Hé hé, c'est re-moi :-)
Juste pour signaler que ce chapitre fait plus qu'une allusion à l'épisode 09X07, "Bad Boys". C'est conseillé de l'avoir vu (comme tous les autres épisodes, ne serait-ce que pour Sam'n'Dean)...
Allez, bonne lecture.
20/16 ans
« C'est bon, j'en ai assez ! Tu peux pas comprendre de toutes façons. Tant mieux si tu te contentes de chasser les monstres et de coucher dans des allées sombres avec les serveuses des bistrots. Moi ça me suffit pas. Je veux juste avoir une vie normale, avec un job, des loisirs et une femme qui m'attend à la maison avec nos gosses. Et s'il faut couper les ponts avec vous pour avoir ça, ben tant pis.
SnD-SnD
Depuis le début de son périple, Dean avait passé par bien des émotions. Il avait versé plus de larmes que durant les 18 années précédentes cumulées. Il s'était senti anéanti, rejeté, insignifiant et minable. Mais au moment de se remettre en route après la pause 'ravitaillement', ce fut la colère qui prit le contrôle.
Même le ronronnement de Baby ne put calmer la rage qui fit soudain bouillir son sang et l'amena à faire crisser les pneus en s'élançant sur le bitume de l'autoroute.
A ce moment, la question n'était plus ce que Sammy désirait, mais de mener à bien le job confié à Dean ce misérable jour de novembre 1983. Tant pis si Sam avait décrété qu'il se porterait mieux s'il considérait qu'il n'avait pas de famille. Dean allait garder un œil sur lui jusqu'à Stanford ! Il allait s'assurer que rien ne lui arrive. Et après…
Et après ?
Après, si par miracle Papa le contactait entre temps, il allait rentrer vers lui et comme il n'y aurait plus Sammy à protéger, il deviendrait le partenaire de Papa à plein temps.
Et si son téléphone ne sonnait pas, il comprendrait le message et n'imposerait pas sa présence à un John qui n'avait plus besoin de lui. Il partirait vers le sud. Peut-être le Texas, ou bien il pousserait jusqu'au Mexique. Il ferait comme Tom Cruise dans « Né un 4 juillet », et irait se vautrer dans la débauche et l'alcool jusqu'à ce que la tequila ou une maladie quelconque mette fin à cette existence vide de sens.
Ou il pourrait aussi faire comme James Dean, et terminer en beauté ce que son frère avait commencé le soir précédent ? Qui est-ce que ça allait déranger s'il allait s'enrouler autour d'un arbre au volant de sa Baby? Ok, ça serait lâche, et pas sympa pour elle, mais un truc pareil de sa part n'étonnera personne. Il fallait un courage qu'il n'avait pas pour quitter ce monde tout seul, il aurait besoin du support de la seule amie qui lui avait été fidèle depuis le début, qui l'avait protégé, hébergé, qui avait essuyé ses larmes, écouté ses colères, enduré sa musique, sans jamais lui faire faux bond. Ça serait même un soulagement pour elle, après tout ce qu'il lui avait fait subir, en la promenant dans des endroits impossibles ou dangereux pour elle... ou en n'hésitant pas à la trahir de la pire des façons…
Juste pour le plaisir de Sammy...
SnD-SnD
Octobre 1999
Il était trois heures du matin lorsque Dean s'assit avec un soupir désolé sur le canapé défoncé de leur chambre de motel, après avoir hissé son père inconscient dans son lit. Il était désemparé, ne savait comment concilier les attentes des deux personnes les plus importantes de sa vie. Il était tellement las de devoir toujours faire le médiateur entre John et Sammy, et surtout de se faire accuser de traitrise par celui qui avait le dessous !
Comment Dean pouvait-il prendre parti pour l'un ou pour l'autre, quand la balance oscillait entre la vie de familles entières et une soirée à un bal en compagnie d'une jeune fille ?
Car, aussi stupéfiant que cela puisse paraître, Sammy était amoureux ! Entre l'école (où il continuait à aligner les A malgré son mode de vie nomade), les expéditions de chasse (auxquelles il prenait part lorsque ce n'était pas trop dangereux ou dans le périmètre de leur point de chute), les innombrables heures passées à la bibliothèque pour faire des recherches pour l'affaire en cours, et les querelles quotidiennes qui l'opposaient à son père (lorsqu'il était là), le petit avait eu le temps de se trouver une petite amie !
Bien sûr, il n'avait rien dit, ou du moins pas précisément. Il n'avait pas eu besoin, tout dans son comportement avait trahi un nouvel intérêt, qui n'avait rien à voir avec des livres ou une émission de télé. John et Dean étaient restés absents une semaine pour une histoire de poltergeist, et quand ils étaient rentrés, ils avaient trouvé un tout nouveau Sammy.
Le premier réflexe de Dean avait été de glisser à son insu quelques rasades d'eau bénite dans son verre. Car son petit frère toujours de mauvaise humeur, aux répliques sarcastiques, prêt à se jeter sur le premier prétexte pour entrer en conflit avec son père avait fait place à un garçon presque joyeux, qui s'était débrouillé pour repasser ses vêtements, et qui passait des heures à la salle de bains à essayer de dompter sa masse de cheveux trop longs. Sans oublier le fait que trois phrases sur quatre comportait le nom de « Brenda » associé à «… a dit » ou «… a fait » ou encore «… pense que ».
Bien sûr, Papa n'avait rien remarqué, top occupé qu'il était à rechercher une nouvelle créature à combattre. Par contre, Dean avait tout de suite suspecté une histoire de cœur, et il n'avait fallu qu'un arrêt-surprise à la sortie des classes pour confirmer son impression.
Les deux enfants étaient trop mignons pour que le grand frère ne range pas dans son esprit quelque matériel pour taquiner le petit plus tard, même si au fond de lui il avait été saisi de nostalgie devant les mains jointes, les petits arrêts pour échanger un bisou maladroit, ou simplement un sourire admiratif.
Parce qu'il avait aussi connu ça. Avec Robin. L'été de ses 16 ans, quand il avait été placé chez Sonny après avoir été pris en flagrant délit de vol dans une épicerie.
Il y avait longtemps qu'il n'avait plus pensé à sa première -et unique- petite copine. A la vérité, il avait commencé à flirter avec les filles bien avant cet été-là, mais c'était surtout histoire d'explorer cet univers féminin qui lui était totalement inconnu. Il avait un peu honte d'avouer qu'avant Robin, il ne voyait chez les filles que leurs 'arguments', et qu'il les utilisait pour expérimenter ce qu'il apprenait dans les films de la nuit.
Mais Robin avait changé tout ça. Peut-être parce que pour la première fois de son existence, il avait pu être un ado presque comme les autres, libéré de tous les soucis domestiques. Bien sûr, Sammy lui avait manqué comme jamais, et son inquiétude pour la vie de Papa n'avait pas baissé d'un iota, mais ceci mis à part, il n'avait plus eu à se préoccuper de rien, et ça lui avait donné l'occasion de profiter de la vie comme tous les garçons de son âge.
Depuis qu'il avait découvert le secret de Sammy, Dean avait retrouvé ses émotions quand Robin s'était intéressée à lui : leur premier baiser timide, les leçons de guitare avec leurs corps serrés l'un contre l'autre, les conversations animées, les moments passés étendus sur l'herbe à regarder les nuages avec sa tête posée contre sa poitrine, les balades dans les champs en se donnant la main… et même son excitation au moment de se préparer pour l'emmener au bal de l'école.
Jamais il n'avait regretté d'avoir quitté la ferme pour retrouver son frère, mais souvent il s'était dit qu'il aurait bien aimé que Papa attende le lendemain matin pour venir le chercher. Il avait mis tant de soin à repasser sa chemise, à nouer sa cravate et faire briller les mocassins prêtés par Sonny. Tout son argent de poche de la semaine avait passé dans la boutonnière qui avait dû pourrir au frigo. Et c'était sans parler de la déception que Robin avait dû avoir en apprenant qu'il n'irait jamais la chercher.
Elle ne méritait pas d'avoir été larguée comme ça, surtout juste avant un des événements les plus marquants de la vie d'une adolescente. Mais elle était belle, intelligente, drôle, avec un cœur assez gros pour s'intéresser à un pauvre loser comme lui qui n'avait rien à lui offrir. Certainement qu'elle l'avait remplacé sans peine, et qu'elle ne pensait plus à lui, ou seulement pour le maudire.
Et il avait aussi tourné la page. En partant du foyer il avait tiré un trait sur ce monde qu'il avait à peine commencé à apprécier, et retrouvé sa vraie vie qui ne laissait pas de place à l'amitié, au flirt ou aux activités mondaines. Jamais plus il n'avait eu l'opportunité de se faire beau pour emmener une cavalière à un bal, et il ne faisait plus de lutte pour un trophée en plastique mais pour sa vie.
Il avait raté cette occasion, mais rien n'était perdu pour Sammy. Ils avaient débarqué dans cette nouvelle école en pleine organisation du Homecoming, et son petit frère avait déjà fait quelques allusions au fait qu'il était bien décidé à y participer avec Brenda.
Le tout était que la famille puisse rester assez longtemps dans la région ! Deux jours avant la fête, l'espoir était encore permis. Papa était en expédition avec un autre chasseur quelque part dans l'état voisin, et d'après ce qu'il disait lors de ses appels sporadiques, l'affaire semblait plus compliquée qu'il le pensait. Alors Dean avait sacrifié quelques dollars réservés à l'entretien de Baby pour permettre à son frère d'aller louer un smoking et se faire couper les cheveux.
Tout était sur les rails, Dean finissait de cirer l'Impala pour qu'elle fasse honneur à Sammy quand il s'arrêterait devant la maison de sa copine, lorsque les beaux plans des frères s'effondrèrent avec le retour de John. Sans s'étendre sur le fait que sa chasse s'était avérée une série de crimes horribles perpétrés par de simples humains même pas possédés, il avait ordonné à ses fils de préparer leurs affaires pour partir le lendemain au lever du jour.
Dire que Sam avait mal pris la chose était un euphémisme. Ses protestations avaient résonné dans tout le motel, et même au-delà. Son désespoir avait délié sa langue et libéré toutes ses frustrations accumulées au fil des années, et ses paroles avaient été dures, implacable pour Papa. Dean savait bien que la confrontation directe était la pire façon d'exprimer son désir de rester, et c'était la raison pour laquelle il avait fait tout son possible pour calmer Sammy. Il n'en avait pas fallu plus pour que le gamin incrédule y voit un soutien à John, et qu'il tourne sa colère contre son grand frère. La soirée s'était terminée par un père décidé à s'enivrer au bar du coin, son cadet enfermé dans la salle de bains jurant de ne jamais en sortir, et son aîné désemparé, tiraillé entre sa loyauté pour le chef de famille et son désir d'offrir à son petit frère un petit morceau de normalité.
Il était là, assis sur le vieux canapé défoncé, fixant la télé sans la voir, cherchant un moyen de gagner du temps. Il n'avait pas besoin de beaucoup. Juste quelques heures pour permettre à Sammy de devenir Cendrillon… et de connaître cette expérience du premier bal d'école. C'était une étape importante, puisque même Papa avait raconté le sien, un jour où ils étaient allés pêcher tous les trois entre deux affaires. D'ailleurs, Papa n'avait même pas besoin d'attendre. Il pouvait déjà aller sur place, réserver une chambre de motel, et les garçons pouvaient le rejoindre plus tard, puisqu'ils avaient deux voitures.
Peu à peu, une idée en amenant une autre, un plan machiavélique se forma dans l'esprit désespéré du jeune homme. Il n'y avait qu'une chose qui obligerait John à laisser ses fils comme ça derrière lui, et c'était un problème avec Baby. Bien sûr, il fallait une panne assez grave. Papa n'allait pas gober l'histoire sans mettre son nez sous le capot pour vérifier lui-même… mais pas trop pour ne pas endommager l'Impala sérieusement.
Dean adorait sa voiture. C'était la seule femme de sa vie, et l'idée de lui causer du tort lui retournait l'estomac. Mais il tenait encore plus à son frère, et son bonheur passait avant tout. Ce fut la raison pour laquelle après avoir 'bordé' son père ivre-mort, il força la porte du restau du motel pour subtiliser un sucrier avant de rejoindre le véhicule rutilant.
- Oh ma Baby, murmura-t-il en caressant tendrement la carrosserie immaculée. Pardonne-moi de te faire ce coup-là, mais c'est pour Sammy. Je te promets de te remettre en état dès que Papa sera loin, et tu seras encore mieux qu'avant.
Avec un soupir décidé, il dévissa le bouchon du réservoir d'essence, et vida son bocal, avant de retourner dans sa chambre un petit sourire aux lèvres…
