10- Un départ inattendu

Boromir était furieux contre son père et ce fut dans cet état d'esprit qu'il rentra chez lui. Nuriel fronça les sourcils en le voyant arriver de si mauvaise humeur. Faramir suivait derrière ne voulant pas le laisser seul dans cet état de fureur. Elle sentit l'énorme tension qui habitait le capitaine en chef et fit un air à Faramir qui soupira au passage. Lorsque Telrea sortie sur le balcon pour accueillir son mari, elle comprit que quelque chose s'était produit avec son père. Boromir entra dans la maison sans un regard pour personne.

- Oh Seigneur… Je déteste quand il revient dans cet état. Ce sera invivable pendant un moment. Dit Telrea en soupirant découragé.

- Et ça arrive souvent? Demanda Nuriel.

- À chaque fois qu'il doit rencontrer son père. Il me faudra être très patiente, du moins jusqu'à ce qu'il se calme. Dit Telrea en forçant un sourire.

Telrea soupira et suivit son époux à l'intérieur de la maison. Nuriel intercepta les enfants au passage et demanda à Faramir de lui en dire plus. Boromir marchait de long en large du salon et de décolérait pas. Telrea lui dit calmement :

- Que s'est-il passé cette fois. Je ne t'ai jamais vue dans un état pareil. Dit-elle

- Mon père exagère et cette fois, et je le l'ai pas laissé faire. Malheureusement, il ne veut entendre, il est borné et têtu comme une mule. Dit Boromir furieux.

- Il veut que tu reprennes la route c'est ça? Dit-elle brusquement.

- Oui et pour un très très long voyage. Dit encore Boromir

- Et pour aller ou cette fois? Demanda Telrea sèchement.

- A Fondcomb, chez le Seigneur Elrond. Un conseil doit avoir lieu et il veut que je représente le Gondor. Dit Boromir plus calmement tout en baissant la tête pour éviter son regard.

Telrea sentit son cœur battre follement. Comment pouvait-il obliger son capitaine en chef à se rendre chez les elfes? Ce n'était pas le rôle d'un haut gradé de l'armée que de jouer au diplomate. Elle sentit la colère monter en elle et se mit à crier son indignation.

- Tu ne vas tout de même pas accepter ça? Tu as des devoirs ici, pour ton peuple et ta cité. Il ne peut pas t'obliger à mettre de côté la sécurité du Gondor! Dit-elle en tremblant de rage.

- Il a tous les droits. C'est l'Intendant du Gondor. Selon ses informations, le fléau d'Isildure aurait été retrouvé. Dit Boromir en fermant les yeux découragés.

- Non… Pas ça… vous parlez de l'anneau de pouvoir? L'anneau de Sauron? Dit Nuriel qui entrait dans la maison alertée par les cris de Telrea.

- C'est ce qu'il dit. Comment il l'a su? Je n'en sais rien. J'ai refusé d'y aller, mais il m'a menacé de…

- Père t'a menacé? Dit Faramir sur un ton craintif.

Boromir regarda son frère puis les deux femmes et dit à sa femme plus précisément :

- Il connait notre secret, il sait pour nous et pour les enfants. Notre mariage secret, la présence de Faramir ici pendant mon absence et même Nuriel… Il m'a fait comprendre que…

- Non… tais-toi et ne dit plus rien. Je ne veux plus rien entendre. Dit Telrea furieuse avant de se retirer dans sa chambre.

Boromir fit un pas pour la suivre, mais Nuriel l'arrêta. Elle lui dit avec sérieux :

- J'ignore quelles sont vos intentions, mais ne la laissez pas dans cet état. Parlez-lui doucement. Elle réagit comme une mère qui se sent menacée et dans ces conditions, elle peut devenir aussi féroce qu'une lionne qui protège ses petits. Elle pourrait devenir dangereuse et redoutable. Ne lui cachez rien surtout, elle comprendra comme elle l'a toujours fait. Dit la gitane pour l'encourager.

Mais Boromir était trop perturbé par ce qu'il lui avait dit et la peine qu'il avait sentie dans son cœur pour bien comprendre ce qu'il devait et ne devait pas lui dire. Il prit une profonde respiration et dit à Nuriel :

- Je pense en avoir pour un moment…

- Allez-y, je vais faire ce qu'il faut. Le Seigneur Faramir me donnera un coup de main. Dit-elle en souriant.

Boromir rejoignit Telrea dans leur chambre et l'a pris dans ses bras. Elle restait tendue et il la berça dans ses bras comme il le faisait toujours lorsqu'elle était triste. Il lui dit alors tendrement à l'oreille :

- Je suis désolé Telrea, mais je n'avais pas d'autre choix… C'était me rendre à Fondcomb pour le conseil ou il prenait les mesures nécessaires pour que tu sois isolé de tous sans possibilité d'obtenir de l'aide de personne. Il ne riait pas, il était même très sérieux…

- Je n'ai besoin de l'aide de personne et de la sienne encore moins. Dit-elle en se dégageant de ses bras brusquement tout en s'éloignant de lui.

Boromir soupira à nouveau et s'assoya sur son lit. Elle était encore trop furieuse pour discuter de quoi que ce soit avec elle. Mais il ne pouvait attendre et lui dit calmement :

- Je sais très bien, que tu peux te débrouiller seule, mais…

- Explique-moi comment il a su! Dit elle froidement en lui faisant face.

- Je ne puis te répondre, je n'en sais rien. Je sais une chose par contre, Faramir n'a rien dit. Il l'a appris tout seul ou il a de très bons espions. Dit Boromir en secouant la tête.

- S'il savait pour nous, pourquoi n'est-il pas intervenu? Demanda encore Telrea.

- C'est justement ce que je ne parviens pas à comprendre… Peut-être voulait-il se servir de cette information pour m'obliger à lui obéir… je ne sais pas…

Il se leva et avança vers elle lentement. Il savait qu'elle ne serait pas furieuse bien longtemps et que le meilleur moyen de la calmer était de la consoler. Il voyait son visage triste et le chagrin dans ses yeux. Il garda ses distances afin de lui donner le choix et il ouvrit les bras pour l'inviter à s'y blottir. Telrea ne put résister et vint se serrer contre lui. Il resserra ses bras autour d'elle et lui dit un tremblement dans la voix :

- Je t'en pris Telrea, ne m'en veux pas. J'ai tout fait pour garder secrète notre union et j'ai toute confiance en Faramir. Il est ton seul appui si jamais il m'arrivait…

Telrea leva les yeux sur lui et posa une main sur ses lèvres pour le faire taire et lui dit de façon suppliante :

- Ne dit pas une chose pareille. Je ne veux plus que tu parles de cette façon. Je ne le supporterai pas tu m'entends! Dit-elle un sanglot dans la voix.

Boromir saisit sa main qu'il porta à sa bouche pour ensuite l'embrasser tendrement. Il savait qu'elle avait peur pour lui et il lui fallait la rassurer. Il lui dit en souriant :

- Je t'aime Telrea, et je veux m'assurer que tu ne manques de rien. Ne me reproche pas de vouloir m'assurer de votre avenir à tous.

- Dans ce cas, prouve-le-moi maintenant et fais-moi oublier que tu repars encore et pour longtemps. Dit –elle en se collant à lui de façon suggestive.

- Tout de suite? Il y a beaucoup de monde ici et…

- Nuriel et Faramir comprendront très bien et pourront s'occuper d'eux. Dit-elle en effleurant de ses lèvres le cou de son époux.

Boromir sourit, et entraina sa femme sur le lit pour lui faire connaitre un moment des plus merveilleux. Pour Telrea, c'était peut-être le dernier moment d'intimité qu'elle vivrait avec lui. Car un doute persistait dans son esprit, un doute qui lui serra le ventre. Pour la première fois depuis qu'ils étaient mariés, elle eut peur qu'il ne revienne pas.