Pov omniscient

Cette fois les domestiques de Salieri étaient dépassés par la situation. Ils avaient finit par faire appel à son plus proche ami, Lorenzo Da Ponte, car la fureur de leur maître ne connaissait aucune limite. Nombreuses étaient les verreries qui avaient périt, fracassées contre un mur, depuis la dernière visite de Mozart, qui remontait maintenant de 5 jours…

_ Antonio, soupira pour la énième fois Da Ponte. Casser les verres ne t'aidera en rien.

_ Alors dis-moi, toi qui sait tout, ce que je suis censé faire !hurla l'Italien.

Il n'avait jamais vu son ami dans un tel état de fureur mais il ne s'en effraya pas pour autant.

_ Commence par t'assoir, exigea Da Ponte en le poussant sur un fauteuil. Dis-moi plutôt qui t'a mis dans cet état.

L'illustre compositeur se renfrogna, refusant obstinément de divulguer sa relation pécheresse. Malheureusement pour lui, Da Ponte savait déjà tout –du moins, du point de vue de Mozart- et il s'empressa de lui faire savoir. Salieri blanchit et, sous le poids des menaces de son prétendu ami, se livra à la confession de l'incident qui s'était produit 5 jours plus tôt.

_ Pourquoi ne vas-tu pas tout simplement lui parler ?s'étonna le librettiste. C'est tout ça que font les gens normaux pour résoudre des conflits.

_ Et après on se demande comment on arrive à des guerres, marmonna Salieri peu emballé par l'idée.

_ Alors tu peux faire une croix sur Wolfgang, soupira Da Ponte en se levant. D'ici quelques jours il fera son deuil de cette histoire et toi tu finiras par t'en mordre les doigts.

Da Ponte avait conscience de mentir à moitié, mais jamais il ne dévoilerait à Salieri combien Mozart était entaché de sa personne. Mozart ne guérirait jamais de ce gouffre béant que Salieri créait actuellement dans son cœur. Le librettiste croisa le regard de son ami de toujours. Bien que leurs rapports récents aient été assez froids, ils savaient qu'ils pouvaient compter l'un sur l'autre.

Salieri étant une tête de mule, Da Ponte opta pour la solution de facilité : le faire culpabiliser un maximum et le mettre au pied du mur. S'encadrant au seuil de la porte du salon, il se retourna une dernière fois pour s'adresser au mélomane.

_ Tu souffriras tout autant que lui, mais lui finira par t'oublier pour aller trouver son bonheur ailleurs alors que toi tu n'auras de cesse d'espérer qu'il te revienne. Pense à ça Antonio, pense à ça…

Et sur ces derniers mots Da Ponte quitta la maison, fier de son effet. Il savait que la détermination de son ami flanchait déjà et que sa colère n'était plus qu'un lointain souvenir. Oui, il en était certain, Salieri était sur la bonne voie…

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Pov Mozart

J'étais mort. Voilà l'impression que je me faisais alors que j'étais assis sur le canapé de mon salon, devant l'âtre crépitant de la cheminée. Je n'avais envie de rien, pas d'inspiration pour composer, c'était juste le vide total dans mon esprit. Je revoyais sans cesse cette femme dans les bras de celui à qui j'avais tenté de transmettre mon amour. Pourquoi fallait-il que mon esprit vienne me torturer encore plus en m'imposant cette vision ? N'avais-je pas assez souffert ?

Mes domestiques s'arrangeaient pour me surveiller, se partageant les tâches pour être présent en permanence à mes côtés. 5 jours s'étaient écoulés mais la plaie restait présente autant dans mon cœur que sur mon poignet. Je garderais à jamais les cicatrices de cette relation interdite par les Dieux.

_ Maestro Mozart ? Un homme est à la porte et désire vous voir, m'informa gentiment mon majordome.

Qui pouvait bien avoir envie de me voir ? Peut-être quelqu'un qui voulait se repaitre de ma déchéance… L'occasion parfaite pour passer mes nerfs sur quelqu'un de pas si innocent. Rejetant violemment la couverture sur le côté, je remettais rapidement ma chemise en place et sortis d'un pas rageur. Le pauvre allait trinquer…

Je pilais net en reconnaissant la silhouette noble de celui qui fut mon amant. Bon, finalement ça allait être moins simple que ce que je l'avais imaginé…

_ Qu'est-ce que tu fais là ?lui demandais-je d'une voix hostile. Je croyais t'avoir dit que je ne voulais plus te voir.

_ Je suis là pour parler.

Ce n'était pas une proposition, mais un ordre sans appel. Son regard sévère brillant dans ses paupières marron, il me tira par la manche jusqu'au salon. Je savais que j'allais encore souffrir de ses paroles –il était certainement venu me dire que tout était finit, que j'avais été une effroyable erreur et qu'il se méprisait d'avoir pu tomber si bas…- mais, ayant passé ces derniers jours à pleurer, je manquai de force pour me débattre.

_ Ne t'es-tu jamais demandé ce que je faisais de ma semaine ?

Hein ? C'était pour venir me dire ça qu'il était venu ? Se justifier sur le nombre encore incertain d'amantes qu'il entretenait dans mon dos ?

_ Visiblement non, soupira-t-il las. Le lundi ?

_ Au palais, répondis-je machinalement.

_ Le mardi ?

_ Juste le matin…

Je me rappelais l'avoir vu quitter le palais à midi tapante et je n'arrivais jamais à le voir l'après-midi, preuve qu'il ne restait pas sur place. Lorenzo m'avait dit que c'était normal, une habitude qu'il avait acquise récemment, mais il n'avait pas su me dire ce qu'il faisait de ce temps. Maintenant je savais : il allait voir des amantes…

_ Le mercredi ?

_ Pas de la journée…

_ Le jeudi ?

_ La matinée… Bon, où tu veux en venir ?m'écriais-je excédé.

Antonio m'adressa un regard sévère m'incitant à calmer mes humeurs. Ne me séparant pas de mon regard givré, j'attendis qu'il daigne bien m'expliquer le cheminement de sa pensée.

_ Mon maître est mort, souffla celui qui détenait malgré tout les clefs de mon cœur. Je lui devais tout. C'est grâce à lui que j'ai pu préserver mes sœurs de la pauvreté qu'elles subissaient après la mort de nos parents…

J'étais partagé entre le déchirement de son histoire peu réjouissante et l'incompréhension. Nous étions censés évoquer son infidélité et lui me parlait de son passé… Le geste n'était pourtant pas des moindres, Antonio ne me m'avait jamais parlé de sa vie…

_ Je ne comprends pas.., admis-je dérouté.

_ Gassman m'a tout donné, comme si j'avais été son propre fils, et à son décès il a laissé deux jeunes filles orphelines de père. Même si je n'ai pas les moyens de subvenir à leurs besoins, je veux les aider à y parvenir. Elles ont toutes deux des voix magnifiques alors je leur donne des cours pour qu'elles deviennent cantatrices pour l'empereur. Anna occupe mes mardi après-midis et Thérèse mes jeudis après-midis.

J'avais l'impression d'avoir percuté une enclume. La nouvelle qui venait de m'être annoncée était pourtant fabuleuse, mais je me sentais tellement bête maintenant… Cherchant une excuse à mon idiotie, je me mis à réfléchir à une faille sur ce planning.

_ Et le mercredi alors ?le défiais-je.

Un petit sourire amusé étira les lèvres de l'homme que j'aimais déraisonnablement.

_ Le mercredi je donne des leçons à mes propres élèves. Sauf cas exceptionnels, j'en ai un le matin et un l'après-midi.

Bien, alors je venais juste de me ridiculiser par ma crise de jalousie injustifiée. Je me sentais si stupide que j'aurais voulu creuser un trou et m'y cacher pour les 5 prochaines décennies… Il restait à savoir si mon amant voudrait encore de moi après cette vague…

Justement, mon aimé s'approcha de moi d'une démarche de prédateur. Il leva sa main, et je me mis instantanément à craindre la gifle que j'allais recevoir, mais à ma grande surprise il la reposa doucement contre ma joue. Sa seconde main fit de même et, dans un élan de courage –ou de folie ?-, je relevais la tête pour croiser son regard. Ses prunelles marron brillaient d'une étincelle à la fois tendre et amusée, le rendant plus humain que jamais.

_ Dis-moi Wolfgang, ce n'est qu'une impression ou tu deviens jaloux et possessif ?me taquina-t-il gentiment.

Je rougis et baissai la tête, embarrassé par son jugement des plus justes mais soulagé qu'il le prenne si bien. Une faible pression exercée par ses mains m'invita à relever la tête une nouvelle fois. Mon cœur s'emballa à la vue de ses yeux embrasés d'un feu inconnu. Le moment me semblait si solennel… c'était comme si tout s'était effacé autour de nous pour donner à cet instant un parfum magique.

L'inespéré se produit : mon aimé abaissa sa tête pour que nos lèvres se rejoignent avec une douceur sans pareil. J'eu un mouvement de recul, ne réalisant pas immédiatement que mon rêve le plus fou venait de se concrétiser, et regrettai immédiatement en remarquant que je l'avais blessé par ce qu'il avait interprété comme un rejet.

_ Je comprends, m'assura-t-il tristement. Je suis dé…

Je ne lui laissai pas le temps de s'excuser, lui sautant dans les bras pour lui offrir un baiser fiévreux. Nos langues vinrent bientôt danser ensemble pour mon plus grand plaisir et de nombreux soupirs de plaisir m'échappèrent. Je m'enflammais de plus en plus mais mon Antonio prit mon visage entre ses mains et me força à m'arrêter. Haletant, je reposai mon front contre son torse pour retrouver mon calme. Mes bras passèrent naturellement autour de sa taille, rendant ce contact plus tendre et intime. J'étais si bien là… c'était le bonheur absolu…

Une main passa dans mes cheveux, me faisant soupirer d'aise. Je relevais la tête et nos lèvres se rencontrèrent une nouvelle fois, plus doucement et plus tendrement. Nouveau soupir. Mes désirs me firent perdre la tête. J'avais envie de lui, là de suite. Nous entamions notre seconde semaine d'abstinence tout de même ! C'était beaucoup ! Et puis quand il m'embrassait de la sorte… Mes mains égarées furent vite stoppées par celles de mon amant.

_ Non Wolfgang, gémit mon aimé en s'écartant de moi. Je suis attendu… Anna doit déjà m'attendre chez moi…

_ Non, geignis-je en récupérant brièvement ses lèvres. Tu peux certainement annuler ! Ça va bientôt faire 2 semaines ! Tu ne peux pas me faire ça !

_ Wolfgang…

Une idée lumineuse me traversa l'esprit. Lâchant mon aimé, je lui ordonnais de ne pas bouger et m'éclipsai pour aller à la rencontre de mes domestiques.

_ Margaret ?appelais-je.

_ Oui monsieur ? Vous désirez quelque chose ?

Un sourire ravi étira ses lèvres lorsqu'elle me vit rayonnant de bonheur. M'approchant avec malice d'elle, je jetai un dernier coup d'œil derrière moi pour m'assurer que mon amant n'entendrait pas ce que je complotais derrière son dos. Il regardait sa montre pour le moment, donc j'avais quelques secondes avant qu'il ne s'impatiente.

_ Faîtes partir quelqu'un à la demeure de maestro Salieri pour dire à son hôte qu'il sera absent pour l'après-midi en raison d'importantes affaires à régler, chuchotais-je.

Margaret me regarda avec étonnement, hésitant à m'obéir. Je lui fis un clin d'œil complice qui acheva de la convaincre à s'exécuter. M'adressant un sourire amusé, elle se faufila dans les cuisines où se trouvaient les autres domestiques pour ranger. Fier de moi, je regagnai le salon et dérobai un baiser à mon Italien.

_ Il faut que je parte Wolfgang, s'attrista-t-il. J'essaierais de repasser ce soir après les cours si tu veux…

Même si j'étais surpris et absolument extatique de voir qu'il était prêt à faire des concessions si agréables, je n'étais pas d'accord pour le laisser s'éloigner si vite. M'armant d'un sourire coquin, je passai mes bras autour de son cou.

_ J'ai envoyé quelqu'un pour annuler tes cours, fanfaronnais-je. Tu n'es rien qu'à moi…

Ne lui laissant pas le temps de me sermonner, je repris ses lèvres et l'embrassai langoureusement. D'abord tendu, mon aimé finit par se laisser aller dans mes bras. Mes caresses se firent plus intéressées mais mon amant m'arrêta une nouvelle fois.

_ Non, Wolfgang…

_ Si, le coupais-je. Laisse-toi faire pour une fois.

Mes baisers dérivèrent sur sa gorge et, mû par une impulsion inédite, je me mis à lui mordiller le lobe de l'oreille. Il n'en fallut pas plus pour faire craquer celui que j'aimais. Récupérant mes lèvres, il m'embrassa avec ferveur, me plaquant contre le mur derrière moi dans le processus.

_ Attend, haletais-je en me séparant de ses lèvres. On va continuer dans ma chambre…

Maintenant qu'il était lancé, il aurait été difficile d'arrêter mon Antonio de toute façon, et je ne comptais pas essayer d'ailleurs… Tels des enfants, nous courûmes pour gagner ma chambre et, une fois la porte verrouillée derrière nous, l'air devint plus lourd. Je me déshabillais avec une lenteur parfaitement calculée, conscient que le regard avide de mon amant pesait sur mon corps. Une fois nu comme un ver, je m'approchai de lui et le dépouillai de ses vêtements sensuellement, égarant quelques caresses sur son corps trop désirable.

Déjà trop impatient de ce qui allait suivre, je plantais mon regard dans le sien et le tirai jusqu'au lit. Au dernier moment, il me fit dériver pour finir par me plaquer ventre contre le mur de ma chambre, sans toutefois me faire mal. Complètement soumis à ses caresses, je me laissai faire entre ses mains expertes. Ses lèvres virent bientôt compléter la délicieuse torture qu'il m'infligeait, grignotant la peau de mon cou et la suçotant pour y imprimer sa marque.

_ Mmm Antonio !gémis-je en l'attrapant par la nuque. Ne t'arrête surtout pas !

Mon amant me mordit gentiment l'épaule et dans la seconde qui suivit, il nous unissait d'un coup de rein qui me fit hurler sans retenue. Ses mains s'arrêtèrent sur mes hanches, me maintenant tendrement contre lui, alors que ses lèvres me dévoraient sensuellement le cou. Tous deux haletants, nous poursuivîmes notre étreinte, mon aimé se mouvant le plus lentement possible en moi pour laisser monter le plaisir tout doucement. Le moment était parfait, féérique… Comment avais-je pu m'en passer si longtemps ?

Mon Antonio se montra tendre avec moi tout le long de notre étreinte, se faisant un devoir de me faire crier son nom à plusieurs reprises. Lorsque sa libération approcha, il se mit à caresser ma virilité au rythme de ses coups de reins et accéléra progressivement le tempo, nous offrant une harmonie musicale absolument divine. Mes jambes m'abandonnèrent lorsque mon corps trembla de la jouissance fulgurante qui le secouait mais mon aimé me rattrapa avant que je m'effondre au sol. Attentionné, il me porta jusqu'au lit où nous prîmes le temps de recouvrer des respirations à peu près égales.

Une fois calme –du moins autant que je pouvais l'être alors que mon aimé était si peu habillé dans le même lit que moi-, je me blottis contre mon amant et embrassai tendrement ses lèvres, le remerciant silencieusement de son pardon et de cette étreinte. Mon Italien me regarda, caressa ma joue et m'attira plus à lui en passant ses bras autour de moi. « Je t'aime »… ces mots pas si insignifiants me brûlaient la langue… En réalité, « Je t'aime plus que tout sur cette terre, tu es ma seule raison de vivre dans mes plus noirs moments » serait plus exact, mais je trouvais que lui avouer ma passion à son égard était déjà trop précipité sans en plus rajouter une pareille déclaration. Nos ébats ne relevaient pas de l'amour mais juste du partage de plaisirs charnels pour le moment. Malgré ses améliorations plus que visibles, je savais que mon aimé n'était pas encore prêt à partager ces mots, et je ne pouvais qu'espérer qu'il le soit un jour ou l'autre…

Un mouvement fit éclater ma bulle de rêveries douces. Mon aimé s'écartait de moi. Paniquant, je tentais de le retenir, pensant qu'il s'échappait déjà, mais il me sourit avant de m'embrasser langoureusement. Ne prenant pas en compte mes efforts pour l'empêcher de s'éloigner, mon amant baisa le chemin jusqu'à mon nombril et descendit encore plus bas… Me tortillant sous lui, je gémis en le sentant poser ses lèvres sur ma virilité qui se réveillait rapidement à ce contact inespéré.

_ Antonio !geignis-je en rejetant la tête en arrière.

Mes mains s'emmêlèrent par automatisme dans ses cheveux alors que mon aimé me prenait en bouche. Il m'offrit ses soins avec une attention toute particulière, usant de sa langue et, avec précaution, de ses dents pour me faire crier son nom à plusieurs reprises. Il faisait si chaud tout à coup. Une couche de transpiration naquit sur ma peau alors que je tremblais grâce à ses soins.

_ Antonio… recule, je vais… je…, tentais-je de le prévenir.

Mais mon aimé n'en fit qu'à sa tête, campant obstinément ses positions alors que ma libération approchait. Ses aspirations se firent plus violentes et je ne pus refreiner ma jouissance alors que la chambre était comblée de mes cris d'extase mélangés à son prénom. C'était si bon ! J'avais l'impression d'aller saluer les étoiles…

Tout haletant, je l'observais s'approprier le fruit de la félicité suprême qu'il m'avait offerte avant de venir m'offrir un baiser. Tous deux éreintés, nous nous glissâmes sous les draps et je vins me blottir dans ses bras où j'avais l'intention de passer la nuit. Certes ce n'était pas encore de l'amour, mais je gardai bon espoir pour la suite…

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J'avais passé une nuit merveilleuse dans les bras de l'homme que j'aimais mais le réveil me déplaisait fortement. Je ne savais pas qui braillait ainsi de si bon matin mais il allait m'entendre… Heureusement que mon aimé avait le sommeil plus lourd que moi, ça me permettait de l'observer dormir. Un petit sourire paisible étirait ses lèvres, le rendant encore plus beau qu'à l'accoutumée –si c'était possible- et sa mèche sombre retombant sur son visage lui donnait un air rebelle absolument craquant.

Encore à moitié endormi, je m'extirpais du lit, désireux de faire cesser ce vacarme avant qu'Antonio ne se réveille. M'habillant, je quittai à regret mon Apollon dénudé pour le laisser se reposer. Devinez qui faisait tout ce bruit… A croire que ça devenait une habitude chez lui… Haydn, bien évidemment…

Baillant fortement, je descendis les marches sans grande conviction et remerciai mon majordome d'avoir su le retenir à l'entrée. Je n'osais imaginer la scène s'il m'avait trouvé au lit avec Antonio…

_ Joseph, saluais-je mollement. Que me vaut votre visite ?

_ Wolfgang !

Il m'enlaça de force, bien que je me refuse à répondre à cette étreinte. Peut-être que j'étais encore en train de dormir… Hum, ça devait être ça…

_ Comment vous portez-vous ? Et les amours ?débita-t-il. Nous n'en n'avons pas discuté depuis un moment.

Depuis la dernière fois que nous nous étions vus… Il m'avait forcé à parler de mon aimé alors que je n'avais rien à dire de particulier à ce sujet. Bien sûr, j'étais presque inépuisable quand il s'agissait de parler de lui, mais là je lui avais déjà tout dit, et souvent de force… Il était étrange à ce sujet… trop curieux…

_ Je…

Son regard se détourna de ma personne pour fixer la personne qui venait de sortir de ma chambre, autrement dit mon amant… Miraculeusement ce dernier était complètement vêtu, comme si notre nuit de débauche de la veille n'avait jamais eu lieu.

_ Salieri, siffla Joseph. Que diable faîtes-vous là ?

_ Je pourrais vous retourner la question, rétorqua mon aimé immuable.

Il descendit les marches avec grâce et souplesse, semblant très en forme à cette heure matinale. Je regrettais d'avoir manqué son réveil. J'aurais su le convaincre de rester au lit plus longtemps…

Haydn s'interposa entre moi et mon amant, comme s'il voulait me protéger d'une quelconque influence néfaste qu'il pourrait exercer sur moi. Ridicule. Les deux hommes se regardaient désormais en chien de faïence mais je pouvais déceler une différence chez mon compatriote, comme si cette rivalité n'avait pas la même finalité que pour mon Italien.

Le silence devenait franchement pesant et il me tardait de me débarrasser d'Haydn pour reconduire mon amant dans ma chambre, aussi je m'empressai de relancer le dialogue.

_ Nous avons travaillé dur hier, et nous avons encore pas mal de travail devant nous, mentis-je à moitié.

Alors qu'Haydn détournait la tête pour me regardait, Antonio arqua un sourcil en souriant avec amusement face à ce sous-entendu. Cet homme était tout bonnement trop désirable…

_ Peut-être pourrions-nous reporter cette conversation ?proposais-je en me dirigeant vers la porte.

Malpoli ? Non, juste intéressé par autre chose. Malheureusement pour mes désirs charnels, Haydn resta face à mon amant pour le défier du regard.

_ Il n'est pas à toi, grogna-t-il à quelques misérables centimètres de son visage.

Je devais être en plein cauchemar là ! Haydn n'avait-il pas remarqué ma présence ? De quel droit se permettait-il tant de familiarité et de proximité ? Cet homme-là m'appartenait ! Fallait-il que je le marque au fer rouge pour que ma propriété soit respectée ? D'ailleurs, comment celui qui prétendait être mon ami pouvait-il se permettre d'encourager mes efforts avec Antonio pour ensuite me jouer pareilles scènes… ?

Prenant enfin la peine d'examiner les prunelles de mon amant, j'y vis briller une haine sans nom qui était encore inédite. J'en frissonnais d'effroi, bien que ce regard ne me soit pas adressé. Et après ça c'était moi qui étais possessif ?

_ Nous avons du travail, répétais-je en attrapant Haydn par la manche pour le conduire à la porte. Nous nous verrons plus tard.

Je le mettais à la porte sans lui laisser le temps d'y redire quoi que ce soit et m'adossais contre cette dernière, observant avec intérêt la réaction de mon aimé. Il semblait hors de lui, mâchoire et poings serrés, tout en étant très songeur. Etrange… Pourquoi cette confrontation avec Haydn l'affectait tant ? Etaient-ce ses paroles… ?

Quittant mon appui, je m'approchai de mon aimé et l'enlaçai tendrement, déposant quelques baisers sur sa gorge pour une fois accessible.

_ Ne l'écoute pas, chuchotais-je à son oreille. Je ne sais pas ce qu'il a mais il dit des bêtises.

_ Méfie-toi de lui Wolfgang, me prévint-il en se détachant de moi pour récupérer sa veste restée au salon.

Frustré par cette distance, je le suivais dans la pièce adjacente, déjà prêt à le harceler de questions.

_ Méfie-toi de lui, répéta mon aimé en se tournant vers moi prêt à partir. Il est loin d'être un sain.

_ Mais attend !m'écriais-je en le voyant une main sur la poignée de la porte d'entrée. Tu ne veux pas continuer ce qu'on a commencé hier… ?

Un sourire amusé naquit sur ses lèvres sensuelles alors que je lui faisais les yeux doux. Je m'approchais pour lui ravir un baiser mais il ne tomba pas dans le piège comme je l'avais espéré.

_ J'ai encore beaucoup à faire. En revanche je te revois demain…

_ Demain ?le coupais-je étonné mais ravi.

_ Oui, demain. Puisque tu m'as fait rater un cours de chant pour Anna, tu viendras lui faire rattraper pendant que je ferais travailler Thérèse, m'annonça-t-il avec un sourire sadique.

Mon engouement retomba d'un coup. Moi qui rêvais déjà d'ébats passionnés… ce serait pour une autre fois. Attirant mon visage vers le sien, mon Antonio m'offrit un baiser tendre qui me fit soupirer contre ses lèvres. Il se sépara de moi bien trop vite à mon goût et replaça une de mes mèches rebelles derrière mon oreille.

_ A demain Wolfgang, sourit-il avant de sortir.

Mon cœur battant toujours la chamade de façon désordonnée, je courais regagner ma chambre et me jetai sur mon lit en respirant à plein poumons son parfum imprégnés dans mes draps, un sourire béat aux lèvres. Ce malheureux quiproquo était peut-être la meilleure chose qui m'était arrivée dans la vie au final, puisqu'elle m'avait permit d'acquérir une réelle complicité avec mon aimé…

Petite info :

« Les deux filles de Gassmann, Anna Fux et Therese Rosenbaum, ont été des chanteuses qui ont reçu l'enseignement de Salieri. Therese Rosembaum s'est particulièrement illustrée comme interprète de la musique de Mozart. »