juste envie d'oublier. Et toi, c'est quoi ? Les tourments d'un pauvre petit mangemort ? Ricanai je à mon tour.
- J'ai pas envie d'en parler, et encore moins à toi. Marmonna-t-il. J'ai juste envie d'oublier.
Oublier. Le mot était simple. Oublier Ron me semblait impossible, mais surtout oublier ce qu'il avait fait. Pour Malefoy, c'était pire. Une sorte de mal-être qu'il accumulait depuis peut être sa naissance. Il n'avait jamais réellement choisis ce qu'il voulait être. Il me regardait toujours dans les yeux. Dans la détresse, je pense que les gens font des choses incroyablement stupides, qu'ils regrettent la minute d'après.
- Tu veux vraiment oublier, Granger ? Demanda-t-il alors.
- Tu proposes quoi ? Répondis je, sans même m'apercevoir que j'avais réellement répondu cela.
C'était comme frôler le feu. Comme jouer avec. C'était bête. Il me prit par le poignet et m'emmena au septième étage. Courant dans les escaliers à en perdre le souffle. On était devant le mur de la salle sur demande. Il passa trois fois devant le mur qui s'ouvrit. Il me traîna à l'intérieur. Ferma la porte et me plaqua contre le mur. J'avais beau essayer de me raisonner, de réfléchir. Je ne pouvais pas. C'était comme si, mon cerveau ne répondait plus. Il me regardait droit dans les yeux. Avec son regard froid. Aucune expression ne transparaissait sur son visage. Il approcha alors son visage vers moi. Il posa ses lèvres sur les miennes. Ce n'était pas doux. Ce n'était pas de l'amour. Je ne savais ce qui me poussait à répondre à son baiser. Peut être le fait que je savais que si Ron le savait, ça lui ferait du mal. Peut être parce que je voulais oublier, faire une chose stupide pour oublier. Peut être parce que j'en avais marre de bien me comporter alors que cela ne m'apportait rien. Alors j'enroulai mes bras autour de sa nuque et m'accrochai avec mes jambes autour de sa taille. Il n'y avait aucun sentiments. Juste une passion dévorante. C'était comme si, avec lui, je n'avais plus le contrôle de moi même. Il révélait une facette de moi que je ne connaissais même pas. C'était un baiser brûlant. Il y avait quelque chose en moi qui me poussait à continuer, le désir sûrement. C'était totalement différent. Car cette fois-ci, ce n'était pas de l'amour. Pas de la tendresse. C'était de la haine, de la rage qui sortait. C'était le mal, l'injustice et le désir de vengeance que l'on ressentait. Ce n'était pas plus ou moins fort que l'amour. C'était simplement différent.
Je l'avais fait. Enfin, on l'avait fait. Sans sentiment. Ça avait été passionné. Pendant 7 ans ça avait été comme frôler le danger sans jamais réellement le toucher. Là. On y avait mis les deux pieds dedans. Je n'avais jamais ressentis cela. Je me sentais mal et bien à la fois. Sensation étrange. Mal, car j'avais l'impression d'avoir trahit tout les gens qui comptaient sur moi en ayant ce type de rapport avec Malefoy. J'avais l'impression de fraterniser avec l'ennemi. Mais bien car, je m'étais libérée de toute cette rage et de cette douleur que j'avais accumulée. Quelques fois, les rapports entre les hommes sont plus compliqués que la normal. Ce n'était pas d'un côté le bien et de l'autre le mal. Ce n'était pas l'ordre d'un côté et les mangemorts de l'autre. C'était plus compliqué. Beaucoup plus compliqué avec Malefoy. Ce n'était pas lui contre moi. Quelques fois c'était lui et moi. Tout les deux on avait toujours aimé se détruire, se faire du mal. Maintenant, on se faisait du mal autrement. C'était notre truc.
Je remis mon uniforme. Dans le plus grand des silences. J'allais sortir. Il me retint par le bras.
- Pas un mot, Granger.
- Je ne me risquerais pas à ça, crois moi, Malefoy.
Je partis sur ces mots. Je rejoignis ma salle commune. En silence. Je me sentais libérée d'un poids et à la fois torturée intérieurement. Je regrettais cela et je ne regrettais pas. Je n'avais pas voulu et j'avais voulu. Je n'avais jamais ressenti une envie quelconque pour Malefoy, ou même un sentiment autre que la haine. Mais ça. Ça m'avait retourné. C'était comme si tout avait été secoué en moi. Comme si plus rien n'était à sa place. Je ne savais plus quoi penser, ou ressentir. J'avais envie de sourire et de pleurer, de rire et de crier. C'était comme si j'étais deux personnes en moi même. C'était comme si je ne ressentais plus. C'était tellement confus, que je ne ressentais plus rien. Ça n'avait en rien changer ce que je ressentais pour lui, je le haïssais toujours. Là n'était pas la question. Mais je me demandais toujours ce qu'il m'avait poussé à faire cela. Quelque chose m'avait poussé. Comme une force en moi. Une force incontrôlable qui essayait de prendre le dessus depuis longtemps et qui avait choisis ce moment de détresse. Ce moment, où je ne contrôlais plus rien. Et où j'étais tellement désespérée que j'aurais fait n'importe quoi pour me sentir mieux.
Le portrait de la grosse dame me laissa entrer. Je me laissai tomber sur le canapé. Harry et Ginny se mirent à mes côtés.
- Tu... murmura Ginny. Ça va ? Demanda-t-elle inquiète.
- Je pense que oui. Répondis je tout simplement.
« Dans la détresse, les gens font des choses incroyablement stupides, qu'ils regrettent la minute d'après. »
