Relecture Brynamon.

Merci à Sissi1789, Cookiekiwi93 et à la femme de SolariusDragon pour leur review.

Merci pour les alertes et les favoris.

Désolée d'avoir mis tant de temps à publier. J'avais des soucis qui me minait profondément.

Dernier chapitre.


REDEMPTION

Partie 10


PDV Thomas

Je me crispai en reconnaissant la voix du Dr McMichael. Edith me repoussa vers la future nurserie.

-Restez là, ne sortez sous aucun prétexte !

-Mais…

-Je vous en prie.

Elle était si bouleversée que je préférai obtempérer. Cependant, je laissai un espace pour pouvoir entendre leur conversation et intervenir si besoin. Je me forçai à me calmer, me concentrant sur ce qui se passait à l'entrée.

-Alan !

Elle lui avait ouvert la porte de notre sanctuaire et il y pénétra sans hésitation. J'avais envie de le jeter dehors.

-Edith, enfin, je vous ai retrouvée.

Je jetai un œil dans l'entrebâillement, trop curieux, mais surtout inquiet. Il l'avait enlacée et elle l'étreignit aussi avec tendresse, il recula subitement.

-Vous êtes enceinte !

Il était mortifié. Elle referma la porte derrière lui, lissant sa robe qui dévoilait son ventre proéminant. Elle lui fit face sans crainte, du moins était-ce ce quelle dégageait. J'étais trop loin pour bien déterminer l'expression de son regard.

-Oui. De 7 mois et demi.

Il resta figé devant elle, un long moment.

-Venez, allons nous asseoir.

Il refusa.

-Soit. Pourquoi êtes-vous ici ?

-Je m'inquiétais.

-Vous voyez, je vais bien, vous pouvez rentrer chez vous.

-En effet, vous semblez bien remise, et vous semblez particulièrement heureuse.

-Je le suis. Et vous voir en si bonne forme amplifie ce bonheur. Je me suis fait du souci pour vous.

-Réellement ?

Elle s'approcha de lui, saisit sa main.

-Bien sûr, et vous le savez. Il m'a été difficile de vous laisser ainsi, mais je n'avais pas le choix.

Il retira sa main doucement, son dos se voûta, il examinait le sol trop attentivement.

-Vous me pardonnez, j'espère ? S'inquiéta-t-elle.

- Vous pardonner ?

Il tentait de reprendre contenance. Il était très ému, je le ressentais vivement. Edith était accrochée à ses lèvres, espérant son pardon. Cela m'irrita. Je ne devrais pas, je comprenais sa réaction, mais je ne parvenais pas à accepter qu'il la mette ainsi en mauvaise posture.

-Il ne s'agit pas de pardon, reprit-il enfin avec plus de détermination, je ne suis pas venu pour quémander votre affection. Je suis là parce que je suis terrifié…

-Terrifié ? Répéta-t-elle sans comprendre.

-Cet homme… je ne comprends pas votre attachement; il a tenté de vous tuer.

-Ce n'est pas si simple.

-Il vous a empoisonnée ! S'écria-t-il avec virulence. Il a tué votre père ! Et d'autres femmes ! Toutes ses épouses !

Voilà, tout était dit et de nouveau je me sentais misérable et immonde. Je serrai le poing, le front collé au mur en face de moi. L'illusion de vivre une relation saine partit en éclat. Il n'y avait rien de sain dans notre relation.

-Cela suffit ! Le coupa-t-elle.

-Mais…

-Non ! Vous êtes dans ma maison ! Je vous interdis de dénigrer mon époux !

-Ici, ce n'est pas votre maison ! Et il n'est pas votre époux !

-Je pensais que vous étiez mon ami, se désola-t-elle.

-Je le suis, sinon je ne serais pas ici.

-Je ne vous ai rien demandé !

-Vous n'aviez pas à le faire ! Je le devais ! Vous étiez aveuglée, hypnotisée par lui.

-Je ne vous reconnais pas. Vous qui êtes si tolérant, si gentil et si généreux.

Il y eut un instant de silence. Instant dans lequel je me noyai littéralement, englouti par l'évidence. Cet homme était tout ce que je n'étais pas : il était le jour et j'étais la nuit, il était la chaleur et j'étais le froid, il était le bon et j'étais le mal.

Il était humain et j'étais le diable.

-J'ai dû m'endurcir Edith, se radoucit-il, après ce qui s'est passé dans ce manoir maudit… Saviez-vous que les habitants y ont mis le feu ?

Mes jambes vacillèrent. Je reculai pour ne plus rien entendre. Je butai sur le berceau qui se renversa générant un chaos interminable. Je les entendis arriver vers la nurserie, tétanisé.

-Alan ! Non ! Je vous en supplie !

La porte s'ouvrit à la volée, Alan s'arrêta sur le seuil, Edith accrochée à son bras pour le faire reculer.

-Ainsi donc, vous vous cachiez.

Je me raidis, il fronça les sourcils, me détaillant de haut en bas avec mépris.

-N'est-ce pas l'attitude d'un lâche, fuir, se cacher, ne rien assumer de ses actes ?

Il m'aurait frappé, cela n'aurait pas été pire. Edith cessa de lui agripper le bras et se précipita vers moi en me voyant faire un pas vers McMichael. Elle m'entrava de son bras sur ma poitrine :

-Non, ne faites rien que vous pourriez regretter.

Je n'arrivais pas à la regarder, obnubilé par le médecin, envahi par la rage. Je ne voyais plus sa large carrure, non, je ne voyais plus qu'un exutoire à ma haine. Je le haïssais tant, bon sang ! Et c'était une sensation que je ne voulais plus éprouver. Cela me ramenait à trop de mauvais souvenirs qui me hantaient encore. Je devais retrouver mes esprits.

-Laissez-nous, Edith, nous avons à parler ce cher Docteur et moi-même.

Elle me dévisagea avec intensité mais je restai focalisé sur l'homme face à moi.

-S'il vous plait, insistai-je.

Elle dut se résoudre à nous laisser et cela bien à contrecœur. Quand elle referma la porte derrière elle, je me détendis imperceptiblement.

-Nous voilà seuls, dites-moi ce que vous avez à me dire et partez.

Il hésita, me reluquant tel un objet toxique.

-Vous dites que vous l'aimez…

-Oui, c'est un fait.

-Et c'est comme ça que vous le lui montrez, en fuyant avec elle, en refusant d'endosser vos crimes, en la mettant enceinte !

Il savait frapper où cela faisait mal. Il faut dire que ce n'était pas compliqué, je n'avais fait que des mauvais choix.

-Je voulais me rendre, mais elle n'a pas voulu.

-Comme c'est facile, tenta-t-il de ricaner mais ce n'était pas son style, il ne parvenait pas à être sarcastique.

-Cela a été plus difficile pour moi de la suivre que de rester.

-Cela j'en doute, dit-il en me montrant la pièce du bras. Vous semblez très à votre aise ici, et plutôt heureux je dirai.

Je fis un tour sur moi-même, examinant l'endroit d'un œil critique. C'était aussi ce que l'on pouvait croire à première vue. Je m'étais moi-même persuadé de la véracité de tout cela. Je ramassai l'ébauche de berceau et le remis sur ses pieds. J'en caressai le bois encore brut, cherchant à retrouver la sérénité qui m'habitait une demi-heure plus tôt.

-Heureux, non, je ne le suis pas. Vous avez tort sur ce point et raison sur tout le reste.

Maintenant que les choses étaient claires, que dire ? Que faire ?

-Vous devez vous rendre aux autorités et la laissez libre. Je la ramenai aux Etats-Unis et…

-Et quoi ? Vous l'épouserez une fois qu'elle sera veuve ?

-Elle m'a bien fait comprendre qu'elle ne ressentait rien de ce genre pour moi. Mais si elle souhaite légitimer son enfant, j'accepterai de l'aider.

Je me retournai lentement, il était sincère, je le percevais. Il ne savait pas camoufler ses émotions, ses sentiment, sa nature profonde. Il était l'ami qu'elle m'avait décrit : honnête, intègre, courageux. Un homme qui m'avait toujours rendu nerveux parce qu'il incarnait ce qu'il y avait de meilleur en ce monde.

Il serra son haut-de-forme dans ses deux mains, patientant devant mon silence prolongé.

-Edith ne me le pardonnera pas.

-Est-ce réellement votre préoccupation première ? s'agaça-t-il.

-Je ne veux pas qu'elle me haïsse, qu'elle croit que je l'ai abandonnée elle et le bébé.

-Vous lui laisserez un mot.

-Ce ne sera pas suffisant. Elle a déjà menacé d'attenter à ses jours si…

Il pâlit, moins confiant subitement. Mon cœur aussi avait eu des loupés rien qu'en repensant à ce soir-là.

-Vous saurez trouver les mots, persista-t-il, vous êtes doué pour le mensonge et la fourberie.

Il avait raison. Mais Edith… l'idée de la quitter…

-Elle a tant fait pour moi…

Elle m'avait redonné foi en l'humanité. Elle m'avait sorti des ténèbres, du moins en partie. Cependant… j'avais cette sensation que jamais je ne tournerais rond. Et l'idée de leur faire du mal… de leur faire honte… de leur faire peur…

-Bien.

Il m'étudia avec suspicion.

-Laissez-moi quelques jours pour mettre certaines choses en ordre.

-Je ne peux rester plus longtemps à Paris, j'ai délaissé mes obligations depuis des semaines, je dois retourner chez moi.

-Une semaine.

Il tourna son chapeau entre ses mains, hésitant.

-Je ne fuirai plus, je dois juste finir certaines choses.

-Je devrais vous croire ?

-Je n'ai que ma parole à vous offrir malheureusement.

-Ce n'est pas suffisant.

-Et bien campez devant chez nous si cela peut vous rassurer. Maintenant je vous demanderai de partir.

Il eut un long soupir avant d'obtempérer.

-Tenez, voici le nom et l'adresse de l'hôtel où je réside.

Il me tendit un bout de papier avant d'ouvrir la porte. Je le froissai en l'enfournant dans ma poche de pantalon. Edith l'intercepta dans l'entrée.

-Qu'est-ce que vous lui avez dit ?

Elle l'obligea à lui faire face. Je ne voulais pas qu'il lui parle de notre pacte, et je le voyais en mal à l'aise devant elle. Je les rejoignis à la hâte.

-Nous avons mis les choses au clair. Il ne reviendra plus nous importuner.

Il parvint à la quitter des yeux pour me dévisager avec intensité. Je ressentis violemment son amertume, son ressentiment mais je perçus aussi son soulagement.

-Alan ? Persista-telle.

Il la contourna pour ouvrir la porte, il eut un instant d'arrêt, baissant la tête vers le sol.

-Je ne veux que votre bonheur, Edith.

-Je l'ai trouvé.

-Je sais, c'est bien ça le pire.

Et il referma la porte. Elle l'observa s'éloigner à travers la vitre du salon tandis que je repartais en direction de la nurserie. Je repris là où j'en étais avant son intrusion. Je devais me hâter de finir ce que j'avais commencé. Cela allait être juste mais je devais y parvenir. Quand elle se matérialisa devant moi, je continuai mon labeur, concentré. Elle resta immobile devant moi si longtemps que je sentis ma détermination s'effriter.

-Je vais m'allonger.

Elle se détourna sans prévenir.

-Et vos emplettes ?

-Je préfère rester auprès de vous. Vous avez raison, je dois me montrer prudente.

J'y devinai un double sens.

-Il n'y a plus lieu de vous inquiéter, sortez donc prendre l'air, cela vous fera du bien. Il reste encore tant de choses à acheter pour le bébé.

-Notre bébé ne pointera son nez que dans un mois et demi. Nous avons encore du temps.

Un mois et demi !

C'était si loin. Une éternité. Je devais me rendre à l'évidence, jamais je ne verrai cet enfant naitre. Cela me brisa le cœur. Je m'activai pour ne plus y penser alors qu'Edith regagnait notre chambre.

OoooO

Les jours passaient trop vite, mes nuits devenaient le lieu des pires cauchemars, plus rouges que jamais.

Ecarlates.

Edith aussi s'agitait dans son sommeil, marmonnant mon nom de temps à autre. Je restais près d'elle, caressant ses cheveux pour qu'elle s'apaise. Je lui murmurais combien je l'aimais, et j'observais inlassablement le bébé bien au chaud dans les entrailles de sa mère. Il remuait parfois quand je me surprenais à lui parler, ma bouche collée à la fine paroi qui nous séparait l'un l'autre. Quelque chose d'inédit gonflait mon cœur, me rendant aussi sensible qu'un nouveau-né. Je voulais être fort, digne, courageux. Au lieu de cela, j'étais à ramasser à la cuillère.

Je les aimais trop, c'était un fait, et je ne pensais pas que cela puisse être possible.

Je ne voulais pas les quitter, je ne voulais pas être un père absent, comme l'avait été le mien. En plus d'être violent et alcoolique.

Quand arriva la dernière nuit, je n'étais plus que l'ombre de moi-même. Edith avait compris que quelque chose n'allait pas et elle ne me quittait pas d'une semelle, cherchant à comprendre ce qui me tourmentait. Elle tournait autour du pot, refusant de mettre des mots clairs sur ses craintes. Cela ne lui ressemblait pas mais je la trouvais différente et ce depuis le début de sa grossesse. Je la trouvais plus sensible, plus encline au caprice ou à la tristesse.

Je savais qu'elle devinait le problème. Son sourire avait disparu en même temps que le mien. Nous étions deux fantômes enchainés. Deux âmes mal-aimées par la vie, baignées par la mort et le malheur.

Pourtant quelque chose nous liait dans tout ce chaos.

L'amour, la vie.

Mais je devais y renoncer. Je n'avais pas tout terminé mais je savais que les choses suivraient leur cours avec le concours de ce cher Docteur. Il était temps que je le retrouve à l'endroit indiqué. Il était temps que je fasse face à mon véritable destin.

Aussi douloureux que ce fut, je m'extirpai des bras de ma femme et enfournai que le strict minimum dans une sacoche avant de quitter la chambre. Je fis escale dans la nurserie, hypnotisé malgré la pénombre par le berceau d'un blanc immaculé qui trônait au milieu de la pièce. Un mobile tournoyait au-dessus, cliquetant dans une douce musique. Il me fallut un effort surhumain pour détourner le regard.

J'abandonnai les lieux sans me retourner.

Anéanti.

Je connus ma première expérience de la mort. Une mort lente, dans une agonie totale.


L'épilogue bientôt.