Bonjour !

Comme promis, la deuxième partie de Love is Ginger. Maaaiiis (parce qu'il y a un mais évidemment) ce ne sera pas la dernière. La dernière sera la troisième, donc ce sera un three shot et pas un two shot, comme je l'avais dit. Parce que après relecture, j'ai estimé que la fin n'était pas satisfaisante. La troisième partie sera sans doute plus courte, mais elle sera bel et bien un élément de conclusion. Contrairement à celui ci, qui est... Gros, oui.

En tous cas, ceci étant dit, bonne lecture ! ^^


Je descendis pour aller vers la cuisine. Je n'avais aucune idée de ce que Jake mangeait le matin, alors je fis le minimum syndical : des tartines avec un lait chocolaté. J'avais toujours de quoi faire un café rapidement s'il en voulait un. Moi je n'aimais pas ça, je l'avais achetée surtout pour mes éventuels invités, qui se sont résumés à la seule personne de Claire, et parfois Leon qui ne buvait pas de café non plus. Donc oui, j'avais acheté une machine à café surtout pour Claire. Tiens, en parlant d'elle, je me demandais comment j'allais aborder le sujet de ce qui s'est passé la nuit dernière, car il était évident qu'elle allait le savoir, et que si je ne lui disais pas moi-même, j'allais en prendre pour mon grade, et Jake encore plus. Et je ne le voulais vraiment pas. Quand je pense qu'i peine quarante-huit heures, je n'en avais rien à faire de la survie de ce type, voilà qu'elle devient une priorité maintenant.

Je lançai les tartines dans le toaster, et Jake apparut dans la cuisine, me faisant sursauter. Il avait sa chemise, c'était déjà ça. Vu ma chance, je m'attendais à ce qu'il débarque sans. Tout mouillé, en serviette… Houlà, calme tes hormones Piers. Tu dérailles complètement.

-Je t'ai fait peur ? me demanda-t-il d'un ton doux qui me surprit.

-Un peu, admis-je, pris au dépourvu. Les tartines seront prêtes, le chocolat aussi. Tu veux du café ?

-Non merci. Le chocolat ce sera très bien.

Je l'invitai à prendre place sur la seule chaise qui était autour de ma table, et je lui servis donc les trois tartines et la tasse de chocolat chaud. Il marmonna un 'merci', pendant que j'allais chercher l'autre chaise dans ma chambre. Il faudrait que j'en achète une, mine de rien. Ce n'était pas très calorique de faire l'aller-retour, les rares fois où j'avais un - ou plutôt une, en l'occurrence - invitée, mais… vu comment avait évolué ma relation avec Jake, je ne pouvais m'empêcher de penser au futur. Si jamais ça devait se poursuivre ainsi, peut-être que j'aurais plus de visites, qui sait ?

Je toussai un bon coup, avant que mon imagination n'aille trop loin. Je redescendis avec la chaise, et Jake avait déjà fini ses tartines. Il me suivait du regard, alors que je m'installais en face de lui.

-Donc ? Comment tu te sens ? lui demandai-je, voyant qu'il ne disait rien.

-Je ne sais pas trop, admit-il. Bien, à priori. Après tout… comment ne pas aller bien quand la première chose que je vois à mon réveil est ton visage ?

-La flatterie ne te mènera nulle part, dis-je en bouillant d'un seul coup. Mais… tu ne te souviens de rien ?

-Ce n'est pas bien clair, dit Jake en mettant sa tête dans ses mains. Je me souviens à peine d'avoir vu Marco et Ben au bar, hier. J'ai dû boire mes bières un peu trop vite.

-Effectivement, concédai-je. Qu'est-ce qui t'a pris, au juste ?

Jake releva le regard vers moi, comme piteux, et rebaissa le regard tout de suite après.

-J'étais nerveux, finit-il par admettre. Je n'arrivais pas à croire que tu aies accepté de sortir avec moi, et je me suis comporté comme le dernier des imbéciles. J'espère que tu ne m'en veux pas.

-Non, je ne t'en veux pas. Je me suis quand même bien amusé. Enfin, jusqu'à ce que tu nous inquiètes en tombant raide, comme ça.

-Je suis désolé. Je n'ai pas dit ou fait quelque chose de grave, au moins ?

La voilà, la question à dix mille euros. J'avais envie de dire la vérité à Jake, étant donné que j'étais assez honnête, ou assez taré, pour être droit en face du fait que sa déclaration m'a fait beaucoup d'effet. Mais… Malgré mes déductions philosophiques, j'avais encore du mal à y croire. Etrangement, oui. Finalement, je me dis que, si je pouvais être honnête avec moi-même, je pourrais l'être avec Jake.

-Tu… Tu m'as dit que tu m'aimais, bégayai-je.

-Et ça t'étonne ? Je pensais que tu l'avais deviné, malin comme tu es, dit Jake en souriant.

Non. Alors là non. Tu n'auras pas plus de détails par contre. Faut pas déconner. Il serait sans doute capable de gagner une idée fixe, qui ne me déplairait pas en plus. Je dus encore bien me concentrer pour enlever les images explicites de ma tête.

-Oui. Mais ça m'a quand même fait… bizarre. Je ne vois pas ce que tu me trouves.

-Je ne vois pas non plus, ricana Jake. L'amour est inconditionnel, tu sais ? Je suppose que j'aime juste qu'on me résiste.

Si tu savais à quel point je t'ai résisté, hier…

-Je ne t'ai pas résisté longtemps, vu que j'ai presque admis que tu ne m'étais pas complètement insupportable, dis-je plutôt.

-Oui. Mais la plupart des gens que j'ai dragués avant atterrissaient dans mon plumard le soir même, dit Jake d'un ton qui m'échappait. Même avant, ajouta-t-il en s'esclaffant.

-Au final, c'est toi qui t'es retrouvé dans mon lit au bout de deux jours, notai-je.

-Tu vois ? Je savais que tu étais spécial.

Jake me refit un beau sourire, et se remit à boire son chocolat. Je fis de même, encore un peu rouge. Comment un délinquant juvénile pouvait-il être aussi adorable ? Le goût amer de mon chocolat dans lequel j'ai oublié de mettre du sucre me fit comprendre que je n'étais pas en train de rêver. D'ailleurs, je reposai ma tasse pour aller chercher le sucre dans la cuisine, et je revins dans la salle à manger.

-Tu veux du sucre ? proposai-je.

-Non merci. Il y en a assez pour moi.

-J'ai mis du sucre dans ton chocolat, mais pas dans le mien, marmonnai-je en rectifiant mon erreur.

-Tu vois que tu m'aimes, répondit Jake, à moitié étouffé dans sa tasse.

Je faillis avaler mon chocolat de travers. Même quand c'était lui qui le disait, ça faisait bizarre. Le fait qu'il ait craqué pour moi plus ou moins en même temps que l'inverse me rappelait les pires romans d'amour que j'ai lus pendant ma jeunesse. Comme les grognasses des dits romans, j'en profiterai à fond, mais contrairement à celles-ci, je savais que ça ne durerait pas. Le fait de ne rien espérer dans la vie me venait de mon père, paix à son âme.

-A quelle heure as-tu cours ? me demanda Jake, en posant sa tasse.

-A midi. Pourquoi ?

-Comme ça. J'espérais que je ne t'avais pas mis en retard. Donc on va passer la matinée ensemble, c'est cool. A moins que tu ne comptes me mettre dehors ? pouffa-t-il.

-Seulement si tu me fais chier. Pour l'instant tu t'en sors bien.

-Parfait. Je sens que cette journée va être magnifique, dit monsieur Muller en faisant un grand sourire.

Arrête de sourire, connard. Arrête. Tout de suite.

-Tu voudrais faire quelque chose de particulier ? demandai-je quand même.

-Tant que tu es avec moi, peu importe. Que fais-tu de tes matinées quand tu commences à midi ?

-Rien, étant donné que je me lève à onze heures moins le quart, juste le temps de me préparer et de préparer mon repas, admis-je. Pour ça que je te demande ce que tu voudrais faire.

-Je voudrais passer par chez moi pour me changer, et aller chercher ma moto chez Ben. Ça te va ?

-Ouais, pourquoi pas. Je vais me préparer et on y va. Je te laisse, fais comme chez toi. Mais pas trop, dis-je en voyant la mine fanfaronne de mon invité.

-Je vais allumer la télé, ce sera bien.

Jake se leva de table, et alla se laisse tomber dans le canapé. Il m'envoya un regard intrigué, et je lui indiquai la télécommande, qui était sur l'accoudoir du canapé à l'opposé de celui à côté duquel s'était affalé Jake. Il se coucha sur le canapé pour attraper la télécommande sans se lever, et je montai à l'étage pour aller me préparer.

Lorsque je passai près de ma chambre, dont la porte était ouverte, je constatai que le lit était fait. J'avoue avoir été un peu inquiet en amenant Jake ici, mais il semblerait bien qu'il soit un invité modèle, en fin de compte. Je ne pus m'empêcher de sourire bêtement, il faut le dire, et je fis vite demi-tour en me rappelant qu'il fallait peut-être que je prenne mes vêtements dans mon armoire. Je pris donc un t-shirt, un boxer et un jean, et, au moment où je commençai mon geste pour enlever ma chemise de nuit, je me rappelai que j'avais un invité, qui serait capable de débarquer juste au moment où je me déshabille. Vu le timing que j'avais naturellement, il serait capable de débarquer juste à ce moment, laissant encore plus d'idées fixes dans sa tête.

-Je vais me changer dans la salle de bains plutôt, conclus-je à haute voix.

Je remis ma chemise, et, alors que je passais dans le couloir, j'entendis Jake râler à haute voix. En écoutant mieux, je crus comprendre qu'il regardait un jeu quelconque, car il gueulait des mots aléatoirement. Plus je fréquentais ce type, plus j'étais étonné. J'avoue m'être attendu à ce qu'il regarde des émissions un peu plus philosophiques, disons. Enfin bref. J'entrai dans la salle de bains, que j'ai même fermée à clé dans le doute - paranoïa bonjour - et j'entamai mon processus de préparation.

Je ressortis de la salle de bains vers dix heures et quart, et, une fois habillé, je descendis dans le salon, où je retrouvai Jake, qui n'avait pas bougé. Il sembla m'avoir entendu arriver, car il tourna la tête vers moi lorsque j'arrivai, avec un sourire en coin.

-Pas trop tôt. Tu es une vraie gonzesse, ricana-t-il.

-Je te demande pardon ? sourcillai-je.

-Tu mets du temps pour te préparer, genre. Tu sais, les clichés, tout ça.

-Excuse-moi d'être quelqu'un de soigné. Tu préférerais sortir avec un mec qui pue ?

-Sortir ? dit Jake avec un sourire presque dissimulé.

Je tournai le regard, sentant mes joues s'enflammer. Le choix du verbe n'était pas le plus avisé, sachant à quel point mon interlocuteur était vorace. Sa répartie en témoignait.

-Il se trouve que nous allons dehors dans la même direction, donc… tentai-je.

-Oh. Bien sûr. Nous y allons alors ?

-Je te suis.

Jake se leva du canapé d'un bond, et passa devant moi pour se diriger vers la porte. J'attrapai ma veste en jean et je fermai derrière moi, alors que Jake m'attendait dehors. Je lui fis de nouveau signe que je le suivais, mais il restait à la même hauteur que moi, tout près. Trop près.

-Est-ce loin ? demandai-je sans le regarder

-On en a pour une quinzaine de minutes, en gros, et j'aurai ma moto pour le retour. Ne t'en fais pas, je ne te mettrai pas en retard. Je te le promets.

-Merci. Ce serait mal avisé de ta part.

Finalement, lorsque nous nous mîmes en route, Jake s'approcha encore et souleva légèrement la manche de ma veste, trop grande pour moi, pour glisser sa main dans la mienne. Je fis mine de ne pas réagir, mais dans mon crâne, c'était l'explosion nucléaire. Sa main était tiède, comme le reste de sa peau sans doute, et ça me rappelait un peu trop la scène du soir précédent que je n'arriverai jamais à m'enlever de la tête. Je n'osais même pas le regarder, et je m'étonnai qu'il ne fasse aucune remarque. Il se contentait sans doute du fait que je laisse ma main dans la sienne.

Là encore, j'étais tellement perdu dans mes pensées que je ne réalisai pas tout de suite que nous étions arrivés. Enfin, je le compris, car Jake s'était arrêté. Devant une énorme maison, dont le luxe apparent me surprit. Jake ricana, sans doute à cause de mon expression.

-Ouais, ça fait bizarre au début, me dit-il. Ne bouge pas, je vais sonner.

Jake lâcha ma main, et m'invita à le suivre. Il frappa à l'énorme porte, et, au bout d'une petite minute, une voix sortit d'un interphone que je ne vis pas tout de suite.

-Oui, qui est-ce ? dit une voix féminine.

-Jake Muller. Je viens chercher un colis de la part de Ben Heart.

-Nous vous attendions, monsieur Muller. Veuillez patienter.

L'interphone se coupa, et Jake se retourna vers moi.

-Voilà. On n'a plus qu'à attendre, dit-il.

-Tu viens souvent ici ? ne pus-je m'empêcher de demander.

-Ouais. Ce n'est pas si rare que je finisse les quatre fers en l'air, en réalité. En général, Marco me ramène chez lui, et Ben ramène ma moto chez lui. Et comme il y a trois familles là-dedans, je dois préciser de laquelle vient Ben.

-Sa famille est riche ?

-Ouais. Comme les deux autres familles qui vivent ici. Ils ont beaucoup d'actions dans une entreprise internationale dont le nom m'échappe.

-C'est Umbrella Corporation, Jake, dit une voix amusée que je ne reconnus pas.

La porte venait de s'ouvrir, et un type, sans doute du même âge que Ben et moi, venait d'arriver, un trousseau de clé à la main. Il les tendit à Jake, qui les prit.

-Merci Carl, dit Jake. Ben n'est pas là ?

-Non, il a cours ce matin. Il est parti il y a deux heures, et m'a dit que tu allais sans doute venir chercher ta moto ce matin, alors je t'ai attendu.

-Il me connait trop bien, dit Jake d'un ton amusé. Merci d'avoir fait la commission en tous cas.

-De rien, c'est normal, dit Carl en souriant. Toi tu dois être Piers, c'est ça ? ajouta-t-il en me regardant

-C'est ça, opinai-je, un peu surpris

-Ok. Moi c'est Carl Alfonso. Quelque chose me dit qu'on va être amenés à se revoir.

Je ne saisis pas vraiment ses sous-entendus sur le coup, mais je vis qu'il regardait Jake du coin de l'œil, alors je crus comprendre, du coup. Je regardai ailleurs, un petit coup, un peu gêné, et Carl rentra chez lui après un petit échange de banalités avec Jake, que je ne suivis pas du tout. Jake mit ses clés dans sa poche, et reprit ma main, l'incitant à le suivre. Là encore, je n'osais pas broncher.

Nous arrivâmes dans un énorme garage, où une bonne vingtaine de voitures chères et autres motos étaient entreposées. Je ne remarquai qu'à ce moment-là à quel point la moto de Jake avait dû lui coûter cher, car je ne voyais pas vraiment la différence avec les autres. Ça, ou alors je n'y connaissais rien. Jake monta sur sa moto, et il démarra dès que je fus assis derrière lui. Cette fois, je ne me fis pas prier pour mettre mes mains autour de sa taille. Pour une raison qui m'échappait, d'ailleurs. Ou plutôt si, je le savais. J'en profitais un peu, j'avoue, et m'en rendre compte me fit rougir encore plus.

En à peine cinq minutes d'attouchements, nous fûmes devant chez Jake. Un appartement tout ce qu'il y a de plus normal, quant à lui, mais contrairement au mien, il n'avait qu'un étage. Enfin, un rez-de-chaussée. Il descendit de la moto, reprenant ma main, et je le suivis. Une fois devant la porte, Jake lâcha ma main pour mettre sa main dans sa poche, pour prendre sa clé, et je ne m'avouerais probablement jamais vraiment à quel point ça m'a fait drôle quand il m'a lâché.

-Tu m'attends là, ou tu entres, comme tu préfères, me proposa-t-il. Je ne serai pas long.

Jake entra en premier, et, dévoré par la curiosité, je le suivis, en refermant derrière moi.

Je me retrouvai donc dans une petite entrée, où se trouvaient quelques manteaux et quelques paires de chaussures, un trousseau de clé était posé sur un petit meuble et il y avait quatre portes. Jake me regarda, alors que j'analysai.

-Là c'est la salle principale, là c'est ma chambre, là la salle de bains et là mon bureau, m'expliqua-t-il en me montrant les portes, de gauche à droite. Bouge pas je reviens.

Il entra dans la deuxième porte à gauche – sa chambre donc – et je restai fixé là, à m'agiter sur place. Il revint deux minutes plus tard, avec un débardeur blanc et un jean bleu large et délavé. Il prit une veste sur le porte manteau et m'invita à ressortir. Nous sommes remontés sur la moto et sommes vite arrivés de nouveau chez moi. Il n'habitait vraiment pas loin, en fait.

Jake gara sa moto dans un coin, dans la ruelle derrière chez moi, et je rentrai, suivi par Jake. Il alla s'affaler dans le canapé, comme s'il l'avait adopté, et j'allai m'asseoir à côté de lui une fois que j'eus enlevé ma veste, alors qu'il venait d'allumer la télé. Je jetai un œil à l'heure, onze heures moins cinq, et, une fois assis, je ne m'attendais qu'à moitié à ce qu'il se rapproche. Par contre, il me prit carrément au dépourvu lorsqu'il passa son bras derrière ma nuque pour me rapprocher de lui.

-Comment tu vas à part ça ? me demanda-t-il.

-Je vais bien, bégayai-je. Et toi ?

-Je suis en plein kif, répliqua-t-il d'un ton que j'entendais comme satisfait.

Je me collai distraitement à lui, l'air de rien, et on s'est tous les deux plongés dans la contemplation d'une émission de cuisine boiteuse. J'avais l'heure sous les yeux, pour ne pas être en retard, sachant que j'avais gagné du temps, Jake acceptant gentiment de me déposer en moto. Je me suis levé du canapé à onze heures et demie, pour aller préparer mon sandwich pour le midi. Jake ne bougea pas, étonnamment. Je pensais qu'il allait se lever en même temps que moi, mais il semblait vraiment avoir adopté mon sofa.

Je fis vite mon repas, et je repassai chercher mon chauffeur, qui me suivit avec un enthousiasme qui ne m'échappa pas. Cela fit que je fus à l'école en moins de dix minutes, alors que d'habitude, je mettais quasiment trente minutes en transport plus marche.

Une fois arrivé j'angoissais un peu. En me voyant venir avec Jake à l'école, c'était SÛR que Claire allait me cuisiner bien comme il faut. Si j'avais pu mentir, ou plutôt éluder, avec Jake, ce serait bien plus difficile avec Claire. Je frissonnai, et lorsque Jake me demanda ce qui n'allait pas, je lui mentis. Encore. Je te raconterai tout, promis, juste un peu de patience.

Je descendis de la moto, et, heureusement, il n'y avait pas grand monde dans la cour. Les rares élèves qui étaient là parlaient entre eux, j'étais habitué à ce que personne ne me remarque. Ou plutôt je ne m'étonnai pas tellement que personne ne fasse attention à Jake quand il arrive.

-Je pourrais venir te chercher ce soir ? proposa-t-il.

-Non, ce soir je vais chez Claire. On se verra demain.

-Ok. A demain alors. Passe une bonne journée.

-Merci. Toi aussi.

Je remis mon sac en bandoulière correctement sur mon épaule, et Jake me retint par ma main libre. Je me tournai vers lui, et il m'embrassa sur les lèvres. Cela n'avait rien à voir avec le baiser du soir précédent, c'était sûr. Il y avait une étonnante douceur dans celui-ci, qui m'étonna. Mais qui me plut beaucoup, aussi. Du coup, je lui rendis son baiser, en serrant sa main dans la mienne, alors qu'il m'attirait contre lui. Si seulement c'était comme ça que ça avait commencé, ce ne serait pas aussi dur.

-C'était encore mieux que j'imaginais, dit Jake en s'éloignant délicatement, gardant sa main sur ma taille. Tu es très doué.

-Si tu le dis, dis-je en me sentant encore rougir.

-Allez fonce. N'arrive pas en retard à cause de moi.

-Oui, je sais. Allez, va-t-en !

Je tournai les talons, en entendant Jake ricaner à ma répartie de lycéenne timide, et le moteur de la moto repartit en même temps que le mien, pour le coup. Toute ma mauvaise foi me revint en pleine poire lorsque j'attendis que Jake disparaisse au coin de la rue pour aller en cours en courant, parce que j'avais vraiment l'impression que j'allais bel et bien être en retard.

J'arrivai juste à l'heure en cours, finalement, et je réussis à occulter ce qui s'était passé avec Jake pendant les deux heures de mon cours de français. Je ne savais pas pourquoi, mais c'était sans doute le cours pendant lequel je me concentrais le mieux. Si seulement c'était toujours aussi simple…

Lorsque je repassai par les casiers, point de rendez-vous habituel, je ne vis personne. Intrigué, je me suis dirigé vers mon casier, et Claire réussit à me faire peur. Elle se marrait à s'en péter les abdominaux. D'où elle sortait, bon sang ?

-C'était collector le cri que tu as poussé, dit-elle entre deux éclats de rire.

-Oh ça va hein ? râlai-je sans trop de mauvaise foi.

-Comment tu vas à part ça ?

-Pas trop mal et toi ?

-Moi ça va super. Qu'est-ce que ce 'pas trop mal' est censé signifier ?

Je faillis avaler de travers, et je vis à l'expression de Claire qu'elle l'avait entendu. Merde. Elle ne fit pas de remarque cependant, elle me laissa répondre. En laissant quand même une petite trace de 'un mot de travers et je te fais traverser le mur le plus proche'.

-Je vais bien, mais je ne saute pas au plafond non plus, dis-je.

-Ah je vois. Et comment s'est passée ta soirée d'hier ?

-Banale, dis-je en évitant de boire, au cas où.

-Et comment va monsieur Muller ?

Oui. Heureusement que je n'avais rien bu, sinon j'aurais craché ma boisson par le nez. Finalement, j'ai presque réussi à rester calme, ma concentration au maximum.

-Il allait bien, la dernière fois que je l'ai vu, dis-je l'air de rien. Pourquoi cette question ?

-Parce que selon mes sources, tu as passé beaucoup de temps avec lui, dernièrement.

-Je suis sorti avec lui hier soir, et je l'ai ramené chez moi parce qu'il ne tenait pas debout. Il m'a amené au lycée en moto aujourd'hui, on va peut-être se revoir demain.

Claire ouvrit les yeux en grand. J'avais réussi à la surprendre, c'était un grand aboutissement de ma vie. Elle s'attendait sans doute à ce que je lui mente, mais je savais que c'était une mauvaise idée. Apparemment, je la connaissais mieux qu'elle ne me connaissait.

-Je suis surprise, dit-elle finalement. Je pensais que tu essaierais d'éluder.

-Pas la peine. Vu le discours que tu m'as fait hier. J'ai décidé de fréquenter Jake. Je n'ai aucune raison de te le cacher, et j'en assumerai les conséquences.

-Je vois. Et est-ce que tu l'aimes ?

Je faillis m'étouffer avec ma salive, pour le coup. Mon manque de boisson ne suffit pas à m'épargner l'étouffement. En réalité, je m'attendais à cette question. Claire était quelqu'un d'authentique, de très sentimental même, donc cette question était logique, mais je ne savais toujours pas y répondre. Dans ma tête c'était évident, je ne pouvais plus nier ce que j'avais ressenti dans les chiottes du bar hier soir ni quand Jake m'avait embrassé tout à l'heure. Un traitement dans ma tête faisait que je n'avais toujours pas réussi à le dire à qui que ce soit. Et j'aimais assez Claire pour lui faire cet honneur. Du moins je voulais m'en persuader.

-Oui, réussis-je à bégayer. Je crois, oui.

-Je vois, dit Claire d'un ton sceptique. Tu as ma bénédiction, alors. J'en toucherai un mot à Jake, plusieurs même, et ensuite je te lâcherai la grappe.

-Oh ok. Merci Claire.

-Je t'en prie, Piers, dit-elle avec un petit sourire. Je suis là pour ça. Je vais en cours, à plus tard !

Claire m'embrassa sur la joue et fonça vers sa salle de cours. Je fis de même, et mon premier cours passa étonnamment vite. Seulement, ce n'est pas Claire que j'ai retrouvé près de mon casier, pendant mon premier interclasse, mais Ben. Je fus assez surpris, d'ailleurs, et lui me fit un signe de la main, avant de me faire signe de venir. Evidemment que je viens, monsieur le génie, c'est devant mon casier que tu es.

-Salut Piers, me dit-il d'un ton enjoué. Ça m'étonne qu'on ne se soit jamais croisés avant.

-Salut Ben, dis-je. C'est ce que tu as dit hier soir, déjà. C'est sans doute parce que je ne cherche pas à parler à des inconnus. Que puis-je pour toi ?

-Je voulais m'excuser. Claire m'a forcé à dire ce qu'on avait fait hier.

-Tu la connais ? dis-je, un peu surpris.

-Je connais bien Chris, surtout. Depuis le collège. Mais Claire est carrément possessive, même avec les amis de son frère, dit Ben avec un rire nerveux.

-Ça ne m'étonne pas d'elle, tiens, dis-je en riant franchement, moi. Tu lui as dit quoi exactement ?

-Marco et moi on est tombés sur Jake et toi au bar, on s'est amusés, Jake est tombé dans les pommes, j'ai pris sa moto, et tu l'as ramené chez toi. Vous avez récupéré la moto, d'ailleurs ?

-Oui. Carl nous l'a donnée. Je te remercie.

Après ça, Ben et moi nous sommes échangés quelques banalités, comme les cours qu'on avait eu et qu'on aurait aujourd'hui, avant qu'on ne retourne dans nos cours respectifs chacun de notre côté. Finalement, la fin de journée arriva tranquillement, et je retrouvai Claire à la sortie du lycée. Comme tous les mercredis, on passait la soirée chez elle. J'avais réussi à convaincre Claire, mais, étrangement, je redoutais un peu l'interrogatoire de Chris. En un après-midi libre, Jake avait sans doute été cracher son bonheur dans la gueule de son meilleur ami. Enfin bref, nous n'en étions pas là. Pas encore.

Coup du sort, c'était au tour de Claire de cuisiner, ce jour-là. Du coup, je me retrouvai sur le sofa avec Chris qui me jetait des regards obliques que je ne comprenais pas vraiment. Il se racla bruyamment la gorge avant de cracher le morceau.

-Alors… Jake et toi, hein ?

Je le regardai comme s'il m'avait fait un vaccin surprise. Déjà que je ne m'attendais sans doute jamais à entendre cette phrase, je ne sus pourquoi elle sonnait encore plus étrange venant de la bouche de Chris Redfield. Je dus rester concentré pour lui répondre sans avoir l'air trop idiot.

-Euh ouais, dis-je d'un ton pataud.

-C'est super ça, dit Chris avec un sourire qui me parut sincère.

-Si tu le dis.

Au final, l'interrogatoire s'arrêta là. Je soupirai un bon coup, et Chris tourna le regard. Depuis que Claire avait clairement sous-entendu qu'il y avait eu quelque chose entre Jake et Chris, je ne verrai plus jamais ce dernier de la même façon, à cause de toute une série d'images perverses qui défilaient dans ma tête. Putain.

Cela fit que le repas était encore plus maladroit.

Ce soir, Claire avait fait des pâtes à la carbonara, mon plat préféré. Je savais que quand elle faisait ça, c'était pour me délier la langue. Et le pire, c'est que ça marchait. Du coup, quand elle me demanda plus de détails sur comment s'était passé ma soirée d'hier, je lui racontai la vérité. Sans trop donner de détails sur ce qui s'était passé dans les toilettes, comme je l'avais fait avec Jake. Je n'étais toujours pas prêt à raconter ça.

-Une déclaration bourrée, releva Claire. Comme c'est romantique.

-Je le pense aussi, dis-je en souriant malgré moi.

Je continuai sur la matinée qu'on avait passée ensemble, en butant un peu sur les mots lorsque j'évoquai la manière dont Jake m'avait dit au revoir lorsqu'il m'a déposé en moto.

-C'est mignon, déclara Chris d'un ton attendri.

-Je ne pensais pas trouver un côté mignon à Jake, admit Claire. Il me paraît évident que je m'étais trompée. Ça arrive rarement.

-Parce que tu ne t'es pas donnée la peine de le connaître, à cause de ta jalousie maladive. Il a beaucoup de mal dans le relationnel, mais c'est vraiment…

-Epargne-moi ta psychologie à deux balles, Chris, le coupa Claire. Je te rappelle que c'est moi l'artiste du cerveau ici.

-Si tu t'étais donné la peine de connaître Jake, on n'en serait pas là aujourd'hui.

-Je me laisse guider par mes émotions, comme tous les artistes. J'ai compris que j'ai eu tort, pas la peine d'en rajouter.

Pendant toute la conversation, je les avais regardés tour à tour, comme un troufion quelconque regarde un match de tennis, sans avoir rien à ajouter. C'était rare que ces deux-là se prennent le chou, ça m'avait un peu surpris. A vrai dire, la dernière fois que c'était arrivé, c'était cette fameuse discussion où Chris avait mal compris ma relation avec Claire, et cette même conversation où j'avais catalogué Chris dans la catégorie 'gros débile fini'. Maintenant, avec le recul, j'avais un peu mieux compris la vraie nature de la relation entre Chris et Claire, donc j'en voulais un peu moins à Chris.

Soudain, comme entendant mes pensées, le frère et la sœur Redfield se tournèrent vers moi.

-Quoi ? J'ai de la sauce sur le visage ?

-Non. Je tenais juste à m'excuser, dit Claire. Tu n'es pas là pour nous entendre nous chamailler.

-Vous quoi ? dis-je, innocemment.

-Tu es adorable, Piers, dit Claire avec un sourire soulagé.

-Tu peux me faire plus de pâtes si tu veux me remercier, pouffai-je.

-Bon, tu redescends dans mon estime, en fait ! s'esclaffa Claire en me servant quand même des pâtes.

Chris eut un rire gêné, et je ris aussi, en enfouissant une grosse fourchette de pâtes dans ma bouche. Dans ce genre de situation, j'avais du mal à croire que Chris cuisinait mieux que Claire. Si j'avais une meilleure mémoire, je me souviendrai sans doute des repas que Chris faisait quand j'étais là, mais ce n'était pas le cas. J'essaierai d'analyser la semaine prochaine.

Au dessert, qui se résumait à un yaourt aux fruits - Chris et moi nous sommes entendus, oh miracle, sur le fait que la publicité 'Panier de Yoplait c'est plus qu'un yaourt, c'est le dessert' était débile - quelqu'un sonna à la porte. Claire se leva d'un bond pour aller voir de qui il s'agissait, et, bizarrement, le silence qui s'installa entre Chris et moi était moins gênant, cette fois. J'étais sans doute vraiment prêt à le pardonner, après tout ?

-Regardez qui nous a rejoints pour le dessert ? déclara Claire, qui venait de revenir dans la salle à manger.

Chris et moi avons tous les deux regardé dans sa direction, et, évidemment, elle était revenue avec Jake. Chris ouvrit les yeux en grand, moi je m'y attendais un peu. Jake s'assit en face de moi, en me faisant un beau sourire, alors que Claire partait pour aller chercher le dessert de l'invité 'surprise' de la soirée. Chris toussota, et Jake le regarda avec une expression qui m'échappait. Je suivis la conversation, en mangeant consciencieusement mon yaourt à la cerise.

-Comment tu vas, mon vieux ? demanda Jake à Chris.

-Fatigué. La journée a été longue, heureusement que c'était à Claire de cuisiner. Et toi ça va ?

-Ouais. Moi je n'ai pas été en cours aujourd'hui.

-Chanceux, va !

Jake et Chris se sont souri, et Claire est revenue avec un yaourt à la banane. Tout le monde a relevé la blague pourrie et terriblement prévisible du 'ça tombe bien, j'adore les bananes', sauf que moi, j'avais une certaine image en plus. Vu comme la bouche de Jake était descendue vers ma braguette hier soir…

Non. Stop. Penser à autre chose.

Chris se leva de table, il avait déjà fini son yaourt. Il marmonna quelque chose du genre 'je vais dans le salon', et, en ce qui me concerne, j'avais tellement envie de passer à un autre sujet que je dis la première connerie qui me vint à l'esprit.

-Comment tu t'es fait cette cicatrice, Jake ?

Je ne réalisai qu'après l'énormité de ce que je venais de dire, mais c'était trop tard. Et puis, Jake ne sembla pas mal le prendre. Evidemment.

-Un accident bête, quand j'avais quinze ans, expliqua Jake. Andy, un vieux pote, m'avait défié de monter sur une moto et de remonter la nationale en pleine nuit. Je conduis bien, d'habitude, mais ce n'est pas le cas de tout le monde en soirée. Plus de peur que de mal, mais j'ai passé trois jours inoubliables à l'hosto. A vrai dire, c'est là que j'ai connu Sherry. C'était un mal pour un bien.

-Que lui est-il arrivé ? demandai-je, inquiet.

-Elle était souvent malade, quand elle était plus jeune, répondit Claire avant Jake. Elle avait un système immunitaire très fragile, elle restait quasiment un mois par an à l'hôpital pour passer tout une batterie de check-up.

-Elle va mieux, maintenant ?

-Oui. Ne t'en fais pas.

-Et toi ? Comment es-tu devenu si mignon ? me demanda Jake en ricanant.

-Arrête ça, dis-je, en tournant le regard, en rougissant.

J'entendis Claire et Jake rire en même temps, autre chose que je ne croyais pas entendre de si tôt. Maintenant que je connaissais un peu Jake, et comme je connaissais bien Claire, j'étais sûr qu'ils pourraient bien s'entendre. Je fus de plus en plus conforté dans cette idée lorsqu'ils commencèrent à s'échanger des banalités. Quant à moi, j'allai rejoindre Chris dans le salon. On allait décidément de miracle en miracle, ce soir.

-Yo, dis-je en m'asseyant à côté de lui.

-Yo, répondit-il en me regardant m'asseoir.

Là encore, alors qu'on regardait une émission de télé réalité quelconque sans y faire réellement attention, une question involontairement volontaire partit.

-Tu veux bien me raconter comment ça s'est passé entre Jake et toi ?

Chris me regarda d'un air que je ne compris pas, mais, contrairement à ce à quoi je m'attendais, là encore, il me répondit.

-J'ai connu Jake il y a trois ans, à l'époque où une relation n'était pas du tout dans mes priorités. Je ne savais pas du tout si j'étais attiré par les mecs ou par les filles, et je m'en foutais. Alors quand Jake a commencé à me faire des sous-entendus, je me suis laissé faire, et j'ai adoré ça. Nous n'étions pas vraiment ensemble, en fait. Je n'avais aucun sentiment particulier pour Jake, qui était déjà un sacré libertin à l'époque. Mais après, on a commencé à mieux se connaître, et je l'ai très bien pris quand il a commencé à sortir avec Sherry, il y a un an. On est amis depuis.

-Je vois.

-Et toi ? Tu es surtout dans le masculin ou seulement dans le masculin ?

-Je ne sais pas, admis-je en haussant les épaules. Je n'ai jamais eu ce genre de sentiment pour une fille jusqu'à maintenant.

-Même pas pour Claire ? Elle est charmante pourtant ma sœur, ricana Chris.

-Oui. C'est ma meilleure amie, mais rien de plus. Ne t'en fais pas.

En parlant de ma meilleure amie, celle-ci débarqua, mais sans aucune compagnie. Elle murmura quelque chose à l'oreille de Chris, qui opina, et retourna à la salle à manger, en me faisant signe de la suivre. Je m'exécutai, intrigué, et je me rassis à la table, en face de Jake. Claire prit place à côté de ce dernier.

-Qu'est-ce qui se passe ? dis-je en remarquant l'air sérieux de Jake.

-Je voudrais te donner ma bénédiction, pour de vrai cette fois, dit Claire d'un ton cérémonieux. J'ai déjà passé un accord avec Jake, tout se passera bien.

-Et moi ? Je n'ai pas mon mot à dire ? dis-je en sourcillant.

-Non, ricana Jake. Notre baiser de ce matin était un échange consenti, trop tard pour revenir en arrière. Tu as déjà signé.

Je poussai un gros soupir, qui fit pouffer les deux bourreaux en face de moi. Comme je l'ai dit moi-même à Jake ce matin, je n'étais pas contre le fait de le fréquenter, mais le fait de me jeter dans une relation me paraissait un peu prématuré. Je n'aimais pas quand ça allait trop vite.

-Si je mets fin à ta vie, le contrat est caduque ? menaçai-je.

-Tu es encore plus craquant quand tu deviens violent, sourit Jake. Continue, j'adore.

-Laisse tomber, mon mignon, dit Claire. Personne ne prend tes menaces au sérieux.

-Soit, finis-je par céder. Mais à la moindre connerie…

-Oui, je sais, me coupa Jake. Ce n'est pas tout ça, mais il se fait tard.

Je regardai l'heure, et, effectivement, il était neuf heures et demie. Sachant que j'avais quasiment une demi-heure de marche pour venir, il était temps que j'aille me coucher. On était jeudi demain, je devais me lever tôt pour aller en cours.

-Allez, dehors les amoureux, confirma Claire. Si tu me le rends en mauvais état… ajouta-t-elle à l'intention de Jake.

-Oui je sais, répéta Jake. Je te le rendrai entier, je te le promets.

Claire embrassa Jake sur la joue, avant de faire pareil avec moi, et je partis vers la sortie, en répondant au geste de la main de Chris, qui comatait encore devant la télé. Je faillis oublier ma veste, d'ailleurs, c'est Jake qui la prit pour me la tendre. Je le remerciai, en l'enfilant, et je commençai à marcher pour rentrer chez moi, mais il me retint par le bras.

-Il est hors de question que je te laisse rentrer tout seul dans la nuit, me dit-il en fronçant les sourcils.

-Pourquoi pas ?

-Parce que je te raccompagne, gros malin. Allez grimpe, ajouta-t-il en enfourchant sa moto.

Je compris que, là encore, je n'avais pas le choix. Mais cette fois, ça m'arrangeait, en fait. Je m'assis derrière Jake, en m'attachant à lui, et il démarra. Pas aussi vite que d'habitude, en revanche. Je trouvai ça étrange, mais je ne fis aucune remarque. On arriva quand même chez moi en à peine dix minutes, alors que j'aurais mis trois fois plus de temps à pied. Je descendis de la moto, et Jake fit de même, allant jusqu'à me suivre jusqu'à la porte de chez moi.

-Qu'est-ce qu'il y a ? lui demandai-je.

-Je me demandais… je pourrais dormir chez toi cette nuit ?

-Euh oui, si tu veux, dis-je un peu pris au dépourvu.

-Cool.

Jake fit demi-tour jusqu'à sa moto, alors que j'ouvrais ma porte d'entrée, pour aller chercher le sac à dos qui était accroché au siège du passager. J'entrai, en accrochant ma veste au porte-manteau près de l'entrée, et je refermai la porte une fois que Jake fut entré et fit de même.

J'allumai la lumière de l'escalier menant à l'étage, et je montai, suivi par Jake. Je lui dis de déposer ses affaires dans ma chambre et de s'installer, le temps que je me change dans la salle de bains. Bien entendu, je ne répondis rien lorsqu'il proposa qu'on se change dans la même pièce. Mais je n'en pensais pas moins.

Je revins donc dans la chambre en tenue de nuit, chemise à manches courtes et short, et je trouvai Jake assis sur le lit, simplement en short quant à lui, tapotant le matelas près de lui. Je m'assis, et il se rapprocha distraitement de moi, comme sur le canapé ce matin. Jake passa ses mains autour de ma taille pour m'attirer contre lui et m'embrasser sur les lèvres, et je me laissai faire, en passant mes mains autour de son cou. Sa main droite, qui était sur mes côtes, commença à remonter sous ma chemise pour arriver sur ma poitrine, et, d'un geste, il m'allongea sur le lit. J'avais le souffle court, mon cerveau se laissant encore aller à toutes sortes de scénarios pornographiques, et Jake était penché au-dessus de moi, les mains de chaque côté de mes épaules. Il me dévorait du regard, et je voyais une sorte de conflit dans ses beaux yeux bleu clair.

-Tu sais que je te veux, Piers. Mais je sais que tu n'es pas de ce genre là. Je n'ai rien envie de brusquer entre nous. Si tu veux dormir sur le canapé, je comprendrais.

-Qui te dit que ce n'est pas toi qui vas dormir dans le canapé ? réussis-je à articuler.

-Le fait que tu es un bon hôte, qui laisse son lit à son invité. Et que tu m'as dit de m'installer.

-Non je… Je voudrais dormir avec toi.

Jake sourit, et je sentis mes joues s'enflammer, surtout avec les trois derniers mots. Contrairement à ce à quoi je m'attendais, Jake m'aida à me relever, et je ne sus ce que je redoutais lorsqu'il me chuchota à l'oreille de le laisser faire. Il se contenta juste de défaire les draps du lit, qu'il avait lui-même arrangés le matin même, pour qu'on puisse se coucher. Puis se retourna vers moi avec un sourire carnassier. Voilà ce que je redoutais.

-Et si on dormait avec une tenue plus légère ? proposa-t-il en se léchant les babines

-Quoi ?

Sans me demander mon avis, il fondit sur moi pour me prendre dans ses bras, et m'enlever ma chemise de nuit d'un geste. Ensuite, il m'embrassa rapidement avant de me pousser vers le lit et de s'allonger au-dessus de moi pour m'embrasser de nouveau. Là encore, je ne luttais plus, et, là encore, il s'arrêta au moment où je m'en rendais compte. Je le regardai, curieux, et je vis le même conflit dans ses yeux que plus tôt.

-Tu es sûr que c'est ce que tu veux ? me demanda-t-il d'un ton doux.

J'avais encore du mal à croire qu'il me posait encore la question, alors que je ne faisais rien pour me défendre, et que la position dans laquelle nous nous trouvions et notre manque de vêtements était assez équivoque pour qu'il trouve la réponse tout seul.

-Oui, dis-je après une interminable réflexion. C'est ce que je veux.

-C'est aussi ce que je veux aussi, évidemment. Mais avant, je veux te l'entendre dire.

-Dire quoi ?

-Tu le sais.

Jake rapprocha un peu plus son visage du mien. Son nez touchait le mien, sa main sur mes côtes glissa sous mon short, et, comme pour lui répondre, un de mes mains dans son dos arriva dans son pantalon. Déjà que j'avais apprécié le contact des abdos…

-Je t'aime aussi, Jake, finis-je par dire.

Jake sourit, et m'embrassa de nouveau. Autant dire que je n'ai pas beaucoup dormi cette nuit là.