Précédemment dans La Course - chapitre 8 : Mackenzie et Sirius s'introduisent à Ste Mangouste pour en faire sortir Riley.
Abécédaire des personnages cités :
Mackenzie Atkinson : Serdaigle, 6ème année, amie de Sirius
Dirk Cresswell : préfet de Serdaigle, 6ème année, élève à tendance psychorigide et tyrannique, membre du Club de Slug - © JKR
Daniel Horton : camarade de Mackenzie, même année, partageant avec elle un cours de Runes (cf chapitres 2&3)
Desdemona Odgen, Cygnus Barbaby, Duncan Patterson, Holly Clarke et Aïda Balagoon sont le reste des ami(e)s de Mack.
Adrian Atkinson : frère de Mackenzie, 7ème année, Poufsouffle, batteur de l'équipe de Quidditch. Emma est sa petite-amie.
Riley Thomas : patiente de Ste Mangouste, devenue par la force des choses amie avec Mackenzie
Kathleen MacMillan : tante de Mackenzie, légèrement agaçante
Samuel Atkinson : oncle de Mackenzie, de passage en Angleterre, travaillant en Égypte et vivant en Turquie
101 reviews ! Héhé :D Et 9 rien que pour ce chapitre. Merci, merci ! Surtout que vos commentaires sont juste géniaux, détaillés, parfaits.
Merci à Loanne, Earenya, malilite, Silva, FicAndRea, Ify Moon, Scar of Sun, Jeanne et Lilisa.
CHAPITRE 10
Mordre la vie à pleines dents
Cinq minutes.
Ce fut le temps nécessaire à Riley pour se voir accorder ma sympathie ; et, soyons honnête, un petit peu de mon admiration.
La question de Mackenzie, évidemment, avait fait tomber sur la pièce un silence dépité. Du moins, elle m'avait fait taire, comme à chaque fois que sa sacro-sainte rationalité tentait de museler mon légendaire enthousiasme. Retrouvant rapidement mes réflexes malmenés par ce passage sous cape à ses côtés, je lui lançai un regard exaspéré, qui la fit simplement rougir.
— Il est hors de question que je retourne sous ce bout de tissu avec vous deux, ajouta-t-elle tout de même, en se renfrognant un peu plus. On risque de se faire prendre. D'ailleurs, il faudrait rouvrir la porte et ils ne se feront pas avoir trois fois !
— Jamais deux sans trois, contre-attaquai-je, dans un manque flagrant d'inspiration. Avec de la chance, ils finiront par s'assoupir. Leur métier est tout sauf excitant !
Ses prunelles se posèrent sur moi, voilées par une agaçante lueur sceptique. La simple idée d'admettre qu'elle avait raison et que nous étions coincés ici pour le reste de la nuit m'écorchait l'esprit. Alors s'il fallait le lui avouer... Elle ouvrit la bouche, comme pour m'y obliger mais le rire cristallin de Riley l'interrompit.
— On se calme les tourtereaux, claironna-t-elle – et le terme choisi fut suffisant pour faire mourir dans ma gorge toutes mes protestations. J'ai une idée !
oOoOoOoOo
Sans plus d'égard pour le pincement de lèvres de Sirius, et encore moins pour ma mine déconfite, elle nous entraîna dans la salle de bains attenante à sa chambre et nous indiqua la cabine de douche.
— De mieux en mieux, bougonnai-je, presque malgré moi. Une douche, maintenant ?
Black fronça les sourcils, les yeux plissés dans ma direction, et je sentis presque instantanément mon cœur remonté dans ma gorge. Le souvenir de la position dans laquelle nous étions quelques minutes plus tôt faisait se tordre, à lui seul, mon estomac ; me retrouver coincée avec lui dans cet espace étroit, après un tel panaché d'émotions, était absolument hors de question.
— Je sais exactement ce que tu t'imagines, Atkinson, railla Thomas, d'une voix si traînante qu'elle en paraissait presque désincarnée. Malheureusement, ça sera pour une autre fois.
La rapidité avec laquelle mon visage s'embrasa avait quelque chose de fascinant et, à en croire l'expression perplexe qui s'imprima sur le visage de Sirius, de légèrement inquiétant. Avant que les connexions ne se fassent dans son esprit embrumé par l'alcool, je détournai la tête vers Riley, pour la fusiller du regard.
— Sais-tu que près de 98% des morts subites qui ont lieu dans un hôpital ne donnent pas lieu à une enquête de la part des autorités ministérielles ? m'enquis-je d'un ton grinçant de sarcasme. Surtout si un simple regard à la scène de crime vient conforter la théorie d'une chute malheureuse sur un sol glissant.
Elle m'offrit son rictus le plus ironique.
— Une chance que mes parents soient diplomates au service du Ministre, dans ce cas, dit-elle d'un ton léger, en s'engouffrant dans la cabine carrelée. Je suppose que dépêcher la meilleure équipe d'Aurors ne sera pas un problème pour eux.
Et sans attendre de réponse de ma part, elle me tourna le dos et s'affaira autour du robinet au centre duquel le sceau de l'hôpital semblait avoir été dessiné. Il y eut comme un tremblement dans le conduit au-dessus de sa tête et, du pommeau usagé qui trônait au sommet de ce cagibi, des trombes d'eau déferlèrent tout à coup, dans une cacophonie de tous les diables.
— Mais qu'est-ce que tu fabriques ? m'entendis-je crier, en reculant pour éviter les gouttes qui nous éclaboussèrent brusquement, Sirius et moi.
M'ignorant royalement, elle posa son doigt sur le symbole de l'hôpital qui décorait le mur et, exactement comme moi devant l'armoire à potions de tout à l'heure, le fit glisser le long de la baguette. L'eau ne cessa pas pour autant de couler, mais au centre du mur, une fente entre deux mosaïques sembla s'agrandir, jusqu'à devenir suffisamment large pour permettre le passage d'une personne.
— Je sors d'ici, sourit-elle en se tournant vers nous. Et vous ?
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Fasciné par ce passage secret, je ne tardai pas à emboîter le pas à Riley, oubliant instantanément l'idée de trouver un sens au drôle d'échange dont je venais d'être le témoin. La pièce dans laquelle je me retrouvai la seconde d'après appartenait, de toute évidence, au même bâtiment ; les murs éblouissants de blancheur et l'odeur d'antiseptique y étaient aussi prégnants que depuis le début de notre périple ici. Ce n'était cependant pas le prolongement de la chambre que nous venions de quitter et, bien que mouillé jusqu'à l'os, je ne pus empêcher mes zygomatiques de s'étirer, éclairant mon visage d'un sourire immensément stupide.
— C'est génial ! m'extasiai-je en repoussant la mèche de cheveux collée à mon front, rencontrant ainsi les yeux brillants de fierté de Thomas. Je pensais que seul Poudlard recelait ce genre de choses.
Son regard moqueur, qu'elle accompagna d'un petit rire de gorge, ne tarda pas à me signifier que c'était une pensée stupide.
— Où est-ce qu'on est ? demandai-je pour couper court à tout quolibet.
Ses lèvres s'étirèrent en un sourire narquois, et, tournant sur moi-même pour me donner une contenance, je me retrouvai face à Mackenzie. La surprise, sa robe trempée contre sa poitrine, l'air vaguement acariâtre qui déformait les traits de son visage ; autant d'éléments qui, sur le moment, me firent déglutir.
— Dans le vestiaire des guérisseurs-stagiaires, indiqua cette dernière, sans sembler remarquer le mouvement de ma pomme d'Adam, en désignant d'un geste de la main une rangée de casiers. Comment as-tu découvert ce passage ?
Son amie haussa les épaules, le visage éblouissant de malice :
— Une glissade sous la douche qui a tourné à mon avantage, révéla-t-elle en jouant des sourcils. Enfin, si l'on excepte la vue panoramique sur l'arrière-train de Larbrouss qui, même si mon échelle de comparaison reste relativement faible, n'en a pas moins été traumatisante.
N'ayant qu'une vague idée de ce que pouvait signifier cette conversation, je restai silencieux. Mackenzie, pour sa part, éclata de rire.
— Il t'a vu ?
Riley secoua la tête en signe de dénégation.
— Si je n'avais pas été moi-même à moitié nue et en possession d'un moyen de sortir en douce de ma chambre de temps en temps, je n'aurais sans doute pas hésité à lui faire remarquer ma présence. Qui sait ce que serait capable de faire cet idiot pour que je taise cette humiliante rencontre au reste du personnel hospitalier ?
oOoOoOoOo
Mon peu de conscience professionnelle aurait dû me dicter de la réprimander pour son insouciance mais le simple fait d'imaginer Larbrouss menacé par une fille de six ans sa cadette ne fit que redoubler mon hilarité.
— C'est pour ça que je ne traîne jamais avec plus d'une fille à la fois, intervint Sirius en nous lançant à chacune un regard empreint de moquerie. Dès qu'elles se mettent à parler du beau fessier d'un type en caleçon, le reste du monde n'existe plus.
— Personne n'a dit qu'il était en caleçon, et encore moins qu'il était beau sans, répondit Riley d'un air mutin.
Black eut un gloussement suspect, pour lequel je lui décochai un regard goguenard. Il y répondit en m'envoyant, moqueur, un baiser du bout des doigts. Les sourcils qu'haussa Riley la seconde d'après m'indiquèrent qu'il était temps de changer de sujet ; le froid qui me faisait grelotter dans mes vêtements trempés s'imposa de lui-même à mon esprit.
— Une idée pour éviter que je ne rentre de ta soirée avec une pneumonie qui n'aurait rien de normal ? demandai-je donc à Sirius. Je ne peux pas utiliser la magie.
Ses yeux se posèrent, une seconde, sur ma silhouette et il tira rapidement sa baguette de sa poche. Alors qu'il s'apprêtait à s'en servir sur moi, Riley bondit entre nous, le faisant sursauter.
— Attendez ! claqua-t-elle d'une voix ravie, en se dirigeant vers la porte. Le type qui a mis en place ce système a pensé à tout.
Elle n'ajouta rien nous permettant de comprendre cette affirmation et tourna la poignée qui lui faisait face. A l'idée de tomber sur quelqu'un, mon cœur manqua un battement ; elle semblait cependant suffisamment habituée à se promener dans les couloirs pour savoir que celui-ci n'était pas surveillé au milieu de la nuit.
— Vous venez ? appela-t-elle depuis le corridor. Il n'y a personne !
J'échangeai un regard avec mon camarade Gryffondor, hésitante à l'idée d'obéir à une fille qui venait de me forcer, au moins indirectement, à prendre une douche toute habillée. Sirius, de son côté, paraissait avoir mis ses soupçons de côté puisque, l'instant d'après, il suivait le même chemin qu'elle. Le constat me fit un drôle d'effet : Black s'en remettait rarement aux gens – aux filles, surtout – sans les connaître. Et le moins qu'on puisse dire, c'était qu'il ne le connaissait pas.
— Mack, bouge-toi ! entendis-je pourtant, depuis l'autre côté. On va pas t'attendre toute la nuit !
L'excitation dans sa voix me fit grimacer et, d'un pas réticent, je me dirigeai à mon tour vers la porte.
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A peine eut-elle foulé le couloir du pied que l'air maussade sur le visage de Mackenzie s'envola. Le souffle d'air chaud qui s'était échappé de l'embrasure de la porte lorsque je l'avais dépassé rendirent à ses lèvres, jusqu'ici bleutées, des couleurs plus orthodoxes.
— Le type en question n'était pas aussi doué que ça, marmonna-t-elle tout de même, après s'être tournée vers Riley. Ce sort s'active à chaque fois que quelqu'un sort de cette pièce, pas seulement quand la personne est trempée.
Thomas jeta un coup d'œil à sa montre, l'ignorant délibérément.
— La prochaine visite de routine pour vérifier que les fantômes que vous êtes ne m'ont pas réduit au silence aura probablement lieu dans cinq ou six heures, estima-t-elle, en nous entraînant résolument vers une porte qui cachait un grand escalier. Ça nous laisse le temps de rôder un peu dehors.
J'esquissai malgré moi une moue déçue. Rôder ici, sous la cape de James, et découvrir les secrets de l'hôpital le plus célèbre de la Grande Bretagne magique me semblait nettement plus intéressant que de traîner des pieds dans la neige boueuse qui recouvrait actuellement la ville de Londres.
Exposer mon point de vue à une gamine coincée entre ces murs depuis un bon moment était cependant risqué ; si, deux étés plus tôt, quelqu'un m'avait proposé une visite guidée des sous-sols attenants au manoir de mes parents après un mois de juillet pluvieux à leurs côtés, je n'aurais pas donné cher de sa peau, en tous cas.
Mackenzie, dont j'attendais inconsciemment la remarque réticente, se contenta de soupirer avec fatalité :
— Ne perdons pas de temps, dans ce cas.
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Avant de disparaître sous le tissu translucide que lui tendit Sirius, Riley m'adressa un sourire teinté de reconnaissance, qui, je dus bien l'admettre, me gonfla bêtement le cœur. Son effet apaisant n'eut cependant aucune influence sur mes sursauts répétés, alors que nous descendions à pas feutrés l'escalier principal. Sans la cape sur notre dos, je me sentais libre de mes mouvements mais paralysée par la peur que quelqu'un sorte de nulle part pour nous demander ce que nous faisions là.
Il ne fallut d'ailleurs pas bien longtemps pour que cela arrive ; le Hall étant quasiment désert, Augustus, à l'accueil, n'eut aucun mal à nous repérer, alerté, sans doute, par le bruit des chaussures que j'avais remises.
— Mackenzie ! appela-t-il, avec de grands moulinets des bras destinés à attirer mon attention. Qu'est-ce que tu fais ici ? Et c'est qui, ce type ?
Je vis la bouche de Sirius s'ouvrir dangereusement pour lui répondre vertement quel genre de « type » il était mais, d'un violent coup d'épaule, je réussis à le faire taire.
— J'ai oublié ma baguette avant de partir, au vestiaire ! grommelai-je, attrapant au vol la première pensée qui me vint. C'est mon... mon cousin, il m'a fait transplaner ici. Bonne nuit !
Et d'un geste, je tirai Black vers l'extérieur, ignorant la grimace qui déformait ses traits.
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— Ton cousin ? grognai-je dès que nous fûmes dehors. Et pourquoi pas ton frère, tant qu'on y est ?
Elle haussa les sourcils devant la rudesse de mon ton, sans se douter de la poussée d'agacement qui me tordait actuellement le ventre.
— Tout le monde ici sait que je n'ai qu'un frère et qu'il s'appelle Adrian, répondit-elle simplement.
Je me renfrognai sans raison apparente et, considérant en avoir fini avec moi, elle tourna sur elle-même, en appelant le nom de Riley à plusieurs reprises.
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Il y eut un silence, au cours duquel le froid qu'il faisait m'apparut de façon encore plus crue. Au moment où je regrettais d'avoir fait sortir Thomas de l'hôpital sous une cape d'invisibilité qui lui permettrait aisément de me fausser compagnie, elle refit son apparition, rejetant le vêtement en arrière pour ouvrir les bras et respirer un grand coup. Même le fait d'être vêtu de son pyjama, qu'elle avait oublié de remplacer par une tenue plus décente dans sa précipitation, ne semblait pas la gêner ; bien malgré moi, cette vision me fit sourire.
— Et maintenant, qu'est-ce qu'on fait ? demanda Sirius d'un ton brusque, qui mit fin à l'instant.
— On retourne à la soirée ? proposai-je en regardant ma montre, pour constater avec horreur que mon couvre-feu n'était pas loin d'expirer.
Riley considéra l'idée un instant, avant de secouer la tête.
— J'ai besoin de me promener, exposa-t-elle, sur le ton de l'évidence. Pourquoi pas du côté moldu ?
Le visage de Sirius perdit toute trace de défiance, s'éclairant soudain d'un sourire, comme à chaque fois que son côté rebelle trouvait le moyen de défier ses parents à distance.
— Tu connais le côté moldu ? s'enquit-il avec avidité. Comment ?
Tandis que Riley s'épanchait sur la question en évoquant son grand frère Darius, dont le but, depuis sa majorité, était de mettre le plus de distance possible entre le monde sorcier et lui, je soupirai, l'estomac noué. Tenir la chandelle entre ces deux-là me paraissait désormais presque pire que d'essuyer les remarques moqueuses de Daniel et Desdemona, dans un coin du salon bruyant des Potter.
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— Ton frère n'a pas étudié à Poudlard ? m'étonnai-je, alors que nos pas nous menaient tranquillement vers le bout de l'allée.
Sa moue fut une manifestation éloquente de son irritation.
— Il a eu un précepteur pendant sept ans et une autorisation spéciale pour pratiquer la magie en dehors de l'école pendant les périodes scolaires, quand tous les autres étaient à Poudlard ou ailleurs, expliqua-t-elle, l'air si excédé que je n'eus aucun mal à en conclure que la chose l'exaspérait. Mes parents pensent que nous faire parcourir le monde avec eux pour les observer « réformer les relations diplomatiques de l'Angleterre » est bien plus instructif que de « se retrouver coincé avec d'autres adolescents shootés aux hormones pour apprendre à changer une chenille en ver de terre ».
Elle avait mimé des guillemets de ses deux mains dans un geste plein de mépris ; je ne pus m'empêcher de ricaner.
— Il y a pire comme parents, commentai-je d'un ton dégagé. Les miens étaient plutôt pas mal, dans leur genre.
Son air agacé se changea en une grimace désolée.
— Ils sont morts ?
La petite voix qu'elle venait d'arborer me fit penser à celle dont usait parfois Mackenzie, dont j'entendais les pas traînants derrière nous. Je lui jetai un regard à la dérobée, espérant chasser par ce geste le drôle de sentiment, entre colère et déception, qui continuait de me serrer le ventre chaque fois que je songeais à mes parents. A la place du sourire rassurant qu'elle m'adressait quand le sujet se retrouvait de nouveau sur le tapis, je ne rencontrai qu'une mine renfrognée.
Avec un soupir, je reportai donc mon attention sur Riley pour souffler, avec un certain fatalisme :
— Ça aurait été tellement plus simple qu'ils le soient.
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La phrase que venait de lâcher Sirius comme une banalité de plus eut l'avantage de mettre fin, à mon grand soulagement, à cette discussion ; entendre les deux héritiers d'une famille aisée discuter précepteurs et autres joyeusetés ne faisait que me renvoyer à la figure la longue liste de nos incompatibilités.
— On a qu'à aller près de chez moi, suggéra Black après cinq minutes d'errance, en s'arrêtant devant une volée de marches dans laquelle s'engouffrait justement un groupe d'une dizaine de personnes habillées de la plus étrange des manières. Ça doit pas être très loin et c'est dans un quartier moldu.
J'accueillis la proposition avec une exclamation étouffée.
— Chez toi ? répétai-je, en tournant un visage scandalisé dans sa direction. Tu ne m'as jamais dis que tu avais un « chez toi » !
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Mon regard convergea du drôle de bonhomme au jean déchiré sous la fesse gauche qui cheminait devant moi au nez froncé de Mackenzie. Dans un geste attendri, j'entrepris de lui ébouriffer les cheveux mais elle se décala d'un pas, anticipant sans doute mes intentions. Je lui offris alors mon expression la plus innocente.
— Et bien, tu seras la première à visiter, répliquai-je, avec malice. C'est encore mieux que d'être la première à l'apprendre.
Elle plissa les yeux, soupçonneuse – et, j'eus envie de le croire, jalouse. Cette simple pensée me fit sourire.
— La première, tu dis ?
Je grimaçai devant sa clairvoyance.
— James est venu avec moi, une fois, admis-je tout de même, avec réticence. Son père s'est porté garant pour moi, il a plus d'expérience avec la paperasse moldue.
Elle accueillit la réponse avec une moue et balaya mon argument d'une main, sans toutefois le commenter.
— Vous avez fini de vous chamailler pour des broutilles, tous les deux ? nous interrompit finalement Riley, en nous observant tour à tour d'un air ennuyé. Vous aurez tout le temps de le faire quand je ne serais plus dehors avec vous !
La remarque fit immédiatement effet et avec précaution, nous commençâmes à suivre la foule de curieux personnages qui s'élançaient vers les souterrains du métropolitain – ou était-ce métrofolitain ? Merlin, comme les cours d'Études des moldus étaient loin !
Peut-être était-ce le jour de l'an et ses effluves d'alcool qui l'expliquaient mais, dans le compartiment relativement rempli du train qui nous mena vers le Nord de la ville, personne n'eut l'air franchement étonné de côtoyer une adolescente en pyjama blanc et un garçon emmitouflé d'une longue cape noire. Seule Mack, dont la robe bleutée avait l'avantage de la simplicité, semblait se fondre aisément dans ce décor pittoresque.
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Se perdre dans le métro de Londres nous prit encore une heure ; presque autant, finalement, que de trouver le fameux « chez lui » de Sirius à travers le dédale des rues du fameux quartier dans lequel il « vivait » – ou vivrait, plus vraisemblablement. Ce furent les connaissances encyclopédiques du Gryffondor en matière d'Astronomie qui nous sauvèrent des engelures, me démontrant au passage que ces fins de soirées à observer des étoiles du sommet de la plus haute Tour de Poudlard, pendant cinq ans, pouvaient potentiellement s'avérer utiles.
Arrivé devant un immeuble à l'allure classique, Black esquissa enfin un sourire avant de pousser d'un coup de pied violent la porte pour nous laisser passer. La cape qu'il avait subtilisé à l'hôpital avait terminé sur les épaules fragiles de Thomas et, malgré mes protestations, il s'était senti obligé de me tendre la veste ridicule dont il s'était afflué en début de soirée, donnant aux flocons qui tombaient de temps à autre du ciel noir un libre accès à ses bras rougis.
Ressortir de son appartement – une série de pièces agencées de façon intéressante mais dépourvues du moindre meuble – ne semblait donc pas au programme.
Après plusieurs essais infructueux, Sirius réussit à faire apparaître plusieurs fauteuils dont les rembourrures moelleuses m'appelèrent à grands cris ; incapable de retenir plus longtemps un bâillement disgracieux, je me laissai lourdement tomber sur l'un d'eux, sans plus me soucier de l'heure qu'il était, de la possibilité que quelqu'un découvre ce que nous venions de faire ou de la conversation qui continuait joyeusement à mes côtés. De temps en temps, une onomatopée ou un hochement de tête m'échappait, lorsque Sirius me demandait de confirmer à Riley l'une des blagues stupides qu'il avait orchestré ou le nombre de retenues qu'il avait jusqu'ici collectionnées.
Papillonnant des paupières avec excès pour tenter de ne pas sombrer dans le sommeil, ma dernière pensée cohérente fut marquée de l'espoir qu'il n'aille pas lui raconter tous les sales coups qu'il m'avait réservé avant de m'accorder, si difficilement, l'amitié qu'il semblait lui offrir, à elle, sur un plateau d'argent.
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— On la réveille ?
La question de Riley, assise en tailleur sur le siège à côté du mien, me fit sursauter. Je détachai mes yeux de l'image de Mack qui, sur le fauteuil d'en face, s'était assoupie, la bouche à demi-ouverte.
— Je sais pas, soupirai-je à regret, en souriant malgré moi. Elle est plutôt mignonne comme ça, non ?
L'adolescente me décocha une œillade étrangement joyeuse avant de se ranger à mon avis et de jeter un œil sur sa montre.
— Tu vas devoir me raccompagner tout seul, alors, signala-t-elle en se levant. Si quelqu'un découvre mon absence, on risque un peu plus qu'une retenue.
J'échangeai avec elle un regard complice ; nous venions de passer près de deux heures à comparer la dangerosité de nos expéditions et le nombre de nos heures de retenue respectives, duel que j'avais gagné à plat de couture. J'avais appris à cette occasion que Riley avait intégré l'école d'Ilvermorny, aux États-Unis, pendant une courte année, avant que ses parents, de retour dans leur Grande-Bretagne natale, ne lui réserve le même sort qu'à son frangin : un précepteur barbant, disait-elle, auquel elle était ravie de pouvoir échapper ces derniers temps.
— Très bien, fis-je en bondissant sur mes jambes à mon tour. Transplaner à deux est moins risqué qu'à trois et sans Atkinson traînant sa carcasse de peureuse derrière nous, on pourrait faire un tour de l'hôpital sous la cape, non ?
D'un signe de tête enthousiaste, elle acquiesça et commença à babiller sur un passage clandestin menant des toilettes du rez-de-chaussée à une salle de soins de l'étage du dessus, me laissant songeur quant à cette fixette que le bâtisseur de l'endroit semblait avoir développé à l'égard des sanitaires.
Un instant plus tard, loin de se montrer aussi hésitante que Mackenzie, elle me tendit ses deux mains. Avant de disparaître avec elle, je ne pus m'empêcher de poser un œil attendri sur ma camarade, toujours endormie.
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Ce fut une pression de plus en plus forte autour de mon poignet, pareille à celle d'un étau, qui me sortit de mon sommeil dans un sursaut. Le dos douloureux et la gorge sèche, je me surpris à papillonner des paupières pendant plusieurs secondes avant de me souvenir de l'endroit où je me trouvais.
Chez Sirius. Avec lui et Riley.
Seul Black, pourtant, était actuellement agenouillé devant mon fauteuil, un sourire un brin moqueur lui étirant les lèvres.
— Où est Riley ?! demandai-je, prise de panique, en me levant d'un bond.
Pour toute réponse, il émit un grognement, dont l'écho douloureux me fit instinctivement baisser les yeux.
Dans ma précipitation à me relever, j'avais envoyé mon genou droit sur son visage, le faisant basculer vers le sol, là où il se tenait actuellement le nez d'une main, gémissant. Aussi efficacement que si un verre d'eau m'avait été envoyé à la figure, la vision acheva de me sortir du sommeil cotonneux dans lequel j'évoluais jusqu'alors et je me retrouvai accroupie sur le sol près de lui, marmonnant à plusieurs reprises à quel point j'étais désolée.
Quand je voulus poser ma main sur la sienne pour évaluer les dégâts, sa bouche forma une protestation grimaçante et il se releva avant que je n'ai pu m'approcher de trop près.
— C'est bon, grinça-t-il avec humeur, le nez en sang et les sourcils froncés. Reste là où tu es.
Mes épaules s'affaissèrent, et la gorge nouée, je fis même quelques pas en arrière, en laissant mon regard scanner rapidement le reste de la pièce.
Où avait-il donc enfermé Thomas ?
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L'expression de Mack s'assombrit quelque peu, mais tout à ma douleur, je fus incapable de m'en émouvoir. Un peu étourdi, je me traînai jusqu'à un fauteuil pour rassembler mes pensées, tout en tâtant précautionneusement mon nez du bout des doigts. Chaque frôlement de peau sur l'os m'arracha un grognement, ce qui m'amena à la conclusion, évidente, qu'il était cassé.
Après une bonne minute d'immobilité, durant laquelle je sentis son regard peser furtivement sur moi à plusieurs reprises, Atkinson répéta la question qui m'avait mis dans cet état.
Je réussis à mettre mon humeur massacrante de côté pour lui répondre, d'une voix étrangement nasillarde :
— Je l'ai raccompagnée à l'hôpital pendant que tu dormais. On ne voulait pas te réveiller.
Sans doute consciente que ma blessure lui faisait endosser le mauvais rôle, elle se contenta de détourner la tête dans un geste nerveux ; pas dupe pour une noise, je devinai qu'elle était froissée d'avoir été mise de côté. La pointe de jalousie que j'avais perçu en début de soirée dans sa voix me revint en mémoire et j'esquissai malgré moi un sourire.
— Tu me raccompagnes aussi, dans ce cas ? souffla-t-elle timidement, résignée à demander mon aide.
Sentant la situation tourner de nouveau à mon avantage, je fis un effort pour me redresser et hocher la tête en signe d'assentiment.
— Je ne peux pas transplaner directement chez toi sans connaître l'endroit, lui rappelai-je, après avoir respiré par la bouche. On a qu'à retourner chez James, et tu pourras utiliser sa cheminée pour rentrer.
Ma proposition ne lui arracha qu'un rictus embarrassé.
— Si je fais crépiter la cheminée de mon salon maintenant, tu risques de ne plus jamais entendre parler de moi, commenta-t-elle, d'un ton détaché qui sonnait faux. Je devais rentrer pour une heure du matin.
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Avec la moitié d'un sourire sur les lèvres, il regarda sa montre. Son nez était bleu et gonflé mais il ne semblait plus s'en soucier ; se moquer de moi avait toujours été plus fort que tout.
— Ce qui élève ton retard à plus de cinq heures, estima-t-il dans un murmure railleur.
Se doutant probablement qu'un tel laisser-aller n'était pas dans mes habitudes, il prit un malin plaisir à m'entendre déglutir. Par Merlin, pourquoi avais-je décidé de le suivre, déjà ?
— De toute façon, Adrian a bien dû rentrer sans moi et remarquer mon absence, soupirai-je avec fatalité. Je préférerais quand même éviter de débarquer pendant le petit-déjeuner de mes cousins. Pour l'exemple, tu vois ?
Il eut un regard faussement compatissant dans ma direction et se leva, les yeux brillants.
— Viens, dit-il en attrapant ma main pour me placer face à lui, prêt à transplaner à nouveau. J'ai une idée.
Plus encore que la future sensation d'écrasement dans la poitrine que ce nouveau déplacement me faisait présager, ce fut l'accent d'excitation dans sa voix qui me fit appréhender.
Combien d'idées avait-il par jour ? De toute évidence, beaucoup trop. Et celle-ci me faisait déjà peur.
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Je réapparus avec elle dans le garage attenant au manoir des Potter.
La musique qui résonnait quand nous l'avions quitté avant les douze coups de minuit avait laissé place à un calme presque effrayant. Godric's Hollow, en hiver, avait toujours eu ce petit coté enchanté qui, dans mon enfance, avait tant manqué aux alentours lugubres du 12, square Grimmaurd. Du moins, c'était ce que je m'étais toujours imaginé ; un coup d'œil autour de moi m'apprit qu'à six heures du matin, un premier janvier, c'était seulement frisquet et désespérément désert.
L'œil suspicieux et le visage un peu pâle, Mackenzie tourna sur elle-même, sans se soucier une seconde de la vue sur le village qu'offrait l'une des fenêtres restées ouvertes ; son regard venait de tomber sur mon « idée » et elle me lança un regard consterné.
— J'ai transplané deux fois en une nuit, déjoué la surveillance de trois guérisseurs grâce à une cape d'invisibilité, pris une douche froide toute habillée pour sortir d'un hôpital déprimant, fait le tour de Londres en métro et marcher dans le froid en suivant les étoiles, énuméra-t-elle avec une lassitude et une fatigue évidentes. Il est hors de question que je monte là-dessus !
J'haussai les épaules avec un soupir résigné.
— Il reste le balai de James, dis-je avec une fausse bonne volonté en désignant au hasard un placard dans le fond. Si tu t'accroches bien et que je vole vite, il se peut même qu'on arrive chez toi avant midi.
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Je savais pertinemment qu'il mentait mais qu'il allait gagner, une fois de plus : Potter tenait trop à son Nimbus pour le cacher dans un placard délabré du fond de son jardin ; mais j'avais le vertige et Sirius, bien sûr, était au courant. Avec un soupir théâtral, je levai des yeux implorants vers le ciel avant de les poser de nouveau sur lui.
— Et comment on fait pour savoir dans quelle direction aller, avec ce truc ? Je vis à des kilomètres !
Tout sourire, et visiblement ravi de la question, il se dirigea résolument vers l'énorme moto. Le souvenir de Lily parlant d'un trafic de magie autour de cet engin s'imposa à moi une seconde, douchant de façon incroyablement rapide mon peu d'enthousiasme. Insensible à mes réserves, Sirius me demanda d'approcher, avant de tracer de sa baguette, sur ce qui semblait être un tableau de bord, les six lettres du comté d'Exmoor, où j'habitais. Si ce n'est quelques étincelles à l'extrémité du bout de bois et un bruit ronronnant, indiquant que le moteur venait de se mettre en marche, il ne se passa rien de spécial.
— Fais moi confiance, dit-il en enjambant le siège pour s'asseoir avec aise. Je te promets qu'on sera là-bas dans moins d'une heure.
Me voyant hésitante, il tapota avec impatience le siège derrière lui et, trop fatiguée pour batailler, je finis par y prendre place, avec une certaine appréhension. N'était-ce pas cette chose qui, moins d'une semaine plus tôt, avait envoyé James à l'hôpital ?
— Accroche-toi à moi, me conseilla Sirius en se dirigeant précautionneusement vers le centre du jardin des Potter. Ça risque de secouer un peu.
Aucune de ses directives, cependant, n'aurait pu me préparer à ça.
Dès qu'il fut sûr que mes bras avaient fermement enserré sa taille, Sirius démarra et je constatai avec affolement qu'il se dirigeait droit vers la haie de jardin de sa famille de substitution, sans sembler s'en inquiéter plus que de raison. J'émis un grognement sourd dans son dos, et ne récoltai en réponse qu'un grand rire amusé – assorti, j'en étais presque sure, d'un grand coup d'accélérateur. Au moment où la vue de la haie de plus en plus proche menaçait de me faire hurler, un haut-le-cœur inattendu m'empêcha ne serait-ce que d'ouvrir la bouche, au risque de vomir le contenu de mon estomac sur Sirius.
Au lieu d'un cri, je resserrai ma prise sur ce dernier et fermai les yeux, affolée.
Jamais je ne me serais doutée que cette moto pouvait voler.
oOoOoOoOo
Plus l'engin prenait de l'altitude, et plus Mackenzie était prise de panique. Je le sentais. Littéralement. Physiquement.
A un mètre du sol, elle serra ses petits bras craintifs si fort autour de mon ventre que je manquai de m'étouffer. Pour assurer ma survie, je me vis forcer de retirer l'une de mes mains du guidon pour tenter de lui faire doucement lâcher prise. Voir ma main baladeuse se désintéresser du contrôle du véhicule l'alarma suffisamment pour que, retrouvant un tant soit peu de sa lucidité, elle cesse de me presser comme le citron que je n'étais pas.
A cent mètres d'altitude, lorsque les arbres se transformèrent en brindilles et que la neige ne fut plus qu'une surface blanche, lisse et soyeuse, ses ongles s'enfoncèrent si profondément dans la peau de mes avant-bras que je dus inspirer profondément à plusieurs reprises pour continuer à avancer comme si de rien n'était.
Lorsqu'enfin, l'humidité grisante des nuages laissa sur notre peau une pellicule de sueur froide, indiquant que nous étions désormais plus proche du ciel que du sol, ce furent ses dents que je sentis s'enfoncer à la base de mon cou, là où son visage s'était innocemment posé, quelques minutes plus tôt. La férocité de l'acte m'arracha une flopée de jurons et, pour supporter cette douleur passagère et nous éviter le crash, je serrai avec fébrilité le volant.
Fort heureusement, elle lâcha prise presque immédiatement, comme si me faire partager sa terreur l'avait calmée, et, arquant le dos pour essayer de me détendre à nouveau, je me jurai de ne plus jamais, jamais, jouer avec les peurs de Mackenzie.
C'était dans ces moments-là qu'elle s'avérait la plus dangereuse.
oOoOoOoOo
Au bout de ce qui me sembla une éternité, la moto perdit de l'altitude, faisant grossir encore davantage l'appréhension qui m'emplissait l'estomac. Je détestais par-dessus tout les descentes et les atterrissages.
De temps à autre, j'osai furtivement ouvrir les yeux, pour constater que la nuit commençait doucement à s'éclaircir, annonçant une aube que je n'avais pas vu venir. Quand, enfin, le véhicule s'écrasa sur le sol dur et caillouteux d'une route de campagne, dans un vrombissement, je ne pus retenir un soupir de soulagement. Sirius, pour une raison qui m'échappait, savait exactement où il allait et quelle route suivre. Vidée de mes forces, je ne trouvai même pas le courage de l'interroger sur le sort qu'il avait probablement jeté à cette moto et me contentai de serrer prudemment sa cape, au cas où l'idée saugrenue de se lancer à la conquête du ciel le reprendrait.
Les rues du village étaient vides de tout habitant, à mon grand soulagement ; me voir revenir à l'arrière d'une moto en compagnie d'un garçon aux cheveux noirs et rebelles aurait ravi mes voisin(e)s assoiffé(e)s de ragots. La maison rougeâtre de mes parents, égale à elle-même et identique à toutes les autres, finit par se dresser devant nous et l'intelligente moto de Sirius commença à dangereusement bourdonner, comme pour indiquer à ce dernier de s'arrêter. Dès qu'il eut coupé le moteur, je lâchai mon camarade, qui sauta à pieds joints sur le sol poisseux, comme si un hippogriffe était à ses trousses.
Or, j'étais l'hippogriffe en question et une vague de culpabilité me fit baisser la tête.
— Tu es folle, décréta-t-il en se contorsionnant étrangement pour se masser le cou d'une main. Complètement folle !
Je considérai en rougissant son nez déformé, la peau sèche de ses bras faiblement recouvert par la cape, sa drôle de posture. En une nuit, j'avais défiguré Sirius avant de le mordre violemment : il avait donc probablement raison.
oOoOoOoOo
Elle eut le bon goût de paraître gênée.
— Je suis désolée, marmonna-t-elle du bout des lèvres, en se levant à son tour avec hésitation. A ma décharge, tu savais parfaitement que j'avais le vertige ! Adrian te l'a dit.
Je voulus renifler avec dédain mais ne put que grimacer de douleur. J'en avais presque oublié qu'elle m'avait aussi cassé le nez.
— Tu n'es qu'une espèce de sauvage, commentai-je avec une irritation redoublée, ignorant sa justification. Est-ce que c'était une forme de punition sordide parce que la soirée ne s'est pas passée comme tu l'entendais ?
Elle haussa les sourcils de surprise devant ma déclaration, stupide s'il en est. A ma décharge : c'était la douleur qui parlait.
— De quoi tu parles ? Tu viens de me faire virevolter à des kilomètres du sol ! rappela-t-elle avec une grimace. Je ne me venge de rien du tout.
Pour quelqu'un qui venait de vivre l'une de ses plus grandes peurs, elle était quand même drôlement calme. Les nerfs à vif d'avoir été mordu, je ne pus m'empêcher de continuer sur ma lancée, avec une ironie mal dosée :
— Alors comme ça, tu n'as pas été jalouse de Riley toute la soirée ?
oOoOoOoOo
La question m'estomaqua ; le sérieux avec laquelle il l'avait posé encore davantage.
— Que...Quoi ?
Il eut un sourire perfide, sûr d'avoir atteint son objectif.
— Ne fais pas l'innocente, tu as boudé tout du long.
Je croisai les bras dans un geste bêtement défensif, avant de le fusiller du regard.
— Tu peux parler, monsieur je-suis-jaloux-de-la-petite-amie-de-mon-meilleur-ami ! grognai-je avec colère. Tu n'es pas mieux !
A l'évocation d'Evans, il parût littéralement se gonfler de colère avant de brusquement laisser ses épaules s'affaisser. Était-il lui aussi sensible à la fatigue d'une nuit blanche, finalement ? Parce que mes nerfs à moi commençaient définitivement à me lâcher.
— Alors, tu étais jalouse ? conclut-il dans un sourire, tout à coup railleur. Vraiment ?
Mes joues rougissantes me trahirent avant même que je n'ai pu le détromper vertement et je dus me forcer à ne pas grogner lorsque son rictus victorieux s'agrandit.
Ce n'était pas de la jalousie ! Juste... juste le sentiment désagréable de me faire voler ma place, lors d'une soirée où il aurait dû tenter de se racheter une conduite auprès de moi, et non de Riley. Le lui expliquer était cependant absolument inenvisageable.
oOoOoOoOo
— Bien sûr que non, se rengorgea-t-elle finalement, mais trop tardivement. C'était une bonne soirée.
Son manque d'enthousiasme me fit légèrement sourire, et j'en oubliai toutes mes doléances. Il était temps d'en profiter un peu...
— On recommencera alors ?
— On recommencera quoi ?
Soupçonneuse, comme toujours. Mon sourire s'agrandit.
— Une expédition nocturne, lâchai-je avec nonchalance. Avec ou sans Riley.
Elle me décocha un regard clairement sceptique, semblant peser le pour et le contre. Si je me laissais aller à cet exercice, je devais admettre que les contre l'emportaient largement. En une nuit, j'avais récolté plus de blessures qu'en plusieurs dizaines de lunes avec un loup-garou enragé. Mais courageux pour courageux...
— Si tu veux, grommela-t-elle finalement, avec réticence. Si tu promets qu'il n'y aura ni balais, ni moto volante.
— Tu peux compter sur moi, assurai-je dans un ricanement. A condition que tu ne me mordes plus !
Elle marmonna un nouveau « désolée » timide, avant de m'indiquer d'un signe de la tête qu'elle voulait désormais rentrer chez elle et que je lui bloquais l'entrée. Avec un sourire, je fis un pas de côté.
— L'art du compromis, c'est définitivement ce que je préfère chez toi, lui dis-je d'un ton joyeux. A plus, petite sauvage !
Avant qu'elle n'ait eu le temps de réagir, j'avais déjà déposé sur sa joue un baiser rapide, glissé un nouveau « Bonne année » de rigueur et enjambé ma moto pour une nouvelle promenade en hauteur.
oOoOoOoOo
Après l'avoir observé une seconde ne devenir qu'un point minuscule dans le ciel désormais clair, je pris une profonde inspiration et me décidai à entrer chez moi. Le petit jardin infesté de mauvaises herbes était étrangement vide, après une semaine à y voir une bande de gamins brailleurs s'y disputer fiévreusement du matin au soir. Contrairement à ce que j'avais imaginé sur le chemin du retour – outre les scénarios catastrophes au cours desquels la moto de Sirius s'écrasait dans la rivière qui bordait notre village – mon père furieux ne m'attendait pas sur le pas de la porte. Ni, derrière la porte.
En vérité, le seul bruit qui perturba le calme de la maison lorsque j'y entrai fut celui de mes clés – et de mes pieds.
A pas silencieux, je traversai le couloir, le cœur d'abord battant puis, à mesure que j'approchais du salon, un peu plus sereine. Aucune lumière ne filtrait à travers les rideaux sombres de la pièce, qui semblait vide. Sans plus m'y attarder, je m'apprêtai à poser le pied sur la première marche menant à l'étage, grisée par ma chance, quand une voix dans mon dos me fit sursauter.
— Alors, comme ça, on découche ? fit la voix – amusée ? – de mon oncle Sam, en provenance du salon. Ça m'étonne de ta part !
Mon cœur s'emballa de nouveau alors que mon pied droit retombait mollement sur le sol, près de son double. Je me tournai au ralenti vers le salon, pour constater que le frère de mon paternel y était assis sur un fauteuil, près de la fenêtre, le bout de la baguette éclairée. Heureusement, il semblait seul. Et il souriait.
— C'était ton petit copain dehors ? s'enquit-il avec intérêt, m'arrachant un grognement de lassitude. Votre dispute avait l'air électrique !
— Sirius est un ami, lui fis-je savoir simplement. Et on ne se disputait pas.
— Sirius Black ? sourit-il avec un ravissement étrange. Kathleen en a parlé, la semaine dernière, en rentrant de l'hôpital.
Le soupir qui m'échappa était clairement agacé. J'aurais dû m'en douter.
— C'est un ami, répétai-je du bout des lèvres. Et... euh... On avait quelque chose d'important à faire, qui a duré un peu plus longtemps que prévu, c'est tout.
Il répondit d'un rictus amusé ; je devais définitivement apprendre à mentir.
— J'imagine, commenta-t-il en agitant sa main en l'air avec un clin d'œil. Ça restera notre secret, si tu veux. Quand Adrian est rentré sans toi, pris de panique, j'ai prétendu que tu étais rentrée plus tôt, par cheminée. S'il apprend ce qui t'a retenu, il serait capable de sortir sa plus jolie batte de Quidditch et de refaire le portrait de ton ami.
Je lui lançai un regard consterné, hochai tout de même la tête en le remerciant et m'apprêtai à monter furtivement, heureuse d'avoir échappé au courroux familial, lorsqu'il ajouta, plein de malice :
— J'espère que vous vous êtes protégés, au moins !
Le visage horrifié que je tournai vers lui le fit éclater de rire.
oOoOoOoOo
Je ne fus de retour chez les Potter qu'à huit heures passées.
Dans un moment de sagesse rare, j'avais décidé de parcourir les derniers kilomètres me séparant de Godric's Hollow sur la terre ferme, pour éviter que le faible sortilège de désillusion qui empêchait les Moldus de me repérer ne s'estompe.
Dans le salon, poussière, gobelets, assiettes, cotillons, et autres saletés donnaient une idée assez claire du bazar qui avait régné ici pendant une bonne partie de la nuit. James, en piteux état, était étalé de tout son long sur le canapé qui avait repris, sans trop savoir comment, sa place initiale. Au bout du divan, somnolait Peter, le menton dans son torse, tandis que Remus, l'air un peu hagard mais parfaitement éveillé, traçait des motifs géométriques sur le sol avec son index.
Lorsque le bruit de mes pas traînants lui parvint, il releva légèrement la tête et m'observa d'en bas avec un sourire moqueur.
— Un revenant, constata-t-il, en scrutant mon visage de ses deux yeux plissés. Qu'est-ce qui est arrivé à ton nez ?
Avant que je n'ai pu trouver quoi répondre, un grognement échappa à Potter que je croyais encore endormi, mais qui venait de s'emparer de son crâne dans un geste semi-dramatique. La vision me fit sourire.
— Arrête de crier, Lunard, gémit-il en ouvrant avec réticence ses yeux craintifs, papillonnant des paupières pour s'adapter à la lumière.
Il tourna un œil vers moi, m'analysa un instant avant de demander à son tour :
— T'étais où toute la nuit ? Et qu'est-ce qui est arrivé à ton nez ?
Répétée, la question m'arracha un soupir désabusé ; Mackenzie m'avait définitivement défiguré. Sans répondre, je retirai ma cape et me laissai tomber à côté de Remus, aux pieds de Peter, arrachant à ce dernier un brusque sursaut. Il jeta un regard perdu autour de lui, avant de se redresser.
— Patmol, t'as quoi au cou ? demanda-t-il en touchant d'un doigt la morsure douloureuse qu'y avait laissé la Serdaigle. Tu t'es fais mordre ou quoi ?
Je fermai une seconde les yeux, évitant les regards inquisiteurs de mes copains ; en les rouvrant, je constatai qu'Evans était sur le pas de la porte, en pyjama fleuri, un sourire narquois sur les lèvres. Je déglutis.
— Alors, cette nuit avec Mackenzie ? me lança-t-elle en s'approchant de nous, arrachant à Peter une exclamation étouffée. Comment c'était ?
Je la fusillai du regard, en entendant James se relever avec un intérêt nouveau et une gueule de bois moins conséquente.
La matinée allait être longue.
oOoOoOo
Trois jours plus tard, je retrouvai mon vieux groupe de copains dans le Poudlard Express, tiraillée par des sentiments contradictoires : même si quitter la résidence de mes parents signifiait également abandonner sans regrets la réunion de famille interminable qui s'y était déroulée, c'était le cœur légèrement serré que j'avais laissé Riley entre les mains de ma mère et, pire encore, de ma tante. Malgré tous les défauts qui faisaient d'elle l'une des personnes les plus insupportables que j'avais eu l'opportunité de rencontrer jusqu'ici, je sentais qu'elle allait me manquer.
Sans ses piaillements résonnant avec une agaçante constance à mes oreilles, le compartiment du train dans lequel nous avions élu domicile me paraissait d'ailleurs anormalement calme. Il fallut près d'une heure de silence pour que la voix de Holly vienne mettre fin à cette inhabituelle quiétude.
— Mystérieux, en neuf lettres ? demanda-t-elle en relevant la tête du magazine dans lequel elle était jusqu'ici plongée.
Un silence pensif flotta quelques secondes dans la petite pièce, alors que chacun de nous s'arrachait à ses occupations pour accorder un court instant de réflexion à cette énigme.
— C'est stupide, ce mot a déjà neuf lettres, fit pensivement remarquer Duncan qui, assis face à Cygnus et Daniel sur le sol, était en pleine partie de cartes explosives. L'intérêt des mots croisés, c'est de chercher des mots en trois lettres qui en résument d'autres qui en font quinze. Pas de chercher un synonyme en dix lettres pour un mot de la même longueur.
Dirk lui adressa un regard agacé, comme s'il s'en voulait, par moments, d'avoir un meilleur ami aussi intelligemment stupide. J'ignorai la voix mesquine qui me soufflait que personne d'autre en ce bas monde ne serait jamais capable de lui accorder une telle amitié et reportai, à contre-cœur, mon attention sur mon devoir de Métamorphoses que j'essayais désespérément de terminer pour pouvoir m'occuper de celui de Potions.
— En fait, il en fait dix, corrigea machinalement Aïda. Pas neuf.
Personne ne lui répondit quoi que ce soit, de sorte qu'un nouveau silence s'installa, entrecoupé par les soubresauts du train et les brides de conversation fugaces qui nous parvenaient parfois du couloir.
— Mackenzie ?
Je détachai mes yeux de mon parchemin raturé pour les poser sur Desdemona, alors qu'une énième explosion au centre du compartiment faisait reculer précipitamment Daniel.
— Oui ?
Elle n'eut pas l'air de m'entendre puisque ce fut vers Holly qu'elle se tourna.
— M-A-C-K-E-N-Z-I-E, répéta-t-elle, d'un ton sournois, en détachant les lettres pour les compter sur ses doigts. Mystérieux, en neuf lettres : Mackenzie.
oOoOoOoOo
Ce fut avec un certain soulagement que je retrouvai, le dimanche suivant, le chemin du château. Entendre mes trois meilleurs amis commenter inlassablement les événements de la nuit du Nouvel an, accompagnant leurs sarcasmes fleuris de ricanements ignares, avait réussi à pourrir mes derniers jours de vacances.
Imaginant qu'ils ne se permettraient plus ce genre de remarques au sein même du collège, où les oreilles indiscrètes étaient bien trop nombreuses, je m'installai avec soulagement dans l'un des compartiments du train, d'autant plus heureux de voir que la rouquine de mon meilleur ami avait décidé de rejoindre un compartiment différent, pour une séance de ragots purement féminins. Échapper aux œillades dont elle m'avait abreuvé ces derniers temps me rendait presque euphorique.
— Pourquoi tu souris comme ça, Patmol ? demanda Cornedrue qui, installé sur la banquette en face de moi, n'avait pas attendu dix minutes pour écraser mes beaux espoirs du bout de ses chaussures toutes neuves. Un souvenir lubrique ?
Un rire s'échappa des lèvres de Lunard, affalé près de lui, tandis que Peter, à ma gauche, se contentait d'un simple sourire. Avec un reniflement dédaigneux, je le fusillai du regard.
— Ferme-la un peu, Potter, grognai-je, d'une voix que j'aurais voulu plus menaçante. Je ne veux plus entendre un mot à propos de cette putain de...
— Morsure ? compléta Remus, goguenard. Rends-toi compte, Patmol, ça nous fait un point commun ! Je n'osais plus espérer.
Depuis quand notre lycanthrope plaisantait-il sur sa condition ? Être la risée du groupe en rendait l'équilibre et les mentalités bien précaires.
Alors que je cherchais activement une répartie susceptible de leur clouer le bec, James esquissa une moue pensive, se grattant le menton d'un geste faussement perplexe :
— Personnellement, j'aurais plutôt parlé de suçon, crût-il bon de nous faire savoir, sans pouvoir retenir un ricanement. Ce genre de traînées rouges et ovales ne mentent jamais.
oOoOoOoOo
Dans un même mouvement, nos camarades lâchèrent leurs occupations respectives pour épier ma réaction. Facile à déstabiliser, je ne fus même pas capable de leur offrir la confrontation qu'ils attendaient et ne pus empêcher ma bouche de s'entrouvrir légèrement, laissant parler mon étonnement.
— Quoi ? réussis-je à balbutier, sans me soucier de Duncan qui marmonnait quelque chose à propos du mot « mystérieuse » qui, lui, faisait dix lettres.
Tout comme Aïda n'avait eu le droit qu'à un silence indifférent quelques secondes plus tôt, la remarque de notre camarade essayant de rattraper sa bourde précédente nous laissa stoïques. Seule Desdemona, maîtresse de son petit effet, laissa échapper un bruit à mi-chemin entre le claquement de dents et le ricanement, avant de se tourner lentement vers moi.
— Tu es mystérieuse, Mackenzie, dit-elle simplement, quand elle sentit que sa mise en bouche avait assez duré. Est-ce que tu oserais le nier ?
Je fronçai les sourcils, ignorant jusqu'à mon envie de lui éclater de rire au nez ; l'ironie, parfois, cédait le pas à la perplexité.
— De quoi est-ce que tu parles ?
Son sourire s'agrandit encore un peu plus, tandis qu'elle appuyait son dos contre le mur près de la fenêtre où elle était assise et ramenait ses genoux vers elle pour les entourer de ses deux bras. Nous partagions la même banquette, si bien qu'elle planta directement ses prunelles curieuses dans les miennes, quand elle demanda enfin :
— Où est-ce tu as disparu, le soir du réveillon, après avoir été arrachée à notre petit groupe par Black ?
oOoOoOoOo
Bien que profondément vexé, je me fis violence pour ne pas remonter le col de ma chemise, dans un geste qui ne ferait qu'accentuer son hilarité.
— Ton expertise ne sera pas nécessaire, marmonnai-je, les lèvres à peine desserrées. On ne peut pas dire que tu sois vraiment un expert de la chose, par ailleurs. Je parie qu'Evans est en train de relayer quelques infos compromettantes sur tes contre-performances en la matière, en ce moment même !
Le regard noir par lequel Potter me répondit valait son pesant de gallions et un sourire prit naissance, inévitablement, aux coins de mes lèvres.
— Le petit Jamesie est frustré ? ajoutai-je, grisé par ce succès inespéré. Je t'avais bien dit de tenter ta chance avec une adversaire moins rebelle.
— La ferme, grogna-t-il à son tour, en croisant les bras sur sa poitrine. Pour un type qui s'est fait cassé le nez par une gamine pesant quarante-cinq kilos toute mouillée, avant de se faire mordre violemment, tu parles beaucoup trop.
Remus choisit ce moment pour éclater de rire, aidé sans doute dans sa réaction par ma mine révoltée.
— Un partout, souaffle au centre, commenta-t-il, l'œil brillant malicieusement. J'avais pourtant parié sur un KO au détriment de Black.
Dans un monde objectivement normal, ce genre de répliques relevait de mon monopole ; celui que je m'étais arrogé, dès la première année, sur le domaine de la blague vaseuse. Ce bouleversement dans la distribution des rôles me fit grimacer et je pris rapidement la même pose que James, épaules basses, bras croisées et nez froncé.
Conscient d'être le seul à ne pas s'être mouillé jusqu'ici, Peter jeta un regard circulaire dans le compartiment avant de lancer, hésitant :
— On ne pourrait pas simplement profiter de notre voyage en train vers Poudlard ? C'est le dernier.
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Mon cœur manqua un battement et je ne pus m'empêcher de papillonner des paupières bêtement pendant près d'une minute. Minute dont Desdemona profita pour me dévisager à loisir. Elle semblait s'amuser furieusement de mon embarras soudain.
— Comment tu expliques avoir disparu avec lui dans un sombre escalier interdit au public pas plus de trente minutes après ton arrivée, comme par magie ?
— Techniquement, ils ont dû disparaître par magie, fit remarquer Cygnus dans une tentative pour détendre l'atmosphère devenue étouffante – pour moi, tout du moins. Le « comme » n'était pas nécessaire.
Si je n'avais pas eu l'impression de me retrouver en salle d'interrogatoire, la lumière dans les yeux et les mains attachées dans le dos en moins, j'aurais sans doute émis ce petit rire nerveux qui me caractérisait quand j'étais mal à l'aise. A la place, ma gorge se serra et les battements contre mes côtes se firent un peu plus rapides.
— On s'en fout, grogna Ogden en se levant avec brusquerie, gâchant ainsi toute sa mise en scène. On veut juste savoir ce qu'ils ont fait !
Elle se mit à marcher à travers la petite pièce, gênée dans sa progression vers la porte par le trio masculin, toujours assis par terre. Quand elle parvint à destination, son épaule s'appuya tout naturellement au montant et elle jeta un œil dans le couloir à travers la vitre. J'eus la crainte, un instant, qu'elle baisse le store et verrouille la poignée, comme pour ajouter à l'ambiance sordide qu'elle essayait de créer. Je me rappelai soudain que, lors de son entretien d'orientation avec Flitwick, l'an dernier, elle avait prétendu vouloir devenir Auror ; j'avais moins de mal, désormais, à la voir endosser l'uniforme.
Perdue dans mes pensées paranoïaques, je sursautai quand elle claqua des doigts juste devant mes yeux, sans que je ne sache à quel moment elle était revenue vers moi.
— Personne ne vous a plus vu de la soirée, Atkinson, reprit-elle d'un ton doucereux. La dernière fois que je t'ai vu, tu dansais avec lui au milieu de la piste. La dernière fois que je l'ai vu, James Potter s'efforçait de tenir debout et lui ricanait au nez. La dernière fois que vous avez été vu par certains, vous montiez à l'étage. Est-ce que tu oserais le nier ?
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— Tu es déprimant, Queudver, s'agaça James en sortant de sa bouderie, alors que Remus perdait son sourire presque instantanément. On aura d'autres occasions de prendre le train ensemble ! On le fera même une fois par an si ça te rassure.
Il avait sans doute voulu se montrer moqueur et désinvolte, mais la lueur dans son regard noisette ne mentait pas. Peter avait posé le pied pile sur la corde sensible, avec son tact déplorable habituel. Tentant de rediriger la conversation vers des cieux différents, je ne trouvai rien de mieux que de révéler ce que leurs moqueries ininterrompues sur mes mésaventures à Ste Mangouste m'avaient empêché jusqu'ici de raconter :
— D'après mes dernières précieuses informations, notre voyage de septembre aurait pu tout aussi bien être le dernier.
Le silence qui accueillit cette sombre phrase était curieux ; la mine de mes copains aussi. Leur attention désormais toute tournée vers moi, et pour des raisons tout à fait honorables cette fois, je me lançai dans une explication approximative des propos tenus par les guérisseurs de garde, inconscients de notre présence dans ce couloir présumé vide de l'hôpital. Lorsque j'en eus fini, l'atmosphère s'était alourdie d'une dose de perplexité presque palpable.
— Détourner ? répéta Remus avec un haussement de sourcils intrigué. Qu'est-ce que tu veux dire par « détourner » ?
— Dévier le train de son trajet initial, rétorqua James, ne résistant pas à se moquer. C'est la définition commune de détourner.
Lupin ne lui accorda même pas un regard courroucé.
— Vous pensez honnêtement que Vous-savez-qui a voulu tous nous tuer ? tenta-t-il, reformulant sa pensée. Morts, on ne lui servirait à rien.
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— Tu ne crois pas que tu en fais un peu trop ?
La voix de Holly, sèche et moqueuse à la fois, fit tomber, comme un soufflet, l'effet que voulait donner Desdemona à son énumération. Si je n'avais été que le témoin de la scène, j'aurais sans doute été du même avis qu'elle. En tant que cible de son interrogatoire improvisé, j'avais surtout le sentiment que mes joues écarlates allaient finir par prendre feu. Notre apprentie Auror avait approché son visage du mien à mesure qu'elle énonçait les potins dont elle avait pris connaissance par quelque obscur moyen et ne semblait pas vouloir rompre le simulacre de contact visuel qu'elle avait réussi à établir entre nous.
Elle y fut pourtant contrainte lorsque, incapable de ne pas réagir, elle fusilla Holly du regard.
— Non, grinça-t-elle en se laissant toutefois tomber sur la banquette en face de moi, visiblement découragée. Mackenzie ne révélera rien de sa liaison avec Black si on ne l'y pousse pas !
Je faillis m'étouffer avec ma salive, pourtant en quantité insuffisante dans ma bouche devenue sèche.
— Une quoi avec qui ? articulai-je alors qu'un éclat de rire saisissait les garçons assis par terre.
— Une histoire d'amour avec Sirius Black, traduisit Aïda dans un soupir.
Je bafouillai des mots que je ne fus même pas certaine de comprendre moi-même, si bien que le ricanement de Duncan se transforma rapidement en un fou rire incontrôlable. Dirk, qui avait délaissé son livre pour s'intéresser à nous, se fendit d'une moue exaspérée.
— Vous êtes tous complètement fous, déclara-t-il en nous dardant, tour à tour, d'un regard hautain. Et complètement stupides. Comment le Choixpeau a-t-il pu sérieusement penser à vous envoyer à Serdaigle ?
Il avait dit ça de son ton condescendant habituel mais, croyez-y ou non, j'étais d'accord avec lui. C'était une première, à mon sens, mais je n'allais pas cracher sur le seul de mes camarades qui s'avérait clairvoyant, non ?
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Pettigrow s'était crispé à mes côtés, visiblement effrayé, mais je ne lui en tins pas rigueur. Depuis près de deux ans, de façon timide et isolée au départ, mais de manière de plus en plus violente et fréquente désormais, celui qui se faisait appeler Lord Voldemort s'évertuait à faire du monde sorcier un jardin défraîchi après le passage d'une meute de gnomes particulièrement voraces. Chaque semaine, une série de morts aussi subites que féroces venait remplir la rubrique nécrologique de la Gazette, dont la lecture des pages s'avérait souvent plus déprimante que la précédente.
— Tous les meurtres perpétrés jusqu'ici ne lui servent à rien, grognai-je finalement, la mine assombrie par ce constat. Ça ne l'empêche pas de s'en donner à cœur joie.
— Ce que je voulais dire, explicita Remus, après une œillade dans ma direction, c'est que son but est de rallier des fidèles à sa « cause » et que tuer dans le tas est le meilleur moyen d'en perdre. Il s'attaque d'habitude à ceux qui s'opposent ouvertement à lui.
James, qui avait déjà repris son sérieux, pâlit de façon considérablement rapide. Sous les regards qui s'étaient posés avec appréhension sur lui, ses mains serrèrent compulsivement le cuir du banc sur lequel il était assis. A la même époque l'année dernière, le nom de son parrain, dont il avait toujours été très proche, s'était ajouté à la liste des victimes lâchement tuées par ce groupe de terroristes.
— Tu veux dire qu'il n'aurait pas attaqué à cause des Serpentards ? se fit-il finalement préciser, d'une voix gutturale.
— Entre autres, répondit Lunard avec prudence. Eux et ceux qui croient en ses balivernes sur la race et le sang.
Une montée d'acide dans la gorge m'empêcha de jurer.
Ce genre de conversations me ramenait inévitablement à l'époque de ma cohabitation avec mes parents, où les ignominies sur les moldus, sangs-de-bourbe et autres sangs souillés étaient monnaie courante. Je fis l'effort de serrer les dents pour expirer une bouffée de colère. Avec le temps, mon groupe d'amis s'était habitué à mes réactions qui, sans jamais être violentes, n'étaient jamais loin de me faire exploser. Le calme prodigieux qu'ils arrivaient à garder en ce genre de circonstances, était paradoxalement ce qui m'agaçait le plus.
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— Je pense que Dirk a raison, convint finalement Daniel en passant une main devant son visage maculé de traces noires. Black est définitivement trop constant.
Les coins de ma bouche, qui s'étaient relevées avec un brin de reconnaissance, s'affaissèrent instantanément.
J'oubliais trop vite que mes amis n'étaient tous que des dégénérés. Et que si Desdemona chassait les ragots en attendant de broyer du mage noir, Horton ne pouvait s'empêcher de psychanalyser l'ensemble de ses semblables, les transformant malgré eux en éprouvettes expérimentales. Il se leva du sol en lissant sa robe froissée et prit place sur la banquette en face de la mienne, dardé à cette occasion par les prunelles agacées de Ogden.
— Constant ? répéta Aïda, perplexe. Qu'est-ce que tu sais de Black pour dire ça ?
L'interrogation était légitime – bien plus, tout du moins, que celles de Desdemona – mais elle me mit étrangement mal à l'aise. Sirius n'avait jamais demandé à être le sujet de cette conversation et le savoir analysé sous toutes les coutures par l'œil ultra-sensoriel de Horton fit monter d'un cran ma jauge d'agacement.
— Rien de plus que vous, répondit-il en haussant les épaules. Il a la même bande de copains depuis sept ans et passe la quasi-totalité de son temps avec eux. Son frère et lui sont en froid, et pour autant que je sache, il a une haine viscérale envers sa famille.
Il esquissa un geste vers ses cheveux, qu'il gratta pensivement avant de conclure :
— Les amis sont pour lui une espèce de famille de substitution et Mackenzie est ce qu'il a de plus proche d'une amie. Il n'irait jamais mettre ça en péril pour une soirée de débauche avec elle !
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— C'est en effet bizarre, approuva James après une courte réflexion. L'information est sans doute passée de bouche en bouche avec les transformations que cela implique. On devrait mener notre propre enquête.
Le ton de sa voix n'admettait aucune hésitation mais Pettigrow sursauta brusquement, semblant sortir d'une léthargie interminable.
— Quoi ? balbutia-t-il, d'une voix tremblante. Qu'est-ce que tu veux dire par là ?
Le sourire de James avait quelque chose de féroce, attirant inexorablement mon attention.
— Je veux dire qu'on devrait cuisiner quelques Serpentards, à commencer par Servillus et ses copains Mangemorts.
Ah, que c'était bon de retrouver le vrai James, loin de la guimauve qu'il était devenu ces derniers temps ! La mention de Rogue fit cependant se hausser un sourcil sur le visage de Remus, qui me jeta un regard en biais. Le sujet était devenu tabou depuis ma « blague » en sixième année, laquelle avait bien failli faire exploser notre quatuor en lambeaux.
Désormais mal à l'aise, je me tortillai sur mon siège, hésitant à exprimer ouvertement mon enthousiasme.
— Lily n'appréciera pas, tenta alors Peter, avec un drôle de rictus.
La froideur du regard que Potter porta sur Pettigrow détourna Lupin des pensées acides qu'il semblait toujours avoir, de temps en temps, à mon encontre.
— Elle n'est plus amie avec cette raclure, rétorqua James d''une voix tranchante.
Je me gardai de faire le moindre commentaire sur la question, pressentant que Potter était prêt à mordre quiconque le contredirait. Guimauve, disais-je ?
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J'hésitai une seconde entre vomir et me lever pour partir sans un mot tandis que Cygnus laissait échapper un sifflement qui ressemblait à un rire étouffé. Cela suffit à Desdemona pour réagir et relever la partie de la phrase qui m'avait échappé – tout ce qui ne concernait pas « la soirée de débauche avec elle », en fait.
— Ce qu'il a de plus proche d'une amie ? répéta-t-elle en haussant ses sourcils fraîchement épilés.
Daniel opina du chef et voulut commenter mais je ne lui en laissai pas le temps. Les entendre deviser sur mon amitié avec Sirius en ces termes, sans même se soucier de ma présence, venait de me faire l'effet d'une décharge électrique. Avant même qu'ils n'aient eu le temps de réagir, je me tenais devant eux, fulminante, tentant d'ordonner mes pensées acides pour ne pas m'étouffer avec mes propres mots.
Le résultat fut pourtant des plus décevants.
Dans ma tête, mon ton froid et menaçant aurait dû avoir l'effet d'une bourrasque de vent frais sur mes deux camarades ; à la place, ma pitoyable non-question – un « sérieusement ?! » prononcée d'une voix mâchée par la colère – leur fit uniquement hausser les sourcils.
La boule dans ma gorge m'empêcha, cependant, d'ajouter quoique ce soit de ridicule et sans même jeter un regard de plus dans la direction des autres, je sortis d'un pas raide, rejoignant le couloir étroit, et quelque peu étouffant, du Poudlard Express. J'eus tout juste le temps de me rendre compte que mes mains et mes jambes tremblaient un peu trop pour me permettre d'avancer rapidement avant qu'une voix ne m'interpelle.
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Peter blêmit, baissant la tête vers ses pieds, comme pour couper court à toute autre attaque. J'en ressentis un vague sentiment de compassion à son égard : entre Evans et Pettigrow, mon choix était vite fait. Potter, dont les hormones avaient pris possession du cerveau, n'eut pas l'air de regretter ses propos et reprit la conversation, là où elle s'était pacifiquement arrêtée :
— Si l'on s'y prend bien et que l'on fait ça avec subtilité, ça devrait bien se passer.
Je m'apprêtai à hocher la tête pour marquer mon assentiment quand il ajouta, d'une voix rendue dure par la sobriété :
— N'est-ce pas, Patmol ?
Rougir n'était pas dans ma nature mais le regard imperturbable de Remus et le sourcil haussé de Cornedrue eurent raison de mes habitudes.
La confiance avait été une composante fragile entre nous, l'an dernier, et il arrivait parfois que des conversations innocentes viennent me le rappeler de façon quelque peu désagréable.
— C'est bon, grinçai-je en feignant l'agacement. J'ai compris la leçon.
Si Lupin s'en contenta, tournant la tête de l'autre côté pour mettre fin à la conversation, mon meilleur ami eut l'aplomb de me darder avec insistance pendant encore un instant. Je fis taire mon agacement, certain que me dérober à cet examen silencieux équivaudrait, pour Potter, à un signe de faiblesse. Je n'avais d'ailleurs aucune raison de le faire puisque j'avais réellement compris la leçon : depuis l'épisode de la Cabane hurlante, toute envie de rire aux dépens de mes camarades m'était passée, faisant de l'apprentissage de la finesse le seul avantage tangible de cette malheureuse aventure.
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En me retournant, je découvris Daniel.
Sa rapidité m'avait à peine permis de dépasser la porte du compartiment suivant, rempli d'élèves de sixième année habillés aux couleurs de Poufsouffle.
— Désolé, s'excusa-t-il, un peu piteusement. Je me suis légèrement emporté.
J'ignorai ses paroles et décidai de chercher où mon frère avait bien pu se terrer, sûr qu'avec lui à mes côtés, personne n'oserait me questionner sur mon côté « débauché ».
— Je pense vraiment que tu es amie avec Black, ajouta-t-il sans se démonter, en calquant son rythme sur le mien. Pas uniquement ce qu'il en a de plus proche.
Si sa remarque avait pour but de me faire réagir, il l'avait atteint : mon volte-face le fit presque sursauter.
— Mais c'est quoi ton problème ? grinçai-je entre mes dents serrées.
Il haussa les épaules et se crut autorisé à se rapprocher de moi pour me faire faire demi-tour. Mon mouvement de recul quand il posa sa main sur mon épaule dénotait d'un certain dégoût, plus que de l'agacement que ses remarques pernicieuses m'inspiraient habituellement. Il n'eut pas l'air de s'en rendre compte.
— Je n'en ai pas, répondit-il sincèrement. Je dis la vérité : je ne pense vraiment pas que tu aies une relation amoureuse secrète avec Sirius.
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Quelques raclements de gorge empruntés mirent fin à cet aparté gênant et nous commençâmes à échafauder des plans sur la comète, où cape d'invisibilité, carte du Maraudeur et Bombabouses jouaient un rôle prédominant. Très vite, le regard sceptique de Remus ne fut plus qu'un mauvais souvenir et Peter, d'abord timide, se joignit à nos jacasseries une fois que James, redevenu amical, lui eut enjoint de donner son avis. Deux heures plus tard, et au regard des informations lapidaires que j'avais récolté à l'hôpital, nous n'étions pas plus avancés, prêt à abandonner.
— Et si on s'occupait de quelque chose de plus amusant ? lâcha James, à bout de nerfs. A moins que l'un de nous se sacrifie pour passer du temps avec les Serpentards sans que ces derniers trouvent ça complètement improbable, on n'avancera pas.
Lunard et Peter acquiescèrent. Il avait raison : aucun Serpentard ne se laisserait duper et utiliser la cape de James pour infiltrer leur Salle commune relevait du suicide.
— La prochaine pleine lune ? proposai-je avec entrain.
— Il n'en reste que six, bougonna Pettigrow, maussade.
Cette fois-ci, même James n'eut pas à cœur de le rabrouer. Les pleines lunes étaient notre ciment ; loin de Poudlard, elles n'auraient plus la même saveur.
— Raison de plus pour en profiter, risquai-je en tentant de paraître moins affecté qu'ils ne l'étaient, sans succès. Qu'est-ce qu'on fait cette fois ?
Dans le coin qu'il avait assiégé, collé à la fenêtre, Remus eut un reniflement nerveux. Malgré nos escapades, ces trois dernières années, il appréhendait toujours autant les transformations à Poudlard.
— C'est dans deux semaines, nous informa-t-il, inutilement puisque nous tenions un calendrier précis. On a le temps de s'organiser.
Il jeta un coup d'œil appuyé vers la porte mais personne ne semblait s'en approcher.
— On pourrait aller à Pré-au-Lard ? intervint Peter, sans prêter plus d'attention au lycanthrope. Du côté ouest, on n'a pas trop eu l'occasion d'explorer...
James approuva avec la même vigueur que la mienne et Remus ne résista pas longtemps à notre enthousiasme. Une minute plus tard, nous étions tous assis en rond à même le sol à détailler ce que nous pourrions faire en une nuit.
Quand Evans vint nous rejoindre, la nuit commençait à tomber à travers la fenêtre, et il fut aisé de cacher rapidement les plans que Peter, plutôt agile avec un crayon en main, s'était évertué à gribouiller avec ferveur au cours des dernières heures.
Sa présence, étrangement, m'irrita à peine ; s'il y avait un pan de notre amitié que Lily ne viendrait jamais mettre en péril, c'était bien celui-là.
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Il avait parlé sans baisser la voix, si bien que la préfète qui passa à côté de nous fronça les sourcils. J'attendis qu'elle s'éloigne pour reprendre d'une voix sourde :
— Je me fous de ce que tu penses et de ce que tu ne penses pas ! Je veux juste que vous vous mêliez de vos affaires, Desdemona, toi et tous les autres.
— Tu peux toujours nous demander de ne pas nous en mêler, répliqua Horton en me dévisageant comme si j'étais stupide. On le fera peut-être, mais je ne suis pas sûr que le reste de l'école se souciera de ce que tu veux.
Je levai les yeux au ciel et m'appuyai contre la fenêtre à travers laquelle un paysage grisâtre défilait. Je détestais qu'il ait raison.
— Il ne s'est rien passé d'intéressant, lui révélai-je alors, lasse de cette mascarade. Il m'a juste accompagné voir une amie.
Il se laissa glisser contre le mur à côté de moi, m'attrapant au passage la main pour m'entraîner à sa suite. Mes fesses heurtèrent douloureusement le sol dur du train.
— Personne ne trouvera ça intéressant, en effet, concéda-t-il avec un sourire. Peut-être que si tu me révélais ce que tu cherches absolument à cacher, je trouverais ça digne d'intérêt.
Mon regard en biais exprima à merveille mon scepticisme mais il ne se laissa pas impressionner :
— Qu'est-ce que Sirius et toi avez fait de mal ?
Un de mes sourcils se haussa.
— C'est comme ça que tu arraches aux autres les détails les plus scabreux de leur vie ? En leur faisant croire qu'ils ont fait quelque chose de mal ?
Sa réponse se limita à un reniflement dédaigneux, presque nerveux. Le truc bien avec les pseudo-psychologues qui vous font asseoir sur le sol inconfortable d'un train en mouvement, c'est qu'ils n'en sont qu'à leur début : leur propre psychanalyse leur prendra un peu plus de temps que celle des autres, assez pour que je puisse en tirer avantage tout du moins. Sur le moment cependant, les scrupules m'empêchèrent de le laisser ruminer seul ce que la vie lui apprendrait probablement un jour et je me sentis obligée d'ajouter, dans une grimace moins ironique :
— Moralement, c'était loin d'être « quelque chose » de mal. J'imagine que d'un point de vue purement légal, les choses se présentent un peu différemment.
Pour une raison qui m'échappa, les yeux clignotants de curiosité qu'il posa sur moi eurent raison de mes dernières réticences et je me laissai aller, l'instant d'après, à lui raconter la vérité : que nous n'avions rien fait d'autre que de nous promener à travers Londres jusqu'au petit matin, avec une patiente clandestine sur les bras.
Alors que je lui expliquais que c'était le port d'une cape d'invisibilité qui nous avait permis de la faire sortir en douce de l'hôpital, je me demandai, l'espace d'une seconde seulement, si l'expression dont il avait usé – « ce qu'il a de plus proche d'une amie » – n'était pas une terminologie plus adaptée à notre relation depuis ces vacances.
Jusqu'à la semaine dernière, ce chapitre s'appelait "Comme un soupçon de jalousie dans l'air". En le relisant et en corrigeant la première partie du chapitre, celui-ci m'ait venu tout naturellement... :D J'ai traqué les fautes jusqu'au bout, mais il en reste probablement encore, j'espère pour autant qu'elles ne gênent pas la lecture !
Le chapitre 12 s'appellera "Attaque dans l'Allée des embrumes" et oui... il se passera quand même à Poudlard !
Un petit avis pour contenter mes petits yeux d'auteur accro à la review ? :)
(...)
