J'ai fait un truc incroyable cette semaine ... j'ai acheté les derniers tomes de TRC et j'ai FINI de lire la série ! Et oui car des années durant je m'étais arrêté au tome 23 et j'avais jamais eu le temps de lire la fin... mais quelle fin bon dieu de bonsoir ! Un gros bourdel quand même (et même pas une séquence émotion Kuro-Fye pour se quitter...) Bref j'ai pas tout compris c'est trop compliqué pour mon cerveau fatigué !

Revoilà donc la suite de cette joyeuse fic ! Encore plein de bonheur et de bonnes choses attendent nos héros .. !

Merchi aux reviews de Suzuwi, Sana, Hellina, Mokona au chocopuyh, et Black Paradize ! (ouah ca en fait du monde ) Merci de prendre la peine de laisser des commentaires aussi constructifs et amusants à lire, j'adooore mercii énormément :) Et merci à ma super bêta Irrisia et ses relectures bénéfiques!

La suite arrivera peut être plus lentement, chapitre 13 encore en cours d'écriture et je suis totalement immergée dans mon ultimate rendu, du coup ça arrivera quand ça pourra vous m'en voyez désolée.

En attendant, un chapitre de publié! Et bonne lecture !

Couple: Kuro x Fye (what else?)

Titre: Clow Corporation.

Disclamer: Les persos ne sont pas à moi malheureusement. Mais je vais porter plainte contre les Clamp qui maltraitent de façon psychologique et physique leurs héros et essayer de récupérer la tutelle !

Raiting: T

Univers Alternatif: 21ème siècle. Tokyo bout dans l'effervescence d'une course à l'héritage aussi vénale que dangereuse. Âmes perdues et esprits corrompus s'opposent, se défient, s'affrontent ...ou parfois se rencontrent.


Chapitre 10: Le deuil

Clouée sur son fauteuil roulant, la jambe plus douloureuse que jamais, Sakura observait le défilé des sourires complaisants et des poignées de mains chaleureuses avec une aversion refoulée pour ces formalités de politesse. De tous ces gens qui lui adressaient leurs sincères condoléances, aucun ne pouvait compatir à sa peine, aucun ne pouvait comprendre ne serait-ce qu'une infime once de sa douleur. Alors, hypocrite parmi les hypocrites, elle rendait des sourires faux, et remerciait allègrement, mais sans chaleur les invités.

Cela faisait trois mois aujourd'hui que la faucheuse lui avait pris son père et éteint au passage la lueur vivante qui brillait jadis dans ses yeux. La légèreté dont elle était empreinte avait disparu, et la jeune fille devait lutter chaque minute pour ne pas crouler sous ce désespoir qui l'écrasait. Très vite, elle avait dû se reprendre, malgré ses blessures physiques et morales, afin de mener à bien la suite de la politique léguée par son défunt père et relancer les élections. Un poids supplémentaire qui la faisait suffoquer mais que son apparence vaillante ne prêtait pas à deviner. Car sous son air ragaillardi et ses intonations posées, elle pleurait en secret les larmes qu'elle n'avait pas le temps de verser. Un tout autre deuil s'était éveillé en elle au fil des semaines : celui de sa joie de vivre à jamais perdue.

Et ce banquet n'allait pas dans le sens de sa convalescence: si elle avait organisé ce buffet dans sa demeure, ce n'était pas réellement pour que l'on s'apitoie sur son sort. Elle regretta bien vite l'élaboration de ces festivités car les gens passaient plus de temps à lui rappeler son triste sort que de bavarder sur les merveilleuses perspectives qui attendaient le pays. Voulue à la base pour redonner confiance et espoir aux politiciens qui avaient miraculeusement réchappés au drame, cette soirée s'était hélas transformée en douloureuse commémoration.

Des murmures diffamatoires étudiaient sa condition paradoxale d'orpheline vivant dans le luxe, et attribuait cette dérogation sociale à sa fortune. Les gens faisaient la queue pour transmettre des condoléances les plus émouvantes les unes que les autres, et la pauvre infirme prisonnière de ce fauteuil roulant ne pouvait en réchapper. Et Shaolan Li, son jeune sauveur, qui ne s'était toujours pas manifesté … Elle espérait qu'il réitère un acte héroïque en la dispensant de ces salutations, mais au fur et à mesure que la soirée avançait, son absence rappelait encore plus à Sakura son infortune : elle n'avait jamais été aussi entourée et pourtant elle était plus seule que jamais.

Soudain, Sakura distingua parmi la foule une silhouette familière, grande et à la stature r réconfortante. Quand les yeux grenat se tournèrent vers elle, la jeune fille essaya de lancer dans un regard l'appel en détresse le plus explicite qui soit. Hélas elle ne sut pas si son SOS fonctionna car Kurogané baissa les yeux et se mêla dans la masse des convives.

« Ma pauvre enfant, gémit une tante en lui serrant gentiment la main, ce que vous êtes courageuse ! »

C'est faux. Je n'ai pu sauver personne, ni mon père, ni les victimes. Et la seule chose qui me maintient en vie c'est mes devoirs d'héritières que je peine à assumer. J'attends avec impatience la délégation pour pouvoir sans regrets me noyer avec mon plâtre dans l'océan Pacifique !

« Je vous remercie tante Saya, je m'efforce d'être à la hauteur de l'image de mon père. »

« Et vos efforts sont grandement respectables, » susurra la voix mielleuse d'Ashura qui venait de faire son entrée. Il s'agenouilla cérémonieusement et embrassa la main de la jeune fille. « Votre défunt père, que je regrette du fond de mon cœur, serait fier de vous. »

« Je doute que les morts éprouvent de la fierté. » Grimaça la jeune fille, acerbe.

Sa réplique interloqua les invités à proximité mais le politicien resta de marbre :

« Acceptez alors la mienne, puisse-t-elle vous aider à surmonter cette épreuve. »

Taisez-vous ! Arrêtez de me cracher votre fausse compassion au visage !

« Inutile de perdre votre salive en vers pré-élaborés, ce n'est plus mon père qu'il faut séduire. »

Les murmures désapprobateurs gagnèrent un peu plus la foule, surprise d'un tel comportement. Une lueur de défi traversa les prunelles glaciale de Ashura et Sakura frémit sous la noirceur de ce regard pourtant si clair :

« Pardonnez mon offense, je ne faisais qu'exprimer mes condoléances à … la pauvre orpheline que vous êtes. »

Des paroles à peine soufflées, mais armées de la force d'une bourrasque, qui firent trembler le corps de la jeune fille. Des larmes de colère lui montèrent aux yeux mais avant qu'elle n'eut le temps de répondre à cet affront, des mains puissantes se saisirent de son siège et elle fit volte-face.

« Si je puis me permettre, dit la voix ferme de Kurogané en s'adressant à sa tante et à ses amies, cette jeune fille n'était pas destinée à assumer tous les devoirs pour laquelle vous la félicitez. Si jamais vous imaginez qu'elle puisse y prendre du plaisir, c'est que vous ne cherchez pas à comprendre ses véritables désirs. Il est donc encore plus malsain de l'y encourager plutôt que d'alléger son fardeau. Maintenant je vais emmener Mademoiselle Clow faire un tour près le l'étang, termina-t-il à l'adresse de Ashura. Votre dernière prose manquait de poésie, et même les croassements rébarbatifs d'un crapaud seraient plus lyriques. »

Sur ce, il guida le fauteuil de la jeune fille hors du salon jusqu'à ce qu'ils débouchent sur la terrasse. Cette dernière était inoccupée et ils y virent tous deux l'occasion de profiter en silence de la beauté du jardin sous l'éclairage nocturne de la lune. La nuit était douce pour la saison hivernale, et cette ambiance de calme inspirée par le frémissement des branches et la mélopée du vent apaisa la haine de Sakura. Kurogané l'aida à se lever de son fauteuil en faisant attention de ne pas raviver la douleur de sa jambe plâtrée et ils s'installèrent sur les marches en pierre du perron.

La jeune héritière s'attendait tôt ou tard à entendre ces mêmes paroles désolées de la bouche de Kurogané, mais celui-ci fixait sans ciller le disque argenté qui se découpait dans la toile sombre de la nuit.

Finalement c'est elle qui prit la parole en premier :

« Seriez-vous venu seul ? »

Ces paroles détournèrent le brun de sa contemplation poétique et c'est un regard interloqué qu'il jeta à la jeune fille :

« Je n'ai point trouvé épouse convenable en l'espace de ces derniers mois si c'est ce que vous sous entendez par cette question. »

« Vous savez très bien ce que je sous entends. Votre protégé ne vous accompagne jamais lors des sorties mondaines, et même ce soir encore, alors que tout le monde sait désormais qu'il est adopté, vous ne lui faite pas profiter de l'air doux de cette nuit d'hiver. »

Kurogané haussa les sourcils, feignant la surprise. En réalité, il ne pouvait avouer que s'il ne sortait jamais avec Fye pendant les apéritifs en compagnie des autres dirigeants, c'était tout particulièrement pour qu'Ashura ne le reconnaisse pas. Si cet infâme individu venait à apprendre que le seul témoin de son crime était encore en vie, il reconsidérerait très vite l'affaire, et saurait s'arranger pour faire disparaître Fye bien avant que ce dernier ne tente de fuir la ville.

A cette pensée, Kurogané frémit. Sakura décela le malaise chez son ami et, par discrétion, décida de changer de sujet de conversation.

« Comment va votre bras ? »

« Mon bras.. ? Ah, il restera les cicatrices des brûlures, mais je ne souffre plus. De toute manière rien ne fut pire que mes deux mois d'immobilité … autant m'enfermer directement dans un cercueil.» Grommela-t-il en ravivant visiblement de mauvais souvenirs.

« Tant mieux. Je m'excuse de ne pas m'être enquis de vos nouvelles durant ces dernières semaines. »

« Je ne vous en veux pas, ce n'était pas une obligation. Et puis vous avez passé la majorité de votre temps à rendre visite aux familles des victimes, c'est une démarche bien plus louable.»

« C'est normal, vous voulez dire. C'est mon devoir. »

Réponse qui sembla irriter son interlocuteur vu le ton maussade qu'il ne se gêna pas de prendre pour répondre :

« Sakura, personne ne vous a demandé de vous charger d'un tel devoir. Les gens ne comprennent-ils pas à quel point c'est douloureux pour vous de rencontrer ces veuves et ces orphelins ? Alors que même sous les décombres et infirme, vous vouliez sauver leurs proches. Vous vous attribuez des tâches par pseudo obligation simplement parce que les autres trouvent cela « normal » comme vous dites… et ce sont ces même hypocrites qui passe la soirée à vous consoler.»

« Pourquoi me dites-vous cela ? Tonna soudain la rouquine, froissée. Vous ne vous imaginez même pas à quel point je me sens incapable d'assumer du jour au lendemain les responsabilités de l'envergure de cet héritage ! Chaque jour, je suis tiraillée entre ma crainte de faire un faux pas, et la peine que je m'efforce de refouler ! »

« Je vous dis cela parce que je sais que vous êtes quelqu'un d'entêtée, de fort, et de sincère. Mais là, vous êtes en train de vous laisser noyer par un protocole trop écrasant pour vous. Je vous invite à faire fit de ce que les autres penseront, et redevenir celle que vous étiez : une jeune fille dont on lit les émotions au fond de ses yeux, et qui exprime spontanément ce qu'elle ressent. »

« Mais c'est impossible… cette Sakura est morte avec mon père ! »

« Non, elle est toujours là, mais prisonnière dans votre cœur. C'est votre altruisme et votre sens du devoir qui l'enchaîne. En réalité vous la considérez comme votre part égoïste, et vous craignez de la faire ressortir. Mais en faisant cela, vous isolez votre liberté et laissez place à votre solitude.»

Sakura se tut, trop bouleversée par ces paroles qui la transperçaient. Il exprimait aisément une vérité qui la tourmentait depuis des mois, et cela l'effraya. Cet homme lui exposait son plus intense tourment avec une neutralité déconcertante, et cela la blessa encore plus. Mais alors, si elle ne voulait ni compassion, ni indifférence, qu'attendait-elle d'autrui ? Personne ne pouvait donc lui venir en aide ?

Si seulement mon père était là…

« Monsieur Kurogané… y'a-t-il quelqu'un sur Terre que vous aimez plus que tout ? Qui représente un tout pour vous ? Un point d'ancrage, un centre de gravité qui fait que, si le monde fonctionne ainsi, c'est parce qu'il est là? »

Kurogané ne pipa mot, n'ayant pas à réfléchir longtemps pour mettre un visage sur la personne qui lui était la plus chère. Fye était tout et unique à la fois. Tout ce dont il avait besoin, et la seule personne qu'il désirait. Une partie de son âme et le mécanisme psychique du fonctionnement de son univers. Il n'aimait pas Fye, non,… il en était dépendant. Mais de cette conclusion il voyait aussi où Sakura voulait en venir.

« Il y a quelqu'un …Oui. »

La jeune fille inspira bruyamment retenant certainement ses larmes et continua d'une voix faible :

« Quand vous perdez ce genre de personne, votre monde ne fonctionne plus de la même façon. Il est dénudé de tout charme, dépourvu de toute logique. Plus de repères, plus de sens, on ne sait plus comment vivre. Alors on ne fait que tenter de reprendre le cours du temps en agissant comme on a toujours agit, mais sans but, sans âme et sans cœur. On est un automate. Juste un mécanisme en ferraille qui n'a aucune notion de lassitude ou de plaisir. »

Sakura jeta alors un regard éploré à Kurogané, plein de tendresse et de désolation en même temps.

« Vous croyez qu'on peut sauver un automate, Monsieur Kurogané ? »

Touché par cette pureté qu'il interprétait dans ces mots francs, il se rapprocha doucement de la jeune fille, et enlaça ses épaules.

« Ce n'est pas à moi de vous sauver. C'est le rôle de quelqu'un d'autre, que vous avez déjà choisi… »

Encore une fois le brun semblait deviner la moindre fibre de ses pensées, bien avant qu'elle ne sache réellement les interpréter. Elle profita encore de la présence chaleureuse de son ami avant de laisser de nouveau place à sa froideur.

« Je ne vous demande pas d'avoir pitié de moi. »

« Qu'est ce qui vous fait pensez que j'éprouve de la pitié pour vous ? »

« Qui n'en éprouve pas dans cette salle ? »

Kurogané renforça son étreinte.

« Sakura… On éprouve de la pitié pour un chien abandonné ou un être agonisant. La pitié, c'est une compassion hypocrite à une douleur contre laquelle on ne peut rien faire, à par attendre qu'elle consume sa victime. La pitié, c'est la passivité face à la misère d'autrui. »

« Je… »

« Vous ne m'apparaissez pas misérable, Sakura. Juste éreintée. »

La rousse laissa tomber sa tête contre l'épaule forte et rassurante, puis gémit :

« Alors pourquoi êtes vous si gentil, si avenant avec moi ? Vous qui êtes défini par votre imperméabilité sentimentale et votre retranchement social… »

Kurogané soupira, flatté de cette description qui lui seyait à merveille, et soupira en caressant les mèches rousses :

« Votre père … était la personne pour qui j'ai le plus d'estime. Il savait mettre ses préjugés de côté et considérer chaque individu à sa juste valeur. Si ça n'avait pas été pour lui, jamais je n'aurai mené cette course jusqu'au bout tant cet univers putride m'asphyxie. Mais c'est lui qui m'a mis en confiance, et m'a permis de développer des idées que je prône secrètement avec ferveur et persévérance, pour en faire un projet que je ne révèlerai que lorsque je serai élu…Au final, il y a trois mois, il m'a sauvé la vie. Sans le savoir, je le conçois, mais c'est grâce à lui que je suis en vie. J'y vois là son ultime sacrifice pour sortir la ville et le pays de sa sourde détresse. »

Sakura se tût, émue aux larmes de ce portait élogieux de son père venant de la bouche d'un si humble orateur.

« J'ai encore beaucoup de respect pour votre père, et je sais que vous aussi. La voie par laquelle je vous soutiens et vous conforte n'est pas celle à laquelle vous songez. Reprendre ces affaires est une décision qui vous appartient à vous seule, et je ne vous y encourage pas tout particulièrement. Mais j'entretiendrai avec vous l'admiration portée à Clow : pour que jamais elle ne s'estompe, pour qu'il se sente éternellement aimé, et que personne n'oublie jamais que cet homme sera respecté à travers les générations. »

Il sentit le corps de la jeune fille se mettre à trembler et un reniflement bruyant résonna dans le silence du soir.

« Je … n'ai même pas eu … le courage… de pleurer à l'enterrement… parce que si je le pleurais… alors cela signifierait qu'il…. était vraiment … parti… »

« Vous pouvez vous permettre d'être triste si vous le désirez, continua chaleureusement le dirigeant. Vos larmes ne déshonoreront pas le rôle que vous entretenez depuis ces trois derniers mois, au point de ne plus laisser de place à votre propre ressenti. Si cela vous rassure, en ce moment, du fond de mon cœur, je témoigne mon dévouement à votre père. Vous pouvez donc vous accorder un moment de répit et penser à vous quelques instants… »

La jeune étreignit de ses maigres forces la taille de Kurogané et sanglota :

« Pensez très fort à lui s'il vous plaît… pour qu'il y ait toujours quelqu'un qui lui témoigne du respect… alors à ce moment là... je pourrais… penser à moi… rien qu'à moi… et… pleurer un petit peu… »

Parmi la douce mélopée des conversations éteintes, et le frémissement des feuilles portées par la brise, des sanglots accompagnèrent cet orchestre nocturne. Sur la terrasse isolée du reste du monde sous le manteau de la nuit, les deux silhouettes restèrent enlacées encore un moment, avant qu'un autre protagoniste ne fasse son apparition. Ses pas claquèrent sur la pierre, mais il resta en retrait de la scène. Kurogané se retourna pour voir dans le chambranle de la baie vitrée l'ombre de Shaolan Li. Comme tous les convives il portait un costume noir, et son regard était encore plus grave qu'à l'accoutumée. L'air marri, il contemplait la jeune rouquine qui finit par se retourner.

A la vue du jeune homme, ses sanglots s'interrompirent et elle resta ébahie, immobile. Si la pénombre ne lui permettait pas de voir tout l'espoir qui brillait dans les prunelles émeraude de son amie, Kurogané sentit néanmoins son corps fin se réchauffer et un sourire sincère naitre timidement à la commissure de ses lèvres.

Le grand brun se releva doucement sans dire un mot, et quitta la terrasse, en jetant un coup d'œil satisfait au jeune invité lorsqu'il le dépassa. Il était temps à présent pour lui de les laisser et de rejoindre à contrecœur cette réception fallacieuse.

Il notifia mentalement qu'en l'absence de la jeune fille, l'ambiance paraissait soudain plus allègre. On discutait en groupe de la reprise imminente des campagnes, une coupe de champagne à la main, on riait aussi, et on se laissait tenter par les succulentes mises en bouches qui nappaient les tables. Kurogané préféra se laisser séduire par un verre de vin, quand une jeune femme vint discrètement se positionner à côté de lui.

Une robe noire moulante dessinait à merveilles les gracieuses courbes de son corps, épousant la forme de sa poitrine généreuse et de ses hanches menues. Le brillant des diamants qu'elle portait aux oreilles s'accordait avec ses grands yeux noirs scintillant sous le vif éclairage. Un sourire timide et rapidement esquissé captiva le dirigeant qui put enfin mettre un nom sur cette merveilleuse apparition :

« Sôma ! »

« Bonjour Monsieur Suwa. »

« Tu es ravissante. Es-ce Ashura qui t'as offert cette tenue des plus tapageuses ? »

« Je suis hélas encore dépendante de ces cadeaux pour pouvoir m'exhiber lors d'aussi somptueuses réceptions. »

« Alors fais-moi penser à t'en acheter une avant que celle-ci ne donne de l'urticaire à ton teint. »

Un sourire reconnaissant illumina de nouveau le visage de la jeune fille. Elle devait visiblement profiter des quelques minutes où son patron avait les yeux tournés pour s'enquérir discrètement des nouvelles sur son maître officieux, car elle s'empressa de demander :

« Comment va Fye ? »

« Plutôt bien. »

Réponse bien vague quand il repensa aux péripéties que le garçon avait endurées. En plus d'avoir été l'otage des criminels les plus recherchés du pays, il avait dû passer plusieurs jours au commissariat, sous la vigilance et la protection de Toya.

Ce dernier avait également, en usant de sa discrétion devenue routinière, gardé le secret de l'existence de la jeune Tchii. Cela avait d'abord interpellé l'inspecteur qu'elle ait délibérément pénétré l'enceinte d'un poste de police sachant ce qui lui en coûterait révéler son identité : un retour immédiat dans un Orphelinat. Mais elle avait néanmoins tenté de sauver Fye et d'aider Toya au péril de sa liberté illégalement acquise. Il avait donc rétribué ce service et honoré ce sacrifice en la renvoyant sans embarras chez Hideki.

« Je vais bientôt devoir couvrir à moi tout seul la moitié des orphelins de Tokyo ! ! » s'était emporté l'inspecteur quand il avait fait son rapport à Kurogané.

Quant à Fye, il n'avait jamais dit un mot sur ses ravisseurs. Quand bien même, au fil des rendez vous au poste qui se faisaient de plus en plus fréquents et l'interrogatoire de Toya qui était de plus en plus menaçant, il persista à ne dévoiler aucuns indices. Selon lui, ils étaient cagoulés et nul détail à répertorier n'avait attisé son attention. Pourtant Toya aurait misé sa future promotion que Fye connaissait plus que bien les criminels. Mais le silence du jeune homme eu raison de la patience de l'inspecteur qui décida de le libérer au bout d'une semaine d'intense pression. Il avait, bien évidemment, confié le relais à Kurogané, certain que celui-ci serait plus sujet d'être le confident du témoin.

Mais Kurogané n'avait pas posé de questions. Il avait aidé Fye à se remettre de ces jours éprouvants, tandis que ce dernier l'obligeait férocement à respecter ses traitements médicaux imposé par l'hôpital.

Bientôt les sourires niais du blond et les mines renfrognées de l'homme d'état animaient de nouveau la vie de leur appartement. A l'image de l'ambiance tokyoïte, le calme et la routine reprirent de nouveau entre les deux protagonistes. Fye avait récemment fêté ses 18ans, un passage à la majorité qui se traduisait aussi par un regain de carrure et de maturité chez cet adolescent devenu adulte. L'occasion pour le brun de lutter plus difficilement contre ses sentiments malsains et nuisibles qu'il nourrissait de plus en plus ardemment à l'égard de son protégé.

« Ces derniers mois on été difficiles mais il s'est vite rétabli. Il a toujours eu un enthousiasme supérieur à la moyenne. Cela peut être difficile à gérer parfois, mais dans notre cas, la convalescence n'en a été que moins pénible. »

« Dans ce cas, soupira Sôma rassurée de ce bilan, je vais aller le saluer si vous le permettez. »

« Je suis désolé mais il n'est pas là ce soir. »

« Pardon ? » s'exclama la jeune fille stupéfaite.

« Ce genre de soirée ce n'est pas son univers, il est resté à l'appartement. »

« Et bien soit il a violé votre couvre feu, soit c'est un excellent manipulateur car il est juste derrière vous en train de discuter avec le Ministre Seïchiro … »

Kurogané se retourna brusquement et aperçut, en effet, le ministre des affaires internes, affublé de ses éternelles lunettes noires et d'un sourire satisfait, en train de bavarder gaiement avec un invité au charme défaillant.

Bien que le politicien l'ait observé maintes fois, quand il aperçut Fye si soudainement au milieu d'adultes d'âge plus mûr, il fut frappé par la beauté qui transcendait l'homme qu'il était devenu en si peu de temps. Sa stature, auparavant svelte, était maintenant plus athlétique : des membres auparavant filiformes laissaient désormais place à une fine musculature. Sa veste, fort bien taillée, cintrait une silhouette plus vigoureuse, affinée par de longues jambes mise à leur avantage dans ce pantalon ajusté. Son visage s'était également transformé; ses traits avaient durcis, sans néanmoins altérer la bonhomie de son visage.

Le noir faisait ressortir le blond éclatant de ses cheveux mi longs pareils à des fils d'or, noués en une fine queue de cheval. Sa frange rebelle laissait encore à son maître le loisir de se noyer dans l'éclat inégalé de ses yeux, qui riaient plus que jamais de cette discussion visiblement bien amusante qu'il entretenait. Même la façon dont il tenait sa coupe de champagne était gracieuse. Mais la question n'était pas de savoir à quelle divinité se rapprochait le plus Fye en cet instant, mais plutôt :

« Que fais-tu ici ? »

Sans prendre la peine de fournir une explication à Sôma, il s'était rué entre les deux interlocuteurs et s'était sauvagement saisi des épaules de l'imprudent. Le regard azur manifesta une vive surprise et aussi la crainte d'un sermon mérité, mais la voix primesautière du ministre le sauva de ce regard enflammé :

« Ah, Monsieur Suwa ! Vous avez là un bien charmant majordome ! Pourquoi ne l'emmenez-vous pas plus souvent à nos banquets ? »

Quelle question idiote ! Railla intérieurement le dirigeant. Parce qu'il serait mille fois plus en danger dans ces réceptions que lâché dans la jungle amazonienne armé d'une petite cuillère !

« Veuillez m'excuser Monsieur le Ministre, mais nous allons rentrer. » affirma ce dernier en jetant des coups d'œil prudent à la salle, guettant la présence d'Ashura heureusement introuvable.

« Vous m'en voyez navré, moi qui désirait tellement m'entretenir avec vous ! »

« De plus, renchérit Fye, courroucé, vous nous interrompez dans une conversation extrêmement intéressante ! »

Mais de quoi il se mêlait en plus celui là ? Il ne se rendait pas compte que Kurogané se ridiculisait devant une haute personnalité pour lui sauver la vie ?

« C'est vrai, crut bon d'ajouter Seïshiro. Ce jeune homme est plein de ressources et d'un engouement sans précédent ! Cela serait dommage de priver cette assemblée d'un aussi bon convive. »

Va donc dire ça à celui qui ne cherche qu'à l'éliminer! Pesta le brun.

« Et bien cela sera pour une prochaine fois. Vous me voyez désolé d'enlever si peu cérémonieusement l'attraction de la soirée, mais je serais ravi de vous expliquer les raisons de mon comportement déplacé ainsi que de discuter de n'importe quel sujet dont il vous plaira de débattre plus tard. »

Sur ce il tira Fye par le poignet en l'entraînant sans délicatesse vers le hall d'entrée, là où ils seraient plus à l'abri des regards indiscrets.

« Lâchez-moi ! Tonna alors le jeune homme en se défaisant de son étreinte. Arrêtez de vous comporter comme un despote ! A présent que je suis majeur et que je ne crains plus la justice, il est de mon droit de pouvoir m'entretenir avec de si intéressantes personnalités ! »

Mais il se foutait de lui ou quoi ? Kurogané n'était pas dupe, il savait très bien que si Fye était venu ce soir, c'était pour retrouver Ashura. Le brun aurait, certes dû, se montrer plus discret quand il avait mentionné la soirée accueillant tout le corps politique de la ville, mais il ne pensait pas que le blond réussirait à entrer…

« Comment es-tu arrivé ici ? »

Fye retarda sa réponse en vidant sa coupe d'un trait. Le rouge lui monta aux joues et son maître en déduit qu'il ne s'agissait sûrement pas de son premier verre…

Fye souffla bruyamment avant de répondre :

« C'est mademoiselle Sakura Read qui m'a envoyé une invitation. »

Sakura… Cette cachottière, elle s'était bien gardée de le lui signaler quand ils étaient sur la terrasse!

« Et pourquoi ne m'en as-tu pas averti ? »

« Parce que je me doutais bien que vous réagiriez de la sorte ! » s'emporta Fye.

« Et en quoi ma réaction t'insatisfait-elle ? » rétorqua tout aussi violemment le dirigeant.

« Vous vous évertuez à me confiner dans votre appartement en m'empêchant de sortir comme si le monde était nocif pour moi ! Ce n'est pas parce que je suis sous vos ordres que je vous appartiens ! D'autres personnes ont le droit de poser leurs yeux sur moi sans me souiller pour autant ! »

Fye ne sut pas où il était allé chercher autant d'abominations, quoique les cinq verres de tequila qu'il avait ingurgité devaient lui avoir servi de guide particulier. En ce moment, peu lui importait les mots qu'il aurait à employer : il ne laisserait pas Kurogané se mettre une fois de plus en travers de sa revanche.

Le principal concerné par ces reproches resta coi devant cette tirade réprobatrice. Ce n'était pas la première fois que Fye le rejetait brutalement, mais ces mots le transpercèrent aussi violemment qu'une rafale de balles à bout portant. Ils lui firent bien plus mal que tous les blâmes qu'il avait eu à entendre au cours de sa campagne et il en fut totalement déstabilisé. Comment ce garçon pouvait-il ainsi insulter l'amour qu'il lui portait en le faisant passer pour de la possession ? Son désir de le protéger rendait-il en réalité Fye si malheureux ?

Kurogané avait déjà du mal, en temps normal, à exprimer sincèrement des sentiments de l'envergure de congratulations ou de remerciements, alors quand il s'agissait d'amour, c'était la noyade ! Mais à proximité du jeune homme, il avait du mal à se contrôler. D'accord, une part de lui le voulait pour lui seul, et s'apprêtait à crever les yeux de tous ces gens qui posaient sur SON Fye un regard un peu trop aguicheur. Il paraissait évident que son majordome lui fasse remarquer son abject comportement qu'il n'arrivait pas toujours à brider… Quoi qu'il en soit, le blond avait été plus qu'équivoque sur le sujet : ce n'est pas demain la veille que ses sentiments lui seraient retournés…

Pourquoi cela finissait-il toujours comme ça ? Pourquoi la seule chose que Kurogané arrivait à faire, c'était de blesser Fye ? La douleur laissa place à la colère, le seul moyen pour lui d'évacuer ce trop plein de frustration. Il se rapprocha de Fye jusqu'à sentir son souffle alcoolisé contre son visage, mais ne se laissa pas enivrer pour autant. Il tenta de le frapper d'éclairs écarlates émanant de ses prunelles, aussi violemment que le coup qui venait de lui être asséné. Et si son courroux ne se faisait pas assez ressentir dans ce regard irascible, il grogna d'une voix amère:

« Prend ton manteau, on y va. »

Sans qu'il puisse interpréter la réaction qui se lisait habituellement si aisément sur le visage de son majordome, il vit Fye tourner les talons sans demander son reste, et se diriger vers le vestibule en saisissant ostensiblement une bouteille de tequila qui trônait sur une table. Le blond claqua la porte de la petite pièce et la martela de son poing en jurant :

« Merde, merde, merde MERDE ! »

Par intervalle il engloutissait des gorgées de la liqueur, afin de quitter au plus vite cet état de désespoir qui l'engourdissait. Il ferait mieux d'obéir à son maître avant qu'il ne regrette de l'avoir offensé…

Encore une fois, si près du but, ce dernier l'en détournait. Fye finirait par vraiment lui en vouloir.

Mais cette goutte de rancœur n'était rien en comparaison à l'océan d'amour dans lequel il se noyait. Il se laissait dévorer de l'intérieur par cette marée montante de désir et ne cherchait même plus à lutter contre son courant. Alors, son ressentiment pouvait bien prendre le dessus quelques instants, jamais il n'atteindrait les tréfonds de son cœur déjà englouti.

Kurogané Suwa, pourquoi m'avoir fait tomber si follement amoureux de toi ?

Alors que la résignation prenait le pas sur l'ivresse, il chercha dans la grande penderie sa veste. A ce moment il entendit derrière lui la porte s'ouvrir.

« C'est bon, marmotta-t-il, j'arrive, je… »

Sa phrase resta en suspens, tout comme le temps stoppa sa course, quand il se retourna pour faire face à l'homme qui venait d'entrer. Ce fut soudain comme s'il chutait sans rappel dans les abysses de ses cauchemars. Son corps se glaça à la vue de ce regard bleu clair qui le sondait avec une curiosité quasi indécente. Son cœur martelait contre sa poitrine et son cerveau lui criait de fuir cette stature effilée, à l'aura ténébreuse. Mais il restait pétrifié, oubliant même de respirer.

Cet homme… il n'avait pas changé. Il était le même que dans ses souvenirs et semblable à l'être qui hantait ses cauchemars. Le visage pâle, des lèvres maigres étirées dans un sourire hypocrite, et ces yeux qui laissaient à la victime le temps d'y lire le scénario de sa mort prochaine.

Ashura.

Ce dernier eut aussi un moment d'hésitation, croyant faire face à un fantôme, hallucination engendré par l'alcool ou une réminiscence de son inconscient. Mais la stupeur du garçon en face de lui ne laissait aucun doute quant à son identité.

« Et bien, si je m'attendais à cela ! »

Sa voix caverneuse résonna dans la petite pièce comme un glas funèbre. Ne laissant en rien transparaitre sa surprise ou son excitation, le grand brun referma la porte derrière lui, interdisant à Fye toute échappatoire.

Ce dernier tremblait de tout son corps. Lui qui avait toujours cru attendre cet instant avec l'impatience du chasseur, il réalisa qu'en fait, il la redoutait avec autant d'appréhension que la proie.

« Tu es si pâle, mon enfant… Est-ce donc bien un fantôme que je vois là ? »

«Y'a-t-il un tourment qui vous obsède au point de vous croire hanté ? » réprima le blond dans un souffle. Ashura sourit avec sympathie : c'était justement ces émotions complaisantes et décalées qui rendait ce personnage si terrifiant.

Il s'avança vers le jeune garçon qui recula prestement, mais son dos heurta trop vite le mur du vestibule. Il s'y écrasa le plus intensément possible, comme s'il s'attendait à disparaître au travers. Il resta muet de terreur quand la main d'Ashura s'approcha pour effleurer sa frange blonde.

« Par quel miracle est-ce possible ? Je croyais pourtant... »

« Quoi donc ? M'avoir tué ? »

Fye maudit son manque d'assurance. Lui qui voulait se montrer maître du jeu dans cette rencontre, le voila seulement armé d'une voix chevrotante et d'une bouteille à moitié vide…

Le corps d'Ashura se rapprocha lentement du sien, et il pouvait sentir cette odeur amèrement nostalgique qui crispait ses muscles d'effroi. Au fur et à mesure que cette angoisse le dégrisait, l'affreuse réalité s'imposa à son esprit : il était piégé !

La grande main glaciale passa de sa mèche à sa joue et la caressa avec la précaution dont on userait face à un objet rare :

« Tu es devenu un très beau jeune homme… Fye. »

Le blond ferma les yeux en priant que tout ceci ne soit qu'une de ces saisissantes hallucinations stipulées dans les effets secondaire de la tequila, mais la pression qui se fit sentir sur sa gorge était bien réelle.

« Tu ressemble tellement à ta mère… »

Sa jugulaire cria de douleur sous l'étau glacé qui se refermait.

« Si belle quand sa peau devenait pâle, si séduisante lorsque ses yeux s'écarquillaient de terreur… »

L'air lui manquait, son corps devint moite et toute son énergie l'abandonnait à son misérable sort. Une violente envie de vomir retourna son estomac, quand il sentit Ashura amoindrir cette distance qui les séparait. Son souffle effleura son oreille lorsqu'il ajouta dans un murmure :

« Je t'adresse cette éloge, mais c'est certainement le plus beau cadavre que la mort se soit vantée de posséder.. »

En usant de ses dernières forces, Fye leva son bras qui maintenait encore fermement la bouteille et l'abattit le plus fort possible sur la tête de son nécrophile d'agresseur.

Le bruit cristallin du verre brisé couvrit le cri de surprise de ce dernier, qui relâcha prestement son emprise. Il fit un bond en arrière, glissant lentement ses doigts dans ses cheveux pour enlever le plus délicatement possible les débris tranchants qui s'y logeaient. Profitant de sa liberté, Fye inspira une grande goulée d'air à laquelle se mêla l'odeur âpre de la liqueur. Sonné, il se laissa tomber à terre et ses genoux imbibés d'alcool heurtèrent des débris de bouteille. Il ouvrit les yeux mais ce n'est qu'un décor flou qui se profilait devant lui. Par contre il entendit nettement la porte du vestibule s'ouvrir à la volée et la voix de Kurogané s'exclamer :

« Bon Fye qu'est-ce que tu f… »

Si les esprits du blond avaient repris plus rapidement possession de son corps frêle, il aurait sûrement cru rêver tant le teint bronzé de Kurogané pris une teinte diaphane. La bouche du dirigeant encore entrouverte, son regard ébahi passa de Fye agenouillé au milieu des débris, et d'un Ashura le regard extrêmement contrarié :

« Vous devriez mieux éduquer votre majordome, Monsieur Suwa, ce dernier n'est même pas capable de me servir un verre correctement ! »

Mais Kurogané n'avait rien à faire de cette fausse justification qui expliquait cette mise en scène incongrue. Le temps d'aller annoncer son départ à Sakura, la chose qu'il craignait le plus en quatre ans venait de se réaliser à une porte de lui ! Et il ne faisait aucun doute que Ashura n'avait pas prit son temps pour mettre un nom sur ce visage resurgit du passé. Pire encore, il avait, en l'espace de seulement deux minutes, tenté de le faire disparaître comme un nettoie négligemment une vilaine tâche !

Mais voila, Fye était bien plus dégourdi qu'il ne laissait paraître, et Kurogané fut soulagé de voir qu'il avait, une fois de plus, trouvé le moyen le plus radical de se sortir d'une situation compromettante : donner l'alerte. En effet, si le brun ne s'inquiétait que négligemment du retard de son majordome, le fracas qui provenait du vestibule l'avait bien plus alarmé. Hélas, son entrée salvatrice dans le dressing n'était pas une solution, encore moins une victoire : si jamais il avait su garder son sang froid, il n'aurait jamais laissé Fye seul une seule seconde, et leurs macabres retrouvailles n'auraient jamais eu lieu !

« Je n'attends pas de leçons de conduite de la part d'une personne aussi présomptueuse. » Persifla Kurogané, bouillant de colère contre la Terre entière.

Ashura crut bon de sortir sans demander son reste, mais son regard croisa celui de son adversaire, avec une lueur de défi bien plus provocatrice que celles que Kurogané avait eu l'habitude de déceler en cinq années de duel. Cette fois, ils ne se battaient pas pour une victoire électorale, mais pour la vie d'un jeune homme. Et la compétition venait de débuter.

« J'espère avoir le plaisir de rencontrer votre intriguant majordome très prochainement, Suwa. »

Ce dernier joua les impassibles, mais dans sa main, la poignée de la porte qu'il tenait toujours fermement se détacha sous la pression de son poing.

Une fois Ashura éloigné, le brun jeta un coup d'œil inquiet à Fye, toujours agenouillé, le teint s'égayant peu à peu de ses couleurs.

Kurogané s'avança et lui saisit le bras pour l'aider à se relever.

« Allez debout, si tu restes ici, tu vas te couper. »

Quelle ne fut pas sa surprise de constater que le blondinet avait encore toute son énergie, car lorsqu'il fut en équilibre sur ses jambes, il poussa son maître et se précipita en courant hors du vestibule.

« Fye ! »

Le brun partit immédiatement à sa poursuite, craignant que ce dernier ne pourchasse encore le criminel, mais il fut soulagé de le voir emprunter la porte d'entrée, et de se précipiter au dehors.

Fye descendit les marches du perron, le souffle haletant, un son guttural émanant de sa gorge brûlante, et il se laissa tomber sur la pelouse du petit jardin qui garnissait l'entrée de la maison des Read.

Son esprit avait trop de mal à encaisser ces flots d'émotions qui l'écorchaient intérieurement. Il voulait par n'importe quels moyens évacuer ce malaise qui alourdissait son crâne, oublier cet état de faiblesse qui le frustrait, et se débarrasser du putride dégoût qu'Ashura avait infiltré dans ses pores à peine son regard l'avait-il effleuré.

C'est alors, impuissant à cette réaction de rejet, qu'il se cramponna au gazon et se laissa vomir. Ses ongles raclèrent la terre, ses doigts arrachèrent l'herbe tandis qu'il se penchait en avant, secoué par ses relents. Une fois soulagé de se sentir assaini de ces viles sensations, bien que le moyen ne soit pas des plus catholiques, son corps épuisé ne le tint plus en équilibre et il bascula quand deux mains fortes le rattrapèrent :

« Bah c'est du joli, voila à quoi ça te mène de trop boire… »

« Kuro…ga… »

« Tu peux rester sage deux minutes le temps que j'aille te cherche un verre d'eau et une serviette pour te débarbouiller ? »

Il acquiesça avec autant de conviction qu'une poupée de chiffon, et Kurogané le déplaça pour l'adosser contre la murette avant de repartir en direction de l'intérieur. Cependant, il fut retenu par la main de Fye qui s'accrocha à sa veste :

« Attends… »

Ce tutoiement si suave et qui, de surcroît, lui était adressé pour la première fois, eut le même effet qu'une décharge électrique hautement survoltée, hérissant ses poils du sommet du crâne à la pointe de ses orteils.

Son cœur manqua de griller sur place quand le regard larmoyant de Fye se posa sur lui, et qu'il murmura sans le quitter des yeux :

« Kurogané… »

Frisant l'auto contusion, il ne trouva rien de mieux que de répondre sur un ton aussi sensuel :

« Fye… »

Agrippant plus fermement la veste de Kurogané, l'obligeant à s'accroupir aux côté de son majordome, le blond continua avec sa voix pleine de regrets qui serait capable de fissurer d'émoi le plus solide des murs en béton :

« Pardon … pardon d'avoir dit ces choses horribles… je ne les pensais pas. »

Kurogané ne le montra pas, mais il était fou de joie d'entendre ces mots. Mais la suite l'excita encore plus quand, poussé par un élan de confiance, Fye continua sur un ton d'aveu :

« En réalité, je… je suis … »

Oubliant même de respirer, se foutant royalement du monde autour de lui, le brun contempla le garçon comme un moustique esseulé se laisse hypnotiser par la lumière.

« Oui ? » Insista-t-il suite au long silence.

Fye sourit alors, d'un de ses sourires niais qui le déconnecta du contexte sérieux et tendu qui les emprisonnait, avant de s'esclaffer :

« Je suis … complètement bourré ! »


Ouahah c'était vilain ça. Mais si ça peut vous rassurer, la suite sera concrétisera les fantasmes et rassasiera des affamés ... :)