Quand la Lionne se bat
Auteur : Kayly Silverstorm
RAR
Kayly Silvertorm: Whaa, un mot de la part de l'auteur. Je t'ai déjà répondu, mais je tiens à te redire à quel point j'ai été heureuse de recevoir cette review. Recevoir des compliments de la personne qui a écrit la fic m'a donné du baume au coeur! Et je le répète, même si tes chapitres sont longs, même si ça me complique la tâche, je suis sûre que personne ne veut voir les chapitres raccourcir...Tu me remercie pour le travail de traduction que je fais? Mais c'est moi qui te remercie d'écrire cette histoire, tout le mérite te revient! J'espère ne pas te décevoir par la suite. A bientôt...
El diablo: Les apparences ne vont pas tarder à tomber... La suite? Je fais ce que je peux, alors la voilà, fais toi plaisir...
Estelle01: Merci de me laisser un petit mot à chaque fois... J'ai des habitués et ça fait plaisir! Vas-tu préférer ce chapitre ou un des prochains?
peps42: Merci, merci. Que de compliments cette fois! Encore un qui n'a pas eu la patience d'attendre la traduction! J'espère que vous laissez un petit mot à Kayly dans ce cas... Ravie d'apprendre que tu continueras à me lire quand même. Bonne lecture!
Chapitre 10 : Nuit et jour
Severus devinait que c'était une routine d'une certaine façon, quoiqu'une routine de folie.
Une semaine était passée depuis la première crise d'hallucinations de Miss Granger. Il se rappelait vaguement qu'il s'était inquiété lorsqu'elle l'avait confondu avec Malfoy, ce qui l'avait choqué était l'extrême peur et la panique dont elle avait fait preuve.
Mais ce n'était rien par rapport à ce qui s'est passé au cours des six derniers jours.
Après s'être endormie ce jour là, il était resté à ses côtés, dans son fauteuil. Il avait essayé de lire, mais avait misérablement échoué. Severus avait toujours été fier de sa capacité à mettre de la distance entre lui et ce qui gravitait autour de lui. Prendre soin, s'inquiéter, oublier les choses vraiment importantes au profit d'une amitié, était une erreur que l'on ne pouvait faire qu'une fois. Les Mangemorts veilleraient à ce que ça ne se reproduise pas une seconde fois.
Pendant des années, il n'avait pas été un homme ayant de nombreuses faiblesses. Il s'était scrupuleusement éloigné de ce qui l'entourait, n'avait permis à aucune amitié, aucune relation amoureuse de se construire. Mais les derniers mois l'avaient rendu faible, réalisa-t-il alors qu'il étaitassis dans son fauteuil en observant le visage dégagé et sans défense d'Hermione.
Puis il soupira et s'avança vers la cheminée. Il murmura un mot et les flammes se mirent à danser joyeusement. Il n'avait pas pris la peine d'utiliser sa baguette. Il le faisait rarement dans ses appartements.
Dans une de ses poches cachées, il dénicha un peu de poudre de cheminette et la jeta dans le feu. « Bureau du Directeur », articula-t-il clairement et il passa sa tête dans les flammes. Contrairement à ce qu'il avait dit à Miss Granger, ses cheminées étaient connectées au réseau de cheminées mais il les avaient verrouillées et celles-cine fonctionnaient plus que dans un sens. Personne hormis lui n'était capable d'établir une connexion avec succès et personne ne pouvait pénétrer dans ses appartements de cette façon. Ce raccordement au reste du réseau était totalement illégal et était caché par quelques 'turbulences magiques' dans les murs de Poudlard, conçues par Albus quand le Seigneur des Ténèbres était réapparu il y a quelques années.
« Albus », appela-t-il, sentant les flammes lui chatouiller la peau, « Juste un mot, je vous prie. »
La tête du vieux sorcier apparu en face de la cheminée, ses yeux étaient inquiets et fatigués.
« Oui, très cher », répondit-il calmement, « Je suis là. Comment va Miss Granger ? »
« Ça a commencé. Elle hallucine. Albus, vous devez annuler mes cours de la semaine prochaine, elle ne peut pas rester seule. »
« Bien sûr, Severus. » Quelque chose changea sur le visage du vieux sorcier, l'inquiétude creusant ses traits ainsi que ses rides.
« Vous n'avez pas à vous en occuper seul, vous savez ? Minerva et moi pouvons prendre le relais si vous avez besoin d'un peu de… temps libre. »
« Non, Albus », grogna presque Severus à travers la cheminée, « Elle est sous ma responsabilité. Vous l'avez dit vous-même. Je me débrouillerai. »
« Mais, Severus, vous savez que… »
« Je dois y aller, Albus », l'interrompit Severus, « Elle pourrait se réveiller. Je vous recontacterai demain. »
Dégageant sa tête de l'âtre, Severus remarqua que Miss Granger avait commencé à bouger et à se débattre dans son lit. Il se hâta de reprendre sa place à ses côtés, et, comme si sa présence l'avait calmée, elle s'immobilisa de nouveau.
« Miss Granger », murmura-t-il, d'une voix soyeuse se fondant presque dans le silence, « Vous allez me rendre complètement fou. »
Comme il aurait aimé se débarrasser d'elle ! Son rôle d'infirmière ne l'empêchait pas seulement d'enseigner, mais l'empêchait également de poursuivre les recherches commencées avec Remus, ainsi que les siennes et d'accomplir ses devoirs de Directeur des Serpentards. Pas de promenade dans le parc sous le soleil d'automne, pas de repas dans la Grande Salle, pas de rendez-vous avec Minerva.
Mais la laisser sans surveillance était un trop grand risque. Dans son état actuel, Miss Granger ne pouvait absolument pas se contrôler ni même avoir une quelconque discipline, et il ne pouvait permettre que Albus sache ce que lui, Severus, savait. Bien qu'il ne soit pas sûr de la connaître vraiment. Il n'était pluscertain de rien.
Et elle détesterait être vue dans cet état-là, susurra une voix intérieure. Il renifla d'irritation chassa cette pensée dans un recoin de son esprit.
Il s'était écoulé des heures avant qu'elle ne reprenne connaissance, des heures de cauchemars et de murmures suppliants, de mouvements fébriles et de sanglots silencieux. Quand elle ouvrit les yeux, ils avaient une expression nouvelle, brillants d'un éclat malsain.
« J'ai pensé, Professeur », énonça-t-elle lentement, l'avidité et la nervosité transparaissant dans sa voix, « Ce serait mieux pour nous deux que nous arrêtions ça maintenant. Vous pouvez me donner la potion ! Je promets de ne rien dire à Dumbledore. Nous n'avons qu'à prétendre que je suis désintoxiquée, je resterai dans ma chambre et ne vous dérangerai plus ! »
Severus s'était préparé à ça, mais il devait s'armer de courage pour ce qui allait probablement suivre.
« Non, Miss Granger », répondit-il froidement, « Il n'en est pas question. »
« Mais ça revient au même pour vous, Professeur ! », argumenta-t-elle chaudement, « Vous seriez débarrassé de cette responsabilité. Pensez-y ! Qu'est-ce que ça peut vous faire que je vive ou que je meurs. Je vous aie trahi ! Vous devriez me haïr pour ça, pourquoi vous encombrez-vous avec moi ? Donnez-moi la potion ! C'est la meilleure chose à faire ! »
« Non, je n'écouterai pas plus longtemps vos âneries. C'est le manque qui vous fait parler, pas vous. »
Elle se redressa sur son lit et ses yeux bruns et déterminés affrontèrent le regard glacial de Severus.
« Vous allez me donner la potion ! »
« C'est mon dernier mot, Miss Granger. Non. »
Avec un cri qui ressemblait plus à celui d'un chat, elle se jeta sur lui. Leur poids fit basculer le fauteuil en arrière, et Severus eut la sensation désagréable de se retrouver sans défense, allongé sur le dos, les jambes en l'air, avec une Hermione Granger, qui le mordait et le griffait, sur les genoux.
Il jura lorsqu'un de ses ongles traça une ligne brûlante sur son visage.
« Je vais vous tuer ! », hurla-t-elle, « Donnez-moi la potion ! Donnez-la moi ! »
Avec un grognement de colère, il lui attrapa les poignets et les fit glisser dans sa main gauche. Ce traitement brutal provoquerait quelques contusions, mais c'était le dernier de ses soucis pour l'instant. D'un mouvement disgracieux, il parvint à se rétablir sur ses pieds et à repousser la jeune fille qui le tapait et se débattait.
« Je déteste avoir à faire ça, Miss Granger », commenta-t-il alors qu'il s'emparait de sa baguette avec sa main libre, « Mais vous ne me laissez pas le choix. C'est pour votre propre sécurité. »
Rapidement, il jeta un sort de pétrification ce qui la rendit incapable de faire le moindre mouvement. Seuls ses yeux allaient et venaient sauvagement de son visage à sa baguette, où la panique fut rapidement remplacée par la fureur. Un autre mouvement de baguette créa quatre liens en cuir sur le lit, à la hauteur des bras et des pieds. Avec délicatesse, il l'attacha au lit, tout en voyant l'horreur se dessiner sur son visage.
« Non », l'entendit-il pleurnicher, « S'il vous plaît, ne faites pas ça ! Je ne peux pas… »
« Vous m'avez prévenu vous-même, Miss Granger », reprit-il fatigué, « Je ne peux pas courir le risque que vous vous blessiez. »
« Je vous en prie ! Je jure d'être sage ! Je ne résisterai pas… Vous pouvez faire ce que vous voulez de moi, Professeur », supplia-t-elle, « Tout ce que vous voulez ! Alors détachez-moi et donnez-moi la potion ! »
« Ce n'est pas un sujet ouvert à la discussion, Miss Granger. Ne vous débattez pas, sinon les liens vont vous blesser. Mais ils seront retirés dès que vous aurez retrouvé un peu de raison. »
« Nooonnnn ! » Avec le peu de force qu'il lui restait, la jeune fille tenta d'arracher les liens, utilisant le poids de son corps pour les combattre, mais c'était inutile.
Lentement, Severus était retourné à son fauteuil, le remettant en place et s'y installa.
Il l'avait peu quitté ces cinq derniers jours, la regardant lutter contre la potion, les liens et sa propre folie. Il n'avait pas fallu longtemps pour que les hallucinations soient de retour. Et avec elles, son sens des réalités se volatilisa.
Parfois, elle croyait être sa prisonnière, d'autres fois, elle le prenait pour un Mangemort et feignait d'être des leurs, tantôt elle pensait qu'ils avaient découvert son secret. Elle les suppliait de l'épargner, de la sauver, de la tuer. Les trois choses semblaient indissociables pour elle.
C'était une bonne chose qu'aucun bruit ne puisse sortir de ses appartements, il réfléchissait maintenant, tout en sirotant son thé de l'après-midi, tandis qu'il examinait le visage pâle et trempé de sueur de la jeune fille. Autrement il aurait certainement déjà été arrêté pour torture et meurtre. Elle avait crié et crié, jusqu'à ce que sa voix ne soit plus qu'un murmure rauque. Une fois encore, elle avait hurlé, des pleurs d'appel à l'aide, rien d'autre qu'une bouche qui se déforme silencieusement avec des lèvres à peine ouvertes et ensanglantées.
Il ne pouvait rien lui donner contre la souffrance, ni contre la douleur physique qui faisait se tordre et convulser son corps comme une machine qui s'emballe, ni contre la douleur mentale ou les images horribles qui la faisaient sombrer. Aucune potion faite d'herbes et de d'ingrédients non magiques n'était assez puissante pour diminuer ses symptômes, et celles à base d'ingrédients magiques la tueraient plus vite que le manque.
Il ne pouvait pas l'aider. Il ne pouvait pas la soutenir dans son combat contre les restes de potion qui circulaient dans son sang. Mais il ne pouvait se résoudre à la laisser seule non plus. Depuis qu'il l'avait attachée à son lit, elle était totalement dépendante de lui. Il ne pouvait la laisser seule.
Alors, il restait assis des heures à côté de son lit, la regardant, épongeant la sueur de son front, appliquant des onguents pour soigner ses blessures, ses poignets endoloris qui se débattaient contre les liens de cuir, réfléchissant tout le temps au mystère qu'était Hermione Granger, espérant qu'elle survivrait à ce qui lui semblait être l'enfer.
Parfois, la folie la quittait pour un instant. Il lâchait des yeux le livre qu'il était en train de lire pour trouver ses yeux le regardant, sa bouche tentant de former des mots. Il lui disait quel jour il était et combien de temps s'était écoulé. A chaque fois, elle lui demandait d'une petite voix angoissée si 'elle avait dit quelque chose'. Elle ne demandait rien d'autre.
Elle semblait n'avoir peur que d'une chose : perdre le contrôle, dévoiler des secrets qu'il ne devait pas savoir. C'est pourquoi il lui mentait. Il ne lui disait pas qu'elle appelait à l'aide, que ses rêves en disaient plus à Severus sur ses souffrances que ce qu'elle lui révèlerait jamais volontairement.
Elle le confondait encore. Il ne savait plus quoi faire d'elle, comment juger son comportement. Les doutes qu'il avait une semaine auparavant, s'étaient amplifiés. Ça ne concordait pas avec les images qu'il avait vues dans son esprit. Elles ne collaient pas. Pas avec ce que ses hallucinations et ses cauchemars révélaient.
Et, si il s'autorisait à être assez honnête pour exprimer cette pensée, ça ne collait pas avec la Hermione Granger qu'il avait appris à connaître et à respecter au cours de ces années. Bien sûr, elle était étudiante, une Gryffondor ainsi que l'amie du duo d'imbéciles le plus insupportable à qui il avait eu la malchance d'enseigner, mais son esprit était vif et exercé, son courage l'avait surpris plus d'une fois, et elle avait toujours montré de l'intérêt et de la tendresse envers les autres, ce qui était rare pour une jeune femme de son âge.
La justice et l'honnêteté, ces deux mots avaient toujours dictés sa conduite au cours des années. Evidemment, il s'était moqué de sa ridicule SALE, comme la plupart des Serpentards, mais à force d'astuce, progressivement, sa campagne pour les elfes de maison avait marqué des points.
Elle n'était pas de celles qui abandonnaient facilement, si cela concernait des personnes ou des objectifs plus abstraits. Jusqu'à présent, elle ne lui avait jamais répondu avec la haine et la rancœur dont ses amis faisaient preuve inutilement. Il avait pourri sa vie plus d'une fois, et pourtant, elle montrait toujours la même obéissance respectueuse envers lui qu'envers le Professeur Flitwick, qui était le Professeur le plus aimé de l'école.
Mais ça ne prouvait rien du tout. Tom Jédusor lui-même n'avait pas été différent d'Hermione Granger pendant ses années d'études, toujours le premier de sa classe, obéissant toujours scrupuleusement aux règlements de l'école, travaillant et étudiant avec passion. Il avait fait preuve de respect et avait même montré de l'admiration pour ses professeurs qu'il détestait secrètement. Personne n'a qu'un seul visage. Non, quelqu'un ne peut pas être véritablement connu des autres. Par l'enfer, la plupart des gens ne se connaissent pas eux-mêmes !
Il y avait des ténèbres dans son âme, un démon menaçant qui se tapissait dans l'obscurité et qui ne serait jamais perçu de l'extérieur. Un immense plaisir à tromper son entourage, un sentiment de supériorité et le pouvoir que conférait la tromperie et la trahison ; cela pouvait être plus fort que le sentiment d'amitié et la loyauté. Severus ne le savait que trop. Il avait goûté à la douceur de ces sensations. Et peut-être que Miss Granger y avait goûté aussi et qu'elle avait décidé de tirer le vin jusqu'à la dernière goutte.
Et il avait vu des Mangemorts éprouver les mêmes peurs que celles qui s'étaient emparées de Miss Granger. Des hommes et des femmes blessés ou mourants qui avaient été des monstres au cours de leur vie, sans merci, cruels et se complaisants dans la violence. Il avait vu ces Mangemorts pleurer soudainement comme des enfants, regrettant tout ce qu'ils avaient fait, craignant la vengeance de leurs victimes. Il avait vu Lucius Malfoy comme ça, une fois, suite à une mission particulièrement sanglante pour laquelle tous avaient du payer un lourd tribu. Lucius ne s'était pas conduit comme un monstre cette fois-ci. Juste comme un homme fatigué qui en avait trop vu et qui était hanté par l'horreur de la situation.
Il était sûr de ne pas avoir mal interprété les sentiments qui avaient accompagnés ces images. Ils avaient été trop clairs, trop limpides, sans ambiguïté. Elle avait vraiment triomphé, avait ressenti une profonde et sincère haine envers ses « amis » à l'école. Sa luxure et son désir de souffrance avaient été plus réels et intenses que ce qu'il avait lui-même ressenti ces dernières années. Son excitation avait été profonde et sauvage.
Si ça n'avait pas été ses véritables sentiments, il n'y avait qu'un seul moyen d'expliquer ce que tout ceci signifiait – elle les avait créé volontairement. Mais pour produire des images aussi nettes, des sensations aussi réelles, elle devait être un véritable Maître en Occlumancie.
Et il n'était pas possible qu'elle ait étudié cela. Personne ne lui avait appris, il en était sûr. Seules deux personnes possèdent une maîtrise suffisante de l'occlumancie et de le légilimancie pour pouvoir l'enseigner – Albus Dumbledore et lui-même. Albus lui en aurait parlé, connaissant bien assez la nécessité de surveiller les occlumens à travers le monde sorcier, et ce n'est pas lui qui avait enseigné à Miss Granger. Il s'en serait rappelé, assurément.
Ce qui le ramenait à la question qu'il se posait depuis plusieurs jours – devait-il faire confiance à ses talents de légilimens ou la vérité pouvait-elle émerger de sa folie ?
-
La journée s'écoula dans l'attente et la réflexion, ne la quittant de ses yeux interrogateurs que pour aller à la salle de bain ou pour manger quelque chose. Il ne remarqua pas la nuit tomber. Il était tellement perdu dans ses pensées que le brusque son de la voix de Miss Granger le fit sursauter violemment.
« Il fait si sombre », murmura-t-elle, perdue et effrayée telle une petite fille.
« Laissez-moi allumer les bougies », répondit-il rapidement, il se leva de son fauteuil.
« Professeur ! » Ses yeux s'ouvrirent en grand et l'inquiétude transperça dans sa voix, « Il vous ont capturés aussi ? J'espérais être la seule… »
« Personne ne nous a capturé, Miss Granger », essaya-t-il de la convaincre, sachant pertinemment que ce serait vain. Ils avaient traversé cette épreuve si souvent qu'il en connaissait le déroulement par cœur, « Vous êtes dans mes appartements, saine et sauve. »
« C'est ce qu'il veulent vous faire croire », rétorqua-t-elle avec amertume, « Et au moment où vous vous sentez en sécurité, ils vous ont. C'est toujours comme ça – une moment d'inattention et tout est perdu. »
Bien involontairement, il lui donna raison. 'Vigilance constante', persiflait en lui la voix de Maugrey Fol-Œil.
« Ils ne nous auront pas, Miss Granger. Je vous le promets. »
« Vous l'ont-ils fait aussi ? », demanda-t-elle brusquement, ses yeux fixaient le visage de Severus d'un regard fou, « Vous ont-ils conduits dans la Chambre Noire ? »
« Je… ne sais pas de quoi vous me parlez », répliqua-t-il froidement, « Vous devriez dormir maintenant, Miss Granger. Vous avez besoin de prendre des forces. »
« Ils vous font des choses terribles dans cette Chambre Noire », murmura-t-elle alors que ses yeux devenaient lourds. Elle luttait pour les garder ouverts, mais son discours devint confus, proche du sommeil, « Et vous ne savez jamais quand le coup vient. C'est le pire… »
Elle s'assoupit encore avant de pouvoir finir sa phrase. Mais Severus l'observa pendant près d'une demi-heure avant de souffler enfin les bougies, comme s'il s'attendait à ce qu'elle en dise plus. Ensuite, il soupira, épuisé et retourna à son livre.
Il lut des heures durant. Ses yeux étaient fatigués et son dos lui faisait mal à cause de la position inconfortable dans le fauteuil, pourtant, il n'alla pas se coucher et ne transforma pas non plus le fauteuil en quelque chose de plus confortable. Il avait très peu dormi au cours des derniers jours. Evidemment, il devait s'occuper de la jeune fille, être prêt pour ces crises ou ses cauchemars.
Mais si il était honnête avec lui-même, il devait reconnaître qu'il n'avait pas repoussé le sommeil pour le seul bien de la jeune fille.
Ses propres rêves étaient devenus bien moins plaisants depuis peu. Les hallucinations d'Hermione, ses cauchemars et les craintes qui la faisaient pleurnicher, réveillaient certains souvenirs douloureux qu'il avait enfoui au fin fond de son esprit. Maintenant, ils surgissaient des ténèbres tels des monstres, tentant d'envahir une partie de sa conscience qu'il considérait comme 'intacte'.
Vous ont-ils emmené dans la Chambre Noire ?, chuchotait l'écho dans esprit. Il savait de quoi elle parlait. Il ne s'en rappelait que trop bien.
C'était une invention de Lucius, la Chambre Noire, conçue pour asservir les ennemis, ou les Mangemorts ayant trop de réflexion personnelle. Une cellule totalement privée de toute source lumineuse, seulement faite de pierre froide et sans revêtement. Pas de son. Les victimes étaient amenées là les yeux bandés, de manière à ce qu'elles ne puissent pas faire la différence quand le bandeau était enlevé. Ils pensaient qu'ils étaient devenus aveugles, mais certains avaient compris ce que cette pièce signifiait pour eux.
Intelligente comme l'était Hermione Granger, il était sûr qu'elle avait compris le but de cette salle immédiatement. Les hallucinations ne rendaient pas plus intelligent.
Il y avait des ouvertures dans les murs de pierre, bien au dessus des prisonniers, de manière à ce qu'ils ne puissent pas les atteindre, ouvertures d'où les Mangemorts pouvaient surveiller leurs prisonniers, vérifier leur condition sans que les victimes ne s'en doutent. L'isolement et l'obscurité pouvaient durer des jours avant que le premier coup ne tombe. Les prisonniers avaient tendance à perdre toute notion du temps dans la Chambre Noire.
Puis, quand les prisonniers avaient capitulé dans l'obscurité, ils commençaient. Quelqu'un, caché au niveau des ouvertures lançait un sort qui semblait venir de nulle part. il n'y avait aucun moyen de se préparer à la douleur, aucun moyen d'éviter l'attaque.
Alors que les yeux de Severus tombaient de sommeil et que sa tête penchait d'un côté, il se souvint s'être tenu là, dans le noir, baissant le regard sur un prisonnier au sol. Un sortilège avait augmenté sa vision, ainsi, il pouvait le voir, même à travers l'obscurité profonde. Il vit ses mains se joindre pour le supplier de l'épargner, vit comment la peur transformait son visage en quelque chose d'à peine humain.
Mais par la suite, dans un moment de consternation et de confusion, Severus réalisa que le prisonnier dans la Chambre Noire n'était pas un homme cette fois. A travers les meurtrières sales, des mèches emmêlées, les yeux d'Hermione Granger se levèrent vers lui, transperçant son âme. Elle savait qu'il était là-haut.
Il la vit trembler sous la douleur des sorts et des envoûtements qui pleuvaient sur elle par les autres ouvertures. Mais elle ne détourna pas les yeux, son regard se figea sur lui. Et elle savait que c'était sa faute à lui.
Il grogna, les dents révélées dans une grimace de haine, et il pointa sa baguette sur elle. La douleur la frappa sur un côté et dans un grognement, elle s'effondra. Ses mains liées ensemble, elle ne put amortir la chute et son visage atterri contre les pierres froides avec un résonnement sourd. Il vit le sang assombrir sa peau pâle, regarda les mouvements convulsifs de son corps sous la puissance du doloris. Et il rit, rit encore et encore, les rires rauques couvrant le bruit de ses cris angoissés…
Avec une plainte étranglée, il chercha son air. C'était un rêve. Seulement un rêve. Sa respiration difficile semblait lourde à ses oreilles. Une lumière grise inondait la pièce. L'aurore naissait sur Poudlard et il avait seulement rêvé. Il n'était pas dans la Chambre Noire. Il était en sécurité…
Le regard de Severus tomba sur les pieds de Miss Granger, solidement attachés avec les lanières de cuir. Ses yeux scrutèrent la forme en remontant vers la tête, quand il rencontra brusquement deux grands yeux marron qui le regardaient nerveusement.
« Miss Granger », reconnu-t-il brusquement, la voix encore rauque de sommeil, « Savez-vous qui je suis ? »
« Etrange question, Professeur », répondit-elle, « Etait-ce si mauvais ? »
Il mit un temps avant de réaliser qu'elle parlait de sa maladie. Imbécile, se réprimanda-t-il, évidemment qu'elle ne peut pas savoir ce dont tu as rêvé ! Elle n'a probablement pas réalisé que tu as fait un cauchemar !
« Pire. Comment vous sentez-vous maintenant ? »
Elle fronça les sourcils pendant un temps. « Usée », elle dit ensuite, « Et fragile. Comme une feuille d'automne. »
« Bien, si vous êtes capable de faire des métaphores poétiques, c'est que vous devez aller mieux », répliqua-t-il sèchement et il vit ses sourcils se relever de surprise. Elle ne s'était clairement pas attendue à une plaisanterie venant de sa part.
« Ai-je agi de manière… étrange ? Dit des choses insensées ? Des hallucinations ? », Demanda-t-elle, hésitante, mais quelque chose dans sa façon de tordre ses mains, de les tordre et de tourner les liens, lui disait combien la réponse était importante pour elle.
« Vous avez essayé de me tuer pour obtenir la Potion », dit-il, « C'est pourquoi j'ai dû utiliser ces liens de cuir. Laissez-moi vous détacher, maintenant. »
« Désolée pour ça, Professeur », elle sourit faiblement, mais la nervosité se lit de nouveau sur son visage, « Pensez-vous que c'est sans danger désormais ? »
Il avait déjà débuté un sortilège de diagnostic sur elle, et pour la première fois depuis deux semaines, les résultats étaient satisfaisants à ses yeux.
« Je m'attendais à la fin des symptômes de manque depuis deux jours maintenant », expliqua-t-il, « Vos résultats confirment mes hypothèses. Vous avez passé le pire. Les hallucinations et la fièvre devraient être terminées à présent. Vous allez, cependant, rester assez faible pendant quelque temps. Votre magie a besoin de temps pour se régénérer, et vous ne devez pas vous surmener avant d'avoir récupéré. »
D'un rapide mouvement de baguette, les lanières disparurent et ellesoupira de soulagement. Lentement, elle s'assit et massa soigneusement ses poignets. Des contusions bleu foncé et des restes de sang séché montraient qu'elle avait lutté contre sa captivité.
« Vous semblez fatigué », dit-elle soudainement, le prenant une fois de plus par surprise, « De quoi avez-vous rêvé, Professeur ? »
Etonné de la franchise de sa question, son regard rencontra ses yeux, sombres de fatigue et de douleur, et Severus sût qu'elle savait.
« Cela ne vous regarde pas, Miss Granger », gronda-t-il, fâché qu'elle en ait vu suffisamment pour pouvoir interpréter son cauchemar correctement, « Votre curiosité et vos mauvaises manières ne sont pas les bien venues ici. »
Elle se recroquevilla comme si il allait la frapper, et il mauditles réflexesqui avaient provoqué ses paroles cruelles.
« Si vous vous sentez suffisamment bien, vous devriez envisager un petit séjour dans la salle de bain, Miss Granger. Un bain chaud vous ferait le plus grand bien. »
Elle acquiesça silencieusement. Se déplaçant avec la fragilité d'une vieille femme, elle plaça avec précaution son pied au sol et lutta pour se lever. Il fut à ses côtés en un battement de cœur, l'aidant doucement à se lever et lui offrit une robe de chambre, qu'elle la prit avec reconnaissance mais elle avait une expression circonspecte sur le visage. Elle s'attendait visiblement à plus de méchanceté de sa part, mais il était resté tranquille alors qu'il la menait jusqu'à la porte de la salle de bain.
« Pouvez-vous vous débrouiller ? », lui demanda-t-il de façon neutre. L'idée que le Professeur Snape l'aide à rentrer dans un bain chaud la choquait clairement, et elle hocha la tête avec vigueur. Ses pas étaient encore maladroits et incertains, elle dut s'appuyer au chambranle avant de réussir à fermer la porte de la salle de bain derrière elle.
Pendant un moment, il attendit au cas où elle appellerait à l'aide ou réapparaîtrait, puis il se dirigea vers son armoire et commença à chercher un pyjama. Mais un cri étouffé le fit se retourner et traverser la chambre à grands pas. Il ouvrit la porte et la trouva étendue au sol, les paumes sur le carrelage. Elle respirait rapidement et son visage était presque aussi blanc que le sol de la salle de bain.
« Que s'est-il passé ? », demanda-t-il tout en s'accroupissant à ses côtés, « Là, laissez-moi vous aider à vous relever. »
« Ce n'était rien, Professeur », refusa-t-elle faiblement, « J'ai juste eu un trou noir, ou quelque chose comme ça. Désolée de vous avoir dérangé, je peux vraiment me débrouiller toute seule ! »
Elle évita son regard, luttant du mieux qu'elle put pour se relever. Elle a peur que je l'insulte encore, réalisa-t-il, déconcerté.
Mais la remarque cinglante ne vint jamais. Au lieu de ça, elle sentit deux mains se glisser sous ses aisselles et l'aider doucement à se relever et à l'installer sur le bord de la baignoire.
« Restez assise pendant un moment », lui conseilla-t-il tandis qu'il quittait la pièce. Il revint avec un pyjama quelques secondes après. « Je vous ai pris quelques affaires pour vous changer. Prenez votre temps et ne vous précipitez pas. Vous n'avez pas quitté votre lit depuis presque une semaine. »
De la confusion à l'état pur se lut sur le visage d'Hermione alors qu'elle le fixa un instant, muette de surprise. Ensuite, elle se reprit et acquiesça.
« Merci beaucoup, Professeur », conclut-elle, « Si cela ne vous ennuie pas, pourriez-vous contacter le Professeur Dumbledore pendant ce temps. Maintenant que le pire est passé, je peux facilement me déplacer dans la chambre d'hôte et ne vous dérangerai pas plus désormais… »
« Ce ne sera pas nécessaire », la coupa-t-ilpuis se retira derrière la porte une fois encore, « Vous resterez ici aussi longtemps que votre convalescence le nécessitera. »
« Mais, Professeur, je pensais que vous vouliez me voir partir… »
« Reposez-vous, Miss Granger. Reposez-vous et guérissez. Nous parlerons plus tard », et sur ce, Severus Snape ferma la porte de la salle de bain, laissant une Hermione extrêmement confuse, fixant l'endroit où il se trouvait comme si elle avait vu un fantôme.
Le prochain chapitre sera encore plus sombre. Il devrait répondre à quelques unes de vos questions : Au cœur des ténèbres (2ème partie)
J'espère que cette histoire vous plaît toujours, si c'est le cas (et même si ça ne l'est pas, après tout), laissez-moi une review…
Merci à tous et à bientôt.
-
-
