Chapitre X
Nous roulions dans les rues presque désertes de la ville en direction du poste de police. La nuit était tombée depuis longtemps maintenant, seuls les quelques lampadaires le long des rues illuminaient la route. Encore maintenant, je n'étais que peu sûre de ce que j'allais faire, les doutes me submergeaient. Je risquais ma carrière en agissant ainsi et j'avais tellement travaillé dur pour en arriver là. Pourtant, j'étais forcée de constater que tout ce que j'avais construit s'écroulait pour une raison qui m'échappait encore. J'avais pris ma décision quelques heures auparavant. J'avais décidé de découvrir la vérité et cela à tout prix. Sans compter qu'on avait déjà essayé de m'éliminer la veille. Hasard ou coïncidence ? Je ne savais le dire. Mais si tout cela était vraiment lié… alors la suite des évènements s'avèrerait de plus en plus dangereux.
Nous nous étions rapproché le plus près possible du poste en voiture. Nous devions continuer à pied, c'était bien moins risqué. Je regarderai la jeune voleuse qui me servait de chauffeur et qui avait accepté elle aussi de participer à cette dangereuse aventure. Son air se faisait bien plus sévère que tout à l'heure. Après tout, elle aussi devait se demander ce qu'il se passait derrière de simples histoires de vols. Mais elle prenait maintenant des risques bien plus grands qu'auparavant. Même si son visage se faisait ferme, elle ne perdait rien de son charme. Je me surprenais à m'attarder parfois sur elle… Peut-être même un peu trop. Les images de la veille et surtout de la matinée me revinrent soudainement en tête alors que je cachais mon embarras.
« - Miku, à propos de… commençais-je avant qu'elle ne me coupe.
- Je sais, tu avais perdu beaucoup de sang, tu étais bouleversée, et je me sentais plus que coupable. On s'est un peu laissé aller à cause de l'émotion de tous ces évènements. Oublions ça.
- Oui… soupirai-je en pensant que c'était la meilleure chose à faire. »
Je fus surprise par sa maturité. Mais c'était mieux comme ça. Encore maintenant je me demandais ce qu'il nous avait pris d'agir de la sorte. On ne voyait ça que dans les films ou dans les livres, même si j'aurais préféré que ce soit le cas. Il m'aurait suffi de faire pause pour me sortir de tout ça. Inutile de me rajouter des préoccupations. Quand tout cela serait fini, je retrouverai ma place dans la police, et elle de criminelle et nous serions amenées à de nouveau nous faire face.
Nous sortîmes enfin de la voiture après cette brève explication afin de nous rendre au commissariat. Il n'était qu'à plusieurs centaines de mètres d'ici. Discrètement, nous passions derrière les bâtiments qui nous en séparaient. Malgré ma hâte d'arriver là bas, je constatais être plutôt à la traine. Je me sentais encore fatiguée et ma blessure me lançait régulièrement comme pour rappel à l'ordre. J'étais pourtant persuadée que ma cadette ralentissait volontairement la cadence afin de ne pas me laisser derrière.
Un petit bruit électronique retentit soudain à mon oreille. J'appuyais sur le bouton de l'oreillette que je portais quand je vis la voleuse en faire tout autant.
« - Vous nous recevez correctement ? »
La voix de la jumelle retentissait dans mon oreille à travers le petit bijou de technologie que je portais.
« - La transmission est nickel ! Ca me rappelle des souvenirs, fis à son tour ma complice. »
Les jumeaux nous avaient donné à chacune une oreillette afin que nous puissions rester en contact pendant l'opération. J'avais l'impression d'être dans un film d'action dont j'étais le protagoniste. A ce que je pouvais entendre, ce n'était pas la dernière fois que Miku et les deux plus jeunes jouaient à ce jeu.
« - Nous ne sommes plus très loin, qu'en est-il du système de sécurité ? »
J'écoutai attentivement les conversations qui m'auraient en temps normal couté ma carrière. Ils agissaient avec un tel professionnalisme… Digne des plus grands criminels de l'histoire. Je me surprenais à ressentir une sorte d'admiration pour les talents de chacun.
« - On y travaille, ce ne sera surement pas long.
- Donc vous êtes capables de désactiver alarmes et caméras de surveillance mais pas de pénétrer les bases de données ? Riais-je de bon cœur pour me détendre.
- C'est bien plus compliqué d'accéder à un système interne qu'au simple système de sécurité, ce ne sont pas les mêmes programmes, ni le même pare-feu, ni…
- C'est bon, j'ai compris, c'est vous les petits génies de l'informatique et de la piraterie après tout ! »
Forcée de le reconnaitre, je continuai d'avancer dans l'ombre des arbres et bâtiments qui bordaient le chemin jusqu'à notre cible.
« - Destination en vue, souffla discrètement la fille à couettes. Et personne à l'horizon.
- Encore quelques secondes… Voila ! Le système de sécurité est entièrement désactivé.
- Vous en êtes certains ? Demandais-je ne voulant pas risquer d'être attrapée. »
Ma camarade se tourna vers moi le regard presque choqué quand je compris que mes paroles n'avaient pour elle aucun sens. La confiance qu'ils avaient les uns en les autres était impressionnante.
« - D'accord… soufflais-je résignée. »
Nous nous dirigeâmes vers l'arrière de bâtiment pour emprunter une porte bien moins exposée que l'entrée principale. Heureusement, j'avais toujours les clefs sur moi ! Et s'ils pouvaient supprimer mon accès au système informatique ils ne pouvaient pas faire changer toutes les serrures en deux jours à peine. Nous entrâmes. Le silence était glacial. J'étais pourtant déjà restée seule très tard dans la nuit, mais maintenant que j'étais recherchée, les couloirs ne me paraissaient plus si familiers.
L'ordinateur de mon bureau était relié à la base de données, il ne restait plus qu'à atteindre la pièce, et installer le fameux programme, puis repartir sans laisser de traces. J'avais refusée de porter une tenue noire et trop clichée même si ma complice avait sauté sur l'occasion pour en enfiler une, au moins, elle passerait inaperçu dans l'ombre.
Je fus très étonnée de constater que les affaires de mon bureau étaient restées à leur place, comme si personne n'y avait mis les pieds. Ca aurait pourtant été la première chose à faire que de fouiller mes affaires personnelles. Même s'il n'y en avait pas tant ici. Tous mes dossiers étaient rangés proprement, comme je les avais laissés. Plus étonnant encore, je ne trouvais même pas un brin de poussière sur le clavier de l'ordinateur. Cela me laissa plus que perplexe.
« - Bon nous y sommes ! Fit la fille aux cheveux cyans en éclairant quelques cartons et étagères – curieuse – avec sa lampe de poche. »
J'entendais soudain un bruit venant des couloirs un peu plus loin. Quelqu'un était là, c'était certain ! J'attrapai presque violemment la criminelle afin de la tirer vers moi et ouvrit la seule porte de la pièce qui ne donnait pas sur les couloirs. Je la tirai à l'intérieur du placard plutôt étroit et en bordel avant de refermer la porte et de plaquer ma main sur sa bouche. Mon sang se glaçait alors que j'entendais mon cœur rompre la chamade en essayant d'écouter ce qu'il se passait plus loin. Personne ne devrait-être ici à cette heure-ci, j'étais la seule dingue à rester travailler parfois toute la nuit. Je sentais le corps de mon amie trembler contre le mien tant il était proche de moi. Nous étions presque collées dans ce placard trop étroit encombré par les cartons. Mon cœur s'emballa un peu plus quand mes yeux croisèrent les siens alors que ma main couvrait encore sa bouche. Elle avait surement compris qu'il lui fallait se taire mais j'étais bien incapable de l'enlever, pétrifiée sur place. Une étrange sensation m'envahit. De la peur, c'était certain, mais mêlée à autre chose que je ne savais définir. Ma respiration pouvait même soulever quelques mèches de cheveux cyans sur son visage. Les quelques bruits se firent plus prononcés ce qui me tira de mes pensées et me rappela le risque de cette drôle de mission. J'arrivais maintenant à entendre des voix bien distinctes, des voix d'hommes.
« - J'ai entendus du bruit là bas.
- Qu'est ce que tu racontes, il n'y a rien.
- Pourtant regarde, la porte est restée entre-ouverte !
- Le commandant a surement oublié de fermer. Tu vois bien, il n'y a personne à l'intérieur. »
Un des hommes avait allumé la lumière et l'avait vite éteinte. Heureusement que je les avais entendus avant, sinon, nous étions foutues ! J'avais reconnus les voix des lieutenants et officiers avec qui il m'était arrivé de travailler. Les bruits de pas s'éloignèrent enfin puis j'entendis la grande porte principale se fermer violemment. Ils étaient enfin partis. Un soulagement m'envahit. Je pouvais enfin souffler. La plus jeune saisit ma main pour la retirer brusquement de son visage.
« - C'est bon, laisse moi respirer maintenant. »
Elle avait retrouvé son attitude habituelle et me regardait avec un petit air presque hautain. Celui-là même que j'avais pu voir dans ses yeux lors de notre première rencontre. Pourtant elle détourna rapidement la tête, incapable de me faire face. Peut-être était-elle vraiment lunatique après tout.
« - Bon, dépêchons nous de faire ce que nous avons à faire et partons avant qu'on ne se fasse vraiment attraper, lui dis-je en me dégageant d'elle avant de sortir du placard. »
L'air était moins étouffant et poussiéreux qu'à l'intérieur, je respirais enfin, sentant mes jours se rafraichir rapidement. J'allumais mon ordinateur et entrait mes identifiants. Un message d'erreur apparu alors à l'écran.
« - Ben voyons, je m'en serais douté. »
Je sortis alors la clé USB qui contenait le fameux programme pirate que m'avait donné l'aîné des jumeaux avant de l'insérer et d'en copier le contenu. L'exécution allait prendre quelques minutes.
« - Je dois récupérer un dossier pendant qu'on est là, rajoutai-je en sortant de mon bureau.
- Tu en as vraiment besoin ? Nous aurons accès à la base de données n'importe quand.
- Tous les dossiers n'ont pas été numérisés, lui précisais-je. »
Je me dirigeai alors vers la salle des archives. Elle était pleine d'étagère recouvertes elles-mêmes par de vieux cartons moisis. L'odeur s'engouffrait dans mes poumons me rappelant ô combien personne n'avait du mettre les pieds ici ou faire un bon nettoyage depuis longtemps. La poussière en témoignait. Heureusement pour moi, je savais exactement où chercher. Je me dirigeai vers le fonds de la pièce, essayant de déplacer des cartons difficilement.
« - Dis, tu pourrais m'aider ou tu comptes me regarder me déboiter l'autre bras ? »
La voleuse soupira avant d'approcher et de soulever une boite de vieux dossier qu'elle déposa par terre à côté. Un nuage de poussière et de saleté s'envola au passage.
« - Qu'est ce que c'est ? »
J'ouvrai la vieille boite pleine de papiers en tout genre jusqu'à trouver des dossiers triés par ordre alphabétique. Il y en avait vraiment beaucoup, tous retraçaient une histoire, une enquête. J'arrivais enfin à celui qui m'intéressait : Shion Kaiji.
« - Les affaires de mon père, l'informais-je en soufflant sur ce vieux dossier poussiéreux. »
Je lui fis signe de ressortir de la pièce, après avoir remis les cartons plus ou moins comme ils l'étaient. Peu de personnes entraient dans cette pièce, et il était évident que celle-ci était maintenant marquée par les traces de notre passage. N'importe quelle personne censée le remarquerait. Mais peu de personnes seraient vraiment capables de faire le rapprochement avec moi. Ils n'étaient déjà pas capables de remarquer deux personnes infiltrées dans leurs locaux… J'étais exaspérée à l'idée de travailler avec de pareils incapables.
« - Maintenant que j'y pense, peut-être qu'on devrait prendre de quoi nous défendre vu que nous sommes là. Il doit bien y avoir des armes ici non ? demanda alors l'autre fille.
- Pardon ?!
- Il ne doit pas te rester beaucoup de balles et je ne pense pas que tu te promènes avec un arsenal dans les poches.
- Comme ça on pourra rajouter comportement dangereux, vols d'armes et munitions à côté de complicité de vol et de piraterie de systèmes de sécurité sur mon propre dossier. Je vais finir par avoir droit à la chaise électrique avec vous… »
Pourtant, ma camarade semblait plus que sérieuse. Et pendant quelques secondes je ne trouvais pas son idée si stupide qu'elle aurait pu me paraitre, au contraire. Nos « ennemis » étaient armés, mais je me voyais mal tirer sur l'un de mes collègues si on se faisait attraper. D'un autre côté en repensant à la blessure que j'avais à l'épaule… Non, c'était hors de question que je vole des armes ici, vraiment. Ou peut-être juste quelques munitions…
Quelques minutes plus tard, je pris deux 9mm et plusieurs boites de balles que je rangeai dans un sac. J'avais fini par céder tellement elle avait insisté… Luka… Quelle femme faible es-tu devenue ? Me demandais-je à moi-même. Et le sourire satisfait sur son visage commençait vraiment à m'agacer. Où était donc passée la douce et gentille Miku, pleine de compassion et désolée ? Peut-être que si je me faisais couper une jambe ou arracher un bras… Je me secouais la tête pour me débarrasser de ces pensées inappropriées et un peu étrange, je devais le reconnaitre. La mission commando allait bientôt toucher à sa fin.
« - Les filles ? Vous m'entendez ? fit une voix dans nos oreillettes. Le programme à finit de s'exécuter, nous avons accès à la base de données, vous pouvez rentrer !
- Bien reçu ! »
Il fallait maintenant aller chercher la clé et éteindre l'ordinateur. Je passai le sac à Miku, hésitante, mais je ne pouvais pas le porter dans mon état. Je débranchai ensuite la clé USB après être retournée dans mon bureau, et éteignis ce dernier. Tout était tel qu'on l'avait trouvé en arrivant. Bien, il ne restait plus qu'à filer.
J'écarquillai les yeux en ouvrant la porte de l'arrière du commissariat lorsque j'aperçus de longs cheveux mauves dans la nuit.
