Note de l'auteur : Et voilà le chapitre 10 ! Ça faisait des années qu'une de mes fics était pas allée aussi loin... XD Je suis un peu pressée donc j'ai pas eu le temps de très très bien le relire, je changerai peut-être 2-3 petits trucs en rentrant ce soir ou demain. En attendant j'espère que ça vous plaira quand même, merci d'être passés dans le coin ! x3


Chapitre 10 : Le Destin de Shouto

L'espace d'un instant, Shouto avait eu peur que son père ne trouve moyen de revenir le déranger sur le chantier, maintenant qu'il savait précisément où il travaillait et qu'il avait, en plus, de bonnes raisons de lui en vouloir ; mais il n'en fut rien. Après un vendredi dans l'ensemble calme, si ce n'est que Katsuki se montra particulièrement énergique au cours de boxe du soir, le week-end arriva sans encombre.
Et le samedi vers une heure et demie, il porta à ses lèvres la paille de son bubble tea à la pêche tandis qu'Izuku sortait ses manuels de cours en face de lui. Ils s'étaient installés à l'une des petites tables du Best Bubbles, pour changer un peu, cette fois-ci – établissement plutôt peu fréquenté pour un début de week-end, au demeurant, mais Shouto imaginait que c'était parce qu'il faisait beau et que la plupart des clients commandaient donc leur boisson à emporter. C'était quelque chose qu'ils auraient pu faire, aussi, ou qu'ils pourraient faire un jour peut-être ; mais avant tout il fallait qu'ils terminent de revoir le champ des divers examens que son client, fervent élève mais avant tout- avant tout ami aurait à passer… dès la semaine prochaine, en fait.

« Bon, fit d'ailleurs ce dernier, l'air décidé, en posant ses cahiers sur la table avant d'amener deux doigts contre son menton. Je pense que je suis au clair sur le droit de la famille, c'est le premier examen et celui qu'on a le plus étudié jusque là. Par contre, j'ai encore tout un chapitre du droit sur les organisations internationales à revoir, et je pense que je m'en sors bien en droit des minorités puisque c'est la branche qui me tient le plus à cœur, mais en même temps il faudrait vraiment que j'aie la meilleure note possible si…
– Commençons par les organisations internationales, suggéra Shouto sitôt qu'il identifia une pause dans les réflexions de l'autre garçon. Ensuite, nous pourrons vérifier toutes les branches une dernière fois, en commençant par celles dont l'examen vient en premier.
– Hm, bonne idée ! »

Toujours aussi déterminé, Izuku hocha la tête. Alors ils s'y mirent. Et ils travaillèrent longtemps, à vrai dire, bien plus longtemps qu'à l'accoutumée ; le chapitre concernant les organisations internationales leur prit bien une heure, peut-être même une heure et demie, puis ils s'accordèrent une brève pause avant d'attaquer le reste, et…
Tout en sirotant ce qu'il restait de son bubble tea et de ses perles sucrées, Shouto leva par hasard les yeux sur la grande horloge qui décorait l'un des murs de la boutique et se prit à se demander si Katsuki n'était pas avec leur professeur de boxe en ce moment-même. Son collègue ne lui avait pas donné de détails, sinon que leur rendez-vous tombait ce jour-là, mais il supposait que le début ou milieu d'après-midi était l'heure la plus appropriée pour ce genre de rencontre… sans doute. Enfin. Ce n'était qu'une intuition, de toute façon, parce qu'il n'avait pas exactement beaucoup d'expérience en la matière – il n'était sorti avec un garçon qu'une seule fois, un peu après son apprentissage, et ça n'avait pas duré bien longtemps-

« Shouto ? »

Surpris, le jeune homme faillit sursauter et sentit ses yeux s'écarquiller avant de se recentrer sur l'homme devant lui.

« Est-ce que tout va bien ? demanda Izuku, l'air sincèrement embêté. Tu sais, si ça fait trop long, tu peux y aller, je comprendrai… »

Pour toute réponse, cela dit, Shouto secoua la tête.

« Je pensais juste à Katsuki, expliqua-t-il, honnête.
– À-À Kacchan ?
– Hm, poursuivit-il, toujours impassible. Il a un rencard aujourd'hui, si je me souviens bien. »

À peine eut-il terminé sa phrase qu'il vit l'expression de l'autre garçon passer de l'intérêt sincère à… la surprise la plus totale ; alors il cligna des yeux, lui aussi, et se demanda ce qu'il avait dit de si étonnant. Peut-être que- Utilisait-on seulement encore le terme de « rencard » ? C'était un mot qu'il n'avait plus entendu ni employé depuis longtemps, maintenant qu'il y pensait… Il pensa à l'expliciter, à raconter que Katsuki s'était considérablement rapproché de leur professeur de boxe, mais-
Izuku croyait probablement son collègue hétérosexuel. Enfin, il ne pouvait en être certain, et même s'il lui apprenait la vérité il doutait fort que son nouvel ami réagisse autrement qu'avec tolérance, mais outre le fait que le blond l'étriperait s'il en parlait à Izuku… Ce n'était pas à lui qu'il appartenait de lui révéler ce genre d'informations.
Ou du moins, c'est ce qu'il se dit, jusqu'à ce qu'Izuku reprenne la parole.

« Ah, je- Je suis désolé ! bafouilla-t-il en agitant les mains devant lui en signe d'excuse. C'est juste que… j'en reviens pas… que Kacchan ait enfin trouvé un garçon qui lui plaise… »

Un garçon ? Mais Shouto ne lui avait rien dit à ce sujet-
Brusquement, l'étudiant redressa la tête et son air se fit effaré.

« Enfin- Je veux dire que-, tâcha-t-il de se corriger. Aah, j'en ai beaucoup trop dit ! Je suis désolé, Shouto, mais-
– Izuku, l'interrompit toutefois l'autre garçon, le ton nettement plus calme. Je sais avec qui Katsuki a rendez-vous cet après-midi.
– Oh, heu… Et… Tu ne le juges pas là-dessus, hein… ? »

Cette fois-ci, le jeune homme hésita un instant avant de répondre – mais puisqu'Izuku paraissait accepter l'orientation de son collègue sans le moindre problème, craignait même qu'on le méprise pour ça, et puisqu'ils étaient amis… Il laissa échapper un soupir presque imperceptible et secoua lentement la tête.

« Ce serait un comble, ajouta-t-il. Étant donné que je suis du même bord.
– … Oh », finit par lâcher Izuku après de longues secondes de silence. Puis il dut se rendre que sa réaction avait fait s'écarquiller les yeux de Shouto, car il s'empressa de reprendre pour s'excuser. « Heu, enfin, je suis juste surpris mais ça ne me dérange pas du tout ! Pardon ! Je veux dire, c'est pas comme si mon avis importait de toute façon, mais ce n'est pas ça qui va changer l'opinion que j'ai de toi et… merci de me faire suffisamment confiance pour m'en avoir parlé… même si- même si c'est peut-être pas un secret, j'en sais rien ! »

Fidèle à lui-même, il rougissait à vue d'œil au fur et à mesure que l'embarras mélangeait ses mots et emmêlait ses pensées, à présent ; mais au moins il n'avait pas l'air de considérer son ami différemment en lumière de l'information qu'il venait d'apprendre, et mine de rien… Celui-ci devait reconnaître que cela levait un poids qui, depuis qu'ils avaient abordé ce sujet, pesait sur son estomac sans qu'il ne s'en rende compte.
Izuku n'avait pas l'intention de le détester pour son orientation sexuelle. Ni même de le trouver étrange, ou de changer quoi que ce soit dans la façon dont il le considérait. Quand bien même il n'avait jamais réellement cherché à faire de son homosexualité un secret ou un tabou, c'était une pensée qu'il était rassurant d'avoir, quelque part – alors il hocha doucement la tête, sans parvenir à réprimer le léger sourire qui courba ses lèvres.

« En fait, ce serait aussi un comble, termina bientôt l'autre garçon, toujours gêné mais un peu plus calme, la bouche et le nez couverts par ses paumes jointes et les yeux verts glissant sur le côté. Vu que… je suis bi. »

Ce fut au tour de Shouto d'être surpris. Enfin- Il s'efforça de ne pas le paraître, bien sûr, mais… Il ne s'y attendait pas ; même s'il supposait qu'il aurait pu s'en douter lorsqu'Izuku avait redoublé d'efforts pour souligner le fait qu'Ochaco n'était que sa meilleure amie et rien d'autre, tout compte fait. Dans tous les cas, force était d'avouer qu'il y avait quelque chose de plaisant à se trouver ce… point commun relatif avec son ami ; et cela expliquait qu'il ne fasse preuve d'aucune intolérance envers le blond, aussi.

« Je suis tout de même étonné que Katsuki t'ait parlé de ce genre de choses, poursuivit le jeune homme lorsque la tension fut retombée et qu'ils se furent entendus d'un sourire. Je croyais qu'il te détestait.
– Ah ! Heu, en fait, ça n'a pas toujours été comme ça… Je ne sais pas si je t'avais dit qu'on se connaissait depuis tout petits ? »

Shouto hocha la tête et croisa les bras contre la table qui les séparait.

« Eh bien, au début, il avait tendance à se moquer de moi parce que- disons qu'il avait quelque chose que je n'avais pas vraiment… Et puis un jour, il n'a plus pu… mais je ne crois pas qu'il me déteste pour ça ! Plutôt parce qu'il m'est arrivé de- Enfin, une fois, je lui ai proposé de partager mon salaire avec lui si je gagnais plus que lui lorsque je serais avocat… »

Il n'en fallut pas plus pour que l'autre garçon cligne des yeux, pas sûr de bien comprendre ; quant à Izuku, il ferma les yeux, fronça les sourcils et détourna la tête avec embarras.

« Il n'a pas dû bien le prendre, fit remarquer Shouto avec pertinence.
– On avait douze ans ! geignit presque son ami. Mais non, il ne l'a pas bien pris… Et concrètement, je crois qu'il m'en veut toujours… »

Oui, cela ne faisait aucun doute : connaissant Katsuki, il en avait très probablement déduit qu'Izuku le prenait de haut, et en conséquence il avait décidé de s'imposer comme supérieur à lui dans absolument tous les domaines. C'était plutôt puéril, comme façon de penser, mais Shouto n'aurait aucune peine à croire que son blond collègue n'avait pas changé d'un iota depuis ses douze ans.

Il fit part de ses réflexions à Izuku et, étonnamment, la moue gênée de ce dernier ne tarda pas à se changer en sourire, puis en rire presque aussi agréable que l'air climatisé sur leur peau alors que les températures dépassaient les vint-cinq degrés dehors.

Ils se remirent au travail, ensuite, jugeant qu'ils avaient perdu assez de temps à discuter ; puis ils passèrent en revue chacun des cours de l'étudiant, avec rigueur et méthode, pendant une heure encore ou peut-être même deux, jusqu'à ce qu'enfin ils atteignent la dernière page de la dernière leçon.
Izuku se pencha en avant, épuisé, et laissa tomber sa tête contre son dernier cahier grand ouvert.

« Aah, j'en peux plus, fit-il, ses mots à moitié étouffés par la position dans laquelle il se trouvait.
– Pour être honnête… moi non plus, avoua Shouto en retour, avant de passer les mains dans ses cheveux. Mais on devrait avoir fait le tour.
– Oui, je pense aussi… » Péniblement, il se redressa et offrit à son ami un sourire faible mais sincère, un peu gêné. « Merci encore, vraiment… Je ne sais pas comment je pourrais te remercier… »

Sans répondre, tout d'abord, l'autre garçon se pencha en arrière pour s'appuyer contre le dossier de sa chaise et, les bras croisés avec une sorte de nonchalance, passa un rapide regard sur ce qui les entourait. Il ne tenait pas spécialement à ce que son ami le remercie d'une façon ou d'une autre – c'était Izuku qui passait son temps à l'aider et non l'inverse, de toute façon, et puis ils étaient amis –, mais…
Le soleil était toujours haut dans le ciel et ses rayons éclairaient joliment les rues à l'extérieur. Pour peu que la brise légère qui soufflait tout à l'heure ne se soit pas évaporée, c'était un temps parfait.

« On pourrait prendre quelque chose à emporter et aller le boire au bord du fleuve », finit par suggérer Shouto. Puis il hésita, une seconde à peine, avant d'ajouter, un sourire imperceptible au coin des lèvres : « Tu pourras me raconter ce que tu as dit d'autre à Katsuki quand vous étiez enfants, comme ça. »

Immédiatement, Izuku releva la tête.

« Je- Je ne lui ai rien dit d'autre ! se défendit-il, s'empourprant à vue d'œil. Ou du moins, pas que je me souvienne… »

Il suffit que son ami hausse un sourcil, cependant, qu'il l'observe un peu mieux et qu'il repère la plaisanterie dans les traits de son visage, pour qu'il se mette à rire à son tour plutôt que de se perdre en embarras – et l'instant d'après, il avait accepté la proposition, et il insistait pour leur offrir un nouveau bubble tea à tous les deux avant qu'ils ne quittent le café où ils avaient passé presque tout l'après-midi.


Maintenant qu'il y réfléchissait, Shouto n'avait pas accordé la moindre importance à l'échappée du temps depuis qu'il avait rejoint Izuku au Best Bubbles, mais il était déjà près de dix-sept heures lorsqu'ils arrivèrent au bord du fleuve. Il faisait chaud, presque plus chaud qu'à une heure, et l'air de la fin d'après-midi était un peu étouffant. Cela ne semblait pas déranger l'autre garçon, cela dit, et lui-même avait toujours eu une bonne résistance aux températures extrêmes – alors ils s'installèrent à l'ombre et passèrent les minutes, peut-être même les heures qui suivirent à profiter de l'atmosphère tiède et de la brise fraîche, des reflets du soleil sur l'eau et de l'odeur humide qui s'élevait du fleuve, tout en discutant de choses et d'autres.
Enfin. Shouto n'avait pas grand-chose à raconter, à vrai dire ; il répondit aux questions de son ami lorsqu'il s'intéressa à l'avancée des travaux de l'université et voulut savoir s'il avait réentendu parler de son père depuis, bien sûr, mais la conversation changea assez vite de sujet pour en venir aux cours d'Izuku, à ses amis, et…

Celui-ci hésitait toujours à se lancer, comme s'il avait peur – et sans doute avait-il peur – d'ennuyer l'autre garçon. Plus ils passaient de temps ensemble et plus Shouto parvenait à réaliser qu'ils étaient bel et bien amis, cependant, plus il appréciait ces sourires larges et sincères qu'Izuku n'arrivait pas encore à lui adresser à leur première rencontre ; l'éclat qui brillait dans ses yeux verts lorsqu'il racontait avec amusement ou admiration ou les deux ce qu'il avait fait avec Ochaco, ce que Tenya lui avait appris la veille ; le son de sa voix qui remplissait tout l'espace entre eux deux et son rire tantôt léger, embarrassé, hilare, impossible à retenir, qui le mettait à l'aise et lui donnait envie de ne plus prêter attention à l'expression qu'il affichait, lui non plus.
Alors non, décidément, il n'y avait rien de lassant à discuter avec son nouvel ami, de loin pas – et quand, chacun d'eux ayant fini sa boisson depuis longtemps, Izuku s'étira avant de se lever en déclarant qu'il était l'heure de rentrer, Shouto sentit presque ses yeux s'écarquiller, eut presque envie de répondre, déjà ?

Mais ils quittèrent le bord du fleuve sans plus d'hésitation ; si le soleil ne semblait pas avoir décliné, il s'était couvert de quelques nuages qui participaient à rendre l'air humide et le temps lourd.
Shouto n'habitait qu'à quelques rues de là, mais la demeure de madame Shuzenji se trouvait dans un tout autre quartier, il lui parut donc évident qu'il accompagnerait son ami jusqu'à l'arrêt de bus le plus proche – et c'est à ce moment-là que le jeune homme sentit une goutte d'eau s'écraser sur sa joue. Puis une autre, pour rafraîchir sa peau, et encore une autre, tant et si bien qu'en une ou deux minutes à peine il se mit à pleuvoir à grosses gouttes, le début d'une averse qui ne promettait que de s'intensifier dans les instants à venir.

« Ah, mince ! s'exclama aussitôt Izuku, tout en levant les mains comme pour protéger son visage – même si ce n'était pas ce geste qui allait l'empêcher de finir détrempé, songea l'autre garçon. Aah, et l'arrêt de bus est encore loin… »

Il fronça les sourcils et Shouto manqua de faire de même. Bien sûr, ils pouvaient toujours courir, mais cela signifierait que son ami devrait prendre le bus trempé, ce qui n'était pas l'idéal ; il serait plus sage de trouver refuge quelque part en attendant que l'orage passe, alors…

« J'habite dans la ruelle parallèle, s'entendit-il alors déclarer. Si tu veux qu'on aille s'abriter-
– C'est vrai ? fit aussitôt l'autre garçon, une lueur d'espoir dans le regard. Heu, enfin ! Si ça te gêne pas, ce serait génial ! »

Aussitôt dit, aussitôt fait – la détermination dans les yeux verts de son ami ne laissa pas le temps à Shouto de réfléchir.
Sitôt qu'ils eurent passé la porte de son immeuble, cela dit, qu'ils se trouvèrent au sec dans le couloir, quoique les cheveux dégoulinant d'eau de pluie, et qu'il invita Izuku à le suivre jusqu'au deuxième étage où il louait depuis plusieurs années l'appartement du fond, le jeune homme ne put s'empêcher de… faire le constat logique qu'il existait d'autres possibilités, en fait. Il aurait pu proposer qu'ils se rendent dans l'un des bâtiments de l'université, par exemple, même s'ils se situaient un peu plus loin ; ou bien il y avait le Troisième Acte, toujours ouvert au rez-de-chaussée ; à aucun de ces endroits ils n'auraient trouvé de quoi se sécher, mais…

Enfin. Non sans un soupir léger, plus angoissé qu'il ne l'aurait voulu (son salon était-il seulement dans un état présentable ? Il n'était pas particulièrement désordonné, mais il ne parvenait pas à se rappeler s'il avait débarrassé les couverts de son repas de midi, ni s'il avait fait la vaisselle), il poussa la porte d'entrée et laissa l'autre garçon pénétrer dans l'appartement à sa suite.
Ça n'avait rien d'un palace, bien sûr, mais l'habitation possédait tout de même une petite entrée où il proposa à Izuku de retirer ses chaussures, une pièce plus spacieuse qui servait à la fois de salon et de cuisine, une chambre confortable et une salle de bain à laquelle il était possible d'accéder soit depuis la chambre, soit depuis le couloir. Ce qu'il ne tarda pas à faire, d'ailleurs, pour revenir armé de serviettes propres et en tendre une à son ami.

« Pour te sécher », expliqua-t-il, bien que ce ne soit pas forcément nécessaire, et Izuku le remercia d'un signe de tête.

Puis il ferma les yeux pour plonger le visage dans le tissu blanc avant de le glisser dans ses cheveux trempés, que l'eau avait rendus plus sombres qu'à l'accoutumée encore. En l'assaillant, la pluie avait fait coller à sa peau une partie de son t-shirt (vert, aujourd'hui, et royalement décoré de l'inscription salade de pâtes), et Shouto se demanda brièvement s'il ne devrait pas proposer de lui prêter l'un des siens ; puis il se rendit compte que cela impliquerait que son ami se change ici, enfin, dans la salle de bain plus probablement, pour enfiler l'un de ses vêtements, et l'idée même l'embarrassa tant qu'il dut tourner les yeux pour ne pas rougir.

Pour une raison qui lui échappait, son cœur s'était serré un peu, avait accéléré un peu, et il résolut de s'occuper les mains au lieu de s'en inquiéter. Alors, comme il le faisait souvent en rentrant, il déposa ses clés et son portefeuille dans le vide-poches de l'entrée, jusqu'à ce qu'il mette la main sur son téléphone et, avant d'avoir pu lui faire subir le même traitement, remarque qu'il avait reçu… trois appels en absence, accompagnés d'un message sur son répondeur. Il n'avait pas entendu son téléphone sonner, forcément, puisqu'il l'avait laissé en mode silencieux tout l'après-midi – mais ce numéro n'était pas enregistré dans son portable, alors…

« Il y a un problème ? demanda Izuku, sans doute en le voyant froncer les sourcils.
– Quelqu'un a essayé de me joindre tout l'après-midi, répondit l'autre garçon, les yeux parcourant l'heure des différents appels.
– Ils ont laissé un message ? C'est peut-être important… »

Shouto hocha la tête, puis hésita un instant. Un coup d'œil interrogateur à son ami lui confirma que cela ne le dérangerait pas s'il l'écoutait de suite, cela dit, aussi il ne tarda pas à presser les boutons correspondant sur l'écran de l'appareil.
Et il sentit ses yeux s'ouvrir en grand sitôt que les premiers mots du message parvinrent à ses oreilles.

« Coucou, Shouto, fit la voix féminine et joueuse qui grésillait dans le haut-parleur, c'est Emi, tu sais, Emi Sakurano ! »

Emi Sakurano – il savait de qui il s'agissait, évidemment, c'était l'une de ses clientes, mais…

« J'ai appelé à tes bureaux plusieurs fois ces dernières semaines, poursuivit-elle, avant que son ton ne se fasse boudeur, mais c'est toujours cette fille qui a répondu, là, celle qui comprend rien à rien… »

Mais- Que- Est-ce qu'elle parlait de Momo ?

« Elle a pas voulu t'envoyer chez moi une seule fois, pas une seule, tu te rends compte ? Enfin, tout ça pour dire, il va sûrement falloir qu'on trouve un autre moyen pour se voir. Du coup j'ai cherché ton numéro dans l'annuaire, et… »

Cela suffisait.
Le cœur du jeune homme lui donna l'impression de s'arrêter, soudain plus lourd que jamais, et le malaise le prit de l'estomac jusqu'à la gorge. Il n'arrivait pas à croire que- Enfin, ce n'était tout de même pas possible-

« Enfin bref, reprit la voix, décidée, après un passage que le choc avait empêché son esprit de décoder. J'ai hâte de te revoir, et je sais que c'est réciproque, alors j'attends ton appel. À tout bientôt, bisous ! »

Alors le message se conclut par un déclic mais chacun de ses mots continua de résonner son esprit aux côtés d'innombrables questions de longs instants encore. C'était, enfin- Il ne… comprenait pas. Comment ? Ou plutôt, pourquoi ? À quel moment, parmi toutes les fois où il était intervenu chez madame Sakurano, où il s'était efforcé d'ignorer ses regards appuyés et de répondre à ses remarques déplacées avec la politesse qu'exigeait sa profession, avait-il bien pu lui donner l'impression que… qu'elle l'intéressait le moins du monde ?
Car c'était bien ce qu'elle semblait penser – non ? Qu'ils étaient… amis, ou quelque chose du genre ; qu'il avait la moindre envie de passer du temps avec elle en dehors de ses heures de travail ; que cela ne le dérangeait pas qu'elle-

Il n'eut pas l'occasion de se perdre en réflexions plus longtemps – car il sentit les doigts d'Izuku se poser avec délicatesse sur son avant-bras, soudain, et se rappela dans le même temps que son ami était là et avait entendu le message et avait sans doute assisté à chaque détail de sa réaction et… Il eut envie de lui dire que c'était une erreur, que sa relation avec cette femme était purement professionnelle, mais cela ne fut pas nécessaire.
Lorsqu'il tourna la tête, les yeux que l'autre garçon braquait sur lui étaient pleins d'inquiétude, et sitôt qu'il ouvrit la bouche sa voix s'avéra ferme et rassurante.

« Shouto, est-ce que ça va ? demanda-t-il, avant de continuer sans attendre de réponse. Je n'ai pas toutes les informations, mais si tu ne lui as pas donné ton numéro ou demandé de t'appeler… Elle- Elle n'a pas le droit de faire ça. Selon l'article 31 du code civil, alinéa 2, on pourrait même considérer ça comme du harcèlement, alors… »

Aussi étrange que cela puisse paraître, l'entendre parler – entendre quelqu'un lui parler, entendre la voix d'Izuku emplir avec détermination l'entrée de son petit appartement – suffit à ce que Shouto se ressaisisse. Fasse cesser les tremblements légers de ses doigts, pose enfin son téléphone portable sur le meuble devant lui. Inspire lentement et laisse échapper un soupir.
Son ami avait raison, se rappela-t-il. Il n'était pas certain que quelque action en justice soit nécessaire, ni même de vouloir appeler ça du harcèlement à proprement parler, mais… Il n'était pas intime avec cette femme, ne souhaitait pas l'être, et c'était une raison suffisante pour se permettre d'ignorer son message, puisque de toute façon il ne relevait en rien de ses obligations professionnelles.

Plus calme, il passa une main dans ses cheveux encore humides et approuva les déclarations d'Izuku d'un signe de tête.

« C'est une cliente, rien de plus, confirma-t-il. Elle s'est fait des idées. Si elle insiste, je lui demanderai de ne plus m'appeler. »

L'autre garçon hocha la tête à son tour, apparemment rasséréné, lui aussi. Shouto aurait le temps d'y réfléchir plus tard, lorsque le tumulte auquel on venait de le soumettre se serait éloigné de son esprit, mais il appréciait le fait que son ami ait vite compris qu'il était mal à l'aise, n'ait pas cru qu'il était véritablement proche de madame Sakurano, ait même tenté de l'aider tout de suite – même si…
C'était ridicule, mais il ne put s'empêcher de sentit un bref sourire courber rapidement ses lèvres fines.

« Cela dit, osa-t-il, c'est l'alinéa 3 de l'article 31 qu'il faudrait citer. Pas le 2. »

Il attendit – une seconde, puis deux, puis les grands yeux d'Izuku s'écarquillèrent juste comme il l'espérait et l'étudiant se confondit en excuses embarrassées. C'était un peu cruel, mais- Il devait avouer que le voir agir ainsi, agir normalement, lui remontait le moral. Maintenant, s'ils pouvaient-
Il s'arrêta net dans son idée lorsqu'il remarqua que son ami, une fois passée la gêne, avait gardé une main dans ses cheveux sombres et glissé les yeux sur le côté. Aussitôt, Shouto l'interrogea du regard.

« Ah, en fait… commença-t-il, l'air hésitant. Je… Je suis désolé, Shouto. Je pense que- que je te dois des excuses. »

Pour toute réponse, le jeune homme haussa un sourcil. Comment ça, des excuses ? Des excuses à quel sujet ?
Izuku dut lire dans ses pensées, car il prit une grande inspiration, parut douter encore, puis serra le poing et se résolut à reprendre la parole.

« M-Moi aussi, il m'est arrivé de… faire des choses un peu déplacées… avoua-t-il, penaud. Notamment je- Est-ce que tu te souviens de la fois où tu es venu réparer la chasse d'eau ? »

Il avait prononcé cette dernière phrase tellement vite, à vrai dire, qu'il fallut à l'autre garçon quelques secondes supplémentaires pour la comprendre ; après quoi il mit quelques secondes encore à se rappeler l'intervention en question et enfin il hocha la tête avec sérieux. Alors, seulement, Izuku dissimula son visage derrière ses deux bras, mortifié, et se mit à bafouiller plus encore.

« Oh mon dieu, murmura-t-il, les joues apparemment en feu. Je- Je- Je- Je suis vraiment désolé, j'avais tout inventé, il n'y avait rien du tout, j'avais juste envie de te revoir- »

… mais rien n'aurait pu préparer Shouto à entendre cette information, décidément.

« Tu voulais… me revoir ? » se contenta-t-il de répéter, ébahi.

Malheureusement, et bien qu'il ne pense pas à mal, cela suffit à ramener son ami à la situation présente ; et aussitôt ce dernier pâlit, s'excusa à nouveau, et ne laissa pas le temps au propriétaire des lieux de lui demander simplement pourquoi avant de formuler l'hypothèse qu'il serait sans doute préférable qu'il parle, maintenant. Cela dit-
Cela dit Shouto n'avait pas envie de le voir partir, pas avant d'avoir compris comment l'envie de le revoir avait pu pousser son ami à s'inventer à problème – c'était une question de révisions, sûrement, il espérait peut-être pouvoir lui poser une question sur un cours qu'il ne parvenait pas à comprendre, mais…

Bon sang.
Il était presque certain que cela n'était pas censé lui faire autant plaisir. Que c'était illogique. Que la chaleur qu'il se sentait monter aux joues n'avait aucun sens.

Et pourtant lorsqu'il vit Izuku faire un pas en arrière, les yeux toujours fuyants de honte, il ne put s'empêcher de s'approcher de lui, d'attraper son poignet pour le retenir ; puis son ami pivota sur ses talons, lui jeta un regard mi-surpris mi-plein d'espoir, et le cœur de Shouto manqua un battement.

« Ce- Ce n'est pas un problème, bredouilla-t-il, soudain plus sûr des mots qu'il avait prévu de prononcer. Je veux dire. Je- Je ne t'en veux pas, au contraire, on. On ne serait jamais devenus amis sinon… »

La peau d'Izuku était chaude sous ses doigts tremblants.
Et les yeux d'Izuku étaient profondément verts au milieu de ses taches de rousseur.
Et le sourire d'Izuku, lorsqu'il revint, timide, un peu bancal, et pourtant présent, rassuré-

« Je suis quand même désolé, fit-il, non sans un bref rire gêné. J'aurais pu m'y prendre autrement… »

Mais Shouto n'aurait jamais voulu qu'il en soit autrement, jamais, car pour rien au monde il n'échangerait tous les moments qu'Izuku et lui avaient passés ensemble depuis le début, depuis leur première rencontre-
Et soudain cela lui vint comme une claque en plein visage, comme la voix de Katsuki qui résonnait d'un coup dans tout l'espace du chantier. Entre son estomac qui se tordait à l'idée de ne plus le voir, son cœur qui s'emballait au moindre sourire de sa part, ce mélange d'inconfort et de chaleur dans sa poitrine, est-ce que- Est-ce qu'il était en train-

De tomber amoureux d'Izuku ?