Note : Bonsoir ! Et voilà un chapitre 10 plutôt long, qui pousse un peu plus l'histoire vers sa tournure véritable ! Pas encore une relation, mais un vrai dialogue. Diantre, ce que mon rythme d'avancement relationnel est lent. J'espère que vous me pardonnerez. Comme je l'ai dit précédemment, le prochain chapitre sera important au niveau de l'histoire ! Il est très long, déjà écrit, et actuellement, c'est celui que je préfère. Peut être serez-vous de mon avis ?

Dans tous les cas, ne me jetez pas des pierres après avoir lu celui-ci...

Des remerciements, du plus profond de mon cœur, aux fidèles lecteurs du chapitre précédent : Nuity, Rin-BlackRabbit, Flower-Power1511, et Milou-sarcastic-yaoiste, ainsi que ma chère Akira-chan. Vos avis me font fondre à chaque chapitre, c'est dingue.

Merci aussi à ceux qui lisent cette histoire en toute discrétion. (Je sais que tu es là, Gaynyway. Grillé. Enfin, je crois.)

Je vous fais à tous pleins de bisous, Bonne lecture !

Note 2 : Je rappelle que Wa à fait une bêta-lecture, mais quelques fautes sont volontaires, vu qu'il s'agit d'un journal.

Crédit : Les personnages de Kingdom Hearts ne sont pas à moi, mais aux Studios Square Enix et Disney.


Tu colores mon âme.

10. Psycologie des Légumes Violets.

Le 16 Mai de cette année, rien n'a changé.

Après m'avoir aidé, il a fait volte-face et m'a ignoré, à présent pleinement concentré sur le rayonnage qu'il était venu fouiller à l'origine. Oublié ma main. Oublié ses doigts tièdes. Oublié son sourire. Il a juste le bras tendu vers un paquet de carottes bio humidifiées par un sachet plastique, d'une couleur plus suspecte encore que tout ce que j'ai pu voir, et ce même avant ma saloperie de perte de vue. Des carottes presque noires. Un étrange gris mat, strié de pellicules fines, comme des rainures peu profondes sur le front heureux d'un vieillard.

Après notre altercation tout à fait saine de tout à l'heure, aucun de nous deux n'a repris la parole.

Après tout, on ne se connait pas.

C'est donc dans le plus morne silence que nous parcourons le rayon frais du regard, lui sûrement pour choisir sa bouffe, moi pour le bouffer des yeux. Evidemment, je lui en veux. De m'ignorer, tout d'abord. De m'avoir filé un gnon, ensuite. Puis de faire comme si l'on ne se connaissait pas, enfin. Petit con. Tout petit con. Les mains dans les poches, j'ai abandonné mon caddie pour le suivre : au diable les conserves, je vais pas le laisser s'échapper, tout de même.

Il est dans mon filet, qu'il y reste. Je ne le lâcherais pas.

Il fourre le sachet de carottes dans un petit cabas sophistiqué, les précieuses pellicules d'eau dégoulinant du plastique pour venir s'éclater sur le carrelage, au rythme de ses pas. Vivement, sa figure se tourne, ses yeux semblent chercher quelque chose : il cligne des paupières, un peu. Puis, comme envolé, il court un peu plus loin dans le rayon, ses doigts enlaçant tout à coup un énorme légume mou et protubérant, ressemblant étrangement à…

Une aubergine.

Je grimace malgré moi. Ce truc, cher journal non vivant, tu ne pourras sûrement jamais y goûter. Et si un jour tu vis –ce dont je doute- ne cherche même pas à savoir la saveur de ce machin. Parce que ça n'a pas de parfum tout simplement. Amer ? Spongieux ? Sec ? J'en sais rien, et…

Et hop, dans le cabas, le légume infâme et reluisant. Il va pas manger ça, quand même ?

Vu son sourire, on dirait que si. Misère.

Attends.

Il me regarde.

- Prends-moi un sachet de prunes fraîches, à ta droite. D'accord ?

Je fronce les sourcils, croisant les bras. Et puis quoi encore ? Aurais-tu un problème avec les prunes, cher enfant ? Si tu crois que…

- Ok.

Mon bras rachitique s'étire malgré moi, attrape au hasard un paquet rempli de petits fruits ronds et, sans aucune volonté, le lui tend. Il me sourit à nouveau, et je sens comme un feu s'embraser dans mon âme. Y'a un truc qui cloche, cependant. Ses lèvres, doucement, s'écartent peu à peu en une petite lune, un minuscule croissant de malice illuminant sa figure d'ange.

- Ce n'est pas ça.

- Pardon ?

- Ça, ce sont des tomates. Rouges.

Je retiens un hoquet misérable. Mais quelle andouille. Comment je fais, moi, maintenant ?

- Et alors ? Ca a le même goût. Tout a le même goût.

- Non.

Cette fois, il s'est approché. Si près. Si près que je peux voir le dédain se peindre sur ses traits, si près que je peux sentir même son souffle tiède. Si près qu'il m'arrache le sachet des mains, si près qu'il est à deux doigts de me toucher la peau. Je frissonne, glacé de sa présence.

- Tu as mal ? Là.

Oh, bon sang.

- Hein ? Ça ? Nan.

Ses doigts, encore humides de vapeur d'eau courent alors sur ma joue, à l'endroit même où il a écrasé son poing, dessinant délicatement le sillon de ma mâchoire. Mes yeux s'agrandissent, je le sais. Pas parce que j'ai mal, non. Parce qu'il me touche.

Je retire sa main.

Dans un mouvement calme, il ne dit rien : seulement, il se décale, extirpe de son cabas un petit tissu et, avec précaution, essuie le sang qui perle de ma bouche. Au milieu du supermarché, comme si l'on se connaissait depuis toujours. Son autre main attrape ensuite quelques petits fruits sombres, et les range. Je reste sans bouger.

Mais qu'est-ce qu'il fout, au juste ?

- Tu…

- Carottes violettes, aubergines, quetsches violacées. Tout y est.

Sérieusement, c'est quoi ce mec ? Il compte du bout des doigts ses paquets, fronce les sourcils, se mord les lèvres. Pensif, je dirais. Non ? Il planque le morceau de tissu. T'en dis quoi ?

En fait, je m'en fous.

C'est décidé, je vais en placer une. Je m'en contrecarre de ses satanés légumes. Il me frappe, m'ignore, fait son marché. Je repense à tout ça. Hors de question de le laisser partir en direction de la caisse, en silence, sans lui avoir parlé de l'autre fois. Je ne peux pas.

Je ne peux pas, tout simplement. Ça me brûle. Je m'écorche, je le vois sans le voir, et puis, il y a cette étincelle entre nous. Un crépitement dégeulasse qui flotte dans l'air, un courant chaud qui aimante inconsciemment son corps au mien. Est-ce qu'il le sent ? Il le sent, hein ? Sinon il ne serait pas ici. Je clos mes yeux, je fais disparaitre le monde. Et j'inspire.

Il s'éloigne, je l'entends au son mat de ses bottes. Cloc, cloc.

- Attends !

Lâches tout, Axel. Et magnes toi, il ne restera pas ici éternellement. Si ça se trouve, il fait juste les courses à L'Immortel, pour lui faire une tarte, n'importe quoi. Il va pas rester là. Au fond, t'as peur qu'il s'en aille, bordel. Tellement peur. Sûr, j'ai les doigts qui en frémissent.

- T'es le type du Kebab, hein ?

Sa figure parait se figer. Il a cessé de fixer ses affaires. Tout son visage se sculpte peu à peu, formant une étrange harmonie d'étonnement et de perplexité. Là, tout de suite, je me sens comme Rodin devant un chef-d'œuvre inachevé. J'attends une réponse, je l'espère de toute mon âme alors que ça devrait être anodin. Il y a peut-être eu une méprise. Mais non. Je sais que c'est lui. Je sens son sourire, ses traits sont comme incrustés à la plume dans le papier buvard de mon cerveau névrosé.

- Je t'ai vu. Tu m'as vu. Ne m'ignore pas.

" Pas encore", sifflent mes prunelles humides, scintillantes comme l'acier de mille flèches.

Acides.

- Ton pull. De quelle couleur est-il ?

Il s'est incliné pour débiter sa merde, un vomit si doux, une question si sereine qu'elle ébranle le début de colère qui grimpe dans ma gorge à coup de griffes crochues.

Une question, par une question. Mais pas de réponse.

- On s'en fout. On s'en fout. Jaune, blanc, gris, quelle importance ? Réponds-moi.

Il s'avance un peu, réduisant la maigre distance entre nous, celle qu'il avait instaurée en s'écartant. Puis, d'un effleurement de la main, il caresse la texture usée de mon pull, ce pull ignoble que j'ai enfilé sans y penser, ce pull si lointain dans ma mémoire, mais qui semble pour lui d'une importance capitale. Comme ses légumes.

- Il est violet. Les couleurs ont toutes de l'importance. Chacune d'elles.

Ses yeux brillent, je pourrais le jurer.

- Tu penses peut être qu'il est jaune, blanc ou gris. Parce que tu ne vois rien.

Au fur et à mesure que mon esprit aspire ses paroles, son regard se fait plus dur, plus lisse. Moins gris. Chaque mot est une torture, un coup de fouet cuisant enduit d'un poison affreux. Alors il sait ? Comment ? Peut-être que j'imagine qu'il sait ? N. XIII ? C'est lui qui...? Quoi ?

- Tu vois ça ?

Il me montre son paquet de carottes bizarres, que je n'ose même pas regarder. Je me recroqueville, je suis un gouffre de noirceur, une gargouille de teintes cireuses, une poussière grise. Je ne sais pas. Je ne sais plus, merde.

- C'est violet. Comme ce que tu portes. Et le violet est une couleur à double tranchant : Il n'y a pas de demi-mesure psychologique la concernant. Derrière son allure électrique, le violet est la couleur de la douceur et du rêve. On la raccroche aussi à la mélancolie et à la solitude*. Et toi, tu me rends triste.

Je le vois, qui secoue la tête. Alors, avec horreur, je baisse le nez sur ce pull si vieux que je croyais jaune, jusqu'alors. Il est violet. Violet.

Tout comme les carottes, les prunes, les aubergines.

Comme ce putain de légume que je suis.


* Merci au site : [CODE COULEURS]..com qui m'a fournit une réplique parfaite, tout en me faisant passer pour quelqu'un d'instruit en psychologie-décoration. Allez voir si ça vous intrigue, c'est plutôt intéressant !

A la semaine prochaine pour le chapitre révélations ! Bises. Ya.