Du corps au coeur


Disclaimer : les personnages ne m'appartiennent pas, l'intrigue ne m'appartient même pas, je ne fais que remplir du vide, combler des trous et satisfaire ma curiosité...

Beta : Chrismaz66... qui si elle relit va avoir des surprises !

NB : Janto, donc, totalement assumé, avec jeux de mains et de vilains, donc si vous ne goûtez pas ces jeux, ne restez pas sur cette page, voyons !


Chapitre 10


Ianto ouvrit les yeux. Le SUV venait de s'arrêter en face de chez lui. Il s'étonna que Jack connaisse son adresse. Cela confirma ses dernières craintes. Le capitaine les soumettait bien à une certaine surveillance, finalement. Toshiko, Owen, lui. Non! Il n'en avait pas seulement après Gwen !

Ianto descendit lentement du véhicule et se tourna vers lui sans le regarder, comme si sa vue était encore un peu difficilement supportable.

- Voulez-vous monter ? demanda-t-il, les genoux tremblants, évitant son regard.

Jack sourit et déboucla sa ceinture, il lisait dans ses pensées. Il n'avait pas l'intention de le laisser seul, mais se faire inviter est plus intéressant. Ianto fit le focus sur son sourire, sentant les frissons revenir. La fatigue et la douleur l'envahissaient, contrecoup du choc. Il trébucha sous le regard inquiet de Jack, qui fit vite le tour de la voiture pour le retenir.

- Tu as mal ?

- Ce n'est rien, mentit-il. Je ne suis pas mort, contrairement à certains. Rien qu'une bonne nuit de sommeil ne soignera.

- Je vais te laisser te coucher dans ce cas, entendit-il répondre d'un ton légèrement dépité, son cœur sauta dans sa poitrine.

- Je ne sais pas si je pourrais dormir, fit Ianto honnêtement en s'appuyant sur la carrosserie, les jambes flageolant sous son poids. Même si je suis crevé.

- Besoin d'aide pour te border ? demanda Jack avec un sourire qui se ficha au cœur, un éclair blanc qui l'éblouit, lui ôtant toute pensée consciente.

Quelques instants plus tard, son cerveau fut de retour parmi les vivants et il entrait dans son appartement. Il se sentait comme un automate rouillé et perclus de douleur. Jack le pilotait à travers sa demeure, en parlant au téléphone. Ianto ne comprenait pas ce qu'il disait.

Jack était à ses côtés et parlait au téléphone avec Owen, chagriné d'avoir été réveillé en pleine nuit. Depuis le départ de Diane, le médecin n'était pas à prendre avec des pincettes et ne se lassait pas de dénigrer le Coffee boy. Sa dernière trouvaille était d'avoir trouvé une effigie de Cybermen sur internet. Toshiko l'avait interceptée avant qu'il ne la laisse bien en vue à la réception. Elle avait tenté de se rapprocher du Gallois, se rendant compte que sa solitude faisait écho à la sienne. Ianto comprit enfin les paroles de Jack.

- Ok, Owen! Évidemment. Non, je n'essaierais même pas. J'ai déjà eu une bonne soirée. Oui, c'est ça, Owen! A demain. Owen t'envoie ses vœux de bon rétablissement. Il dit que si jamais tu te sentais mal, il fallait appeler les urgences. Mais à part cette bosse, ça a l'air d'aller.

Il se fit volte-face, posant manteau et veste sur le sofa comme s'il connaissait la maison.

- vous êtes médecin aussi ? persiffla Ianto

- non, mais j'ai l'habitude de me battre depuis tout petit. Une chance que tu as la tête dure... tu encaisses bien, constata Jack, l'évaluant du regard.

- Il y a quelque chose qui cloche chez Owen en ce moment, dit doucement Ianto, il est de plus en plus lunatique.

- lunatique ? Il a toujours été un peu capricieux.

- plus que d'habitude, dit Ianto, préoccupé.

Le silence les enveloppa, les questions sans réponse les séparaient d'un mur presque tangible. Jack se reprit, il était le chef et fit ce qu'il savait le mieux faire, donner ses ordres, sans complexe.

- salle de bain, Ianto! Va prendre une douche! Tu te sentiras mieux après, je te le jure.

- Je pue, constata Ianto avec une grimace.

- Le tabac, l'alcool et le sang, c'est loin d'être mon parfum préféré, répliqua Jack, tu as besoin d'un coup de main ?

- Non, ça va aller, dit Ianto qui n'aspirait qu'au sommeil, malgré les sensations qui l'assaillirent sous son regard amusé.

Il traîna des pieds en direction de la salle de bain, laissant Jack en compagnie de ses affaires. Pour le Capitaine, c'était le moment ou jamais d'en apprendre un peu plus sur son agent.

Au premier coup d'œil, on devinait la passion du jeune homme pour le cinéma, une photo de Tarantino brandissant un oscar – Jack trouva qu'il avait une certaine ressemblance avec son réceptionniste – des affiches de films montrant des goûts plutôt éclectiques, de Gilda à un blockbuster au sujet d'un anneau d'or. Plutôt mignon, l'acteur, cela dit. Il repéra la collection de vidéos et de DVDs, à l'intérieur de meubles vitrés, l'ensemble Home-Cinema posé face à une table basse où reposaient des revues traitant de sujets allant de la psychologie à l'ingénierie.

Un vieux sofa de cuir éraflé, rembourré, rappelait les années 40 et invitait à la paresse. Il tourna la tête et aperçut une vitrine, près d'une fenêtre, mettant en valeur des figurines qu'il ne reconnaissant pas, sauf un robot rappelant un Dalek, blanc. Face à la fenêtre, une porte close, qu'il supposa être la chambre. Plus loin, un couloir s'ouvrait sur une cuisine immaculée et la salle de bain, d'où provenait le bruit de la douche.

.

.

Jack regarda sa montre. 5h05. L'eau coulait depuis une demi-heure. Avait-il décidé de vider le ballon d'eau chaude ? Légitimement inquiet et se sentant responsable, il se dirigea vers la salle de bain. Il souleva du pied les vêtement épars. Ianto s'était déshabillé au fur et à mesure. Jack se sentit coupable, il devait être réellement épuisé pour ne pas avoir apporté plus de soin à ses effets personnels. Il frappa à la porte avant d'entrer sans attendre. Ianto émit un son entre grondement et gémissement qui émut le capitaine. Il avait l'air pitoyable, s'appuyant d'un bras au mur sous le jet d'eau qui frappait sa peau.

Jack profita de l'occasion pour admirer le corps qu'il n'avait fait qu'apercevoir jusqu'ici. Ferme, sans être très musclé, la ligne des cuisses faites pour courir, les épaules larges, le fessier moelleux. Il découvrit les hématomes qui le faisaient souffrir, au thorax, aux reins, aux bras avec lesquels il s'était protégé tant bien que mal.

Il siffla entre ses dents. Ianto dirigea son regard las vers lui. La couleur de ses yeux semblait s'être délavée sous la douleur.

- ça va Ianto? Tu es sûr de ne pas vouloir aller à l'hôpital ? Ce n'est pas très beau à voir.

- Ça va, mentit Ianto, qui souffrait. Ce n'est pas cassé et Owen a autre chose à gérer en ce moment.

- Ce qui fait qu'il ne reste que moi pour m'occuper de toi, dit Jack, cachant un sourire 100 000 volts.

- Je pourrais appeler Tosh, rétorqua Ianto avec un fantôme de sourire qui brisa le cœur du Capitaine.

- Et te priver des meilleurs massages du monde ? Toshiko n'a pas mon talent, malgré ses mains délicates. Je te passerais de la pommade.

- Sûrement pas, refusa le jeune homme, en connaissance de cause.

- Tu n'es pas en état de refuser, tu sais. Je serais sage.

Ianto le déchiffra du regard, il paraissait sincère, même si cela lui coûtait visiblement. Il voyait la petite lueur de désir rôder dans ses yeux verts, contenu d'une main de fer.

Le jeune homme tremblait sur ses jambes, incapable de faire un geste. Jack eut pitié de lui et éteignit l'eau brûlante qui lui coulait sur le corps. Il effleura sa peau au passage, notant le frisson qui le saisit. Il haussa un sourcil, mais préféra ne rien dire. Il prit le peignoir qui était accroché à la patère et le tendit devant lui, l'invitant à s'y lover.

Il se retint de le caresser davantage. Il avait l'air suffisamment perdu et éprouvé sans devoir y ajouter sa touche de charme. Ianto sortit de la douche, prudemment, les jambes aussi fermes que celles d'un poulain nouveau-né. Il s'enroula dans le peignoir, tandis que Jack lui frictionnait la tête d'une serviette sèche. Il se laissait faire, trop fatigué pour protester, trop épuisé pour le repousser. Ce n'était pas sa place, mais Jack prenait plaisir à s'occuper de lui. Les rôles étaient inversés et il ne pouvait pas lui résister. Jack l'entraîna hors de la salle d'eau, pour lui faire emprunter le couloir sombre menant à sa chambre.

Ianto frissonna violemment, mais ne dit rien. Jack le poussa doucement sur le lit. Ianto s'allongea en grimaçant. La douleur de ses contusions paralysait ses membres. Jack en était conscient et malgré le plaisir de le voir nu, un véritable fantasme, il le plaignait et eut finalement pitié de lui. Il retourna dans la salle de bain, visiter les tiroirs et l'armoire à pharmacie. Il trouva de nombreux médicaments, des anti-douleurs, des somnifères, des anxiolytiques … à croire qu'il était hypocondriaque. Il mit finalement la main sur un tube de liniment, spécial coups et bleus. Il l'empocha ainsi que deux antalgiques et revint dans la chambre avec un verre d'eau. Il parvint à le bouger pour le faire boire, mais la douleur continuait de le crisper. Il réitéra sa proposition et Ianto refusa, une lueur étrange dans le regard.

- je te promets que je ne tenterais rien, fit Jack, en comprenant son dilemme, tout ce que je veux, c'est te soulager. Je t'assure que tu iras mieux après.

Ianto se laissa convaincre et dut admettre que les mains chaudes de Jack sur ses muscles tétanisés étaient un véritable bienfait. L'odeur de l'onguent envahit la pièce, tandis que le Capitaine se mettait à l'ouvrage de manière efficace.

Le froid du produit le fit frissonner puis les doigts brûlants glissèrent sur son dos, massant doucement la peau marquée. Ianto ne put s'empêcher de gémir en sentant ses muscles protester puis se soumettre à l'action bénéfique. Jack se troubla, ce son émouvait son cœur et son corps. Il avait promis de ne pas abuser de lui, mais alors qu'il pétrissait les longues cuisses, il se sentait terriblement à l'étroit dans son pantalon. Sa chair était toujours affamée et l'abandon de Ianto était …captivant et terriblement tentateur. Il remonta vers une zone moins dangereuse pour sa promesse. Il se concentra sur les tendons du dos, caressant presque naturellement le cou sensible. Ianto gémit plus fort, son visage enfoui dans les oreillers de son grand lit. Il semblait être soumis à un certain inconfort.

- Ianto, il faut que tu te retournes, je dois mettre du baume sur tes côtes.

- Non, ça va, refusa le jeune homme, d'un air gêné, je n'ai pas mal.

- Tu es sûr? L'interrogea Jack d'un ton inquiet, j'ai vu tes ecchymoses, ce n'est pas très beau.

- Non, je….

- Suis désolé, ça va j'ai compris.

- Non, ce n'est pas ça, je je..géuneérection, dit-il, le nez dans l'oreiller.

- Comment? Fit Jack, comprenant enfin le problème, mais jouant les imbéciles, heureux de son effet.

Ianto se mordit les lèvres et releva la tête pour affronter le sourire goguenard du Capitaine. Leurs yeux s'accrochèrent, glace brûlante contre eau mouvante. Ianto se souleva avec un soupir, dévoilant l'étendue de son problème à son regard soudain concupiscent.

- cela ne va pas m'aider à tenir mes engagements, dit-il en poussant un soupir, en détachant ses yeux d'une raideur honnête.

Il se mordit les lèvres involontairement. Quelque chose s'agita dans le regard de Ianto, il bascula complètement, impudique.

- Prouve-moi que tu es vivant ! Prouve-moi que tu n'es pas un cauchemar !

Jack s'humecta les lèvres, il le voyait offert à lui, et l'envie était présente, irrépressible. Il sourit et l'embrassa lentement, sentant ses lèvres jouer contre les siennes, s'ouvrir et le laisser découvrir un monde de baisers. Ianto s'offrait et Jack ne pouvait que prendre.

- après ton massage, je n'ai pas fini, Mr Jones.

Ianto grogna, agita les hanches en un mouvement qui lui mit le corps en feu. Lascif et désireux, Ianto se laissa dévorer le corps de baisers, de morsures imperceptibles, un massage à la Harkness. Une vraie découverte érotique.

Jack s'empressait pour lui prouver qu'il n'avait rien d'un mauvais rêve, qu'il était vivant et Ianto se perdit dans le cyclone de sensations qu'il faisait naître en lui. Jack fondit sur sa bouche pour capturer ses lèvres et signer une reddition de sa langue.

Ianto sentit la fatigue s'éloigner à mesure que la fougue de Jack l'envahissait. Les massages l'avaient titillé, ses caresses l'enivraient. Il laissa Jack être le capitaine de son bateau ivre qui tanguait, roulait sous un plaisir aigu.

Il s'aperçut du manque qui s'était creusé en lui. Jack l'avait marqué de son empreinte, celle de la chaleur de son être. Il était perdu, pieds et poing liés au bon vouloir de son Capitaine. Il gémit en sentant ses mains expertes s'accrocher à lui, à son mât battant pavillon sous l'ouragan Harkness.

Jack sourit tel un pirate, qui avait trouvé son port au milieu de la brume. Il savait le faire réagir et les sons qu'il tirait de lui s'intensifièrent lorsqu'il glissa ses lèvres le long de sa flûte tendue, douloureuse et l'emboucha. Ianto se cambra. Il faisait un bon instrument de musique, soupirs et cris qui résonnaient dans la petite pièce, une vraie musique de chambre.

Jack était enchanté de lui prouver son existence et lui montrer l'étendue de ses talents de troubadour. Il le sentit bientôt au bord de la rupture et accrut ses jeux de bouche. Ianto saisit ses cheveux et l'agrippa comme si sa vie en dépendait, comme s'il était la chose la plus importante au moment présent. Il glissa dans le plaisir en se répandant dans sa bouche rougie. Un mouvement instinctif et il engloutit tout en le regardant. La vision le submergea, contractant son ventre autour d'un sentiment trop profond... Il battit des cils tandis que Jack remontait pour l'embrasser doucement.

L'odeur intime de baume, de sueurs et de savon tourna la tête de Ianto et son corps alourdi sombra dans un sommeil réparateur, égoiste. Il entendit à peine Jack murmurer à son oreille.

- convaincu que je ne suis pas un cauchemar ?

- non, répondit-il en s'accrochant au Capitaine, enroulant ses jambes pour le retenir avant de se mettre à ronfler paisiblement.

Jack grimaça. Après cet échange juteux, il aurait aimé comparer leurs techniques mais son talent avait conduit directement Ianto du Pays des Merveilles au pays du sommeil. Il le contempla, le visage apaisé, lumineux, effacées la douleur, la peur ou la haine. Après avoir fait exulté son corps sous ses doigts, il espéra qu'il se rapproche à nouveau de lui. Il caressa sa joue brièvement, en se dégageant de l'étreinte.

- « je ne vous hais pas ». Tu fais une Chimène peu crédible. Mais je comprends.

Il se leva et partit prendre une douche avec lui-même, ses exploits l'avaient drôlement allumé. Il revint quelques minutes plus tard pour trouver Ianto toujours endormi. Il alla se préparer une tasse de café qu'il savoura en contemplant la nuit qui s'éclaircissait à l'est. La journée débutait joliment et il découvrait que Ianto était un gros dormeur.

oOoOo

Ianto se réveilla, lorsque le soleil vint lui chatouiller le nez. Il papillonna des yeux, sous l'effet d'un rêve particulièrement humide et s'étira sous la langueur qu'il ressentait à travers son corps. Il se recroquevilla bien vite sous une douleur cuisante. Ses côtes protestèrent bruyamment et il se rappela des bribes de la nuit dernière. La boîte de nuit, la rencontre avec Jack et la réalisation soudaine qu'il ne lui était pas indifférent...au contraire. Son estomac se contracta tandis qu'une chaleur douce s'épanouissait en lui. Il fronça des sourcils, il y avait autre chose, quelque chose de si énorme que son esprit refusa dans un premier temps à lui communiquer l'information. Puis il délivra le scoop avec tonnerre et fracas.

Ianto se redressa brusquement, ignorant la douleur de ses muscles. Jack était immortel ! Jack était mort la veille et avait repris vie sous ses yeux. Jack avait des facultés si particulières qu'il pouvait survivre à presque n'importe quoi. Les pensées et les questions qui n'avaient pu être posées la veille pour cause d'épuisement et trop plein d'émotion s'agitèrent en lui. Qu'était-il réellement ? Pourquoi ici et maintenant ? Il avait eu la réponse à certaines questions concernant le mystère dont aimait s'entourer l'homme, mais cela n'apportait que plus de question. sans réponse.

Il réalisa soudain qu'il était nu et un souvenir personnel et diablement intime s'immisça entre ses pensées chamboulées. Il rougit brusquement, se souvenant de la chaleur des mains sur sa peau, de sa bouche sur sa... Il replongea dans les draps, l'embarras lui cuisant les joues. Il jeta un coup d'oeil à son réveil. 10h, il était atrocement en retard. Merde. Il rejeta ses couvertures pour se lever, doucement. Les mouvements brusques faisaient un mal de chien.

- ne t'inquiète pas, dit une voix amusée, le troublant à nouveau, ton patron est au courant et te donne ta journée.

Il ne l'avait pas vu, mais le rusé Capitaine avait observé les diverses phases de son réveil et le contemplait maintenant d'un oeil rigolard. Ianto éprouva subitement l'envie de se cacher sous les draps et de ne plus ressortir avant... avant l'année prochaine. Il dut le lire dans ses yeux, car Jack plongea sur le lit et s'engouffra sous les couvertures pour savourer sa chaleur. Il l'embrassa avant de lui ordonner de se préparer.

- Je croyais que j'avais ma journée.

- En effet, mais tu es d'astreinte auprès du Boss. J'ai besoin de toi.

- Je l'espère, Capitaine, murmura Ianto en caressant ses formes masculines, tout honte disparue.

Jack est un vivant appel à la luxure, se dit-il en fourrant son nez dans son cou pour respirer son odeur, savourant les mille sensations.

Il ne le haïssait pas, et cette découverte lui était au moins aussi importante que celle de son immortalité.

oOoOo

Comment réussir à comprendre Jack ? L'homme était mystérieux, secret, et en même temps complètement ouvert. A croire qu'il avait compris l'adage de vivre au grand jour pour conserver ses secrets. Après un week-end sous la couette, Ianto reprit ses habituelles occupations, s'inquiétant pour Owen qu'il voyait s'assombrir de plus en plus. Rien ne semblait le dérider. Il prenait de plus en plus de risques en intervention, passait beaucoup de temps dans les bars et Jack ne paraissait pas s'en soucier.

Ianto les regardait depuis son poste d'observation favori, la petite kitchenette au beau milieu du Hub.

D'ailleurs, toutes les questions qu'ils s'étaient posé à son sujet gagnaient en épaisseur. Après avoir découvert son immortalité, que pouvait-il découvrir d'autre ? Qu'il venait bien du 51ème siècle? Qu'il avait une connaissance particulière de ce qui se passait au 21ème siècle? Ou qu'il pouvait réellement être enceint ? Question qui l'angoissait quelque peu. Où se logerait le fœtus ?

Jack semblait préférer le harceler et la situation lui plaisait. Il avait la sensation d'être courtisé ou du moins avoir l'attention de quelqu'un. Il ne pouvait plus faire un geste sans se trouver dans le champ de vision de Jack et il s'en trouvait sacrément électrisé. Les souvenirs du week-end dernier était encore vivace dans son esprit et son corps. Il grimaça en posant la main sur ses côtes. Le médecin avait dit que ce n'était rien, mais qu'il devait faire attention en chassant le weevil. S'il savait que la créature qu'il avait chassée ce week-end était plus extraordinaire qu'un simple weevil.

Il secoua la tête en laissant ses mains s'occuper de la préparation matinale d'un café serré pour Owen et Jack, un mélange plus léger pour Toshiko et le spécial estomac Gallois pour Gwen et lui. Il posa les tasses sur son plateau et apporta tout dans la salle de réunion. Ils discutaient de leurs nouvelles enquêtes, la disparition de weevils en ville. Pour ce qu'il en savait, ça rendait les rues un peu plus calmes.

Mais le Capitaine pensait autrement et exposa son idée : infiltrer Owen dans l'antre de celui qui se trouvait derrière tout ça, selon lui. Enfin, si on peut qualifier d'antre, l'agence immobilière hitech avec pignon sur rue. Ianto aurait bien aimé pouvoir se joindre à eux pour l'enquête, mais personne ne semblait avoir envie de travailler avec lui. Il était le coffee boy après tout.

Il suivit ce que faisait Toshiko, sur le faux site Internet, la jeune femme avait un réel talent et se montra toute joyeuse de voir que cela fonctionnait. Owen était dans la place, ils n'avaient plus qu'à attendre. Sauf que ce n'était pas la manière de faire de Jack. Il avait besoin de bouger, s'étourdir dans l'action et pour une fois, décréta qu'il avait besoin de Ianto et Toshiko pour suivre Barbara, rebaptisée Janet dans les rues de Cardiff. Il n'avait jamais été aussi heureux de se prêter à sa volonté.

Peut-être qu'il allait pouvoir lui parler, trouver les mots pour lui poser des questions sur ce qu'il est. Il fallait qu'il lui parle, d'Owen surtout. L'homme l'inquiétait, il avait la sensation de ne plus être le seul déprimé dans cet Institut. Owen paraissait de plus en plus sombre, détaché de son travail. Le jeune homme était de plus en plus acerbe dans ses remarques. Il blessait souvent Ianto dans son amour propre, se répandant en mauvaises blagues sur son compte et celui de Jack.

- le meilleur employé du mois, ça c'est sur le canapé que le titre a été décerné ?

Diane était partie et le médecin souffrait. Il était de plus en plus absent, ne répondant même plus aux coups de fils. Jack s'impatientait et Ianto tenta de s'interposer, protéger son collègue qui faisait la mauvaise tête. Il continuait de le traiter comme un moins que rien, et il lui fallait tout son sang-froid pour ne rien laisser paraître. Il comprenait. Lui même avait souffert d'avoir eu le cœur brisé. Alors, même quand il dépassait les bornes, il le laissait dire, se contentant de répondre sèchement. Il n'était pas si loin de la vérité de toute manière. Il avait bel et bien utilisé Jack et ses appétits. Il devait maintenant mériter sa confiance, en conservant son secret. Il n'avait dit à personne de ce qu'il avait appris, se mordant les lèvres bien souvent pour ne pas questionner Gwen sur ce que Jack lui avait confié.

Il s'inquiétait pour Owen. Jusqu'où était-il capable d'aller ? Ce que l'avenir lui apprit lui confirma malheureusement qu'il avait eu raison de s'inquiéter.

oOoOo

Jack rentra de l'hôpital après sa visite auprès d'Owen. Il fut surpris de voir que toute l'équipe l'attendait encore, alors qu'il lui avait donné congé. Ils attendaient tous des nouvelles d'Owen. Un café l'attendait et ils discutèrent quelques minutes avant que les filles ne rentrent chez elles. Ianto resta, l'oeil de Jack frisa mais le Gallois paraissait un peu nerveux. Qu'avait-il à lui dire ? Il l'évitait depuis le début de la semaine, plus vif qu'une anguille en période de fret. Enfin façon de parler, il ne voulait plus voir une anguille, comment peut-on manger cela ?

- Ianto Jones !

- Capitaine !

- Merci de m'avoir ouvert les yeux sur Owen.

- de rien, dit le Gallois en souriant.

Ils s'affrontèrent du regard, une tension grandissante semblait épaissir l'air entre eux. Ianto paraissait content qu'il lui parle.

- c'est mon rôle de faire attention à mon équipe, dit Jack, pas le tien.

- pas sûr, rétorqua le jeune homme, vous m'avez bombardé homme à tout faire, c'est devenu mon rôle.

- ah !

- quoi ?

- c'est juste que parfois je vois ta tête lorsque tu ranges derrière nous. Ce n'est pas ce que tu préfères.

- non, c'est simplement que je vous envie quand vous allez sur le terrain. Vous avez tous ce visage, comme si vous importiez dans ce monde.

- toi aussi Ianto, sans toi, nous ne pourrions pas aller sur le terrain. Tosh est ravie de travailler avec toi. Cela lui permet de se décharger pour travailler sur des projets plus complexes.

- encore une fois, je fais la petite main.

Jack le regarda franchement, mais le jeune homme avait une étincelle dans le regard. Il sourit, soulagé de le voir saisir l'humour de la situation.

- on a toujours besoin d'une petite main. D'ailleurs, elle me serait bien utile là...

- ah et pourquoi ? demanda Ianto en se demandant encore ce qu'il allait lui proposer. L'excitation déferla dans son corps dans un rush. Peut-être allait-il l'inviter à rejoindre sa chambre ? Il avait grand besoin de se détendre, lui aussi.

- peux-tu fermer le hub ? je dois allez à un RDV. On m'attend à Londres.

- oui, fit Ianto, en tendant de cacher sa déception que Jack perçut néanmoins.

- je ne sais pas comment je ferais sans toi, dit le Capitaine, en le frôlant délibérément.

Ianto frémit involontairement en le regardant partir. Jack avait besoin de lui ? Que voulait-il dire ? Ce fut dans un état proche de l'hystérie qu'il referma le Hub. Qu'est-ce qu'il lui arrivait ? Les phéromones de Jack lui jouaient un bien vilain tour. Il rentra chez lui, la tête remplie d'interrogations pour trouver une enveloppe en provenance du laboratoire indépendant auquel il avait demandé une analyse approfondie. Il arracha l'opercule, impatient de découvrir ce que Jack lui cachait.

Composition de la sueur :

Phéromone 14 % norme 15 %

Acide Halyovérique : 15 % norme 10%

Il n'y avait pas la trace de phéromones étrangères. Les analyses étaient normales, tout à fait semblables à celle qu'il avait demandé en groupe témoin. Jack ne le tenait pas sous son emprise grâce à un quelconque mélange biochimique. C'était donc autre chose, et son esprit cartésien refusait d'admettre la raison de son attirance.

Cela tenait-il à son double langage ? La manière dont il le harcelait, lui parlait et le frustrait... le contentait ? Il lui revint en tête des images qui faute de chair à étreindre se révélaient frustrantes.

Il devait se rendre à l'évidence, il était subjugué par son chef et ça dans tous les sens du terme. Sa main se crispa sur la feuille de papier et se jeta sur son carnet pour tenter de démêler ses sentiments trop confus.

Journal de Ianto 25 janvier 2007

" attirance sexuelle ou attirance psychologique ? Jack me hante. J'ai du mal à penser à autre chose. Je suis complètement sous son emprise. Il me demande de sauter et je lui réponds jusqu'où. Et curieusement ça me va. Je lui fais confiance. J'aime être à ses côtés, j'aime partager ses plaisanteries. Merde! J'aime aussi coucher avec lui. Ce qu'il est capable de faire est impressionnant. A quel point cela m'affecte ? Je ne peux plus le haïr, je ne peux pas l'aimer. Je suis condamné à le suivre. Je devrais peut-être penser à consulter. Je suis en train de faire une fixation sur mon chef. je devrais peut-être demander à papa le nom de son dernier psy, ça m'aiderait.

Je suis jaloux de son ombre qui a l'avantage de le suivre partout où qu'il aille. Je me demande ce qu'il avait à faire à Londres, ce week-end. Enfin, si c'est bien à Londres qu'il se rendait et qui il va rencontrer là-bas. Je n'ai aucun droit sur lui, mais ça m'intrigue. Voit-il quelqu'un ?

Un homme comme lui, intouché par le temps, aussi séduisant, doit avoir un vrai vivier pour satisfaire ses envies. Même pas besoin de demander, je suis sûr qu'il claque des doigts et on vient à lui très facilement. Y'a qu'à voir Gwen, Y'a qu'à me voir. Elle a reporté son besoin sur Owen mais je vois les regards qu'elle pose sur lui. Sans doute les mêmes que les miens. D'ailleurs je suis certain que c'est fini avec Owen, vu comment ils se parlent. Va-t-elle revenir vers Jack ? Sans doute.

Nb : acheter du café pour Owen, Barsslick, son préféré. Il faut qu'il se sente comme à la maison.


A suivre...

oh... NB : cherche béta à ne pas spoiler pour correction d'un one-shot sur Walking Dead, si intéressé(e), n'hésitez pas !