Bonsoir! Je pensais poster ce chapitre plus tôt, mais finalement j'ai eu beaucoup de mal à le terminer. Comme toujours, j'espère qu'il vous plaira!

Bonne lecture...


Huitième mois ~ deuxième partie

Mi-novembre

La chambre d'amis est confortable et agréable. Je m'y installe à mon aise, essayant de ne pas trop réfléchir à tout ça. Je suis de retour chez mes parents. Je n'ai pas encore tout déménagé, j'ai juste ramené quelques affaires pour l'instant. Je ne suis pas content d'être là, mais je tâche de ne pas trop le montrer. Après tout, mes parents font de leur mieux, ce n'est pas évident non plus pour eux de m'accueillir ici. Je dois prendre sur moi.

Je finis de ranger mes habits dans l'armoire. Je prends le kimono bleu en dernier, le touchant presque du bout des doigts. J'aurais pu le laisser chez moi, ce n'était pas la priorité. Je ne sais pas trop pourquoi je tenais tant à le prendre. Je suis ridicule... Je le pends rapidement avant de m'éloigner. Je ne devrais pas m'attacher à du matériel comme ça.

« Shizuo... Tu as besoin d'aide ? »

La voix de mon père résonne dans mon dos. Je me tourne vers lui et le fixe un moment. Il a l'air fatigué et bien plus vieux que son âge. Je me sens mal. Tout ça, c'est ma faute. À croire que je ne sais faire que blesser les autres. Je me demande si mes parents seront vraiment capables de contrôler mes crises. Ils ont un certain âge maintenant. Mon père arrivera-t-il à soulever mon poids si je n'arrive plus marcher ? Je sais que ma décision de revenir chez eux est égoïste, mais devoir être hospitalisé... je crois que j'en mourrais...

« Non, ça va. Merci. »

Il acquiesce, avant de s'approcher de moi.

« Tu sais, Shizuo, je ne suis pas du genre à faire de grands discours, mais je vois bien que tu n'es pas au mieux. Tu n'as pas à cacher tes émotions. Pas avec nous. Et si tu veux nous parler de quoi que ce soit, on est là.

– ... Ce n'est pas toujours si simple. C'est juste que je déteste être un fardeau.

– Tu n'es pas un fardeau, ne dis pas n'importe quoi, soupire-t-il. Nous sommes tes parents, c'est normal pour nous de t'aider. Ne pense jamais le contraire. »

Je souris légèrement. Ses paroles sont réconfortantes, même si cette culpabilité n'est pas près de me quitter. Parce que au plus je me rapproche d'eux, au plus je m'en veux de m'être éloigné. Toutes ces crises de colère ont vraiment foutu ma vie en l'air. Et même si je haïs cette maladie de tout mon coeur, je dois au moins lui reconnaître ça : elle m'a ouvert les yeux sur beaucoup de choses, me permettant même d'en rectifier certaines.

« D'accord... »

Que pourrais-je lui répondre d'autres ? Mieux vaut que je lui dise ce qu'il veut entendre, comme ça il n'insistera plus. Ouais, c'est pas des plus sympa, mais c'est préférable à la vérité. Mon père a déjà suffisamment de choses à gérer : son travail, mon état, ma futur dépendance. Il ne mérite pas que je lui mette du poids supplémentaire sur les épaules. Alors à quoi ça servirait que je m'épanche sur mes émotions auprès de lui ? Je préfère tout garder en moi, c'est plus simple et moins emmerdant pour les autres.

Il hoche alors la tête, avant de me dire que le repas sera prêt dans quelques minutes. Il me regarde un moment, comme s'il voulait ajouter quelque chose, mais il reste silencieux, puis finit par s'éloigner. Je soupire légèrement. Ça ne me plait pas trop de lui cacher des choses. Merde, cette putain de maladie me met dans des situations vraiment détestables !

Grognant, je termine de tout ranger, avant de descendre à mon tour, agacé par ma propre attitude. C'est vrai que je ne suis pas dans une situation facile, mais je dois voir le positif. Au moins, j'ai des personnes sur lesquelles je peux réellement compter. Je ne serai pas seul jusqu'à la fin. Et ça, c'est sans doute le plus important...


Quelques jours plus tard...

Je marche sur les routes campagnardes, accompagné de Celty qui est venue me rendre visite. Je me sens bien. J'ai arrêté la chimiothérapie depuis plus d'une semaine et j'ai déjà l'impression que mon corps est libéré d'un poids imposant. Pour l'instant, je n'ai pas fait de nouvelles crises. Et bien que je ressente toujours une certaine fatigue, je me force à sortir tous les jours. Même si je n'ai plus autant de conditions physiques qu'avant, ça me fait du bien de prendre l'air. Et puis, j'ai surtout besoin d'en profiter tant que je peux encore le faire.

« C'est vraiment un endroit perdu. Parfois, je me dis que j'aurais dû vivre ici. J'aurais peut-être eu moins d'accès de colère.

Peut-être, mais tu ne m'aurais pas rencontré, tape avec humour Celty.

– C'est vrai. »

Je rigole, amusé. Je suis bien avec elle. Aujourd'hui, je me sens même apaisé. Quand on comprend que l'on a aucune emprise sur sa vie et que l'on décide tout simplement de lâcher prise, ça fait un bien fou. C'est ce qui me manquait depuis tout ce temps.

« Tu as l'air en forme. J'avais peur que tu ailles mal après tout ça... »

Je ne sais pas trop ce qui est compris dans le "tout ça", mais qu'importe.

« Pour être honnête, je ne vais pas bien Celty... Je ne veux pas devenir une simple loque humaine. J'aimerais continuer à vivre à Tokyo. Et plus que tout, je souhaiterais revoir Izaya. Mais pour le premier cas, je n'y peux rien alors à quoi ça sert de lutter contre ça ? Et pour le reste... je sais que j'ai pris la bonne décision. C'est tout ce qui compte pour moi.

Shinra n'est pas content. Il dit que tu ne l'as pas écouté, même si je ne sais pas de quoi il parle au juste.

– Ah... Il m'avait demandé de ne pas m'éloigner de la puce, mais il ne comprend pas la situation. Il ne peut pas juger comme ça.

À vrai dire, moi non plus je ne saisis pas tout. Qu'est-ce qui s'est passé avec Izaya ? »

J'arrête ma marche lorsque je vois enfin un banc. Je m'assieds alors dessus, suivi de près par Celty. Je me tourne ensuite vers elle.

« On est sorti ensemble. Enfin, c'est comme ça que je vois les choses en tout cas.

... C'est plutôt inattendu... Je peux comprendre que tu ne le haïsses plus, mais... Enfin, je ne te juge pas. C'est juste que ça me surprend.

– Ouais, c'est vrai que c'est bizarre. Cependant, je ne regrette rien. Je ne sais pas comment il s'y prend, mais il me fait toujours ressentir des émotions très fortes. Après avoir fait sortir le pire en moi pendant des années, j'ai l'impression qu'il a su me faire voir le meilleur.

Pourquoi ne pas continuer votre relation dans ce cas ?

– Il mérite mieux. Ouais je sais, c'est bizarre de dire ça quand on parle de la puce, mais je le pense vraiment.

Tu es sûr de faire le bon choix ?

– Désolé Celty, mais je n'ai pas envie d'en parler.

D'accord. »

Elle respecte alors mon silence, restant simplement à mes côtés tandis que mon regard se perd dans le paysage composé uniquement de champs. Je n'aime pas parler de ça. Dès que je pense à lui, mon coeur se resserre douloureusement. Mais il y a tout de même une question qui me brûle la gorge. Je soupire légèrement, avant de me lancer.

« Au fait Celty... Comment va Izaya ? Tu l'as vu récemment ?

Non. Ça fait d'ailleurs un moment qu'il ne m'a plus donné de travail. Il n'est pas revenu à Ikebukuro depuis ton départ. »

J'acquiesce de façon raide. J'espère qu'il ne fait pas n'importe quoi, qu'il est juste occupé par son job de merde. Mais j'ai surtout l'impression qu'il se fout de ma gueule. Des années à lui ordonner de ne plus venir à Ikebukuro et il m'écoute seulement quand je n'y suis plus ? Tss, quel chieur.

« Shizuo, si tu veux, je peux lui transmettre un message de ta part.

– Non, ne lui parle pas de moi, c'est mieux. »

Je me redresse alors pour reprendre la promenade. Celty me suit, tout en respectant mon envie de calme. C'est ce que j'apprécie chez elle, on peut être ensemble sans avoir besoin de combler le silence. D'un pas lent, on reprend le chemin de la maison.

« Tu vas venir au festival de Tokyo, la semaine prochaine ? tape-t-elle au bout d'un moment.

– Ouais, pourquoi pas. Ça peut être sympa. »

J'ai toujours bien aimé ce festival alors oui, si mon état me le permet, j'irai sans aucun doute. En plus, ce sera probablement la dernière occasion pour moi de partager un moment avec tous mes amis. À cette pensée, mon coeur se ferme un peu plus. C'est ma stratégie pour affronter la fin qui se rapproche de plus en plus. Je dois bloquer mes émotions, quitte à devenir froid. C'est le prix à payer. Je n'ai pas le choix de prendre de la distance avec tout ça, sinon je n'arriverai jamais à faire face à la réalité.

De retour à la maison, Celty me tend une enveloppe de la part de Shinra, avant de partir sans plus d'explication pour rentrer à Ikebukuro. De mon côté, je monte dans ma chambre et m'assieds sur le lit, avant d'étirer mon cou. J'ai mal. Toutes les tensions que je ressens se bloquent dans mon dos. Je respire fortement. Mon regard se pose alors sur l'enveloppe. Je me demande ce qu'il peut bien y avoir à l'intérieur. Sans attendre, j'arrache le papier et sors alors une photo. C'est celle du mariage, d'Izaya et de moi. Evidemment... Je grogne et la pose sur la table de nuit, avant de me coucher sur le matelas.

Shinra est lourd. Mais il arrive bien à lire en moi. Ce qui m'énerve plus qu'autre chose. Merde, pourquoi insiste-t-il ? Ne peut-il pas comprendre que j'ai de bonnes raisons de faire ça ? Enfin, je ne peux pas vraiment lui en vouloir, il veut juste protéger Izaya d'une certaine manière. Je sais pourquoi il agit comme ça. Ces derniers mois, j'ai complètement ouvert les yeux sur la puce. Je n'aime pas trop l'idée de le laisser seul, je sais qu'il a un comportement auto-destructeur. Mais je fais confiance à Shinra pour l'aider. Je ne vois pas trop ce que je pourrais faire d'autre...

Merde, si je n'étais pas malade, j'aimerais passer ma vie avec Izaya, apprendre à le connaître par coeur et essayer de réparer tout ce qui est cassé en lui. Mais c'est impossible... Cependant, je n'arrive toujours pas à le comprendre. Pourquoi agit-il comme une sombre merde ? Pourquoi m'a-t-il fait chier tout ce temps ? Je n'aurais probablement jamais de réponse à ces questions...

Parfois, j'aimerais changer d'avis et l'appeler. Mais je me retiens à chaque fois. Et je bloque d'autant plus mon coeur. Je vais y arriver. Je peux finir ma vie en ne faisant aucun mal autour de moi. Et en me protégeant moi-même... Cependant, je ne peux m'empêcher de penser que c'est quand même curieux la relation que j'ai avec lui. Il n'y a aucun sens dans tout ça, aucune logique. C'est bizarre, mais ça me plaît. Avec le recul, je me rends compte qu'il n'y a pas qu'Izaya qui est obsédé par moi, je le suis également. Peut-être même bien plus que lui. J'ai toujours voulu qu'il reste hors d'Ikebukuro, mais, chaque fois qu'il restait éloigné trop longtemps, je devenais nerveux. Aujourd'hui encore, je me sens mal d'être loin de lui.

Je sais maintenant qu'Izaya avait tort. Jamais je n'aurais pu l'oublier s'il m'avait laissé tranquille. Je ne l'aurais pas poursuivi, mais son souvenir serait resté encré à jamais dans mon esprit. Quand je dresse un bilan de ma vie, je vois bien qu'il y est très présent. Il est une part de moi, de mon existence. Il est la personne qui m'a le plus marqué. Et ça, rien ne pourrait le changer. Je pourrais tomber amoureux de quelqu'un d'autre que ça n'y changerait rien. C'est pour lui que j'ai le plus de sentiment, ça a toujours été lui. Cette haine intense entre nous a rendu notre relation spéciale... Je soupire, il faut vraiment que j'apprenne à ne plus penser à lui...


La semaine passe, le festival arrive. Celty vient me chercher à moto. Je ne suis pas mécontent d'y aller. Je me sens assez bien. Mon corps continue d'aller de mieux en mieux depuis la fin de cette foutue chimiothérapie, j'imagine que je peux m'estimer heureux parce que je doute que ça continue bien longtemps. Mais je ne compte pas laisser mon esprit être parasité par ces pensées. Et, d'ailleurs, dès que je retrouve ma ville préférée, je ne peux m'empêcher de sourire.

Des attractions et des stands envahissent les rues de Tokyo. J'aime bien cette ambiance, malgré le nombre impressionnant de gens qu'il y a déjà. Très vite, Celty et moi nous mettons à la recherche de Shinra, Tom et Vorona. Heureusement que l'on s'est donné un point de rendez-vous. Une fois ensembles, je les salue chaleureusement. Je suis content de les revoir.

« Alors, que voulez-vous faire ? demande Shinra, très enthousiaste. Moi, j'ai bien envie d'aller sur la grande roue avec ma Celty d'amour !

– Je voudrais bien aller manger des croustillons, répondis-je.

– Ha ha, ça ne m'étonne pas de toi, sourit Tom. Toujours à aimer les sucreries. »

J'acquiesce, c'est vrai que c'est mon point faible. On décide alors de chercher un stand de nourriture, avant d'aller à la grande roue.

Le temps est clément pour un mois de novembre. Une légère brise secoue en douceur mes mèches artificielles. Je me demande si mes cheveux auront le temps de repousser avant la fin. Ce serait étrange d'être brun à nouveau... Je souris à cette idée. Ce serait comme un retour aux sources. Peut-être que ça me plairait dans le fond.

L'après-midi file doucement. Je m'amuse bien, je suis content d'être avec eux. Et pourtant, je reste un peu à l'écart, ne m'impliquant pas trop dans les conversations. J'aimerais dire que je me contente d'écouter parce que je suis fatigué, mais ce serait un mensonge. En vérité, j'ai l'impression qu'un mur invisible commence à se dresser entre moi et les autres. C'est comme si je n'étais pas réellement là, avec eux. Je ne sais pas trop d'où ça vient. Sans doute de moi... Peut-être que c'est mieux comme ça. Si je me détache d'eux en douceur, ils auront sans doute plus facile à accepter ma mort...

Mais tandis que je me perds dans mes pensées, je sens le regard pesant de Vorona sur moi. Je redresse alors la tête et croise ses yeux interrogateurs.

« Shizuo, puis-je vous parler un moment ? »

Toujours aussi formelle à ce que je vois.

« Ouais, bien sûr. »

Que répondre d'autres de toute façon ? Je m'éloigne alors avec Vorona, sans que quiconque fasse le moindre commentaire. Dès que l'on est suffisamment loin, elle me regarde longuement, l'air songeur.

« Vous êtes sûr que tout va bien, Shizuo ?

– ... Oui. Pourquoi ?

– Vous semblez ailleurs... »

Je soupire fortement, je ne savais pas que ça se voyait tant que ça. Ça m'emmerde. Je ne tiens pas à ce que mes humeurs transparaissent autant sur mon visage.

« C'est vrai, je le suis un peu. Mais je n'ai pas envie de discuter de mes problèmes... Tu trouves ça ridicule ?

– Négatif. Mais ce n'est pas la meilleure solution.

– Je ne veux pas parler de ça.

– Vous ne voulez parler de rien, réplique Vorona sur le ton de la constatation. Pourquoi toujours tenir les gens loin de vos soucis ?

– ... Je ne veux pas les ennuyer avec ça. C'est à moi de porter ça, pas à eux.

– Ça n'a pas vraiment de sens. »

Je détourne le regard. Je ne m'attendais pas à ce qu'elle comprenne, mais ce n'est pas pour autant que j'aime l'entendre à haute voix. J'ai toujours été quelqu'un de solitaire. Ce n'est pas dans mes habitudes de faire appel aux autres quand j'ai des problèmes... Merde, c'est vraiment dans ces moments-là que le tabac me manque le plus.

« Quel est intérêt de me reposer sur eux ? Ça servirait à quoi, hein ? Si je sais gérer seul, autant le faire.

– Shizuo... Désolée, mais je ne pense pas que ce soit le bon choix. Au final, vous vous éloignez de tout le monde. Je le sens, moi aussi. Ce n'est pas juste.

– ... En quoi ce n'est pas juste ?

– Vous ne nous donnez pas l'occasion de passer du temps avec vous, de vous soutenir. Je ne sais pas ce qu'en pensent les autres, mais moi, je me sens fort impuissante. Je ne peux pas vous sauver de la mort. Mais je vous apprécie tellement... vous êtes comme un frère pour moi... j'aimerais faire tant de choses pour vous. Seulement, tout ce que je peux faire, c'est de vous soutenir dans vos derniers mois. Mais vous m'empêchez de le faire avec votre attitude. C'est blessant, vraiment »

Ses mots me percutent de plein fouet. Je n'avais jamais réfléchi à ça de cette manière. Tout ce que j'ai fait, c'était pour protéger les gens que j'aime, pour ne pas leur faire de mal. Alors même là-dessus, je me plante ?

« Je ne veux pas te blesser, Vorona. C'est pour ça que je te mets à l'écart, comme les autres. Et plus que tout, je ne souhaite être un fardeau pour personne.

– Il n'y a que vous qui vous voyez comme un fardeau. »

À nouveau, ces mots viennent déjouer ma logique. Je fronce les sourcils, sans comprendre. Pourquoi réagit-elle comme mon père ? C'est pourtant évident que je vais vite être un poids pour tout le monde.

« Shizuo, je vous en prie, arrêtez de penser comme ça. Vous vous faites du mal pour rien. Je n'aime pas cette situation. J'aimerais tant que vous me laissiez vous aider...

– Ce n'est pas si simple.

– Affirmatif, mais ça ne devrait pas vous empêcher d'essayer. »

Je retiens un soupir, avant de plonger mon regard dans le sien. Je ne sais plus quoi penser. Ce qu'elle dit a du sens, bien plus que ce que je voudrais. Merde, peut-être que c'est moi qui suis dans le faux depuis le début...

« ... Je vais mal Vorona. Et j'ai de plus en plus peur... Je déteste cette situation.

– C'est normal d'avoir peur.

– Ouais, j'imagine. Cette perte d'indépendance... Je n'arriverai pas à le supporter. J'ai peur de mourir tout autant que j'ai peur de continuer à vivre. Je dois te paraître bien pitoyable.

– Jamais vous ne me ferez cette impression, me répond-elle d'un ton sûr.

– ... Je t'avoue que je ne sais plus où j'en suis. Quand je regarde en arrière... Putain, je ne me reconnais plus. Tous les matins en me regardant dans la glace, j'ai l'impression de faire face à un étranger.

– Votre corps a beaucoup changé à cause de la maladie, c'est quelque chose de normal.

– Il n'y a pas que le corps. Ma personnalité, ma façon de me comporter... Ce n'est plus moi. Quelques fois, je me dis que Shizuo Heiwajima est déjà mort. »

La phrase sort de ma bouche sans que je m'y attends réellement. C'est en la prononçant que je me rends compte à quel point je le pensais sans jamais oser le formuler.

« L'être humain est en constante évolution. Dès qu'il sort de sa routine, il dévoile une autre facette de sa personnalité que, parfois, même lui ne soupçonnait pas. »

Je souris légèrement en entendant ses mots. C'est marrant, c'est quelque chose qu'Izaya aurait pu dire. Dans le fond, je suis convaincu que la puce et Vorona pourraient s'entendre. Ils sont certains points en commun.

« Mais ça ne veut pas dire que ce n'est plus vous, continue-t-elle. Vous avez changé à cause de la maladie, mais je vous reconnais toujours. Vous resterez Shizuo jusqu'au bout, vous n'avez pas à vous en faire pour ça.

– ... Merci Vorona. »

Je sens un poids se retirer de ma poitrine. Je n'aurais pas cru que me confier à elle me ferait cet effet. Les paroles de Vorona tournent dans ma tête. Elle a raison. J'ai trop pris la décision de m'isoler, mais ce n'est pas l'idéal. Je sais que j'ai besoin des autres, de pouvoir me reposer sur eux. Demander de l'aide n'est pas si honteux, j'imagine...

« ... Merci encore de m'avoir ouvert les yeux.

– C'est normal, c'est mon rôle après tout. »

Je lui lance un sourire franc. Je l'apprécie réellement. C'est une fille bien. Et je sais qu'elle a pas mal souffert déjà dans sa vie, alors j'espère sincèrement qu'elle aura, elle aussi, droit au bonheur...

D'un commun accord, nous retournons ensuite près des autres. Sous les conseils de Vorona, je commence à beaucoup plus m'investir, à parler avec chacun d'eux de tout, de rien. J'arrive alors à enfin profiter pleinement de cette belle après-midi.

Lorsque le soir arrive, on finit par quitter le festival. Alors que je m'éloigne avec Celty et Shinra, Tom et Vorona vivant à l'opposé de la ville, je me tourne vers le médecin. Je suis étonné qu'il ne m'ait encore rien reproché et je préfère crever l'abcès maintenant.

« Je m'attendais à ce que tu me fasses la morale.

– Je n'en vois pas l'intérêt, soupire Shinra en comprenant tout de suite de quoi je veux parler, même si je suis déçu.

– Je sais... Mais je compte sur toi.

– Pourquoi ?

– Pour prendre soin d'Izaya quand je ne serai plus là. »

Shinra me regarde un moment, avant d'afficher un léger sourire.

« Ha ha, il n'aimerait pas que tu parles de lui comme ça, reprend-il. Mais oui, évidemment que je serai là pour lui.

– Bien. Merci. »

Shinra se contente d'acquiescer. Je monte alors à l'arrière de la moto, avant que Celty ne démarre. Je rentre chez mes parents, la tête pleine de réflexions à leur sujet. Je sais que je ne suis pas super sympa avec eux, je devrais leur parler. J'ai toujours tendance à garder mes émotions en moi, non seulement pour ne pas les déranger, mais surtout parce que je déteste faire part de mes états âmes. Cependant, je leur dois bien ça. Merde, je ne sais pas comment Vorona s'y est prise, mais elle a dit exactement les mots qu'il fallait pour me foutre une bonne claque dans la gueule et me remettre en question. Je ne tiens pas à blesser les gens ou à les faire se sentir inutile à cause de mon attitude...

Une fois arrivé, je remercie chaleureusement Celty, avant d'entrer. Mes parents sont déjà couchés. Bon, au moins, ça m'évite de trop me poser des questions pour voir si je dois leur parler maintenant ou non. Je monte rapidement dans ma chambre. Je suis fatigué de ma journée. Alors, sans attendre, je me déshabille et me glisse sous les draps.

Je me sens soulagé. Je pense que la conversation que j'ai eue avec Vorona était ce que j'avais besoin d'entendre. C'est vrai que j'ai trop tendance à voir les choses avec ma propre vision, sans me mettre à la place des autres. Je prends toujours des décisions pour eux, mais ma famille mérite mieux que ça... Je vais changer ça... Je ne serai plus égoïste... J'affiche alors un léger sourire. Oui, si j'arrive à faire ça, je pense que je pourrais arriver à vivre ces derniers mois avec mes parents sans trop me détester...


Le lendemain, je me lève de bonne heure. En descendant dans la cuisine, j'y retrouve ma mère qui prépare le petit déjeuner. Mon père est déjà parti travailler visiblement.

« Bonjour maman. Comment vas-tu ?

– Bien et toi ? Tu as passé un bon moment au festival ?

– Oui, c'était très sympa. »

Je lui souris tout en m'asseyant à table. Elle finit le petit déjeuner et nous sert tous les deux.

« Merci...

– Tu as l'air fatigué mon chéri.

– Ouais, sortir toute l'après-midi m'a bien épuisé... Eh maman... J'ai quelque chose à te dire. »

Ma voix n'est pas aussi certaine que je ne le voudrais. Je n'arrête pas de penser à ce que Vorona m'a dit, au fait que je fais du mal aux autres avec mon comportement alors qu'ils ne demandent qu'à m'aider. Je ne veux pas que ma mère se sente également impuissante. J'ai envie de me confier à elle pour tout mettre à plat et lui donner l'importance qu'elle mérite dans ma vie.

« Qu'est-ce qu'il y a ?

– Je sais que je ne suis pas d'humeur très agréable ces temps-ci. Papa et toi, vous faites de votre mieux et je ne vous le rends pas. Je sais que j'ai trop tendance à me replier sur moi-même. Je suis désolé pour ça.

– Ne t'excuse pas. Personne ne t'en veut.

– Je ne veux pas être un boulet, mais je m'y prends n'importe comment.

– Ne dis pas de bêtise pareille ! s'insurge-t-elle. Aucune mère normale ne peut considérer son propre enfant comme un boulet ! Je te connais, je sais que tu fais de ton mieux. »

Elle me lance un regard désolé, avant de s'approcher de moi. Sans attendre, elle me prend dans ses bras. Je me laisse alors aller dans une étreinte maternelle agréable. Merde, ils sont tous trop gentils avec moi. Je ferme les yeux, profitant de ce rare moment de calme complet...

« Je ne veux plus jamais t'entendre dire ça, c'est compris ? »

J'entends dans sa voix un sanglot étouffé qui me fait me sentir encore plus mal à l'aise.

« Pardon maman... Je ne voulais pas te faire mal.

– Ça va, ce n'est rien... Ce qui me fait vraiment du mal, c'est de te voir comme ça. Je sens que tu n'es pas complètement heureux en ce moment. Je voudrais tant pouvoir t'aider. »

Encore cette phrase. Comment aies-je fait jusqu'ici pour ne pas me rendre compte que mon entourage souffrait de mon attitude ? Dans le fond, je ne suis peut-être qu'un idiot de protozoaire, comme Izaya aime me le rappeler à chaque fois.

« Tu m'aides déjà... Je sais que j'ai été trop distant, mais ça va changer à partir de maintenant, je te le promets. »

Ma mère me regarde alors droit dans les yeux, avant d'afficher un léger sourire. Cette vision me fait un bien fou. Il n'est pas encore trop tard pour que je rattrape mon attitude. Je vais y arriver... Fort de cette résolution, je lui souris alors à mon tour...


Les prochains jours se passent alors plutôt bien. Je me réconcilie avec moi-même en adoptant une autre attitude avec mes parents, mon frère et mes amis. Ma fatigue est de plus en plus présente, mes muscles sont raides, j'ai parfois du mal à marcher. Mais ça va. Tant que je peux poser une jambe devant l'autre, je ne compte pas me laisser démoraliser.

Le soir venu, je me repose sur le lit lorsque mon téléphone se met à sonner. Je l'attrape du bout des doigts et regarde l'écran. Numéro inconnu. Etrange... Je décroche rapidement.

« Ouais ? »

Ma voix grogne un peu. J'aime pas ne pas savoir à qui je parle. Mais seul le silence me répond. Surpris, je fixe à nouveau mon téléphone, non la conversation a bien été lancée.

« Oh, il y a quelqu'un ?!

– ...

– Putain, je sais pas qui vous êtes, mais ce jeu de pervers ne m'amuse pas ! »

Sans attendre, je raccroche. Une colère sourde monte en moi. Je déteste ce genre de comportement. Non, mais sérieux, faut être sacrément atteint pour appeler et ne rien dire. Enfin, je ne reste pas longtemps fâché. Ce coup de fil me sort vite de la tête. Ça n'a strictement aucune importance.

Seulement, au cours de la semaine qui suit, tous les soirs, mon téléphone sonne. Toujours ce foutu numéro inconnu. Je décroche à chaque fois, m'énervant, mais à aucun moment l'autre personne au bout du fil ne prononce un putain de mot ! Tout ça commence fortement à me mettre sur les nerfs. Alors, lorsque la sonnerie retentit à nouveau ce soir, je dois me retenir pour ne pas écraser mon téléphone. Merde, qui peut bien s'amuser à faire ça ?! Et là, une réponse s'impose à moi. C'est tellement évident que je ne comprends pas comment je n'ai pas pu y penser avant.

Du coup, quand je décroche, je reste également silencieux un instant. J'entends sa respiration, légère et profonde. C'est lui... c'est forcément lui.

« ... Izaya ? »

Aucune réponse. Evidemment, je ne m'attendais pas à autre chose... Merde, je savais qu'il avait des tendances de harceleur, mais là il fait fort... Le silence s'installe alors. Il n'est ni pesant, ni dérangeant. En réalité, c'est presque réconfortant.

Je me laisse aller contre les coussins de mon lit et écoute juste sa respiration... Je ne sais pas combien de temps cela dure, cependant il finit par raccrocher au bout d'un moment. Je sors alors d'une sorte de transe. Je me sens presque déçu. Je sais que je ne devrais pas agir comme ça... Mais rapidement, mon téléphone vibre à nouveau. J'ai reçu un message, toujours numéro inconnu.

"Je sais que tu m'as menti."

Merde. Je pensais pas qu'il s'en rendrait compte si vite. Mes doigts hésitent, prêts à répondre, avant de retomber mollement sur le matelas. Ce n'est pas une bonne idée. Je sais pas à quoi Izaya joue, mais je ne souhaite pas reprendre contact avec lui... Il faut que j'arrête. Même s'il sait que j'ai menti, ça ne change rien. Je ne dois pas l'encourager dans son comportement étrange. Alors, lorsque le lendemain soir, il m'appelle à nouveau, je ne lui réponds pas.

Mais cette histoire me préoccupe. Je ne veux pas que ça se passe comme ça. Izaya était juste censé accepter ma décision. Il ne devrait pas s'accrocher à moi, il mérite mieux.

« Tout va bien, Shizuo ? »

Assis dans l'un des divans du salon, je regarde la télévision avec ma mère, mon père travaillant encore. Je n'aime pas trop ça. Son métier lui a toujours pris beaucoup de temps. Déjà quand j'étais petit, j'étais fâché sur lui à cause de ça. J'avais l'impression qu'il faisait passer son job avant moi. Bien sûr, depuis, j'ai grandi et j'ai compris. Mais ça ne change rien au fait que je n'aime quand même pas ça.

« Ouais, ça va... »

Merde, je recommence comme avant. C'est comme un réflexe à présent de mentir sur ce que je ressens. C'est vraiment plus fort que moi. Je soupire alors, avant de la regarder droit dans les yeux.

« Je ne suis pas très en forme, c'est vrai.

– Pourquoi ? Que se passe-t-il ? me demande-t-elle.

– Pour tout te dire, je n'ai pas été tout à fait honnête avec toi... Tu te souviens quand je t'ai parlé de la réaction bizarre d'Izaya quand je lui ai annoncé ma maladie ?

– Oui, bien sûr...

– En fait, on a vécu une sorte d'histoire tous les deux. Disons que l'on a été plus ou moins ensemble. »

Ma mère ouvre de grands yeux, très surprise. Je déglutis, mal à l'aise. Mais comme elle ne dit rien, je me force à continuer.

« Je sais que c'est bizarre...

– C'est arrivé avant ou après l'annonce de ta maladie ? me demande-t-elle alors d'une voix blanche.

– Après. On s'est rapproché naturellement.

– Et pourquoi parles-tu au passé ?

– ... Je l'ai quitté. Enfin, c'est plus compliqué que ça, mais on ne se voit plus.

– Pourquoi ?

– Je ne voulais pas le mêler à ma déchéance... »

Le silence s'installe quelques minutes. Je n'arrive pas à savoir ce qu'elle pense là-dessus. Je sais qu'elle n'apprécie pas Izaya, mais au-delà de ça, je ne suis pas sûr qu'elle accepte facilement le fait que j'ai fréquenté un autre homme.

« ... Est-ce que tu l'aimes ?

– Je n'en sais rien. Mais ce n'est pas vraiment la question.

– Moi je trouve que si. »

Je soupire. Je n'ai pas très envie de m'enfoncer sur ce terrain plus que glissant.

« C'est compliqué... »

Passant une main sur mon visage, je commence à lui raconter toute l'histoire, sans toutefois aller trop dans les détails. Ma mère ne m'interrompt pas une seule fois alors que je me replonge dans mes souvenirs. Je me rends compte assez vite que je n'aime pas trop parler des moments que j'ai passés avec Izaya, ça me rappelle d'autant plus qu'il n'y en aura pas d'autre. Et ça, c'est quelque chose de très dur à accepter, même si c'est à cause de moi.

« ... Je t'avoue que je ne sais pas trop quoi te dire, commence ma mère lorsque je finis de parler. Je ne m'attendais pas à ça. Mais ces coups de téléphone ne me rassurent pas, tu devrais peut-être changer de numéro. »

J'évite de lui répondre que ça ne changerait pas grand-chose – Izaya arriverait facilement à le trouver – pour ne pas l'inquiéter davantage.

« Je sais pas, Izaya est... un peu malade. Mais il ne me fera pas de mal. »

Ma phrase est assez ironique. Si l'on m'avait dit qu'un jour je défendrais Izaya, je ne l'aurais jamais cru.

Ma mère acquiesce alors, un peu raide. Elle est sonnée. Je ne peux pas vraiment lui en vouloir pour ça. J'imagine que ça ne doit pas être évident d'apprendre que son fils a eu une relation homosexuelle sans qu'on s'y attende. Au moins, elle n'a pas l'air dégoûté, c'est déjà ça...

« Je suis désolée, je ne sais pas quoi te dire d'autre, tu me prends un peu au dépourvu.

– C'est pas grave. Il y a rien à dire de toute façon... »

L'ambiance est pesante, presque dérangeante. Je décide alors de tourner court à la conversation.

« Bon, je vais dormir, je suis crevé.

– D'accord. Bonne nuit Shizuo.

– Bonne nuit maman. »

Je me redresse alors et monte dans ma chambre. C'est plus une fuite qu'autre chose, cependant je ne tiens pas à rester près d'elle en ce moment. Je ne sais pas si j'ai bien fait de lui en parler, mais au moins, je n'ai plus de secret pour elle...


Le lendemain, après ma promenade quotidienne, je croise ma mère sur le chemin du retour. Je suis un peu nerveux, cependant elle m'aborde de façon très naturelle, comme si la conversation d'hier n'avait pas eu lieu.

« Ah Shizuo, je propose que l'on parte à Tokyo pour aller chercher tes dernières affaires.

– Maintenant ?

– Oui. Ça te va ?

– Euh ouais... on peut faire ça. »

Je ne suis pas emballé par l'idée de rendre mon déménagement officiel, mais il faut bien passer par là. On monte alors dans la voiture. Le trajet se fait en silence. D'un côté, ça m'arrange parce que je n'ai pas envie de reprendre notre discussion de la veille, mais d'un autre côté, je trouve ça bizarre qu'elle se taise aussi longtemps. Ça me met un peu mal à l'aise.

Arrivé devant mon appartement, je décide de rentrer en premier. Revenir ici me fait beaucoup de bien. Une fois à l'intérieur, je jette un regard rapide au salon. Je remarque alors directement que quelque chose ne va pas. Je fronce les sourcils et m'avance vers la table. Mes doigts attrapent le papier qui est posé dessus. Mon sang ne fait alors qu'un tour lorsque je le reconnais. Putain, que fait ma liste là, en évidence, sur la table ?! Je sais que je l'avais bien rangée avant de partir.

Je la regarde donc fixement, essayant de comprendre. Je sais qu'il y a un truc qui cloche, mais je ne vois pas tout de suite le problème. Je reprends alors ma lecture avec le plus de calme possible. Et là, je le vois... Mon coeur rate un battement. Un autre point de ma liste de souhait est barré... Etre aimé... Quoi ? Comment ?

« Shizuo, tout va bien ? » me demande ma mère derrière moi.

Mes doigts tremblent légèrement. Je n'arrive pas à y croire. Bien sûr, ça pourrait être n'importe qui, mais c'est forcément lui. Qui d'autre entrerait chez moi sans autorisation ? Qui d'autre fouillerait dans mes affaires ? Je devrais être furieux pour ça. Mais je ne vois que ce trait délicat qui barre l'un de mes plus grands souhaits.

Soupirant fortement, je me force alors à me tourner vers ma mère. Mais là, à nouveau, je suis surpris. Elle est sur le seuil de la porte, avec ma valise... celle que j'avais déjà amenée chez elle.

« Qu'est-ce que... ?

– J'ai rapporté tes affaires. Tu vas revenir vivre ici, m'explique-t-elle.

– Hein ?!

– ... Ça n'a pas été une décision facile, mais je sais que tu seras mieux ici. C'est ce tu veux en plus, non ?

– Oui, mais... je ne peux pas vivre seul et puis, je suis bien chez vous, malgré tout.

– Tu n'as pas à être seul. »

Je fronce les sourcils. Là, je ne comprends absolument plus rien. Mais qu'est-ce qu'elle raconte ?

« Tu sais, j'y ai pensé toute la nuit, reprend-elle. Je suis inquiète pour toi pour tellement de choses... Et cet homme, Izaya, je ne l'apprécie pas vraiment. Mais, d'après ce que tu m'as dit, il tient à toi et toi aussi. Alors qu'est-ce que tu attends ?

– Je t'ai expliqué que c'était plus raisonnable de...

– Raisonnable ? me coupe-t-elle d'un ton plus dur. Shizuo, tu vas mourir. Être raisonnable devrait être ta dernière préoccupation. Ne le vois-tu pas ? Il ne cesse de venir vers toi et toi, tu le repousses toujours. Il est temps de faire un pas vers lui.

– ... Pourquoi me dis-tu tout ça ? Je croyais que ça te plaisait que je vive avec papa et toi.

– Bien sûr. Rien ne me ferait plus plaisir que d'être avec toi pour le temps qu'il te reste, mais ce n'est pas ce que tu souhaites toi... Shizuo... Sois enfin heureux. C'est tout ce que je te demande. »

Je reste silencieux en entendant ses mots. Être heureux ? Je regarde alors à nouveau la liste. Est-ce vraiment possible ? M'aime-t-il réellement ? J'ai un peu du mal à le croire.

« Alors, qu'est-ce que tu attends pour aller le retrouver ?

– ... Maman, je...

– Non, pas d'excuse. Ça va sans doute te paraître niais, mais tu sais, le plus important dans la vie, c'est bien les liens que l'on a avec les autres. Toi aussi, tu as mérité de connaître ce bonheur d'être avec quelqu'un qui te soutient et qui t'aime. Alors, fonce. Vis ta vie, Shizuo. »

Je la regarde un moment, avant de lui sourire et de la remercier. Sans attendre, je sors ensuite de l'appartement et me dirige droit vers Shinjuku, le coeur battant. Merde, merde, merde, c'était les autres qui avaient raison depuis le départ. Les paroles de Vorona se mêlent à celles de ma mère. J'ai été con, putain ! J'ai cru bien faire, mais je me suis trompé sur toute la ligne.

Mille-et-une pensées se bousculent dans ma tête tout le long du trajet. Quand enfin je suis devant la porte de son appartement, je reprends mon souffle et essaye de me calmer, avant de frapper. Je ne dois attendre que quelques secondes avant qu'on ne vienne m'ouvrir. Je croise alors directement le regard surpris d'Izaya. Rien que le fait de le revoir me remplit de joie. Je sais alors que j'ai bien fait de venir.

« Shizu-chan... qu'est-ce que... ?

– Laisse-moi entrer, puce. Faut qu'on parle. »

Il me fixe un moment, toujours aussi étonné, avant de s'effacer pour me laisser passer. Mes yeux trainent un moment dans l'appartement, tout en me rendant compte que c'est la première fois que je pénètre à l'intérieur. Il est vraiment très grand, plus du triple du mien, et bien rangé. Seulement, je ne peux m'empêcher de le trouver vide, impersonnel. Il n'y a que le bureau qui attire le regard. Merde, combien d'ordinateur il a au juste ?

« Alors que veux-tu ? Tu ne connais plus la définition du mot adieu ? »

La voix d'Izaya est parfaitement maîtrisée, mais je sens malgré tout que tout ça le perturbe. Sa gestuelle ne ment pas, il est mal à l'aise.

« Je voudrais que tu m'expliques ça. »

Je lui montre alors ma liste. Izaya reste de marbre et ne répond pas. D'accord, je m'en doutais. Mais je ne vois pas d'autre méthode que celle d'être direct pour que ça marche avec lui.

« Est-ce que c'est vrai ce que tu as barré, Izaya ? J'ai besoin de le savoir.

– Pourquoi ? Ça changerait quelque chose ?

– Au moins, ça me permettrait de comprendre tes actions depuis le début. Si tu m'aimes depuis le lycée, je trouverais ça bizarre, mais ça expliquerait pourtant bien des choses. »

Izaya me lance alors un regard glacial et méprisant avant de laisser échapper un rire désagréable. Je déteste quand il est comme ça, je retrouve la sale puce de merde que je peux pas encadrer.

« Ne va pas fantasmer sur des théories ridicules, Shizu-chan. Je t'ai sincèrement haï et je te haïs toujours.

– Alors pourquoi t'être rapproché de moi de cette façon ?!

– Parce que tu es stupide !

– Tu voulais m'humilier ? Me faire croire que je pouvais être aimé, avant de fanfaronner devant tout le monde en te moquant de moi ?!

– Bien sûr que non ! siffle-t-il.

– Alors, explique-toi ! J'ai le droit de savoir, merde Izaya ! »

Il ricane méchamment, me toisant du regard. Ma colère monte de plus en plus, j'ai envie de le claquer contre le mur, mais je ne céderai pas. Je suis sûr que c'est ce qu'il veut, sauf que cette fois-ci, je ne le laisserai pas se défiler. Pas comme à la plage. Je veux savoir ce qu'il a exactement en tête, avant de pouvoir poursuivre avec lui.

« Que veux-tu savoir Shizu-chan ? Que j'étais tellement impatient que Shinra me présente à toi que j'ai répété la scène un nombre incalculable de fois ? Que ton rejet m'a fait mal ? Que je t'ai considéré comme un monstre parce que je n'aurais jamais pu t'aimer de la même manière que mes autres humains ? C'est ça que tu veux entendre ? »

Je reste silencieux, stupéfait par ses paroles. Mais lorsque j'ouvre la bouche pour lui répondre, il reprend directement.

« C'est toi qui fiches toujours tout par terre, Shizuo ! Est-ce que tu sais combien de mes plans tu as foutu en l'air ? Je t'ai haï dès l'instant où tu as essayé de me frapper pour la première fois. Et c'était fort. Rien ne me faisait plus plaisir que de te voir te faire renverser par un camion ! J'aurais voulu pouvoir t'éliminer, mais non, évidemment, rien ne se passe jamais comme prévu avec toi ! Il a fallu que tu tombes malade et que tu m'exposes en pleine figure ton humanité. Ce n'est pas juste, Shizu-chan. Tant que tu me détestais, c'était tellement facile de te voir comme un monstre. Pourquoi as-tu cessé de me lancer tes regards meurtriers ? Je ne pouvais pas... »

Il détourne les yeux, la voix tremblant un peu. Je voudrais m'avancer vers lui, le prendre dans mes bras, mais si je fais ça, je sais qu'il me repoussera, pensant que je le trouve faible. Ce n'est pas le cas. Izaya est bien la personne la plus forte que je connaisse. Mais ça n'empêche qu'en ce moment même, je sens qu'il souffre et je ne supporte pas ça.

« Tu es un monstre Shizu-chan, chuchote-t-il. Je ne voulais pas te faire entrer dans mon coeur parce que je savais que dès l'instant où je le ferais, tu y prendrais toute la place. Je ne pouvais pas supporter ça... J'aime l'humanité tout entière...

– Alors pourquoi... ? »

Ma voix se meurt avant même que je ne finisse ma phrase. Je ne comprends pas. Si ça lui fait mal à ce point, pourquoi s'est-il approché de moi ? Ça n'a aucun sens.

« Parce que tu vas mourir. »

Les mots d'Izaya me glacent le sang. Je le regarde longuement, essayant de comprendre.

« La crainte de regretter a pris le dessus sur le reste... Tout ce que je te disais sur le fait de profiter de la vie, tous les moments que l'on a passés ensemble... c'était avant tout pour moi. Mais... ça a été plus loin que ce que je croyais... J'ai eu peur. Peur des sentiments que j'ai pour toi. Alors, je t'ai fait douter pour te tester, mais aussi pour me protéger... Je sais, je suis lâche, mais je ne m'en suis jamais caché.

– ... Alors pourquoi avoir barré ce souhait de ma liste ? Tu aurais pu garder ça pour toi.

– C'est vrai, sourit-il légèrement. C'était mon intention au départ. Je suis allé chez toi pour récupérer des affaires, c'est tout. Mais oui, la curiosité a pris le dessus. Je voulais savoir ce que tu avais noté sur ta liste. Quand je l'ai trouvée, j'ai été surpris de voir que tu souhaitais autant me pardonner... mais encore plus de voir que tu avais réussi à le faire... Alors... oui, j'ai voulu te faire savoir que tu avais accompli un autre point. C'est ridicule. Tu peux te moquer de moi. »

Je reste un moment abasourdi. C'est la première fois que je le sens entièrement honnête. Je m'approche alors de lui. D'un geste lent, je passe ma main dans ses cheveux.

« Je ne me moquerai jamais de tes sentiments. Je suis désolé Izaya... Je t'ai menti, je t'ai mis à l'écart, mais ce n'était pas pour me débarrasser de toi. Les métastases sont revenues. Je vais perdre peu à peu mon indépendance. Ça va être horrible. Je voulais t'éviter ça. Je ne veux pas te faire souffrir. Tu comptes beaucoup pour moi. Et je me fiche pas mal de savoir ce qui se serait passé ou non si je n'avais pas été malade. Merde, je pense tout le temps à toi, tu ne peux pas savoir à quel point tu m'obsèdes !

– Ça m'étonne de ton cerveau de protozoaire que tu arrives à penser autant, ricane-t-il.

– Idiot. »

Mais je ne suis pas fâché. Je préfère même ça. Je souris alors avant de poser mon front contre le sien.

« J'ai fait une connerie puce. Je veux pas me passer de toi. J'ai besoin de toi. Mais si on s'engage sur ce terrain, tu devras me seconder, supporter ma déchéance... C'est vraiment ce que tu veux ?

– La question ne se pose même pas, Shizu-chan.

– Tu es prêt à vivre un enfer tous les jours ?

– L'enfer, ce n'est pas si terrible, sourit-il. Pas avec toi en tout cas. »

Il pose ses doigts glaciaux sur ma joue. Son regard est presque doux. Je sais dès lors que jamais je ne pourrais me passer de cette vision.

« Et toi, Shizu-chan, est-ce que tu es prêt à me supporter tous les jours ?

– Ce ne sera pas facile avec tes attitudes bizarres, mais je ferai de mon mieux. »

Je me moque gentiment. Izaya me lance alors un sourire franc. Je ne peux plus me retenir. Je me penche vers lui et l'embrasse. Nos lèvres se touchent avec douceur, me rendant presque fou de joie. Je le regarde ensuite avec tendresse.

« Je suis désolé d'avoir été aussi long à la détente, puce. Ça fait longtemps que t'attends que je vienne vers toi, hein ?

– ... Si tu savais, Shizu-chan... Au moins une éternité. »


Et voilà... Enfin, le Shizaya s'installe réellement. Il en a fallu du temps. Si je m'étais écoutée, ça ferait bien 5 chapitres qu'ils seraient en couple, mais bon, j'ai essayé d'être la plus réaliste possible. Et c'est pas évident avec ces deux-là!

J'en profite pour remercier tout ceux qui lisent cette histoire! Ça me motive vraiment! :)